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samedi 24 janvier 2026

Les trois principaux protagonistes du forum de Davos: Trump, Zelensky, Carney

@Tipaza,*

Je ne sais pas par où prendre la séquence qui me paraît d'importance: la mondialisation libre-échangiste et faussement multilatéraliste qui se défait à Davos, qui l'eût cru? Et dans ma perplexité, j'ais envie de la prendre par votre commentaire auquel j'aurais souscrit en d'autres temps et presque en totalité, mais comment dire à Giuseppe qu'une fois n'est pas coutume, je suis presque d'accord avec lui, Zelensky m'a impressionné pour la première fois depuis le début de la guerre en Ukraine que je n'ai pas vue venir, j'aime à le répéter par leçon d'humilité que je me donne à moi-même: être aveugle ne fait pas de moi un oracle, ça calme. 

Zelensky m'a impressionné parce que, pour la première fois, il n'est pas venu en quémandeur. Il a fait le déplacement de Davos parce que Trump le croyait présent sur le sol helvétique. Il est venu fatigué, l'excusait hier Christine Ockrent dans "Affaires étrangères", ingrat pour cause de fatigue, moralisait-elle. Pas ingrat s'il était fatigué, mais amer et désabusé, oui. Amer contre "une Europe en mode Groenland" qui envoie quelques soldats et ça va changer quoi? Et ça va faire peur à Trump que j'aime appeler moi aussi "le Néron américain"? Et ça va dissuader les mollahs  de continuer une répression qui dure depuis quarante-sept ans et qui se radicalise à l'occasion du dernier soulèvement de la population? Pour être complet, Zelensky aurait dû ajouter Netanyahou au catalogue. L'Europe s'indigne contre la répression iranienne ou israélienne et désavoue du bout des lèvres le président américain avec qui "le dialogue n'es pas simple", avoue Zelensky, qui vous pille vos ressources naturelles en échange de "garanties de sécurité", mais vous en sortez avec quelque chose, tandis que l'Europe s'insurge en lui opposant ses valeurs contre la politique du fait accompli, mais comme elle es par principe non-interventionniste et suiviste à quelques rodomontades près vis-à-vis des menées américaines, comme elle est suspendue à la réaction des Américains en Iran, au Venezuela et ailleurs,  ses protestations sont aussi verbeuses que les discours de notre ingénieur de porte-avions à lunettes et ses indignations vertueuses envoient le message à tous les agresseurs de conquérir, conquérir malgré l'abolition du droit de conquête, il vous en restera toujours quelque chose après la capitulation des pays agressés que notre morale nous ferait réprouver d'abandonner au premier bombardement, mais que nous livrerons à leur sort en dernier ressort après avoir  prolongé inutilement la guerre et protesté que jamais nous ne les abandonnerons, et ce qu'ils soient membres de l'OTAN ou de simples alliés dont nous  avons compassion par emballement du "droit des gens" qui est une inflation émotionnelle de l'emballement médiatique appliquée à la géopolitique. 

"Ah, si l'Ukraine faisait partie de l'OTAN, elle aiderait autrement le Groenland", assure zelensky "et elle coulerait les navires russes, "mais voilà, elle n'en fait pas partie, alors elle ne peut pas aider. Mais l'OTAN vaut-elle mieux que l'Union européenne", se demande Zelensky, "l'OTAN où je voulais faire entrer mon pays, mais où je vois qu'il suffit qu'un président change aux Amériques  et toutes les cartes sont rebattues et, de même que l'Europe na pas défendu les Chypriotes grecs contre les prétentions des Turcs qu'elle voulait intégrer dans son organisation, de même un président américain voudrait se payer un "petit bout de banquise mal situé" qu'il appelle "l'Islande" à deux ou trois reprises comme il a cru au hasard d'un discours improvisé que l'Alaska où il rencontrerait Poutine se situait en Russie. Ce président américain assez peu géographe voudrait "acquérir le Groenland" où, par chance, il n'a plus envie de pénétrer "par la force", et l'OTAN ne dégainerait pas l'article 5 et ne doit à l'"excitation" de Mark Rutte de flatter son "daddy" un peu sénile de ne pas être morte sur ce coup-là." 

