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jeudi 19 avril 2018

QUAND LA CONTESTATION DÉPASSE LES CONTESTATAIRES !


Il ne faut pas redouter la chienlit, elle nous protège.

 


 

 

Chers billettiste, lecteurs et commentateurs,

 

Ce " prurit de contestations dont on ne sait plus trop bien ce qu'elles dénoncent", ne doit-on pas lui mettre en parallèle une confusion d'humeur louangeuse dont on ne sait pas bien ce qu'elle approuve ? Et les "insupportables déréglements sociaux et professionnels" n’ont-ils pas été provoqués par la déréglementation des professions réglementées qu'au titre de l'application du rapport Attali, mais aussi de la feuille de route de la Commission européenne, Emmanuel Macron a méticuleusement portée ?

 

Je dois reconnaître au président de la République que, dans sa volonté de restaurer "l'autorité de la démocratie" contre le risque de "démocraties autoritaires" ou "illibérales" -un de ces néologismes dont il raffole et qui dans sa bouche est synonyme d'" anti-individualiste »-, il refuse courageusement d'être une "machine à supporter toutes les interpellations", c'est-à-dire qu'il signifie qu'on ne doit pas attraper un président de la République par la manche avec un irrespect qu'on n’aurait pas pour un directeur d'école. Mais l'exercice de cette autorité est anachronique, pratiqué par le garant de l'organicité sociale, qui ne comprend précisément pas le caractère organique de la société, et qui brise les joyaux du patrimoine de la solidarité nationale.

 

Les " cheminots " "ignorent" "les étudiants » ? N'en a-t-il pas toujours été ainsi ? N'en fut-il pas de même en 1968 quand les ouvriers et le parti communiste ne trouvait pas très sérieux ce monôme sociétal avant la lettre, annonciateur de la dérive que connaîtrait le parti socialiste quarante-cinq ans plus tard, avec l'irruption du "mariage pour tous" comme priorité du quinquennat de François Hollande ? En 2005, les faiseurs d’opinion et Nicolas Sarkozy lui-même qui s'en servit comme tremplin pour avoir la peau de son rival Villepin, firent les yeux doux aux contestataires du CPE. Or ceux-ci, avec Bruno Julliard à leur tête, étudiant attardé qui juré craché ! ne ferait pas de politique et qu’on retrouva conseiller à l’Éducation nationale de Martine Aubry première secrétaire du PS, n’agissaient-ils pas beaucoup plus que nos bloqueurs d’aujourd’hui, au rebours de l'intérêt des salariés et des actifs de leur âge, qu'ils privaient d'un contrat qui leur aurait permis d’entrer dans l’emploi tout en faisant mécaniquement baisser le chômage des jeunes ? Ces étudiants d'il y a dix ans, à qui les médias faisaient la courte échelle,  étaient beaucoup plus nocifs que les agitateurs d'aujourd'hui, non qu'en s'opposant à une sélection minimale et nécessaire, ces derniers comprennent ce qu'ils font, mais ils sont l'avant-garde du service public, combattant consciemment pour la sauvegarde de ses acquis sociaux, comme s'il devait exister des droits acquis dans une République fondée par et sur l'abolition des privilèges ; mais combattant inconsciemment pour la sauvegarde de ce service public de la société par l’État, qu'une droite idéologiquement opposée à l’existence même des fonctionnaires a eu beau jeu, jusqu'à Fillon lui-même, d’attaquer comme un corps paresseux et non dévoué à sa tâche, mais dont on voit, maintenant qu'il n'y a plus personne dans les petites gares pour faire monter les personnes âgées et les handicapés, qu’il n’y a pas assez de policiers, pas assez de juges et que les tribunaux d'instance ferment à tour de bras, pas assez de personnel soignant, quelle déperdition est la casse de ce service public par l'ingénierie sociale des ronds de cuir, précurseurs de l'"et en même tempsisme (et tant pisme)" d'une République de la proximité qui s'éloigne ou de la "santé qui n'a pas de prix, mais a un coût", et qui prévoient un redéploiement partout, sauf dans l’ingénierie sociale...

 

Alors bien sûr, les cheminots ignorent les étudiants, mais ça ne compte pas. Il vaut mieux écouter les postiers qui, au coude à coude avec les cheminots, nous explique que la SNCF qui devient une société anonyme finira comme la poste qui ne distribue plus le courrier et n'aide plus ses usagers vulnérables à remplir un formulaire. Il faut entendre ces fonctionnaires qui nous rappellent qu’un statut protecteur et avancé des agents de l’État est la garantie d’un niveau élevé de qualité du service public. Il faut considérer ces soignants qui, dans l'émission "Les pieds sur terre" de ce jour, mettent Martin Hirsch devant ce bilan calamiteux et pire que celui de Stéphane Richard à France télécom, que cet ancien directeur du cabinet de Bernard Kouchner s’étant perfectionné au service de l’abbé Pierre, ce paupérocrate à la sauce Emmaüs, a causé le plus grand nombre de suicides qu'on n’ait jamais enregistré dans le personnel de l'assistance public hôpitaux de Paris (APHP). Je constate que les médecins de ville ne visitent plus leurs malades, même ceux qui ne peuvent plus se déplacer. Accompagnant il y a deux ans ma très proche, ayant perdu la vue et qui se paraparésiait, j'ai assisté à cette scène ubuesque et inoubliable de cinq cadres de santé compétents, bienveillants et au bord des larmes d’une clinique privée, qui refusèrent car c’était la loi du système, de la garder le temps qu’une solution soit prête pour l’accueillir à domicile, et qui prétendirent nous convaincre que la meilleure chose que nous ayons à faire était de rentrer chez nous, alors même que les infirmières à domicile nous avaient fait savoir par téléphone devant ces cadres de santé que nous avions pris à témoin, qu'elles n'assureraient pas la prise en charge médicale de ma compagne, qu’elles estimaient trop lourde.

 

Que dire après cela ? Faut-il laisser la France se tiers-mondiser et devenir une favela sans solidarité ? Le président de la République se frotte les mains parce que la promesse de la sociale démocratie de niveler la condition des salariés par le haut est intenable, la sociale démocratie étant le bras gauche de l'individualisation de la société dont le libéralisme cyniquement économique est le bras droit. Ce n'est pas parce que cette contestation sociale fait quelque chose qui la dépasse qu'il faut jeter le bébé de ce qui l’agit par-devers elle et de ce qui nous rassemble comme peuple et comme société politique avec l'eau du bain de méthodes d’expression d’une saine colère que, même dans le village d’Astérix, on aimerait voir plus matures et surtout plus opérationnelles. Et si, comme le disait Michelet, la France, au-delà d'être un peuple de râleurs, demeurait malgré tout "la Révolution » ?

lundi 16 avril 2018

La fête à Macron pour la défaite de Macron


Macron a perdu, c’est entendu. Il a perdu son match de catch. Mais s'est-il révélé "fort et solide » ? Ceux qui disent qu’il s’est révélé « fort » et « solide » n’ont pas dû regarder la même interview-"débat démocratique" entre deux éditorialistes-"interviewers" et le président de la République. Je l'ai trouvé susceptible et vulnérable. C'est tout juste si JJ. Bourdin n'était pas tenté de lui dire, dans les premières minutes : "Emmanuel, calme-toi !" Il n'a ajouté "Macron" à « Emmanuel » qu'en s’apercevant de lui-même qu’il poussait la familiarité un peu trop loin.

 

Je sais gré au président de nous avoir offert cette forme modernisée de l'interview présidentielle. Un président n’affaiblit pas la fonction présidentielle en descendant dans l’arène au risque de se faire traiter en incipit par la vedette des matinales politiques d’» illusionniste [de] l’histoire ». Ces deux gérontes de Bourdin et Plenel dégagent un parfum de casseroles, mais ont de la bouteille.

 

Macron n'est pas arrivé à convaincre qu'il a ordonné cette frappe en Sirie sans enfreindre le droit international, qu'il combat Daech en combattant Bachar, qu'il n'est pas le président et l’ami des riches, et que sa politique est efficace.

 

Macron fait du Hollande au train de Sarkozy. Sa politique Canada Dry sent la réforme, a la couleur de la réforme, mais revient à Macron-Jupiter sans avoir accompli ses résultats. Les deux exemples du jour :

 

-           Sa ministre de l’enseignement supérieur promet que l’organisation des examens ne sera pas affectée par le blocage des universités, et Nanterre reporte son premier partiel.

 

- Macron et Philippe croient avoir évacué Notre-Dame-des-Landes, mais les zadistes qui partirent trois cents reviennent sept cents au cours du week-end.

 

Macron est payé par la France pour travailler contre la France sur ordre du peuple français, que personne n'a forcé à l'élire.

