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dimanche 19 mars 2017

Mélenchon Le Pen, un comparatif

Réponse à Catherine Greff. (dans les commentaires de cette publication Facebook d'#Orlando Furiosi: https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10210978695136059&id=1614487078&refid=52&__tn__=C). Bonjour, Orlando et Madame @Catherine greff, que je n'ai pas l'honneur de connaître. Une question pour commencer: c'est quoi, le fascisme? J'en entends parler depuis des lustres et je ne sais pas ce que c'est, vraiment pas, ce n'est pas une question ironique, c'est une vraie question. Le fascisme est un totem qu'on ne prend même pas la peine de définir. C'est un repoussoir. D'accord, je devrais lire le livre de Marc Lasare pour en apprendre davantage. C'est à mon programme à court ou moyen terme. Maintenant, Mélenchon. Je l'ai écouté l'autre jour sur RMC mettre 10 mn à répondre à une chômeuse qu'il a prise de très haut avant de finir par lui dire qu'il ne savait pas quoi lui répondre, mais qu'il allait "remplir les carnets de commande". Ah bon, c'est lui qui remplit les carnets de commande? Parce qu'il va mobiliser 100 milliards dans un plan d'investissement? 100 milliards dont personne ne lui demande où il compte les trouver. Son programme social est la copie conforme de celui de Le Pen (pour qui je me retiens de voter, et je ne promets pas de ne pas le faire), à la xénophobie près, qui n'est pas un détail, pas plus que le fait que des nazinostalgiques sont les meillerus amis de Marine Le Pen ne constitue pour moi un détail, et j'emploie le mot à dessein, pour y mettre toute la charge symbolique dont il est à présent porteur. La xénophobie est grave. Mais la situation de notre pays est grave aussi. Entre deux maux graves, je ne sais lequel choisir de soigner en priorité. Or il me semble que le programme de Mélenchon et celui de Le Pen est le bon, à pas mal de mesures près chez l'un et chez l'autre. Pour Mélenchon, je suis comme Orlando, je crois que c'est un homme du XIXème siècle. Entre les programmes de Hamon et de Mélenchon, la situation d'un travailleur pauvre sera meilleure avec le revenu uiversel de Hamon qu'avec la faible revalorisation du SMIC de Mélenchon. Donc ne faut-il pas choisir l'out-sider de gauche si la priorité est de lutter contre Le Pen ou simplement d'améliorer la situation du pays, sachant que, pour le reste, le programme de Hamon est entièrement dans les nuages. La gauche de Hamon a le bon goût de la gauche plurielle, mais est la gauche post-humaine d'après la révolution numérique et d'après l'automatisation du travail. Mélenchon veut sortir de la Vème République, la belle affaire! La modifier suffirait amplement. Pour la changer, il envisage de convoquer une assemblée constituante dont la moitié des constituant serait tirée au sort, ce qui mettrait sur le même plan des gens qui ont réfléchi à ces changements et d'autres qui n'ont aucune idée sur le sujet. On substituerait donc la République des incompétents à la République des experts, pour parler comme @Jacques Attali. Mélenchon est fasciné par le tirage au sort depuis qu'@Etienne chouard l'a remis au goût du jour. Il estime que ce qui est valable pour les jurys d'Assises est transposable à la politique. Il ne voit pas la différence entre la décision impartiale touchant un individu impliqué dans une affaire criminelle et la décision politique. Mélenchon est encore plus irréaliste et moins démocrate que Le Pen pour trois raisons. Premièrement, Mélenchon, imbu de dégagisme, prône le référendum révocatoire pour assurer l'instabilité politique à tous les niveaux. C'est le même qui veut durcir les conditions de licenciement des travailleurs. En face, Marine Le Pen propose le référendum d'initiative populaire. La deuxième raison est sa stratégie européenne. Il veut négocier, ne rien obtenir et claquer la porte sans référendum. Le Pen veut négocier, ne rien obtenir, puis organiser un référendum, où il lui sera signifié que les français ne veulent pas sortir de l'Union européenne ni de l'euro, mais que cette monnaie soit plus homogène et que l'Union européenne ne soit plus organisée par des bureaucrates contre les peuples. La raison institutionnelle à présent pour laquelle Mélenchon est moins démocrate que Le Pen. Il n'envisage même pas de conclure son processus constituant par un référendum. Nous changerions donc de République sans référendum. La VIème République commencerait de façon très démocratique. Mais votre avis, je le sens déjà, est que Mélenchon ne dissimule pas, tandis que Le Pen va nous emmener sans préavis vers une dictature. C'est un procès d'intention. Les régimes fascistes et nazis avaient des origines socialistes. de même qu'il y avait des résistants issus de la famille maurrassienne. Maurras lui-même voyait au contraire en Pétain une "divine surprise". L'échiquier politique est complexe. Vous dites enfin que vous n'imaginez pas Le Pen laisser une Assemblée déciderà sa place. Eh bien moi, ce serait plutôt de nature à me rassurer. Le parlementarisme est une chambre d'enregistrement clientéliste qui coûte très cher, pour amender les lois à la marge. De plus, du point de vue de Marine Le Pen, le référendum lui permettrait de gouverner sans remporter les législatives, ce à quoi elle ne parviendra jamais, si tant est qu'elle ait une chance infime d'être élue présidente de la République ce coup-ci.

samedi 18 mars 2017

La sélection naturelle ou la grâce désélectionnée

« La philosophie institutionnelle fait comme si darwin n’avait jamais publié en 1859 l’origine des espèces qui coupe en deux l’histoire de la pensée occidentale et sans lequel Nietzsche, qui ouvre l’ère philosophique nouvelle, n’aurait jamais pu proposer sa vision du monde. » Oui, le darwinisme coupe en deux la pensée occidentale. Et à ma connaissance, les seuls à l’avoir dit avant Onfray – ou avec autant de force que lui - sont les témoins de Jéhovah. Je me souviens d’un de leurs opuscules dont toute l’introduction était consacrée à cette révolution copernicienne, ferment absolu de déchristianisation comme le christianisme avait été « un ferment de décomposition de l’Empire romain », anticipait Celse sur Néron (s’il attribua aux chrétiens le sac de Rome) ou sur Julien l’apostat qu’en drôle de paroissien, je respecte, moi qui crois avec Julien et avec celse que le christianisme est une religion antisociale, anticulturelle, antihistorique, et ne l’en aime que mieux. Le darwinisme a déchristianisé en profondeur la pensée occidentale. Le christianisme a beau essayer de s’ya dapter, il ne sera pas sélectionné. Darwin a déchristianisé notre vision du monde, je le crois avecOnfray et les témoins de Jéhovah, alors que le darwinisme demeure une hypothèse dont la vérification repose sur très peu de fosciles. Le darwinisme n’est qu’une hypothèse inesthétique. J’écris cela en m’en gargarisant et en encourant les foudres de tous ceux qui voudront m’objecter qu’en science, la notion d’hypothèse n’équivaut pas à celle de croyance. J’écris cela en esthète et comme un dilettante qui n’y connaît rien, et ne prétend pas jouer dans la cour des savants. Mais une chose me saute aux yeux, à mesure que j’essaie de fréquenter plus sérieusement les penseurs de mon temps : tous dépendent du darwinisme. Le darwinisme est sous-jacent au nietzschéisme, au freudisme, à l’Histoire qui suivrait la préhistoire, comme il fut sous-jacent au nazisme. Et le darwinisme est une doctrine. Cette hypothèse est une idéologie. Serge de beketch avait référencé avec un grand à propos tous les dogmes de la religion de remplacement du christianisme. L’évolution y tenait lieu de genèse et le complexe d’Œdipe de péché originel. Ce qui caractérise une religion est de ne pas souffrir qu’on ne l’enseigne pas. Or toute école qui s’autoriserait à enseigner le créationnisme ou simplement « le dessein intelligent » se verrait taxée d’obscurantisme. Le darwinisme est un catéchisme aussi sourcilleux que les Droits de l’homme. Une disposition méconnue de la déclaration universelle des droits de l’homme que René Cassin imagina de décalquer du décalogue de l’aveu même d’André chouraqui, stipule que l’éducation est non seulement plus une obligation qu’un droit (on le voit avec l’obligation scolaire. Or qu’est-ce qu’un droit obligatoire ?), mais que’au sein de cette obligation, quiconque s’aviserait d’enseigner des principes contraires aux droits de l’homme se mettrait au ban de la communauté internationale. L’antihumanisme théocratique des religions révélées est donc contraire à la bienveillance obligatoire, mais totalitaire de l’humanisme démocratique et rationnel. Consolons-nous, Onfray écrit un peu plus loin (toujours au chapitre I de la troisième partie de COSMOS) que Darwin a découvert après Celse qu’ » il existe une fraternité naturelle, une compassion instinctive » et « que la fraternité des animaux contribue à l’évolution des espèces et à la sélection des individus les mieux adaptés ». La sélection naturelle n’est pas incompatible avec la fraternité, nous voilà rassurés ! Si j’étais disposé à croire darwin, ce serait sur la base d’un argument comme celui-ci. Car je me suis demandé depuis longtemps (pas seulement depuis cette calamiteuse campagne électorale), en observant les écuries présidentielles, comment il se faisait, alors que nous sommes mégalomanes, que des seconds couteaux mettent tant d’abnégation à favoriser la carrière de gens qu’ils n’aimaient pas et qui aspiraient à les dominer, à régner sur eux et à les écraser après les avoir pressés comme des citrons. Comment peut-on devenir militant au service du « meilleur d’entre nous « ? Ou comment un penseur comme Jean guitton a-t-il pu croire sérieusement que Jacques Chirac avait un destin providentiel, comme le rapporte Bernard billaud ? Ou pour sortir du marigot politique, pourquoi l’histoire aboutit-elle toujours à sélectionner des personnages et des grands noms, quand bien même on voudrait faire de l’histoire des mentalités, de l’histoire alternative ou de l’histoire des « anonymes » (sic) pour rompre avec ce caractère aristocratique de la postérité ? Comment la culture sélectionne-t-elle arbitrairement des monuments et des inscriptions (les citations) au fronton de ces monuments, ces grands morts à qui il vaut la peine de consacrer sa vie ? Pourquoi, malgré nos aspirations démocratiques, ne pouvons-nous sortir de l’aristocratie ? Pourquoi avoir intériorisé qu’abolirait-on les privilèges de la naissance, on ne peut s’affranchir de ceux de la renomée ? Comment passe-t-il pour évident que l’égalité devient de l’égalitarisme quand on cherche plus loin que l’égalité des chances ? Or la chance fait partie du talent, on en revient à la naissance : on a plus de chance et de relations quand on est bien né, et le talent paraît se transmettre de génération en génération dans notre système de cooptation dynastique, qui ne repose pas seulement sur un abus de position dominante. Il arrive que la valeur se transmette, et la prestance, et les manières, et l’atavisme, et thomas Dutronc ou Alexandre Brasseur qui sont des sosies de leur père. Bien. La sélection naturelle est une donnée fraternelle. Je travaille volontairement à la gloire de celui à qui je donnerais volontiers mon ânesse et mon droit d’aînesse. Pourquoi ? Michel Onfray a une réponse : le darwinisme est sans métaphysique. On doit donc l’opposer à Péguy pour qui tout homme porte une métaphysique patente ou latente. Nietzsche n’a pas de métaphysique et c’est mieux ainsi. Les généalogies de Nietzsche sont tellement dures qu’on ne renonce à mettre Hitler dans sa postérité, ce qu’il est manifestement, qu’à condition de croire que Nietzsche s’est réellement affranchi de la causalité. Pas de causalité, pas de métaphysique ? C’est à voir . Mais pour Michel Onfray, il faut renoncer à toute métapsychique, toute téléologie, tout spiritualisme, et opter résolument pour une ontologie matérialiste. Or, pourquoi le matérialisme s’opposerait-il au spiritualisme ? En quoi le fait que la pensée soit matérielle empêcherait-il qu’elle soit spirituelle ? En quoi le fait que l’esprit serait localisé empêcherait-il qu’il soit transcendant à sa localisation cérébrale ? En quoi le fait qu’on puisse situer l’âme, ou décrire ses opérations, empêcherait-il qu’on ait une âme ? Pourquoi les pudeurs de teilhard ou de son disciple Gustave Martelet voulant à tout prix dégager l’esprit de la sphère mortelle ? – L’évolution est une pensée sans corrosion. L’usure lui est une insulte. Elle ne sait pas penser la corruption. C’est la pensée de la génération qui prend son temps pour s’adapter et devenir spontanée. - Michel ONfray n’a-t-il pas de métaphysique ? Son refus du ciel commande sa fascination du sous-sol. Il est à la recherche des forces tellurriques, cette végétation de l’esprit en reptation, ce vitalisme végétatif qui est est l’essence du néo-paganisme ? C’est pourquoi Michel ONfray avait peut-être raison de traiter Manuel valls de crétin, mais Manuel Valls l’a bien démasqué en le disant proche d’Alain de Benoist.

