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mardi 17 mai 2022

Macron ou le progressisme immoral

En réponse à cet article de Christian Vanneste:

https://www.christianvanneste.fr/2022/05/08/complotiste-populiste-non-democrate-et-lucide-ii/?
S’il fallait dresser un tableau du mal que nous fait le macronisme, il illustrerait la révolution des mentalités qu’il a sinon produite, du moins couronnée. -Abâtardissement de la langue, ce “système en équilibre”, qui neutralise la victoire (en réalité neutre) du masculin dans la grammaire pour, soit ignorer le genre, soit faire que le féminin l’emporte dans des désignations aussi banalement prestigieuses que celle de premier ministre, où le premier devient première. -Algorithmisation d’un homme-machine qui accepte cette sujétion à des items, et sa segmentation dans des “minorités” en perpétuelle lutte de reconnaissance, qui masquent son déclassement. -Perte de tout esprit critique sous prétexte de lutte systématique contre les préjugés, qui ne sont pas toujours faux, mais qu’il faut vérifier, vérification exclue par “la société du spectacle” pour laquelle “le vrai est” toujours “un moment du faux”. -Cette perte de l’esprit critique est particulièrement sensible à l’école où, sous prétexte de distinguer savoir et croyance, on déconstruit la connaissance, non pas au sens d’une déconstruction foucaldienne qui ne consiste à rien d’autre qu’à faire “l’archéologie du savoir” ou, à la manière de Nietzsche, la généalogie des connaissances pour savoir comment les représentations découlent les unes des autres, entreprise honorable. Mais il s’agit de “séquencer” l’esprit des élèves (ainsi l’entendent les instructions officielles écrites dans un jargon innommable), pour qu’avant que la culture ne mette de l’ordre dans leurs idées, toutes les disciplines se confonde dans les méandres de l’interdisciplinarité: ainsi on n’enseignera plus méthodiquement la grammaire, mais on enseignera des points de grammaire dans des séquences de Français au hasard de “prélèvements” réalisés dans des textes. De sorte que l’élève soit incapable d’une pensée structurée et d’un agir qui le soit davantage. Le phare de la pensée des ados de droite, c’est Mila, déscolarisée parce que persécutée après avoir dit (bêtement) que l’islam était de la merde, et la Jeanne d’Arc des ados de gauche est Greta Thunberg, déscolarisée pour faire honte à la génération qui l’a précédée de ne pas avoir suffisamment veillé sur le climat. Les hommes préhistoriques croyaient que les rois primitifs faisaient la pluie et le beau temps. Nos derniers roitelets aiment les écervelé.e.s qui ont tellement perdu l’esprit critique qu’ils croient à pareilles fariboles. Dissolution de la pensée dans “la fabrique des crétins” chère à Jean-Paul Brighelli même si je n’aime pas à parler de la sorte, mais dissolution de l’action, qui fait que les mêmes ne veulent être ni médecin ni manoeuvres et qu’ils ne sont pas industrieux, parce qu’un Etat qui a choisi le chômage et le nivellement par la médiocrité préfère tertiariser le plus clair de ses citoyens-administrés-consommateurs, faire de la Chine l’usine du monde et importer les travailleurs pour faire malgré tout les basses besognes nécessaires plutôt que d’encourager ses enfants à s’orienter vers les métiers de l’excellence intellectuelle ou manuelle pour assurer le bien commun de leur pays. “Le gouvernement du peuple est devenu l’Etat de droit” et l’itinéraire de l’enfant gâté Macron qui rempile dans des conditions que vous décrivez très bien signe la décadence de la bourgeoisie qui, après avoir perdu la bataille des valeurs au point d’adopter celles qui devaient la détruire, ne défend plus aucune valeur qui ne soit fiduciaire, numérique ou technique, en sorte qu’on se demanderait vainement de quoi le progressisme macronien pourrait bien être le nom si l’on n’y répondait par ces trois adjectifs et quelques autres du même acabit, où il faudrait faire une part au casino auquel joue l’économie des spéculateurs et des start-upeurs, ces rois du produit conceptuel et virtuel qui ne se rendent pas compte qu’ils vendent du vent. “Parce que c’est notre projet”… que ce progrès-là. Les Ukrainiens que je vois venir ici, indépendamment de leur malheur et exception faite de la compassion qu’on doit à celui-ci, sont des Russes mal occidentalisés. La perte de notre esprit critique nous a rendus incapables de dresser pied à pied le tableau du quinquennat calamiteux de Macron, ce qui aurait pu être fait par les journalistes et qui aurait dû être fait par son adversaire du second tour lors du débat où elle s’est laissée humilier une fois de plus parce qu’elle n’a pas de colonne vertébrale. Ce qui tient l’édifice est la peur dans la société “phobophobe” où l’on a commencé par critiquer les phobies parce qu’on confondait la haine avec la peur. Puis on a dit que la peur était le contraire de l’amour. Puis on a gouverné par la peur et les apeurés de la peur n’ont pas vu que leurs gouvernements tremblaient ou faisaient semblant de trembler. Ce n’est pas parce que la menace d’un complot permanent fait le fond du paranoïaque que le complot n’est jamais possible et ce n’est pas parce qu’on se sent persécuté qu’il n’y a pas de persécuteur. Quant au populisme qui devrait désigner la démagogie, le mot pris en bonne part devrait être le synonyme de la démocratie, si les populistes en intégrant leur disqualification n’avaient pas flatté ces deux passions tristes que sont la xénophobie et le mépris des élites, qui ne sont pas par définition opposées au peuple, même si l’entre-soi des “sachants” gagne à mesure qu’augmente la distance entre l’usage qu’un utilisateur sait faire de son outil et l’incapacité où il est de décrire comment il est fait, entre la technicité de l’usager improductif et la scientificité de l’ingénieur qui a programmé jusqu’à son obsolescence, loin des moyens de production et des forces productives. De quoi le progressisme macronien est-il le nom? D’un progrès purement matériel et donc immoral.

lundi 16 mai 2022

J'adore Elisabeth Borne

Vous avez aimé Macron I? Bienvenue dans Macron II, un mandat annoncé come différent par le président transformiste et qui commence sous les auspices de la continuité.

     Vous aviez aimé l'hôpital malade de ses réformes technocratiques? Macron avait nommé #JeanCastex en plein Coronavirus pour vous récompenser de cet amour, autant dire un des fossoyeurs de l'hôpital public. C'était une carotte donnée aux soignants, car l'homme était aimable. Ils l'ont croqués et se sont sentis récompensés d'avoir été "en première ligne" au pic de  l'"épidémie",  sous les applaudissements de la foule en délire tous les soirs à 20h, car la foule est moutonnière. Un peu plus tard, Castex foutait les soignants non vaccinés dehors pour aggraver le mal de l'hôpital. Mais il avait un accent chantant, l'accent de #JeanLassalle qui faisait tout passer et tout passa. Mais les deux hommes avaient beau être des bergers des Pyrénées, pas des "bergers à l'Elysée" (Macron ne l'aurait pas permis) et #JeanCastex n'était pas #JeanLassalle: quand sa vallée était en danger, #JeanLassalle faisait une grève de la faim;  #JeanCastex préférait aggraver la situation de l'hôpital public, des urgences et des soignants pour éviter les grèves. Il inventa cet adage: "Pour être admis à l'hôpital, soyez malades et vaccinés."


      Vous avez aimé la suppression des petites lignes à la SNCF? Vous adorerez #ElisabethBorne, comme les cheminots qui se réjouissent déjà de négocier avec elle sur la recréation de ces petites lignes à supposer qu'elle ait jamais lieu, car tout de même, le train est plus écologique que la voiture.


      L'écologie, elle l'a découverte en devant sauver le soldat Rugy qui faisait une gastro quand il mangeait du homard en célébrant mai 68 à l'Assemblée nationale (cherchez l'erreur!), puis fut envoyé en renfort du macronisme dans le ministère d'où il sera bientôt évincé par Mme Borne, pour faire oublier la démission de M. Hulot, soupçonné d'être un peu trop entreprenant avec ces dames, surtout quand elles étaient les petites-filles de #FrançoisMitterrand. 


     Autant il pouvait y avoir une continuité entre le management de la RATP et la réforme de la #SNCF, autant on n'a pas senti la fibre écologique d'#ElisabethBorne, aujourd'hui chargée de chapeauter la "transition écologique" de façon "productiviste", pour mêler les deux critères qui ont présidé au choix de cette "première ministre" (sic:  il faut ainsi parler pour que le masculin ne l'emporte jamais, même pas dans la grammaire, préférer la langue inclusive).


      Vous avez aimé la révolution bourgeoise qui permit, à droite comme à gauche, de parler de "faux chômeurs" pendant les déjeuners dominicaux sans se boucher le nez et sans le faire sur le ton transgressif de la confidence un peu honteuse et gênée? Vous avez aimé #LaurentWauquiez fondant la #DroiteSociale en parlant de "cancer de l'assistanat", puis promu au ministère du travail pour y punir les chômeurs refusant plus de "deux offres d'emploi raisonnables", la raison pouvant passer de l'acceptation d'un poste d'ingénieur à celui d'horticulteur, puis sous Macron d'horticulteur à serveur de restaurant à Montparnasse en traversant la rue ou en acceptant un boulot à 150km de chez soi au nom de la flexi-mobilité? Quel mal y avait-il puisque les chômeurs ne sont rien et sont tout juste bons à encombrer les gares? Vous avez aimé les pauvres qu'il fallait "responsabiliser" en cessant de dépenser pour eux un "pognon de dingue"? Vous avez aimé la réforme de l'assurance chômage portée par #ElisabethBorne et basée sur la baisse des indemnisations en même temps que sur la radiation des "faux" chômeurs? Vous adorerez la réforme des retraites et tout ce que fera #ElisabethBorne à qui les syndicats ne font même pas semblant d'accorder un état de grâce.


Mais j'y pense: #ElisabethBorne ne peut pas ne pas être adorée puisque c'est une femme et une femme adorable, gentille, affable, chaleureuse, issue d'une de ces minorités visibles (plus de la moitié de l'humanité) et opprimées qui n'ont accédé au sommet de l'exécutif que deux fois en près de 65 ans de Vème République. Je fais amende honorable et entonne à son intention l'hymne féministe de Franck Michael, "Toutes les femmes sont belles", qui fait un tabac dans tous les EHPAD, où je ne doute pas qu'on souhaite la bienvenue à #ElisabethBorne en s'applaudissant de sa nomination. Je m'en applaudis également, car j'essaie de garder un reste et un vernis d'éducation, mais j'assure mes arrières en me promettant de voter pour la gauche plurielle aux législatives qui viennent, quelles que soient mes réserves sur Jean-Luc Mélenchon qui passera la main et ne sera jamais nommé premier ministre, puisqu'il ne concourt pas à la députation. 

jeudi 12 mai 2022

Mélenchon ou le coup d'Etat caractériel d'une union désespérée de la gauche

Personnellement, je n'ai jamais douté que Mélenchon était un caractériel, pas plus que je ne me suis imaginé que voter Marine Le Pen au second tour de la présidentielle comme je l'ai fait soit faire autre chose que choisir le choléra contre la peste, même si je trouve que, depuis qu'il a gagné l'élection présidentielle, #EmmanuelMacron, faute d'être devenu un nouveau président pour un nouveau peuple, fait preuve d'une certaine élégance, ce qui n'engage à rien, voire d'une certaine vision européenne présentée avec une autre allure . 