 

Macron est insaisissable comme Hollande et intéresse comme Sarkozy. Sa communication parie sur le mystère. Macron est charismatique, c'est-à-dire qu'il peut faire des miracles par hasard, sans être le dépositaire du pouvoir sacré. Moi qui ai toujours été légitimiste, mais qui doute de la légitimité de Macron et qui n'aime pas Macron, je mentirais si je disais qu’il ne m'intéresse pas. J'ai envie de savoir qui il est, même si je sais qu'il fera tout pour que je ne le sache pas et pour noyer le poisson, afin de rester le maître de la connaissance qu’on a de lui.  J'ai envie de savoir s'il est aussi cultivé qu'on le prétend et pourquoi un homme qui a déjà fait montre de tant de lacunes passe pour un enfant prodige. J’ai envie de comprendre pourquoi ce rhéteur qui réussit la captatio benevolentiae n'est pas un homme de bonne volonté. Ce monarque qui ne guérit pas les écrouelles, et qui ne cesse de pousser l'égocratie absolue jusqu'à dire "je (détermine la politique de la nation, en omni-président, et en infraction à l'article 20 de la Constitution, sans que Bayrou mon allié me désavoue en écrivant un livre contre moi, comme il l’a fait contre Sarkozy pour les mêmes raisons. » Cf. F. Bayrou, Abus de pouvoir, Plon), m'apparaît depuis son élection comme un méchant roi, le roi Turlubulu d'un conte que je ne parviens pas à retrouver. Cet élève mal fini chasse les élèves d'une école de l'Orne pour se faire interviewer dans une salle de classe vide. Ce président qui se rêvait comédien investit le théâtre national de Chaillot dont le public est interdit d’entrée pour jouer devant une salle vide. Les médias se gardent bien de commenter ces deux éléments de décor choisis par ce fou devenu roi. Drôle de complexé, qui se prend pour un homme doté de « pensée complexe" et joue la complexité du pouvoir !

dimanche 15 avril 2018

Macron le dégoûtant

Le régime de Bachar a-t-il créé une vague migratoire ? Possible, dans la mesure où il ne cède rien dans la guerre en Sirie. Mais les frappes de Macron vont créer une vague de terrorisme. Sous prétexte de lutter contre une guerre civile en Sirie, on va allumer un peu plus la guerre civile en France.

 

Macron est le cadeau empoisonné que nous a fait Hollande. Tout ce en quoi l'homme de l'antithèse ("et en même temps") tranche sur l'homme de la synthèse et toutes les questions qu'il tranche brutalement sur la forme et en réformettes sur le fond, sous le nom grandiloquent de transformations, n'est que le prolongement de la politique de Hollande, à qui sa tradition rad-soc, corrézienne et chiraquienne donnait peur de l'ombre de sa politique, au cas où cette politique sociale-libérale serait venue à bouleverser les équilibres sociaux du pays. Hollande n'a rien fait et nous explique comment faire. Hollande sait que le droit d'inventaire qu'exercent les Français sur son quinquennat est très dur.  Aussi préfère-t-il le dresser lui-même. Hollande n'a qu'une chose à reprocher à Macron : c'est de n'être pas lui. Hollande fanfaronne : "Je l'ai laissé gagner, je ne l'ai pas battu parce que je n'ai pas voulu", mais entre deux toquades, il avoue que son retrait était sacrificiel. Hollande rejoint Louis XVI et Pétain au panthéon des sacrifiés de l'histoire de France.

 

À outré nouveau, vieille politique. Macron est un Rocard ou un Delors qui auraient réussi. Il se range sous la bannière de Trump. Autant dire que l'Europe dont il rêve est l'Eurotan.

 

Macron ne pourra plus jamais prétendre à la moindre parenté avec de Gaulle. En entraînant la France dans ces frappes en Sirie sous prétexte d'éviter une escalade dans une guerre quasi gagnée par le régime de Bachar, escalade qu'il créée par conséquent, Macron "détruit 70 ans de diplomatie française", déshonore la France et l'entraîne dans une des guerres les plus graves du choc des civilisations, pour achever la partition confessionnelle du grand Moyen-Orient dont Daech était un des instruments. La France a contribué à faire passer la Libye aux mains d'Al-Qaïda Maghreb islamique. Elle remet Daech, défait militairement, dans le jeu sirien du futur régime, parce que Macron a fait passer la France dans le camp occidental et que l'Occident présente par ces frappes un déni de victoire militaire.  Va-t'en-guerre comme d'habitude, BHL propose de délaïciser la Sirie après avoir bousillé la Libye. Ce nouveau philosophe qui se prend pour un roi philosophe n'a même pas la décence de ne plus la ramener après le désastre qu'il a provoquéen Libye.

 

J'entendais l'autre soir François Bert faire cette excellente remarque : "Il serait temps pour Macron de passer du paon qui fait la roue à l'aigle qui, d'un regard perçant, ne se trompe pas de proie et fond sur elle. Mais en tant qu'expert des personnalités, j'ai peur que ce ne soit un vœu pieux." Malheureusement, Macron n'est pas pardonnable, car il sait très bien ce qu'il fait.  Ses réformes en France seraient acceptables s'il ne créait l'environnement social qui nous vaut de les refuser comme climatiquement nuisibles à la convivialité, au "vivre ensemble" ou à la vie commune. Ses réformes sont anti-sociales.

 

En une semaine, le représentant autoproclamé du "nouveau monde" aura réussi à se faire interviewer par trois journalistes sexagénaires. Nous nageons en pleine gérontocratie française. Condescendant, il remercie les retraités comme un instit de consentir à l'"effort" qu'il leur a demandé et de lui donner ce qu'il leur a pris. Méprisant, il avertit les jeunes qu'il n'y aura pas d'"examen en chocolat". Au moment de s'apprêter à commémorer mai 68, il ressort l'argument éculé qu'on servait en 68 aux ancêtres des actuels bloqueurs : "Vous êtes manipulés par des agitateurs professionnels."

 

Macron ne cherche pas à "convaincre", mais à séduire et à embrouiller. Il y a parfaitement réussi auprès de médias qui voulaient l’être. Il a été élu sans poser de diagnostic ni proposer de programme. Bien malin qui serait capable d'expliquer ce qu'énonce clairement la République en marche. La politique pratiquée est toute de sous-entendus. Macron ne fait pas ce qu'il dit contrairement à ce qu'il dit. Il avait promis de reprendre la dette de la SNCF, il réforme le statut des cheminots. Il avait promis de bâtir l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, il en chasse les zadistes en renonçant au projet. Mais le plus immoral de tout, il s'est fendu d'une promesse improvisée de "zéro SDF" à la fin de l'année 2017. (En fait, c'était une promesse de 0 migrant sans abri.) Il ne s'excuse pas d'avoir parlé sans réfléchir. Nicolas Sarkozy fut accusé d'avoir "atteint le summum de l'immoralité politique" pour moins que ça.

 

Quant à ces deux interviewers de ce soir, si tant est que cette écume vaille la peine d'être évoquée en temps de guerre et en un jour comme aujourd'hui, les deux vieilles badernes font la paire, ils s'aiment bien et sont complices. Jean-Jacques Bourdin est un questionneur incisif qui ne tient pas la distance idéologique. Quant à Edwy Plenel, c'est un habitué des longues conversations au coin du feu médiapartique. Cet homme pratique a invité Macron à la veille de son élection. Aller à "Médiapart" fut la sortie du candidat certain d'être élu. L'aspect subversif du médium qui a probablement orchestré l'"empêchement" de Fillon pour laisser la voie libre à Macron dont il s'est bien gardé d'explorer les "leaks" devrait en prendre un coup. Plenel est un hamoniste cégétiste de bonne compagnie. Je ne crois pas beaucoup le caricaturer en disant cela. La démocratie n'intéresse pas beaucoup ce Danton déguisé en Robespierre.

Les siro-soixante-huitards

#QuestionsPolitiques sur @franceinter est l’émission de la République des fils à papa : l’ex-gendre de #FrançoisMitterrand, @AliBaddou qui la présente,  et la fille de l’ancien pdt du Conseil de surveillance de «La nouvelle République du Centre-Ouest », #NathalieSaint-Cricq, » y interrogent le fils d’un cadre de Bonduel (ce sont eux qui soulignent) @Francois_Rufin. En deuxième heure, le fils d’##AndréGlucksmann, ancien frère jumeau contrapuntique de @BHL, commentera l’actualité : naturellement, @rglucks1 est favorable aux #frappes en #Sirie.
@FrancoisRuffin est un performeur politique ; donc, pour @CarineBecard, puisqu’il soigne la forme, il n’a pas de fond.
Tous ces journalistes tombent sur le député apparenté de la @FranceInsoumise comme s’ils détenaient les preuves des attaques chimiques de #BacharElAssad et alors que @Francois\RUffin a pris soin, à tort à mon avis,  de dire qu’il n’était pas spécialiste des questions internationales. Il se contente de demander que l’on dresse le bilan de l’intervention en Libye de @la #FranceBHL. Ou comment le #ServicePublic se comporte en média de propagande !
Les journalistes présents sur le plateau reservent l’argument vieux comme le #NouveauMonde que les étudiants qui bloquent les universités sont manipulés par des agitateurs professionnels. Heureusement que la production fait preuve dun peu d’indépendance et rediffuse le même argument servi il y a 30 ans par #CharlesPasqua au moment de la contestation de la #LoiDevaquet.

