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mercredi 13 mai 2020

66millions de médecins et le couloir de la mort!

Les footballers accusent les Français d’être 66 millions de sélectionneurs.

Depuis le début de l’épidémie de #Covid-19, on reproche aux Français de vouloir constituer un corps médical de 66 millions de membranes incompétentes.

Mais si on ne le voulait pas, il suffisait que nos médicastres arrêtassent d’être aussi diserts et d’aimer à ce point prendre la lumière.

Il y a une dizaine d’autorités de santé et d’agences épidémiologiques qui travaillent pour le ministère de la santé. On ne peut pas leur reprocher de ne pas connaître dès qu’elle s’est déclarée la pandémie de #Covid-19 qui affolait le monde. Du moins auraient-elles pu éviter d’en parler si elle la connaissait mal. Le sélectionneur médical que je suis ne peut s’empêcher de se demander pourquoi tout ça précisément pour ce seul virus.

Tous les jours, l’émission « Brunet-Neumann » sur « RMC » mobilise pendant deux heures le Dr. Robert Sebbag, infectiologue à La Pitié-Salpêtrière, qui n’a sans doute rien d’autre à faire que de parler entre deux auditeurs. Soigner ses patients ne semble pas être pour lui une urgence ou une priorité. Ni pour lui ni pour ses patrons.

Didier Raoult déploie une imprudence trumpiste à assurer que son vieux traitement nuit gravement au Covid-19 qui ne connaîtra pas de deuxième vague et mourra avec les premires chaleurs. À l’entendre, on prescrit ce traitement partout dans le monde, à commencer par les Etats-Unis, dont on se demande du coup pourquoi tant de morts dans le pays, mais les deux choses doivent être sans rapport, le Pr Raoult est une telle autorité... Et les généralistes français prescrivent aussi le cocktail Raoult, sauf qu'ils n'ont plus, depuis janvier, le droit de le prescrire, mais ça doit avoir échappé au mandarin trop occupé.

Le sénateur Claude Malhuret gourmande le Pr Jean-Luc Mélenchon de l’Université de La Havane, en reconnaissant que la variole qu’il a contribué à éteindre il y a 40 ans faisait 100 fois plus de morts que le Coronavirus. Alors pourquoi ce qui s’apparente à une psychose internationale pour un virus relativement peu létal ?

L’ancien président de MSF avait été secrétaire d’Etat aux droits de l’homme sous Jacques Chirac et ne s’était jamais insurgé contre le fait que son secrétariat d’Etat était rattaché au quai d’Orsay sans aspirer à surveiller aussi le ministère de l’Intérieur, car l’étranger n’a pas le monopole de la non application des droits de l’homme.

Mais le plus disert de nos médecins lumineux est sans doute Philippe Juvin. Le type réussit la prouesse d’être depuis dix-huit ans maire de La Garenne-Colombes, d’avoir été député, d’aspirer à être Buzyn à la place de Véran, et de diriger le service des urgences de l’hôpital Pompidou, l’hôpital dernier cri de la capitale, pour l’érection duquel on a détruit plein de vieux hôpitaux, joyaux de notre patrimoine, que l’on a préféré ne pas restaurer, pour ouvrir cette chaîne humaine de l'hôpital Pompidou.

Le gars a donc une espèce de don d’ubiquité qui lui permet d’être maire et chef d’un service d’urgences tout en hantant les plateaux télé.

Mais le service d’urgences qu’il dirige est un des plus inhumains qui soit. J’y ai dormi une nuit. Certes, il était en grève. Maisaucun soin ne m’a été prodigué. À peine consentait-on à m’amener au WC quand ma vessie était trop pleine pour ne pas occasionner de dommages colatéraux.

Je parle des urgences de cet hôpital, mais je suis allé voir une amie qui s’y trouvait dans un service d’oncologie. Lorsqu’elle sonnait, le personnel qui ne voulait pas être dérangé annonçait dans sa chambre : « Couloir ! » Le couloir voulait savoir ce que lui voulait la patiente, histoire d’économiser ses gestes médicaux. La patiente s’exécutait et expliquait ce qui l’amenait à sonner. Mais moi, quand j’entendais « Couloir ! », je ne pouvais m’empêcher d’entendre : « couloir de la mort ! » En plus, ce jour-là, on lui annonçait la nature cancéreuse de ce qu'on avait découvert dans la bioptie qu'on avait été obligé de lui faire.

Philippe Juvin n’y était pour rien, mais il aurait pu s'inquiéter de ce qu'on dise "Couloir!" aux patients qui sonnaient dans l'hôpital dont il était un des chefs de service.

samedi 9 mai 2020

L'Europe dans "le monde d'après"

C'est rare, mais il arrive que les catholiques me fatiguent. Tous les catholiques sont de ma famille, mais il arrive que l'on aille à reculons aux fêtes de famille.

M'a fatigué l'attitude qui a consisté à nous expliquer que l'absence deucharistie était un bien dans cette période de confinement. Mieux n'eût-il pas valu ressusciter l'esprit des catacombes?

M'a fatigué le fait (que j'ai trop abondamment commenté sur le blog de rené Poujol) de jeter à la vindicte publique la réaction sur certains points excessive de courageux évêques et cardinaux qui ont dû se dédire, dénonçant l'expérience orwellienne qu'on a faite sur nous à la faveur de cet absurde confinement plein de contradictions et décrété quasi mondialement pour ce seul virus. Le texte serait "complotiste", s'insurge "La Croix". C'est donc plié puisque démêler les mobiles d'une action et imaginer qu'elle puisse être concertée n'est plus une preuve d'intelligence, laquelle a perdu, avec la légitimité de démasquer les complots, la faculté de discriminer.

Ce soir, le même quotidien catholique nous relaye une tribune des députés européens "Renaissance", donc "En marche", nous affirmant que l'Europe est de retour alors que l'Union européenne a plus que jamais, si l'on peut dire, fait la preuve de son inefficacité. C'est fatigant.

https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/Union-europeenne-troisieme-etape-2020-05-08-1201093248?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_content=20200509&utm_campaign=NEWSLETTER__CRX_JOUR_EDITO&PMID=6c6207cf973a7c0a7bfc56bfa12872d0&_ope=eyJndWlkIjoiNmM2MjA3Y2Y5NzNhN2MwYTdiZmM1NmJmYTEyODcyZDAifQ%3D%3D

On ne peut pas la commenter sur "La Croix", aussi je le fais ici.

Le chapô donne le ton et l'idée principale de la tribune: "Non, l’Union ne se défait pas. Elle progresse, en terrain miné, mais progresse vers l’union politique." On a vu ça. Veuillez quelque chose que vous n'avez pas avoué et dites que le moment de le mettre en œuvre est venu. Soyez fédéraliste, ne le dites pas et dites quand ça vous chante que le moment est venu de fonder la fédération à laquelle vous aspiriez.

La tribune commence par dire que "[l'Union européenne] n’a jamais été loin [de se défaire] depuis que Robert Schuman en [a] jeté les bases. Mauvais signe, non? Comme celui, avoué par un Chirac fatigué au soir d'un interminable sommet européen, que la politique européenne avait toujours été une suite de recherches de [mauvais] compromis. Le compromis serait-il notrenouvelle volonté politique? Quelle désillusion pour une utopie nécessairement idéaliste!

Quant au charbon et à l'acier qui furent les causes conjoncturelles de l'Union européenne, les mines de charbon sont noyées et la sidérurgie est détruite. Si on juge l'arbre à ses fruits, les fruits sont amer. Ça n'empêche pas la fondation Robert Schumann d'en rajouter: "Il nous faut trouver le charbon et l'acier d'aujourd'hui". Pour les détruire eux aussi?

"La critique faite à l'union" "n’est pas d’avoir trop existé mais pas assez", continue la tribune. La critique est plus précise. Elle est que les nations européennes se sont repliées sur elles-mêmes dès que le risque de pandémie fut venu. Elles se sont repliées sur leurs frontières naturelles et sur ce qui les faisait exister comme familles. L'Union européenne n'a pas "assez existé" car elle n'existe pas, en dehors d'être un pur constructivisme politique.

L'Union européenne est encore moins une puissance, sauf à être la somme des puissances économiques et vaguement politiques des nations qui la constituent. La seule manière pour l'Europe de devenir une puissance serait de constituer une défense commune. La CED (communauté européenne de défense) a été repoussée en 1954, mais Emmanuel Macron a eu raison de la remettre en avant. Nul échec n'est définitif. Il faut commencer par là, la communauté de défense. L'Union monétaire existe et on n'en sortira pas. D'ailleurs c'est tant mieux . L'Union politique est une chimère. La politique étrangère commune n'a presque pas d'intérêts communs. ♀Ça peut paraître paradoxal, mais si nous voulons qu'existe une puissance européenne, il faut que cette puissance soit militaire et que la puissance militaire précède l'union géopolitique. Cela vaut mieux que de réaliser la méthode prônée par Jean Monnet et résumée par Michel Rocard lors d'un petit déjeuner au Procope auquel je me flatte d'avoir participé (le Procope est le plus vieux café de Paris, le petit déjeuner y coûtait 100F, c'était en 1999): "procéder à une union technique aux fils suffisamment solides pour qu'elle soit irréversible", autrement dit unir l'Europe malgré elle, par capillarité et au forceps sans le lui dire, créer un totalitarisme "bienveillant", où"la démocratie ne saurait être supérieure aux traités européens" (Jean-Claude Juncker).

Le groupe "Europe renew" (on appréciera l'anglicisme à l'heure du Brexit) propose la relance de l'Europe par la dette, les générations futures apprécieront, elles pour qui on lutte contre le supposé réchauffement climatique, à l'heure où "la royauté primitive" de la politique des progressistes s'imagine à nouveau qu'elle peut faire la pluie et le beau temps.

"Beaucoup a été fait mais tout reste à faire", lancent nos députés pour continuer à faire de la politique à coups de slogan, en ne se rendant pas compte que c'est dire que rien n'a été fait et si rien n'a été faiten 70 ans, pourquoi croire qu'on va tout faire maintenant?70 ans, c'est le temps qu'il a fallu à l'utopie communiste pour mourir en Europe. Je dis bien en Europe, car un quart de l'humanité reste sous la cloche et l'emprise du communisme dans sa phase capitaliste, dans la dictature chinoise de Xi Jinping. L'Europe serait "un bunker des libertés (sic) et de la protection sociale face à [cette] Chine qui jette ses lanceurs d’alerte en prison et à des États-Unis où la couverture médicale pour tous est encore regardée comme relevant d’un programme d’extrême gauche ou, pire encore, européen."

jeudi 9 avril 2020

Réponse à un ami confiné entre volonté d'espérer et tentation du désespoir

Cher ami,

Tes réflexions suscitent en moi ce mélange d'assentiment et de désaccord qui a toujours marqué notre compagnonage.

- Désaccord quand tu ne sembles pas faire droit à la polémique. Elle n'est pas mauvaise conseillère. On nous a tellement abreuvés de culpabilité à l'encontre de ceux qui disaient : "On ne savait pas" ce qui se passait dans les camps de concentration qu'il me semble qu'on n'a plus le droit de réserver ses critiques pour après la crise, car c'est maintenant que se prépare "le monde d'après". Les situations historiques ne se comparent pas terme à terme, mais la Seconde guerre mondiale est devenue le paradigme de nos analyses, on est bien obligé de s'y référer.

- La peste (sic) soit aussi de la résignation chrétienne ! Et de l'injonction de chercher par principe et par priorité des messages d'espérance et des raisons d'espérer. Ça ne vaut pas mieux que de s'abandonner à la pente de son tempérament pessimiste. Il vaut mieux avoir les yeux collés sur le réel. Le réel est moins vrai que le vrai, mais enfin c'est le réel.

Je te donne un exemple tiré de notre foi : nous n'avons pas nécessairement le sentiment d'être sauvés de façon manifeste. Le réel, c'est que la venue du Christ n'a rien changé dans le rapport de l'homme à la vie. L'homme nourrit envers elle ce que Michel deneken appelait dans une conférence du centre porte haute une "confiance inaugurale" qui se refait dès qu'il est tirée d'affaire et une peur qui, historiquement, étant doné la précarité de la condition humaine, est beaucoup plus fondée que la confiance. Seule la civilisation est parvenue à limiter la peur. La peur est une conséquence du péché originel, me rétorque une amie commune. Je le crois, mais c'est trop facile. La rédemption consiste à restaurer et à retrouver cette "confiance inaugurale", résumait Michel deneken. C'est vrai, mais c'est insuffisant. Car certains pourraient nous répondre à raison que si nous, nous avons besoin de quelqu'un - ou d'une instance extérieure - pour nous faire garder confiance et ne pas avoir peur quand il y a du danger, c'est notre affaire, mais ça trahit surtout que nous ne sommes pas assez forts . Alors, ce qu'est venu sauver jésus en nous, ça se manifeste comment ? Il faut le trouver en nous. Mais il faudrait aussi que la théologie chrétienne réfléchisse à frais nouveaux au sens de la rédemption, car ce n'est pas évident, hormis pour ceux qui sentent Jésus comme une "puissance d'accompagnement intérieure et personnelle". Et dire que Jésus est venu "partager la souffrance de l'humanité" est une interprétation. Rien ne prouve que ce ne soit pas de l'autosuggestion. La vie suscite crainte et admiration, tel me semble être le rapport naturel que nous avons avec elle.