Je trouve Mélenchon génial d'avoir idolâtré Mitterrand pour lui avoir fait, vingt-cinq ans après la gauche plurielle injustement renvoyée à ses chères études, un coup de Jarnac ou un congrès d'Epinay à l'envers (ou un coup de Latché promis à Anne Pingeot et finalement rentré dans le trousseau patrimonial de sa famille légitime).


Je ne me fais aucune illusion sur le caractère d'autocrate de l'idolâtre Mélenchon ni sur sa personnalité de caractériel à probables crises de violence qui ne doivent (ou ne peuvent presque) pas être que des emportements verbaux, tant le type se déchaîne", se contrôle mal alors que "l'Avenir dure longtemps" comme aurait dit Louis Althusser, qui aurait pu être son vieux maître s'il avait été un peu plus jeune.  


Ou pour le dire plus politiquement, je me fais peu d'illusions sur sa capacité à être "élu premier ministre" au lendemain des prochaines élections législatives, même si sa formule est trop injustement moquée: c'est toujours le chef de la majorité législative qui a imposé sa personnalité ou son poulain au président de la République cohabitant qui nomme certes à la lettre le premier ministre, mais na jamais contrarié le choix du gagnant, n'eût-il pas concouru pour lui-même, comme Balladur; et le mérite serait d'autant plus grand si Mélenchon construisait une coalition cohabitante en deux temps, trois mouvements, plus vite que "la Gauche plurielle", qui eut tout le temps dessiné entre l'élection de Chirac et la nomination de Jospin pour se faire et se refaire, mais si "Chirac n'avait pas dissolu" comme disait Jacques Faisan, la "gauche plurielle" ne serait jamais revenue aux affaires. ..


Je ne me fais aucune illusion sur la liberté d'opinion au sein de "la France insoumise" dont le leader (sic) se fait pourtant le chantre de la liberté d'opinion et de l'hostilité envers le pouvoir personnel. Mitterrand son idole s'est aussi parfaitement adaptée au costume de la cinquième République contre laquelle il ne lutta pas seulement en écrivant "Le coup d'Etat permanent", mais en s'entourant d'une multitude de juristes qui ne couvrirent ensuite que les moeurs de cour de ce monarque républicain. 


Je ne me fais aucune illusion qu'en Mélenchon, ne sommeille une sorte de dictateur vénézuellien à la gouaille avinée.


Et pourtant je voterai tel une dupe pour son candidat des NUPES (nouvelle union populaire écologiste et sociale), d'abord par cohérence intellectuelle et j'y tiens beaucoup; ensuite parce que Mélenchon a beau nous promettre qu'il va raser gratis, il a le mérite de nous faire rêver, le blaireau, la barbe! Il a beau être le représentant imberbe d'un improbable humanisme caractériel, j'ai envie de parier sur son côté humain, d'où mon vote à contre-sens ou à contre-courant comme je l'ai toujours fait, mais je ne suis pas un homme du monde: j'ai mon petit côté mondain, mais je suis un piètre prévisionniste.


Enfin, je vois qui le défend et qui l'attaque au sein de son ancien camp politique. L'attaque #FrançoisHollande, dont il a mis à nu toutes les turpitudes par insuffisance et incompétence. S'indignent contre lui #ManuelValls et #BernardCazeneuve qui quitte le navire du PS en claquant la porte de la cale, tandis que son ami ex-premier ministre #ManuelValls  est trop nerveux pirate pour se faire recaser sans se faire recaler (j'ai dit pirate et non corsaire, VAlls n'a pas le sens du bien commun). 


Hollande, Cazeneuve et Valls ont prospéré sur le deuil national, qu'ils ont assimilé au terrorisme sans jamais remettre en cause leur stratégie en Syrie, ni le fait qu'ils interdisaient aux djihadistes français de combattre aux côtés des tombeurs de Bachar, comme eux-mêmes au nom de la France, et comme Fabius qui nous représentait, et disait que cet homme (Bachar) "ne méritait] pas d'être sur terre(. Car les néocons comme HOllande, FAbius, Cazeneuve ou Valls  avaient des idées très libres sur qui devait vivre et qui devait mourir), mais voulaient aussi faire refroidir le climat, nous dit-on, qu'il fallait rendre plus tempéré en assassinant tous ses ennemis.


Lionel Jospin en revanche, qui a été injustement démis par une vague lepéniste à laquelle je n'aurais pas dû participer en 2002 au nom de la démocratie directe (et je le regrette),a reconnu l'un des premiers (et sans arrière-pensée contrairement à Ségolène Royal), que Mélenchon avait su s'imposer, non pas nécessairement du fait de son score au premier tour, mais par sa tactique du "vote efficace" qui ne devait pas être confondu avec le vote utile, comme le leader naturel de la nouvelle "gauche plurielle" qui reste l'avenir de la gauche et, je crois, à ce stade, de la France.


https://www.lepoint.fr/politique/la-verite-sur-m-melenchon-11-05-2022-2475239_20.php


Est-ce que "Le Point" envoie une boule puante à Mélenchon à la veille des législatives en attendant que Gernelle, le condisciple de Macron à l'ENA, reprenne avec lui sa complicité comme il l'a fait le lundi qui suivit le premier tour de cette élection présidentielle, ou comme #Mediapart le fit à deux jours de l'élection présidentielle de 2017? Sans doute "le Point envoie-t-il une boule puante légèrement conservatrice avant de grincer en se pinçant tout au long du quinquennat futur.


Mélenchon aurait varié sur l'enseignement catholique, l'accuse le journal de l'ami du président, mais au fond, quelle importance? Sur l'Europe, il a soutenu les mêmes idées que #MarineLePen sans qu'on lui fasse jamais grief de vouloir quitter l'Europe ou renégocier les traités: "L'Europe, tu la changes ou tu la quittes", avait dit Mélenchon un peu comme Le Pen Bécassine, c'est sa cousine. Variante cinq ans plus tard: "Tu lui désobéis." Tout ça est du pareil au même.


Mélenchon a été ridicule d'avoir titré un de ses principaux articles: "Il a la classe, notre Tsipras" pour défendre le premier minstre grec qui s'est soumis comme personne aux velléités de la troÏka qui étouffa son pays. Quiconque l'avait entendu défendre sa candidature à la présidence de la Commission européenne sur toutes les chaînes de l'Union ne pouvait que s'attendre à ce que ce pâtre grec trahisse les ambitions de rendre à son pays la dignité endettée de sa gestion souveraine moyennant un référendum consultatif à la Chirac version 2005.


Je me souviens d'un Mélenchon tellement antireligieux qu'il osait attaquer le Dalaïlama au Tibet au nom de son mépris du monachisme et d'un maoïsme résiduel, se combinant en un fond de sauce assez rance avec le trotskisme entriste de sa jeunesse, si tant est que quiconque soit capable de dire ce que recouvrait le trotskisme chez les militants ayant quitté l'activisme pour entrer en activité politique. Seul Krivine a dû rester à peu près pur, paix à son âme!


Je n'aime pas le robespierrisme de Mélenchon, car le robespierrisme est un terrorisme, qui a un lien avec l'islamisme prophétique, qui s'est imposé par la force en un siècle à la moitié du monde connu, à l'exemple du monde romain qui y a mis plus de temps, mais exactement comme les guerres napoléoniennes ont essayé d'imposer avec moins de succès, pas tout à fait circonscrit à l'Europe, l'idéal révolutionnaire.


Je n'aime pas le castrisme ou le guévarisme mélenchoniste, mais je reconnais qu'il est dans la tradition sartrienne, beauvoiriste et danièle-mitterrandienne, ah ce charmant "vieux" atlantiste que Mélenchon a tant aimé pour le renier sans "droit d'inventaire", puis pour l'imiter avec plus de culot que n'en aura jamais Jospin, qui piqua une crise de thiroïde le jour où il se dit fier d'avoir des communistes dans son gouvernement. Mais Mélenchon n'a pas mangé son chapeau comme Cambadélis, analyste de la gauche devenu par inconséquence hollandienne premier secrétaire du parti socialiste. Et c'est à l'honneur d'#OlivierFAure d'avoir rompu avec les fossoyeurs du parti socialiste dont son mentor Hollande et Valls le menteur! 

vendredi 29 avril 2022

Contrepoints kérigmatiques

En dialogue avec l’abbé Guillaume de Tanouarn

Dont le commentaire du credo sur le mystère pascal commencent ici :

 

MetaBlog: Est mort (ab2t.blogspot.com)

 

Puis il faut remonter d’article en article.

« Bonsoir, Guillaume,

 

J'attendais Pâques (par superstition? Est-ce qu'on n'y croit pas et qu’on ne vit pas Pâques tous les jours?) pour lire vos derniers articles sur le Credo. Je fais mon rattrapage et mon écrit de rattrapage sur ce qui m’y interpelle, je les lis en aède en dialoguant avec eux, en écrivant des contrepoints sur le kérigme.

 

 

Mort de Jésus

 

-Je ne suis pas d'accord avec le P. Augustin Pique, qui dit que Dieu est impassible, qu’Il n’a pas besoin des hommes et qu’Il ne peut ni souffrir ni mourir, et qui ne pousse pas jusqu'à dire que, s'il n'y a pas de (presque) mort de Dieu, la mort de l'humanité de Dieu est inutile.

 

-Saint Thomas d'Aquin dit que, sans le péché originel, Jésus Se serait certainement incarné. Et il aurait suffi d'un Regard de Dieu pour sauver le genre humain. Alors pourquoi Jésus meurt-Il?

 

-Il n'y a pas de plus grand amour que de donner Sa vie pour ceux qu'on aime." Si, il y en a un, c'est de donner Sa vie pour ceux que l'on n'aime pas.

 

-Petit jeu lacanien: J'ai eu une amoureuse un peu nymphomanequi m’appelait triomphalement en s’annonçant : "C'est moi." Je n'osais lui dire que tout le monde peut dire la même chose, car "tout le monde est une drôle de personne", comme disait Carla Bruni et en cela, nous sommes tous égaux-[ego]. Or une autre chose est drôle: c'est qu'aux premiers livres de sa Trinité, saint Augustin cherche à établir un signe "égal" entre le Père et le Fils, bien que le Fils confesse Lui-même : "Le Père est plus grand que moi." Mais le projet de la Pâque, c'est le "notre Père", non que la filiation soit une soumission (on n'est pas dans la philosophie du sujet qui se croit autonome, ce subjectus), mais parce que le Père est infiniment aimable et, ès qualités, bien qu’inconnaissable, digne de connaissance.

 

-Sacrifier le moi, c'est rejeter la conscience de rôle, jeter le personnage pour trouver la personne, dont on se demande pourquoi le nom vient d'un masque.

 

-"Le sacrifice sans amour n'est que diminution des forces vives de la personne. Le sacrifice sans amour est haïssable", ce qui tendrait à prouver que l'amour est le contraire de la peur, car on n'aime à rien sacrifier par peur de se jeter à l'eau, par peur de l'inconnu, par peur d'y perdre des plumes et d'être dépouillé, quand on aura pratiqué la véritable ascèse. j'ai pratiqué pour ma part une fausse ascèse: je me suis dépouillé et me suis fait pauvre avec les pauvres pour oublier que j'étais riche en moi-même.

 

-Ensevelissement: chaque fois que je vais jouer un enterrement, j'ai honte de cet article indéfini et générique, « un », mais je suis fier d'accompagner le dernier acte de quelqu'un, même s'il n'estplus là physiquement.

 

-Ensevelir, ai-je appris lundi dernier, est une des 14 oeuvres de miséricorde et fait partie si je ne m'abuse des œuvres matérielles.

 

-Pendant le Sabbat, les femmes ont préparé des aromates pour qu'il ne soit pas dit de Jésus comme de Lazare: "Il sent déjà."