Koz toujours, un néo-catholique de la bonne conscience

Erwan Le Morhedec a posé une question que je m’étais posé moi-même sous une autre forme : je me demandais si on peut être chrétien et voter Front national. Aujourd’hui je me contente de me retenir de le faire. La question s’est déplacée. Le Front national n’est plus seulement désigné comme l’expression de la xénophobie ou anathématisé comme le héraut du fascisme, il porte la question identitaire. J’aime le souverainisme du front national, Le Morhedec déteste son identitarisme. Moi aussi. Mais quand je le vois avoir une haine visible pour la haine ordinaire qu’il suppose à son contradicteur, Laurent dandrieu, emblème des identitaires pour les besoins de la polémique, quand je le vois par ailleurs se satisfaire de ne rien faire pour les migrants lointains qu’il trouve plus pauvres que nos pauvres, ses prochains, parce que « nous sommes les riches du monde » (Le morhedec est aveugle à ses prochains parce que son regard est globalisé), je me dis que Le Morhedec symbolise ce catholicisme de la bonne conscience, qui pense qu’il lui suffit de dénoncer en avouant son impuissance sans s’affliger outre mesure de ne pas être un bon samaritain pour avoiraccompli sa mission et être quitte avec le bon dieu. À l’en croire, il s’agit de ne pas tout laisser dire sans s’inquiéter de tout laisser faire sous prétexte qu’on ne peut pas être partout : « Je suis plus utile dans les mots », se console-t-il, ayant fait de son indignation vertu et s’en parant sans savoir si dieu ne l’appelle pas à s’occuper concrètement des migrants venus d’ailleurs ou des pauvres d’ici, plutôt, comme il était dit dans cette interpellation que je n’ai jamais oubliée, de s’entendre reprocher un jour : « J’avais faim et vous avez discuté de ma faim, ou j’étais un étranger et vous avez discuté de mon statut de migrant ». Je ne comprenais pas qu’Yves-Marie adeline ait reproché aux évêques dans un de ses écrits de beaucoup citer l’Evangile. (Il était alors traditionaliste et les traditionalistes sont catholiques sans être apostoliques). « c’est bien la moindre des choses, lui répondais-je intérieurement. Or il avait raison. Le Morhedec est un catholique de la bonne conscience qui cite beaucoup l’evangile : »Je préfère regarder la poutre qui est dans mon œil », assure-t-il et se rassure-t-il. Mais on le voit âpre à rabaisser sans charité son interlocuteur. Son âpreté est tout amertume et le contraire de la virilité. Dans le même genre de distinctions que je voudrais subtile entre charité virile et âpreté amère, j’ai beaucoup aimé cette note de Philippe Bilger dont les articles deviennent de meilleur en meilleur : « La timidité vient de l’orgueuil et ne doit pas dégénérer en arrogance qui vient de la vanité ».

vendredi 17 mars 2017

Primauté de la fraternité

Pour une révolution des droits de l'home qui mettrait la fraternité au centre du tryptique. La tâche de l'homme paraît être de redistribuer l'égalité que le destin et la naissance paraissent se plaire à partout contrarier. Les droits de l'homme sont purement "opposables" et déclaratifs. ils paraissent avoir intériorisé la distinction entre le droit et le fait en faveur de celui-ci, pour mieux écarter le droit en ce qu'il a de positif, et en ceci, les droits de l'homme, bien qu'ils ambitionnent le statut de norme universelle, ont le caractère des lois d'exception, qui commencent toujours par énoncer une règle en termes absolus dans leur premier article, avant d'énumérer les exceptions dérogatoires à l'application de celle-ci. C'est pourquoi les droits de l'homme supportent la contradiction qui paraît s'élever entre eux. Mais la principale de ces contradictions n'est pas où on la situe généralement, de l'égalité à la liberté, elle est de la fraternité aux deux autres. - En principe, l'égalité entre en conflit avec la liberté. En réalité, la liberté et l'égalité s'équi-librent. L'équilibre est la réalisation présumée d'un idéal de normalité et de santé. Or cette vie "dans le silence des organes" (selon la formule de René Leriche) confond la paix et la sérénité, et déréalise l'exercice conjoint de la liberté et de l'égalité, qui devrait aboutir à la paix des braves sous l'arbitrage de la justice. Mais la justice comme la perfection et la solution ne sont pas de ce monde phénoménal et problématique. La poursuite de l'égalité perpétue l'état de tension et de rivalité, et justifie même en amont le désir mimétique. Elle peut avoir lieu en parfaite convergence avec la liberté, - Dans la mesure où ce qui est libre est franc, et l'égalité vise à affranchir ce qui est encore dans les fers. Je ne vois pas que la liberté soit jamais prise au piège de l'égalité, puisque la liberté est socialement bornée par le non-empiétement sur "l'espace vital" d'autrui, est téléologiquement subordonnée à la vérité, si on admet le caractère absolu de celle-ci, ce que nous contestons ; Mais quand même le sujet voudrait-il s'émanciper de la tutelle de l'Autre ou du Vrai, la liberté resterait subordonnée aux bornes ontologiques assignées à son exercice, , qui ne sera jamais franc des limites et des lois de la nature ou de la matière (le sujet est libre de choisir de mettre son doigt dans la prise, mais non pas de choisir de ne pas être électrocuté s'il le fait). - La seule loi naturelle est matérielle, et est constituée par ces limites matérielles. Elle n'est pas moralement normative, mais est d'une intransigeance d'autant plus rigide de n'être pas morale. Car la morale joue à savoir ce qu'il faut interdire pour que l'homme ne soit pas licencieux, mais avec une tartuferie que fait rougir la licence et avec un faux air sententieux qui donne licence morale, beaucoup plus efficacement et dans une transgression beaucoup mieux partagée que la licence poétique -. En dehors des résistances de la matière et sans compter les souffrances de la vérité, la liberté ne peut être prise qu'à son propre piège métaphysique, lorsqu'un libertarisme la rend liberticide en énonçant des sentences telles que : "On les forcera d'être libres" ou "Pas de liberté pour les ennemis de la liberté !" - La liberté et l'égalité vont doncde paire, sauf à mal les entendre. Il n'en est pas de même de la fraternité sous le régime et le contrôle de l'égalité qui occupe le centre du tryptique, comme la vertu pour les grecs tenait le milieue entre deux attitudes opposées et également intempérantes... Il n'est pas innocent, étant doné la possibilité de cette analogie, de l'égalité des Droits de l'homme à la vertu antique, que la tension vers l'égalité se soit accompagnée, sous la convention, d'un idéal de vertu politique, de vertu et de pureté … - Par convention, les hommes naissent libres et égaux en droit, mais allez appliquer la convention… - - En apparence, l'égalité vise à la fraternité, puisque deux hommes qui bénéficient des même droits ont tout lieu de se sentir des frères. Mais la poursuite intempérante de l'égalité entraînant celle de la rivalité, les hommes deviendront frères au prix de ce qui a constitué de tout temps la perversion de la fraternité, à savoir le fratricide, entraîné par la jalousie qui s'élève entre les frères. "Des frères, oui, mais des frères ennemis !" - - L'égalité conduit certes à la fraternité, mais dans l'esprit du fratricide, entretenu sans trêve par l'égalitarisme légaliste et rivalitaire. - - Conséquence de ce qui précède : L'égalité n'est pas contraire à la liberté, mais conduit la fraternité dans l'impasse du fratricide. - - Et la liberté n'est pas contraire à l'égalité, mais la fraternité lui est contraire, puisqu'elle prétend obliger la liberté au point de faire naître un sentiment favorable, or il n'y a rien qui s'en laisse moins imposer et compter que les sentiments. Donc rien n'est plus contraire à la liberté que l'injonction fraternitaire, sauf à présumer atteindre un point d'équilibre Qui serait une espèce de neutralité extraémotionnelle, et qui instituerait pour ainsi dire la fiction juridique d'une fraternité vidée de toute substance. Car la fraternité vise au sentiment d'être frères et la liberté ne veut pas se faire imposer ni commander ses sentiments. - La fraternité et la liberté étant les deux pôles opposés entre lesquelles voudrait s'interposer l'égalité vertueuse, n'ont d'autre ressource que de se pourchasser l'une l'autre. Mais toute vertu qui croit tenir l'équilibre ou le milieu entre deux réalités adverses est conduite à préférer l'une et à occulter l'autre. Comme on est ici dans une construction juridique et que la fraternité ne se décrète pas, l'égalité incline plutôt du côté de la liberté, bien que cette égalité libertaire puisse aisément s'avérer liberticide. - La fraternité est donc la véritable intruse du tryptique égalitaro-centré dont la liberté est, au pire, le pôle duel. La seule manière de diminuer l'intrusion est de placer la fraternité au centre dutryptique. Cette centralité de la fraternité préférée au centralisme égalitariste, aurait en outre l'avantage de ne pas maintenir l'homme dans une situation pernicieuse d'antagonisme permanent, qui aurait la violence pour seule solution de continuité. Il est paradoxal que, dans la configuration actuelle du paradigme des droits de l'homme, privilégiant la dualité liberté/égalité au détriment de la fraternité qui devient l'oubliée du tryptique, comme il arrive dans toute construction ternaire, parce que le système ternaire choque la dualité, la bipolarité et le caractère dialectique de la raison humaine ; il est paradoxal que ce qui est visé soit le pointd'équi-libre, lequel est d'autant plus inatteignable, introuvable et instable que la poursuite de l'égalité entraîne une redistribution permanente du rapport de forces. Si la fraternité était au centre du système, elle pourrait permuter le droit de l'homme avec lequel elle voudrait être accouplée et celui qu'elle préférerait occulter et aimerait mieux faire discrètement oublier. En d'autres termes, avec la fraternité au centre, la distraction d'un autre droit de l'homme est commutative alors que la liberté ne peut aller de paire qu'avec l'égalité discrétionnaire, de même que l'égalité ne peut être couplée qu'avec la liberté. - - Si la fraternité, occupant le centre systématique, choisissait d'oublier la liberté et de s'apparier à l'égalité, elle mettrait l'accent sur la priorité que doit constituer, dans l'ordre des devoirs, le fait pour le frère le mieux loti d'aider son