Pages

vendredi 4 novembre 2011

Pour une vue d'ensemble des problématiques touchant l'audiodescription

Par Laurent Mantel

Bonjour,
Je me permets d'intervenir au sujet de l'audiodescription pour
essayer de rassembler les idées qui ont déjà été données par les
précédents intervenants et apporter les miennes.
J'avais participé en tant qu'audiodescripteur, aux réunions de la
commission pour la promotion de l'audiodescription, organisées par la
DIPH en 2008 . J'avais essayé de faire un certain nombre de
propositions concrètes et souvent peu coûteuses en traitant le sujet
dans sa globalité.
La DIPH a été dissoute peu après et ce travail est resté sans suite.
Je vous le livre aujourd'hui, en vous priant de m'excuser pour sa
relative longueur, même si j'ai tenté de clarifier au maximum les
idées. Toutes vos remarques sont les bienvenues.

POUR UN BON DÉVELOPPEMENT DE L’AUDIODESCRIPTION
Trois grands axes : l’accessibilité, la production, la qualité.

L’accessibilité : simplifier, normaliser, vocaliser.
Produire et diffuser de l'audiodescription est évidemment inutile si
le public concerné n'a pas la possibilité pratique d'accéder aux
programmes ni de s'informer de leur existence.
La télévision est sans doute le média le plus utilisé par les
personnes déficientes visuelles. Il s'agit, dans un premier temps,
qu'un effort particulier soit réalisé pour rendre la TNT accessible.
En ce qui concerne les salles de cinéma, le nouvel équipement en tout
numérique des salles à levé les obstacles techniques.

Accessibilité du matériel de réception:
- Toutes les chaînes devraient adopter le même système de menus et
diffuser l'audiodescription aussi bien en HD qu'en SD.
- Pour le matériel futur, il est indispensable d'établir une norme
pour rendre le matériel de réception de la TNT accessible aux
déficients visuels grâce à un système de vocalisations des menus et à
des télécommandes simplifiées (Il suffirait, par exemple, qu'un
bouton facilement repérable sur la télécommande soit affecté au
changement de langue qui s'effectuerait par pressions successives).
- Les box internet et TNT adaptées pourraient également être dotées
d'une prise casque qui permettrait à la personne déficiente visuelle
d'écouter la piste audiodescription sans gêner le reste de la famille.
Cette norme s'appliquerait aux téléviseurs, aux décodeurs TNT, aux
Box et aux décodeurs des fournisseurs d'accès à internet ainsi qu'aux
lecteurs de DVD.
Rappelons que la vocalisation est une technologie aujourd'hui bien
maîtrisée et bon marché.

- Le matériel existant ne doit néanmoins pas être oublié. Il existe
dans le commerce, à prix très raisonnable, des télécommandes
adaptables à toutes les marques. Il serait possible d'étudier le
paramétrage de l'une d'elles pour qu'elle pilote avec un seul bouton
le menu langue de la plupart des appareils TNT existants.

Diffusion par internet :
En même temps que la diffusion hertzienne, les films audiodécrit
pourraient facilement être accessibles en podcast ou en "replay" sur
les sites Internet des chaînes, et ceci sans coût supplémentaire.
- Les audiodescriptions pourraient également être diffusées par les
radios nationales, avec l’établissement par exemple d’un créneau
horaire mensuel et être présent sur les podcasts des sites des radios.
- Les audiodescriptions en version purement sonores pourraient être
vendues en téléchargement sur les principaux sites de musique en
ligne (Itunes, Fnac.com où outres) ou diffusées en streaming sur les
radios internet (comme Deezer par exemple).

Diffusion en salle de cinéma :
Les nouveaux équipements de projection numérique permettent
aujourd'hui de diffuser une piste son avec l'audiodescription,
lorsqu'elle existe (à condition que les distributeurs aient pensé à
l'inclure dans leur fichier!) Il s'agit maintenant que les salles
s'équipent d'un émetteur et de quelques casques pour pouvoir
accueillir le public déficient visuel à n'importe quelle séance sur
les films audiodécrits.
Il faudrait normaliser la fréquence de diffusion en salle ou utiliser
un système grand public, comme le Bluetooth par exemple. Cela
permettrait au spectateur déficient visuel de recevoir
l'audiodescription à l'aide de son téléphone portable équipé d'un
casque ou à l'aide d'un petit récepteur dédié. Cela éviterait aux
salles de cinéma de devoir acheter et entretenir un stock de casques
pour une utilisation occasionnelle.

Information du public:
Un gros effort est à faire dans ce sens auprès des chaînes de
télévision qui communiquent très peu et dont les programmes ne sont
pas accessibles aux déficients visuels. L'audiodescription peut
facilement être annoncée en voix off lors des spots de présentation
des programmes, par exemple.
Pour le cinéma, les films audiodécrits devraient être annoncés sur
les serveurs vocaux du type "Allociné".
Pour les DVD, un logo en braille devrait être gravé sur la pochette.
Dés l'insertion du disque un menu vocal pourrait donner la marche à
suivre pour sélectionner simplement la piste de l'audiodescription.

Information par internet :
Un site officiel de l'audiodescription, financé par le ministère de
la culture, indépendant des différents acteurs du secteur, pourrait
collecter et diffuser toutes les informations concernant les
programmes de télévision, de cinéma, de théâtre et tous les
évènements culturels audiodécrits. Tous les acteurs du secteur
seraient tenus de lui communiquer leurs programmes.
Cela permettrait également de répertorier les audiodescriptions
disponibles et d'éviter d'audiodécrire plusieurs fois les mêmes films.