 

-Jésus touche Marie en l'appelant par son nom et lui interdit de le toucher, de le "tenir", parce qu'on ne peut pas mettre la main sur l'être, il est insaisissable. "Ne me touchez pas": ce cri lancé par une patiente de Freud, décida le maître viennois à la méthode de ne pas voir son analysant. Freud fut accessible à ce cri parce qu'il détestait la musique...

 

-Jean qui entre en second dans le tombeau: ma lecture littérale de Jean, à la différence de la vôtre dépendante de l'interprétation de Claude Tresmontant selon laquelle le quatrième évangéliste appartiendrait à une famille sacerdotale et ne serait pas l’un des deux fils de Zébédé, ces « fils du tonnerre », m'avait fait naïvement penser que l'apôtre Jean qui se désigne dans son propre Evangile comme "le disciple que Jésus aimait" pour parler le moins possible de lui-même, respectait la préséance de Pierre, le premier des apôtres, pour le laisser entrer en premier dans le tombeau vide.  Vous pensez de votre côté que Jean n’accepte d’y entrer que quand Pierre lui certifie qu’il est vide et qu’il ne se souillera pas en y entrant.

 

-Jean "crut à la vie, lumière éclairant les hommes en venant dans ce monde": j'ai eu la malchance de ne pas aimer la vie, moi qui aimais vivre, et ce non amour de la vie me venait de mon père, à qui j'ai demandé de conscience à conscience, un jour qu'on le croyait à l'article de la mort (et il ne parlait plus) d'où lui venait ce désamour. (J'avais observé une méthode de kynésiologie non visuelle apprise de l'ami d'une de mes cousines.) "D'avoir été orphelin de père à dix ans", me répondit sa conscience. J'ai dit à Dieu: "Si je me suis monté le bourrichon, si tout cela est du bluff, demain il sera dans le même état." Le lendemain, il parlait, l’ironie se dessinait sur son visage et il organisait une réunion où il demanda à chacun ce qu’il pensait de sa mort.

 

-Je me suis toujours demandé pourquoi l'anthropologie faisait de la sépulture le commencement de la civilisation et je préfère répondre avec Jésus: "Laisse les morts enterrer leurs morts."

 

-La descente aux enfers, telle qu'elle est évoquée par le Missel romain, est un des moments les plus poignants de notre Credo catholique. Elle a lieu en ce jour du grand silence où jésus prend la main d'Adam et le réveille. Rien à voir avec les descentes aux enfers d'Homère ou de Virgile qui visitent les lieux, mais ne mettent pas fin à l'anathème de la mort qui ne peut "rendre grâce à Dieu", fin de l'anathème dont n'ont que trop profité les romantiques.

 

-L'histoire du pauvre Lazare rappelle celle de l'infirme de Béthesda qui trouve le moyen de venir tous les jours pendant 38 ans sans que personne l'aide à plonger dans la piscine. Et il en est pour lui reprocher de se victimiser devant Jésus en réponse à son "Veux-tu guérir?".

 

-Le cheval pâle et l'Hadès qui le suit rappelle le cheval noir (ou le mauvais cheval) du Phèdre de Platon.

 

-Incroyable que Pierre sache ce que Jésus a fait aux enfers et le relate dans sa première épître. En avait-il fait confidence aux apôtres pendant les "blancs" que laissent les Evangiles sur les rencontres, pourtant si belles et si profondes, de la Résurrection ? "Par l'Esprit aussi Jésus-Christ alla prêcher aux esprits qui étaient retenus en prison, qui autrefois avaient été incrédules, lorsqu'au temps de Noé ils s'attendaient à la patience et à la bonté de Dieu, pendant que l'on préparait l'arche dans laquelle peu de personnes, savoir huit en tout, furent sauvés au milieu de l'eau".

Les termes sont précis : l'oeuvre de Jésus aux enfers consiste à prêcher aux morts qui n'ont pas eu l'occasion de répondre au Seigneur durant leur vie. C'est une chance ultime qui leur est laissé de se prononcer pour Jésus devant les hommes pour que Lui se prononce pour eux devant son Père au plus haut des cieux." Je vous cite non sans rappeler cette formule que vous répétez depuis longtemps: "En enfer, il n'y a que des volontaires." Un prêtre de Mulhouse a un discours très élaboré sur les fins dernières. Il dit trois choses:

 

    1. "Au paradis, vont les bons et les méchants repentants."

 

    2. "Vous serez jugés sur l'amour, sur l'amour que vous avez donné et sur l'amour que vous avez reçu."

 

    3. "L'éternité, ce n'est pas long, surtout vers la fin, car l'éternité n'est pas une question de quantité, mais de qualité et de densité. On ne s'ennuiera jamais pendant l'éternité."

 

Je lui ai dit un jour que j'avais déclaré forfait au combat spirituel, il m'a répondu qu'on n'avait pas le choix. J'entends bien, mais je ne peux pas. Je suis un ennemi beaucoup trop puissant pour moi-même." Qui refuse ce combat fait ce que vous appeliez "le choix du non choix" dans "Délivrés" et se condamne à rester un "homme psychique" ne manifestant pas sa volonté de puissance, mais ne poussant pas le désir jusqu'à la puissance, disant avec Thierry Piras que le désir débouche dans l'impuissance.

 

-Le Signe de Jonas, le refus de Jonas: et quand les Ninivites se convertirent, Jonas est de nouveau outré, comme plein d'eau et bon à retourner dans la baleine. Il a fini par faire ce que Dieu voulait, mais il n'a rien compris.

 

 

 

-Le Christ ne nous a donné que le signe de Jonas qui ne rend pas notre conversion évidente, parce que, qu'un homme soit ressuscité, c’est merveilleux, en quoi ça nous concerne?

 

- "[Jésus] est l'Innocent par excellence. Et puis cette dureté, cet endurcissement dans le péché, il l'a ressenti à ce moment précis, mais venant des hommes contre sa personne." Je ne sais pas pourquoi René Girard a considéré comme indispensable que la victime expiatoire soit innocente. Par vous, j'ai connu, discuté avec et lu Jean-Marc Rouvière qui avait écrit: "Adam... ou l'innocence en personne." La nature humaine d'avant le péché était foncièrement innocente. Les pessimistes comme Luther disent qu'après le péché, elle est totalement coupable et contaminée. La vérité est sans doute entreLuther et Rousseau : l'homme d'après le péché n'est plus qu'à moitié bon, mais il n'est pas non plus tout à fait mauvais. Je me dis souvent que Jésus aurait voulu qu'un Abraham se porte à son secours: "Seigneur, et si tu te contentais d'un regard pour nous sauver !" Au lieu de cela, il a été laissé seul avec sa conscience: "Père, si ce calice peut s'éloigner de Moi, et cependant non pas ma volonté, mais la tienne."

 

-La mort est un enfantement: "Nous sommes baptisés dans sa mort et dans sa résurrection dit saint Paul aux Romains (6). Pas forcément comme des intégristes, mais en tout cas comme des pécheurs. Nous connaîtrons la mort, nous resterons trois jours et trois nuits dans le ventre du monstre marin, nous vivrons dans cette sorte d'utérus spirituel, dans une ultime expérience du mal (la mort) qui nous donnera un goût éperdu pour la vie. Nous supporterons notre finitude et nos péchés, pour mieux recevoir l'éternité : pas comme un dû, comme un don."

 

-Entendu hier à la messe dit par un prêtre âgé qui a le génie de la simplicité: ressusciter, re-susciter, et j'ajoute re-stimuler, re-mobiliser, ré-excité, au sens intérieur du dynamisme de l'excitation à vivre ou de l’élan vital.

 

-Job "n'est pas loin de penser que Dieu le hait", et il est le premier des héros bibliques à qui sa femme a proposé l'euthanasie: "Maudis Dieu et meurs", à quoi il a répondu: "Je sais que mon Rédempteur est vivant."

 

-Jésus, le racheteur, qui pratique pour nous la loi du Lévira. Je suis sûr qu'il a racheté l’âme de Baudelaire, qui l'avait vendu au diable un soir au jeu, raconte-t-il de manière rien moins qu'anodine et plus que symbolique dans un de ses célèbres petits poèmes en prose.

 

 

""Quels que soient les événements dieu aura le dernier mot." (le Père Dhormes dans son "commentaire monumental" du livre de Job. Le dernier mot est la rémission des péchés, ce qui rend intrinsèque à l'Eglise "la culture de l'abus", mais toute vie est abusive et ratée et l'Agneau de Dieu enlève le péché du monde, pas seulement les petits péchés un à un: la  nouvelle traduction liturgique de l'Agnus Dei  en Français me donne de l'urticaire même si elle est fidèle au pluriel latin « pecata ». Il y a une opposition entre Jésus et le Péché et Jésus n'est pas un ramasse-poussière armé d'une balayette, c'est un aspirateur qui aspire nos âmes en même temps que le péché.

 

 

-Job avait pressenti une dimension salvifique en Dieu, qui se trouve être sa deuxième personne. Mais il pressent aussi le Paraclet, l'Esprit défenseur et consolateur: ""Ce témoin doit descendre du Ciel sur la terre" commente le Père Dhorme au vu de cet autre texte : "Le témoin de mon innocence est dans le ciel et celui qui connaît le fond de mon coeur réside en ces lieux sublimes"."

 

"La Création n'est pas finie" et "le mal vient de cet inachèvement."

 

-Le racheteur est "au-dessus de la poussière", il ne la mord pas. Notre destinée est "au-dessus de la poussière, super pulverem, note encore Cajetan."

 

 

-Saint Paul a compris le mystère cosmique du Christ et il a également compris le mystère temporel de la condition humaine, qui "se connaît comme l'énigme dans le miroir" et qui, quand elle aura passé la mort, connaîtra comme elle est connue. Ma mère a réalisé des oeuvres d'art avec des bris de miroir, des oeuvres de cette ligne brisée qu’est la vie.

 

-La Création me semble moins "en attente" du "dépassement" de "l'à quoi bon" que de la réalisation de l'amour pour lequel l’homme a été périmétré pour s'inscrire dans la circonférence de Dieu.

 

- "Jésus est ressuscité une fois pour toutes", mais l'homme ressuscite au jour le jour. Un cantique, "Dans la puissance de l'Esprit", énonce cette autre réalité magnifique: "Il est ressuscité pour toi."

 

"Jésus a mangé en union avec ses apôtres": Il leur a préparé un feu. La plus belle chose qu'un homme m'ait dite après que je lui eus demandé "Coment ça va?" "Pas bien, Julien, je vieillis, mais j'ai toujours le même feu en moi." La métaphore du festin définit le Royaume de Dieu. "Que signifie manger en union avec ses apôtres?" Peut-être que Michèle Reboul est moins naïve qu'il y paraît quand elle imagine que Jésus a appris à ses apôtres à dire la messe entre la Résurrection et l'Assention.

 

- Jésus a préparé un feu à Ses apôtres dans lequel Il a fait brûler des poissons que personne n'avait jamais pris et que peut-être Il a créés pour l'occasion: la Création s'achève dans la Rédemption et la Rédemption se parfait dans la Création continuée (et non pas achevée).

 

-"Ecclesiade Eucharistia" m'a appris que les espèces du pain et du vin disparaissent complètement sous l'effet de la transsubstantiation dans la présence-absence de Dieu à jamais avec nous, si loin qu'on peut en douter et si proche qu'on peut le toucher.

 

-Le Christ est absent et il est abstème: il ne boira "plus du fruit de la vigne" par lequel Son Sang se transforme, jusqu'au jour où Il en boira à nouveau dans Son Royaume avec Ses disciples, Royaume où le bon larron fut le premier entrant.