frère le moins nanti à se hisser dans l'ascenseur social. Si elle privilégiait la liberté, ce qui serait paradoxalement plus naturel du fait de l'opposition de la fraternité et de la liberté vis-à-vis de l'égalité, elle convertirait se devoir en une volonté d'accompagnement, et se ferait l'auxiliatrice de la conquête de la liberté de ceux qui sont encore chargés de chaînes, sans toutefois accéder à toute inflation revendicative émises au nom de l'égalité par les personnes accompagnées au titre de la fraternité. En d'autres termes, la fraternité et la liberté ne prétendraient pas que le frère le moins nanti parviendrait au niveau auquel a eu la chance d'atteindre le mieux loti ; elles n'aideraient pas celui-là à se hisser exactement jusqu'à celui-ci, mais elles l'aideraient à se hisser au-dessus de sa condition, n'étant pas nécessairement sauf le rapport de forces et des positions initiales, et sans que soient davantage flattées l'envieuse convoitise de rivaliser de celui qui aurait un retard à ratttraper. Dans ce cas de figure, la fraternité et la liberté ne seraient pas obligées d'oublier l'égalité, tant il reste vrai que l'affranchissement est le seul combat qui puisse théoriquement réconcilier nos trois valeurs déclaratives. Se subordonnant l'égalité, la fraternité tempérerait le totalitarisme suborneur de l'égalité vindicative et revencharde. Attendu qu'on occupe toujours une position dans une fratrie, la fraternité respecte par position, contre l'idéalisme égalitaire, l'égalité de position dont est forcée de s'accommoder la conquête de l'égalité en vertu du principe de réalité. La fraternité n'attente donc pas de front et par principe à l'ordre public des sociétés organiques et naturelles, toute société ordonnée étant aussi hiérarchisée, comme le réclame encore la dimension sacrale de l'organicité sociale. Elle ne rend donc pas nécessaire a priori que la conquête de l'égalité se déroule dans le cortège macabre qui suit les épisodes révolutionnaires. Couplée à l'égalité, elle réinstaurerait au contraire une sore de révolution permanente où le mieux loti d'entre les frères remettrait à flots le moins nanti, en lui faisant volontairement reddition, le cas échéant, des biens dont il l'aurait lésé. - - Que si la liberté venait à répudier la fraternité, la fraternité n'aurait qu'à faire comme si, sans oublier la liberté, en la gardant en toile de fond, mais en agissant en faveur de la liberté par-dessus ses prérogatives. La primauté et la centralité de la fraternité sont d'autant plus souhaitables qu'étant auxiliatrice et médiatrice par nature, elle respecte, non seulement l'ordre naturel et organique des sociétés, mais encore la dimension déclarative du tryptique juridique. La fraternité ne met pas la main sur, elle reconnaît la distance irréductible de l'être et de l'autre, distance qui est la seule autonomie de tout être, ainsi que le crie le Corps semi-Glorieux du ressuscité : "Noli me tangere", ne me touche pas, cesse de me tenir, ne t'approprie pas ma personne, n'essaie pas de me posséder, ne mets pas la main sur moi, ne te permets pas d'avoir un contact avec moi si j'ai peur du contact, respecte mon tabou de te tenir pour interdit, puisque c'est ma liberté de ne pas vouloir de toi pour mon frère, comme c'est ta liberté de me tenir pour le tien", ce plaidoyer antifraternitaire de la liberté qui a peur du contact constituant sa lettre de répudiation de la fraternité. Où l'on voit à nouveau que la liberté est par sa nature foncièrement plus opposée à la fraternité qu'à l'égalité, alors qu'il n'y a aucune opposition de principe de la fraternité à l'encontre de la liberté. Autrement dit, la liberté peut avoir peur de la fraternité, le contraire n'est pas vrai : la fraternité n'a rien à redouter de la liberté. - Il n''y a que dans une seule conjonction que les droits de l'homme sont harmonieusement répartis : c'est dans celle de la trinité – LA SOCIETE EST TOUJOURS UNE ALLIANCE DE SECONDE ZONE - "Liberté dans le Père, Egalité dans le Fils, Fraternité dans l’Esprit ? Liberté, Egalité, Fraternité des Personnes divines ? Communion trinitaire dans la liberté, l'égalité, la fraternité?" (un certain Denis, sur l'espace cybernétique du métablog) Si dieu Est Trinité comme le pensent les chrétiens, les droits de l'homme correspondent à… l'identité de dieu ; et, en suggérant de mettre la fraternité au centre dutryptique, soit la grande oubliée des droits de l'homme comme le Saint-Esprit est le grand Oublié de la trinité, on convoque "l'esprit des droits de l'homme" en plein coeur de "l'âge de l'esprit". - Toutefois, si on prend la précaution d'ajouter que, pour René cassin, les droits de l'homme étaient une profanation volontaire et positive, quoique ne s'intégrant pas dans le droit positif, des Tables de la loi mosaïque, succédant aux lois noachides, alors on est amené à reconnaître que les droits de l'homme sont un universel judéo-chrétien. La fraternité peut-elle normaliser cet universel au-delà de son territorialisme d'origine ? Ce serait du néocolonialisme que de ne pas en référer à nos frères avant d'en décider... "Dans la « modernité », on a cherché à construire la fraternité universelle entre les hommes, en la fondant sur leur égalité. Peu à peu, cependant, nous avons compris que cette fraternité, privée de la référence à un Père commun comme son fondement ultime, ne réussit pas à subsister. Il faut donc revenir à la vraie racine de la fraternité. ("LUMEN FIDEI", 54). La psychanalyse a bien fait de nous rendre notre enfance, mais elle a commis une erreur de conséquence contre les structures élémentaires de la parenté en postulant que le meurtre primitif s'était commis de la horde des frères à l'encontre du père. La Bible nous renseigne avec plus de probabilité lorsqu'elle présume que l'histoire a commencé par un fratricide. Ce n'est pas après le meurtre du père suivi de sa divinisation, c'est de toujours que chacun des frères a cherché à nucléariser la famille autour de lui, dans une relation qu'il noyauterait et qui serait de lui tout seul avec les seuls, ses parents. C'est par conséquent de toujours que deux frères ont été de trop dans une famille, ont cherché à s'éliminer pour récupérer tout l'amour familial, l'élimination mutuelle constituant certainement le positionnement primitif et indifférent de tous les membres de la fratrie. Car on est toujours pris en sandwiche tant qu'on n'a pas attiré à soi l'intégralité de l'amour familal, héritage qui ne souffre pas l'indivision. Maurras ne notait pas sans pertinence que tout héritage qui entre dans l'indivision ne fait que des déshérités. C'est pour éviter la dispersion des héritages en lots que naquit le droit d'aînesse. Si meurtre du père il y eut de la part de la fratrie coalisée en horde primitive, le caractère primitive de cette horde ne peut être que secondaire, car cette coalition résulte d'une construction a posteriori où la fratrie s'aperçoit qu'elle a un ennemi commun : le père, déjà gros d'un potentiel de divinisation, que son sacrifice ne fera qu'aggraver, après "le repas totémique", lequel n'est qu'une construction supérieure et probablement mythique du cannibalisme en amour dévorant des frères contre le père saturnien. On ne peut supposer qu'il n'en soit pas allé ainsi que dans une tribu clanique, c'est-à-dire hors de toute logique familiale, à condition d'intégrer que le clan fait peu de cas du caractère du géniteur et que la notion de père n'y existe pas vraiment, Le père étant toujours déjà le totem du clan, avant même son ingestion éventuelle par ce dernier. Et c'est aussi parce que l'histoire a commencé par un fratricide que la fraternité est le plus difficile des commandements et la partie immergée des droits de l'homme. Les patriarches de la Bible n'ont cessé de promouvoir et de transgresser le droit d'aînesse, depuis le meurtred'abel, commis parce que Dieu transgressait ce droit naturel selon caïn, outre que sa jalousie était excitée par la préférence manifestée au sacrifice de son frère, jusqu'au vol de bénédiction commis par le cadet Jacob, le jumeau talonneur d'Esaü sorti avant lui du ventre de rébéca, auprès de leur père Isaac, vol dont procéderont "les enfants d'Israël", après qu'Isaac lui-même fut pris dans unconflit de préséance, où il ne peut être le premier des enfants d'abraham qu'à condition qu'on introduise, à l'occasion de sa naissance, la distinction entre enfant naturel et enfant légitime, distinction qui tomberat sous Jacob pour répartir les lots des fils d'Israël : Jacob aura tendance à privilégier les enfants de l'amour qui ne sont pas nés d'un "vouloir de chair", mais il faudra attendre saint-Jean pour que l'expression soit seulement employée et qu'ele trouve une résonnance dans notre civilisation, à travers le concept d'enfant désiré. Israël naît d'une transgression du droit d'aînesse ; l'islam apparaît apparemment pour le rétablir et faire rentrer Ismael dans ses droits ; or à peine a-t-il rendu justice à Ismael que l'islam nie à son tour le droit d'aînesse en réclamant une parfaite égalité entre les frères. ("La création tout entière est réceptacle, symbolisée par la lettre beith en Hébreu, "Temple, Maison". Elle est donc féminine par rapport à Dieu (Qui vient féconder). Beith donne bath, qui est la fille. Nous sommes la fille enceinte du père, d'où l'interdit de l'inceste. Le rapport père-fille est sacré, il nomme un Mystère profond, c'est le père qui engendre la Création, laquelle est féminine. Nous sommes amenés à considérer ce rapport père-fille, tellement sacré qu'il est exclusif." (Philippe dautet, "LE CHEMIN DE L'HOMME SELON LA BIBLE" (Desclée de Brouwer, 2009) La spiritualité nuptiale, non celle du mariage, mais celle des épousailles de l'âme avec dieu, me fascine et elle me gêne. Elle me fascine parce qu'elle réalise un idéal unitif, dont ce qui me gêne est qu'il passe à travers moi. Pour le dire autrement, le mariage suppose l'altérité. Or un mariage avec dieu à l'intérieur de soi peut dériver vers le narcissisme ou le cloisonnement dans une intériorité dévoyée car autoérotique, ce qui est du pareil au même, car l'autoérotisme est une déclinaison du narcissisme. Or comment expliquer qu'au gré des Evangiles et des analogies, Jésus Se présente tour à tour plus "l'epoux" du cantique, mais un maître qui rentre de noces qui ne sont pas les siennes. Comment le comprendre, au-delà de la multiplicité des analogies et des images ?