jeudi 12 avril 2018

Vivre ensemble malgré le conflit des mémoires


Discuté tout à l’heure avec Nathalie. Confronté nos récits nationaux. J’ai du mal à assumer mes dissentiments avec elle. Je lui ai dit qu’elle était une femme de récit et moi un homme d’analyse. Beaucoup de gens se racontent des histoires sans analyser leur récit. Au contraire, je supporte très bien que mon récit soit de bric et de broc (d’ailleurs la fin d’un roman ne m’intéresse pas, je ne retiens pas les coups de théâtre ;  ce qui m’intéresse, c’est son atmosphère), j’accepte tous les paradoxes entre le dire et le faire de quelqu’un, mais je n’accepte pas ses incohérences : je pense A et sciemment, je fais b qui est le contraire de a. J’accepte les paradoxes entre le « dire » et le « faire », mais je n’accepte pas les incohérences entre le « faire » et le « penser ». Nathalie m’a demandé si j’en avais contre l’hypocrisie. Je lui ai répondu que non, car l’hypocrisie est le fait de quelqu’un qui pense noir, te dit qu’il pense blanc et qui fait gris. Le mot de « dissimulation » revient souvent dans la bouche de Nathalie. Je pense que c’est parce qu’on l’a accusée de dissimulation, ou parce qu’on accuse l’islam de Takyiah – le pape François parle bien de « sainte ruse » -.  L’hypocrisie est de la dissimulation. Les hypocrites dissimulent leur incohérence aux autres. Les gens paradoxaux se dissimulent leurs paradoxes à eux-mêmes. Dans le conflit des récits nationaux, je dissimule mes dissentiments à Nathalie. Nous nous dissimulons nos dissentiments pour ne pas entrer dans leur conflictualité : par exemple, le conflit des récits sur la guerre d’Algérie. Nous nous dissimulons nos dissentiments pour assurer le « vivre ensemble » (je préfère l’expression de « vie commune » employée l’autre soir par mgr Pontier). Nous nous dissimulons nos dissentiments au risque d’être sans mémoire. « Tout ça, c’est du passé », me dit Nathalie.   « Je ne crois pas au : « Je me fous du passé » d’Edith Piaf ou au « balayons le passé » des mauvaises réconciliations. Tôt ou tard, le passé nous resaute à la figure. On peut être sans mémoire quand on manque  d’esprit d’analyse. La France est une société mémorielle car elle est judéo-chrétienne. Peut-être est-ce un raccourcis facile que le procédé auquel je recours trop souvent de caractériser les peuples par les monopoles mentaux ou spirituels qu’ils auraient. Dans mon système monopolistique du jour, les juifs auraient le monopole de la mémoire. Alors pourquoi les Algériens nous demandent-ils d’inscrire dans un traité d’amitié que nous regrettons tout le mal commis pendant la colonisation ? Mais peut-être ne nous le demandent-ils pas sérieusement et ne le font-ils sous cette forme que parce qu’ils nous savent une société mémorielle. Serait-ce une composante musulmane que d’être une religion de la fraternité, de la désaffiliation et de l’absence de mémoire, le risque étant que les sociétés musulmanes ne se souviennent pas qu’elles sont en conflit permanent depuis la mort de Mohamed, selon des stratégies d’alliance qui changent très vite et rendent « l’Orient compliqué »à la rationalité occidentale qui aimeles dualismes simplistes. La contrepartie positive est que le musulman est volontiers « pardonnant » comme l’est Allah selon le Coran, dont les colères ne sont pas considérables, car bien que nous soyons sous son regard, il a la prescience calvinienne de qui est sauvé et de qui est damné, et il a l’indifférence voltairienne du dieu des philosophes et du grand horloger.

 

 

« Cela, c’étaient les affaires de nos grands-parents. » Mon père le voyait ainsi, alors qu’il faisait sienne la souffrance que les Allemands avaient infligée à sa mère , qui l’avait faite être germanophobe toute sa vie, et mon père l’avait suivie en n’avouant sa germanophobie qu’à la fin de sa vie. Il était plus antimilitariste que la plupart des appelés du contingent, mais beaucoup souscrivaient à ces paroles de la chanson de Serge Lama : « L’Algérie, c’était une aventure dont on ne voulait pas. […] C’était un beau pays, l’Algérie. »

 

« Je suis contre toutes les guerres », me dit Nathalie. Moi aussi, je suis pacifiste à 99 %. Je me laisse 1 % de marge en cas de guerre inévitable. Or quand j’ai cru la guerre inévitable, c’était dans le bourbier libyen de Sarkozy, pays que Kadhafi menaçait de massacrer pour le libérer d’Al-qaïda Maghreb islamique. On a empêché Kadhafi de massacrer son peuple  et on a bousillé la Libye comme on l’a fait du Centrafrique, ce dont m’avertissait Abdel qui voyait plus clair que moi, même si je ne me suis pas vraiment laissé bercer par les sirènes néo-colonialistes du hollandisme qu’Emmanuel Todd avait cru révolutionnaire et qui n’était que néo-conservateur et bushiste, bien que Hollande fût entouré de conseillers aussi intelligents que celui qui intervenait à l’émission où Nathalie a donné son témoignage. Nathalie ne m’a pas rejoint dans mes marges guerrières, mais elle a donné le seul lieu  où il lui semble qu’on devrait intervenir et c’est le Yemen, où la guerre a fait 7 millions de morts alors qu’on s’agite autour de la Sirie que l’on compte bombarder alors que la guerre vient d’être gagnée par le régime. Mais on ne se satisfait pas de celui qui a remporté la victoire, alors qu’on reçoit en grandes pompes le magnat sahoudien dont Nathalie trouvela réception honteuse. C’est que la France n’est plus gaullienne et a clairement choisi le camp occidental. Les Américains sont russophobes et sahoudophiles, la France les suit sans état d’âme et sans broncher. L’axe sahoudo-sioniste s’affirme clairement de Riyad à Jérusalem, les Yéménites peuvent mourir tranquilles et ils sont déjà 7 millions, un million de plus que...

 

En France, on invite au « vivre- ensemble » au risque qu’Hind se persuade qu’elle a tort d’être contre les Américains parce qu’elle n’aime pas Trump alors que son copain qui a été en Amérique l’a assurée que le peuple américain est très accueillant ce qui est vrai, . Mais il est important qu’Hind déconstruise son préjugé anti-amméricain (ou il est important, sous prétexte d’esprit critique, qu’elle fasse son auto-critique comme aux pires heures du communisme) parce qu’ainsi, elle sera une enfant du « vivre-ensemble » qui pourra excuser ceux qui l’y encourage de vouloir qu’elle soit la seule à converger : la France accueille toutes les nationalités, mais ne se voit pas dans l’obligation de converger avec les luttes de ceux qu’elle accueilleet dont elle fait des Français. Il y a des limites à l’universalisme révolutionnaire ! Les minorités stigmatisées du « vivre-ensemble » devront pousser la convivialité jusqu’à accepter que la France accueille le prince sahoudien qui est la honte du sunisme. Elles le devront dans la virginisation de leur identité qui exige des individus qui sont issus de ces minorités qu’ils deviennent des citoyens amnésiques, les Français de souche, pour leur part, aimant perdre la mémoire. Or le pardon n’est pas amnésique et ne s’accorde que sous la condition que celui qui le reçoit ne recommencera plus.

 

« Et si nous arrêtions de parler de la guerre ? » Comment nous sommes-nous retrouvés dans un monde aussi conflictuel ? Nathallie est viiscéralement pacifiste et moi viscéralement démocrate. Mon démocratisme va jusqu’à l’accepptation de la victoire d’Hitler, contre lequel je lutterai pied à  pied s’il arrivait au pouvoir.  Mon pacifisme ne vient pas loin derrière. Je me souviens de mon père qui attendait d’avoir cinquante ans pour jouir dans la sécurité de la certitude de n’être plus mobilisé. Il était né en 39 et cet enfant de la guerre se réjjouissait de penser qu’il ne verrait plus la guerre, même s’il se méfiait. Moi, je ne me méfiais pas. Quelle ne fut pas ma déconvenue quand s’allumèrent les premiers feux de la première guerre du golfe ! Deux ans après la chute du mur de Berlin et la défaite du communisme que Maurice druuon appela un peu vite « un cadavre » alors qu’un quart de l’humanité en la personne des chinois y restait soumis,  la civilisation de l’optimisme opulent rentrait sans qu’on l’y ait poussée dans le tragique de l’histoire en refusant le scénario de fukuiama pour lui préféreer dix ans plus tard celui de Huntington. La substitution du tragique de l’histoire au progressisme défait du matérialisme historique prôné par les communistes plut beaucoup aux humanitaires « un tiers-mondiste,  deux tiers mondain » du type Bernard Kouchner ou son épigone Bernard-Henri Lévy, le nouveau philosophe, qui se dépensa sans compter pour montrer que le monde dans les radicalisations duquel il s’engouffrait, se divisait entre salauds et « camps du bien ».