 

-Que Jésus se soit fait homme à l'exception du péché serait un oxymore si Jésus n'avait pas devancé volontairement cette conséquence du péché qu'est la mort sans que "l'envie du malin" puisse faire entrer la mort dans le don de sa vie comme elle l'avait fait dans le monde, nous dit le Siracide.

 

Jésus monté au ciel :-"Je crois bien que j'ai trouvé mon ciel sur la terre, car le ciel c'est Dieu et Dieu est dans mon âme." (sainte  Elisabeth de la Trinité)

 

-Le ciel est un lieu dans la lumière, donc c'est un non-lieu au sens topologique et topographique.

 

-Le Christ exerce le pouvoir  "assis à la droite du Père", et c'est lui qui donne aux brebis qui comme lui ont fait le bien d'etre du même côté du Père, à sa droite.

 

-L'abbé Guy Pagès m'a dit un jour, comme je me complaignais que j'avais très mal mené ma barque: "Mais ça n'a aucune importance, ça. Dieu ne regarde pas au résultat, Il regarde au désir." Et j'ai osé lui répondre du tac au tac: "Je crois que je suis assez inattaquable sur le plan du désir." Précédemment dans la même conversation, il répondait à ma question: "Comment justifier l'existence de l'enfer?" "Si Dieu le supporte, supportez-le. Ne faites pas comme les modernes, partez du principe, chaque fois que vous vous posez une question, que vous devez innocenter Dieu et ne pas Le soupçonner a priori."

 

 

- "Croire dans" ou "croître vers" et non « croire au Saint Esprit ». L'autre erreur concernant le Saint Esprit, je la trouve dans le symbole de Nicée-Constantinople qui en parle au passé, si l'on est optimiste parce que l'Esprit est la mémoire de Dieu qui nous Le rappelle, si l'on est pessimiste dans le but de L'éteindre, comme toutes les religions ont fermé la lumière de la prophétie.

 

-"Je crois dans l'Esprit Saint, d'où découlent (ou qui se développe en toutes ces choses éminemment présente que sont) la sainte Eglise catholique, la communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair » et « la vie éternelle."

 

-L'Esprit Saint, c'est ce que reçoit l'orphelin de Dieu après l'Assention de Jésus et qui le console.

 

 

-"l'Esprit Saint est l'âme de l'Eglise" : toutes les appositions qui suivent sont les oeuvres de miséricorde de l'Esprit.

 

 

- "notre Dieu est unique parce qu'il est infini. Mais il n'est pas seul parce qu'il est amour."

 

 

Amitié,

 

 

Julien » 

mardi 26 avril 2022

Macron ou le désordre du monde

    Macron est le garant d'un ordre du monde en désordre, d'un monde en déconstruction, où il n'y a plus ni hommes ni femmes, où les esclaves sont libres par procuration d'émancipation utopique, optative ou espérée, où les écoliers sont conduits par un algorithme au choix de leur orientation professionnelle (cf. Parcoursup), où les valeurs humaines sont portées par un homme-machine, le président, qui n'est pas dénué de compétence dans son domaine de gouvernance surveillée (et là je ne parle pas de la surveillance qu'il exerce sur ses concitoyens, mais de celle qu'exerce sur lui ce que sous Trump on appelait l'Etat profond.


En République où s'exerce une démocratie au scrutin majoritaire à deux tours sans que le nombre en soit impair ou premier, il n'y a pas de place pour trois,  seulement pour deux. Tant que la politique était saine et marchait sur ses deux jambes, il y avait une droite et une gauche. Mais depuis quarante ans, la dynastie Le Pen s'est octroyée une rente politique en s'arrogeant un monopole sur le nationalisme qu'elle présente sous des traits fâcheux qui l'ont fait entrer dans une impasse. Voyant que l'aile centriste ne pouvait se débarrasser de ce tiers excluant qui devenait le pôle négatif du duopole, le centre s'est réuni contre ce pôle négatif et puisque ce parti familial ne veut pas mourir, on déplore la mort des partis traditionnels qui nous servaient de jambe droite et de jambe gauche.


Mélenchon voudrait bien ranimer la flamme de la gauche, mais il y a un pragmatisme de l'état de grâce et malgré ses coups de menton, cet éternel candidat à la Vième République n'a pas installé assez tôt ce rêve  d'une République parlementaire et d'un gouvernement qui en serait issu pour l'installer et le faire lever. Il a préféré l'excitation de la présidentielle à enraciner un projet de cohabitation pouvant ressusciter la gauche plurielle à laquelle seul Lionel Jospin reste fidèle: ce n'est pas François Hollande qui aurait donné acte au leader de la France insoumise d'être le chef naturel de la gauche en décomposition et en mal de coalition.


tout à son triomphe modeste (il ne nous en avait pas donné l'habitude), le président ripoliné nous dit que cette élection l'"oblige". Chirac nous racontait la même baliverne en 2002, il prétendait même nommer un "gouvernement de mission", et Jean-Pierre Raffarin sortit de son chapeau, qui prépara l'acte II de la décentralisation de la France, laquelle acheva de faire de la province un désert médical et culturel aux routes cabossées et aux promesses jamais tenues de dotation territoriales à la hauteur des nouvelles compétences des soi-disants"territoires, terme bien féodal, que Macron appauvrit encore en les privant de taxe d'habitation sans jamais parler de renoncer pour sa part à la TVA ou de remplir le panier de la ménagère de produits de première nécessité car Macron est chiche et nous en sommes pois chiches.


Macron fait-il le poids en politique internationale? A la veille du second tour, "le Monde" jouait sur les peurs et son directeur nous serinait que le pays était en danger de clanisme et de ne pouvoir relever les défis climatique ou géopolitique. Le défi climatique? Mon climato-scepticisme naturel demande à le voir. Mais Macron est-il à la hauteur du défi géopolitique ? Favorise-t-il la désescalade pour qu'on n'arrive pas à une troisième guerre mondiale d'autant plus intraitable qu'elle ne résistera pas au feu nucléaire et qu'on n'est plus en mesure de traîner notre  complexe munichois face à une puissance nucléaire. Pourquoi Macron déplace-t-il des réfugiés ukrainiens dans des pays d'Europe aussi éloignés que le nôtre ou des pays latins comme l'Espagne ou l'Italie) où ces Russes ou ces Slaves mal occidentalisés  n'ont aucun avenir et où l'on sent qu'ils sont là pour rester? J'en parle à mon aise: mon immeuble, vide pendant cinq ans, vient d'être peuplé de réfugiés ukrainiens et on menace de me déloger pour le rénover une fois que les Ukrainiens seront partis, me dit-on. Les Ukrainiens ne partiront pas, mais moi, je devrais partir en n'ayant aucun impayé de loyer. Comment doit-on vivre ce grand déménagement du monde ou ce grand remplacement quand on est aux premières loges? Macron lest le garant d'un ordre du monde en désordre. 

mardi 12 avril 2022

La France à la peine


L'élection présidentielle me laisse une impression de tristesse. Certains estiment que, si Marine Le Pen passait, ça provoquerait une guerre civile en France. Je ne sais pas, mais c'est probable. Au-delà, la question est de savoir si la xénophobie est une variable d'ajustement. L'histoire a longtemps été xénophobe et a consisté en une lutte des nations contre les étrangers. Et puis la Seconde guerre mondiale est passée par là et a essayé de construire des coalitions de nations qui ont fonctionné tant qu'il y avait deux blocs, mais qui ne fonctionnent plus: l'Union européenne étouffe sous sa bureaucratie et pourrait en mourir comme le communisme. François Asselineau avait été visionnaire en proposant la francophonie comme une alternative pour la France, mais il est inaudible ou il est en avance sur son temps. La xénophobie n'est plus de mise puisque beaucoup d'immigrés vivent avec nous et ont intégré nos nations. Pourtant  certains immigrés voudraient voter pour Le Pen, mais au moment de faire le pas décisif, ils ne se sentent pas prêts et on les comprend, ils auraient l'impression de voter contre eux-mêmes. Peut-on décemment les traiter en ennemis en votant contre eux? Cela m'a toujours mis mal à l'aise. Je ne pensais pas m'abstenir, aujourd'hui je ne sais plus, mais je necrois pas et je ne voterai pas Macron. 


Marine Le Pen a fait une campagne particulièrement nulle, d'une nullité qui confinait quasiment à celle de son débat avec Macron. La question de ceux avec qui Le Pen fille ou Le Pen père gouverneraient se posait depuis 2002. A supposer qu'elle gagne la présidentielle, elle peut d'autant moins gagner les législatives que tous ses cadres l'ont abandonnée pour redonner dans une scission villiéro-mégrettisteavec un candidat mieux cortiqué que Bruno Mégret et moins caricaturalement aristo décadent que Philippe de Villiers, car Zemmour a beau cliver, il est mondain et était introduit dans tous les milieux, dans toute la classe politique avant d'extrémiser son discours pour correspondre à ce que pense la bourgeoisie xénophobe. Marine Le Pen est seule, est plus seule que jamais. Depuis qu'elle dit avoir du coeur, elle est un peu seulette. 


La vie familiale de Zemour, de Villiers, des Le Pen n'est pas exemplaire, accusent ceux qui voudraient u ne conformité des actes et des paroles chez ces défenseurs de la famille. Elle est marquée du sceau de l'incohérence, mais peut-on faire un procès en incohérence? Tout être vit d'incohérences majeures. Un ami prêtre me disait ce matin que si nous n'étions pas un chaos, il n'y aurait pas besoin du Christ, d'un Sauveur, ou nous pourrions avoir un Sauveur beaucoup plus simple, nous qui sommes complexes. 


Le Pen père a-t-il torturé comme on l'en acuse? Il le nie, j'ai envie de le croire. La famille Le Pen, ce sont les atrides. Elle détient une rente politique qui bloque le pays. Le père était flamboyant, odieux et visionnaire, sa fille est fragile et insuffisante, la nièce est raide, suffisante et surcotée. La droite répubicaine est en miettes. Que Valérie Pécresse se soit endettée personnellement peine pour elle, mais elle n'avait pas l'étoffe pour être présidente. Tout sonnait faux. Moi qui suis d'un antimacronisme primaire, je prévoyais qu'elle pourrait être pire que Macron. 


Cinq ans supplémentaires de macronisme, combien de Gilets jaunes, combien de casse sociale? Je crois qu'il vaut mieux éviter cela que de  s'interdire de voter Le Pen, mais si mon vote Mélenchon du premier tour est un vote de coeur, je ne sais pas si le vote que j'envisage pourle second tour  est un vote de raison. Le Pen propose une politique qui ressemble beaucoup à celle de Mélenchon, mais avec des éléments d'inhumanité dès qu'il s'agit des étrangers. Peut-on être tendre avec les siens et dur avec les autres? 


Je pense même que Zemmour et Mélenchon faisaient presque la même analyse du monde, mais Mélenchon appelait "grand déménagement du monde" ou "créolisation" ce que Zemmour appelait "grand remplacement". Nommer autrement le même phénomène, c'était une manière de contourner par l'humanité une difficulté politique, une difficulté de "vivre ensemble" que je n'ai pas souvent ressentie, mais je ne suis pas exempt de racisme, j'ai eu trois épisodes racistes dans ma vie, dont je ne suis pas plus fier que du mal que j'ai pu faire, quel qu'il ait été. 