- Je ne pense pas que nous ne retrouverons plus de manière réflexe nos "signes de cordialité". Selon moi, la crise de la convivialité future dont nous aurons été sevrés est moins redoutable que la crise sociale actuelle ou que la crise économique à venir. À la louche et en faisant de la prospective sauvage, 40 à 50 % des PME-TPE ne se relèveront pas de cette fermeture forcée sans préparation au nom du confinement. Nous comptons 9 millions de pauvres officiellement recensés en france. Ce nombresera-t-il multiplié par deux ? Depuis 25 ans (j'en ai personnellement mesuré les signes avant-coureurs en 1995), la France est en voie de tiers-mondisation. L'hôpital paie le prix de cette logique comptable, aggravée par les préconisations de la Commission européenne qui, bien qu'incompétente en matière de santé publique, a recommandé à 62 reprises en 20 ans la fermeture de lits d'hôpitaux et l'a obtenue pour 100000 lits en France en 20 ans, et pour 20000 en 5 ans en Italie. Et voilà comment nos services de réanimation se retrouvent engorgés et saturés sans autre raison qu'une raison technocratique. Devrions-nous faire confiance à ces mêmes technocrates quand ils découvrent aujourd'hui que la santé n'a pas de prix et que peu importe son coût, ce que n'assénait personne d'un tant soit peu sensible au malheur des autres sans recevoir immédiatement une volée de bois vert au nom du réalisme économique. Ce sont ces gens-là qui sont aux commandes. On prend les mêmes et on continue ?Voilà pourquoi mon espérance touchant le "monde d'après" est raisonnable et mesurée.

- La crise sociale actuelle fait des dégâts sur le plan humain, mais est aussi une crise symbolique, et c'est sous cet angle que l'ami des mots que je suis aime à l'analyser. Tout ce qui faisait les "valeurs" de notre "vivre-ensemble" s'est effondré comme un château de cartes, sans aucunerésistance sociale ou institutionnelle. Pour des raisons virologiques ou épidémiologiques dont on n'a pas le droit de discuter l'excellence, on nous a demandé de ne plus visiter nos anciens. Le président du mépris de classe a instauré entre nous une "distance sociale". Il a confiné ensemble des "porteurs sains" non testés et des personnes que ceux-ci pourraient contaminer. Les "commerces nécessaires" sont restés ouverts, comme les kiosques à journaux ou les débits de boisson, mais le culte n'a pas été jugé un "commerce nécessaire". Les autorités religieuses ne se sont rebifées en Alsace que sous la férule d'un évêque qui croit faire de lhumour en disant de ne pas confondre "les grands-mères et les chiens", et qui donne des suggestions utiles à ses "chers" terroristes "alsaciens" en imaginant"un attentat contre un hôpital", ce qui serait "une tragédie épouvantabl". Ce qui ne l'empêche pas, l'instant d'après, defaire "le moraliste" en enfilant "un costume trop grand pour moi", avoue-t-il avec humilité, avant de distinguer "la distraction qui est une détente de soi" (que c'est mal dit !) du "divertissement" qui est une" diversion de soi" (c'est mieux trouvé). Et de mettre sur le même plan le fait de se tourner, le dimanche, "vers Dieu", "nos familles ou notre corps". Ou d'avertir à juste titre que "les catholiques auront beaucoup à perdre" dans cette crise, non pas parce que le rite s'effondre sans résistance des autorités religieuses (je rappelle que les moines, confinés dans leur monastère, ne sont pas interdits de se rassembler sept fois par jour, le gouvernement ne doit pas s'en être aperçu), mais parce qu'on ne pourra pas faire d'"amples cérémonies" où le prêtre se serait "prostré" dans un bel "assemblement" (sic) avant que tout se termine en une "fête de famille" traduisant la joie toute extérieure de Pâques. Que voilà un bon évêque pour temps de confinement !

Je lui sais pourtant gré d'en avoir souligné les limites pour les personnes fragiles ou les familles désunies sur lesquelles il se penche du fond de son "palais épiscopal" de "850 mètres carrés". IL est pourtant l'un des seuls à dire ce qu'il a dit, comme est louable son initiative d'avoir suggéré aux catholiques de téléphoner une fois par jour à deux personnes seules de leur connaissance pour mailler le filet de la solitude sociale. Je n'ia pour ma part assé que deux coups de fil en ce genre.

- Ce qui m'étonne en bien est que le virtuel crée plus de liens qu'on ne pouvait l'imaginer. François fillon disait dans son livre-programme, dont c'était une des seules analyses que j'ai trouvées vraiment profondes, que la révolution numérique était la nouvelle "étofe" du monde. Nous correspondons par mail ou sur les réseaux sociaux. Nous ne perdons pas le contact et pouvons aller plus en profondeur. Le virtuel n'est pas le contraire du réel. Même notre lien avec l'Invisible n'est pas moins fort de rester collectif avec des fidèles invisibles. D'un clic, les marchés donnent l'humeur du monde en modifiant le taux de change et désorganisant les entreprises dont ils sont les actionnaires plus ou moins éphémères, qu'ils évaluent ou dévaluent à leur gré. La messe est célébrée tous les jours et on peut s'y unir à n'importe quelle heure, comme ce "mémorial" de la Passion et de la résurrection du christ est hors du temps. La messe définit le "taux de change" spirituel entre le Créateur et ses créatures. Le pape veille sur l'Eglise et y assure une présence médiatique comme dans un "hôpital de campagne". C'était le programme de son pontificat et ce coronavirus lui permet de le réaliser.

Bonne semaine sainte dans ce contexte confiné, vivons notre Pâques au désert et sans amertume.

Bien à toi,

Julien

dimanche 5 avril 2020

De Philippe Séguin à Jean-Pierre Chevènement, le défaitisme souverainiste

Après la pièce de J.P. Delpont sur Clemenceau et Taleyran discutant entre grands morts de l’histoire de France, le second reprochant au premier d’avoir fait « ce qu’il fallait entre novembre 17 et novembre 18, puis d’avoir fait ce qu’il ne fallait pas pendant les douze mois suivants au congrès de Versailles en perdant la paix après avoir gagné laguerre », visionné sur la même chaîne parlementaire un documentaire sur Philippe Séguin.

Franck m’avait dit de lui, quand nous écoutions ensemble le débat qui l’opposait à Mitterrand au moment de Maastricht : « Tu ne crois pas qu’il pourrait faire un bon président de la République ? ». Je ne lui supposais pas une telle envergure, mais Quand j’ai vu la nullité de Juppé sous Chirac, premier ministre cassant qui mettait tout le monde dans la rue, et l’appel du peuple au président immobile pour qu’il remplace Juppé par Séguin, j’ai compris que Franck avait raison. Séguin aurait pu faire gagner à chirac son pari fou de la dissolution.

En 1992, Franck était contre Maastricht. En 2005, c’est moi qui étais partisan du « non » au traité constitutionnel écrit sous la direction de Giscard, même si j’hésitais à cause de l’article 60 (devenu l’article 50 du traité de Lisbonne, base juridique du Brexit), disposition qui permettait à un pays de sortir de l’Union européenne dont je n’aimais pas qu’on nous la vendît comme un processus irréversible. Il n’y a d’irréversibles que les forteresses qui s’effondrent.

Je voulais même faire le voyage de Paris à Mulhouse pour aller voter non. Franck et mon frère Gilles m’en ont dissuadé. Ils me représentaient que c’était ridicule de faire 500 km pour émettre un vote négatif. C’étaitaller bien vite en besogne.

Franck était contre Mastricht en 1992 et pour un oui indifférent en 2005, moi c’était le contraire : j’étais maastrichien en 92 et pour un non sous réserve en 2005, où le vent de l’histoire avait tourné.

Jean de Boishue, ancien collaborateur de Philippe Séguin et de François Fillon, a ditdu premier : « Il appartenait à la catégorie d’hommes politiques dont la marque est très forte, mais qui est très difficile à cerner. Séguin, ce sera pour très longtemps un symbole de la politique telle qu’elle aurait dû être. S’il avait exercé le pouvoir, on aurait su ce que c’était. Il aimait le pouvoir, mais comme il ne l’a pas exercé au sens fort du terme, nousen sommes orphelins. Philippe Séguin, c’était l’idée, le verbe et la dignité. C’était la belle politique à la française, nous ne saurons jamais ce que c’est. » »

Séguin était une sorte de Chevènement qui préférait être résigné par aplomb gaulliste que de livrer une bataille gagnante par amour des batailles perdues. « Un ministre, ça démissionne ou ça ferme sa gueule », se rendit célèbre Chevènement par cet adagedéserteur. On lui sut gré d’une posture qui le mena du refus de la première guerre du golfe aux honneurs de l’observatoire de l’islam donnés par Macron en récompense à ce barbon du socialisme, sous la bannière duquel il avait commencé sa carrière militante avant de se muer en européiste anachronique et caricatural. Séguin a dit après Maastricht : « Puisque je n’ai pas su convaincre de l’Europe que je voulais, autant m’accommoder de celle qu’ont votée les Français, même si c’était de justesse ». Il préféra diriger de manière avortée la campagne des européennes du RPR dont il était président plutôt que de rejoindre celle de Pasqua et de Villiers dont il était plus proche par les idées. Puis il démissionna de l’UMP devenu selon lui un parti de droite et pantoufla à la Cour des comptes, quitte à mourir d’une crise cardiaque qui dut lui survenir car il n’était pas à l’aise dans son placard et dans ses charentaises.

Fillon était séguiniste par son côté ténébreux. Il n'a été que résiduellement souverainiste, mais il avait un côté suicidaire. Il aimait l’avarice et l’idée de faillite. Son défaitisme le fit acquiescer au ratage séguiniste et c’es ce qui l’a perdu. Séguin devait avoir le ratage comme horizon mental, de même que Jospin devait se préserver par orgueuil en nourrissant l’idée d’un retrait toujours possible, analysait lucidement Claude askolovitch avant que « Lionel » ne se retirât dela vie politique, vexé que cinq ans d'honnêteté au pouvoir pût déboucher sur un séisme lepéniste faible sur l’échelle de richter, mais assurant la réélection de Chirac l'opportuniste et surnommé Supermenteur. Il ne fait décidément pas bon être honnête en politique.

dimanche 29 mars 2020

"Tout va changer demain?" ou le marxisme camusien de l'après-crise.

Empêcher que le monde se défasse? Manque d'ambition par peur des allumettes ou refuge des sceptiques. Refaire ou "transformer le monde"? Oui bien sûr. Et la pointe du couteau marxiste est depuis quelque temps de retour. On a passé par pertes et profits le communisme et sa pratique sans autre forme de procès pour revenir, par temps de crise, à l'analyse marxiste et à ses remèdes. Après le traité d'Amsterdam, Mélenchon a ressorti les habits neufs de son trotskisme pour fonder le parti de gauche et défendre Mao contre le Dalaïlama. À la dernière sortie de crise, on nous avait déjà fait le coup. "Plus rien ne sera comme avant", avait-on péroré pour la plus grande joie des naïfs. "Lecapitalisme, c'est la privatisation des profits et la nationalisation des pertes", avait-on découvert. "Après avoir sauvé les banques pour protéger votre épargne, nous allons transformer le capitalisme", promettait Nicolas Sarkozy. "On n'avait plus d'argent" pour en injecter dans l'hôpital", avait rétorqué sèchement Emmanuel Macron à une infirmière avant d'aller écouter une pièce de théâtre à la Légion d'honneur (récemment, il est allé au "Café joyeux" deux jours avant de nous confiner joyeusement). Macron avait mal parlé à une infirmière, mais c'était au temps où on n'applaudissait pas encore les soignants. Les caisses étaient vides. La planche à billets promue par Marine Le Pen pour sortir de l'euro, dont Bruno Le Maire prédit aprèsCharles Gave qu'il pourrait mourir de mor naturelle, la planche à billets était dangereuse, car elle fabriquait de l'inflation. Le G20 a depuis décidé de créer des milliers de milliards de dollars. La BCE et le Conseil européen avaient anticipé la décision mondiale. Macrontrouve sous le sabot d'un cheval 300 milliards pour sauver les entreprises qu'il aura mises en faillite à cause du confinement sorti de son chapeau à la va-vite et trop tard. C'est 3 fois moins que les 822 milliards que trouve l'Allemagne qui teste et ne confine pas, et dont l'économie est florissante. Sur ces 300 milliards, 2 seulement sont promis à l'hôpital. On découvre de quoi primer les soignants applaudis comme on donne un os à ronger à un chien bien servile. On traite les soignants comme des chiens, en imaginant que leur dévouement est guidé par l'appât du gain. Macron croit que tout le monde lui ressemble. Il trouve de quoi primer les soignants avec la même vigueur un peu molle qui avait fait qu'on disait pendant des années qu'il était impossible de donner un coup de pouce au SMIC. Marxisme camusien pour temps de crise. La sortie de crise par la preuve, on voi d'ici comment rien ne sera plus jamais comme avant, grâce à l'esbrouffe dont notre grand sachem est le roi.