samedi 11 février 2017

L'universalisme de l'Incarnation

Hier soir, ma fiancée et moi avons beaucoup parlé du dialogue des religions. Nathalie a commencé cet échange dans un syncrétisme qui est bien dans son caractère conciliant. Tous, disaient-elle, devraient reconnaître que nous avons le même dieu. A quoi je lui ai répondu qu’outre que notre image de dieu variait significativement selon les confessions religieuses, on ne pouvait pas faire fi de toutes ces coutumes, par quoi les religions nous relient certes à Dieu au-delà, mais en-deçà et ici-bas à des cultures et à des civilisations. L’islam est une épopée religieuse qui ne s’est jamais départie de la violence, depuis la geste prophétique jusqu’à nos jours. Nos religions devraient dialoguer sans viser à tomber d’accord, sommes-nous convenus. Nous ne devons pas renoncer à nos vérités culturelles, ou plutôt à la manière dont l’Histoire a sédimenté que nos identités religieuses sont autant d’approches de la vérité de Dieu. Nous ne devons pas tomber d’accord pour être des frères. Nous voudrions nous inscrire dans le dialogue islamo-chrétien. Le pis est que nous le voulons à un moment où nous nous posons tous les deux la question du vote Le Pen. Comme quoi ce vote n’est pas toujours xénophobe. Mais comme, dans une République qui refuse d’admettre que la démocratie, c’est le clivage, et qui la transforme en mimèsis, on ne peut plus argumenter, on ne peut pas le faire comprendre. Le dialogue islamo-chrétien se porte mieux que les Amitiés judéo-chrétiennes. Peut-être que la condescendance de la charité chrétienne l’aborde de façon plus dépassionnée, car le christianisme ne dépend pas de l’islam, quand l’islam dépend de nous. L’islam nous reconnaît par définition, quand nous pouvons reconnaître l’islam par charité. Le dialogue islamo-chrétien est assymétrique. Les Amitiés judéo-chrétiennes se développent sur un trop vieux fond de repentance et de culpabilité pour ne pas s’abîmer dans des concessions excessives. Les chrétiens ont à se repentir du mal que leur civilisation dans sa ppartie germanique, c’est-à-dire luthéranisée, puis paganisée, a fait aux juifs. A condition de ne pas oublier que l’antichristianisme talmudique précède l’antisémitisme chrétien. Celui-ci s’est développé avec Saint-augustin qui bouclait la boucle du triomphe du christianisme en faisant des juifs les bibliothécaires de la Révélation chrétienne. Luther précède Hitler et le luthéranisme est un augustinisme allemand. Le jansénisme aurait pu être un calvinisme capitalistique (et sans doute l’a-t-il été à travers le caractère bourgeois de la révolution française qui fait de la propriété un droit sacré), mais il s’est développé un siècle plus tard que le luthéranisme dans un peuple parlant une langue classique, qui ne pouvait que tempérer les excès de cet augustinisme plus littéraire que politique. Les Amitiés judéo-chrétiennes filent un mauvais coton parce qu’elles croient devoir se prosterner devant le judaïsme, jusqu’à faire du christianisme une simple ramification qui croirait avoir déjà trouvé un Messie facultatif. Le christianisme ne doit pas céder au judaïsme jusqu’à en faire une voie parallèle et non substitutive de l’Alliance divine. La négation de la théologie de la substitution est une impasse. Les Juifs n’ont pas davantage à reconnaître le Messie s’ils ne le veulent pas que les chrétiens ne doivent avoir honte du christ. Ce n’est pas parce qu’il y a des aspects irréconciliables dans nos deux religions que juifs et chrétiens ne peuvent pas être des frères. Pour dialoguer à parts égales et sans hypocrisie, les juifs doivent se laisser interpeller par le fait que le christianisme est une histoire juive qui a réussi et qui désormais les protège. La civilisation chrétienne, cette ruse de l’Histoire, a servi de dhimitude pratique aux juifs, du jour où elle a compris tout ce qu’elle leur devait. Nous devons tous nous laisser interpeller par le fait que la promesse divine de donner à Abraham un héritage de nations aussi nombreuses que les étoiles du ciel a été tenue, à l’hyperbole près. L’élection de ce petit peuple à peine reconnu par l’archéologie de la plus haute Antiquité est tellement attestée qu’elle fait vivre spirituellement trois milliards d’humain, ceux que nos frères musulmans appellent des croyant des trois religions du Livre. Il y a des limites à l’antisémitisme. Cette phrase à l’emporte pièces est provocatrice, mais dévidons les vérités qui ressortent de cette provocation. Certes, le monde d’Après-guerre a voulu donner leur revanche aux Juifs. De là est né non seulement l’Etat d’Israël capté de façon laïque, mais aussi l’influence majorée dans un monde démocratique d’un peuple de représentants, d’un petit « peuple élu » dans toutes les sphères de la domination symbolique mondiale. Seulement nous ne pourrons jamais aller au-delà de cette dénonciation de la surreprésentation des juifs dans les sphères de la domination. C’est déjà véhiculer un préjugé blessant selon eux. Mais il ne faut pas céder à l’intimidation de l’époque de faire la guerre aux préjugées. Lorsqu’il a écrit son DICTIONNAIRE DES IDEES REÇUES, Flaubert n’a jamais prétendu qu’elles étaient fausses, mais qu’elles étaient assommantes oureçues de manière à être banalisées, à être intégrées avec le ridicule de Monsieur Homais. Tous les préjugés ne sont pas faux. Que les juifs soient « un peuple d’élite, sûr de lui » et non seulement « dominateur », mais dominant est vrai. Cette domination contribue d’ailleurs au mystère de l’élection du peuple juif. Nous pouvons exciper de ce préjugé qu’on pourrait penser antisémite parce que nous avons mis 70 ans à sortir du monde d’Après-guerre, comme la sainte russie a mis 70 ans à sortir du communisme. Seulement nous ne devons pas aller au-delà. Nous n’avons pas le droit d’être antisémites. Nous n’avons pas le droit de détester les juifs. Nous en dépendons et nous en descendons. Le juif est non seulement le frère aîné du chrétien, au risque de passer pour le fils aîné de la parabole de l’enfant prodigue ou pour Ezaü comme le disait saint-Augustin. Ce n’est peut-être pas encore son « frère aimé » comme l’espérait Jean-Paul II. Pour qu’on en arrive là, il faut que notre amour soit tout à fait exempt d’hypocrisie, et on flatte nécessairement celui dont on redoute la domination. Le juif est plus que le frère du chrétien, il est son père dans la foi. Et le chrétien, cet enfant de la « religion du fils », doit avoir le culte du père. Il doit garder le commandement qui l’enjoint d’honorer son père. Lui, l’olivier sauvage, doit se souvenir qu’il est greffé sur l’olivier franc. La greffe doit honorer son greffon. L’islam et le christianisme, ces deux histoires juives qui ont réussi, sont deux oliviers sauvages. Partout ils étendent leurs feuilles. A eux deux, ils recouvrent la presque moitié de l’humanité, et de l’humanité qui domine le monde ou la symbolique de la communauté internationale. Mais ils ne cesseront d’être sauvages que s’ils reconnaissent dépendre des quelques 60 millions de représentants de l’olivier franc. La gloire des oliviers sauvages (expression qui me fait penser au rôle de Benoît XVI, le pape qui a prononcé le discours de Ratisbonne, dans la prophétie de Saint-Malachie, «la gloire de l’olive) n’ira pas sans la gloire de l’olivier franc. Il ne nous est pas malaisé à nous, chrétiens, dereconnaître cette dépendance des fils vis-à-vis de nos pères dans la foi qui invoquent si souvent « le dieu de nos pères », d’abord parce que nous sommes les adeptes de la religion du Fils dont nous nous ressentons les membres ; ensuite parce qu’avant que Saint-Augustin n’ironise sur nos pères dans la foi, Saint-Paul nous a avertis qu’il ne saurait être question de nous réjouir aussi longtemps que le salut qui vient des juifs ne sera pas un salut pour les juifs. Et Saint-Pierre a employé des mots qui auraient dû préserver l’Eglise d’accuser les juifs de déicide, car il a dit que les responsables de la mort du christ étaient tous les hommes. Il a repris à son compte en ne l’ayant pas entendue cette Parole du christ qui demandaient de pardonner à ses bourreaux, « car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Cette Parole a été connue si tôt dans l’Eglise que le premier martyr, Etienne, l’a aussi partiellement prononcée : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché ! » Les chrétiens ont à rougir de tout un passé antisémite mortifère à grande échelle. Les musulmans n’ont pas ce passé. Aussi sont-ils présentement moins préservés contrela tentation de l’antisémitisme. Ils se posent aussi comme une religion de la désaffiliation, qui a du mal avec la notion de paternité divine. Le Coran explique l’engendrement de Jésus comme la Bible ne l’a jamais fait, mais les musulmans ne veulent pas l’appeler fils de Dieu. Ils appellent Verbe ce qu’ils décrivent comme Fils. « Dieu dit : « Sois et Jésus fut », dit le Coran. Donc ils ne peuvent pas immédiatement reconnaître que les juifs sont leurs pères dans la foi. A peine parviennent-ils à admettre que, si la Bible des juifs ne leur avait pas révélé l’existence d’abraham, ils ne l’auraient jamais apprise. Les musulmans ne consentent, ni à descendre, ni à dépendre. L’arabité ne veut pas (et c’est ethniquement compréhensible) se rendre à la captation laïque d’une part de la terre que les Romains d’abord et les Anglais ensuite ont nommé Palestine, d’un nom qu’ils se sont appropriés. Musulmans et chrétiens pourraient aimer les juifs au nom de la condamnation du fratricide. Personne n’a le sens de la fraternité comme les musulmans. Mais l’Islam s’est élevé comme la revanche du frère aîné indûment délégitimé. Du moins la chair de l’homme ne comprend pas la délégitimation d’Ismael. L’islam la nie et défend ses droits. Mais défendant Ismael que Dieu a partiellement déshérité en raison d’un Mystère spirituel, l’Islam réalise la prophétie, où Dieu disait à Agar que son fils serait le chef d’une grande nation, mais qu’il s’opposerait à tous ses frères et que tous ses frères s’opposeraient à lui. Un ami musulman m’a dit qu’il préférait brûler le monde entier plutôt qu’ilne le nie. Et le monde entier est en guerre contre l’Islam. Sinon le monde entier, du moins ce qui domine dans le monde. L’islam a la passion de la fraternité, mais c’est une passion égalitaire. L’islam a inventé les droits de l’homme et Robespierre le terrorisme… Le christianisme se croit à l’abri du fratricide parce que les chrétiens affirment être la descendance d’Abel. Les musulmans ont été imprégnés du récit génétique. Mais ils n’ont pas fait d’Abel un héros de la même envergure qu’Ismael parce que, dans leur passion de l’égalité, ils n’ont pas compris pourquoi le sacrifice d’Abel avait trouvé grâce auprès de Dieu alors qu’Ismael avait été rejeté. Le christianisme est une religion de cadets. Les chrétiens ont entendu Dieu dire à caïn : « Le sang de ton frère monte de la terre et crie vers moi. » Les chrétiens sont devenus des civilisateurs comme caïn, qui s’en excusent soit en pleurant aBel, soit en croyant qu’ils sont devenus Abel. En ce moment, Marine Le Pen bat le rappel du patriotisme. Je trouve cette notion étonnante, pour ne pas dire anachronique, dans notre société d’individus. Nous que consomme notre désir, nous nous croyons trop grands pour donner notre vie. Nous qui voulons prendre soin de nous, croyons que rien ne la dépasse. Car nous sommes des individus maternés. Nous avons remplacé le clanique par le clinique. Nous avons adopté le point de vue de notre mère pour qui rien ne vaut notre vie. Pourquoi donc en appeler au patriotisme auprès d’individus qui ont tué le père pour se placer dans la position fötale, alors que le nationalisme aurait mieux rendu compte de notre positionnement ? Le patriotisme en appelle à la terre des pères, à la terre et aux morts, à la terre et au sang. Le nationalisme se revendique de cet événement, « nascor », je suis né, le ventre parturiant de ma mère m’a fait naître, on a voulu de moi, j’ai grandi dans une matrice. Le nationalisme est matriciel. Le patriotisme réclame des gardiens du patrimoine. Il n’y a pas de place pour des peuples nouveaux qui viendraient se disputer un héritage que nous détiendrions du droit du sang. Le patriotisme ne reconnaît qu’un peuple de la terre et du sang. La matrice qui fait grandir et naître reconaît que plusieurs peuples peuvent s’adopter mutuellement et partager leurs héritages. Mieux, la nation désigne la gens et donc le peuple, là où le patriotisme ne met l’accent que sur la terre. Pourquoi donc parler du patriotisme quand on veut en appeler au peuple ? Parce que d’obscurs experts en détournement des mots ont inventé la fable selon laquelle le patriotisme serait honorable alors que le nationalisme serait la guerre. Ce sont les mêmes qui ont reproché à emmanuel berl d’avoir fait que le maréchal Pétain se réclame « de la terre et des morts ». Il en est allé de l’inversion du patriotisme et du nationalisme de la même façon que le sujet, ce qui est jeté sous et donc soumis, l’esclave, est passé maître en philosophie, et a passé pour le maître, l’individu, sujet de droit, l’individu autonome, presque prescripteur et édicteur de sa propre loi ontologique. « Un peu de nationalisme éloigne de l’universel, beaucoup de nationalisme en rapproche », fait-on dire à Maurras. Au contraire, si le patriotisme ne reconnaît que de la terre et du sang qui crie dessous la terre pour réclamer vengeance, le patriotisme, c’est la guerre. A moins que… Il n’y ait pour commencer libération de la dette du sang. « Le sang de ton frère crie de la terre vers moi », a dit Dieu à caïn. Il n’a pas dit qu’il a crié vengeance. Et quand bien même l’aurait-Il sous-entendu, caïn, après avoir esquivé : « Suis-je le gardien de mon frère ? », comme son père adam au souffle du jour de la première faute, prend peur : « Marque-moi d’un sceau pour éviter que quelqu’un ne me tue, à l’appel du sang de mon frère qui crie vengeance contre moi », supplie-t-IL Dieu Qui vient de l’exiler. Et Dieu le marque de ce sceau. « Et puis, me dit ma fiancée Nathalie, la patrie, c’est le Père et le Sang du Christ », Celui dont l’Esprit a accepté de prendre sur Lui toute vengeance. C’est sans doute une variante de ce qu’Henry de Lesquen appelle « l’universalisme de l’Incarnation », dans une formule sibylline, tant qu’on n’en a pas trouvé une explication comme celle-là. La terre et le sang ne crient plus vengeance, ainsi l’a voulu l’Esprit du christ, mais la terre veut être cultivée là où a été versé le sang des morts, qui veulent chanter avec ceux qui la cultivent. En cela peut consister « l’universalisme de l’Incarnation » en toute patrie. Il y a donc un certain patriotisme à défendre nos pères dans la foi. Il y a des limites à l’antisémitisme. N’est-ce pas, M. de Lesquen ?

jeudi 2 février 2017

Le domaine des Corbières ou de quelques traits peu rassurants de la démocratie sous Mélenchon

Le « dégagisme » paraît le trait dominant de la démocratie mélenchonienne. « Qu’ils s’en aillent tous » sauf moi, paraît dire le leader de « la France insoumise » qui, au hasard d’un meeting où il était mieux costumé que les autres, a découvert des vocables comme « les belles personnes » ou « les importants ». Le « dégagisme » est certes une des composantes massives du populisme. Mais ceux qui anticipent sur cette poussée révolutionnaire usent d’un remède qui ne sera pas seulement impuissant à empêcher que la Révolution, quand ele rentre dans l’ordre, ne remplace toujours une aristocratie établie par une aristocratie de commissaires politiques qui, si elle s’allie à la première en anticipant sur sa chute, n’en constituera que mieux une caste de pillards autrement appelés des oligarques. C’est ainsi que les anciens communistes ont investi la douma dans l’ex Union soviétique et que, plus loin de nous, la noblesse d’empire s’est alliée avec les émigrés sur le retour pour faire de la restauration, ce régime de la charte, un mixte concussionnaire qui n’a dû son salut qu’à une fuite en avantde régime en régime jusqu’aujourd’hui, tous régimes de cooptation. La cooptation est l’autre trait qui ne rassure pas dans la démocratie de Mélenchon qu’on voit à l’œuvre. D’abord son parti de gauche, puis son projet de 6ème République, maintenant sa France insoumise sont portés par quelques figures médiatiques, dont les plus incontournables sont le couple que forme à la ville Raquel Garrido et Alexis corbière. Ce n’est pas que les deux êtres qui le composent soient le moins du monde antipathique. Mais pourquoi sont-ils toujours là ? Pourquoi apparaissent-ils dans toutes les instances dirigeantes des mécanos formés par Mélenchon ? Et surtout, pourquoi parlent-ils faux ? Pourquoi parlent-ils peuple ou comme Jean-Luc Mélenchon alors qu’on entend très nettement que le recours aux expressions favorites de leur chef est forcé et sent à plein nez les « éléments de langage » ? Le caractère incontournable de la figuration dans toutes les instances mélenchonistes d’un certain nombre de personnalités, dont l’économiste Jacques Généreux, le bien nommé, montre que l’élection dont se prévalent ces instances est truquée. La démocratie selon Mélenchon, c’est un tiers de cooptation, un tiers de tirage au sort et un tiers d’élection. Autre curiosité, le candidat de la 6ème république prétend tour à tour qu’il va convoquer une Assemblée constituante et rentrer chez lui, ou mettre en œuvre un programme clés en mains qui lui demandera du temps. Il ne peut assurément pas faire les deux choses à la fois. Par définition, on ne sait pas ce qui ressortira d’une Assemblée constituante. Un peu comme les royalistes qui assignaient au roi le programme qu’il devait suivre pour gouverner dans l’intérêt de la France, Mélenchon, se posant non seulement comme celui qui convoquera l’Assemblée constituante, mais comme le chef d’un parti qui en aura préparé les documents de travail, voudrait bien qu’il en ressorte une république parlementaire tempérée par le référendum d’initiative populaire, qui fait que ce qui a toujours été mal nommé le pouvoir exécutif n’aura plus l’initiative, mais surtout par le mandat impératif, grâce auquel on pourra à tout moment destituer un élu dont on estimera qu’il ne tiendra pas ses promesses. Une sorte d’instabilité garantie, obligeant, devant le mécontentement que suscite l’action de chaque élu, qu’il soit très prometteur ou avare de lendemains qui chantent, que tout représentant de la nation gouverne de façon démagogique pour se maintenir en poste, dans un climat de surenchère, de méfiance et de guerre civile constamment alimenté. On peut déjà le dire, la démocratie mélenchoniste n’aura pas seulement échoué à endiguer la cooptation, elle n’aura pas seulement favorisé une caste de commissaires politiques qui auront tôt fait de devenir oligarques. Sous prétexte de gouvernement du peuple, elle instaurera le gouvernement de la méfiance. Le peuple sera invité à se méfier des « sachants ». Or je ne sache pas que le gouvernement des ignorants vaille mieux ! Ou comme le répondait Jacques Attali à Claude Goasguen qui l’accusait d’appartenir à «la République des experts, « je préfère appartenir à la République des experts qu’à la République des imbéciles. » Ce gouvernement par la méfiance est taillé sur le caractère de Mélenchon, un peu comme la constitution de 1958 était couturée sur la stature de deGaulle. Mais Mélenchon est plus Chavez que de Gaulle. Et cette façon de gouverner est-elle viable ? Sans lui préférer celle des Attali et des Macron.

samedi 21 janvier 2017

Le monde d'Après-guerre?