 Mélenchon déteste plus le fascisme de Le Pen que le libéralisme inhumain de  Macron, c'est un humaniste caractériel. Je n'ai jamais compris pourquoi ce choix s'imposait à lui sans discussion et il n'a jamais varié, n'en déplaise aux chroniqueurs menteurs ou superficiels. Il a dit il y a cinq la même chose que ce qu'il a répété quatre fois dimanche soir. L'insoumis croit-il qu'il va se faire obéir? Tout cela raconte un triste climat social au début de ce qui est pour les chrétiens la semaine sainte, celle du grand Mystère, la même qui a vu il y a deux ans, le lundi saint, l'effondrement de Notre-Dame, dont on ne saura jamais s'il résultait d'un incendie criminel ou involontaire. Faudra-t-il boire notre calice jusqu'à la lie? On n'a pas le choix de ne pas porter sa croix, sauf celui de mourir pour refuser de renoncer à soi-même. Je le dis, moi qui cours ce risque tous les jours, après avoir fait de mauvais choix à l'adolescence et j'ai peur d'en changer, car on sait ce qu'on perd, on n'est jamais sûr de gagner.

vendredi 1 avril 2022

Mes nouvelles aventures, les Ukrainiens et moi

Mes nouvelles aventures, les Ukrainiens et moi


Mail reçu de mon bailleur, Adoma, bailleur social, ce matin à 11h06 après qu’il a rempli mon immeuble, laissé vide pendant cinq ans, de réfugiés ukrainiens : 


« Bonjour, M. INZAEPFLEN,

Suite à mon appel téléphonique et au message laissé sur votre répondeur, nous aimerions vous rencontrer aux terrasses 

des maréchaux, dans la salle de réunion afin d’échanger avec vous sur les modalités 

de relogement possibles et la régularisation du chauffage de l’année 2021. 

Je vous propose :

Le jeudi 7 avril, après-midi.

Ou Le vendredi 8 avril, le matin.

Dans l’attente de vous lire.

Bien cordialement. » 

S’ils l’envisagent, c’est que ce mastodonte de l’hébergement d’urgence appartenant à la Caisse des dépôts a dû trouver un biscuit juridiquepour me mettre dehors (je n’ai pas d’impayé de loyer et n’ai reçu aucun rappel de chauffage) et pour me proposer, j’imagine, de prendre mes quartiers dans l’ancien foyer Sonacotra qu’ils gèrent à Mulhouse (la Résidence du soleil), en laissant leurs appartements de luxe (dans quel but ?) à ces gens qui ne sont pas là depuis dix jours et qui n’ont pas d’avenir en France. Donc ma réponse n’a pas tardé :


« Bonjour, M. K,


"Modalités de relogement", en quel honneur?


Pour ce qui est de fixer un rendez-vous, le 7 avril après-midi me conviendrait mieux, mais plutôt vers 16h, j'ai des obligations auparavant. Il y aura en effet matière à discussion. (…)


Je trouve très cavalier de parler de "relogement" dans un message téléphonique ou dans un mail sans m'avoir avisé de quoi que ce soit au préalable. Je trouverais cela amusant si ce n'était pas révoltant, surtout après le repeuplement sans crier gare de l'immeuble que j'ai occupé seul pendant cinq ans par des réfugiés ukrainiens qui ne font que monter et descendre en claquant les portes toute la sainte journée et qui ne me font nullement l'effet,ni par leurs vêtements (qu'on m'a décrits) ni par leur manière d'aller et venir, de gens traumatisés. Je suppose qu'ils n'ont ni loyer à payer, ni arriéré de chauffage, ni rien du tout, qu'ils ne devront pas attendre deux fois trois mois pour que soit réparé l'ascenseur quand il sera bloqué et qu'ils n'auront qu'à claquer des doigts pour qu'on leur envoie un chauffagiste alors que j'ai passé tout l'hiver avec deux radiateurs qui ne fonctionnaient pas, malgré au moins deux relances que je vous ai adressées. J'ai déjà constaté qu'on a depuis leur arrivé rouvert les toilettes des parties communes dont vous-même m'aviez refusé l’accès lorsque les miennes étaient bouchées. Tout ceci est à l'avenant de la gestion de cet immeuble depuis qu'Adoma en a pris les rennes après la session de Pacagest. 


Donc je confirme qu'il y aura matière à discussion et que je ne suis pas décidé à me laisser faire sans réagir. 


Cordialement,


 

JW

vendredi 18 mars 2022

L'autonomie de la Corse ou d'un séparatisme l'autre

Il y a des séparatismes interdits et des séparatismes tabous. Interdit, le séparatisme islamiste vis-à-vis de la République ; mais tabou, le séparatisme corse vis-à-vis du jacobinisme de la République tellement une et indivisible en théorie que parler d’ »autonomie » de l’île de beauté paraissait inenvisageable, de Lionel Jospin à Nicolas Sarkozy, qui sont allés le marteler de toute leur superbe républicaine de chefs d’Etat ou de gouvernement.

 

Et il y a des tabous que font soudain lever les séparatismes interdits: l’agression d’Yvan Colonna par un adepte du séparatisme islamiste rend possible de parler d’autonomie en Corse, d’après l’exécutif devenu totalement clientéliste en fin de mandat de Jupiter le Piteux, le surdoué qui a tout raté, sauf sa sortie sans le pompon pour un nouveau tour de manège  et un quinquennat supplémentaire où seront autotamponnés les automobilistes voire moins si non affinités qui mettront un bulletin dans l’urne en faveur de ce chef de guerre taxe-carboniste qui les gillet-janise chaque jour un peu plus.

 

Il y a pourtant plusieurs manières de concevoir la République. Je suis trop jacobin pour comprendre la subtilité du Concordat maintenu en Alsace-Moselle au bénéfice des « travailleurs de l’Eglise » dont je suis, moi qui ai tendance à scier la branche sur laquelle je suis assis.A mes yeux, les Corses ne sont pas plus que les Alsaciens légitimes à présenter des revendications autonomistes, mais c’est moi qui manque d’ouverture d’esprit. Il doit pouvoir exister un modèle de République séparatiste et concordataire où l’autonomie de la Corse et le statut différencié face à la séparation des Eglises et de l’Etat ne devraient pas nuire à « l’unité dans la diversité » de la nation française.

 

J’avoue ne pas comprendre ce modèle de République divisible où l’autonomie de la Corse devrait pouvoir exister face au droit local alsacien. N’importe : si l’on promeut ce modèle intelligent et respectueux des traditions régionales pour ne pas dire territoriales de la France, fallait-il ne le concéder qu’à trois semaines du premier tour de l’élection présidentielle, au risque que ce désaveu  de toute la doctrine républicaine vis-à-vis de la Corse ne passe pour le dernier reniement duquinquennat macroniste ?

 

J’oubliais qu’une règle de la promotion informative de ce régime est que ceux qui s’en font les propagandistes ne rappellent jamais au génie des carpettes qui lui sert de Jupin anti-boulangiste, quel contraire il a dit, par rapport auquel le tout du lendemain est la nuit ou le contre-jour de tout ce qui a précédé.

 

La République macroniste ne devait être à aucun prix séparatiste, et voici que l’autonomisme corse est approuvé et concédé après que, depuis sept ans, un pouvoir autonomiste qui ne demandait qu’à dialoguer avec la république française et qui a remporté la majorité absolue à l’Assemblée de Corse sous l’égide de Gilles Simeoni, s’est vu constamment opposer une fin de non-recevoir par ce pouvoir qui veut à présent faire une fin, à la grande vexation de Jean-Guy Talamoni, qui ravive les mannes de l’ex-FLNC.

 

Cette concession est accordée parce que la contestation d’un Prophète d’autrefois a été menée dans sa prison par le clan corse et le chef de la bande Yvan colonna, au mépris du scénario du film éponyme de Jacques Audiard, qui montrait la mainmise du clan corse sur les prisons françaises, sous le nom d’Un prophète.

 

Il est strictement interdit de contester le dogme de la culpabilité d’Yvan Colonna dans l’assassinat du préfet Erignac sous peine d’attenter à l’autorité de la chose jugée. Pourtant la peine contre Yvan Colonna est suspendue jusqu’à rétablissement du prévenu, le temps qu’il prenne le maquis  si on le fait évader de l’hôpital avant son rapprochement en Corse en cas de rétablissement. Contester, même à titre hypothétique, la culpabilité d’Yvan Colonna serait aussi grave que de contester l’innocence de Dreyfus. Et sous-entendre que l’autonomie accordée in extremis à la Corse revient à reconnaître un séparatisme comme un autre (comme le séparatisme islamiste ou comme le séparatisme ukrainien par exemple… ?) serait commettre un délit d’opinion de lèse-exécutif macroniste.

 

L’autonomie de la Corse a toujours été encouragée et l’exécutif n’est pas lâche ou opportuniste, il faut désinfecter le cerveau malade et désinformé des complotistes, ces gens dangereux pour le rythme de la partie d’échecs qu’est la diplomatie contemporaine en garde contre toutes les crises, où le droit du premier occupant, du plus fort ou du plus juste pourrait avoir le dernier mot malgré tous les constructivismes politiques. 

mercredi 9 mars 2022

Macron sera réélu dans un monde en guerre

Qui l'eût dit? Qui l'eût cru? Vous Philipe. En pleine tourmente des Gilets jaunes, certains prévoyaient que Macron serait réélu. Cela paraissait fou, mais cela va arriver. Comme dit le proverbe, il n'y a de chance que pour la canaille qui nous avait fait "rêver d'un autre monde" dont on n'a pas vu la couleur ni compris les contours, sinon qu'il se proposait de recycler de vieilles barbes, car Macron est un jeune vieux.


Qu'un président gouvernant mal soit réélu, cela est arrivé deux fois dans la Vme République et je dirais dans deux réélections sur  les trois qui ont eu lieu au cours de ces près de 65 ans. Chirac et Mitterrand, tous les deux réélus, ont touché une prime à l'inertie. Ce qu'a d'inédit cette configuration est que Macron s'est révélé un président actif. Son quinquennat fut celui des tempêtes et sa réélection se fera dans la tempête. Elle se fera au bénéfice d'une crise extérieure où Macron paraît un élément de stabilité. 


Cette prochaine réélection achève de prouver que les Gilets jaunes avaient raison et que la démocratie représentative est à bout de souffle. Non seulement elle donne les clefs du pays à un élu qui peut faire ce qu'il veut sans aucun droit de remontrance de ses concitoyens et avec un Parlement croupion qui est devenu une chambre d'enregistrement, mais quand vient le moment de réélire ce président impopulaire, il est rélu par défaut.


Et sinon, dans cette période dangereuse où tout est chamboulé, dans cette période où je ne voudrais pas être de la génération de mes parents, être né pendant la guerre et craindre de laisser à ses enfants et ses petits-enfants un monde en guerre, qui n'a rien appris  ni rien compris, qui a détruit et cassé les jouets de la Reconstruction, on peut remarquer en vrac:


-qu'un vrai problème chasse un faux problème, une guerre chasse un virus, le virus contre lequel on était en guerre, a dit Macron, mais on n'est pas en guerre contre la Russie, le belligérant dont on combat et désapprouve l'invasion de l'Ukraine. 


-Paul-Marie Couteaux avait intitulé un de ses livres "L'Europe vers la guerre". Au vu de la  promptitude européenne à s'unir contre la Russie et son aventurisme cruel et nucléaire,  on craint de voir l'Europe se faire par la guerre, elle qui nous était présentée comme un instrument de paix.


-L'Europe qui a réagi de façon émotionnelle depuis le début de cette crise. Que fallait-il faire? Prendre des sanctions contre les oligarques, faire un blocus contre la finance russe, geler les avoirs du pays, mais certainement pas récuser ses sportifs ou ses gens de culture, et certainement pas faire la fine bouche devant ses énergies fosciles et boycotter son pétrole et son gaz (la Russie va fermer le robinet avant que le prochain sommet européen ne décide dans quelle mesure l'Union  continuera de s'approvisionner chez son ennemi en oubliant les torts de l'Iran, du Qatar, du Vénézuela ou des pays du golfe).