Mais notre grand sachem n'aime pas beaucoup les grands sachants. Il est vrai qu'on ne peut pas fréquenter en même temps Gilbert Sette et Didier Raoult. On assassine au nom du principe de précaution. Au fait, qu'est devenue la liberté de prescriptionmédicale qui était donnée comme un principe aussi intangible que la liberté pédagogique? S'arrêterait-elle au coronavirus, au Plaquenil et à la Chloroquine? "On ne peut pas vous testter, mais on vou ssoigne et on vous confine. Prenez soin de vous, restez chez vous."

On ne veut, on ne peut pas croire qu'après l'avoir énucléé, interpellé, mutilé et parfois tué de quelques balles perdues, Macron qui parle si doucereusement se comporte en assassin de son peuple et en collaborateur du coronavirus -et plus activement que Laurent Fabius dans l'affaire du sang contaminé, qui ne pouvait pas être au courant des agissements de Michel Garetta-. "Un assassin si beau", chantait-on dans la chanson militante "L'assassin assassiné". Un assassin si bienveillant. L'important est qu'on assassine avec bienveillance et qu'on gouverne en y mettant le ton, sérieux et empathique, dirait-on aujourd'hui, empathique et emphatique s'agissant de Macron. Gouverner en y mettant le ton de façon à faire oublier qu'on assassine avec "bienveillance". "Mais parlons d'autre chose", chantait Brel dans "Chez ces gens-là". On n'aura pas de mal. "Les Français ont" toujours eu "la mémoire courte", mais le gouvernement est devenu séquentiel, communiquants et médiologues ont théorisé la chose.

La séquence est une forme de saturation informative. Pendant des semaines, on ne vous parle que des frasques pédophiles ou sexuelles de Matzneff ou de Strauss-kahn, de la réforme des retraites et puis du Coronavirus. Autrefois il arrivait qu'une guerre contre des ennemis bombardiers fût plus longue que prévue. Aujourd'hui, les gens ne le supporteraient pas. La guerre microbienne durera six semaines, éventuellement renouvelables une fois. Les gens seront saturés d'être confinés. Et tout reprendra comme avant, au nom de la bourgeoisie camusienne qui hait les coups de menton marxistes, encore qu'ils déteignent moins dans le paysage que les poussées populistes ou que les replis nationalistes.

Mais soyons attentifs. "Le Figaro" nous diffuse l'air de "Tout va changer demain" interpréter par François Bayrou qui a un chat dans la gorge. Ce ténor a des accents de guépard.

Covid-19. À l'épreuve, la France joue et perd

Du Croissant de lune :

« Assalamou 'alaïkoum. Plaise à Allah guérir les malades et qu'ils retournent indemnes à leurs foyers parmi leurs proches.

Plaise à Allah faire prévaloir ceux qui s'efforcent dans les bonnes oeuvres en dépit de l'obstruction.

Certains disent et ça a du sens, que l'épidémie Covid 19 est une épreuve envoyée en avertissement à l'humanité, au moyen de l'infiniment petit qui met le monde engrand bouleversement. Ce n'est pas un tremblement de terre majeur, une violente tempête, non, c'est un infime virus de contamination longtemps discrète, de faible léthalité, cet insaisissable agent, la plus petite chose vivante pour laquelle on met des peuples entiers en confinement, pour laquelle on vient de fabriquer 5 mille miliards de dolards comme en a disposé le G20 réunie en visio-conférence par l'Arabie admissible à ce groupe je ne sais en quel honneur.

Mais il y a un autre révélateur, une autre épreuve, le traitement de la maladie existe, mais son coût est trop bas, domaine public, sans bénéfice important à attendre, ni prix nobel, les substances étant tombées dans le domaine public.

Le premier signe et avertissement dévoile la fragilité, la faiblesse des édifices humains puisqu'on fabrique de la fausse monnaie, l'épreuve ne se conclue donc pas à notre faveur.

Le second signe et avertissement dévoile l'humaine laideur, corruption et impudeur. Ce n'est pas comme si une épidémie était envoyée sans son remède, non, elle vient avec son remède mais nous arrivons à dédaigner le remède peu coûteux, nous préférons l'épidémie et la misère, ou nous déléguons à ceux qui nous gouvernent d'en agir ainsi par servitude volontaire.

La colère m'envahit parce que je ne crois plus du tout à la bienveillance du gouvernement ni du président qui n'est pas sincère dans sa lutte contre l'épidémie. Pas sincère parce qu'en dépit de tout, je le crédite de comprendre les choses, mais ou bien il est de mèche avec d'ignobles turpitudes, ou bien il n'a pas le courage de s'opposer à de puissants lobbis.

J'ai entendu parler aujourd'hui d'un bilan comparatif, les services du professeur Didier Raoult nullement intimidés ont fait leur devoir et soigné selon leurs protocoles 1300 patients dont 5 sont morts, 0,4%, de loin inférieur au bilan général Français qui s'élève à une léthalité hospitalière de 5%. Mais je n'ai pas trouvé un article à l'appui de ce bilan, je n'ai trouvé que des évocations. Je suppose qu'il y aura publication officielle prochainement, ou si c'est déjà publié je ne sais où chercher.

Je vais donc déposer un premier article d'AgoraVox aux commentaires trop nombreux mais assez riche et sourcé, on peut s'abstenir de lire les commentaires ou les garder pour un autre jour, certains contiennent de l'information et des citations d'articles complémentaires et des liens y renvoyant, d'autres commentaires sont dérisoires, des disputes et gamineries comme toujours. Et je déposerais en second article, un pris sur le site d'hier, qui a pour titre, "Covid, mensonge d'état". Parfois on n'ose pas croire à telle laideur et impudeur, on doute, on se dit que c'est trop gros, et pourtant, et pourtant… L'article conclue à la légitimité de la révolte et au moins à la légitimité de réclamer justice.

Voilà ce qu'on a fait, on vient de disposer l'administration des traitements proposés par Didier Raoult oui, mais sur prescription hospitalière, aux patients admis dans les hôpitaux, qui seront la plupart du temps trop aggravés pour que le traitement fasse effet. Ce que faisant, les hypocrites vils entendent suggérer l'inefficacité de ce traitement, qu'on doit administrer avant, bien avant.

Puis est survenu une nuance qu'on a trop tôt interprétée comme une reculade salvatrice, l'extension de la prescription en médecine de ville après une prescription hospitalière initiale, de la finasserie criminelle. Oui parce que dans les régions où les hôpitaux sont les plus encombrés, on n'arrive à l'hôpital plus guère qu'au moment où le traitement est inefficace, il faut le prescrire avant, c'est évident, non, on s'arrange pour que ça ne marche pas. Toujours cette tiédeur/hypocrisie à la Française, le diable dans les détails, et en même temps hélas un trait de caractère général honteux qui ferait haïr cette nation.

Si le gouvernant de France est à la fois corrompu et sans courage, c'est que la France l'a élu et l'a voulu, il est à son image, des petits arrangements de lâches. Pour sauver la vie des malades et rétablir l'équilibre du pays et sortir d'un insupportable confinement, pourquoi ne donne-t-il pas pour rien à ces vautours quelques miliards puisqu'on en fabrique, on en fabrique ? Ont-ils besoin de soigner? Non, ils n'en ont que faire, ils veulent des richesses, puisque l'argent coule à flot qu'on achète leur tranquillité faute de les chasser!

La France et je crois aucune grande nation n'est un pays de pragmatisme, le pragmatisme c'est la corruption, l'égoïsme, la lâcheté. La France fait de grandes choses animée d'idéaux inflexibles, l'égalité, condition première de la liberté organisée, ainsi fraternisent des gens libres et égaux. C'est la limpidité, la rationalité. Mais dès qu'on fait des concessions aux principes qui ne sont pas mais pas des valeurs, alors l'infection morale se met dans la société et le corps politique. C'est un pays d'intensité, pas un pays de tiédeur, l'équilibre, la symétrie, c'est pas la tiédeur vomie. Donc la France est extrémiste, par nature, ou relâchée et méprisable.

Premier article pris sur AgoraVox, "Hydroxy-chloroquine et si on faisait un peu de science?

https://mobile.agoravox.fr/actualites/sante/article/hydroxy-chloroquine-et-si-on-222675

Second article, Covid et mensonge d'état,

http://jdmichel.blog.tdg.ch/archive/2020/03/26/covid-et-mensonge-d-etat-en-france-305316.html

Croissant de lune. »

vendredi 27 mars 2020

La crise du châtiment

La pensée du châtiment n’est plus du tout assumée en Occident. La communauté évangélique, qui prétend opérer des guérisons spirituelles, est le foyer de contamination de Mulhouse. Elle s’en émeut à peine, tout en se demandant pourquoi « Dieu permet des choses incompréhensibles » et pourquoi Il a d’abord créé le chaos avant de créer le cosmos, ne créant pas tout en ordre tout d’un coup.

Le coronavirus n’est pas le châtiment de la mégachurch de Mulhouse. J’ai failli me faire lyncher quand, zélote préado, je hasardai que le SIDA était peut-être un châtiment divin. Au lendemain de l’attentat contre le Bataclan, un prêtre eut la malheureuse audace de relever qu’il survint lors du concert d’un groupe sataniste et au moment où éclatait un tube à la gloire de Satan.

Le châtiment est l’archaïque de la pensée religieuse, ce qu’elle est au niveau de la taupe. L’homme est mi-ange, mi-taupe. Je prétends que la religion meurt si elle n’assume pas la taupe en nous et ne fait pas la part de l’archaïque. On prend avec colère ce qu’on comprend de ma part comme une défense de l’archaïque, de l’obscurantisme religieux et de la régression psychique, comme si l’archaïque dans le sentiment religieux n’était pas un invariant anthropologique, et comme si faire la part de la taupe, ou faire la part de l’archaïque dans la pensée religieuse, c’était avoir une pensée religieuse archaïque.

On n’assume plus le châtiment, bonne nouvelle pour l’Occident, il a bon moral, il est évolué. Mais le bon moral n’est pas toujours un bon aiguillon pour le perfectionnement moral. Le bon moral qui évacue le châtiment même à titre de question a perdu le sens du péché et de la gravité.

L’homme est ainsi fait qu’il ne sait marcher qu’à la carotte et au bâton, à la menace et à la récompense. C’est sa part animale. Qui trop veut faire l’esprit large risque de s’évaporer. S’il n’y a pas d’enjeu, je ne joue plus. Si tout va bien, rien ne va plus.

Il ne fait pas bon être défaitiste depuis que le défaitisme de la révolution nationale a été le ressort du maréchal Pétain, qui lui a fait signé l’armistice, qu’il a négocié dans « une certaine idée » de l’honneur ou du déshonneur. Sartre a fait jouer « LES MOUCHES » en pleine occupation pour faire la satire du défaitisme et du repentir. Mais l’annonce du repentir est la mauvaise nouvelle par laquelle commence la bonne Nouvelle de l’Évangile. Et le prophète Jérémie est dans la Bible le penseur du défaitisme, considérant que l’invasion et la captivité à Babylone étaient des purifications bienvenues.

Jérémie est le penseur du défaitisme et de l’occupation. Victor Hugo estimait quant à lui que le second Empire était le châtiment de la geste napoléonienne, ce qui nous valut un des plus grands recueils de poésie satirique et polémique de la littérature française.

Quand on se croyait victime d’un châtiment expiatoire et mérité, naissait le repentir d’où l’on pouvait remonter la pente. Mais on croit aujourd’hui qu’on n’a jamais mérité ce qui nous arrive. Aussi, la vie ne peut-elle rien nous apprendre, comme le chantait Daniel Balavoine. Inutile de se couvrir de cendres, pas la peine de déchirer son cœur. L’Occident croit en son impunité, iln’est responsable de rien. Ce déni de responsabilité vient de cette ultime idée chrétienne devenue folle qu’est la rédemption conçue comme transfert de responsabilité.

(Posté juste avant le don de l'indulgence plénière par le pape franois qu'on peut suivre et retrouver sur KTO)

jeudi 26 mars 2020

Emmanuel Macron, collaborateur du coronavirus?

Réponse à Serge Hirel qui, le 26 mars 2020, écrit sur le blog de Philippe Bilger: "A l’époque (de la grippe espagnole), sans masque, aucune mesure de confinement n’avait été prise... les autorités ayant préféré sauver l’économie plutôt que la vie." Vous énoncez là l'idée qu'a avancée Laurent Alexandre, le défenseur en France de l'intelligence artificielle, qui voit un progrès de la civilisation dans ce choix de la vie au risque de laisser survenir une crise économique qui ne fait plus de doute après cette psychose virale et mondiale. Je me méfie toujours quand un homme qui ne jure que par la technique me montre un progrès de l'humanité. Mon esprit simple a tendance à croire à une opposition un peu systématique entre l'homme et la machine. Il y a deux choses à objecter à Laurent Alexandre et vous avez élevé la première objection. Sauf s'il continue de mourir chaque jour 30 % de plus de personnes du coronavirus en France que la veille et que la mortalité due à cette maladie ne suive pas une courbe avec sa montée, son pique et sa descente, les maladies qui affectent l'humanité depuis la nuit des temps, sans compter les fléaux dus au mauvais usage que les hommes font des biens et de la vie, font plus de morts que ce virus contre lequel nous serions en guerre totale. Or on ne meurt pas que du coronavirus et je frémis de connaître, après la crise, le ratio des mors du coronavirus qu'on aura évités par rapport aux morts qu'on aura provoquées par absence de soins et tri des malades, toutes pratiques qui se faisaient sous le manteau, mais qu'on n'a plus peur d'exposer ni honte d'avouer, à l'heure de la réquisition des hôpitaux et des services de réanimation pour soigner les malades de cette unique pandémie. Mais qu'on préfère faire moins de morts d'une maladie contagieuse que de sauver l'économie n'est qu'un progrès apparent de la civilisation. Jusqu'à l'apparition du coronavirus, on ne disait pas que la grippe espagnole avait provoqué plus de morts que la guerre de 14, parce qu'on distinguait ce qui relevait de la malveillance de l'être humain, les crimes de guerre, de ce qui était imputable à la nature à quoi l'homme ne peut pas grand-chose : les morts des maladies, des virus et des pandémies. Il n'y a donc pas un progrès de l'humanisme, mais de l'individualisme à sauver des vies en isolant la cause de leur mort plutôt que l'économie qui suppose une activité des vivants au service des vivants. Ce que montre ce changement de paradigme salué par un croyant de l'intelligence artificielle comme Laurent Alexandre, c'est que nous avons peur de la mort et que nous n'osons plus la regarder en face. À cela s'ajoute ce que dit Lodi: la personne du président de la République est un obstacle à son message. Jean-Gilles Malliarakis a posé le problème de manière amusante dans sa dernière chronique de "L'Insolent": pourquoi la cote de popularité de Macron remonte-t-elle en même temps que celle de Didier Raoult et que, même s'ils se parlent, les deux apparaissent aux antipodes ? J.G. Malliarakis citait le chanoine Kir qui prétendait après-guerre que Dijon était la troisième ville de France, car si l'on comptait ceux qui étaient venus saluer le maréchal Pétain et ceux qui étaient venus rendre les honneurs au général De Gaulle, on arrivait au niveau de population se déplaçant de la troisième ville de France, le facétieux chanoine feignant naturellement de croire que les deux foules n'étaient pas composées des mêmes Bourguignons. Je prie que l'on m'excuse si ma comparaison choque. Mais Emmanuel Macron est en passe d'apparaître aux Français comme le collaborateur du coronavirus tandis que Didier Raoult s'affiche comme celui qui lui résiste et qu'on empêche de le soigner. Emmanuel Macron a fait ressurgir la rhétorique guerrière, mais il croit utile de se référer de préférence à la guerre de 14 ("c'est Clemenceau dans les tranchées", "l'État paiera" ou la comparaison implicite avec la grippe espagnole) pour faire reculer les années 30. La manœuvre pourrait en outre réussir à le maintenir au pouvoir, car à qui confier la remise en ordre de l'économie, sinon à celui qui l'a mise à terre? Macron prétendra se maintenir contre l'aventurisme après avoir jeté le pays dans une crise aventureuse. En attendant, il exige qu'on ne lui demande de comptes qu'après que la crise sera soldée. C'est ici que la comparaison avec la seconde Guerre mondiale reprend du service et de la pertinence. Car à l'époque des nazis, on prétendait ne pas savoir où étaient déportés les juifs et ce qui se passait dans les camps. Ne pas convoquer le mal absolu. Certes, d'autant que ce que nous vivons me paraît davantage relever des théories d'Emmanuel Goldstein dans "1984" que des remugles de la guerre. Mais comment comprendre le refus de soigner les malades pour limiter les dégâts du virus avec un médicament antipaludéen qui a fait ses preuves d'efficacité, de faibles effets secondaires, de risques cardiaques limités, et qui était en vente libre jusqu'il y a un an ou deux? Pourquoi ne pas se diriger vers le fait de tester et de masquer tout le monde et de ne confiner que les malades, selon ce que préconise l'OMS? Le gouvernement fait comme s'il n'y pensait même pas. Comment expliquer ce confinement foutraque où l'on interdit aux gens de se balader dans les parcs et en forêt pour confiner le virus à l'intérieur de la ville, mais où l'on recrute en masse des ouvriers agricoles, sans compter ceux qui devraient sans formation aller aider dans les hôpitaux engorgés? Qu'est-ce que ce confinement où ni les caissières ni les policiers ne portent de masque et où l'on peut continuer de voyager dans les transports en commun où l'on se tasse ou en avion? Si le maréchal Pétain avait promulgué la constitution pour laquelle le parlement lui avait donné les pleins pouvoirs en même temps qu'il avait mission d'entamer les pour-parlers avec les Allemands, constitution qui n'était pas qu'une diversion politique, sans doute n'aurait-il pas pu collaborer comme il l'a fait. Macron prétend gouverner seul en s'appuyant sur un parlement croupion et sur une majorité dont on a vu la servilité. Une amie me disait cet après-midi que le coronavirus était en train de saper les trois piliers sur lesquels était fondé notre modèle social: notre confiance en la technique, une économie libérale et les libertés individuelles. Le coronavirus joue ici comme un accélérateur de l'autodestruction des sociétés occidentales, fatiguées d'être libres, saturées d'être riches. dommage, j'aimais bien le monde dans lequel je suis né et ce n'est pas parce que je n'ai pas d'enfants que je n'aurais pas souhaité laissé un monde meilleur aux enfants des autres.

Maurice Bellet ou "la parole actuelle"

Je suis tombé presque par hasard sur « LE DIEU pervers » de Maurice Bellet. J’avais demandé que l’on m’envoie un ouvrage d’Olivier Legendre que je croyais s’intituler « Le Dieu pervers » et qui devait s’intituler en réalité «LES MASQUES DE DIEU ». DANS MON SOUVENIR, OLIVIER LEGENDRE répondait dans cet ouvrage à la question posée par une amie : « Pourquoi Dieu a-t-Il créé le fruit dont Il interdisait qu’on en mange et qui allait faire un tel ramdam dans le monde ? » On m’envoiya l’ouvrage de Maurice Bellet à la place sans m’expliquer qu’il y avait erreur et alors qu'il en était beaucoup question pour commenter les abus sexuels dans l’Église et la chute posthume de Jean Vanier.

Je prenais Maurice Bellet pour un auteur obscur et austère. Or son livre est cursif et limpide. C’est du Françoise Dolto à la puissance 10. Françoise Dolto écrit de la bouillie existentielle par rapport à Maurice Bellet, quine pratique pas l’escroquerie intellectuelle comme Tony Anatrella, commis à se servir de la psychanalyse comme d’une caution apologétique, pour recycler la morale de l’Église en ayant les déviances personnelles que l’n sait aujourd’hui et que quiconque l’avait rencontré n’avait pas de mal à deviner. À choisir, Maurice Bellet préférait s’inscrire dans le sillage de « la french theory » que de servir de récupérateur des sciences humaines pour les enchâsser et les baptiser en les forçant dans l’anthropologie de l’Église.

Son préfacier écrit de lui que c’est une espèce de Nietzsche dont le seul point faible, selon moi, est d’interpréter Jésus positivement parce qu’il a envie d’y croire, et de l’envisager comme un « thérapeute » dont tous les actes sont dévolus au soin, le métier que lui-même exerce.

Maurice Bellet n’hésite pas à faire une « psychanalyse de Jésus-Christ » ou plus exactement à énumérer les diverses interprétations psychanalytiques auxquelles a donné lieu la figure de Jésus-Christ. Il s’aventure presque jusqu’à psychanalyser les fonctions symboliques que la théologie assigne à Jésus comme Fils, au Père Qui est seul et n’appelle pas la compensation de la sexualité humaine, qui mêle amour et mort, et à l’Esprit.

La thèse de l’ouvrage est que l’homme doit moins se croire un être pour la mort que se réconcilier avec sa naissance. C’est la réponse que Jésus n’a pas donnée à Nicodème quand ce pharisien venu le voir de nuit lui a demandé comment on pouvait retourner dans le ventre de sa mère. « Le vent souffle où il veut » fait certes référence à l’Esprit, mais aussi à la course spermatique, et à la rencontre improbable entre un spermatozoïde et un ovule qui a donné naissance à un être unique, quel que soit le désir de ses parents que ce petit né d’eux ne s’élance dans une direction nécessairement décevante à leurs yeux, car il les continue sans tout à fait les imiter, les prolonge en vivant son histoire.

Pas de renaissance qui ne puise dans un amour de sa naissance, dans une réconciliation, dans une conversion du « malheur d’être né » en amour de la vie, qui ne prolonge la naissance et ne devance la résurrection en enjambant pour le présent l’enfantement de la mort, car la foi en la naissance l’emporte sur l’espérance en l’autre vie qui n’est pas autre, espérance qui sans amour de la naissance, est vaine.

Cette réconciliation dépend de l’ »inscription » d’une parole première qui agréée fondamentalement l’homme et qui l’assure que tout ce qu’il est mérite d’être, que tout ce qu’il dit mérite d’être dit. « L’abrupt », qui met l’homme face à ses insuffisances et à sa médiocrité, ne contrebalance pas cette bénédiction première, mais la met dans l’axe de transformation qui ouvre à l’homme un chemin d’homminisation. L’homminisation et l’humanisation passent par la conversion, pas moyen d’y échapper.

La bénédiction première et « l’abrupt » installent en l’homme une « coïncidence paradoxale » où il est béni, mais doit aller vers son cœur et le cœur de son désir. Née des divers détournements névrotiques qui se font jour dans les croyances d’un homme compte tenu de l’inscription traumatique des gestes terrifiants et des paroles malheureuses dans sa biographie, la suggestion perverse joue du paradoxe pour installer un « Dieu pervers » à la place du vrai Dieu qui nous veut aller vers soi, vrai Dieu dont il faut retrouver l’ »intervention » et la « parole actuelles », moins dans une Révélation dont l’inscription n’a pas été à l’abri de la suggestion perverse, mais dans ce qui fait « loi » au sein de la « coïncidence paradoxale », à l’intérieure de laquelle le « moi » qui est le mien va pouvoir prendre son envol selon son axe de développement.

Ce qui m’intéresse dans une réflexion embryonnaire que je mène ur le lien entre adoration du tout Autre et acceptation guérissante de soi-même au service de l’autre, c’est le statut de la Parole. Je m’étais toujours insurgé contre la tendance qui a eu cours, dans toutes les religions, à « éteindre la prophétie », à « éteindre l’Esrit » et donc à clore le livre sacré après avoir établi un canon des Écritures dont Maurice Bellet nous dirait que c’est une inscription graphique et qu’il faut retrouver l’inscription hors texte, la gravure dans notre cœur de ce qui fait loi pour nous, en symbiose ou en infraction partielle et adaptée avec les principes universels au service de l’accomplissement de toute personnalité. La loi est grammaire qui cherche son acceptabilité au-delà de ses régularités.

Maurice bellet paie de sa personne et se risque à cet hors-texte, allant jusqu’à retranscrire la Voie en une « parole actuelle » et non en un langage nouveau ; en un style à lui et non en une parole à lui ; non pour actualiser l’Évangile, mais pour le retranscrire dans les termes de la mentalité d’aujourd’hui où doit s’inscrire son intervention, mentalité qui tirer de l’ancien et du nouveau de cette retranscription de la Voie. Et la Voie tire aussi du nouveau de la mentalité où elle s’inscrit. La retranscription de Maurice bellet ne filtre pas « l’Évangile au risque de la psychanalyse », mais contient la psychanalyse et l’Évangile.

L’affranchissement de la loi est adaptation du principe à la personne pour qu’elle soit en vérité, comme « la morale » est « compréhension des actes humains », qui ne sont pas des « actes-choses »régis par des impératifs catégoriques, mais des modes d’être. Et si les Écritures sont closes, ne s’y ajoute pas seulement, dans le livre de vie, comme je le croyais, l’histoire sacrée qu’est chaque destinée individuelle, mais la parole intérieure, l’inscription de la Parole dans une intériorité, la Parole étant ce qui fait vivre, soustraction faite des suggestions perverses, ces mauvais fantômes et engrammages, ou ces programmations faites suivant un mauvais codage.