Toutes ces organisations que Zelensky voulait intégrer se dérobent sous ses pieds et celui qu'on prenait pour le chantre d'un occidentalisme sans valeur, occupé à recoller les morceaux de sa société corrompue faisant face à l'agression d'un hyperpuissant, rappelle à l'Europe ses fondamentaux, à cette Europe conçue pour maintenir la paix au sein du continent qu'il a failli détourner en "Europe vers la guerre" au nom du fait que la force ne doit pas promouvoir les fauteurs de coups de force, utopie sur laquelle nous vivons depuis la seconde guerre mondiale et utopie bourgeoise, j'en tombe d'accord avec vous, Tipaza, mais qu'es-ce qui la remplace?

Vous plaidez pour Trump en réhabilitateur des classes moyennes qui sauverait paradoxalement la démocratie en leur redonnant droit de cité. C'est l'illusion qu'il a donnée pendant son premier mandat, mais qui peut en être dupe aujourd'hui? Dans son discours, Emmanuel Macron notait que l'écart entre le PIB par habitant des Européens et des Américains reste très favorable à ces derniers. Malgré notre couverture sociale que Robert Marchenoir qualifie si souvent de socialiste, en bon libéral qu'il est? S'il faut en croire Emmanuel Macron, la situation des classes moyennes n'était pas si peu enviable avant que Trump ne se pose en défenseur des "petits Blancs" démonétisés, dont un camarade m'a confirmé, pour avoir visité les contrées du trumpisme, qu'ils n'étaient pas désargentés, mais avaient ce point commun avec le milliardaire qu'ils supportaient qu'ils n'avaient jamais assez d'argent et qu'à vrai dire, comme lui, c'étaient des beaufs. Je pose ça là sur la bonne foi de mon compagnon, je n'ai pas vérifié, mais si son reportage a vu juste, le sort en était jeté des classes moyennes avant que Trump prétendît les défendre: elles n'allaient pas si mal. Aurait-il voulu les sauver qu'étant donné son individualisme, son efficacité en la matière aurait relevé du bénéfice colatéral obtenu sans le faire exprès. Mais ce qu'on entend dire n'a rien à voir avec une amélioration quelconque du sort des classes moyennes. La base MAGA tient encore par le charisme de Trump qui fait le show et divertit le monde en bouffon riche anti-social assez cocasse et assez  doué pour mettre en scène son comique pas toujours involontaire (il faut lui laisser que c'est un bon producteur de téléréalité)pour faire croire à sa fibre sociale. Trump continue d'avoir des inconditionnels pour qui le malentendu ne s'est pas dissipé, mais j'ai lu que 4 % des droits de douane chers  au président MAGA pèsent sur les importateurs, les 96 % restants étant supportés par les consommateurs américains dont je ne vois pas que leur pays qui a eu l'habitude de vivre aux crochets du monde entier sous le libre-échangisme davosien ne soit beaucoup plus industrialisé que l'Union européenne pendant la période covidique et sous Macron, qui nous promettait alors la souveraineté industrielle française et européenne et qui n'en a plus du tout parlé dans son dernier Discours de Davos, faisant le grand écart entre le quantique et l'IA et la transition énergétique en matière d'innovation et d'autonomie européenne sans dire un mot de l'investissement industriel. 

Macron a oublié d'industrialiser la France comme Trump a oublié les classes moyennes, bases de son électorat de milliardaire. Mais en plus Trump se fout du monde.  Je parie qu'il a créé son Conseil pour la paix mondiale (dont il s'est propulsé président à vie, son gendre et son meilleur ami étant responsables de la reconstruction de Gaza, Trump se comporterait-il en vulgaire Pinochet que ce serait étonnant!) non pour singer l'ONU, mais pour singer la Coalition des volontaires ou la Communauté politique européenne. On dit en effet que Donald Trump est obsédé par Emmanuel Macron dont il s'est plus qu'autre moqué avant et pendant le Forum économique mondial et il faut reconnaître que le président français a été prolifique en invention de "machins" qui aurait rendu rubiconde la face du général De Gaulle endormi dans sa tombe de Colombey les Deux Églises. 