-Emotion encore que celle qui consiste à organiser l'accueil à l'Ouest de réfugiés ukrainiens, comme si leur exode n'était pas transitoire et comme si on se résolvait à ce que la Russie ait gagné la guerre en Ukraine, ce qui sera certainement vrai militairement, mais non pas politiquement: la France a connu ce précédent en Algérie. Car on voit mal comment le régime de Poutine survivrait longtemps à sa victoire en Ukraine en étant isolé dans un monde interdépendant. Certes, la Russie a gardé une grande proximité avec l'Inde et la Chine qui forment  la moitié de l'humanité, Mais la Chine ne laisse pas de traîner les pieds à défendre la Russie et cette alliance peut-elle faire contrepoids à l'occidentalocentrisme qui définit pour l'heure l'ordre du monde? Le mot "déclin" est certes contenu dans celui d'"Occident" puisque le soleil se couche à l'Ouest, l'Europe est tellement habituée à dominer le monde qu'elle a peine à envisager l'ordre du monde qui pourrait la remplacer. Du moins l'Européen que je suis éprouve cette peine au sens propre et au sens où je n'arrive pas à me le figurer.


-L'Otan a loupé le coche avec la Russie en lui refusant l'entrée du pacte atlantique. Pourtant lorsque les Européens ont supplié les Etats-Unis de confirmer qu'ils sortaient de leur isolationnisme pour promettre de la défendre en cas d'agression soviétique, ceux-ci ont exigé qu'aucun ennemi ne soit désigné, contre lequel se constituerait l'Alliance. En droit donc, la Russie aurait pu entrer dans l'Otan. Pourtant, selon Poutine, Bil Clinton haussa les épaules quand il évoqua le sujet. 


Mais l'Europe a plus encore loupé le coche avec la Russie. Je lisais sur le blog de Maxime Tandonnet que Mitterrand, le même qui n'envisageait pas la réunification allemande et s'empressa d'abandonner Gorbatchev quand il craignit qu'un coup d'Etat n'ait rétabli le régime soviétique d'avant la Perestroïka,  avait envisagé que la Russie intégrerait l'Union européenne et avait rédigé le traité de Maastricht sinon à cet effet, du moins de manière à ménager cette possibilité. Mais la Russie n'a pas fait partie des nations auxquelles l'Union européenne proposa de s'étendre et de s'élargir. Une belle occasion perdue que celle qui aurait tracé un axe Paris-Berlin-Moscou dans une amitié aussi relative avec les Etats-Unis que n'est relative la considération qu'ont ceux-ci de leurs alliés, espionnables à merci et qui doivent lever une armée si les Etats-Unis décident de partir en guerre et de  gendarmer un pays, ou renoncer à se battre si le Congrès ne veut pas engager les soldats américains dans la bataille. Hollande en a fait les frais quand il voulut aller se battre en Syrie, et le refus d'Obama a fait le bien de la France. Hollande nous a refourgué Macron et Macron sera réélu dans un monde en guerre pour un nouveau quinquennat de tempête. 

mercredi 2 mars 2022

La campagne ukrainienne et notre campagne



     1. La guerre et les crises participent à la baraka. 

En 2002, j'écrivais dans mon "Journal intimement politique" (texte que j'envisageais de retravailler, mais à quoi bon? Quel intérêt aurait-il maintenant, sinon documentaire?) que Jacques Chirac avait beau s'y être repris à trois fois avant d'arriver au pouvoir et de n'en rien faire, le fait de se retrouver, grâce au piège mitterrandien, face à Le Pen qui servait d'épouvantail national,     au second tour de l'élection présidentielle, reléguant un Lionel Jospin qui n'avait pas démérité, tenait de la baraka d'un arriviste, finalement arrivé, mais en vain.

Emmanuel Macron a le même genre de baraka pour arriver plus vite en le désirant moins, en ayant une vision sans être visionnaire, bénéficiant de pis qu'une crise, une guerre et en se tenant à équidistance du bellicisme des "casques à pointe" et d'un pacifisme de la diplomatie à tous prix portée par un Mélenchon dont les positions sont les plus équilibrées depuis le début de ce qui nous arrive, bien que la vie aimant jouer de paradoxes, l'équilibre politique soit porté par le candidat le plus caractériel, pour qui je crois que je ne pourrai  plus résister à voter, ma religion est presque faite pour cette élection, mais je suis un très mauvais baromètre de la victoire: tous les candidats que j'ai votés ont systématiquement perdu à plates coutures.

Si Macron l'emporte, ce sera, au-delà de la chance et des paradoxes dont aime à jouer la vie, l'effet d'une sorte d'injustice transcendante, car Macron aura concentré une haine sans pareil, qui aura quelquefois fait craindre pour sa vie, au point que j'ai moi-même dû intituler un billet de blog, toute honte bue, "Macron ne doit pas être décapité" s'il doit être destitué; il aura énucléé ses gens et traité le sentiment de déclassement avec un mépris de classe inédit sous la Vème République qui était celle de l'égalité des chances  dont il feignait de se réclamer tout en étant lui-même l'archétype de l'héritier bourdieusien; il aura mis sous cloches covidienne ses Gilets jaunes rentrés à la niche; et il va repasser au prix d'une crise extérieure, où il donne l'impression de "faire le job" et d'être à la hauteur en faisant des moulinets, qui n'ont strictement aucun impact pour ramener les belligérants à la table de négociation, Poutine ayant fait une proposition (la neutralisation de l'Ukraine) qu'il ne prend pas la peine de discuter. Mais il a l'habileté  de se placer dans le camp des modérés, en mettant au premier plan rhétorique l'humanitaire au détriment de la "guerre économique" de son ministre Bruno Le Maire ou de "l'alliance nucléaire" de son autre ministre Jean-Yves Le Drian, qui mettent pourtant en musique la politique présidentielle. 

Macron a le génie de donner l'illusion de la pondération malgré son exaltation.


    2.Zemmour pâtit de son tropisme nistorien: à force d'expliquer la politique par l'histoire, il ne sait plus l'incarner et paraît dépourvu quand le présent lui impose de trouver des solutions qui pourraient l'obliger à se déjuger momentanément. L'avertissement lui a souvent été lancé, il ne l'a pas écouté, il risque d'y manger son chapeau et sous certains aspects, c'est dommage, car il n'est pas le plus incompétent. 


    3. Le seuil d'incompétence a été (à nouveau!) atteint par Marine Le Pen qui se contorsionne pour faire oublier qu'elle est poutiniste. 

Quand j'ai commencé de regarder son émission "Face à BFM" et que je l'ai entendue bégayer et paraître se pâmer de respect devant Macron au travail, j'ai bien cru qu'elle nous faisait, dès ses cinq cents signatures obtenues, une resucée du grand débat raté sans même qu'elle ait des contradicteurs face à elle, car les journalistes ne lui ont pas glissé beaucoup de peaux de banane: il leur suffisait de la faire tomber mollement de sa chaise sur l'air de Madame Michu ("le bon sens près de chez vous") et de: "Maintenant que j'ai du coeur, je suis un peu seulette. Tout le monde me fuit, cui cui, cui cui." 


    4. Elle n'a même pas pensé à exciper  que la guerre en Ukraine lui donnait raison d'avoir voulu sortir de l'Union européenne si celle-ci se mettait au service de l'escalade après qu'on nous l'eut présentée comme ayant été pensée pour éviter la guerre. 

L'Union européenne préfère en effet redonner ses chances à sa communauté de défense sur les ruines de la guerre en Ukraine que jouer les arbitres de la désescalade en pratiquant une politique de sanctions limitées aux oligarques et au système financier qu'elle étend aux mondes sportif et culturel russe, sans parler de l'interdiction de Sputnik ou de Russia today, qui sont certainement des agents de propagande de la Russie autorisés depuis quelques années, mais alors que ne s'est-on demandé s'il était normal qu'une chaîne informant sous pavillon étranger puisse le faire, plutôt que de s'insurger depuis l'élection de Trump que l'argent russe infiltrait les campagnes occidentales. Comme si  l'argent américain qui n'a pas d'odeur ne circulait pas au milieu de notre vassalité culturelle, indifférente à son addiction aux séries qui véhiculent des valeurs émollientes et qui nous hypnotisent, nous qui ne sommes même plus capables, non pas d'offrir un asile diplomatique à Julian Assange ou Edward Snowden (ce serait légitimer le hacking), mais de ne pas souffrir que notre hégémon espionne tous ses alliés jusqu'au plus haut niveau sans que cela entraîne ne serait-ce qu'une rupture provisoire et symbolique de nos relations diplomatiques pendant quelques semaines. 


     6. Cela passe comme une lettre à la poste, car l'Occident aime la paix des Lumières . En Occident, il suffit de dire qu'on est pacifique et d'être ému au spectacle de la guerre pour être au diapason d'une sensiblerie qui nie à la face des peuples que la géopolitique est un rapport de forces. Pour être un artisan de paix à l'occidentale, il faut montrer une émotion de paix. 

Et il ne s'agit plus de discuter en démocratie, surtout avec les psychopathes inaccessibles à l'émotion. La démocratie se réduit comme peau de chagrin. Mêlez-vous d'interpréter le réel et vous êtes complotiste. On ne peut même pas discuter la politique sanitaire, qu'en serait-il d'une guerre? La guerre est une affaire trop sérieuse pour qu'on la confie aux soldats, surtout si la conscription n'est plus de mise. Mais à la table des bourgeois, on entend quelquefois le grand-père saillir: "Ce qu'il nous faut, c'est une bonne guerre", mais ça glisse entre la poire et le fromage, Macron n'est-il pas le président des riches? 

lundi 28 février 2022

Considérations ukrainiennes

La guerre en Ukraine est d’une tristesse sans borne et la seule réaction digne que l’on voudrait avoir  consiste à s’imposer silence. Les chrétiens dont je suis entrent dans trois jours en carême où il s’agira d’être économe de ses paroles et le silence est commandé surtout quand les événements sont si peu lisibles qu’à moins de s’autoriser d’une expertise, le mieux est de n’en rien dire, comme le disait Sosie à la fin d’Amphytrion de Molière et de prier, comme nous y invite le pape François, pour que les armes se taisent. Qu’on se rassure, je vais bientôt me taire, comme je me suis imposé silence à propos de l’opération Barkane depuis qu’un soldat français avec qui j’étais enlié indirectement est mort : je n’ai jamais rompu ce vœu de silence et ne l’ai jamais regretté. Je ne veux pas me taire maintenant, car j’ai besoin de comprendre l’histoire que je vis, et je ne crois pas à la vérité de cet incipit de la Tyrannie du plaisir de Jean-Claude Guillebaud qui dit que « les sociétés humaines comprennent rarement l’histoire qu’elles vivent ». Je crois que cet adage est gros d’une résignation démocratique mal assortie à la démocratie qui est un « régime de la discussion » pariant sur la compréhension ou la capacité de compréhension des peuples. Mais qui croit encore à la démocratie dans les démocraties ?

Ce qui me pousse à prendre la parole est le cynisme avec lequel je vois que les dirigeants européens semblent récupérer ce qui se passe en Ukraine pour justifier et même aggraver les erreurs de leur politique intérieure. J’entends dire que la présidente de la Commission européenne s’exalte : l’Ukraine serait l’une des nôtres et devrait être intégrée sans plus attendre à l’Union européenne, ce marchepied de l’OTAN dont l’extension vers l’Est met le feu aux poudres, sans compter qu’elle aurait dû cesser d’exister depuis la fin du pacte de Varsovie.