Si la loi, jusqu’à un certain point, est relative à chaque individu, si la loi est au service de l’homme et non pas l’homme au service de la loi, c’est que, de même que le fils de l’homme n’a pas une pierre où reposer sa tête, il y a une enfance de Dieu qui fait planer l’Esprit au-dessus d’un ciel sans loi pour que l’homme « sorte de ses enfances ». Je l’exprime sans doute d’une manière hermétique, mais qui restitue ce que j’ai vécu dans ma propre enfance, quand la Parole de Dieu planait au-dessus de moi pour que j’écrive en Le faisant parler, comme un amour précaire cherchant à convaincre qu’en sa réalisation était le bonheur de l’homme et le bonheur du monde, si la chair du monde retrouvait la création, son âme : la Création est l’âme du monde et le monde, le corps de la Création. Dieu me parlait comme celui qui ne cherche pas à imposer à son bien-aimé de retrouver son âme, mais qui tant qu’il ne l’a pas retrouvée, erre à ciel ouvert en cherchant où demeurer. Précarité de Dieu face à l’homme précaire, dans le sens où Malraux avait ravivé cette expression, pour qui « l’homme précaire » était l’homme de prière.

mardi 24 mars 2020

Le roi n'a plus besoin de moi

Le roi n'a pas besoin de moi. Il n'a pas toujours refusé mes services.

Un soir, je me trouvais dans un café-restaurant de la rue du cherche-midi. J'étais pénétré de mes lectures des "Mémoires de Saint-simon accompagnantavec Madame des Ursins l'arrivée de Philippe V en Espagne, pour se faire couronner. Saint-Simonvenait d'être nommé Grand d'Espagne et Philippe V était petit-fils du Roi Soleil. Je n'avais pas spécialement bu, quelques ballons de côte, bien au-dessous de ma moyenne. Et tout à coup, je ne sais pas quelle mouche m'a piqué. . Je vois dans quelque client du bar un manant qui veut attenter à la vie de"l'héritier présomptif de la couronne d'Espagne". N'écoutant que mon courage, je me saisis de ma canne blanche que je brandis comme une épée en direction de l'assaillant que j'essaie de viser au hasard. On me pourchasse, on me met dehors. Je ne vais pas laisser la vie du roi entre si mauvaises mains.

Cahin-caha, je me dirige vers le boulevard Saint-Germain en alpaguant les passants: "Où est le roi? Où est Madame de Maintenant ? Quelqu'un en veut à la vie de l'héritier présomptif de la couronne d'Espagne." Les troupes se dérobent. Les passants me ramènent à la vie des modernes. Je suis dépité. "En quelle année sommes-nous?" "En 1993."

On me conduit à une station de taxi. Je n'ai que deux cents mètres à faire: je suis aveugle et j'habite la rue du regard. Le lendemain, je suis pétrifié. Comment ai-je pu me dédoubler comme ça? Je dîne avec deux amis, dont une compositrice devenue anachorète pour souffrir ce qui manque à la passion du christ, sur "appel à l'amour" de Jésus-Christ à Josépha Ménindez, petite soeur lingère d'un couvent de Poitiers. "N'aurais-tu pas une amie qui pourrait me sortir de là?" "Je connais une psychologue, elle est membre de mon tiers-ordre, l'ordo virginum", l'ordre des vierges consacrées. "Elle s'appelle soeur armelle de Jésus." Des mois durant, j'irai la voir, dans son appartement de la rue Béliard à la porte duquel elle me fait attendre une bonne vingtaine de minutes à chaque fois, car elle est infirmière de nuit et n'est pas loin de se réveiller quand j'arrive.

Elle interprète mes rêves. Il arrive que je rêve du Sorbon, un bistrot de la rue des écoles, car j'étudie à la Sorbonne et je fréquente ce bistrot. Elle me dit que ça veut dire que mon inconscient me souffle: "Sors bon." D'accord. Quelques années plus tard,une amie éducatrice spécialisée me raconte que pour un de ses protégés qui donnait beaucoup de souci à l'équipe, car c'était un handicapé mental qui faisait beaucoup de chutes, la psychologue conseille lors d'une réunion de synthèse: "Mettez-lui un mouchoir dans la poche."

-Pourquoi un mouchoir?

-Parce qu'il choira mou, choir-mou."

Je rencontrerai encore un thérapeute transpersonnel qui m'expliquera que l'idéal dans la vie est de se dissoudre dans le divin. Ça me paraît beaucoup prêter au "sentiment océanique", mais pourquoi pas? Je lui donne mes rêves à interpréter. Un ami, Dieudonné, travaille beaucoup chez moi à l'époque. Il apparaît dans un de mes rêves. Mon thérapeute me dit que cela signifie que je veux me donner mon propre Dieu, que j'en ai assez du Dieu que l'on m'impose. .

Quant au taxi qui m'a ramené des Deux Magots-enfin, je crois- à mon foyer d'étudiant de la rue du regard, je le retrouverai à l'issue du dîner pris le lendemain avec mes deux amis. Nous nous rendons à Bobigny, chez l'un d'entre eux. Le taxi m'interpelle: "Alors François I-er, comment ça va aujourd'hui?" Mon ami ne goûte pas du tout la plaisanterie. Il s'en vexe pour moi. "Vous parlez ce soir à un autre personnage."

"Un sujet de sa majesté et un sujet de droit ne devraient pas raconter ça, car nul ne doit se prévaloir de ses turpitudes." Je n'ai pas toute honte bue, mais je n'en suis pas à si peu près.

Le roi n'a plus besoin de moi. Mais à quoi sert le roi, s'il gouverne et qu'il ne règne pas, si, tel Siméon de Bulgarie ou Juan carlos pourtant préceptoré par les zbirs de Franco, il ne peut prétendre que s'il sert la démocratie qui peu reconnaissante, l'enverra s'étioler dans le stupre ou dans la retraite quand il l'aura bien servi et qu'il aura contribué à son rétablissement?

PhelippeVI, comme on appelle à l'espagnole ce descendant de la maison de France, n'a pas pu beaucoup pour l'unité de son pays dans la crise de la Catalogne. Comme Emmanuel Macron, il demande à son peuple de se laver les mains après avoir renié son père. Mais son peuple ne lui en sait pas gré, pas plus que d'avoir épousé Claire Chazal, une roturière -Ah non, sa femme s'appelle Laetizia-.

Phelippe n'a pas pu ce qu'a pu son homonyme, le roi des Belges, en faveur de qui son père le digne roi Albert avait abdiqué. Albert passait pour beaucoup moins prestigieux que son frère le roi Baudoin, qui a surtout brillé par sa femme, la reine Fabiola, brillante conteuse et auteur de contes que me lisait dans mon enfance Catherine, une babysiter inoubliable, qui me gardait pendant que ma mère finissait son travail à "Arts déco", 22, rue du bain aux plantes à Strasbourg. Albert n'abdiqua pas pour la galerie comme son frère Baudoin qui ne voulait pas accoler son nom à une loi sur l'avortement qu'il refusa de signer, se démettant, puis étant réinstauré, à l'admiration des catholiques traditionalistes qui avaient vu là un geste de renonciation temporaire et d'abnégation formidable. Baudoin était un Tartufe. Albert avait eu des déboires conjugaux et, au mariage de Philippe et de Mathilde, eut un mot pour remercier la reine Paola de lui avoir pardonné.

Albert n'abdiqua pas pour la galerie. Il abdiqua pour que Philippe puisse continuer à veiller sur l'unité de la Belgique menacé de sécession. Le maintien de la nation obsédait le roi Albert. Le cardinal daneels avait prononcé lors du mariage de Philippe et de Mathilde une homélie qui se voulait édifiante et fondatrice de l'exemplarité de ce couple et qui le fut. Phelippe VI ne réussit pas à faire pour l'unité de la Catalogne ce que Philippe, le roi des Belges et le fils d'Albert dont t'as le bonjour, fit pour son pays. Quant à la France, elle n'a plus de roi. Les bourbons d'Espagne ont renoncé par le traité d'Utrecht à avoir la moindre prétention sur la couronne de France. Louis XX a épousé une noble latino-américaine et fait ses armes dans la banque en adressant des messages à ceux qui le soutiennent dans un Français approximatif.

La maison de France dans sa branche Orléans est l'héritière d'un conventionnel régicide dont le fils devint "le roi des bourgeois" au lendemain de la révolution de 1830. Le prince Jean, comte de Paris, fait tout ce qu'il peut pour redorer le blason de sa maison, mais son digne père Henri, comte de Paris, un franc-maçon mélancolique revenu de pas mal de choses et de la maçonnerie elle-même, qu'avait écrasé son père le célèbre comte de Paris, qu'on soupçonna d'être impliqué dans l'assassinat de l'amiral Darlan et d'être de mèche avec De Gaulle pour négocier les conditions d'une improbable restauration, a eu le malheur de mourir le jour où on décapitait le roi, comme si la Providence avait voulu rappeler par la date de sa mort l'inexpiable(?) forfait de son ancêtre Philippe égalité.

Le roi n'a plus besoin de moi et nous n'avons plus besoin de cet arbitre.

samedi 21 mars 2020

Analyse paranoïaque d'une psychose virale

Tout est devenu addiction et danger aujourd’hui. Le coronavirus est un danger qui s’inscrit dans le puritanisme et le désir de frugalité et de sobriété heureuse, qui réclame confinement contre l’hédonisme dont la liberté nous asphyxie au cas où il serait porteur de maladies vénériennes et contagieuses si l’on ne sort pas couvert, qu’a-t-on fait de notre sidaction ? Vaccinés, nous ne sommes plus immunisés contre les microbes. Aujourd’hui est pour nous le moment de souffrir d’un SIDA mental, ce syndrome déficient immunitaire actif. Passifs et neurasthéniques, nous sommes brisés dans notre volonté. Si on nous avait dit qu’un jour, nous nous laverions les mains et refuserions de nous serrer la main. Nous sommes antiracistes sans dédit, mais l’autre est, comprenez-vous, un agent contaminateur. Nous préférons avoir une immunité quand passera l’ange exterminateur qui emportera-déportera ces infesteurs et propagateurs de maladies pestilentielles.

Nous nous bouchons le nez sous notre masque. Jamais nous n’aurions cru redevenir des mademoiselle Lelongbec. Nous nous protégeons come des vieilles filles contre les assauts de l’autre, cet importun, dont nous continuons de répéter comme un mantra qu’il nous enrichit de ses différences.

L’Église est une des premières à valider qu’il est dangereux de nous tendre la main pour nous communiquer la paix du christ dans une société qui a depuis longtemps renoncer à l’accompagnement.

Nous ne cessions d’alerter contre la peur et voici que nous sommes pris de panique au premier danger. C’est que nous n’avons pas conu le danger. Si l’on essaie de retracer le phénomène au fil des générations, celle de 1920 a conu la guerre et a dû s’y affronter ; celle des babyboomers ont bénéficié des efforts de la Reconstruction et ont connu des années fastes où ils étaient assis à vingt ans et où il leur suffisait de monter un projet pour qu’il se réalise. Ils ont fait tous les excès de la liberté brimée de leur enfance et s’en sont dégoûtés et comme exaspérés. Le retour du refoulé fut le principe de précaution né de la peur de la liberté. Ma génération arrive là-dessus, fait le procès de ses parents et se déréalise, commençant à monter des start-up avec beaucoup de « start » et peu de « up », comme le déplore Yvon Gattaz. La génération suivante a peur pour la planète. Elle n’a pas connu la guerre et a la nostalgie de ce régulateur de l’histoire.

Elle n’est pas la seule. Quand je me demandai de quoi le coronavirus était le nom, je me rappelai ces cafés pris avec MonsieurL., mon ami et lecteur, un grand bourgeois du temps jadis, dont la philanthropie qui n’était pas de façade ne savait pas qu’elle était supportée par un brin de cynisme. « Figaro » en mains, il me répétait souvent : « Ce qu’il nous faut, c’est une bonne guerre. » Il avait l’habitude du gouvernement des hommes. Sa famille en gardait la mémoire. Il puisait dans cette mémoire familiale cette science à peine formulée que la guerre est un régulateur des sociétés humaines. Les hommes ne sont pas faits pour le temps linéaire, ils retombent dans le temps cyclique. Les masses se soulèvent et bientôt elles retombent, les révolutions n’ont pas d’avenir.

Macron n’a pas oublié le rôle de la guerre, cet invariant de l’histoire. Il appartient lui aussi à cette classe d’héritiers nullement parvenus dont l’aptitude et l’habitude de gouverner ont cessé de se reposer sur des valeurs d’intérêt général et généreux pour se muer en pur cynisme, car ce sont des bourgeois décadents que lanaissance a cessé d’obliger. « Ce qu’il leur faut, c’est une bonne guerre », le scénario ne date pas dede Macron et du « Cercle des poètes disparus » de la Providence.

Le 11 septembre a poussé le leader du gouvernement mondial à déclarer depuis ses États-Unis qu’on déclarait la guerre au terrorisme, ennemi indéterminé aux contours indéfinis. Aujourd’hui, les malfaiteurs d’attentats n’ont plus besoin de se bouger. On avait toujours averti contre la guerre bactériologique. Voici qu’un virus survient à point nommé pour passer à ce stade.