« Comme on était bien sous Chirac ! On ne se mêlait pas des affaires des autres. »Pourquoi l’homme aime-t-il tant s’autodétruire ? Pourquoi notre pays riche casse-t-il tous ses jouets pour une domotique qui a déjà vingt ans de retard ? Pourquoi refusons-nous l’héritage humaniste de la vieille bourgeoisie philanthroopique dont la « fin de race » est formée de jeunes coqs numériques (ils savent compter mieux que jamais), humanitaristes et robotisés ?

mercredi 11 avril 2018

Questions à une catholique bioéthique


Pardon, Madame, mais j'aimerais savoir depuis quand les catholiques s'intéressent de façon aussi acharnée à la bioéthique. Comme s'il n'y avait plus, dans la vie, que la naissance et la mort le plus tard possible, la première étant condition de tout, je le comprends, mais la seconde? En luttant contre l'avortement, les catholiques veulent empêcher un génocide anténatal. C'est tout à leur, à notre honneur -car je suis des vôtres et des leurs, tous les catholiques sont de ma famille-. Mais pourquoi se sont-ils, avant la loi Veil, très peu prononcés sur l'avortement qui a toujours existé? Pourquoi n'avaient-ils rien contre les condoms avant la contraception de masse? Pourquoi le "coïtus interruptus" vaudrait-il mieux que le préservatif?  Les chrétiens veulent mourir le plus tard possible comme s'ils n'avaient pas d'espérance. La foi semble être réduite à la naissance et à la mort, comme s'il n'y avait pas entre elles cet intervalle qu'on nomme la vie, et comme si la seconde naissance n'était pas l'enjeu de la foi ou, pour reprendre une formule de Macron que j'ai appréciée, de "la question intranquille du salut"? En infligeant une longue agonie à des malades qui n'ont plus d'autre issue que la souffrance, les cahtoliques n'avouent-ils pas qu'ils ont un certain goût pour la torture? Comment ont-ils oublié qu'ils étaient contre toute manipulation du vivant, et donc contre le principe même de la PMA? Est-ce qu'ils y viennent parce que ça marche, réservant leur discrimination, par pure homophobie, aux "couples" de femmes? Tout cela soit dit non sans vous présenter mes hommages.

Les territoires perdus de la République


Le blogueur que je suis vit dans une  niche de commentateur. J’essaied’en prendre mon parti. Voici le second commentaire posté sur le blog de Philippe Bilger  au pied de son article : « Un ministre peut tout, un ministre ne peut rien » :

 


 

D’habitude, je n’aime pas mes textes féroces. Celui-ci l’est bien plus que mon premier commentaire. Mais j’ai si souvent traité ici de ma théorie du « peueple parlementaire » ou législateur que je trouve inutile d’y revenir. Je me sens à l’aise dans le monde des abstractions, mais il est des constats qu’il faut savoir dresser.

 

« Il manque un volet concret à mon commentaire d'hier soir.

 

Je me rappelle comme si c'était hier cette première professeur dépressive rencontrée il y a vingt ans dans une abbaye où elle venait se reposer, qui disait se faire molester tous les jours et que son principal ne défendait pas, car il ne s'agissait pas que son collège fût déclassé, ni qu'on pût laisser dire que l'Éducation nationale souffrait violence des élèves, ce qu'on peut résumer par boutade en disant qu'après que les profs ont tapé les élèves, depuis l'interdiction des châtiments corporels aux écolâtres, ce sont les élèves qui tapent les profs.

 

Cela a été évoqué par @Achille : en banlieue sont envoyés les professeurs les moins chevronnés, et les commissariats sont en sous-effectif. La République en marche marche sur la tête ou la tête à l'envers : il faudrait à l’évidence que le maximum d'effectif de police se concentre sur les quartiers qu'on appelle "sensibles" pour ne pas avouer qu'on y mène une vie bien plus sauvage que celle de Vendredi, de même qu'il faudrait que s'y concentrent les professeurs les plus chevronnés. On cache qu'on n'organise pas ces nominations par cette rustine qu'est le dédoublement des classes primaires en réseau d'éducation prioritaire, qui permet d'opposer la France rurale dans laquelle on ferme des classes (et qui n'est rien pour notre président de la République puisqu'elle n'a souvent pas le haut débit) à la France des banlieues qu'on va bientôt rapprocher des métropoles pour que "les loups entrent dans la ville", ce qui ne serait pas anormal si on commençait par les domestiquer, qu’ils soient solitaires ou en bandes&meutes, excès de langage mis à part: la banlieue est le territoire d'Al-Qaïda, des bandes et des caïds, d'où cet autre rapprochement sémantique. "Al nostra" fera du « bon boulot », cependant que Georges Bensoussan nous parlera des "territoires perdus de la République" et ne sera pas soupçonné d'importer le conflit israélo-palestinien dans la République parce qu'il n'est pas par position du côté des importateurs ou des importuns dont on dit qu'ils importent, bien qu'il ait écrit une remarquable histoire du sionisme en deux volumes à ce qu'on dit (je n'ai pas vérifié, n'ayant lu que celle de Denis Charbit).

 

Il arrive qu'au sommet de l'État on reprenne la rhétorique des territoires perdus de la République, rhétorique qui décrit une réalité bien que ceux qui la poussent le fassent dans une intention de "concurrence victimaire et communautaire" qu'ils dénoncent par ailleurs. Je précise que l'exode des juifs hors de la Seine Saint-Denis est des plus préoccupantes. Mais l'exécutif préfère se regorger de déclarations martiales que de rendre des sanctions exécutives. L'administration ne protège plus ni les administrés ni ceux qui travaillent pour elles comme ma professeure de collège déprimée rencontrée il y a vingt ans, c'est dire depuis combien de temps dure le phénomène. Il n'y a qu'à voir comme les professeurs sont envoyés dans n'importe quelle académie ou coin de France. Le site du Sial les balade comme des pions.  Les lois sont de plus en plus déclaratives, comme la prochaine amende dont seront passibles les frotteurs ou les siffleurs de filles qu'on ne prendra jamais sur le fait. À tout prendre, la loi préférera importuner les femmes voilées qui ne font de mal à personne. Elle acceptera, au retour du bled, de légitimer les mariages forcés qui y auront été contractés, tandis que des catholiques qui voudraient se marier religieusement sans contracter de mariage civil ne le pourront pas. Après avoir commenté en amont l'opportunité des lois votées par le pouvoir législatif, l'autorité judiciaire décidera en pratique lesquelles seront appliquées, ce qui n'ira pas sans un certain arbitraire puisque, selon que le juge sur lequel vous tomberez sera de gauche ou de droite, vous serez puni ou relaxé, et le délit pour lequel vous serez prévenu sera reconnu ou non.

 

La première division de la République est l'insécurité. La première indivision d'une République est l'unité dans la sécurité. Celui qui exerce le monopole de la violence légitime doit être le même sur tout le territoire. Sous prétexte que les caïds n'aiment pas la police, on ne doit pas déléguer aux caïds les pouvoirs de police. Quand mettra-t-on fin à tout ce bordel,  à ce terrorisme du quotidien, à cette anarchie rampante, à cette impuissance étatique drapée derrière le ministère de la parole de ministres qui parlent beaucoup, mais ne font rien ? Pour retrouver les territoires perdus de la République, il faut commencer par le vouloir. »

 

Mon amie Nathalie Haddadi demandait l’autre soir, sur « France 2 », dans l’émission « Questions directes » dont elle participait à essuyer les plâtres : « Comment des enfants de la République en arrivent-ils à vouloir détruire la République ? » Ils ne sont pas respectés, ni quand la République est aimante, ni quand elle est sévère. Aimante, elle ne veut pas qu’ils reviennent de s’être battu, non pas du mauvais côté, c’est à croire -puisque la République préfère combattre Bachar que Daech et combattre Bachar aux côtés de Daech-, mais dans la proximité des mauvaises personnes. Elle ne porte pas le deuil des djihadistes français, qu’ils se sentent effectivement Français, que la République leur ait accordé  la nationalité française ou qu’elle leur ait fait croire qu’ils étaient Français sansleur demander s’ils le souhaitaient. Sévère dans son laxisme, elle libère sa petite délinquance qu’elle enferme dans sa condition de voyou, et elle ne fait pas savoir à la pègre qu’elle ne sera jamais une police parallèle.

mardi 10 avril 2018

Macron et les catholiques? Un bilan en demi-teinte

Commentaire posté sur la page Facebook de Patrice de Plumkett.


 1. Les évêques n'ont pas fait de politique? Ils avaient dit qu'ils n'en feraient pas. Ils n'ont pas su y résister.
       a) Ils ont dit qu'ils étaient pour la famille.
       b) Ils ont dit qu'ils étaient pour l'accueil massif des migrants, ce qui n'est guère compatible avec le patrimonialisme familialiste.
      c) Ils ont fait un peu de bioéthique, bien que le cardinal Vueillot ait dit à ses séminaristes: "Ne devenez jamais vieux!"
      d) Ils se sont placés sous l'étendard de la fragilité, comme Jean Vanier qui organise à grand prix des conférences sur ce thème, notamment en louant la Mutualité ou en se déplaçant sur tout le territoire pour vendre la fragilité. Avez-vous remarqué que la plupart des compagnons de l'ARche sont des bourgeois? C'était également le cas hier, aussi bien s'agissant de Charles (qui accompagnait Vanina) que de la co-locataire de l'ex-SDF Martine, qui était triomphante dans son aisance à vivre aux côtés d'une personne fragile, qui couronnait presque son éclatant bien-être par ce surcroît d'équilibre d'aimer les pauvres et de le faire savoir, en ne mettant guère en valeur sa binôme (ou bifemme). Macron était dans son jus: des premiers de cordée lui faisaient la leçon.
       e) Lês évêques le sommaient de veiller sur les chrétiens d'Orient, il en a profité la nuit même pour ordonner une intervention en Sirie qui les fragilise et est probablement injuste, car le dépassement de "la ligne rouge" par Bachar El-Assad n'est pas avéré et, quand bien même, une intervention française et américaine ne ferait qu'aggraver la situation.
       f) La CEF a une fois de plus prouvé son impolitisme, ou son incompétence en matière politique, ou l'incohérence de ses options contradictoires, même si les évêques n'aiment rien tant qu'à s'improviser sociologues, et si la figure de mgr Pontier était émouvante et magnifique, empreinte de sagesse, notamment avec cette formule qui remplacerait avantageusement le "vivre ensemble" (puisque la convivialité appartient à une autre sphère et que la convivence est pédante: la "vie commune".
   2.
       a) Auprès des cathooliques, Macron baignait dans son jus. C'était un milieu qu'il connaissait comme ancien élève des jésuites. Pourtant, n'est-il pas triste de voir ce fruit de l'enseignement privé qu'est l'itinéraire de Macron: un adolescent demande lebaptême, et sa foi se dégrade en un simple transcendentalisme travaillé par "la question intranquille du salut". Macron n'aurait-il pas dû suivre le conseil de son père d'attendre pour être baptisé, car mieux vaut un bon athéisme que cette mauvaise foi, même pétrie de références au personnalisme d'Emmanuel Mounier?
       b) Une de mes amies me disait que de Macron, on pouvait tirer le pire et le meilleur, "en fonction de l'orientation de sa femme qui devrait l'emmener sur la voie de la pénitence. Elle est rimbaldienne comme moi, mais elle aime trop le clinquant", ajoutait-elle.  Or Brigitte Macron est inaccessible à la pénitence: elle a une peur bravache de Dieu, peur qui la fit fanfaronner devant Philippe Besson: "Hein? Tu croyais que nous serions allés à la messe de Pâques? Eh bien non."
  Mais l'intranquillité d'Emmanuel Macron s'est accusée en ceci, qu'il n'a pas pu s'empêcher de dire à mgr Pontier: "Je comprends que vous défendiez la famille, j'oserais dire les familles." "Emmanuel Macron nous parle d'avenir, mais il n'a pas d'enfants", a diagnostiqué l'épouvantail-clignotant de la République, qui "pose de bonnes questions, mais donne de mauvaises réponses", a prononcé Laurent Fabius. Et Macron n'aime pas que ses parents soient sur la photo. Emmanuel Macron a une famille contrarié. Il est contrarié dans son désir de "faire famille" ou de recomposer sa famille. Il ne peut le faire qu'au prix de la disparition de Louis-André Auzière ou de Françoise et Jean-Michelle Macron au profit de Manette qui n'est plus là pour lui dire son fait. En cela il est un enfant de son siècle.
       c) Emmanuel Macron a fait auprès des catholiques ce qu'il excelle à faire auprès de tout le monde: il les a séduits, par un discours pourtant plus profond que d'habitude. Les croyants modérés dont je suis, qui ne sont pourtant pas "modérément croyants", sont sortis contents de son allocution. Pourtant il leur a fait du magistral: "et en même temps". "Je n'ai pas d'agenda caché, mais je n'écouterai pas votre parole intempestive, inactuelle."
       3. Les tartufes du Salon Beige et autres catholiques malveillants, qui ne croient que pour en découdre, ont eu tôt fait de ne rien approuver du discours du président de la République. Il ne leur avait pas souhaité "joyeuses Pâques", ce n'était pas bien; et hier il ne leur a pas promis la lune alors qu'ils n'en attendaient pas moins que le ciel, c'est donc largement insuffisant. "Dieu seul suffit", Macron ne suffit pas.
   4. SAchons gré à Emmanuel Macron, qui "connaît la maison":
       a) d'essayer  de substituer "la sève catholique" aux "racines chrétiennes".
      b) De s'opposer à la stratégie de l'enfouissement, en demandant aux catholiques, à travers "le don de [leur] engagement", de prolonger leurs engagements associatifs en un engagement politique, pour ne pas se complaire dans la stratégie de la goutte d'eau et pour que l'État ne s'habitue pas à ce que les catholiques soient là pour panser "la souffrance sociale", fût-ce au prix appréciable que l'Église soit la maison de tous, comme cette rencontre l'a prouvé, où les évêques promettaient de ne pas défendre des intérêts catégoriels et s'y sont globalement tenus.
       c) De resituer le don que l'Église peut faire de sa sagesse en celle de son humilité: l'Église n'est pas "la gardienne des bonnes mœurs", mais est responsable de la "remise en question" évangélique. "Je suis venu pour une remise en question", dit Jésus à la fin du récit de l'aveugle né en Saint-Marc.
      d) Mais donner quittus à Emmanuel Macron de belles intuitions pour l'Église ne va pas sans exercer un droit d'inventaire préalable: a-t-il le droit de nous demander "le don de [notre] liberté spirituelle" si, pour sa part, il espère que beaucoup de jeunes rêvent de devenir milliardaires? Macron, entre Dieu et Mammon, il faut choisir, comme entre l'intelligence artificielle et la spiritualité!

lundi 9 avril 2018

Pourquoi la haine de Macron?


Posté en commentaire sur le blog de Philippe Bilger qui se pose la question sous le titre : "nouveau monde ou Ancien Régime ?"

Je n'approuve pas la potence de Nantes, mais le président qui n'a pas décrié les qualités de grand écrivain de Maurras ne prendra pas ombrage de ce que le débat se muscle comme aux heures les plus vigoureuses de la IIIème République.
Je n'aime pas la forme de contestation qui a consisté de la part de syndicalistes à poursuivre Emmanuel Macron jusque dans un hôpital où il venait s'entretenir de l'autisme, sujet dont j'estime qu'il aurait dû retenir les ardents défenseurs des  intérêts catégoriels. Mais ensuite, qu'allait faire Emmanuel Macron chez ces demoiselles de la Légion d'honneur?
J'aime le discours qu'Emmanuel Macron vient de prononcer au centre des Bernardins, où il fustige à la fois la stratégie d'enfouissement d'une Église qu'il appelle à prolonger ses engagements associatifs par un engagement politique, et où il 'lexhorte à être moins la gardienne des bonnes mœurs que responsable de la remise en question dont il est parlé dans l'Evangile selon saint Marc et pour laquelle le Christ est venu. Mais parlant à l'Église, cet ancien élève des jésuites n'est-il pas dans son jus, et comment peut-il lui réclamer le "don de sa liberté spirituelle" tout en gouvernant les hommes de façon aussi matérialiste et en souhaitant qu'il y ait beaucoup de jeunes qui rêvent d'être milliardaires?  Entre Dieu et Mammon, Macron, il faut choisir.
En quoi le "monde de Macron" (comme diraient Les grandes gueules) est-il nouveau? J'entendais ce soir Benjamin Griveaux expliquer les contestations étudiantes en usant des sempiternels arguments que ce ne sont pas les étudiants qui manifestent, que la majorité d'entre eux veut étudier? Villepin s'expliquait mieux dans la tourmente du CPE. Qu'aurait dit Benjamin Griveaux en 1968 que le président veut commémorer, tandis que le philosophe auquel il est le plus attaché y était traîné dans une poubelle aux cris de: "Ricoeur, ça suffit"? Pourquoi Benjamin Griveaux continue-t-il d'employer ce mantra insultant et ridicule "Il faut faire de la pédagogie", comme si nous étions des enfants démocratiques, qui n'ont littéralement pas la parole?
Pourquoi la haine de Macron? Parce qu'il présente l'étrange caractéristique d'être une machine humaniste. Parce que c'est un robot qui gouverne les hommes comme des machines. Parce que ce n'est pas tant lui qui est insaisissable que son humanité. En sorte qu'"on peut tirer de lui le pire et le meilleur", me disait une amie ce soir, qui poursuivait: "en fonction de l'orientation de sa femme. Il faudrait qu’elle l’amène sur la voie de la pénitence. Brigitte Macron est rimbaldienne comme moi, mais elle aime le clinquant.
-Elle est inaccessible à la pénitence parce qu'il a une peur bravache de dieu."
"Macron nous parle d'avenir, mais il n'a pas d'enfants". Il donne aussi l'impression de ne pas vouloir que ses parents soient sur la photo. Pourtant son père le neurologue lui avait prodigué beaucoup de bons conseils, y compris celui de ne pas se faire baptiser, car il vaut mieux un bon athéisme qu'une mauvaise foi qui se dégrade en un simple transcendantalisme se posant "la question intranquille du salut". On n'est pas plus rassuré par un président qui "ne sait pas qui a la vérité de la France", dans la concurrence des récits et des héritages de cette nation républicaine.

jeudi 5 avril 2018

Tariq Ramadan, son moratoire et son drôle de statut




  1. Le mauvais procès fait à Tariq Ramadan sur le moratoire est typique de l’incompréhension dans laquelle l’opinion publique est alimentée en démocratie, par une presse qui l’y encourage volontairement, à ne pas faire l’effort de comprendre la logique de son interlocuteur. Il ne s’agit pas de ne pas « s’en laisser imposer par les mécréants » à propos d’une religion qui n’est pas la leur, mais en effet de « discuter entre soi », pour obtenir entre cheikh et oulémas un accord canonique visant à savoir si une loi islamique est abrogeable ou non. Tariq Ramadan avait pris soin de dire qu’à titre personnel, il était contre la lapidation des femmes. Et il proposait qu’un moratoire soit observé dans la totalité de l’oumma, de la « nation islamique » ou de la « communauté des croyants », le temps qu’ait lieu cette discussion canonique, dont l’issue n’aurait eu aucune influence sur les lois de la République française, qui s’imposent aux religions du fait de la laïcité, outre que la charia n’est intégralement appliquée dans aucun pays islamique – il faut sortir des fantasmes -.

 

Que je sache, on n’a jamais demandé au judaïsme rabbinique de se prononcer sur les lois sur la lapidation qui figurent dans la Torah, et qui restent en vigueur même si on ne les applique plus, donc à l’égard desquelles est observé une sorte de moratoire pratique, dont j’aimerais être sûr que les juifs orthodoxes n’y dérogent pas dans leurs enclaves.

 

  1. Tariq Ramadan a, dans le paysage francophone et anglophone, un statut totalement inédit : celui d’un intellectuel télé-évangéliste (ou télé-islamiste). À partir de là, plusieurs questions se posent :

 

- Qui lui a conféré ce statut ?

 

Est-ce lui qui a repris les méthodes de Khomeini pour répandre sa « bonne parole » à partir de cassettes comme celles que l’ayatollah enregistrait depuis Neauphle-le-Château sans que le shah d’Iran s’en inquiète, bien que Giscard l’ait prévenu, affirme-t-il dans le pouvoir et la vie.

 

Ou sont-ce les intellectuels ayant voix au chapitre qui l’ont reconnu pour l’un des leurs tout en l’excluant, et dont on peut se demander pourquoi ils acceptent de discuter avec un télé-évangéliste islamique, qui se place de fait dans une autre sphère du débat démocratique, serait-il par ailleurs professeur d’Université en Suisse et en Grande-Bretagne  (aux titres controuvés comme ceux de l’ex-grand rabbin Gilles Bernheim) ?

 

- La même question se pose à propos de son public.

 

Le paysage intellectuel français (PIF) le prive-t-il de penseurs de qualité pouvant se confronter aux intellectuels médiatiques, ou ce public a-t-il besoin de prêcheurs, ce qui accuserait un manque de maturité politique et religieuse ?

 

Le violentisme de cette immaturité est ici aggravé de l’incapacité où se montre ce public à envisager que les accusations dont Tariq Ramadan fait l’objet soient vraies, mais surtout des menaces et intimidations dont il fait preuve à l’égard des présumées victimes de leur télé-évangéliste préféré.

 

3. Terminons en notant que les télé-évangélistes comme les leaders charismatiques et autres gourous, ont souvent été impliqués dans des affaires de mœurs et d’agression sexuelle, comme si l’ascendant qu’ils exercent devait passer de l’esprit à la chair, par des voies dont je voudrais être une petite souris pour savoir de quel prétexte ils se servent pour convaincre leurs pratiques de manquer à la piété et de passer à la casserole…
 

lundi 2 avril 2018

Pâques et la liberté du récipiendaire


N. avait émis des réserves quant à l’exploitation de la figure du héros, Arnaud Beltrame, par les médias qui sont une fabrique de figures, au bénéfice d’une France qui a besoin de héros comme elle a besoind’ennemis, et qui pleure à peine les victimes du quotidien ou les victimes du bataclan.  De fait, la vie donnée d’Arnaud Beltrame embarrasse aujourd’hui Julie pour qui il l’a donnée et qui vit cloîtrée, bouleversée, surveilléeet ne sachant quoi en faire. C’est tout le dilemmedu christianisme à l’égard de Pâques : « Ma vie, nul ne la prend mais c’est moi qui la donne. » « J’ai le pouvoir de donner ma vie et le pouvoir de la reprendre ensuite. » Liberté souveraine du donateur qui n’interroge pas la liberté limitée du récipiendaire, lequel pourrait aisément ajouter au banal (mais combien nonchalant, désinvolte, ingrat, désespérant et désespéré) : « Je n’ai pas demandé à naître », « Je n’ai pas demandé à ce que tu donnes ta vie pour moi. » En valeur absolue, le récipiendaire est embarqué dans un processus où il n’a pas la liberté de ne pas recevoir. Mais qu’il reçoive est la condition de la suite, de la Pâque, de ce que notait H. à la fin de son commentaire de l’Evangile sur les disciples d’Emmaüs : « Dans le texte, il n’est fait mention d’aucune auberge où rester avec eux pour celui que les disciples d’Emmaüs ont invité et n’ont pas encore reconnu à la fraction du pain carils n’ont pas encore partagé un repas avec lui. C’est qu’il devient l’hôte de leur cœur. » Pâque, a-t-il quasiment conclu, c’est le passage du « Où demeures-tu ? » qui ouvre l’Evangile de Saint-Jean non sans que Jésus se plaigne : « Le Fils de l’Homme n’a pas un endroit où reposer sa tête », à un :  « À présent que je suis ressuscité, si vous m’aimez, je viendrai demeurer en vous, et je serai pour toujours avec vous. » Pâque, c’est un passage du désir de l’homme d’habiter avec Dieu, d’habiter près de Dieu, d’ »habiter la maison du Seigneur tous les jours de sa vie » au fait que Dieu devienne « l’hôte intérieur » de celui qui lui ouvre son cœur. 

 

À quoi cela tient-il ? On passerait à côté de la réponse si on se limitait à cette remarque triviale que le Corps du rEssuscité s’est affranchi des limites du Corps physique et qu’Il est ressuscité comme on monte au ciel. Mais la Résurrection réalise la finalité de l’Incarnation : le Verbe est descendu du ciel pour que le cœur devienne ciel et pour que, même au sein de la résurrection de la chair, présente et à venir, le ciel soit moins un lieu qu’un état qui traduise l’état du cœur. Mais ce passage des temples païen ou du temple de Jérusalem au sanctuaire du cœur,  de la piété publique à celle des « adorateurs de Dieu en esprit et en vérité », des sacrifices de propitiation au sacrifice du cœur brisé de Dieu qui se réconcilie la création en déjouant ses forces de destruction, ou encore de la fausse alternative entre la transcendance et le panthéisme où Dieu est immanent à l’univers au choix du cœur, passe par le  processus pascal où le récipiendaire doit commencer par renoncer à la liberté de ne pas recevoir et à la protestation de ne pas avoir demandé à être sauvé et que le cadeau de la vie de dieu est bien pesant, à l’acceptation intérieure de ne pas avoir été créé pour jouir, mais pour être en relation, dans un dépassement de sa nature individuelle d’être de captation pour entrer dans la vie de la Grâce du choix du don et de l’accueil.

 

Pourquoi un itinéraire si compliqué, si difficile, et qui implique au commencement une limitation de la liberté par laquelle on doit recevoir si on veut avancer, on doit signer lecontrat vital… ?

mardi 27 mars 2018

UN HÉROS, ET APRÈS ? LES HÉROS SONT FATIGUÉS


Posté en commentaire de l’article de Philippe Bilger :

 

http://www.philippebilger.com/blog/2018/03/un-h%C3%A9ros-un-hommage-national-et-puis.html#comments

 

 

Cher Monsieur Bilger,

 

Quelques réflexions apparemment de moins en moins faciles à entendre dans notre nouvelle bien-pensance.

 

Notre néo-bien-pensance a peur de ne pas avoir peur du terrorisme. Le terrorisme est le paroxysme de la société du spectacle où « le vrai est un moment du faux ». La vraie stupeur de l’attentat est une fausse terreur en regard du danger plus grand de l’agression ou de l’accident de voiture. Moindre est celui du terrorisme, comme moindres sont les dégâts du terrorisme en regard de ceux des guerres auxquelles nous participons et qui le déchaînent. Notre Révolution française s’est ouverte par un épisode de terrorisme où il fallait purifier la République en coupant des têtes au nom de la vertu. Notre terrorisme révolutionnaire et républicain n’est pas sans rapport avec le terrorisme mecquois de Muhammad à qui Robespierre aurait pu donner la main, et tous les deux auraient marché en révérant l’Etre suprême au mépris de l’Aufklärung.

 

Des héros, et après ? Des héros, mais encore ? Des héros, mais pourquoi ? La nation a besoin de héros, mais elle ne les mérite pas, car elle les oublie aussitôt. Sa mémoire est de plus en plus courte. L’Église a déjà oublié la renonciation de Benoît XVI comme la France ne se souvient plus de l’abdication de François Hollande. En l’espace de sept ans, le dirigeant de l’Église et celui de sa fille aînée ont renoncé à diriger le monde, devenu trop compliqué pour eux. Il y a eu le héros de l’hyper kasher ou les héros du Bataclan, qui s’en souvient ? Un ami me cite souvent le nom de Julien Galisson qui l’a beaucoup marqué.

 

Les nations qui n’ont plus de mémoire ne méritent pas d’avoir des héros. Paul-Marie Coûteaux veut croire que l’empreinte d’Arnaud Beltrame restera. Ce gaulliste frontisé n’a pas assez descendu la pente du pétainisme pour se rendre compte à quel point les Français ont encore plus la mémoire courte que du temps du maréchal et de Paul Reynaud déposant contre lui, et d’Édouard Daladier, le signataire des accords de Munich, témoignant contre le maréchal qu’« Il a gravement manqué aux devoirs de sa charge ». Pétain était un héros de l’abdication : « Je fais don de ma personne à la France ». Sa personnalité sacrificielle rappelle celle de Louis XVI et son fameux testament. De Louis XVI à Benoît XVI, du maréchal Pétain à François Hollande, souffle un même vent d’abdication qui ne tourne guère et ne fait pas chanter les héros.

 

« Le mourir pour l’autre » est, selon Levinas, la définition de la sainteté. » Notre nation n’aime plus les saints. La liberté de celui qui meurt ne se transmet pas à celui pour qui il donne sa vie. Jésus dit : « J’ai le pouvoir de donner ma vie et le pouvoir de la reprendre ensuite. » Mais Julie, pour qui Arnaud Beltrame vient de donner sa vie, Julie est déprimée. Que va-t-elle faire de ce sacrifice ? Ne risque-t-il pas de l’écraser ? Les regards insistants et vigilants de ceux qui l’observeront vivre ne la presseront et ne la perceront-ils pas de cette question accablante : « Étais-tu digne que ce héros donne sa vie pour toi ? » Je n’aimerais pas vivre sous ce poids. Les catholiques dont je suis doivent y réfléchir à deux jours de célébrer la Passion du Christ.

 

Manuel Valls témoigne d’un beau « courage intellectuel » à persister à demander l’interdiction du salafisme. Non, M. Bilger, pour commencer parce qu’on ne peut pas interdire une forme de piété. Ensuite, j’hésite à le dire aussi brutalement, mais parce que Manuel Valls est une ordure politique. « « La gauche peut mourir », donc je l’assassine . « J’aime les socialistes » et je regarde leur vieux cadavre à la renverse pour me sentir plus proche de BHL. Je me vends à Macron qui attend que ma cote baisse ou remonte, mais il me rachètera, c’est fatal ! » Lui, Manuel Valls, qui fut le conseiller en communication de Jospin qui, au lendemain du 11 septembre, fut le premier à dire µ « Pas d’amalgame ! » parce que l’injonction sortait du tréfond de son cœur, a passé tout son bail de premier ministre – qu’il a dénoncé avant terme après avoir exigé qu’il aille jusqu’au bout du quinquennat – à se choisir pour ennemis ceux que Michel Houellebecq lui avait désignés : les islamistes et les identitaires, ce qui n’empêcha pas l’homme à l’écriture blanche, comme aussi Michel Onfray et comme Emmanuel Todd, de traiter Manuel Valls de crétin, à raison : il souffre à l’évidence d’un complexe d’infériorité intellectuelle.

 

Marine Le Pen et Laurent Wauquiez maltraitent le ministre de l’Intérieur dont le ton n’oscille pas entre la martialité et les larmes de crocodile ? Il est ridicule d’exiger la démission de Gérard Collomb. L’est-il d’expulser les ficher S étrangers ? Si j’ai bien compris, S est l’initiale de ceux qui sont soupçonnés (et ne sont pas susceptibles, sic) de vouloir attenter à la sécurité de l’État. Il n’est pas incohérent de ne pas tolérer au sein de son pays des ennemis de l’extérieur. Mais on peut aussi faire le raisonnement que, s’il manque des effectifs pour surveiller les fichés S comme pour soigner les malades ou pour former les élèves, le gouvernement par la dette prétend lutter contre le chômage en ne créant pas d’emplois et en expulsant les fauteurs de trouble. Le gouvernement par la société et par l’humanité préférera créer des emplois partout où il repère des besoins et ne se fait pas d’illusion qu’un monde connecté, interdépendant, où règne la liberté d’aller et venir facilitée par la révolution des transports, ce monde du vivre-ensemble et de la convivialité obligatoire, peut très difficilement fermer ses frontières.

Enfin, les salafistes sont-ils le terreau de l’antisémitisme ? Pourquoi le seraient-ils davantage que le pays où Léon Bloy pouvait à la fois rappeler que le salut vient des juifs et parler de tel de ces personnages comme d’une « putridité judaïque » (dans Le désespéré, probablement cher à notre ami @RobertMarchenoir qui n’en tirera pas les mêmes conclusions que moi ?) Dans une démocratie où on ne craindrait pas le clivage comme fauteur d’éventuelles guerres civiles, desquelles on croit stupidement se protéger par l’impossible homogénéité bienveillante de l’idéologie républicaine, on pourrait dire en même temps à un musulman, les yeux dans les yeux, qu’on tient l’islam pour une arriération religieuse parce qu’il a réintroduit la violence dans le champ politique du fait de la doctrine elle-même et non pas d’une déviance civilisationnelle comme dans le cas chrétien, parce qu’il est impuissant à créer des sociétés harmonieuses qu’un caillou d’impiété dans la chaussure de l’idéal de charia suffit à déséquilibrer, et parce qu’il ne parvient pas davantage à constituer une oumma pacifiée à partir de la diversité des tribus plus que des sectes. On pourrait en même temps faire tous ces graves reproches et souscrire à la tribune de Dalil Boubakeur qui réclame un « habeas corpus » et « une présomption d’innocence républicaine pour l’islam de France ». Sinon, ce n’était pas la peine de chercher les musulmans et d’aller vivre chez eux pour qu’ils vivent avec nous. Les sociétés multiculturelles sont multiconflictuelles, maiselles sont plus marantes. Le double, le multiple est peut-être l’impensé car l’impensable du politique, comme les systèmes complexes. Mais peut-être faut-il le vivre et non pas le penser.

Les enfants

Non, le titre de mon article ne fait pas référence à ce film de Marguerite Duras où elle définit l'Evangile de Jean dans les termes les plus profonds que j'aie jamais lus pour cerner ce texte : "N'Est-ce pas le livre de ce juif qui s'interroge sur le sens du vent ?" Mais la vérité ne sort-elle pas de la bouche des enfants ? Les enfants d’aujourd’hui ont deux caractéristiques : sans avoir l’esprit d’analyse que suppose entre autres l’orthographe, ils vont droit au but et souffrent d’une épidémie d’hyperactivité. Enfants indigo, fruits d’une espèce qui évolue trop vite ? Enfants de parents qui refont trop rapidement leur vie et n’ont pourtant jamais été autant investis dans leur rôle parental ? Enfants des écrans qui voyagent trop vite au centre de la réalité ? Enfants de l’histoire qui s’accélère ? Enfants rois qui posent trop tôt la question de l’anarchiste : « Qui t’a fait roi ? Qui t’a donné barre et autorité sur moi ? » Et c’est comme ça qu’ils tapent les profs et hupercutent leurs parents. Mais enfants de la guerre aussi, auxquels les dessins animés qu’ils regardent font croire qu’ils ont autant de vies que n’en refont leurs parents, que le monde se divise entre bons et méchants et qu’ils seront invincibles tant qu’ils auront tout ce qu’ils veulent ! (Autrefois, enfants du divorce, à l’école de la psychanalyse, nous reprochions à nos parents des problèmes de familles. Aujourd’hui, les enfants disent : « Tu es une mauvaise mère si tu ne m’achètes pas un Iphone. ») Enfants de la pub trop tôt ciblés par elle, enfants consommateurs, enfants prescripteurs. Y a-t-il de l’amour dans la salle et dans les éprouvettes des couples d’hommes et de femmes qui préfèrent demander une PMA pour avoir un enfant à eux que d’adopter un enfant malheureux, abandonné et perdu dans la vie ?

lundi 26 mars 2018

Note affectueuse



 

Les trois piliers de l'amour durable sont :

Amitié, Désir et Affection.

 

L'Amitié est la racine de l'amour. « Entre l’amour et l’amitié, il n’y a qu’un lit de différence. » (Henri Tachan)

 


 

Le Désir en usurpe le centre apparent.

En fait, il va et vient entre là, remplissant les pauses de lascivité prises par la langueur et laissées dans les creux ou entrelacs de la passion de durer, et c'est ce qu'Amour on nomme, ce désir dans les entrelacs, car avec son frétillant frisson qui sait jouer, il en donne le sentiment saisissant. Et l'amour veut être défini par le sentiment…

 

Le lac de la passion de demeurer devient de montagne russe, comme les poupées qui font dresser le désir sur la queue. Si bien qu'il y a du désirable émergeant comme raidillon sur la montagne à serments de la passion de durer dont le sermon est le ciment, le sermon des conversations lentes autour de la table haute, au moment du Conseil statutaire du couple plein de projets, qui bâtit une maison de paroles.