J’entends dire que la Commission européenne veut interdire les chaînes Russia today et Sputnik sur tout le territoire de l’Union, car ce seraient des organes de propagande de la Russie ce qui est certainement exact. Mais faut-il s’interdire en démocratie de connaître la position de l’adversaire et substituer la propagande à la propagande ? Le pompon de celle-ci doit être décerné à « France info », la radio de « l’info juste »comme elle se nomme elle-même, qui nous a expliqué une heure durant, dans l’émission « les Informés » rediffusée cette nuit, que « la campagne présidentielle était suspendue » alors que les meetings n’ont jamais cessé et qu’il est important de savoir comment les candidats se positionnent sur la guerre en Ukraine. Jean-Luc Mélenchon avait-il vu juste, non pas en formulant qu’ »on allait nous organiser un attentat », mais profiter de la première crise venue (et celle-ci est grave !) pour  orienter l’opinion publique à la dernière minute ?

Non seulement on veut interdire les chaînes du belligérant qu’on ne soutient pas, mais dans l’émission « Soft power » dont j’écoutais hier soir le podcast, on expliquait que, nous qui nous sommes toujours insurgés contre le  maccarthysme, nous allions délocaliser la finale de la coupe des champions de Moscou à Paris, exiger que tous les sportifs russes concourent sous drapeau neutralisé et que soient démissionnés tous les acteurs culturels russes qui ne se seraient pas déclarés contre l’offensive de Poutine en Ukraine.  

J’entends dire que le président ukrainien invite tous les Européens qui le souhaitent à venir combattre l’arméerusse aux côtés de son peuple. « France info » relaye cet appel et l’initiative de certains volontaires de guerre qui y répondent : le premier s’apelle Maxime,  ne parle qu’Anglais, a l’air désoeuvré et n’a jamais tenu une arme de sa vie ; le second a soixante-treize ans, est-ce un âge pour partir à la guerre ? Que dirait-on si des djihadistes nous racontent tranquillement comment ils s’enrôlent pour partir combattre en Syrie ?

J’apprends que l’Union européenne a débloqué un demi-milliard d’euros pour envoyer des armes aux Ukrainiens et je consonne à l’avertissement de Jean-Luc Mélenchon de ne pas « entrer dans ce nid de frelons », mais d’œuvrer au contraire « pour que les armes se taisent ». (Jean-Luc Mélenchon le marxiste populiste parle comme le pape, péroniste anti-populiste qui croit à l’infaillibilité du sens de la foi du peuple de Dieu.)  Pour faire bonne mesure, j’entends également Emmanuel Macron parler d’envoyer de l’aide humanitaire en Ukraine.

J’apprends que Gérald Darmanin félicite la Pologne et la Hongrie d’accueillir des réfugiés ukrainiens pour mettre ces deux pays en porte-à-faux avec leur hostilité vis-à-vis de la politique migratoire de l’Union européenne. L’exode est un réflexe des temps de guerre, l’urgence peut commander aux Ukrainiens de fuir, mais leur avenir n’est pas dans la fuite ni dans le statut de réfugiés. La Pologne et la Hongrie n’ont jamais été défavorables aux migrations des Européens à l’intérieur de l’Europe, mais redoutent l’hétérogénéité ethnique dans les pays européens. Gérald Darmanin veut leur faire regretter d’avoir refusé la répartition des réfugiés débarqués depuis le couloir libyen dans les différents Etats membre de l’union choisis au fil de l’eau, proportionnellement à la démographie des pays d’accueil et sans égard à la destination souhaitée par les migrants, comme si ceux-ci étaient des variables d’ajustement. Or soutenir que  les hommes sont des êtres génériques universellement substituables et déplaçables est la fine pointe de la théorie du « grand remplacement » portée par Renaud Camus.

J’entends dire en parallèle que Boris Johnson ferme les frontières de la Grande-Bretagne à toute arrivée de réfugiés ukrainiens, même au titre du regroupement familial et cela ne vaut pas mieux.

Mon frère Gilles avec qui je passai le week-end me disait que l’offensive russe interrompait le processus de transition que vivait l’Ukraine, une évolution identitaire analogue à celle, heureuse, qui avait fait que nous, Alsaciens, anciens Galates, Gaulois, Celtes envahis par la Germanie et qui en parlaient la langue, avions apprécié de nous retrouver Français bien que nés Allemands. Je me sens viscéralement Français, francophone et francophile, mais je sais que je ne pourrai jamais me départir de ce qui fait de moi un Allemand sans le vouloir, moi qui aime le comique et l’esprit rabelaisien, mais pas du tout la morbidité ou la scatologie germanique et luthérienne, qui font de la mauvaise tragédie et rendent dramatiques ses névroses et auxquelles (sauf la scatologie) je cède plus souvent qu’à mon tour. Faut-il souhaiter à l’Ukraine de s’occidentaliser ou d’accepter d’être russe ?

J’entends Vladimir Poutine agiter le spectre nucléaire comme Donald Trump avait fait un concours avec le dirigeant nord-coréen, « Little rocket man »,  sur la taille de leurs boutons nucléaires respectifs, et puis l’avait enjoint de promettre qu'il ne ferait plus de tir pour essayer ses armes, promesse que Kim Jong-un s’est empressé de trahir. Mais Poutine est beaucoup plus sérieux que Trump. J’ai découvert peu avant le déclenchement de l’offensive russe contre l’Ukraine, grâce à un article de Françoise Thom,  que la rhétorique de l’effondrement du monde par le recours à l’arme nucléaire est monnaie courante en Russie, Poutine étant allé jusqu’à demander ce que vaudrait un monde sans la Russie, ce qui l’excusait, estimait-il, de détruire des pans entiers du territoire de ses ennemis. Je veux  bien faire la part de l’âme slave dans ces excès ou écarts verbaux, et aussi reconnaître que, depuis Hiroshima et Nagasaki, les Etats-Unis ne peuvent plus donner de leçons en la matière. Mais je ne peux que constater la régression morale que signale cette banalisation de l’évocation de l’usage de l’arme nucléaire dans la Russie de Poutine, car la Russie est signataire du traité de non prolifération nucléaire. J’étais de ceux qui n’imaginaient pas que la Russie ferait une guerre à l’Ukraine et qui croyaient dans les protestations poutiniennes contre un bellicisme américain qui se permettait d’avoir des bases militaires dans le monde entier alors que la Russie se contentait d’être une puissance défensive. Je me suis laissé berner comme, me dit-on, les trois quarts de la droite française un peu anarchiquement extrême à laquelle je ne me reconnais appartenir que de façon anarchique. Je me suis laissé berner et chat échaudé craint l’eau froide.

Pendant que les masques tombent sur les intentions géopolitiques de la Russie qui active le volet belliqueux de l’apocalypse orwellienne que nous vivons, la France bat les masques dans les lieux soumis au pass sanitaire. On peut trouver que cela n’a pas derapport, mais dans 1984, la société de surveillance, le ministère de la vérité, la « novlangue » qui la traduit selon des représentations loufoques et changeantes,  et la lutte contre un ennemi invisible ou imaginaire précèdent la guerre et la torture. Dieu nous en préserve, mais comprenne qui pourra !

Qui aurait pu imaginer que la fin de l’Union soviétique débouche deux ans plus tard sur la première guerre du golfe qui fut une guerre de tous contre un  où le monde entier s’est ligué contre l’Irak ? Puis, après le 11 septembre 2001,  George Bush inventa la « guerre contre le terrorisme », donc la guerre contre la guérilla et un ennemi indéterminé et invisible. On nous en fit croquer et on envoya nos armées en Afghanistan. Puis ce fut l’Absurdistan de la Covid. A présent nous nous mesurons à la Russie à l’instigation du « vieux Joe » (Biden), mais surtout de l’Union européenne qu’on croyait faite pour maintenir la paix en Europe. Chacun sent qu’on ne peut rester sans réagir alors qu’il faudrait ne rien fairepour éviter l’escalade au risque de se faire traiter de Munichois comme d’habitude. Poutine a tombé le masque du dictateur qu’il est, mais il n’a que faire de nos sanctions et de rodomontades. Seul lui importe de passer aux yeux de l’histoire pour le dirigeant qui aura su  reconstituer son empire en trente ans et dans ce jeu, l’Ukraine est une pièce maîtresse et suffisante puisqu’elle est le berceau de la sainte Russie selon la légende orthodoxe.

Je n’aimerais pas faire partie de la génération de mes parents et m’apprêter à partir en pleine déconfiture machiniste du modèle social de la Reconstruction, dans l’agonie des libertés que cette génération avait prises et su conquérir au risque de la transgression, dans la renaissance des pandémies et dans l’angoisse d’une autre guerre mondiale. 

mardi 22 février 2022

Les "nouveaux intolérants" ne sont pas si intolérables...

Les nouveaux intolérants, ces juges de la pensée qui rêvent de réduire au silence ceux qui ne pensent pas comme eux (lefigaro.fr)


A la lecture de ce plaidoyer prodomo du "Figaro magazine" contre des gens qui n'ont jamais été vraiment ostracisés et se sont toujours plaints de l'être: 


-J'aurais tendance, une fois n'est pas coutume, à approuver Emmanuel Macron d'avoir tenu Alain Finkielkraut comme un commentateur de la vie intellectuelle plutôt que comme un philosophe. Je ne l'ai jamais connu ni perçu autrement, même quand il m'est arrivé de lire ses livres.


-Je n'ai pas très envie de pleurer sur le sort de Jacques Julliard, cet historien de la gauche et représentant de la "deuxième gauche" qui rivalise de mépris social avec Luc Ferry pour contester au peuple qui a constitué successivement les Gilets jaunes et le mouvement des Antipass ou les Convoyeurs de la liberté, leur sentiment de déclassement. Mais Jacques Julliard retrouve le peuple quand il le suppose  obnubilé comme lui par la question de l'immigration. Or la dénonciation de ces hybrides que seraient l'islamo-gauchisme et l'islamo-droitisme trahit que, derrière l'islamophobie conçue comme peur de l'islam et de son violentisme, ou, variante, derrière la question que l'on peut poser à l'islam de son caractère intrinsèquement ou accidentellement guerrier ou pour le dire autrement, de la solubilité de la guerre comme accidentelle bien qu'elle fasse partie de la geste prophétique islamique, dans la spiritualité islamique; derrière cette islamophobie résiduelle ou cette question légitime, les xénophobes en profitent pour dissimuler une exécration de la personne des musulmans sous la peur qu'ils ont de leur religion, exécration qui se traduit par la focalisation sur un bout de tissu et la persécution des femmes qui le portent et sont d'autant plus inoffensives qu'elles veulent être pudiques. 


-Je me demande quels sont les travaux de sociologie dont Mathieu Bocq-coté peut se prévaloir pour avoir acquis depuis quelques années le magistère social de faconde conservatrice dont il bénéficie au point d'être invité sur tous les médias de cette mouvance pour en être le chroniqueur attitré. Il fait pourtant une remarque éminemment juste, synthétique et ciselée quand il constate: «La gauche a été si longtemps dominante qu’il lui suffit d’être contestée pour se croire assiégée et la droite a été si longtemps dominée qu’il lui suffit d’être entendue pour se croire dominante.» 