La psychose est internationale et tous les dirigeants du monde qui sentent qu’ils pourraient profiter d’une diversion s’y engouffrent. La chine doit faire oublier les entorses à la démocratie populaire qu’elle inflige à la très capitaliste Hong Kong surveillée de près par les Anglais. Elle est engagée dans un bras de fer commercial avec les Américains qu’elle préfère faire oublier au reste du monde. Donald Trump ne rêve que de fermer les frontièrres et profite de l’occasion pour le faire. Macron est enlisé dans sa réforme des retraites et a failli sauter pendant la crise des Gilets jaunes. Il a lu « Ceux de 14 », décide que le Coronavirus sera la grippe espagnole et déclare une guerre sanitaire sans merci. « Nous sommes en guerre », répète-t-il, assuré comme François Hollande. « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts », assène-t-il comme Paul Reynaud, qui n’était pas un père la victoire.

Je converse samedi dernier avec mon frère au téléphone. Lui et moi convenons qu’il y a un traitement inconsidéré du coronavirus. Nos gouvernants nous mettent en garde contre les psychoses et ils entrretiennent celle-ci, qui prend du champ à l’internationale, pourqoi donc ?

Il ne ferait pas bon être complotistes. L’intelligence est lart des recoupements comme la culture est celui des rapprochements. Le complotisme est un raisonnement qui soupçonne une action concertée de conjurés en vue de nuire. Systématique, le complotisme est paranoïaque ; mais reconnaissant le complot où il a lieu et s’il a lieu, la capacité d’analyse qu’il déploie est une preuve d’intelligence. Il est interdit d’être intelligent. Il ne saurait y avoir de concertation quand tout fait système, pour que soit indiscernable la chaîne des causalités.

Le coronavirus n’est pas le fruit d’un complot, mais la prophylaxie de sa propagation présente tous les signes de la psychose. Mon frère émet l’hypothèse que de s’être emparé de cette épidémie de grippe certes meurtrière, mais d’une mortalité pas autrement spectaculaire sauf en Italie, obéit à une volonté de susciter un chaos pour mettre l’économie à plat, afin qu’elle reparte sur de nouvelles bases. Un peu comme un jubilé où l’on remettrait les compteurs à zéro, mais où ce serait le gouvernement qui déciderait à la fois du moment où surviendrait ce jubilé sans appui calendaire rituel, et du chiffre auquel on remettrait le compteur pourchacun. Comme un jubilétempéré par l’arbitraire. Je lui réponds qu’il ne croit pas si bien dire, puisqu’il y a un philosophe qui prône la destruction créatrice, que celui-ci s’appelle Schumpeter et est cité avec admiration par Emmanuel Macron.

Les gouvernements de l’Union européenne ne sont d’accord que sur un point : arrêter leur économie. Macron trouve sous le sabot d’un cheval 300 milliards pour sauver les entreprises de la faillite où les fait courir l’inaction à laquelle il les condamne. Sa ministre de la santé Agnès Buzyn, qui a abandonné son poste en pleine crise du coronavirus avant de se poser rétrospectivement en lanceuse d’alerte,n’a pu trouver que quelques centaines de millions d’euros à débloquer pour abonder les urgences en grève et en détresse, et le « président des riches », qui n’a plus de mots assez aimables pour les soignants, a toujours soutenu qu’augmenter massivement le SMIC ferait courir des risques à notre économie. Aujourd’hui, il se rend à l’évidence que la santé n’a pas de prix et répète « quoi qu’il en coûte » pour tordre le cou à ceux qui répondent qu’ele a un coût. « Rien ne sera comme avant », promet-il, comme Sarkozy avant lui aimait répéter avec une belle continuité qu’il avait changé.

Une crise va survenir. Rédacteur de l’introduction du rapport Attali sur les voies et moyens de faciliter la croissance sous le quinquennat de son agité prédécesseur, Emmanuel Macron avait écrit que nous nous préparions à un cycle de croissance ininterrompue trois mois avant lacrise de 2008. Il a suffisamment étudié l’économie pour savoir que celle-ci est un cycle de croissance et de récession. Il sait que les crises sont un régulateur de l’économie comme la guerre est un régulateur de l’histoire et des sociétés.

La crise de 2008 a fait découvrir à qui l’ignorait que « le capitalisme était la privatisation des profits et la nationalisation des pertes ». Pendant la crise, on a sauvé les banques. Avant celle qui vient, on les somme de prêter aux entreprises pour éviter que l’économie ne tombe en ruines. Les banques sauvées, la finance cigale détient le trésor de la fourmi et ne se montre pas prêteuse. Les choses sont rentrées dans l’ordre inégalitaire, créant 9 millions de travailleurs pauvres dans l’appauvrissement des classes moyennes. À la sortie de la crise à venir, tout devrait rentrer dans l’ordre inégalitaire, car ce seront les gouvernements qui décideront pour chacun selon son milieu sur quel chiffre on mettra le compteur, et Macron ne peut pas avoir découvert l’eau chaude à la faveur d’un refroidissement.

Nous avons fait entrer les télécrans dans nos maisons et nous sommes si addicts au virtuel que du moment que nous assiste cette domotique interactive, nous sommes prêts à tous les confinements. Les gouvernements européens nous font faire une expérience orwellienne et nous font passer le test de Milgram. « Nous allons vous enfermer et si vous sortez de chez vous, nous vous jetterons en prison. Supporterez-vous le confinement ? » Cette mesure est inédite, mais le confinement étonne à peine. Nous nous habituons déjà, ne demandant plus une chambre à nous dans ces colocations qui servent d’appartements collectifs de la démocratie libérale, mais un coin dans la cave quand sonne l’alerte des lanceurs qui ont étéremplacés par des hommes à la main de « la guerre c’est la paix ». « Nous faisons cela pour protéger les plus fragiles, les personnes vulnérables et les personnes âgées, poursuit Goldstein. Il vous est interdit de les visiter et de déjeuner en famille sous peine d’amende. Leurs aidants viendront les voir au compte-gouttes. En cas d’urgence, si les services de réanimation sont engorgés, on triera les malades, on soignera les jeunes rentables et on laissera mourir les vieux inutiles, par mesure de sélection. Les aéroports, les supermarchés, les débits de tabac et les « commerce nécessaires » resteront ouverts, mais le culte n’est pas un commerce nécessaire, nous interdisons le culte. »

Bien qu’on ait toujours prié pour endiguer les fléaux et les malheurs publics, le culte se laisse interdire de bon coeur. Les anciens sont morts de la canicule en 2003 parce qu’on ne s’en préoccupait pas, c’est oublié et l’unionsacrée commande de dire qu’il est judicieux de les laisser pour compte. On ne saurait mourir que du coronavirus. C’est pourquoi l’on reporte les opérations, même urgentes, qui sont sans rapport avec l’épidémie. Pour éviter des morts du coronavirus, combien mourront des maladies qu’on n’éradiquera jamais et qui resteront après lui ?

Ces morts, on ne les enterrera pas. N’importe si la sépulture était un signe d’homminisation. On les jettera dans leur tombe en restreignant leur entourage au minimum syndical des croque-morts.

Dormez en paix, Madame la marquise, nos petits marquis veillent sur nous. Leïla Slimani tient dans « Le Monde » son « Journal du confinement » où elle se prend pour la belle au bois dormant – Marlène Shiappa se prenait bien pour Gallilée quand elle fut critiquée d’aller chez Cyril Hanouna -. Nos petits marquis nous réveilleront dans six semaines, car la patience des manants râleurs est séquentielle, il ne faudrait pas en abuser, toutes les bonnes expériences ont une fin. C’est aussi ce que se disaient « Ceux de 14 » quand, pendant la mobilisation générale, ils partaient « la fleur au bout du fusil en chantant ». Mais c’était un temps de patience et nous sommes devenus des patients impatients.

vendredi 20 mars 2020

Les évangéliques et le Coronavirus

Ironie du sort. « La porte ouverte chrétienne » de Mulhouse, qui ne cesse d’assurer qu’en son sein Jésus opère des guérisons miraculeuses, se voit opposer un démenti cinglant aux yeux du siècle moqueur en étant devenue le lieu de propagation du coronavirus dans le Grand-Est et sur tout le territoire national après sa semaine de jeûne et de prière. Le pasteur Samuel Peterschmitt, que je connais et dont je sais que Joseph Confavreux (qui travaille aujourd’hui à Mediapart) a témoigné que c’était un des personnages les plus intenses qu’il lui ait été donné d’interviewer , a lui-même été contaminé. Les évangéliques constituent une des périphéries et comme un point aveugle de l’Église catholique et de l’oecuménisme. Mais grâce à Dieu si l’on ose encore dire après ce que cette expression a coûté au cardinal Barbarin, les Églises grandes sœurs ne les traînent pas trop dans la boue et n’humilient pas ces frères et sœurs à terre. Ils se sont vus lancer une volée de bois vert par la préfette du Grand-Est. Ils ont réagi dignement en ne se laissant pas faire et accuser de n’avoir pas respecté des normes qui n’avaient pas encore été édictées.

Curieux (de façon malsaine ?) de la manière dont ils réagissaient à cette épreuve, je viens de visionner sur Youtube un culte célébré peu après les faits, le 8 mars autant que je sache. Le pasteur Thiebaut Geyer qui le conduisait, a centré son message sur le thème de l’incompréhension. Avec une créativité biblique et théologique que j’ai toujours constatée chez eux, il développe plusieurs points que je relève et souligne :

- Dieu ne créée pas le cosmos tout d’un coup dans son ordre et dans sa beauté, il créée dans le chaos, la terre informe et vide, les ténèbres avant la lumière. Pourquoi ?

- Lorsque Paul et ses compagnons débarquent à Malte après avoir fait naufrage,, jetant des broussailles pour alimenter le feu que les Maltais qui les ont recueillis ont fait pour réchauffer les naufragés, voici qu’un serpent sort sous l’effet de la chaleur et se trouve dans la main de Paul. Paul ne récrimine pas, garde son calme et secoue le serpent qui retombe de sa main dans le feu. « Les barbares » prennent Paul pour un meurtrier puis pour un dieu. Cela se passe pour lui comme il a dû arriver aux premiers conquistadores regardés par les Indiens d’Amérique.

- Quand Jésus guérit l’aveugle de Betsaïda à la prière des gens de sonvoisinage, Il commence par le sortir de la zone de confort qu’est son village, puis il lui « crache dessus », traduit-on littéralement du Grec des Évangiles. Il lui demande s’il voit. L’aveugle lui répond : « Je vois des arbres qui marchent comme des hommes. » Cela correspond exactement au genre de méprise que je faisais quand jai appris que j’étais moi-même aveugle. Pour moi, les arbres devaient cogner les yeux de ceux qui voyaient clair et je ne les enviais pas d’avoir si mal à la réalité. Jésus lui repasse de la salive sur les yeux en le « fixant du regard ». Alors il voit distinctement. Il comprend par degrés en perdant ses écailles.

mercredi 18 mars 2020

La dépression est-elle une maladie d'égoïstes?

Réflexions suscitées par le billet de Philippe Bilger commentant un article du sociologue Hugues Lagrange et consultable ici: https://www.philippebilger.com/blog/2020/03/le-dur-m%C3%A9tier-de-vivre-.html

La dépression est-elle une maladie d'égoïstes? Et l'égoïsme est-il une maladie de la modernité? Une maladie de "La société des individus" (Norbert Elias) qui tiennent pour une évidence que notre situation au monde est celle de notre conscience individuelle.

Nous consommons des psychotropes en solitaires pour nous tranquilliser de vivre sans compagnie parce que nous avons perdu le sens de la convivialité et de l'initiation qui s'attache à la consommation collective de psychotropes chamaniques ou récréatifs. En Occident, le vin est devenu de l'alcool et l'alcool une drogue.

La crise de la transmission qui faisait que, sans égard au partage des tâches ménagères, les jeunes filles apprenaient les recettes de leur grand-mère, ou encore que les enfants qui n'étaient pas des rois, partageaient le travail de leurs parents et étaient mis à contribution dans les "corvées" du quotidien, repose sur une crise de l'initiation, qu'elle soit rituelle, usagère ou sexuelle: on ne va plus au bordel civil ou militaire pour tenter de "l'essai royal"; on n'apprend plus à faire usage de la vie; l'adolescence est un passage identifié et reconnu,mais un passage de quoi à quoi? C'est une crise identitaire idéalisée dans une période où il n'y a plus d'identité. L'indifférenciation sexuelle ne facilite pas que l'adolescence soit un "passage aux hommes" ou une voie d'accès à la féminité dans une société qui pense que le genre est une construction sociale et non une donnée biologique.

La "société des individus" hait les tuteurs. Et pourtant elle met 1 million de majeurs protégés sous tutelle. Dans une espèce de prison civile (ou de privation des droits civiques) qui ne dit pas son nom.