 

De la passion, le sermon pour ciment (ou ce que Dialogue on nomme), et l'Affection gardienne et gardée comme le beau reste du Désir à marée basse, qui toujours remonte sur la berge, il n'y a rien à craindre là-dessus, car l'Affection veille au grain, l'affection l'entretient.

 

L'Affection est le beau reste du Désir, elle bat pavillon, les verges repliées, sur le cœur de la passion d'ériger. Mais avec ce reste-là, du désir-bâton-bourdon rentré au port du porc rentré en repos du guerrier, avec ce reste du désir qu'est l'affection sans escales, où qu'en soit l'érection, il reste tout de l'amour, tout, même si l'amour n'est plus fou.

 

La triste chair peut s'endormir, elle n'a rien à réclamer : l'Affection veillant, comme le cœur, sur les corps après l'extase des petites morts, il reste tout de l'amour, tout, le désir sauf, momentanément interrompant le coït ou laissé à son germe, dans le rêve d'un souvenir en attente du réveil de la baguette magique des contes de fée, qui sera volonté de puissance et aura la puissance de sa volonté ;

 

Et si l'amour en attendant, dans cet assoupissement de la chair avant nouvel assouvissement, si l'amour est indivis, veillé par l'Affection qui ainsi l'aura confondu, son unité ne saurait le détruire, car l'Affection n'est pas une maladie de l'amour : elle en prend soin, quelque long que soit le silence du Désir et quelque mystérieux le sommeil qui s'est emparé de lui et abattu sur la chair avant duothéonéofaction.

 

L'Affection n'est pas une maladie d’amour ni la maladie de l'amour :  elle en est le souffle, elle est son esprit, elle l'emporte en effluves de son chant qui revient sur l’amour en appels au Désir, en rappels à la chair pour que, le Désir sauf, soient sauvés de l'oubli les sens mêmes.

 

Au terme des trois, Amitié, Affection et Désir abusivement nommé Amour, c'est l'Alliance, et le triomphe vibrionnant de son or tressé sur les cœurs inséparables, non pas comme une pérennité de l'intérêts contractuel qui cimentait le mariage bourgeois, toujours à l'affût des parures et des pierres à lapider de l'inévitable adultère, mais par le fait tressé, cet or, qu'envers et contre tout (et sans qu'il y ait de lapidation qui tienne), on défend l'autre qu'on représente et qu'on devient. 

 

On devient l'autre qu'on défend, et la lumière de l’affection qui cimenta l'alliance brille sur le bris de l'individu perdu dans l'hors-moi, dans l'é'moi ou  l'enlacement des identités, et ce sont deux enfances qui étincellent , enchevêtrées, dans la constellation des consolés, de s'être frottées les yeux ensemble dans une seule et même mémoire qui les a confondues et qu'est l'amour devenu, passion du lac au niveau d'Amitié, au milieu duquel, évasifs en ce limon, flotte sans s’éroder le roseau du Désir évanescent, que soulève l'Affection, poussière aux reflets pailletés dans l'air blessé de jouissance.

 

 

Didier Barbelivien, Benoît XVI, Philippe Bilger et moi



http://www.philippebilger.com/blog/2018/03/entretien-avec-didier-barbelivien.html

Cher Monsieur Bilger,

 

J'aime quand vous travaillez à votre compte, non point pour des médias qui vous font piger, parler ou interviewer, mais quand vous êtes un maïeuticien qui fixe lui-même les règles de l'approfondissement et de l'entretien. Cette maïeutique a ainsi permis de révéler, dans des registres très différents, le fond tourmenté d'un Henri Guaino qui ne passera jamais du plan à la politique active parce que trop écorché vif, et les espérances d'un Olivier Besancenot ou de la victoire par la lutte, course que vos questions découvrent entée sur un but et non point faite à corps perdu, quoi qu'on pense de cette course et de ce but.

 

Savoir interroger donne crédit à votre ambition d'être un maître de la parole. Car sans être un caméléon de l'autre, il faut le comprendre avant de le combattre à supposer qu'on ait à le faire ; il faut se couler dans sa pensée avant de dispenser la nôtre ; il faut croire pour un instant de dépassement de l'ego qu'il a plus d'importance que nous ; il faut en être le révélateur pour qu’il nous révèle à nous-mêmes.

 

Pourquoi Didier Barbelivien me met-il mal à l'aise depuis quelque temps ? J'aurais pourtant tout lieu de l'aimer sans réserve : C’est un « artiste de variété » qui fait de la chanson populaire. Mais voilà : d'abord il a vieilli et ne rougit plus d'être l'ami des puissants. En ce qui me concerne, peu me chaut qu'il soit celui de Sarkozy. Mais peut-on être un saltimbanque embourgeoisé ? Peut-on faire le métier de Brassens et aimer les dîners en ville avec les gens qui comptent ?

 

Ensuite, Didier Barbelivien avoue lui-même avoir été caméléon. Il copie tout parce que tout l'influence. Or un artiste est d'abord un univers. Bach copiait de la musique pour découvrir le sien en filtrant les influences. Gérard Lenormand s'est imaginé retrouver une popularité en orchestrant à la façon des années 90 quand on est entré dans ces années-là. Serge Lama a failli de la même manière sacrifier sa veine tragique à la rythmique ou à la mode acoustique. Or une chanson peut être la poésie des temps modernes. Je dis souvent que Baudelaire vieillit plus mal que Brel. Didier Barbelivien ne s'est jamais pris ou fait prendre pour un poète, mais il incarnait l'adolescence. Or voici qu'il donne à "La Vie" ses entretiens sur la foi ou se pose en ami des puissants. Et par là il se perd pour le peuple qu'il a tant fait rêver d'amourettes en lui faisant danser des slows avec les copines de l’école qu'il regardait avec plus d'amour que Vincent Delerme ne considérait "Les filles de 1973" qui "ont trente ans", elles qui « faisaient des résumés », qu’y a-t-il derrière le cliché ?  On ne peut pas demander à Didier Barbelivien de changer d'amis. A-t-on le droit de lui conseiller de se rapprocher de lui-même ? Qui est-on pour le faire ? S'est-on soi-même atteint ? Non, car la fatalité de la destinée humaine veut qu’on ne s’atteigne jamais. Dieu nous a faits en sorte que nous ne puissions pas nous atteindre afin que nous ayons à Le chercher pour être divinisés par Lui.

 

Et Didier Barbelivien s’en explique. Son image de lui-même était celle d’un chanteur engagé, contrairement à Bob Dilan qui a joué la carte de l’engagement pour avoir quelque chose à écrire. Il n’a pas dû se dégager comme Régis Debray. Au contraire il n’a jamais réussi à faire passer son engagement. Du coup il se retrouve pris dans la tourmente de ce degré zéro de l’engagement où nous sommes et où nous sommes tous contre le terrorisme au risque de nous prendre pour Charlie. C’est Renaud qui commence sa carrière en promettant que la société ne l’aura pas et la finit, chanteur à bout de souffle,  en embrassant un flic. C’est Pierre Perret qui fait scandale en parlant du zizi du pape qui fait des bulles et sort il y a quelques années un album hygiéniste contre les marchands de tabac et les marchands de canon. Et c’est Didier Barbelivien qui n’est pas contre la peine de mort comme Jullos Beaucarne et qui n’est pas pour comme Michel Sardou, mais qui est contre les assassins comme tout le monde, bien que tout le monde lise des romans policiers et regarde l’esprit criminel.

 

Barbelivien n’est pas Brel parce qu’il ne se prend pas pour Casanova. Il n’est pas comme moi, qui ai peine à ne pas être « presque aussi saoul que moi ».

 

J’aime la notation de l’ami Barbelivien sur Léo Ferré : c’était avant tout un comédien. À un moment donné, j’ai soupçonné les larmes qu’il versait chaque fois qu’il passait à la télé d’être feintes. Mais ce que j’en dis est sans doute influencé parce que je me fais de moi l’image d’un personnage tragi-comique. Seul l’ami Didier Barbelivien pourrait nous dire si Léo Ferré jouait la comédie des larmes.

 

« Ce n’est pas sa mort qui me fait de la peine, Mais de ne plus voir mon père qui danse. » C’est une des plus belles déclarations d’amour paternel que j’aie entendues, après celle de Le Pen disant que le mort le plus important de la guerre, c’était son père. Et mettre ces paroles dans la bouche de Michel Sardou est d’une grande sensibilité si mes propres antennes ne me trompent pas, car Michel Sardou a toujours été à la recherche de la bénédiction et de l’image de son père, qui ne pouvait que partir trop tôt à ses yeux, le laissant seul avec l’encombrante Jackie : « Michel, souris ! » « Je n’aurais jamais cru que ma mère ait su faire un enfant. » Quand j’écoutais moi-même enfant Sardou chanter son père, j’avais l’impression qu’il l’avait perdu très jeune. Eh bien non.

 

Merci, Didier Barbelivien, d’être comme tout un chacun un homme insuffisant, mais qui par exception a su nous enchanter, et merci, Philippe Bilger, d’avoir su nous le révéler.