Je me risque à prendre date en déclarant que l'élection de Trump nous fait entrer dans le monde d'Après-guerre, oui, dans le monde que l'on n'attendait plus d'après la seconde guerre mondiale, dont la sortie nous aura pris 72 ans, et dans une Histoire où l'espèce humaine peut continuer d'écrire après Auschwitz parce qu'il y a eu le goulag, les Khmers rouges, le Rwanda... Le caractère imprévu de cette élection à laquelle elle ne voulait pas croire oblige l'Europe à penser soudainement ce monde d'Après-guerre: elle a pu longtemps s'en abstenir, protégée qu'elle se sentait par le transatlantisme, qui la sommait de rester unie. L'Europe a perdu son utilité du point de vue de la paix à l'intérieur de ses frontières: les guerres qui la menacent sont désormais extérieures, et l'opposent à une autre ère de civilisation qui voudrait prendre sa revanche sur l'hégémonie occidentale. Elle n'a jamais réussi à s'organiser en Europe de la défense. La pression que Trump mettra pour neutraliser l'OTAN pourrait l'obliger à créer une CED (bis) ou à perdre son sens en tant qu'Union européenne. Car le sens de l'UE n'est pas d'être un marché commun. Il n'est pas non plus de niveler par le bas des économies hétérogènes. Il n'est plus de s'élargir, y compris à des pays non européens, il est de s'approfondir. Si le monde sort de l'Après-guerre à compter de l'élection d'un président américain d'origine allemande, l'ironie voudra que ce soit lui qui nous sorte de l'Europe allemande, cette Europe que nous aurons construite contre le mal que nous aura fait une Allemagne ouvertement offensive, qui se sera retournée en imposant son réalisme économique ou la qualité de son industrie, tout en détruisant le charbon et l'acier que l'Europe se promettait de protéger dans son acte de naissance. L'Allemagne était devenue la caution sans frontière maritime de l'Europe transatlantique. Le brexit et un président américain d'origine allemande renouent avec une permanence géopolitique, qui fait de la grande Bretagne l'origine et désormais le prolongement de l'Empire américain, à moins que les Etats-Unis ne soient la continuation de l'Empire britannique par d'autres moyens, un Empire qui prétend désormais ne plus vouloir imposer sa pax americana. C'est un mur de berlin qui tombe, sans tomber par le déclin de l'Amérique, dont l'économie est fragilisée, sinon condamnée, par sa dette, qui est aux mains des Chinois à l'égard desquels Trump ferait bien de se montrer plus prudent. C'est un mur de Berlin qui tombe et dont ceux qui nous gouvernent ne désiraient pas la chute. Même les intellectuels héritiers des partisans d'une union avec la Russie soviétique sont stupéfaits de se retrouver nostalgiques de cet ancien maître dont ils adoraient détester la domination, quoique les intellectuels français aient toujours été fascinés par la culture américaine. La chute de ce mur de Berlin nous fait entrer dans le monde de la souveraineté et de la multipolarité, du non alignement généralisé. Il ne faut pas être paresseux pour penser ce monde-là. Et il faut le penser subito.

mardi 17 janvier 2017

Peut-on être catholique et identitaire?

Le débat fait rage autour du livre d’#Erwan Le Morhedec, IDENTITAIRES, LE MAUVAIS GENIE DU CHRISTIANISME. Les lignes qui suivent proposent une réponse à son article publié ici : http://www.koztoujours.fr/identitaire-le-mauvais-genie-du-christianisme?subscribe=success#blog_subscription-3 Essayons de raisonner avec ordre. 1.Votre livre pose avant tout un problème d'opportunité. A l'heure où nous sommes tant en recherche de nous-mêmes et où il s'agit de s'aimer soi-même pour aimer son prochain, l'urgence était-elle d'accabler les identitaires dont certains sont ou se disent chrétiens, ou de chercher avec eux à tracer le périmètre de qui nous sommes? Je ne peux pas m'aimer si je ne cerne pas qui je suis. De même, j'aime Dieu Qui se dérobe ("Je ne te dirai pas qui je suis, dit-Il en substance à Moïse au buisson ardent) parce qu'Il nous a aussi révélé qu'Il était Amour et Lumière. Ou pour développer la même idée par un autre prisme, l'apostasie menace notre foi, concédez-vous. Nous devons lutter contre l'apostasie. Or nous ne pouvons ni renier ni défendre ce que nous ne connaissons pas. 2. Dans votre article, vous en venez à imaginer qu'un jour, nous autres catholiques d'après la chrétienté, nous autres post-croisés, nous serons mis en demeure de prouver que notre religion n'a rien à voir avec la violence commise en son nom du fait des identitaires qui seraient nos djihadistes. Une sorte de "pas d'amalgame" transféré de l'islam au christianisme, comme si l'islam n'était pas intrinsèquement, depuis la geste prophétique jusqu'à aujourd'hui et malgré la mystique de qualité attachée à cette religion, une épopée violente. La violence du christianisme est toujours extrinsèquement chrétienne. Le Christ roi n'est pas un chef politique. Il a manié l'épée de la Parole et commandé que l'on remette l'épée au foureau. L'Autel n'a pas de glaive. 3."Le pape n'est pas le défenseur de la chrétienté", assénez-vous. Il doit cependant bien défendre les brebis qu'il est chargé de faire paître. S'il ne peut pas les défendre, si la chrétienté est un gros mot, autant dire que le christianisme ne peut pas promouvoir une "politique de civilisation". Pas plus contre le "gender" ou contre "le mariage pour tous" que pour le "monde nouveau" du CCFD, terre solidaire. Car une civilisation suppose toujours une identité qui se définit par position et par opposition, en positif et en négatif, en pour et en contre. C'est pourquoi j'ai toujours été gêné par la réquisition d'une "civilisation de l'amour", qui me paraît une contradiction dans les termes. La civilisation chrétienne, autre traduction de la chrétienté, me paraît une ruse de l'histoire. Y a-t-il une civilisation chrétienne? Voilà une question qui vaut d'être posée, elle et quelques autres que vous semblez aborder dans votre livre que je me promets (et vous promets) de lire. 4. En voici une liste non exhaustive: peut-on être catholique et voter pour le front national, catholique et libéral, catholique et filloniste - Fillon passant à tort ou à raison pour le candidat antipauvre et les catholiques se posant en défenseurs des pauvres-, catholique et avocat d'affaire -ce qui est votre cas. vous pouvez l'être à la manière de l'intendant habile qui se fait des amis avec l'argent trompeur sans aimer cet argent-, être paÿen et chrétien? A toutes ces questions, j'aurais tendance à répondre que non, mais une tendance demande réflexion. Je me bornerai à cerner la dernière question puisqu'aussi bien, elle fait l'objet de votre livre. Il me semble qu'on ne peut plus être païen et chrétien après le fascisme puisque la revendication de paganisme bat assez ouvertement le rappel d'un retour à la barbarie. Dans ce monde post-chrétien (puisque nous abusons décidément du préfixe "post"), il me semble que nous devons être judéo-chrétiens, ce qui exclut que nous soyons pagano-chrétiens. 5. Trois mots encore. Le premier sera pour adresser une question supplémentaire à Jacques, un des premiers commentateurs de ce billet, qui vous écrit: « Merci d’être un des rares témoins du fait que si le conservatisme est compatible avec le catholicisme, le rejet ou la haine de l’autre ne le sont pas.» Mais encore? Connaissez-vous un conservatisme qui ne soit pas captatif? J'irai plus loin. Tout un discours de droite, tenu de Philippe de Villiers à Patrick Buisson, vise à théoriser un populisme conservateur, qui serait une récupération salvatrice, assurée par les classes populaires, des valeurs séculaires abandonnées par la bourgeoisie comme autrefois par l'aristocratie, cet abandon aristocratique étant une des "régularités" foucaldiennes. Or ce populisme conservateur me paraît une chouannerie, c'est-à-dire une escroquerie intellectuelle d'une eau plus sale, à tout prendre, que l'escroquerie identitaire. "Les bleus" étaient pour la plupart des paysans qui faisaient la guerre au nom de leurs "messieurs" partis à "la chasse à la perdrix" (pour reprendre une chanson chouane), en émigration, et qui les avaient abandonnés. 6. Quant à la civilisation, considérée indépendamment de la question de savoir si le christianisme est capable d'en générer une ou si c'est la ruse de l'histoire au moyen de laquelle il est entré dans le monde, elle est le versant humain de la vertu de religion. Pas plus que la France n'est qu'un paysage, il n'existe de foi sans religion et partant sans civilisation. La religion relie, en haut, à Dieu et, et en bas, à une civilisation. Votre foi dans le Verbe incarné n'est pas hors sol. Elle n'existe pas indépendamment d'une civilisation dont il faut un tant soit peu défendre l'identité. 7. Enfin, l'identité a-t-elle un bien-fondé spirituel? Dans la Bible, Dieu se définit à la fois comme éternellement le Même et éternellement Insaisissable, y compris, semble-t-il, à Lui-même, mais en tout cas à nous: "Noli me tangere", "cesse de me tenir". "Identité" vient de "idem". L'identité, c'est donc la similarité. Nous ne devons pas être identiques à nous-mêmes, mais ressemblants à Dieu. Cette Ressemblance contient néanmoins un désir de se fixer dans une fidélité à ce qu'on est au plus profond de soi-même. Aimer, c'est se fixer en se déplaçant pour devenir celui qu'on aime. C'est rester soi-même et se laisser entraîner.

mercredi 11 janvier 2017

Trois expériences estudiantines en "intégration"

TROIS INCLUSIONS UNIVERSITAIRES A VINGT ANS DE DISTANCE (Témoignage rédigé à la demande de M. Jacques BERMONT) Déficient visuel licencié en lettres et titulaire d’un CAPES dont j’ai perdu le bénéfice, j’ai connu deux expériences estudiantines : la première entre 1990 et 1993, à l’université Paris 4 Sorbonne, à l’issue de mon baccalauréat, la seconde entre 2013 et 2015, d’abord à l’université Lille 3 puis à l’université Paris 3 Sorbonne nouvelle, pour une reprise d’études suivie d’une réorientation. Ma première expérience s’est déroulée, si je puis dire, à l’ancienne. Je sortais de deux années d’intégration dans le privé, très bien accompagné par un SESAD. Je suis arrivé à la faculté sans beaucoup m’inquiéter si des aménagements étaient prévus pour moi, pariant qu’il n’en existait pas. Je savais vaguement que l’Institut national des jeunes aveugles (INJA) transcrivait les sujets d’examen pour ses anciens élèves reconnus dépendre de son service de transcription. C’est la seule mesure que je demandai au chancelier de l’Université. Cela me fut accordé, mais La mise en place de la mesure se fit après une prise de bec assez épique avec la directrice du service des examens. Mais dès lors qu’une routine s’était installée et dans la mesure où je ne demandais rien d’autre, le suivi se faisait régulièrement. J’étais noyé dans la masse des étudiants, et on tenait si peu compte de mon handicap que j’ai appris l’existence d’un congrès où étaient réunis des étudiants déficients visuels en passant avec un appariteur devant l’endroit où ce congrès se déroulait. J’étais relativement vexé de ne pas y avoir été convié, dans la mesure où d’anciens condisciples connus dans l’enseignement spécialisé y participaient ; mais comme je ne faisais rien pour me signaler comme aveugle, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même. Je n’ai pas le souvenir d’avoir lu les polycopiés que nous distribuaient les professeurs, mais les lit-on jamais ? Je ne fréquentais pas la bibliothèque de la Sorbonne. Mais il existait à Paris l’association des auxiliaires des aveugles qui nous rendaient deux types de service : elle mettait à notre disposition des lecteurs à raison de deux fois par semaine. On pouvait excéder cette faible quotité pour peu qu’on devînt ami de l’un d’entre eux, ce qui m’est presque toujours arrivé, mais deux fois de façon plus marquante. Les auxiliaires des aveugles pouvaient aussi nous enregistrer des ouvrages. Avec mes lecteurs, j’avais l’habitude de me rendre, soit dans un lieu que les secrétaires de l’UFR (unité de formation et de recherche) de littérature française mettaient gracieusement à notre disposition, soit à la bibliothèque sainte-Geneviève où nous pouvions nous tenir près de la salle de bibliothèque, assis à une table qu’on nous avançait, sur un lieu de passage. Pour compléter mes besoins de lecture, j’empruntais les ouvrages au programme à la bibliothèque Braille de l’association valentin Haüy (AVH) quand ils figuraient à son catalogue. L’ennui était que la bibliothèque ne possédait qu’un exemplaire de chaque ouvrage, et il n’était pas rare que je le lise beaucoup plus tard que le moment au cours duquel nous l’étudions. Les ouvrages étaient volumineux, je portais lourd. (La RECHERCHE DU TEMPS PERDU DE Proust comportait cent trois volumes, les trois livres des ESSAIS de Montaigne en comportaient quarante-sept. Je les cherchais par séries. Il était impossible de revenir sur des passages d’un livre qu’on était en train de lire. Ma lecture s’en ressentait, trop imprécise pour être universitaire. Je manquais de curiosité pour chercher des ouvrages en éditions bilingues : Français-latin, Français-Allemand. Je ne travaillais qu’avec les deux associations que j’ai citées. Je n’ignorais pas que d’autres existaient, mais je n’avais pas l’idée de m’adresser à elles. Je vivais seul, bénéficiais d’une aide familiale assez restreinte (ma mère et ma tante avaient bien entrepris de m’enregistrer LES MEMOIRES de Saint-Simon), ma famille habitait Mulhouse et moi la banlieue parisienne, je n’avais pas d’auxiliaire de vie, il m’aurait été difficile d’assurer une correspondance avec davantage d’associations. Rétrospectivement, j’y aurais certainement gagné. J’ignore même s’il existait un « relais handicap » à la Sorbonne. Je ne crois pas, car le peu de personnes qui étaient dans ma situation et avec qui il m’arrivait de suivre des cours avait l’air de se débrouiller comme moi. Mon système a montré ses limites quand je suis arrivé en maîtrise et quand j’ai, un an plus tard, tenté de passer une équivalence en philosophie. A la Sorbonne, on lisait en Français et en grec. Je ne savais pas lire le Grec. Quant à mon mémoire de maîtrise, je l’avais placé sous la direction d’un spécialiste de Montaigne dont je ne me doutais pas à quel point il était pointilleux. J’avais beau lui avoir proposé un sujet très général, qui nécessitait, pensais-je, peu de bibliographie secondaire, sa formation de chartiste ne concevait pas, non seulement que je méconnaisse cette bibliographie, mais que je n’étudie pas les variantes entre les quatre éditions des ESSAIS de Montaigne. Une telle quantité de lecture ne m’était pas possible avec le dispositif qui m’était consenti par les Auxiliaires des aveugles, même amélioré par l’amitié avec les lecteurs. Ce mémoire, que j’avais l’intention de taper à la machine (je ne possédais pas d’ordinateur, n’avais pas appris l’informatique et n’avais pas adressé de demande à l’AGEFIHP pour bénéficier des cinquante mille francs qu’elle attribuait pour un tel équipement), était mort-né. Ma seconde expérience était le fruit d’une volonté de me resocialiser. Trop d’années passées à penser le monde dans ma chambre, à écrire en soliloquant, à entretenir l’espoir d’être publié sans achever un seul ouvrage, m’ont convaincu de me désédentariser et de me réimmerger dans « le monde réel ». Ma compagne et moi avions migré à Mulhouse et étions ouverts à reconfigurer notre mode de vie, elle restant à Mulhouse et moi faisant des allers-retours entre Mulhouse et Lille, ville où elle avait des attaches et dont j’aimais l’état d’esprit. Je suis parti en prospective avec l’idée de reprendre mes études où je les avais laissées, avec un débouché professionnel possible à travers le CAPES. Courant juillet, j’ai visité la faculté et son « relais handicap ». On m’y a promis monts et merveilles. On m’a fait miroiter la possibilité d’un tutorat étudiant pour accompagner mes études. Je me suis dit que l’absence d’aide humaine institutionnalisée avait fait terminer les précédentes dans un cul-de-sac. Entre temps, je m’étais mis à l’informatique, beaucoup d’ouvrages étaient numérisés, la bibliothèque numérique francophone adaptée (BNFA) et Gallica existaient, je partais donc gagnant, persuadé que j’avais toutes mes chances… C’était sans compter une première déconvenue personnelle. Au premier cours de didactique, je réalisais que la plupart des filles de ma promotion aimaient faire classe, aimaient le tableau noir, comme si elles allaient continuer de jouer à la poupée avec des élèves. J’ai réalisé alors que je détestais l’idée même de classe, ce regroupement non affinitaire d’élèves, et de faire classe : je n’avais aucune présence physique, je n’étais pas bon acteur. Lorsqu’un peu plus tard, j’ai rencontré le médecin au cours de la visite médicale qui devait décider de la manière dont le « relais handicap » allait me seconder, j’ai appris, dépité et stupéfait, que je n’avais pas droit à un tutorat étudiant, que les textes étaient très clairs et qu’un aveugle comme moi ne pouvait y prétendre. Que ne me l’avait-on fait savoir avant ! Le « relais handicap » s’engageait tout juste à transcrire (très mal) mes sujets d’examen et à aménager les conditions dans lesquelles je les passerais : salle séparée, tiers temps, secrétaire. J’en étais donc au même point qu’à la Sorbonne, avec des effets d’annonce dues à l’air du temps et à la loi de 2005, qui ne débouchaient sur rien de concret. Pis encore, je n’avais droit au financement d’aucun matériel. L’AGEFIHP n’assurait plus l’équipement de personnes non professionnelles. Les étudiants devaient s’adresser à la MDPH (maison départementale des personnes handicapées) Le service de médecine préventive de Lille 3 avait demandé et obtenu une délégation de compétence de la MDPH dans le domaine universitaire. L’intention était louable : les étudiants n’auraient pas à attendre que la MDPH instruise leur dossier, ce qui pouvait prendre plusieurs mois. Mais comme la dotation du « relais handicap » était faible, le parti avait été pris de ne pas assurer de financements en dehors de cas médicaux très lourds. Le « relais handicap » tenait aussi à prévenir les étudiants qui dépendaient de lui qu’il ne les accompagnerait pas dans les salles de cours. Il ne leur faisait pas non plus visiter la faculté. L’ESPE (école supérieure de l’enseignement et du professorat) s’était proposée, via ma professeure de didactique, de suppléer aux carences de matériel qui étaient les miennes, voire de déléguer un assistant d’éducation qui m’aurait servi d’auxiliaire de vie étudiante (l’Université de Mulhouse met à la disposition de ses étudiants en situation de handicap un auxiliaire de vie scolaire…). Renseignements pris, la chose n’aurait été possible qu’à compter de mon intégration dans l’Éducation nationale en qualité de professeur stagiaire. Les courriels rendaient plus facile la communication avec les professeurs. Presque tous faisaient preuve de bonne volonté et acceptaient de me transmettre une version numérique des polycopiés qu’ils distribuaient. Mes relations avec mes camarades de promo étaient inexistantes. Je croyais avoir touché le fond à la Sorbonne, ce fut bien pire à Lille. Pourtant je n’étais plus sauvage et j’étais prêt à faire les efforts nécessaires pour que les relations soient spontanées. Aucune coopération en dehors des cours ne s’avéra possible, jamais de travail en commun. Lorsqu’à la fin de l’année, me voyant admis au CAPES dans le premier quart des candidats au concours, l’étudiante la plus prompte aux prises de parole et à s’inscrire pour faire des exposés me dit que j’avais donné à tous une leçon de vie, je me suis retenu de lui répondre que ça me faisait une belle jambe. Au bout de six mois de cette vie lilloise, je me suis rendu à l’évidence qu’il fallait me réorienter. Sans doute aurais-je dû rapidement prendre contact avec le bureau du recrutement de l’Académie de Lille pour préparer mon intégration au sein de l’Éducation nationale afin de faire de l’enseignement alternatif. J’ai eu le tort de supposer que je n’y trouverais pas d’interlocuteur, ce qui n’était pas déraisonnable au regard du peu de relations que nous avions avec le ministère, qui devrait repenser sa gestion des ressources humaines : il n’est pas étonnant que tant d’enseignants démissionnent. Ayant toujours voulu faire des études qui soient au confluent de la littérature et du droit et après avoir pris conseil auprès du CIO (centre d’informations et d’orientation) de Lille 3, j’optai pour une licence professionnelle d’écrivain public, conseil en écriture, qui était dispensée à Paris 3, à raison de deux journées de cours par semaine, ce qui me permettait de garder un pied à terre à Lille, éventuellement pour rattraper les UV de master que je n’avais pas passées, et de pouvoir vivre entre trois villes. La vie auprès d’étudiants plus âgés, expérimentés, aguerris, souvent en reconversion professionnelle, habités par une fibre sociale, fut le jour et la nuit par rapport à ce que j’avais connu à Lille, où ceux qui se préparaient à s’engager dans le métier d’enseignant le faisaient généralement à l’issue d’une scolarité sans encombre et d’une vie sans heurts. Tout me plaisait, de l’enseignement à la croisée des lettres, du droit, et de la sociologie à l’ambiance qui régnait entre nous. J’étais parfaitement intégré dans la promotion. J’allais jusqu’à suivre des cours d’informatique avec tout le monde. J’avais l’intention de les actualiser et de les compléter avec un centre de formation à distance en informatique adaptée, qui ne m’aurait pas été financé par l’Université, mais qui, étant la création d’un militant de la cause, était très peu onéreux. Le « relais handicap » de Paris 3 était dans une vraie démarche d’accompagnement. Il ne se contentait pas de transcrire (très bien) des sujets d’examen, mais il numérisait aussi des ouvrages à la demande. Il était prêt, le cas échéant, à transcrire des polycopiés. J’ai dû mettre un terme à cette formation, ma compagne étant atteinte d’une compression médullaire qui la paralysait, allant jusqu’à nécessiter son alitement pendant trois mois, et donc ma présence à ses côtés. C’est à regret que je n’ai pas pu mener cette licence professionnelle à son terme. Julien WEINZAEPFLEN

mardi 10 janvier 2017

Grandeurs et petitesses de la pensée Yann Moix

Yann Moix paraît un écrivain malade et médicamenté. Se succèdent chez lui des idées très justes et des idées reçues. IL s’est « judéophilisé », et sa judéophilie est devenue sa clé universelle de lecture Quand il dit que « commémorer le terrorisme, c’est commémorer notre impuissance », il pointe l’indigence de la politique du « deuil national » qu’a incarnée Hollande et qui aurait marqué a présidentialisation de François Hollande ou la seule grandeur du quinquennat. Mais c’est aussitôt pour ajouter que les terroristes ont envahi notre esprit. Le terrorisme n’a envahi que l’esprit de ceux qu’ilfascine. L’Etat d’Israël est issu d’un terrorisme qui a réussi. Clement Atlee et Hary Truman ne se sont résolus à le reconnaître que par lassitude, parce que les attentats de l’IRGOUN démoralisaientles les Britanniques et parce que l’influence des juifs américains devenait prépondérante. Baser toute une politique sur le terrorisme, c’est faire comme les nazis contre les résistants. Notre propre lutte contre le terrorisme à travers #jesuisenterrasse cumule la défense américaine de notre « way of life » et le refus de revenir à l’antidéfaitisme pétainiste. Quelques sottises de Yann Moix : - Les djihadistes ne sont pas des nhilistes, mais des rienistes. - Yann Moix aurait adoré "le quart d'heure de célébrité" d'Andy warol. Il le méprise à présent que les djihadistes s'en emparent. - L’anarchie serait une idéologie et pas l’islam. L'identité religieuse, même formatée en "alertes Internet", est plus importante pour l'homme que sa manière de consommer (ou way of life) ou ses conditions économico-sociales. Mais le retour du religieux est une régression insupportable pour les progressistes.

jeudi 1 décembre 2016

Le sentiment du progrès

On discute beaucoup sur l’idée de progrès. Mais on ne peut nier le sentiment du progrès. J’ai commencé de lire hier soir LE SIECLE DE LOUIS XIV. J’écrivais l’autre soir à Thomas Ferrier, qui me disait qu’aveugle, j’étais comme Homère, que je ne serais pas capable d’écrire des vers épiques. Voltaire, à travers cet éloge commandé du prédécesseur de Louis XV, a écrit une épopée historique. Ce faisant, il fut le premier à appliquer une historiographie scientifique, ne s’embarrassant pas des détails, mais faisant de bonnes synthèses, à une mythologie fabriquée. Les anciens chantaient l’histoire, les modernes la retrouvent en se documentant. Mais ce pourquoi je parle de ça n’est pas tant dans le but de faire des remarques sur l’épopée. J’aurais pu les faire à l’époque où Yves Baudelle nous demandait d’y réfléchir. J’avais étudié l’ENEIDE, mais je n’avais pas connaissance de cette particularité de l’épopée française issue des Lumières de produire de la mythologie de façon scientifique, qui ouvrirait la voie à de Gaulle,de devenir mythologue en le sachant « Je nie l’existence de la France légale pour faire prévaloir la France légitime. » J’ai décidé de lire Voltaire pour m’endormir, parce que c’était un livre que je voulais lire depuis longtemps en ne m’attendant pas à ce qu’il m’intéresse. Pourquoi d’ailleurs je comence par Voltaire plutôt que par Michelet ? Autrefois (et c’est peut-être aussi ce qui m’a fait penser au baltos qui était à dUroc), si j’avais voulu lire ce livre, il aurait fallu que j’aille le chercher et que je me trimballe trente volumes en plusieurs voyages répartis au cours des semaines. Aujourd’hui, j’en ai la fantaisie, j’ouvre Internet, je vais sur wikisource que m’a révélé simon et le tour est joué, Voltaire et LE SIECLE DE LOUIS XIV sont à moi. Quand je lisais LA CITE DE DIEU, c’était trente volumes que j’étais allé chercher et que j’avais ramené chez Nathalie, rue d’Hautpoul. Je rangeais les livres sous le lit. J’avais demandé au responsable de la bibliothèque Braille de l’AVH d’envisager de faire recopier par un transcripteur à la tablette (comme c’était l’usage à l’époque) quelques-uns parmi la centaine des livres écrits par Saint-Augustin plutôt que toutes les nouveautés qui passaient et seraient aussi vite oubliées. « Saint-Augustin peut attendre, tandis que les nouveautés qui passent seront trop vite oubliées pour n’être pas transcrites », m’avait répondu Jacques. Il était donc urgent d’en encombrer les 17 ou 18 kms des rayons de la bibliothèque que le feu a entièrement décimés. J’avais beau représenter à Jacques que les ouvrages de Saint-Augustin appartenaient au patrimoine de l’humanité, Saint-Augustin pouvait attendre. Aujourd’hui, la totalité des livres de Saint-Augustin sont disponibles en ligne et ont été numérisés par l’abbaye Saint-Benoît du Portvalais. Ne vivons-nous pas une époque formidable ? Voilà une évolution de civilisation à laquelle j’ai assisté. Je ne croyais jamais accéder à la presse. Aujourd’hui, il suffit que je me connecte à twitter, et des centaines de journalistes, au compte de qui je peux m’abonner sans être leur ami et avec qui je peux même deviser à l’occasion, me donnent le lien de leur dernier papier. Je suis même mal tombé, car si j’avais connu tout cela six mois plus tôt, la plupart des articles n’auraient pas été réservés aux abonnés et je pourrais en lire davantage. Bref, je peux être surinformé. La démocratie directe dont j’ai toujours rêvé m’arrive par les réseaux sociaux. Quand on en parlait, les politiques dont le message avait pignon sur acceptabilité la balayaient d’un revers de main. Aujourd’hui, c’est à qui proposera la République la plus référendaire, via ce dérèglement qu’est le référendum d’initiative populaire. On ne veut pas parler de démocratie directe, alors on parle de démocratie participative. Certes, on peut refuser la neutralité d’Internet, mais je ne crois pas qu’on arrêtera le progrès. Beaucoup le regrettent, le taxant de populisme. Le peuple est une catégorie qui n’a jamais émergé dans l’histoire. Michelet voulait sentir l’âme du peuple et lui parler, mais ne le trouvait pas. Michelet croyait que le peuple imitait Jésus-Christ. Ceux qui s’insurgent contre le populisme n’ont pas entièrement tort. Ils voudraient que, tant qu’à ce qu’émerge le peuple, il le fasse avec des visées sympathiques et sympathisantes. Or le peuple n’émerge que pour retrouver la xénophobie d’antan et de tous les temps, que le cosmopolitisme avait cru évacuer ou éloigner. Le peuple n’émerge pas pour trouver l’amitié entre les peuples. Il émerge pour accuser des élites, responsables selon lui d’avoir voulu organiser contre son gré la « paix perpétuelle » du vieux maître de Königsberg. Il veut s’extraire de l’Europe grâce à laquelle le vieux continent n’a pas connu de guerre depuis 70 ans, hormis celle des balkans, pour retrouver la viellle barbarie gothique, comme je l’ai également tweeté à thomas Ferrier à propos de son rêve d’Europe unie dans un seul etat, unie et identitaire, unie pour lutter contre l’autre. Or Voltaire écrivait que les Français d’avant le Grand Siècle, d’avant le siècle classique, alliaient à la curieuse galanterie des Maures la brutalité des Goths. Les nouveaux faiseurs d’europe veulent retrouver la barbarie gothique. Ces entraîneurs de peuple veulent construire une Europe-pour-la-guerre contre les élites, accusées d’avoir manqué la paix perpétuelle en construisant une Europe au sein de laquelle l’universalité du peuple-monde n’est pas apparue comme une évidence. C’est que les élites faiseuses de paix perpétuelle ont dépouillé leurs peuples. Elles ne les ont pas seulement dépouillées démocratiquement, mal que peut-être, ils ne supporteraient plus. Les peuples ne souffrent plus d’être des enfants démocratiques. L’Europe pacifique s’est laissée berner et bercer aux sirènes ploutocratiques, comme la Russie de Yeltsine a mal négocié sa sortie du communisme, dépouillée par les oligarques. Pourtant Yeltsine était certainement sincère quand il disait : « Je suis démocrate dans l’âme. »

mercredi 9 novembre 2016

La paix au monde!

Victoire de #Trump. La France, l'Europe s'affolent. Angela #Merkel, oubliant quelle est sa situation de vassal par rapport aux Etats-Unis depuis la seconde guerre mondiale, retrouve les accents de son père le pasteur pour prêcher les Etats-Unis comme elle prêche l'Europe et négocier à quelles conditions l'Allemagne sera l'alliée des Etats-Unis. François Hollande est grave et emboîte, après son ministre des affaires étrangères, Jean-Marc #Ayrault, le pas à notre ambassadeur de France aux Etats-Unis pour dire qu'un monde s'effondre. La France et l'Allemagne sont marrys de ne pouvoir continuer avec Hilary la guerre froide contre #Poutine recommencée avec Barak #Obama. La victoire de #trump achève ce que la présence de #Jean-Marie Le Pen avait commencé au second tour de l'élection présidentielle de 2002. "La France a peur", les marchés dévissent. Les médias qui croient que la politique se fait à la corbeille, oublient qu'ils dévissent toujours en cas d'imprévu. La rue européenne imite l'opinion de ses médias. Ceux-ci n'avaient pas envisagé la victoire de trump. Ils prédisent que les temps seront durs. Ils sont déboussolés devant le premier président protectionniste qui arrive à la tête des Etats-Unis depuis les années 30. Ils ne veulent pas de ce saut dans l'inconnu. Ils n'en décrivent pas les racines : le refus d'une mondialisation de moins en moins heureuse qui paupérise les travailleurs, mal-loge et mal-soigne un quart de la population des pays riches, promeut de par le monde de gigantesques déplacements de population organisés par des passeurs traficants jamais inquiétés, et tiers-mondise jusqu'aux pays développés. Ceux qui dénoncent cette mondialisation font preuve de #populisme. De quoi le #populisme est-il le nom, comme interrogent les philosophes qui ont pignon sur rue? D'une peur du déclassement, d'un désir de souveraineté sans doute, mais surtout de se recentrer pour rebâtir un modèle de société que l'économie est en train de détruire. Le #populisme est un désir de refaire peuple. Ou encore: Le populisme est le nom de l'aspiration du prolétariat à être gouverné dans son intérêt, fût-ce par un milliardaire conservateur. L'Amérique aime le changement. En 2008, elle avait voté pour le messie. On supposait qu'il le serait puisqu'il était noir. Mais #Obama n'était qu'un homme. Il n'a pas spécialement démérité, mais avait déçu comme déçoit un homme. En 2016, la victoire de #Trump signe la revanche des sudistes. La victoire des petits Blancs de l'"Amérique profonde". L'Amérique n'a pas voulu remettre le couvert dans la lutte des minorités qu'est devenue la démocratie après avoir servi de ring à la lutte des classes. Les Américains n'ont pas voulu croire que le messie serait une femme. La dissidence de #Trump n'est pas sympathique. Les dissidents européens qui sont sur la même ligne politique ne le sont pas davantage. Du moins ne sont-ils pas mielleux et sournois comme les propagandistes de la mondialisation malheureuse. Ces derniers vous parlent de droits de l'homme en projetant une forme tout à fait nouvelle de guerre mondiale: la guerre de tous contre un. De tous, entendez de toute la communauté international. Contre un, l'ennemi public mondial de l'heure. C'était #Daech, c'était #Poutine. Il n'était pas question de combattre #Daech aux côtés de #Poutine. Les Etats-Unis comme gendarmes du monde étaient chargés de désignés l'ennemi public du monde et du jour. Or voici qu'il leur échoit un président isolationniste, qui veut se couper du monde et se désinvestir de ces guerres étrangères. #Trump n'est pas le messie, il décevra comme un homme. Quand #Obama fut élu, Jacques #Attali suppliait: "Mon Dieu, qu'il puisse nous décevoir!" #Trump me décevra sans doute. Je serais déçu s'il ne foutait pas la paix au monde. C'est tout ce que je lui demande.

lundi 7 novembre 2016

Débat islamo-chrétien vif et bien tenu

Je m’efforce de ne pas beaucoup aimer l'abbé #guy Pagès. Mais j'en ai toujours au fond de moi pensé ce qu’en écrit ci-dessous le Croissant de lune. Il est l'un des derniers prêtres à agir et prier pour convertir les musulmans. Donc il a le sens de l'apostolat, et ce sont ses confrères qui l'ont perdu. Est-ce pour cela que l'archevêque de Paris le laisse dans une paix relative ? Donc, sur recommandation du Croissant de lune, « Assalamou 'alaïkoum, voici une vidéo de débat moins spectaculaire que je n'aurais attendu. Il met aux prises l'abbé Guy Pagès au studieux Karim Al-Hanifi, je crois qu'ils sont de taille. La vidéo dure une heure et demie environ, elle n'est pas d'excellente qualité, il faut monter le son. Il faut en plus du son, mettre son attention en éveil, parce que si des nuances ténues nous échappent, nous ne comprendrons pas la trame du débat. Il est je crois de haute tenue, justement pas trop spectaculaire, j'ai dit vif mais il y a plus vif, disons qu'il est rigoureux et sans concession, la rigueur intellectuelle est une vertu dans l'absolu surtout en ces temps d'idées vagues, où se dissout le discernement. Ce n'est pas franchement à la portée de tout le monde, bien que gardant mes oreilles bien ouvertes, ma lucidité ne fut pas suffisante à tout saisir, j'en ai pris beaucoup mais beaucoup m'a échappé. Donc, bien régler le son et la vigilance, suivre ce qu'on peut, prendre ce qu'on peut. Je pensais que le débat serait plus vif que ça, parce que l'abbé Guy Pagès est coriace, je ne conseille pas du tout aux Musulmans trop sensibles ou insuffisamment armés d'écouter les vidéos de l'abbé tout seul, sans contradicteur de bonne taille. Mais ici, il trouve à qui parler. Le sujet de la controverse est la question suivante, Mohamed est-il vrai prophète sous-entendu selon les crytères consignés dans la Bible, les crytères selon lesquels on fait le distingo entre les prophètes et les faux prophètes, puisqu'il y en eut de tout temps. L'abbé commence à objecter selon ses pré-supposés à lui, que le Christ étant Dieu, il n'y a plus besoin de prophète après lui. Puis, comme l'argument est redressé, il revient en se repliant sur la notion de "messie" qui devrait, croit-il, clore la prophétie. Très patiemment, l'érudit Karim Al-Hanifi parvint à ce que ces présupposés ne vaillent pas argument. Puis, j'ai appris une chose étrange, le parallélisme et la symétrie entre l'alliance faite à Isaac ala-hi assalem et la promesse faite à Ismaïl 'alayhi assalem. Et la symétrie va jusqu'au nombre d'enfants des deux fils d'ibrahim 'alayhi assalati wa assalem. Troublante symétrie. L'hypothèse que le Musulman pose est qu'après la rupture de la première alliance, la promesse se réalise lors de la prophétie Mohamédienne. Il y a aussi une chose que je ne voyais pas avant, lorsque les Musulmans débattent de ces choses avec des Chrétiens, rien absolument rien ne les oblige à considérer tel élément de source comme apocryphe uniquement parce que les chrétiens le considèrent comme tel. Surtout, si l'élément situé comme apocryphe est validé par les sources de révélation Islamique. Et ça en change des choses. Dès lors, les deux bons débatteurs ont été obligé de conclure qu'il n'y a pas de conclusion, pas d'accord possible, ce qui est une manière intelligente de conclure, on s'accorde sur un constat, moi, ça me plaît, la rigueur intellectuelle me plaît. Aux yeux d'un public virtuel, qui serait totalement indifférent aux deux causes, j'ignore quel serait le verdict. Voici donc la vidéo, pour l'écouter il faut prendre son temps, ouvrir bien ses oreilles et son attention vigilante, si on veut en capter un minimum. En revanche, je répète que je déconseille aux Musulmans un peu sensibles voire aux autres d'écouter les nombreuses vidéos de l'abbé tout seul, sauf à se blinder, parce qu'il y fait on va dire une propagande à mon avis excessive, voire comme ils disent, contre-productive de son point de vue à lui. Parce que l'homme s'est mis en tête de convertir des Musulmans, quelque part, c'est légitime de son point de vue, mais ses arguments sont tellement bâteaux! Il s'ennorgueillit de quelques convertions qu'il prend bien soin de publier et mettre en scène, mais je me demande s'il compte parmi ses ouailles ceux qu'il aura lui-même poussé vers l'Islam, parce que ça se pourrait bien. D'ailleurs j'ignore en toute rigueur comment un Musulman pourrait se faire Chrétien, du moment qu'il peut lire les évangiles, il n'est pas dans la situation de quelqu'un à qui on annoncerait une nouvelle puisqu'il l'a déjà reçu. Il peut objecter avoir déjà reçu ou pouvoir recevoir les enseignements des évangiles sans se déjuger, tandis que le chrétien lui, ne peut pas recevoir la prophétie Mohamédienne comme vraie sans cesser par là même d'être Chrétien, ce sont deux cercles concentriques, l'un peut recevoir et l'autre pas. Enfin, ça, ce que je dis là, ce sont des réflexions personelles, bien qu'assez rationelles et simples finalement. Mais ces choses-là ne sont-elles que simples et rationelles? Ce n'est pas sûr. Qu'Allah nous dispense une nuit dans la paix. https://www.youtube.com/watch?v=SiW5hBJJCgk Croissant de lune »

samedi 15 octobre 2016

L'antisarkozysme passera.... et sera le dernier

A mesure qu’avancent les primaires, l’antisarkozysme médiatique bat de nouveau son plein. Je vais voter pourlui aux primaires, mais c’est mauvais signe pour lui. Chaque fois que je vote pour quelqu’un, il perd. #Sarkozy est sans doute l’homme politique de droite le moins répressifde la primaire, son « casse-toi, pauv-con » murmuré est moins vulgaire que le « J’emmerde ceux qui se font chier avec moi » assumé de #Juppé, mais il a raté son retour. D’abord, il n’aurait jamais dû dire qu’il se retirait de la vie politique s’il se donnait le droit d’y revenir. C’est ce qui a perdu #Jospin. Mais Jospin était déjà perdu lorsqu’il se présenta pour la seconde fois en croyant se battre pour gagner et en faisant une très mauvaise campagne, alors que celle de 1995 avait été très réussie, tellement réussie même qu’elle lui avait assuré le quinquennat primo-ministériel qui avait suivi la loufoque dissolution de #Chirac, rendue nécessaire par l’impopularité de #Juppé, qui avait dû promettre avant les élections que, quels que soient les résultats, il ne serait plus premier ministre. Tout aussi bien, la campagne de #Sarkozy de 2012 avait été la plus honorable, quels que soient les dépassements de ses frais de campagne : le gagnant ne pouvait pas être pris la main dans le sac, et Sarkozy n’avait fait de si grands meetings que parce qu’il avait pris la mesure de la politique spectacle. Il ne devrait pas y avoir de plafond des frais de campagne. L’Etat régulateur ne devrait que s’assurer que chaque candidat soit présenté à égalité médiatiqueau public, et non pas, comme il le fait en sens inverse, recouvrir du faux nom d’équité le système par lequel les « grands candidats » seront plus invités que les « petits», que les médias devraient d’autant plus faire connaître qu’ils ont moins de moyens. Ou bien, inutile de crier aux excès de l’argent sale ! Mais #Sarkozy a gâché son retour. Il l’a gâché à force de le différer. S’il voulait revenir, il fallait le faire tout de suite et non pas faire des coquetteries. Maintenant, ses propositions ont beau être les plus honnêtes après celles de Jean-frédéric Poisson (@JFpoisson78) qui sont les plus sincères, mais à qui s’être découvert aimé de Dieu n’a guère appris à aimer plus malheureux que lui, #Sarkozy n’imprime plus. IL n’a pas au derrière toutes les casseroles qu’on fait teinter dans son dos. La Libye est le plus grand scandale de sa vie politique. C’est presque un scandale psychanalytique puisqu’il est allé provoquer le colonel #Khadafi en viol de son ex-femme avant de le recevoir en grandes pompes, puis de le faire assassiner. Mais les Français sont indifférents à ce qui est une véritable horreur de bout en bout. Ils sont gouvernés depuis vingt-cinq ans par des dirigeants si belliqueux qu’ils ne se rendent plus compte de son ampleur. « Tant que ça ne se passe pas chez nous…. » Ce n’est pas la Libye qui fera tomber Sarkozy. Ce n’est même pas sa personnalité clivante. Sarkozy est plus clivant dans les paroles de ses opposants que dans leurs actes. Avant sa victoire en 2007, un cheminot de la SNCF m’a assuré que le lendemain de son élection, on verrait des grèves sans précédent. Tout était préparé. Il n’en a rien été. Comme s’en vante Sarkozy, il n’a subi aucun blocage et #Yannick Noah est resté en France. Ce serait plutôt de ne pas assumer so côté clivant qui pourrait faire perdre Sarkozy. La démocratie, c’est le clivage. Or, #sarkozy envisage de ne découvrir la république référendaire que pour poser des questions plébiscitaires, probablement anticonstitutionnelles et démagogiques à coup sûr : « Etes-vous pour que cesse le regroupement familial ? » C’est antihumaniste, c’est même antichrétien, mais « oui », répondra le peuple transformé en foule. « Voulez-vous que les fichés S les plus dangereux soient surveillés en centres de rétention ? » C’est une question de police, donc relevant du pouvoir exécutif, et pas du tout du pouvoir du peuple enfin législateur. Mais ce n’est même pas de ne pas assumer son côté clivant qui fera perdre Sarkozy, il n’a plus l’énergie. Ses changements à répétition dans la continuité de la répétition d’un discours assez juste l’ont usé. Et les médias qui ne l’aiment pas font une chasse à l’homme, qui n’a pas marché en 2007, mais qui ont eu raison des quelques voix qui lui manquaient en 2012. Comme il n’a plus la gnaque, fatigué d’être serein, cette chasse à l’homme ne marchera que mieux en 2017, surtout que, malgré le Water gate à la française qu’ont été les écoutes de Hollande, puis les mises en examen concomitantes par des juges probablement aux ordres, il y a une chose qui énerve les gens : c’est la corruption. Tous les pouvoirs épouvantables ont fait la chasse aux corrompus. Récemment, #Berlusconi a commencé comme ça. Dans l’histoire plus longue, le pouvoir de l’Incorruptible Maximilien de Robespierre a débouché sur la Terreur. Or des journaux comme « #Médiapart » font du journalisme populiste pour lutter contre le « populisme ». Comme sarkozy fait lui aussi du mauvais populisme et que le journalisme populiste est très efficace contre le mauvais populisme, cela dessert #Sarkozy. Pour toutes ces raisons (et je n’en suis pas heureux, sauf si #Montebourg arrive à battre #Hollande, à quoi je crois à peine un peu plus qu’à ce que #Guaino arrive à soulever une dynamique, ce que je préférerais), 2017 n’est pas le Momentum de #Sarkozy. C’est son temps différé.

Etat ou société, capitalisme ou patrimonialisme

Notre société déteste tellement les héritiers qu’après avoir aboli le droit d’aînesse pour disperser les héritages, l’Etat les soumet à des droits de succession tellement confiscatoires qu’il les rend à peu près impossibles. Le contraire d’une société d’héritiers, j’aime cette formule de Maurras que je répète à l’envi parce que l’héritage fait partie de ma problématique de bourgeois moins déclassé que contrarié, c’est une société de déshérités. Je crois en cette formule que j’ai entendue prononcer pour la première fois par Sarkozy : « Ce qu’il faut, ce n’est pas moins de riches, c’est moins de pauvres. » L’héritage est une appropriation individuelle d’une part prélevée sur la destination universelle des biens, dont il faut gager que celui qui se l’est appropriée a fait profiter la communauté. Je ne suis pas pour une économie de la rente, mais je suis encore moins pour une économie de la préemption. Une société qui laisserait toutes les parcelles du bien public être successivement et non successoralement appropriables serait une société d’appropriation abusive. Mais la société d’expropriation abusive a des effets plus néfastes encore. Une appropriation sans tutelle de l’Etat ne serait que l’extension du droit de conquête à l’échelle du pays. L’etat doit rester le maître du cadastre. Le capitalisme est un mot de lutte qui désigne aujourd’hui le règne de l’argent fou. Mais, lorsque Marx l’a inventé, il désignait simplement l’appropriation des moyens de production, ayant également tendance à s’approprier indûment une force de travail au risque d’une économie de la rente. Le capitalisme aurait été viable sans la rente, mais surtout sans la banque. Il ne se serait pas appelé le capitalisme, mais le patrimonialisme. L’Etat aurait été le conservateur et le régulateur du patrimoine et des mouvements de l’argent fou. L’etat aurait retenu « la main invisible » des marchés aux agences de notation desquels il se soumet aujourd'hui. L’etat aurait été localiste et protecteur. Il aurait civilisé le besoin que chacun a de s’épanouir en s’appropriant quelque chose. Il aurait été l’administrateur de la destination universelle des biens, conjuguée au besoin de chacun de s’approprier les moyens de production nécessaires à la mise en œuvre de son projet patrimonial, contractuellement développé avec des salariés qui auraient consentiy à y consacrer leur force de travail en vue d’un profit matériel et moral. L’etat est devenu totalitaire en croyant depuis Rousseau qu’il était plus qu’un administrateur et plus qu’un régulateur, qu’on devait lui donner sa pensée, sa vie et même sa foi. L’étatisme se confond donc bien avec le totalitarisme dès qu’il sort de son rôle d’administrateur pour devenir société : « tout par l’Etat et tout pour l’etat », hier « l’Etat racial », « le parti-Etat et l’Etat-parti », aujourd’hui la société-Etat. L’etat est un corps physique et organique. Il ne doit pas devenir un esprit. La société est une espèce de psychologiedu collectif. L’Etat ne doit pas devenir une intelligence collective. Il ne doit pas devenir une société. Il ne doit pas devenir socialiste. Il ne doit pas devenir républicain, si la République n’est plus la chose administrée par le peuple, mais un ensemble de valeurs que devrait adopter le peuple, sinon l’esprit du peuple. Le totalitarisme actuel est un totalitarisme psychologique. J’aime à dire depuis quelque temps que je suis un antisocialiste primaire. Je suis aussi antirépublicain dans la mesure où la République a dévié du bien commun du peuple en idéologie. Je suis extrêmement social et extrêmement démocrate, mais pas du tout social démocrate, puisque la sociale démocratie promeut des corps intermédiaires artificiellement fabriqués par le régime de la société civile pour diriger et administrer l’économie de l’Etat social. Je ne suis pas républicain, je ne suis pas socialiste, je ne suis pas capitaliste, je ne suis pas antiétatiste, mais je suis patrimonialiste et partisan d’un Etat régulateur. Est-ce à dire que cet Etat se doit d’être conservateur ? #Eugénie Bastié a écrit récemment que le conservatisme était une modestie historique. Mais demander à l’Etat le conservatisme ne vaut pas mieux que de l’obliger à être progressiste. L’Etat doit conserver le patrimoine autant que possible, à moins qu’il ne décide selon l’antique sagesse vétéro-testamentaire de remettre les compteurs à zéro tous les cinquante ans et d’affranchir les serviteurs de l’économie. L’Etat pourrait tout à fait décider de redistribuer les moyens de production aux salariés au bout d’un certaintemps. Le conservatisme n’est bon à l’Etat que s’il est de bonne administration et laisse circuler l’énergiecréatrice. Il est néanmoins plus naturel à l’Etat que les valeurs du progressisme ou de l’avant-garde, que doit s’approprier la société si ces valeurs se sécrètent naturellement en elle et sans qu’on la force à les adopter. La perversion de notre régime politique vient surtout de l’entière confusion de l’Etat avec la société, qui a pour origine la confusion du charnel du corps politique avec le psychologique de la société, étant apparemment, mais faussement sauf le spirituel de la vie privée, l’Etat sait bien qu’il n’a pas d’âme. Elle vient du transfert complet de la dette de civilisation à la société politique, qui a cessé d’être un corps. Ordinairement, une dette est faite pour être remise. La dette que la créature a contractée envers son créateur a été rédimée par leRédempteur. Elle l’a été en raison de l’insolvabilité de la créature humaine, qui aurait dû créer cette rédemption si elle ne lui avait pas été révélée. L’enfant reçoit des soins qui lui feraient contracter une dette envers ceux qui les lui prodiguent, s’il n’était pas dans l’essence de la maternité de les dispenser gracieusement et dans l’oubli qu’on les prodigue, de sorte que la dette est annulée car elle est oubliée au moment même où les soins sontprodigués. La parentalité vit dans l’oubli du bien qu’elle fait et dans l’abnégation de faire autre chose que du bien. La dette est annulée au moment où celui qui l’a contractée en tire les bénéfices, même si elle renaît dans l’esprit des parents de la déception qui se fait jour de l’ingratitude de l’enfant ou de la dissimilitude du projet parental sous-jacent d’avec le projet propre de l’enfant. Mais une dette remise ne peut pas renaître. Les enfants n’ont de devoirs envers leurs parents que par réciprocité et par respect d’eux-mêmes. Ils ne doivent honorer leurs parents que par honneur personnel. Les parents ni la société ne peuvent rien exiger d’eux. Les parents sont vis-à-vis de l’enfant sous le régime de l’inconditionnalité. Les parents ne sont pas faits pour hériter de leurs enfants. Seule la société impose à ceux qui y participent une dette civile et une dette de civilisation supérieure à cequ’elle peut donner. Or il est dans la nature de la dette d’être remise, partiellement ou intégralement. La société ne peut pas demander une abdication et une aliénation de tout l’esprit de l’homme pour la remercier de le protéger et de l’éduquer. Demandant une chose qui excède ses droits, il est naturel qu’elle en donne de moins en moins et qu’elle ne protège plus celui qu’elle enchaîne ainsi. La dialectique n’est pas entre l’action et la réaction, mais entre la conservation et le progrès. La réaction est une réponse agressive à une force qui s’exerce de façon agressive par la société, qui veut culturaliser l’homme, ou le civiliser de force en lui inculquant de nouveaux habitus. La société n’a pas à manipuler ses participants par une action qui s’exercerait selon une force subversive, irréversible et irrévocable, de manière à susciter une réaction répressive, agressive et régressive comme un rebrousse-poils. Conservation et progrès doivent agir réciproquement d’une manière non régulée par l’Etat, mais selon une dialectique qui fait société. C’est le propre d’un etat d’établir un régime politique. C’est le propre de la société de sécréter son régime idéologique, sans qu’aucune force constituée dans ce but puisse l’imposer de l’extérieur. Les valeurs sécrétées par la société ne répondent à aucun juridisme préalable ni à aucun providentialisme, mais sont la réponse du libre arbitre collectif aux desseins de la Providence. La loi est l’expression de la volonté générale de libre adhésion ou refus des desseins de la Providence, de dieu s’Il existe. La société ne peut être théocratique, elle ne peut être qu’une réponse à Dieu s’Il existe. Et l’Etat peut encore moins être théocratique. C’est un corps, il n’a pas d’âme. C’est l’administrateur de la destinations universelle des biens communs, il essaie de bien faire, il ne peut pas dire le bien.