Alors que "cette absence de guide, à la supposer certaine dans tous les domaines et capitale pour la conduite de nos existences, est sans doute plus une chance qu'une nuisance." Mais dites cela trop fort, vous passerez pour un dangereux anarchiste, agent de déliaison sociale à mettre d'urgence hors d'état de nuire, car une des modalités de la protection des majeurs est la psychiatrisation des sujets dont la police des arrière-pensées suspectera que celles-ci sont à surveiller ou à rééduquer. Notre société cultive cet autre paradoxe qu'elle promeut l'autonomie physique, y compris des plus infirmes, mais se méfie de l'autonomie morale, alors que par ailleurs elle est assez solipsiste, ne concevant l'empathie que comme une concession; suppposant après Sartre qu'il y a une distance infrangible entre "moi" et autrui; jouissant avec goulayance de l'incommunicabilité des êtres.

Il y a certes une solitude existentielle et même ontologique de l'être humain, laquelle n'a jamais été aussi bien rendue que dans la tirade de Norbert de Varenne dans "Bel ami" de Maupassant. Mais c'est la solitude des passages. Ne pas accepter de guides, mais seulement des conseillers, revient à la reconnaître. C'est faire la part de cette solitude quifaisait dire à mon père: "On naît seul, on grandit seul et on meurt seul", sans considérer qu'on ne vient pas au monde sans le secours d'une sage-femme. L'homme n'est pas fait pour être un orphelin ou un cœur abandonné. Mais la solitude ontologique de l'être humain est subordonnée à la communion des saints que j'appelle pour ma part "télépathie générale", courant communionnel de la Création et condition de l'empathie. La convivialité ou convivance, qu'on appelle communément le "vivre ensemble", devrait prendre appui sur ce terrain de la non distance entre mon semblable et moi.

L'Église et le coronavirus ou la crise du prophétisme

(Commentaire aux réflexions de René Poujol sur le Coronavirus qu'il a postées sur son blog et sous ce lien: http://www.renepoujol.fr/coronavirus-le-prix-et-le-sens-de-la-vie/comment-page-1/?unapproved=103695&moderation-hash=04101d6604d91c5d144dc66ce229b558#comment-103695

Si René, "crier au scandale" sert à quelque chose et non, "attendre" une parole de la hiérarchie ne sert à rien, à moins que nous ne la prononcions nous-mêmes. Car dans cette posture de tout attendre de la parole de l'évêque, le même dont on voudrait qu'il soit notre égal et pas notre "frère supérieur" comme le disait Maurice Druon à propos de son confrère académicien le cal Lustiger, il y a la curieuse tendance qu'ont les catholiques de tous horizons, anticléricaux et bouffeurs de curés depuis des lustres, qu'ils soient "intransigeants" ou "relativistes" et laxistes, et ce bien avant que le pape françois n'ait agité le chiffon rouge du "cléricalisme", concept de théologie confuse, il y a cette tendance des catholiques à ne pas être apostoliques: nous oublions que les évêques sont les successeurs des apôtres et nous les taxons de nullitépour ne pas jeter la pierre à notre propre médiocrité.

Je ne sais pas ce que valent les réflexions récentes sur la -communion dans la bouche (et pas dans la main !) ou autre opuscule de mgr Aupetit en défense d'"Humanae vitae" dont je remarque au passage que, comme pour l'encyclique "Pascendi", la partie la plus intéressante n'est pas son volet prescriptif, mais descriptif. Paul VI et ses conseillers avaient très bien compris ce qui était en jeu dans la "mentalitécontraceptive". Ce qu'ils ont préconisé pour en sortir ou empêcher la roue de l'histoire de tourner est une autre affaire.

-Est-ce un détail que les églises soient parmi les premières à "fermer boutique"? "C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup."Ça veut dire que l'Eglise n'assume plus le lien intime qui unit la religion à la superstition sur un plan archaïque. On peut toujours souhaiter que notre foi acquière la maturité de dépasser ce stade anthropologique fondamental ou primaire, on ne pourra jamais séparer la foi de la religion, sauf à rendre la foie éthérée et propre à ne pas agir. Jadis, on priait pour faire revenir la pluie; dans l'Eglise de François qui aime la piété populaire (mais l'aime-tt-il seulement comme un folklore?), on ne priera pas pour que s'éloigne l'épidémie du Coronavirus ou pour que les chercheurs trouvent un vaccin. On ne priera pas pour cela, pour qui nous prend-on?, nous qui sommes les citoyens évolués d'un monde qui a retrouvé les croyances de la "royauté primitive", où le politique s'imagine pouvoir faire la météo et infléchir le déréglement climatique.

-Mais tout cela n'est rien. Ce qui me défrise danscette Église qui prétend depuis Vatican II savoir déchiffrer les "signes des temps" est qu'elle ne comprend rigoureusement rien à l'époque dans laquelle elle vit.

-S'agissant du Coronavirus, elle ne comprend pas que le message subliminal de cette épidémie ou de la manière dont on la traite, dit symboliquement deux choses: "Il est dangereux de se tendre la main" et "n'allez pas voir vos vieux, c'est très dangereux. Ah, c'est vrai, en 2003, les vieux sont morts de solitude et de notre indifférence pendant la canicule. Mais 2003, c'était il y a longtemps. On leur fera boire de belles paroles à défaut de les hydrater: "Nous confinons les personnes vulnérables loin de leurs aidants afin de les protéger des atteintes du coronavirus" qu'on ne pourra pas leur diagnostiquer puisqu'ils sont confinés et que les médecins traitants ne font plus de visite à domicile."

-Car il n'y a plus qu'une maladie au monde: c'est le Coronavirus. Remisés, les cancers en phase terminale ou les neuropathies. Tout ça n'existe plus. On meurt du coronavirus un point c'est tout, les autres morts n'existent pas. L'alcool fait 60000 morts par an et le tabac 40000 ou le contraire. Si on ne faisait rien, le coronavirus, qui est une grippe à la puissance 10, en ferait 80000. Mais ce sont ces 80000-là qui comptent. Les autres ne comptent pas. C'est pinutz, c'est du pipi de chat, c'est rien du tout."

-Ce sous-texte, l'Eglise ne le décrypte pas, préférant s'engouffrer dans toutes les idolâtrees idéologiques du moment, à commencer par l'écologie politique et urbaine qui a remplacé la fin dans le monde dans l'ordre des préoccupations séculières, et qui est une idolâtrie qui met la terre à la place du ciel, ce qui n'a pas empêché le pape d'écrire une encyclique demandant une "conversion écologique" de l'Eglise. L'écologie intégrale est une tentative de déshumanisation des sociétés industrielles et une apocalypse profane et portative. S'imaginant qu'être de son temps, c'est parler comme le monde, l'Église s'est engouffrée dans la brèche écologique pour rester du côté du manche.

-Et tout est à l'avenant. Entre 2013 et 2017, le chef de l'Eglise Benoît XVI puis le chef de l'État français fille aînée de l'Église, François Hollande, ont successivement abdiqué et renoncé à être candidat à sa propre succession. L'Eglise n'y a pas lu le signe d'un pouvoir démissionnaire ouvrant la voie aux aventurismes politiques de bergers gouvernant leurs peuples au moyen de l'injonction paradoxale, l'arme de gouvernement des pervers narcissiques: Trump, Poutine, Macron et dans une certaine mesure, le pape François lui-même. Pour compplaire encore au siècle permissif, l'Eglise qui devait se purifier de ses abus a pris le risque de se perdre de réputation en se jetant elle-même avec l'eau du bain de la pédophilie de certains de ses clercs abuseurs servis par une discipline impraticable. La liste n'est pas exhaustive des signes des temps que l'Eglise ne sait pas lire. Mais les lui montrer du doigt la fait sortir de ses gonds.

Je ne sais pas s'il y a une crise du pouvoir ou de la liturgie dans l'Eglise, mais il y a assurément crise du prophétisme.

mardi 17 mars 2020

Agnès buzyn, ancienne ministre de Gribouille

Le 24 juillet,Agnès buzyn déclare: « Le risque d’importation depuis Wuhan est modéré. Les risques de propagation du virus dans la population sont très faibles." Elle rapatrie les Français confinés à Wuhan pour les confiner dans le Var et ne ferme pas les frontières avec la chine. Le virus se répand. Pa grave. Agnès buzyn quitte son ministère pour briguer la mairie de Paris. On est censé regretter l'immense ministre de la santé qu'elle a été. Les urgences en crise s'en souviennent et sont priées de voir dans son abandon de poste un acte de bravoure.

Agnès buzyn perd son pari. Amère, elle prétend qu'elle a été une vraie lanceuse d'alerte sur la gravité du Coronavirus. Le premier ministre de Gribouille le reconnaît lui-même, mais dit qu'on pouvait bien ne pas l'écouter, puisque dautres médecins étaient d'un autre avis. Mieus vaut se fier à d'autres médecins qu'à son propre ministre.

Agnès buzyn regrette d'avoir tout perdu dans un pari stupide. Gribouille ne l'a pas "débranchée" pour la conduire sur une voie de garage, c'est elle qui l'a fait toute seule comme une grande.

Les gribouillistes veulent sa peau pour avoir critiqué la politique de Gribouille après l'avoir mal défendue et mal portée. Ils demandent que l'on trouve un autre candidat pour la mairie de Paris même si le premier tour est passé, mais Agnès Buzyn ne veut pas jouer un rôle de figurante après être si longtemps restée dans l'ombre en rongeant son désir de faire de la politique.

Mais qu'on se le dise, il est interdit de douter de Gribouille dans sa gestion du Coronavirus. Gribouille est en guerre et il faut resserrer les rangs autour de Gribouille. Gribouille a lu "Ceux de 14" et croit trouver dans le Coronavirus une grippe espagnole qui jouerait le rôle des Allemands dans la guerre de gribouille qui n'est pas "La guerre des boutons".

Tout ce que dit Gribouille est parole d'Évangile, nous l'écoutons et nous lui obéissons religieusement. Quelle chance avons-nous d'être gouvernés et protégés par Gribouille! On est confinés, mais on n'est pas des cons finis. Allez les bleus et vive Gribouille!

mercredi 4 mars 2020

Dialogue avec Guy Legrand sur l'expérience de Moïse et sur le péché originel

Sur le blog de René Poujol.

De Guy Legrand à Julien 1) je ne crois pas à la notion de péché originel , déduite de la réflexion d’Augustin , sans aucune source scripturaire , comme une faute morale ..Je lis plus volontiers ce texte de la Genèse comme la description de l’incomplétude consubstantielle à la condition humaine qui est source du mal dans la mesure ou quelque chose en nous ne s’y résigne pas et cherche à la nier . La définition du bien et du mal par Heidegger me semble constituer un bon résumé du sens de ce récit de la création :
– le bien ,c ‘est la volonté du sujet qui se réfère à un absolu défini hors de lui même ;
-le mal c’est la prétention à vouloir être tout .

2) précision méthodologique :je ne lis pas la Genèse ni même toute la Bible comme un texte descendu du ciel , mais comme une création humaine inspirée qui a façonné notre conception même du divin . Je reste fasciné par ce dialogue entre Dieu et Moise au livre de l’Exode (32 -34) ou c’est l’homme Moise qui délivre Dieu du châtiment qu’il s’est lui même promis d’infliger à son peuple . Je suis ému quand Dieu sensible à la plaidoirie de Moise en faveur de son peuple, lui dit dans des mots qui défient la traduction : » A travers tes mots tu m’as animé et redonné vie (?) « . Quand dans l’Exode (32,14) on peut lire : et le Seigneur SE REPENTIT du mal qu’il pensait infliger à son peuple . (la bible Osty et la Bible second traduisent « se repentit « là ou la TOb traduit » renonça » . ( J’emprunte cette lecture à Georges Steiner in « préface à la Bible hébraïque) Au risque assumé d’encourir le reproche fait à Job » Qui est ce qui obscurcit mon plan par des mots sans savoir ? (Job 38,2) je lis néanmoins la Bible, parole de Dieu parce que parole inspirée de l’homme , comme un dialogue inégal mais sans concession entre Dieu et sa créature à l’opposé du » soupir de la créature opprimée » conception ou se complait trop souvent la religion . Je ne prétends aucunement à dire la Vérité , mais seulement à être fidèle au choix existentiel fait à l’entrée dans l’âge adulte , d’accepter sous bénéfice d’inventaire mon héritage chrétien et catholique : notre foi ne peut jamais être appréhendée comme un échappatoire à la réalité de la condition humaine Si c’est le cas , alors c’est une imposture aliénante . La conception de la sainteté à laquelle je m’oppose , c’est celle qui consiste à présenter en modèle cette volonté d’échapper à la condition humaine au nom d’une spiritualité idéaliste .Tous ces gourous pervers que l’église catholique , trop souvent nous a donné en exemple sous l’étiquette de sainteté, me confirment dans ce choix . » Strozzi n’était ni homme d’oeuvres , ni philanthrope ; Un révélateur voilà ce qu’il était ; Il révélait aux notables ,aux gens de bien, aux spécialistes de l’exploitation de l’instinct, à ceux de l’ordre moral comme aux sociétés comme aux chrétientés leur chantage, leur vice secret qui consiste , dans une inconscience presque invincible , à considérer les hommes comme des objets » (Jean Sulivan « Car je t’aime , ô Eternité » p 157, 158) .

De ma part:

Je vous remercie de votre comentaire. J’ai envie de le remonter en sens inverse et de vous répondre en deux temps.