Mais un autre protagoniste a crevé l'écran du Forum de Davos, il s'agit de Mark Carney. Pour Trump, il y avait le bon Mark (Rutte qui fait des papouilles à daddy) et le mauvais Mark Carney, qui a eu le malheur de lui rappeler un jour que tout n'est pas à vendre. Tous les chefs d'État ont troussé un petit couplet chauviniste au cours de leur discours ("l'Ukraine peut aider", "le Canada n'existerait pas sans les États-Unis" et la France, rappelez-moi!), mais Mark Carney a dit une chose qu'a pu vérifier quiconque a travaillé avec des Canadiens ou s'est  intéressé un tant soit peu à la société canadienne:  

"Le Canada possède ce que le monde désire. Nous sommes une superpuissance énergétique. Nous détenons de vastes réserves de minéraux critiques. Nous avons la population la plus instruite au monde. Nos caisses de retraite figurent parmi les investisseurs les plus importants et les plus avisés au monde. Nous avons du capital, du talent et un gouvernement doté d’une immense capacité financière pour agir avec détermination. Et nous partageons des valeurs auxquelles aspirent de nombreux autres pays. Le Canada est une société pluraliste qui fonctionne. »

Mark Carney ne veut pas se rendre au postulat de Tucidide: « Les forts font ce qu’ils peuvent et les faibles subissent ce qu’ils doivent. »" Sous la menace de Trump, il avance: 

"« Les puissances moyennes doivent agir de concert, car si vous n'êtes pas à la table des négociations, vous êtes au menu. Les grandes puissances peuvent se permettre d'agir seules. Elles disposent de la taille du marché, de la capacité militaire et du pouvoir d'influence nécessaires pour dicter leurs conditions. Les puissances moyennes, elles, n'ont pas ces atouts. Mais lorsque nous ne négocions que bilatéralement avec une puissance hégémonique, nous négocions en position de faiblesse. Nous acceptons ce qui nous est proposé. Nous nous livrons à une concurrence acharnée pour être les plus conciliants. Ce n'est pas la souveraineté. C'est l'apparence de la souveraineté tout en acceptant la subordination. »

Tout le monde y compris Emmanuel Macron dès le début de son premier mandat a réfléchi à une alternative au multilatéralisme finissant. Jusqu'à présent, les propositions disputées étaient celles des unions géographiques. Elles montrent elles aussi leurs limites, car elles "mènent à la vassalisation", pour reprendre une expression du discours d'Emmanuel Macron employée dans un contexte voisin, mais un peu différent. Le Canada pourrait se faire manger par son voisin états-unien. Le Brexit n'a pas mis à genoux la Grande-Bretagne. L'histoire et non la géographie a fait que cet ancien leader d'un empire économiquement actif a retrouvé sa respectabilité d'interlocuteur de premier plan. Mark Carney, qui a été gouverneur de la banque d'Angleterre, lance une proposition originale: l'union des puissances moyennes. Il a crevé l'écran de Davos. Sa proposition aura-t-elle un avenir et comment peut-elle être déclinée? L'avenir le dira. 

*Commentateur du blog de Philippe Bilger comme Giuseppe et Robert Marchenoir dont voici la plaidoirie pro-Trump à laquelle je réponds:

"Emmanuel Macron, Donald Trump et Volodymyr Zelensky : le trio qui fait la une du billet et des médias.

À chacun son compliment :

Emmanuel Macron, et ses lunettes qui le font ressembler à un aveugle, a tenu à Davos des propos qui ont fait l’unanimité.

C’est la première fois qu’une telle unanimité se manifeste.

Pour qui s’intéresse aux symboles, il est intéressant de constater que c’est lorsque EM a des problèmes de vue que sa vision historique devient plus lucide.

Qui l’eût cru ?

Il suit ainsi la grande loi de la symbolique : c’est en portant le regard vers l’intérieur que se lit, de la meilleure façon, l’extérieur.

Homère, le grand historien de la guerre de Troie et de ses conséquences dans l’Iliade et l’Odyssée, était aveugle.

Tirésias, l’un des deux plus grands devins grecs, était aveugle également.

EM, dans sa nouvelle obscurité, momentanée, rejoint ces deux grands de l’Histoire.

Après neuf années d’inaction, jouant les inutilités, il accède enfin à la notoriété qu’il recherchait, par la vertu du verbe et d’une paire de lunettes lui donnant l’aura d’un Tirésias ou d’un Homère… au petit pied, n’exagérons rien.

Donald Trump : tout a été dit et sera dit, y compris ici, dans le billet et les commentaires à venir.

À tout accusé, il faut un avocat ; je veux bien être celui-là.

Il faut donner acte à DT de sa volonté de déconstruire l’ordre mondial existant, qui a abouti à la destruction des structures économiques et sociales des pays occidentaux, pour le plus grand bénéfice des pays du Sud global et de la Chine.