-Elisabeth Lévy se plaint d'être boycottée sur "France inter", mais elle ne l'a pas toujours été sur "France culture" où elle animait l'émission "le Premier pouvoir", comme Alain Finkielkraut continue d'y produire son émission "Réplique" en guise de rond de serviette même s 'il l'anime de moins en moins, probablement pour raisons de santé. Alain Finkielkraut a montré une fragilité touchante dans des colères incontrôlées, mais Elisabeth Lévy est poissarde, et la radio de service public n'a peut-être pas envie de s'assurer la collaboration de cette éditorialiste au parler pas toujours élégant, qui ne paraît pas autrement cultivée et interrompt grossièrement ses interlocuteurs pour leur servir une soupe idéologique qui n'est pas mitonnée au fumet de la rigueur.


-Le wokisme est en rigueur sémantique un évangélisme de la déconstruction portée à un comble logique. Quand j'étais petit, je m'imaginais qu'un jour, les Noirs voudraient prendre leur revanche pour avoir été esclaves à force que l'on parle de l'esclavage auquel ils furent historiquement réduits. Enfant de mon siècle, je mettais assez de sentimentalisme dans ma politique pour ne pas voir de mal à cette "machine ressentimenteuse" comme Michel Onfray appelle la Révolution française, et qu'était ce qu'on ne désignait pas encore sous le nom de sentiment décolonial. Sur mes quinze ans, en voyage avec ma mère en Guadeloupe en 1989, un café pris dans la Marina de Saint-Anne ou de Saint-François acheva de me persuader que le maintien de la dépendance de cette île vis-à-vis de la France  était une supercherie, n'était pas justifié, tenait artificiellement et se produisait là encore  au prix d'un mépris de classe que je trouvais pénible. Je ne savais pas que s'éveillait instinctivement en moi la révolte d'un Frantz Fanon que je lirais des années plus tard (à vrai dire assez récemment) dans le château d'un ami retraité de l'armée de l'air.


-Je fais un distinguo entre le wokisme et la cancel culture. Je conçois que celle-ci est l'aboutissement de l'éveil  au désir de vengeance, que contient le wokisme,  contre une oppression historique. La vengeance est toujours un plat qui se mange froid, elle est toujours improductive, elle fait malheureusement partie de la nature humaine. Voudrait-on ne pas se venger parce que ça n'a aucun sens qu'il arrive qu'on se venge inconsciemment et qu'on se rende compte qu'on s'est vengé quand la relation est consommée pour le malheur de tous ses protagonistes. Cela m'est arrivé naguère avec une ancienne amoure qui était portée sur la trahison des hommes qui l'aimaient "au-dessus de ses moyens", en bonne menthe religieuse qu'elle était. Je n'en tire aucune fierté et en ai plutôt honte. 

   Sur le plan politique, la cancel culture répond au même type de processus vain de vengeance à contre-temps. Elle est une réaction de type taliban qui exige le déboulonnage des statues au nom de la repentance et il faut s'en défendre, car une chose est de reconnaître ses torts, autre chose de vouloir que celui qui les a causé n'ait tout simplement pas existé comme Jacques Bainville l'aurait souhaité à propos de Napoléon et comme Jésus en adressa l'anathème à Judas, mais parce qu'il allait mourir de sa trahison. 


-Les conservateurs qui plaident contre la repentance ne sont pas conséquents, car étant conservateurs, ils devraient croire au péché originel et à son caractère transmissible. Autrement dit ils ne devraient pas considérer que la repentance est une façon de se battre la coulpe sur la poitrine des autres, ou que, si c'est le cas, elle tient compte du grand "mouvement de sympathie" dont la nocuité du péché originel est le revers.


-Bien qu'elle soit agaçante à souhait quand elle minaude ou agresse nonchalamment ses invités en les interviewant de façon superficielle, Laure Adler juge le monde selon les barèmes de la mitterrandie et ce n'est pas qu'on doive être nostalgique de cette époque de repli de la pensée sur ses nouveaux préjugés, mais contrairement à Jean-Michel Aphatie qui ne représente que lui-même et qu'on fait surtout l'erreur d'inviter sur les plateaux télé où il n'a rien à dire, Laure Adler a du fond, du savoir-vivre et quelquefois du mordant et du chien. Elle a su inventer le format radio des "Nuits magnétiques" avec son compagnon ou son mari Alain Vinstein même si, promue directrice de "Franceculture" après Patrice Gélinet, elle a participé à ce que cette radio sombre dans la sociologie de l'immédiat et ne produise presque plus de documentaires ou de fictions.


-Aymeric Caron se pose plus en utopiste qu'en humoriste.


-Rokhaya Dialo

 partage avec Valérie Pécresse, Anne Hidalgo ou Ségolène Royal la regrettable manie de présenter le fait d'être une femme à la fois comme un privilège émancipateur et comme une source infinie de mise au rebut victimaire qui ne correspond plus à la réalité de l'écoute non "genrée" que l'on a aujourd'hui pour la parole des femmes. La revendication féministe se présente à contre-emploi comme une sempiternelle protestation de minorité. Or bien qu'avec #MeTo, les néo-féministes irrespectueuses du droit de la défence et qui "balancent leur porc" fassent comme si elles étaient constamment susceptibles de détournements de mineurs au lieu de donner une bonne claque aux harceleurs dont elles repoussent les avances, les femmes ont heureusement accédé à la majorité. 


-La charge du "Figmag" contre Edwy Plenel est injuste. Pour ma part, je lui trouve un petit côté crieur de  "Mediapart" qui croit que le drame du pouvoir est dans la corruption, voit celle des autres et rarement la sienne, fustige les agissements illégaux des autres, mais estime de désobéissance civile de ne pas s'acquitter au titre de son journal de la TVA qui a été fixée pour le modèle inédit de presse qu'il a créé. Il se croit plus blanc que blanc au sens de la propreté sur lui. C'est même un patron syndiqué et tout le monde l'est à "Mediapart" où tout est parfait dans le meilleur des mondes. C'est un patron de SCOP qui se dit bientôt sur le départ et à qui on ne peut pas enlever une véritable xénophilie qui contraste positivement avec la xénophobie d'autres visages de la médiasphère cités avec aménité dans cette enquête pleine d'indulgence pour les vrais intolérants du moment qu'ils sont néo-réacs ou conservateurs. 

vendredi 18 février 2022

L'index de Bolloré

On aurait souhaité que le pluralisme s'impose de lui-même aux journalistes comme un devoir d'honneur lié à la liberté de la presse et de l'information. Les journalistes l'ont négligé, donnant à la gauche dont ils étaient majoritairement issus, le monopole de la culture et du choix (donc de la représentation), comme de l'interprétation de l'information (ou du présent sélectionné de l'actualité), et entretenant l'illusion d'un progressisme monolithique avec ses effets cliquet et ses mouvements irréversibles vers une société en voie d'émancipation et de libéralisation des moeurs qui avait pour corollaire (mais cela, les journalistes de gauche ne s'en sont pas aperçus), une soumission de plus en plus insensible au néo-libéralisme économique bon teint, formant la vulgate de l'opinion, à la manière dont Céline Pigale , dans la citation que vous reproduisez, ne fait que réciter l'adage qui justifia Chirac dans sa volonté de ne rien faire de ses deux mandats présidentiels, et qui peut se résumer ainsi: "Il ne faut pas bouleverser les équilibres sociaux. La société est tellement fracturée qu'il vaut mieux ne pas toucher le malade pour étouffer ses cris." 

Aussi a-t-on préféré pratiquer la rétention d'information ou ne pas faire de journalisme dissensuel dans les chaînes info d'avant "Cnews", qui sait jusqu'où ne pas aller trop loin dans le déchaînement du clivage.


Les journalistes de gauche, malgré leur sociétés de rédaction et leurs assauts de déontologie, n'ont pas su s'imposer la discipline de la liberté de la presse. Il aura fallu qu'un Vincent Bolloré leur morde les mollets pour que le conservatisme rentre dans la presse par la bulle économique, détruisant jusqu'à la dérision de "l'esprit Canal", avec un grand patron certes caricatural, dont Eric Zemmour avoue dans "la France n'a pas dit son dernier mot" qu'il est sa créature, un "deal", qu'il décrit à demi-mots dans cet ouvrage, ayant été passé pour le faire émerger sous la houlette d'un prêtre, directeur de foyer d'étudiants financé par Vincent bolloré, et de conscience de son ouaille impétueuse contre les excès de son affairisme. 


Les journalistes progressistes se retrouvent pris dans la nasse du pluralisme autoritaire d'un commanditaire décomplexé, qui n'a pas hésité, quand il prit la tête de "Canal plus", à tourner des pilotes de sketchs qu'il voulait voir désormais mis à l'antenne. "Cnews" pas plus qu'aucun des titres de Vincent bolloré n'a le droit de se moquer du patron ni de commenter son actualité ou ses affaires françaises ou africaines, car il n'a pas un grand sens de l'humour. Vincent Bolloré assume sans complexe l'adage: "Qui commande paye."


L'index de Bolloré est montré du doigt par celui de médias traditionnels, qui se trouvent tout désappointés, car c'est depuis la bulle néo-libérale qu'ils n'ont jamais dénoncée, tout acquis à la pensée du "Cercle des économistes" ou de "Terra nova", que Vincent Bolloré a acquis son magistère moral et monté le piédestal de sa domination, comme un pied-de-nez à la bien-pensance généreuse sur fonds publics, subventions à la presse et contrôle volontairement léger de milliardaires qui n'étaient pas fâchés de faire croire que leur argent ne les empêchait pas d'être philanthropes. 


Les médias sont désappointés, mais ne manquent pas de culot.  

En marge du journalisme (puisque tel est désormais la place des livres), Achille Brettin (alias Antoine Gallimard pour les non céliniens), qui a immédiatement cédé à la mode du néo-puritanisme en déséditant Gabriel Matzneff aussitôt qu'il fut accusé par Vanessa Springora, avertit contre un monopole tant "économique qu'idéologique" que pourrait s'arroger Bolloré s'il prenait le contrôle du groupe Lagardère et d'Hachette.


Les journalistes progressistes n'auraient pu imaginer que le dernier avatar de celui-ci et de "la société ouverte" (s'il faut absolument faire allusion à George Soros dans ce bref développement), serait le machinisme algorithmique d'un Emmanuel Macron tellement déshumanisé que François Bayrou l'avait qualifié d'hologramme avant de se rallier à son panache blanc-cassé, et que notre président soi-disant progressiste pourrait passer pour transhumaniste, tant il déconsidère ses concitoyens. 


Quant à l'idéologie de Bolloré, c'est celle de "Baba"-Hanouna (qui ne fait pas que de la mauvaise télé), d'Elisabeth Lévy et du catholicisme conservateur le moins vertébré et le moins cortiqué, il ne faudrait pas prendre les enfants du bon Dieu pour des cygnes...


Ce qui suit n'intéresse que votre serviteur, mais j'ai terriblement manqué de jugeote. Au lendemain de l'escapade sarkozyste sur le yaght de Bolloré, j'intervenais sur "Radio ici et maintenant" et trouvais qu'on en faisait beaucoup à propos du prétendu empire médiatique de Vincent bolloré qui, n'ayant pas grand-presse, ne pouvait influencer fortement le nouveau président. "qui lit Direct matin" et "Direct soir"?, demandai-je, me rappelant sans doute la phrase de Ségolène Royal: "qui connaît Eric Besson?".  Depuis lors , le petit empire Bolloré est devenu grand, Eric Besson est tombé dans l'oubli et Patrick Buisson est passé de Martin bouygues à Vincent bolloré pour faire réussir l'aventure d'Eric Zemmour. Quant à Jean-Yves Le Gallou, son émission E-médias sur "TVlibertés" ne dénonce pas avec la même acrimonie l'influence que VincentBolloré a sur son poulain Eric Zemmour qu'il n'éreintait  celle de Patrick drahy sur Emmanuel Macron, mais ceci est une autre histoire.