2. Vous m’avez fourni, grâce à la relecture de ces trois chapitres si denses du livre de l’Exode, ma méditation de carême de ce jour. J’en retiens ces quelques éléments :

-Dieu promet à Moïse de lui parler comme un ami parle à un ami.
-Moïse amène Dieu à se repentir de Sa colère et ceci me touche, d’abord parce que Dieu se repend, non qu’Il ait péché, mais Il revient, Il remonte la pente qui lui fait Se ressouvenir, Lui dont le Nom est Jaloux (amour de possession, Louis Second), de Son amour, avec des va-et-vient qui sont peut-être dûs aux marées des passions de l’auteur inspiré, mais sont propres à la relation, au dialogue (inégal?) de deux libertés qui s’aiment et ne se comprennent pas toujours, et se donnent un temps pour la haine ou pour le ressentiment, comme le dit l’Ecclésiaste: « Il y a un temps pour tuer et un temps pour guérir ». La foi, c’est la lutte avec l’ange, et c’est aussi la lutte de Dieu avec l’homme, du moins Est-ce mon vécu existentiel de la foi, qui veut anticiper ce dénouement que ma raison présentera toutes ses objections à Dieu, discutera avec Lui, mais que pour finir, elle s’inclinera devant ma foi et se prosternera devant Lui. Une des traductions du nouveau nom que Dieu donne à Jacob après que celui-ci s’est montré « fort contre Dieu » et qu’il sort boiteux de cette nuit de la foi, est, selon Henri Meschonnik que j’ai entendu dire cela devant moi lors d’une réunion consacrée à Claude Vigée au centre communautaire juif de Paris dirigé par Shlomo Malka, Claude Vigée qui n’a pas bien rendu selon moi dans « La lutte avec lange » la densité de ce combat (le combat spirituel n’est pas qu’une tentative de revenir à Dieu, il est aussi une volonté délibérée de s’opposer à Lui), « En lutte avec Dieu », de même qu’une des traductions rabbiniques de la définition que Dieu donne de Lui-même en Exode 3:14-16 est « Peut être », a dit le même poète et traducteur Henri Meschonnik. Voilà qui nous place au plus loin de la métaphysique du Dieu étant , implicite à la philosophie d’Heidegger et importation de catégories grecques dans une religion sémitique comme par une ruse de l’histoire nécessaire à l’universalisation du christianisme, cette histoire juive qui a réussi.

-Mais ce repentir de Dieu provoqué par Moïse me touche aussi, car je me dis souvent que si l’homme avait usé de la même mansuétude pour dire à Jésus que ce calice pouvait s’éloigner de Lui et s’il s’était interposé entre Son Père et Lui pour n’être pas racheté à si grand prix comme Dieu s’est interposé entre Abraham et le couteau du sacrifice pour sauver Isaac, il y aurait eu relation de rédemption réciproque qui aurait la relation réciproque de l’homme et de Dieu. Saint Léon le grand a écrit qu’il étaitdans la nature de Dieu de sauver comme il était dans sa nature de créer. Mais Dieu voulait peut-être être sauvé de vouloir sauver,d’autant que nous ne savons pas de quoi nous sommes sauvés et que nous sentons rarement l’efficace de larédemption. Dieu Lui aussi pouvait vouloir être sauvé, et c’est ce que Moïse a fait en Le faisant Se repentir de Sa colère.

-Mais ce même Moïse qui fait revenir Dieu de Sa colère est un briseur de loi. De colère il brise la loi qu’il s’était vu dicter par Dieu et qu’il avait patiemment retranscrite. Et en brisant la loi, qui sait s’il ne se rend pas coupable d’un plus grand péché que le peuple idolâtre, qui s’est fait un dieu en fondant tout son or et donc tous les matérialismes en une fête de la matière?

-On ne peut voir Dieu sans mourir. Choisir la vie consiste à la saisir comme un rayon de la Lumière divine sans la confondre avec la vision de Dieu. En Jésus, cette « lumière des hommes » qu’était la vie chaque fois qu’un homme entrait dans le monde se fait visage et se fait message. Le visage est une allégorie de la personne en ce que toute personne est une conscience et que toute conscience est un message. Dieu se fait personne humaine en Jésus-Christ, deuxième hypostase de la sainte Trinité.

-Moïse verra la Gloire de Dieu, Il verra passer la bonté de Dieu.

-L’exode ou le carême de Moïse sera de contempler Dieu écrivant Sa loi afin de n’être plus tenté de la briser. Revenant d’avoir vu Dieu écrire et non plus d’avoir écrit lui-même, non seulement Moïse n’est plus en colère, mais il est transfiguré, et la transfiguration de Moïse préfigure la transfiguration de Jésus.

"1) je ne crois pas à la notion de péché originel , déduite de la réflexion d’Augustin , sans aucune source scripturaire , comme une faute morale", commenciez-vous par écrire.

Je regrette cette formulation:

-d'abord parce que vous donnez dans la tarte à la crème qui consiste à imputer à saint Augustin l'invention du péché originel. Qu'il l'ait systématisé, sans doute; qu'il lui ait même donné ce nom, peut-être; mais qu'il l'ait inventée, certainement pas. D'autant que la notion de péché originel a des fondements scripturaires: "C'est en adam que meurent tous les hommes; c'est dans le christ que tous revivront" (I Cor. 15:22). Rm 5:14-15 "Cependant la mort a régné depuis Adam jusqu'à Moïse, par une transgression semblable à celle d'Adam, lequel est la figure de celui qui devait venir. Mais il n'en est pas du don gratuit comme de la faute; car si, par la faute d'un seul, tous les hommes sont morts, à plus forte raison la grâce de Dieu et le don se sont, par la grâce d'un seul homme, Jésus-Christ, abondamment répandus sur tous les hommes."

-Ensuite, il ne s'agit pas tant de croire dans le péché originel que d'en comprendre la valeur existentielle. On en saisit quelque chose quand on rapporte au péché originel cette parole du psalmiste (cette parole de David, dont j'ai entendu une interprétation osée donnée par des évangélistes de la mega church de ma ville supposer qu'il se savait enfant naturel et que c'est pour cette raison que Jessé son père n'a pas pensé à l'appeler quand Samuel est venu chercher un roi pour Israël...): "J'étais pécheur dès le sein de ma mère." Valeur existentielle qui s'approfondit quand on se dit que le péché originel est le revers de la communion des saints, la condition de la compassion, de l'empathie, l'inscription de la Création, non dans une distance infrangible de tous les êtres entre eux même si chacun est irréductible à l'autre, mais dans une télépathie générale où tout ce qui arrive à l'un rejaillit sur l'autre, où les signes s'appellent par aimantation de champs magnétiques d'attraction-répulsion, où la télépathie générale est fond commun et condition du langage commun et où pour qu'il y ait solidarité dans le bien ou un supplément de fraternité si vous préférez, il faut qu'il y ait eu solidarité dans le mal.

-La différence entre vous et moi est que vous lisez cet épisode dit du péché originel de manière exégétique quand je le lis de manière poétique. L'emploi de cet adjectifme permet de remercier au passage Jean-Pierre Gosset, non seulement pour m'avoir qualifié de poète, mais aussi pour avoir exhumé le lien d'une émission qui m'est chère, où je fus "le grand témoin" de RCF en marge d'un rassemblement à Lourdes et sans que ma vie soit adossée à une œuvre.

Je n'aime pas l'abus que l'on fait du terme de "mythologie" pour nous mettre à distance de la Révélation dont nous vivons. Mais tant qu'à prendre le récit de la Création pour un récit non seulement poétique, mais mythique, convenons avec Jung ou Anick de Souzenellle que "le mythe est présent", que le mythe est vivant et que si toute religion est un "délire de référence" (Elisabeth Roudinesco et Jean Laplanche définissant la paranoïa dans le "Dictionnaire de la psychanalyse"), nous vivons de ce délire et ce délire nous structure.

"Je lis plus volontiers ce texte de la Genèse comme la description de l’incomplétude consubstantielle à la condition humaine qui est source du mal dans la mesure ou quelque chose en nous ne s’y résigne pas et cherche à la nier", ajoutez-vous.

Je vous sens prêt à donner dans cette autre assomption théologique de la nature humaine qui fait l'économie du salut,et votre référence à Heidegger va dans ce sens, que l'homme a été demblée fait incomplet et créé dans la limite. Je ne suis pas de cet avis, encore faut-il argumenter.

-L'argument le plus fort me semble là encore de nature existentielle. L'homme, ne se souvenant pas d'être né, n'a pas la notion du temps comme on le croit, mais a de manière innée la notion de l'éternité. Si l'on fait un tant soit peu crédit à la psychologie de rejoindre la nature humaine, l'homme n'est pas un être qui vient de la mort. Il n'a pas la nostalgie, mais le souvenir de l'éternité.

-Pourquoi l'homme, étant créé par l'amour infini de Celui qui est l'Infini, serait-il créé dans la limite?

-L'homme vient du Désir et doit retourner à la vie, c'est sa mortalité qui est l'illusion d'une résignation. L'homme est bordé par le principe d'innatalité perçu par Steiner et par l'immortalité de l'âme crue par tous les philosophes grecs. Ce n'est pas un "être pour la mort" comme le dit celui dont vous reprenez à votre compte la définition du bien et du mal:

"– le bien ,c ‘est la volonté du sujet qui se réfère à un absolu défini hors de lui même ;
-le mal c’est la prétention à vouloir être tout ."

Admettons pour le mal. Nous ne sommes pas tout, nous sommes référés à celui qui nous donne tout. Et l'Église se trompe à mon sens quand elle fait de l'orgueuil le premier des péchés capitaux. Ce qu'elle entend par orgueil qui est un synonyme de l'honneur, c'est la prétention. Dieu serait en droit d'être prétentieux, mais Il cesserait de nous respecter s'Il l'était.

Admettons pour le mal, mais pourquoi le bien consisterait-il à accepter pour le sujet une délimitation extérieure à la liberté des valeurs à prendre ou à laisser? Comme si Dieu avait glissé le mode d'emploi de notre êetre dans la boîte à gants de notre "moi", voiture customisée. Dieu ne nous a pas dit qu'un autre, en l'occurrence Lui-même, connaissait le bien et le mal, mais qu'un fruit était disponible pour le conaître, car il était indispensable que cette puissance fût à la disposition de la Création, mais que ce fruit était inutile et si mon hypothèse est pertinente, que Dieu ne voulait pas avoir à en goûter, car Il savait dans quel engrenage d'accusation et de jugement cela nous entraînerait. notre refus de toute espèce d'anarchie nous fait vouloir avoir été créés dans l'hétéronomie quand Dieu nous propose la dépendance, qui est le contraire de l'autonomie, tant vantée par nos sociétés de solitude et de non accompagnement, que le coronavirus convainc qu'il est dangereux de se tendre la main.

De Guy Legrand:

A Julien

Merci pour votre commentaire qui appelle au questionnement .

1) ce qui m’intéresse le plus dans la Bible , paradoxalement par rapport au discours habituel des religions , c’est que c’est par une parole humaine que nous pouvons entrapercevoir non pas Dieu , mais les actions de Dieu . C’est le présupposé de la dogmatique de Karl Barth : nous ne pouvons rien dire de Dieu , nous ne pouvons nous fonder que sur ce que nous reconnaissons des actions de Dieu .

En christianisme , du fait de l’incarnation, ce sont bien la vie et les actes de l’homme Jésus qui nous révèlent Dieu à travers ce que nous en disent ceux qui ont vécu avec lui: la coïncidence parfaite de la vie d’un homme avec la volonté divine » celui qui m’a vu a vu le père . » Ce qui nous permet de dire : cet homme Jésus est vraiment Dieu comme le dit le credo de la foi de l’Eglise .

2) Une parole de Yeshayaou Leibowitz m’a beaucoup marqué : personnage fondamental dans l’histoire de la Révélation , Moïse n’a pourtant pas mis les pieds sur la terre promise . Moïse n’a pas vu Dieu en face, Dieu a même voulu le tuer (passage difficilement compréhensible ) et n’a pas non plus recueilli lui même les fruits de son action libératrice et pourtant c’est Moïse . Ce qui nous ramène à une plus juste appréciation de la qualification par nous même ou par les autres (reconnaissance de la sainteté ? ) de notre propre témoignage . Qui peut dire de lui même ou d’un autre qu’il a véritablement témoigné par sa vie de la présence de Dieu en notre monde, ce à quoi pourtant nous assigne notre baptême et qui donne sens à notre vie ?

3) Enfin , je consonne comme lecteur de Levinas avec votre phrase : le visage est une allégorie de la personne en ce que toute personne est une conscience et que toute conscience est un message . Ce que je lis comme une définition possible du sacerdoce commun des baptisés . Dans ma paroisse on dit à chaque baptême d’un petit enfant : « fais apparaitre un visage de jésus Christ qui n’a encore jamais été manifesté . »

La seule mission qui vaille malgré toutes les ambivalences de la réalité de nos vies et qui reste pour moi une espérance .