La mondialisation, par son libre-échangisme débridé de marchandises et de personnes, a eu pour conséquence la misérabilisation des classes populaires laborieuses et la paupérisation en devenir des classes intermédiaires.

Le transfert de technologies et des industries qui vont avec a abouti à un déclin industriel des pays occidentaux, entraînant un chômage important et un appauvrissement de la classe ouvrière.

Ce n’est pas pour rien que la fameuse « Rust Belt », la ceinture de rouille — région industrielle du nord-est des États-Unis — a basculé d’un vote démocrate vers le vote trumpien, qui promettait de lui redonner la vie que la mondialisation lui avait ôtée au profit de la Chine et d’autres pays du Sud global.

On glose beaucoup sur les droits de douane de 15 % que Trump a imposés à l’UE, et pourtant là n’est pas l’important.

L’important est dans l’annexe du deal, qui impose à l’UE un investissement de plusieurs centaines de milliards de dollars aux États-Unis.

Il y a là, pour Trump, la volonté de réindustrialiser son pays. C’est une règle qu’il applique à tous.

Taïwan, par exemple, a été obligée, pour maintenir la protection militaire, d’investir quelques dizaines de milliards dans une usine de composants électroniques indispensables à l’IA.

Réindustrialiser les États-Unis, redonner aux classes laborieuses et intermédiaires leur importance et leur rôle dans le pays, voilà le but de Trump.

Ce faisant, à terme, s’il réussit, il aura conforté la démocratie. Si… si…

La démocratie est une invention de ces classes ; ce sont elles qui font les révolutions pour obtenir la liberté, et pas seulement la liberté d’expression, mais aussi celle d’initiative.

La Révolution française a été l’œuvre de la bourgeoisie.

Le mondialisme échangiste, tel qu’il a été pratiqué, a donné le pouvoir aux classes supérieures des pays occidentaux, devenues des oligarchies technocratiques où les élites imposent leur volonté contre celle des classes inférieures.

L’UE est une caricature de cette suprématie technocratique normative, étouffant toutes velléités d’initiative.

On voit par là le paradoxe trumpien qui, par ses foucades d’un autoritarisme surprenant, peut, s’il réussit, ramener la démocratie là où elle avait été confisquée par les élites technocratiques.

Maintenant, est-ce que la méthode choisie, brutale dans sa mise en œuvre, donnera les effets espérés ? L’Histoire le dira… à moins qu’un devin aveugle… 😉

Volodymyr Zelensky : c’est peu de dire qu’il m’est antipathique — je fais mon Alain Duhamel.

Il a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres, offrant à Vladimir Poutine le prétexte qu’il attendait pour une intervention.

L’une des premières lois édictées par Zelensky fut la suppression du russe comme langue officielle aux côtés de l’ukrainien.

Les régions à dominante russophone se sont soulevées contre cette décision brutale, et la réaction du pouvoir ukrainien, donc de Zelensky, fut la force pour éteindre le mouvement contestataire, sans aucune négociation pour tenir compte du caractère spécifique du Donbass ou de la Crimée.

La porte était grande ouverte pour une intervention de la Russie.

Le cinéma ensuite de VZ, se déguisant avec son tee-shirt vert kaki pour montrer qu’il était un combattant, m’était insupportable.

Un tee-shirt dans son bureau de président alors qu’il y avait vingt centimètres de neige dans les rues, et bien plus dans les tranchées, était le signe que le combattant en son bureau bénéficiait d’un chauffage confortable, nettement supérieur aux normes écologistes.

Et cette façon d’exiger la mendicité d’une aide tout en méprisant et fustigeant ceux qui ne la lui donnent pas assez vite est encore plus insupportable.

Contrairement à ce que dit la parole officielle et les médias qui la suivent, la guerre d’Ukraine n’est pas la nôtre, et l’entrée — souhaitée par tous — de l’Ukraine dans l’UE serait un désastre pour nous, à la fois en raison de la corruption endémique dans ce pays et de l’absence de règles dans son fonctionnement, qui en feraient un concurrent déloyal.

J’ai bien conscience que ma vision des événements n’est pas celle de la doxa ambiante. Ma foi… "



Dialogue permis par Philippe Bilger au pied de son billet:


Du triste mais indéniable avantage d'être une brute... - Justice au Singulier

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