La production de l’audiodescription :
Rationaliser pour économiser :
l'audiodescription devrait se faire dés la postproduction des films
en assujettissant les aides publiques à l'obligation de réaliser leur
audiodescription (comme c'est le cas depuis peu pour le sous-titrage
pour les sourds et malentendants). Cette audiodescription pourrait
alors servir aussi bien pour la diffusion en salle, le DVD et la
diffusion télévisuelle et par internet.

Rappelons que d'importants moyens financiers publics, de l'état, des
départements, des régions et des villes, viennent aider la production
et la diffusion du cinéma. Il serait légitime qu'une partie de ces
fonds publics servent à assurer l'accessibilité des films à tous les
publics.
- Les films du patrimoine devraient tous être audiodécrits.
L'accessibilité du cinéma devrait faire partie des missions de la
Cinémathèqe Française par exemple.

Sensibiliser les professionnels:
Parallèlement, il est important de mener une politique dynamique
d'incitation et d'information auprès des producteurs et des
diffuseurs de films.
En effet, l'audiodescription est actuellement desservie par une
mauvaise image auprès des professionnels, beaucoup pensent qu'elle
est très compliquée à mettre en oeuvre avec des coûts difficiles à
maîtriser. Il est regrettable d'ailleurs que la charte de
l'audiodescription aille dans ce sens en annonçant : "Il est
difficile de chiffrer le temps de travail nécessaire à une
audiodescription…".
Il s'agit au contraire de clarifier le processus de l'audiodescription:
- En donnant des informations précises sur les coûts et les délais
que les professionnels expérimentés de l'audiodescriptions sont
parfaitement à même de fournir.
- En invitant des professionnels de la production et de la diffusion
(producteurs, réalisateurs, chaîne de télévision, distributeurs,
exploitants) et des représentants de leurs organisations
professionnelles afin qu'ils puissent s'informer et nous faire part
de leurs attentes et de leurs propositions.
-En régularisant le statut de l'audiodescripteur. Exiger une
audiodescription de qualité professionnelle passe par la possibilité
pour les professionnels talentueux et confirmés qui se consacrent à
ce métier de gagner leur vie normalement. En ce qui concerne les
droits d'auteurs, par exemple, nous sommes en contact depuis
plusieurs années avec la SACD pour mettre en place un contrat type.
Nous souhaitons que ce projet finisse par aboutir. L'auteur qui
travaille pour le public déficient visuel ne doit pas être considéré
comme un sous-auteur par les institutions chargées de défendre ses
droits.

La qualité
Pour protéger la qualité des audiodescriptions, il est aussi
fondamental de donner la parole aux utilisateurs et de faire émerger
une véritable activité critique, comme celle qui a accompagné le
développement du cinéma et la télévision. De nombreux déficients
visuels sont passionnés de cinéma et très compétents en matière
d'audiodescription, d'autres pourraient être formés.
Il faudrait leur fournir un espace d'expression dans le site internet
officiel de l'audiodescription.
Cette expression critique pourrait également trouver sa place dans
les sites de la presse spécialisée (comme Télérama par exemple…) et
les sites liés au handicap.

Inclure les personnes déficientes visuelles au processus de création.
Les personnes déficientes visuelles sont encore aujourd'hui
cantonnées à un simple rôle de consommateurs passifs. La création de
l'audiodescription gagnerait en qualité en faisant participer des
personnes déficientes visuelles formées et talentueuses à l'écriture
des audiodescriptions en collaboration avec des descripteurs voyants.
Cela s'est déjà fait et le résultat est excellent. La production
d'audiodescription a un rôle d'exemple à jouer en matière de réelle
d'intégration.

Quotas de diffusions :
Des quotas de diffusion d'émissions audiodécrites sont en train
d'être imposés aux télévisions.
Nous souhaitons que ce ne soient pas des quotas uniquement
quantitatifs (nombre d'heures d'émission) mais des obligations par
genre de programme en privilégiant les films de fiction et les
documentaires les plus importants. Certains programmes, en effet, ne
nécessitent pas, ou très peu d'audiodescription.

Quotas d'heures, mais aussi quotas financiers
l'accroissement du nombre d'heures d'audiodescription commence à
entraîner une concurrence effrénée entre les différents prestataires
et commence à se traduire par une braderie de la qualité en cherchant
à faire baisser les coûts par tous les moyens (emploi de personnes
non qualifiées, réduction du temps de travail nécessaire,
délocalisation, etc…).
Il faut rappeler que le CSA a mis en place, depuis de nombreuses
années, des quotas concernant la production de film français. Ce
système associe un nombre minima d'heures de programme à une somme
minimale qui doit être investie pour financer ces programmes par
chaque chaîne de télévision (en pourcentage de leur chiffre
d'affaires ), ceci afin d'éviter les dérives des productions bidons à
coûts dérisoires qui ont aussitôt vu leu jour lorsque ces minima
financiers n'étaient pas encore imposés par la loi.
(Voir lien : http://www.csa.fr/infos/controle/
television_quotas_production.php )
Le seul moyen de protéger la qualité de l'audiodescription est
d'imposer une logique similaire à la production de films français. Ce
qui est valable pour le public "voyant" doit l'être pour le public
des déficients visuels.

Laurent Mantel

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire