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mardi 22 février 2022

Les "nouveaux intolérants" ne sont pas si intolérables...

Les nouveaux intolérants, ces juges de la pensée qui rêvent de réduire au silence ceux qui ne pensent pas comme eux (lefigaro.fr)


A la lecture de ce plaidoyer prodomo du "Figaro magazine" contre des gens qui n'ont jamais été vraiment ostracisés et se sont toujours plaints de l'être: 


-J'aurais tendance, une fois n'est pas coutume, à approuver Emmanuel Macron d'avoir tenu Alain Finkielkraut comme un commentateur de la vie intellectuelle plutôt que comme un philosophe. Je ne l'ai jamais connu ni perçu autrement, même quand il m'est arrivé de lire ses livres.


-Je n'ai pas très envie de pleurer sur le sort de Jacques Julliard, cet historien de la gauche et représentant de la "deuxième gauche" qui rivalise de mépris social avec Luc Ferry pour contester au peuple qui a constitué successivement les Gilets jaunes et le mouvement des Antipass ou les Convoyeurs de la liberté, leur sentiment de déclassement. Mais Jacques Julliard retrouve le peuple quand il le suppose  obnubilé comme lui par la question de l'immigration. Or la dénonciation de ces hybrides que seraient l'islamo-gauchisme et l'islamo-droitisme trahit que, derrière l'islamophobie conçue comme peur de l'islam et de son violentisme, ou, variante, derrière la question que l'on peut poser à l'islam de son caractère intrinsèquement ou accidentellement guerrier ou pour le dire autrement, de la solubilité de la guerre comme accidentelle bien qu'elle fasse partie de la geste prophétique islamique, dans la spiritualité islamique; derrière cette islamophobie résiduelle ou cette question légitime, les xénophobes en profitent pour dissimuler une exécration de la personne des musulmans sous la peur qu'ils ont de leur religion, exécration qui se traduit par la focalisation sur un bout de tissu et la persécution des femmes qui le portent et sont d'autant plus inoffensives qu'elles veulent être pudiques. 


-Je me demande quels sont les travaux de sociologie dont Mathieu Bocq-coté peut se prévaloir pour avoir acquis depuis quelques années le magistère social de faconde conservatrice dont il bénéficie au point d'être invité sur tous les médias de cette mouvance pour en être le chroniqueur attitré. Il fait pourtant une remarque éminemment juste, synthétique et ciselée quand il constate: «La gauche a été si longtemps dominante qu’il lui suffit d’être contestée pour se croire assiégée et la droite a été si longtemps dominée qu’il lui suffit d’être entendue pour se croire dominante.» 


-Elisabeth Lévy se plaint d'être boycottée sur "France inter", mais elle ne l'a pas toujours été sur "France culture" où elle animait l'émission "le Premier pouvoir", comme Alain Finkielkraut continue d'y produire son émission "Réplique" en guise de rond de serviette même s 'il l'anime de moins en moins, probablement pour raisons de santé. Alain Finkielkraut a montré une fragilité touchante dans des colères incontrôlées, mais Elisabeth Lévy est poissarde, et la radio de service public n'a peut-être pas envie de s'assurer la collaboration de cette éditorialiste au parler pas toujours élégant, qui ne paraît pas autrement cultivée et interrompt grossièrement ses interlocuteurs pour leur servir une soupe idéologique qui n'est pas mitonnée au fumet de la rigueur.


-Le wokisme est en rigueur sémantique un évangélisme de la déconstruction portée à un comble logique. Quand j'étais petit, je m'imaginais qu'un jour, les Noirs voudraient prendre leur revanche pour avoir été esclaves à force que l'on parle de l'esclavage auquel ils furent historiquement réduits. Enfant de mon siècle, je mettais assez de sentimentalisme dans ma politique pour ne pas voir de mal à cette "machine ressentimenteuse" comme Michel Onfray appelle la Révolution française, et qu'était ce qu'on ne désignait pas encore sous le nom de sentiment décolonial. Sur mes quinze ans, en voyage avec ma mère en Guadeloupe en 1989, un café pris dans la Marina de Saint-Anne ou de Saint-François acheva de me persuader que le maintien de la dépendance de cette île vis-à-vis de la France  était une supercherie, n'était pas justifié, tenait artificiellement et se produisait là encore  au prix d'un mépris de classe que je trouvais pénible. Je ne savais pas que s'éveillait instinctivement en moi la révolte d'un Frantz Fanon que je lirais des années plus tard (à vrai dire assez récemment) dans le château d'un ami retraité de l'armée de l'air.


-Je fais un distinguo entre le wokisme et la cancel culture. Je conçois que celle-ci est l'aboutissement de l'éveil  au désir de vengeance, que contient le wokisme,  contre une oppression historique. La vengeance est toujours un plat qui se mange froid, elle est toujours improductive, elle fait malheureusement partie de la nature humaine. Voudrait-on ne pas se venger parce que ça n'a aucun sens qu'il arrive qu'on se venge inconsciemment et qu'on se rende compte qu'on s'est vengé quand la relation est consommée pour le malheur de tous ses protagonistes. Cela m'est arrivé naguère avec une ancienne amoure qui était portée sur la trahison des hommes qui l'aimaient "au-dessus de ses moyens", en bonne menthe religieuse qu'elle était. Je n'en tire aucune fierté et en ai plutôt honte. 

   Sur le plan politique, la cancel culture répond au même type de processus vain de vengeance à contre-temps. Elle est une réaction de type taliban qui exige le déboulonnage des statues au nom de la repentance et il faut s'en défendre, car une chose est de reconnaître ses torts, autre chose de vouloir que celui qui les a causé n'ait tout simplement pas existé comme Jacques Bainville l'aurait souhaité à propos de Napoléon et comme Jésus en adressa l'anathème à Judas, mais parce qu'il allait mourir de sa trahison. 


-Les conservateurs qui plaident contre la repentance ne sont pas conséquents, car étant conservateurs, ils devraient croire au péché originel et à son caractère transmissible. Autrement dit ils ne devraient pas considérer que la repentance est une façon de se battre la coulpe sur la poitrine des autres, ou que, si c'est le cas, elle tient compte du grand "mouvement de sympathie" dont la nocuité du péché originel est le revers.


-Bien qu'elle soit agaçante à souhait quand elle minaude ou agresse nonchalamment ses invités en les interviewant de façon superficielle, Laure Adler juge le monde selon les barèmes de la mitterrandie et ce n'est pas qu'on doive être nostalgique de cette époque de repli de la pensée sur ses nouveaux préjugés, mais contrairement à Jean-Michel Aphatie qui ne représente que lui-même et qu'on fait surtout l'erreur d'inviter sur les plateaux télé où il n'a rien à dire, Laure Adler a du fond, du savoir-vivre et quelquefois du mordant et du chien. Elle a su inventer le format radio des "Nuits magnétiques" avec son compagnon ou son mari Alain Vinstein même si, promue directrice de "Franceculture" après Patrice Gélinet, elle a participé à ce que cette radio sombre dans la sociologie de l'immédiat et ne produise presque plus de documentaires ou de fictions.


-Aymeric Caron se pose plus en utopiste qu'en humoriste.


-Rokhaya Dialo

 partage avec Valérie Pécresse, Anne Hidalgo ou Ségolène Royal la regrettable manie de présenter le fait d'être une femme à la fois comme un privilège émancipateur et comme une source infinie de mise au rebut victimaire qui ne correspond plus à la réalité de l'écoute non "genrée" que l'on a aujourd'hui pour la parole des femmes. La revendication féministe se présente à contre-emploi comme une sempiternelle protestation de minorité. Or bien qu'avec #MeTo, les néo-féministes irrespectueuses du droit de la défence et qui "balancent leur porc" fassent comme si elles étaient constamment susceptibles de détournements de mineurs au lieu de donner une bonne claque aux harceleurs dont elles repoussent les avances, les femmes ont heureusement accédé à la majorité. 


-La charge du "Figmag" contre Edwy Plenel est injuste. Pour ma part, je lui trouve un petit côté crieur de  "Mediapart" qui croit que le drame du pouvoir est dans la corruption, voit celle des autres et rarement la sienne, fustige les agissements illégaux des autres, mais estime de désobéissance civile de ne pas s'acquitter au titre de son journal de la TVA qui a été fixée pour le modèle inédit de presse qu'il a créé. Il se croit plus blanc que blanc au sens de la propreté sur lui. C'est même un patron syndiqué et tout le monde l'est à "Mediapart" où tout est parfait dans le meilleur des mondes. C'est un patron de SCOP qui se dit bientôt sur le départ et à qui on ne peut pas enlever une véritable xénophilie qui contraste positivement avec la xénophobie d'autres visages de la médiasphère cités avec aménité dans cette enquête pleine d'indulgence pour les vrais intolérants du moment qu'ils sont néo-réacs ou conservateurs. 

vendredi 18 février 2022

L'index de Bolloré

On aurait souhaité que le pluralisme s'impose de lui-même aux journalistes comme un devoir d'honneur lié à la liberté de la presse et de l'information. Les journalistes l'ont négligé, donnant à la gauche dont ils étaient majoritairement issus, le monopole de la culture et du choix (donc de la représentation), comme de l'interprétation de l'information (ou du présent sélectionné de l'actualité), et entretenant l'illusion d'un progressisme monolithique avec ses effets cliquet et ses mouvements irréversibles vers une société en voie d'émancipation et de libéralisation des moeurs qui avait pour corollaire (mais cela, les journalistes de gauche ne s'en sont pas aperçus), une soumission de plus en plus insensible au néo-libéralisme économique bon teint, formant la vulgate de l'opinion, à la manière dont Céline Pigale , dans la citation que vous reproduisez, ne fait que réciter l'adage qui justifia Chirac dans sa volonté de ne rien faire de ses deux mandats présidentiels, et qui peut se résumer ainsi: "Il ne faut pas bouleverser les équilibres sociaux. La société est tellement fracturée qu'il vaut mieux ne pas toucher le malade pour étouffer ses cris." 

Aussi a-t-on préféré pratiquer la rétention d'information ou ne pas faire de journalisme dissensuel dans les chaînes info d'avant "Cnews", qui sait jusqu'où ne pas aller trop loin dans le déchaînement du clivage.


Les journalistes de gauche, malgré leur sociétés de rédaction et leurs assauts de déontologie, n'ont pas su s'imposer la discipline de la liberté de la presse. Il aura fallu qu'un Vincent Bolloré leur morde les mollets pour que le conservatisme rentre dans la presse par la bulle économique, détruisant jusqu'à la dérision de "l'esprit Canal", avec un grand patron certes caricatural, dont Eric Zemmour avoue dans "la France n'a pas dit son dernier mot" qu'il est sa créature, un "deal", qu'il décrit à demi-mots dans cet ouvrage, ayant été passé pour le faire émerger sous la houlette d'un prêtre, directeur de foyer d'étudiants financé par Vincent bolloré, et de conscience de son ouaille impétueuse contre les excès de son affairisme. 


Les journalistes progressistes se retrouvent pris dans la nasse du pluralisme autoritaire d'un commanditaire décomplexé, qui n'a pas hésité, quand il prit la tête de "Canal plus", à tourner des pilotes de sketchs qu'il voulait voir désormais mis à l'antenne. "Cnews" pas plus qu'aucun des titres de Vincent bolloré n'a le droit de se moquer du patron ni de commenter son actualité ou ses affaires françaises ou africaines, car il n'a pas un grand sens de l'humour. Vincent Bolloré assume sans complexe l'adage: "Qui commande paye."


L'index de Bolloré est montré du doigt par celui de médias traditionnels, qui se trouvent tout désappointés, car c'est depuis la bulle néo-libérale qu'ils n'ont jamais dénoncée, tout acquis à la pensée du "Cercle des économistes" ou de "Terra nova", que Vincent Bolloré a acquis son magistère moral et monté le piédestal de sa domination, comme un pied-de-nez à la bien-pensance généreuse sur fonds publics, subventions à la presse et contrôle volontairement léger de milliardaires qui n'étaient pas fâchés de faire croire que leur argent ne les empêchait pas d'être philanthropes. 


Les médias sont désappointés, mais ne manquent pas de culot.  

En marge du journalisme (puisque tel est désormais la place des livres), Achille Brettin (alias Antoine Gallimard pour les non céliniens), qui a immédiatement cédé à la mode du néo-puritanisme en déséditant Gabriel Matzneff aussitôt qu'il fut accusé par Vanessa Springora, avertit contre un monopole tant "économique qu'idéologique" que pourrait s'arroger Bolloré s'il prenait le contrôle du groupe Lagardère et d'Hachette.


Les journalistes progressistes n'auraient pu imaginer que le dernier avatar de celui-ci et de "la société ouverte" (s'il faut absolument faire allusion à George Soros dans ce bref développement), serait le machinisme algorithmique d'un Emmanuel Macron tellement déshumanisé que François Bayrou l'avait qualifié d'hologramme avant de se rallier à son panache blanc-cassé, et que notre président soi-disant progressiste pourrait passer pour transhumaniste, tant il déconsidère ses concitoyens. 


Quant à l'idéologie de Bolloré, c'est celle de "Baba"-Hanouna (qui ne fait pas que de la mauvaise télé), d'Elisabeth Lévy et du catholicisme conservateur le moins vertébré et le moins cortiqué, il ne faudrait pas prendre les enfants du bon Dieu pour des cygnes...


Ce qui suit n'intéresse que votre serviteur, mais j'ai terriblement manqué de jugeote. Au lendemain de l'escapade sarkozyste sur le yaght de Bolloré, j'intervenais sur "Radio ici et maintenant" et trouvais qu'on en faisait beaucoup à propos du prétendu empire médiatique de Vincent bolloré qui, n'ayant pas grand-presse, ne pouvait influencer fortement le nouveau président. "qui lit Direct matin" et "Direct soir"?, demandai-je, me rappelant sans doute la phrase de Ségolène Royal: "qui connaît Eric Besson?".  Depuis lors , le petit empire Bolloré est devenu grand, Eric Besson est tombé dans l'oubli et Patrick Buisson est passé de Martin bouygues à Vincent bolloré pour faire réussir l'aventure d'Eric Zemmour. Quant à Jean-Yves Le Gallou, son émission E-médias sur "TVlibertés" ne dénonce pas avec la même acrimonie l'influence que VincentBolloré a sur son poulain Eric Zemmour qu'il n'éreintait  celle de Patrick drahy sur Emmanuel Macron, mais ceci est une autre histoire. 

lundi 14 février 2022

La mort de Dieu

Il est difficile de parler de la mort de Dieu, mais nous comprenons d'instinct ce qu'est la mort à soi-même: c'est faire le deuil de sa propre image. Prendre sa croix est encore autre chose, ce n'est pas accepter passivement ce deuil, c'est prendre à bras-le-corps la volonté de briser l'idole, c'est briser l'image, c'est provoquer ce deuil.


Restent les questions posées par la mort de Dieu. Tout d'abord, qui meurt en Jésus-Christ, de l'homme divin seulement ou de Dieu tout entier? Si l'homme est seul à mourir, la logique est sauve, mais le compte n'y est pas. En effet, comment le Créateur de l'univers pourrait-Il mourir? Mais Dieu pourrait-Il S'incarner sans que toute la divinité s'engage et en meure? Il en va d'une incarnation au rabais comme de l'"exception du péché" dans l'Incarnation du Fils. "Il S'est fait homme à l'exception du péché": c'est comme s'il se faisait homme à l'exception du principal. Car la nature humaine n'est pas entièrement pécheresse, entièrement pourrie, elle est semi-pécheresse, semi-déchue, à moitié foutue. Mais ce qui la caractérise est d'être foutue à ce point-là, est d'avoir subi la chute, est d'être capable de pécher (et non de persister simplement dans son être).


"Il s'est fait homme à l'exception du péché", nous n'en serions pas à un oxymore près si Jésus ne S'était  fait péché en mourant sur la Croix, et c'est en cela que consiste sa "mort pour nos péchés".


Quid alors de l'exception de la "mort de Dieu" dans celle du Christ-Fils? Il fallait bien que quelque chose de Dieu ne meure pas pour qu'ait lieu la victoire sur la mort; il fallait bien que la justice de Dieu ne meure pas. On peut certes s'en tirer en disant que Dieu le père est mort de déréliction en voyant la mort de Son fils. Les "entrailles du Père" ont dû s'émouvoir de compassion en sentant l'angoisse de Jésus-Christ dans la nuit de Gethsémani, mais le Père ne L'a pas consolé pour Le laisser S'ensevelir dans cette angoisse et choisir d'entrer dans Sa mort. Le Père n'a pas consolé, Il n'a pas assisté le Fils dans l'angoisse de son agonie, il ne le fallait pas. Je ne sais pas pourquoi le Fils a tellement tenu à répéter le Père, mais je crois que le Père laisse le Fils faire ses choix. Le fils S'empare du Père pour Le répéter, sans intention de Lui donner la mort, sans intention de Le tuer, mais le Père ne s'empare pas du Fils, au contraire de la mère qui met au monde un "être pour la mort" aussi longtemps qu'elle donne toute latitude à son instinct fusionnel, à son instinct maternel de se l'approprier et de le posséder. Le Père donne la vie pour se déposséder, voudrait-il se prolonger en la donnant; la mère voudrait la donner pour se donner et s'oublier en se donnant, elle en a les aptitudes biologiques et les entrailles du coeur, mais le plus grand danger qu'elle court en se donnant ainsi est de se donner à elle-même.


La Résurrection du Christ est objet de foi et travail d'enfantement de notre esprit à l'incroyable; la mort du Christ est constatable. Elle est constatable dans l'évidence qu'on a voulu nier au point d'avancer  que le Christ a été substitué et soustrait à la mort pour ne pas avoir à ressusciter. Elle l'est encore dans le procès qu'"on" (et d'abord le christianisme) a voulu intenter à Ses frères en humanité persécutés au "Golgotha  du monde" qu'est la Shoah qui, si elle n'avait pas cette atroce singularité, serait un génocide comme les autres, un génocide affreusement banal.


Mais il fallait que Dieu s'engage plus avant dans Sa mort pour que Ses enfants prétendent constater "la mort de Dieu", en ne se rendant pas compte que la mort de l'homme suit de près le constat, moins objectif qu'optatif, de la mort de Dieu.


Pourquoi Jésus fixe-t-il les bornes du plus grand amour à donner Sa vie pour ses amis? Le plus grand amour n'est-il pas, par impossible,  de la donner à ceux que l'on aime pas? Là encore, la limite paraît logique: je n'aime que ceux que j'aime, et je ne peux pas donner une preuve d'amour à ceux que je n'aime pas. Mais la Parole de Dieu ne passe-t-elle pas la simple logique? Une réponse consolante est de penser que Dieu ne peut pas ne pas aimer. Mais cela est un peu trop cousu de fil blanc.

 

samedi 12 février 2022

L'homme du hasard

de Yasmina REsa.


Je recopie ceci, noté à l'instant dans mes carnets, volontairement sans le corriger, au risque d'y laisser toutes les ratures possibles:



"Ce 13 février 2022 (toujours une hésitation, quand j’inscris la date du jour, entre écrire « ce » ou ne pas écrire « ce » avant cette date. « Ce », c’est ce qu’écrivait Jeanne Watelet, je crois, dans un livre que nouslisait sœur Marie-Albert à propos d’un petit aveugle, Franz ou Francis ; c’est ce que j’écrivais, moi, dans mon premier journal, qui commençait par : « Je ne veux pas être unbateau sur la mer des choses » : l’article était intitulé « Le fondement », j’ai perdu ce journal, j’ai donc perdu mon fondement et je suis devenu un bateau sur la mer des choses, mais je pose ; c’est aussi ce qu’écrivait Francis, qui par hasard, s’appelait comme ce héros du roman que nous lisait sœur Marie-Albert et lui aussi était aveugle. Francis et moi, qui n’avons jamais été copains de bistrot bien que nousoutre-bûmes ensemble, mais amis de plume, nous écrivions « ce » avant la date, à l’orée d’un article de notre journal ou, pour Francis qui n’était pas diaryste, mais grand épistolier, à  l’oréed’une lettre.


C’est par hasard que j’écris dans ces carnets certains jours et certains jours je n’écris pas.


Ecouté à l’instant « L’homme du hasard » de Yasmina Resa. J’en avais reçu le lien par mail et je tenais à l’écouter. Mon lecteur Vlc ne s’est pas mis en marche quand je l’ai téléchargé, aussi sui-je directement allé le chercher sur « France culture » et je l’ai écouté.


Je commence par en retirer ces phrasesmassives, glanées au fil de l’écoute :


« Pourquoi tant désirer pour si peu éprouver ? » « Nous fabriquons la matière que nous donnons au hasard. » « Je préfère la transe aux droits de l’homme. » (Serge, l’ami de Martha) « Nous arrivons autres à la fin d’un voyage et ainsi allons-nous d’autre en autre jusqu’à la fin. » 


Œuvres citées dans la pièce : « la Cathédraleengloutie » de Debussy, « l’Oiseau prophète » de Schumann, « La nuit transfigurée » (je rois que c’est de Stravinsky, mais je ne suis pas sûr et ne veux pas tricher).


« Mon frère est persuadé que l’ordre du monde dépend de l’excellence de son passage, un ordre du monde avec tous ses croisements, y compris le nôtre, Monsieur Barsky. »Cette persuasion est l’énoncé positif de la pathologie que Barsky appelle « la maladie du dénombrement » et Zola « la rythmomanie » dans la Joie de vivre. J’en parle à mon aise, j’en suis atteint. Chez moi, elle se caractérise par la peur du diable qui est mon tabou si je le touche en pensée. Il m’attteindra, me possèdera et me contaminera, moi qu’il hante, moi qui suis, malgré moi, sujet de hantise. L’énonncé négatif de cette pathologie est la crainte que, si mon tabou me touche, non pas tout mon monde sera renversé, mais le monde entier s’effondrera.


Personnages de la pièce : Elie bretling, ami secondaire de Barsky ; Youri, ami important ; Jean, Nathalie, les enfants de lécrivain ; M. Slets, l’amant de Nathalie, le « polygendre » de Barsky, non, ce n’est pas polygendre, c’est un autre mot, peut-être protogendre ; Serge, ami important de Martha (jouée par Jeanne Moreau. Barsky est interprété par Michel Picoli.)Georges, ami secondaire.Nadine, la femme de Serge. Serge et Georges, deux prénoms qui s’attirent, généralement porté par des gens à la forte personnalité.Madame Serda, secrétaire de Barsky : « Toutle monde a une secrétaire et toi, tu as Madame Serda. » « Madame Serda devient de plus en plus acariâtre. » « Avec un physique comme le sien », on ne peut pas être de bonne humeur. Ce n’est pas la seule femme laide et toi, tu lui payes Biaritz. »Je me suis toujours repenti de mes élans vertueux. » « Quand on a passé sa vie à se positionner contre les rouges (est-ce une expression de la laideur dans le PIF (paysage intellectuel français) ?), on ne peut être que déboussolé par la chute du mur de Berlin. (La pièce doit avoir été écrite aux alentours et fut jouée à Avignon quelques années plus tard.)



Martha : « J’ai toujours aimé les gens désespérés, moi qui aime la vie. Car dans leur rage à vitupérer, ils expriment la vie même. »(Deux acteurs m’ont toujours fait penser à mon père : Michel Blanc pour le côté adolescent irresponsable et Michel Picoli pour l’attitude face à la vie. Yves Montant aurait suffi pour l’attitude dans la vie : dandy, frimeur, un peu crooner. Et j’ai toujours cru déceler que Michel Picoli n’aimait pas la vie. Mon père aimait vivre, mais pas la vie. J’ai hérité de lui et c’est une rage destructrice.)


Procédé d’écriture de la pièce: cela ressemble ou cela part d’une mise en abyme assez basique (depuis le second XXème siècle, la litérature est devenue masturbatoire  e:elle parle de littérature comme l’école parle de l’école ou l’Eglise de l’Eglise, toutes autoréférentielles, jusqu’au « synode sur la synodalité » pour l’Eglise ou pour l’école, cette contre-Eglise, jusqu’à nourrir ces deux catégories d’universitaires préposés à y réfléchir que sont les didacticiens et les pédagogistes.


« Un écrivain de renom voyage avec une inconnue qui lit son dernier livre », expose Barsky qui commente : « Bon sujet de nouvelle un peu vieillot, pour Stefane Zweig.)


Je marque une marche arrière en ajoutant que Yasmina Resa se saisit de l’idée de Nathalie Saraute à la base des « Fruits d’or », idée du nouveau roman s’il en fût, mise en abyme de la mise en abyme : un milieu snobe parle d’un livre au titre fantôme, les Fruits d’or, livre dont la substance ne nous sera pas dévoilée pendant tout le roman, mais autour duquel le gratinmondano-littéraire prend des positions critiques avec snobisme. Pour Sartre, le nouveau roman était issu du « psychologisme français ».


Nous sommes dans le train. Deux personnages assis face à face pratiquent le monologue intérieur jusqu’à se rejoindre. Elle sait qu’il est l’écrivain dont elle lit le dernier roman. Va-t-elle ou ne va-t-elle pas sortir le livre de son sac ? Va-t-elle briser le charme qui lui permet de lui parler de ses amis ou de son frère tandis qu’il ne la remarque pas, est lui-même dans ses pensées, ignore qu’elle lui parle, se demande si elle est allemande (pourquoi va-t-elle à Franckfort ? Pour retrouver un amant chef d’orchestre avec qui elle va rompre, décide-t-il quand elle sort son livre de son sac) ? La rencontre de l’auteur sera-t-elle décevante comme de Dieu, il est essentiellement à craindrequ’Il nous déçoive quand nous L’aurons trouvé ?(Pourquoi devrions-nous embrasser la Vérité quand nous L’aurons rencontrée, comme le croit naïvement le concile Vatican II ? Et s’il arrivait que nous ne l’aimions pas ?) 


Et dans ce dialogue de deux monologues (la rencontre entre les deux héros est longtemps différée), les amis de Martha, j’allais dire les amis de Jeanne, Serge, son frère, deviennent des personnages de Barsky, « font partie de son univers », surtout Serge qui n’aimait pas Barsky et estimait que sa plus grande chance était d’avoir su se faire aimer par un personnage aussi subtil que Martha, lui traquant à le llire « l’invisible » qui le rendait aimable. Au moment où Barsky imagine qu’il devrait jouer l’Oiseau prophète de Schumann, Martha se rappelle que, pour son enterrement (« Comment vivre dans un monde où Serge est mort ? »), Serge avait exigé qu’on ne prononce pas une parole, mais qu’on diffuse du Schumann et qu’elle y veille.


Il y a tout le fumet de la littérature moderne dans cette pièce sans que ça soit empesé comme dans Duras. Jusqu’à la point de distinction qui fait que nos personnages alternent entre la pensée de « gérer [leurs] intestins » comme Barsky, passage obligé de la scatologie contemporaine qui n’a plus la jovialité rabelaisienne ni la vulgarité luthérienne, et des occupations de référence, des pièces de piano.

Le choral est le plus facile et le plus séduisant des procédés contemporains: que des monologues s’enchâssent dans un dialogue. C’est pourquoi, si j’étais prof de Français, je ferais étudier l’Amante anglaise de Duras et l’Homme du hasard de Yasmina Resa, pardon, de Paul Barsky.



Œuvres fictives citées dans la pièce :  la Remarque (l’amie de mon frère, Nathalie Quintane, a écrit un recueil poétique intitulé Remarques que je n’ai jamais réussi ni pris le temps de faire transcrire. J’aurais également voulu lire son recueil intitulé Chaussures que j’aurais moins voulu lire que Remarques bien que je sois un fétichiste du pied féminin et du prénom Nathalie depuis l’âge de quinze ans), Un passant comme un autre, le Pas d’un homme pauvre (je n’ai jamais pris le temps de lire la Femme pauvre de Léon Bloy et ai donné envie à Anita de le lire, car son oncle lui disait qu’elle était une femme pauvre. Pour moi, Nathalie, c’est « la femme pauvre »).

Paul Barsky à propos de lui-même (en se faisant passer pour un lecteur de Paul Barsky) : « De la mort il n’a parlé qu’avec mondanité en ricanant comme une pauvre toupie. De la tristesse il n’a su dire que la sienne, avec quelle frénésie de ressassement. » (Son critique et ami Elie Bretling n’a pas su lui dire : « Tu ressasses », lui reproche-t-il.)

 

Dernière phrase de Martha à Paul : « Vous n’avez pas le droit d’être amer. En vous lisant, il y a eu mille instants comme des éternités et pour être à la hauteur du diable qui m’a mis à côté de vous dans ce compartiment, dans une autre vie, je me serais envolé pour n’importe quelle aventure avec vous. » Gros rire de l’auteur. 

samedi 5 février 2022

Le courage de Maistre

On ne sort pas indemne de la lecture du chapitre 3 des "Considérations sur la France" de Joseph de Maistre, qui s'intitule "la Destruction de l'espèce humaine."


L'auteur y déplore avec sensibilité que le roi du Dahomey semble avoir eu raison, quand il affirma "à un Anglois qui le consigna: "Dieu a fait ce monde pour la guerre."


Il note que très brefs ont été dans l'histoire les intervalles de paix.


Et il se demande pourquoi. "Si "beaucoup d'animaux sont destinés à mourir de mort violente", pourquoi n'en irait-il pas de même des hommes? 


IL relève que l'arbre humain est "taillé sans relâche" par une main qui, dans son système, a tout lieu d'être providentielle.


"Or, en suivant toujours la même comparaison, on peut observer que le jardinier habile dirige moins la taille à la végétation absolue qu’à la fructification de l’arbre : ce sont des fruits, et non du bois et des feuilles, qu’il demande à la plante. Or les véritables fruits de la nature humaine, les arts, les sciences, les grandes entreprises, les hautes conceptions, les vertus mâles, tiennent surtout à l’état de guerre. [...] On diroit que le sang est l’engrais de cette plante qu’on appelle génie." 


A l'idéalisme de Dostoïevski qui veut s'illusionner que "la beauté sauvera le monde", Maistre oppose à titre préventif: "Je ne sais si l’on se comprend bien, lorsqu’on dit que les arts sont amis de la paix." Et certes, le beau doit être l'ami du bien, Maistre le nie d'autant moins que la consolation de philosophie d'un Boèce lui est sensible, il n'écrit pas pour nous déprimer; mais Gilles Deleuze n'a-t-il pas dit qu'"écrire, c'[était] sortir du rang des criminels?" 


Pour être providentialiste, Maistre n'est pas un leibnitzien ni un optimiste à la Pangloss. Il ne dit pas que tout est bien, ni que la Providence ordonne tout en vue du meilleur des mondes: "Il n’y a que violence dans l’univers ; mais nous sommes gâtés par la philosophie moderne, qui a dit que tout est bien, tandis que le mal a tout souillé, et que, dans un sens très-vrai, tout est mal, puisque rien n’est à sa place." 


Car il y a une loi d'entropie morale, dont la première à me parler fut une adventiste du septième jour: "La note tonique du système de notre création ayant baissé, toutes les autres ont baissé proportionnellement, suivant les règles de l’harmonie. Tous les êtres gémissent et tendent, avec effort et douleur, vers un autre ordre de choses." 


"La Création est en travail d'enfantement", rappelle-t-il en citant saint Paul (Rm 8-22 et ss), estimant que la palingénésie de Charles Bonnet a quelque rapport avec cette gestation souffrante de la Création dans "la réversibilité des mérites" de l'Innocent au coupable. Abordant il y a près de cinq ans le monumental ouvrage de René Laurentin sur la Trinité que je n'arrive pas à finir, je m'étonnai que le théologien assumât que la révélation de l'amour de Dieu est progressive, nous élargit spirituellement sans nous libérer des tribulations de l'histoire. Laurentin comme Maistre ne sont pas Marc Sangnier. 


Ils ne récusent pas le sacrifice comme, avec inanité, René Girard imagine que le christianisme est la religion de la sortie du sacrifice parce que le Christ serait le dernier des sacrifiés. Au contraire, Maistre écrit: "Le christianisme est venu consacrer [la pensée du sacrifice], qui est infiniment naturel[le] à l’homme, quoiqu’ilparoisse difficile d’y arriver par le raisonnement." 


"On demande quelquefois à quoi servent ces austérités terribles, pratiquées par certains ordres religieux, et qui sont aussi des dévouemens ; autant vaudroit précisément demander à quoi sert le christianisme, puisqu’il repose tout entier sur ce même dogme agrandi, de l’innocence payant pour le crime."


A quoi sert le christianisme? La question qui tue, que je me pose presque tous les jours et que les modernes ne se posent jamais. Que je me pose depuis ma première crise de foi d'enfant nouvellement converti, quand je me demandai si Dieu n'était pas méchant. Que je me pose quand je me demande à quoi a servi le martyre du Christ s'il faut continuer de "souffrir ce qui manque à la passion du Christ", si "le sang des martyrs est semence de chrétiens" et si les tribulations de l'histoire sont là pour attester que le martyre du Christ, sinon n'a servi à rien, du moins  n'a rien résolu en matière de mortalité des innocents frappés: nous n'avons aucune preuve tangible de l'effectivité de la Rédemption. Cela me hante comme Bernanos ou comme Baudelaire écrivant son poème "Réversibilité". 


https://www.bonjourpoesie.fr/lesgrandsclassiques/Poemes/charles_baudelaire/reversibilite


Je suis reconnaissant à Maistre de ne pas éluder ces questions qui font mal, et même de tenter de nous consoler à sa manière:


"Il est doux, au milieu du renversement général, de pressentir les plans de la Divinité. Jamais nous ne verrons tout pendant notre voyage, et souvent nous nous tromperons ; mais dans toutes les sciences excepté les sciences exactes, ne sommes-nous pas réduits à conjecturer ? Et si nos conjectures sont plausibles ; si elles ont pour elles l’analogie ; si elles s’appuient sur des idées universelles ; si surtout elles sont consolantes et propres à nous rendre meilleurs, que leur manque-t-il ? Si elles ne sont pas vraies, elles sont bonnes ; ou plutôt, puisqu’elles sont bonnes, ne sont-elles pas vraies ?"


Je conseille donc vivement la lecture de ce chapitre 3  des "Considérations sur la France" de Joseph de Maistre.


https://fr.wikisource.org/wiki/Consid%C3%A9rations_sur_la_France/Chapitre_III 

vendredi 4 février 2022

Valérie Pécresse, la candidate bon chic et mauvais genre

Commeentaire en forme de billet primo-posté sur le blog de Philippe Bilger, "Justice au singulier", sous l'articlce:


Justice au Singulier: Conseils d'un amateur à Valérie Pécresse... (philippebilger.com) 


Victime de son absence de conviction, la droite républicaine (ou de gouvernement, traduire la droite opportuniste), a été sociologiquement grand-remplacée par le macronisme, cette décadence de la bourgeoisie qui a perdu le sens de ses obligations ou sa justification de classe  et n'a plus cru de son devoir d'être philanthrope, et elle a vu ses valeurs raptées par l'extrême droite, comme beaucoup d'analystes perspicaces prédisaient que ce serait la victoire de Marine Le Pen (aujourd'hui  enserrée par Eric Zemmour)d'occuper le créneau de l'ex-UMP renommée les Républicains. 


De plus, les primaires sont une machine, sinon à perdre, du moins à sélectionner le plus mauvais candidat: on l'a vu à gauche en 2012 avec la victoire de François Hollande et à droite en 2017 avec la victoire de François Fillon. 


Valérie Pécresse souffre du syndrome Fillon: elle croit qu'avoir emporté la primaire l'autorise à s'endormir sur ses lauriers. Xavier Bertrand aurait été plus pugnace, mais il n'aurait pas produit un bien meilleur spectacle. Lui aussi fait depuis des années du média training, a un coach vocal et parle faux. 


Comme Valérie Pécresse travaille son incarnation de "dame de fer" à la française, elle  ajoute une touche de vulgarité qui n'est pas dans la manière de "l'éternel féminin" subsumé par la "galanterie française" pour qui Rabelais n'est pas une personne du sexe. Employer des expressions comme "cramer la caisse" donnent mauvais genre à cette candidate BCBG.

jeudi 27 janvier 2022

Les apories de Jésus

Je déroule moins une pensée que je ne pose des questions, je suis un croyant questionneur, un croyant de la lutte avec l'ange. Et si je devais passer des apories du pardon aux apories de Jésus, je demanderais: 


-Comment le Verbe ou le Fils de Dieu a-t-Il pu  S'incarner s'Il n'a jamais péché? Comment a-t-Il pu embrasser la nature humaine, alors que la nature humaine n'est pas déchue, mais elle est mixte; elle n'est pas que pécheresse, mais elle construit et "rate sa cible", selon la traduction du concept hébraïque de "péché"-"hamartia". Dire que Jésus S'est fait homme à l'exception du péché, c'est presque prononcer un oxymore. 


-Je sais bien qu'il en est pour douter que Jésus Se soit fait homme, et ce n'est pas ce qui me choque le plus. Beaucoup de rabbins doutent de l'existence de Dieu, je suis un peu rabbinique en cela. Car je me dis que si c'est l'homme qui a fait naître Jésus du besoin qu'il avait de le représenter comme son Sauveur, Dieu ne regarde qu'au bien qui en est résulté et que Jésus ait existé et aimé le premier ou que ce soit l'homme qui ait eu le premier besoin de l'existence de Jésus pour projeter en Lui l'image du salut, Jésus a fait beaucoup de bien.


-On doit pouvoir s'interroger sur le modèle anthropologique porté par Jésus. Jésus Se présente comme le Fils de l'homme, donc comme un modèle d'humanité. Or Jésus est dans un besoin d'affirmation  de soi qui le ferait passer aujourd'hui pour un paranoïaque. Si n'importe quel quidam humain parlait aujourd'hui comme Jésus, on le traiterait de fou. Mais "médecin, guéris-toi toi-même" n'est pas la boutade dérisoire par où je renverrais à leurs leçons les marchands de bonheur. Mon médecin peut être efficace et plus malade que moi et je ne dis pas que Jésus le soit, car je suis incomparablement plus malade que Jésus et j'ai besoin de Sa médecine. Seulement Jésus ne réalise pas une condition anthropologique essentielle de l'homme moderne ou de la modernité humaine: Jésus ne tue pas le père; bien loin de là, il se fait tuer pour le père et devient la cible du père, selon la signification du mot "Fils" ("bar" en Hébreu), traduite par Annik de Souzenelle. Etre fils est l'entière direction de Jésus. Jésus se veut l'"instrument du Père", la chose du Père, la voix ou même le perroquet du Père, qui ne fait que la Volonté du Père, là où nous ambitionnons d'être des individus autonomes et responsables. 


-Reste à vérifier que Jésus n'a point péché ou si Jésus a péché. Jésus est âpre, Jésus a mauvais caractère, Jésus rabroue volontiers même ceux qui se donnent pour des "petits chiens" dans l'espoir de ramasser les "miettes" qu'il ne leur donne pas de bon coeur; Jésus refuse de reconnaître les "vierges folles", ces fiancées inconséquentes à leur entrée au paradis; Jésus promet la condamnation à qui "refuse de croire", mais ferme aussi sa porte à qui croit en s'y prenant mal ou en ne donnant pas tout; il déclare indigne du Royaume qui ne Le préfère pas à tout ou proclame "la béatitude des persécutés", telle qu'il faut toujours "des pauvres", "la guerre" et "des persécutions" à l'accomplissement du Royaume de Dieu. Est-ce vraiment ne pas pécher que de parler et de se comporter ainsi? Est-ce parler contre la foi que de poser ces questions assez terribles? Ces questions, je les porte en moi, je les pose en conscience, elles risquent de "scandaliser" les plus petits d'entre mes frères, mais je m'inscris dans le sillage de Jésus en les posant, si toutefois j'admets, du fond de ma nuit de la foi, que Jésus n'est pas tant venu pour imposer un dogme que "pour une remise en question", et c'est Lui-même qui le dit (en Jn IX-39). 

mercredi 26 janvier 2022

Les apories du pardon

J'en ai longtemps voulu à Paul Ricoeur d'avoir décidé que la Shoah était le seul impardonnable, dans "Mémoire et histoire", co-écrit avec Emmanuel Macron en qualité de secrétaire...


Un ami très mystique m'a dit que nous avions le privilège d'être les disciples d'un Dieu qui est pardon et que, sans pardonner, il n'est pas possible de vivre. Cette dernière proposition me paraît assez péremptoire.


J'ai tendance à partager l'avis ce ceux le pardon est nécessaire à la santé mentale."On ne doit pas se juger soi-même", affirme-t-on, on ne peut parfois pas se pardonner à soi-même, mais on fait comme si, pour ne pas vivre le supplice du détenu dans le miroir de la raison pour laquelle il purge sa peine. ON se survit en paraissant se pardonner ou pire, en étant dans le déni de sa culpabilité réelle pour ne professer, ne confesser et ne reconnaître qu'une culpabilité toujours imaginaire, sous prétexte que l'inquiétude et la culpabilité sont des énergies malsaines. 


A quoi sert-il de faire amende honorable si on est incapable de s'amender?


Une amie me disait que le repentir consiste à remonter la pente. Et Benoît XVI qu'il faut avoir "un coeur toujours repentant". Ca me paraît invivable. 


Il y a dans la présentation que l'Eglise fait de Jésus une exception qui ne me paraît pas être des moindres: "Dieu s'est fait homme en toute chose excepté le péché." Il se serait donc fait homme excepté la nature humaine. Alors que reste-t-il de son Incarnation?


Et la rémission des péchés, qui est un article de foi, ne fait-elle pas que l'abus ne devient pas seulement un fait culturel issu de je ne sais quelle déviation cléricale, mais est intrinsèque à la culture chrétienne qui croit en la rémission des péchés et postule un salut qui, à le prendre de façon quiétiste et inactive, est un transfert de responsabilité qui nous rend irresponsables puisque c'est le Christ qui répond littéralement de nous? 

dimanche 16 janvier 2022

Sur les élèves handicapés, Eric Zemmour a dit la vérité

    J'observe que le handicap est agité comme un hochet compassionnel à chaque élection présidentielle. Je me souviens d'Emmanuel Macron y consacrant sa "carte blanche", me semble-t-il au cours du débat de second tour avec Marine Le Pen, et c'est le refus de la déconjugalisation de l'AAH qui a vérifié les bonnes intentions de sa ministre Sophie Cluzel, qui envisagea un temps un avenir de présidente de région contrarié par la querelle entre Renaud Muselier et Thierry Mariani. Auparavant, Ségolène Royal avait surjoué l'indignation dans son débat de 2007 en disant que Nicolas Sarkozy, pour souligner les difficultés de "l'école inclusive", qui n'ont fait que s'aggraver depuis, atteignait au "summum de l'immoralité politique".


Giscard fut notre dernier président social. Sa loi de 1975 fut la dernière à améliorer vraiment le sort des personnes handicapées. Pour en fêter les trente ans, on discuta, vota et promulgua la loi de 2005 dont la philosophie générale était que le handicap n'existait pas en tant que déficience ou qu'infirmité, mais seulement en tant que "situation", et qu'il appartenait à la société de compenser ces handicaps de situation en admettant toutes les "personnes en situation de handicap" dans toutes celles que traversait normalement sans dommage ni encombre quiconque n'était touché par aucune infirmité. Ceux qui, comme moi, dénonçaient une utopie d'où résulterait une moindre intégration et une précarisation des personnes concernées se voyaient taxer d'obscurantisme. L'avenir nous a donné raison, mais les personnes handicapées continuent de ne pas le reconnaître. Leur désir d'être acceptées à part entière, un désir idéaliste ou idéologique, l'emporte sur la considération empirique des effets de la loi de 2005, qui se retrouvent dans les conséquences des confinements de 2020, lesquels étaient présentés comme destinés à protéger les personnes vulnérables et fragiles, alors qu'ils ont contribué dans la pratique à les fragiliser en les isolant et en fermant la plupart des services qui leur étaient dédiés et leur venaient en aide sous prétexte de les protéger d'être infectés par la Covid. 


Les premières à refuser ces constats objectifs sont les personnes handicapées elles-mêmes et peut-être plus encore leur entourage. Je me souviens de la bronka qui accueillit Marie-Christine Arnautu qui prononça un discours remarquable aux Etats généraux de la déficience visuelle auxquels je participai, elle était à peu près la seule à maîriser son sujet, avec Hamou Bouakkaz, alors conseiller de Marisol Touraine avant d'être écarté de son cabinet quand elle devint ministre, et qui résuma la situation de l'"inclusion scolaire" en préconisant le cas par cas avant d'ajouter non sans humour: "Je suis aveugle et d'origine algérienne. Chaque jour, je dois donc m'intégrer à un double titre. Le matin, j'essaie de m'intégrer; l'après-midi, je me demande si je suis intégré et le soir, je me désintègre." Marie-Christine Arnautu gâcha son discours en conchiant l'aide médicale d'Etat, laquelle ne coûte qu'un modeste milliard, qui compte bien peu au regard des milliards gaspillés dans la valse de l'argent magique emmenée par celui qui, en Guyane ou à Saint-Martin, refusa d'ajouter le "Père Noël" à la galerie  de ses mauvais rôles, l'inénarrable président Macron. 


Ma mère milita à l'ANPPEA, l'association nationale des parents d'enfants aveugles. Cette association éditait la revue "Comme les autres" et militait pour que le terme de "handicapé" soit remplacé par le terme "différents". L'association ne s'apercevait pas qu'elle n'était pas à un oxymore près. Mais elle était progressiste et son progressisme la préservait de voir certains pans du réel. Elle militait pour la fermeture des internats et l'intégration de plus en plus précoce des enfants dans des établissements scolaires ordinaires. On l'a prise au mot. Dans le monde du handicap visuel, la plupart des écoles spécialisées ont fermé ou n'accueillent plus d'élèves, mais font du suivi scolaire d'enfants handicapés qui font une quadruple journée : 


-les apprentissages scolaires dans lesquels ils peuvent être "largués" à défaut de maîtriser les techniques de compensation de leur infirmité; 


-le suivi scolaire et l'apprentissage de ces outils compensatoires

par les "professionnels" des établissements d'enseignement spécialisé reconvertis en établissements de suivi scolaire d'élèves "à besoins spécifiques;


-le ramassage scolaire où le premier cherché est souvent le dernier ramené, car la carte scolaire n'est pas si inclusive que les lycées accueillant des élèves "en situation de handicap" ne soient pas regroupés en pôles de manière à être plus efficaces dans cet accueil, moyennant autant d'éloignement des élèves des lycées qui les accueillent; 


-et la compensation du handicap lui-même.


Ajoutons à cela que les accompagnants des élèves handicapés ont énormément perdu en qualification. Autrefois, il fallait deux ans, en dehors du cursus universitaire classique, pour devenir un enseignant spécialisé; aujourd'hui, il faut à peine deux semaines pour devenir AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap). ET l'"école inclusive" est un des maquis normatifs les plus kafkaïens qui soient au pays des 300000 normes et des mille fois moins de fromages qu'est celui des "Gaulois réfractaires" qui n'y résistent guère. Alors peu m'importe qu'Eric Zemmour ait eu un mauvais mouvement et ait su d'instinct ou non de quoi il retournait en matière d'"école inclusive", mais il a dit la vérité, et c'est pourquoi ses adversaires l'exécutent en persuadant les ignorants qu'il a tenu des propos immoraux. 

mercredi 20 octobre 2021

Le roi s'amuse

Le problème n'est pas que "le roi s'amuse", mais que le roi s'amuse souvent. Je me souviens d'un voyage dans je ne sais plus quel pays d'Afrique où, dans une discothèque tenue par un bandit notoire, impliqué dans les réseaux de la drogue, crois-je savoir, il demandait qu'on laisse ce qui se passait dans cette discothèque  à l'intérieur de cette discothèque. Pourquoi avait-il choisi cette boîte de nuit comme étape de son voyage officiel? Au regard d'une sortie aussi provocatrice, ce que montre la vidéo mise en ligne par le "Parisien" paraît bien innocent. Rien à voir non plus avec la fête de la musique très idéologique très genrée promouvantun leader de groupe musical qui se revendiquait "noir et pédé" et qui sortait de son identité et de son genre comme une promesse d'avenir de dépersonnalisation à tous les étages qui, à en croire Frédéric Daby, prend dans la jeunesse: la théorie du genre qui était censée ne pas exister fait des ravages  de déréalisation et de déconstruction. J'aurais aimé que Sandrine Rousseau sortît vainqueur de la primaire écologiste, car son franc-parler aurait montré l'alliance contre nature entre le refus de la nature qui rêve d'un "homme déconstruit"et l'allégeance à la nature qu'on ne connaît que dans un contexte urbain qui croit que l'agriculture est la plus grande des pollutions, cet agriculture industrielle-là bien sûr, mais qui l'a réclamée? 


Ce qui est moins innocent que le déhanché présidentiel chantant à tue-tête la holà des victoires footballistiques est que le match ait opposé le "Variété club de France" à une équipe de soignants dans le cadre de l'"Opération pièces jaunes", dont je m'étonne toujours qu'elle n'ait jamais gêné personne, d'autant qu'elle fut organisé par la femme de Jacques Chirac, qui s'inscrivait dans le précédent de la fondation Claude Pompidou,  pour renflouer un hôpital public que c'est la responsabilité de l'Etat de ne pas réduire en pelote et dont messieurs nos présidents confient à leurs dames patronnesses le soin de montrer qu'elles s'en occupent de l'extérieur de  l'Etat dont le chef a nommé premier ministre un de ses fossoyeurs en la personne de Jean Castex, sans doute pour le récompenser de l'avoir mis dans la situation où l'a trouvé la covid, il faut le répéter sans cesse. L'Etat financeur joue les tendeurs de sébile en la personne de ses plus hauts  dignitaires, comme on s'est habitué à ce que, pour donner moins d'argent à la recherche, il organise annuellement le grand raout caritatif du téléton,  diffusé en boucle pendant 48 heures sur les chaînes du service public complice. 


Autre indécence symbolique, bien caractéristique du mépris de classe dont Emmanuel Macron a fait preuve pendant toute sa campagne et tout au long du quinquennat qui court encore et risque d'être couronné par la réélection du plus cynique de nos présidents, Emmanuel Macron joue contre les soignants canonisés, puis mis à l'amende de l'obligation vaccinale avant tout le monde sous peine d'être suspendus et de n'être plus payés, pour faire rapporter de l'argent à un hôpital auquel, avant la pandémie, il a refusé de donner de l'argent qu'on n'avait plus, disait-il (il aurait pu dire que l'hôpital nous coûte "un pognon de dingue"), on se souvient de sa conversation avec une infirmière dans un hôpital qu'il visitait, avant  de se rendre à la Légion d'honneur pour y entendre une chorale le soir même avec son épouse. 


Emmanuel Macron n'a même pas imaginé de jouer aux côtés des soignants contre le Variété Club. Si indécence il y a dans ce divertissement de  notre roitelet, c'est de ces côtés-là qu'elle se situe.


Quant à la fausse proximité désormais établie entre les français et leur président, d'un côté on réclame un cloisonnement de la sphère publique et de la sphère privée, comme si la petite histoire n'avait pas toujours guetté les secrets d'alcôve et été friande de l'étalage des favorites ou des mignons. Et de l'autre on tape sur l'épaule du président, dont on attend qu'il soit moins respecté qu'un directeur d'école. Dans un des établissements scolaires que j'ai fréquenté, le bureau de Monsieur le censeur et de Madame la directrice se situait derrière des portes capitonnées. On y accédait après avoir g rimpé un escalier d'honneur où était déroulé un tapis rouge. Cela installait une distance que ne permettent pas les actuels bains de foule, réclamés par la politique spectacle qui veut de l'empathie et des selfys, et des serrages de louche où l'hôte de l'Elysée demande aux Français "comment allez-vous", sans se souvenir qu'à l'origine de cette expression, les courtisans voulaient savoir comment le roi était allé à la selle.

lundi 18 octobre 2021

Le miracle

Le miracle est l'exception qui confirme la règle.

Les remarques sur la toute-puissance de Dieu doivent être assorties de ce qu'en disait François Varillon: "L'amour ne fait que ce qu'il peut" et il ne peut qu'aimer. Mais ce n'est pas une raison pour réduire Dieu à l'impuissance sous prétexte qu'Il serait tout-puissant en amour. Comme ce n'est pas une raison de réduire le désir à l'impuissance parce que nous sommes des insatisfaits permanents, et que nous papillonnons faute de savoir ordonner nos désirs au bon usage de la vie qui est Dieu et qui nous veut du bien.

Je rêve d'une Eglise qui croit au miracle parce que le miracle est le premier signe de la foi. Peut-être croire au miracle est-il romantique, mais la foi est romantique comme une aventure irrationnelle ou comme l'aventure rationnelle de la lutte avec l'ange, où la raison ne s'incline que quand elle est acculée.

Je crois au miracle jusqu'à croire qu'un aveugle peut avoir recouvré la vue sans nerf optique comme cela pourrait m'arriver, ce que je désirerais d'autant plus que je n'en éprouve aucun besoin.

La question à se poser n'est pas: "Pourquoi ne sommes-nous pas tous miraculés?" mais: "De quoi le miracle est-il le signe?", et la réponse est que "Le salut éternel fait irruption dans nos vies comme un miracle" de transformation du désir. Mais le salut, ou bien est second, ou bien prolonge la foi qui est première, et qui est moins confiance que conscience d'une relation inouÏe, improbable, théoriquement impossible, d'une relation miraculeuse entre un Dieu miraculeux et l'homme qui est le miracle de Dieu.

Si le miracle peut être suspension d'un processus de dégénérescence, cela dispense de se poser la question: "Pourquoi devrait-on guérir si l'on ne peut mourir guéri?".

Dieu n'intervient dans la nature que par miracle. Teilhard suppose que c'est parce qu'Il a laissé la liberté à la nature comme Il a laissé l'homme à sa liberté, et la nature s'est donnée ses règles, puis a été laissée à ses lois qu'a édictées sa liberté, dont c'est peu dire qu'elles ne sont pas conformes aux lois de Dieu, "la lumière éclairant tout homme" et animant tout ce "qui vient en ce monde". Jésus ne peut pas approuver  cette loi de la nature: "Celui qui a recevra encore, mais à celui qui n'a rien, on prendra même ce qu'il a". Mais cela ne l'empêche pas de l'énoncer comme s'Il la reprenait à Son compte.

Il est enfin stimulant de penser que Dieu est "cause libre" plus que "cause rationnelle". Le miracle est la sortie du déterminisme.


MetaBlog (ab2t.blogspot.com) 

samedi 16 octobre 2021

Nouvelles réflexions sur le rapport Sauvé



-Doit-on considérer que le rapport Sauvé est parole d'Evangile? Statistiques estimées à la louche, mais surtout entre-soi assumé par le président de la commission, qui l'a présidée à condition de nommer tous ses commissaires, a fonctionné "à budget ouvert", a produit des statistiques à la louche, par des méthodes d'estimation, a fait parler M. devaux en tête de sa conférence de presse pour expliquer à ses commanditaires qu'ils étaient "la honte de l'humanité" et a pris la tête, sous le prétexte d'agissements moralement indéfendables, d'une contestation portant les revendications de "Wir sind die Kirsche" en Allemagne, et dans le monde francophone de "Golias", de la CCBF et de tous les progressistes pour exiger un "Vatican III" de l'Eglise (il ne le dit pas tel quel, mais ceux qui prennent le rapport Sauvé pour parole d'Evangile le font pour lui), comme s'il fallait se parer des vertus du néo-puritanisme en vogue (et je ne dis pas que les abus dont il est question sont dénoncés par une conception puritaine de la relation amoureuse) pour saper la morale chrétienne, ce dont je me fiche, mais pour détruire l'eglise en la ruinant, ce dont je ne me fous pas du tout.


-Car il s'agit bien de savoir pourquoi l'Eglise catholique est "la seule internationale qui tienne" comme le dit Guillaume de Tanouarn; pourquoi elle a survécu à tous ses crimes (et Périco Légasse a peut-être raison de dire qu'elle est la plus grande tueuse de tous les temps, opinion qui me scandalise), ce qui ne s'explique pas à moins qu'elle ait en effet les promesses de la vie éternelle et que les péchés incommensurables de ses membres n'atteignent pas sa sainteté ontologique.

"Moi, quand j'aurais commis tous les crimes possibles...", s'exclame sainte Thérèse, l'apôtre de la voie d'enfance...

   Comment l'Eglise peut-elle survivre, non seulement aux abus sexuels de ses clercs et de ses laïcs, mais aussi à son indifférence envers tant de prochains malades, handicapés, isolés, affamés ou démunis,  en priant pour que des gens se dévouent à son service dans les prières universelles, en leur envoyant le Secours catholique ou la Conférence Saint-Vincent de Paul pour les soutenir d'une tape sur l'épaule, d'une bonne parole qui ne mange pas de pain ou d'une aide ponctuelle; tout en ayant les yeux de Chimène pour les migrants ("tu aimeras ton lointain comme toi-même et l'homme in abstracto"), jusqu'au jour où des coutumes différentes viennent déranger ses habitudes? 


-Et j'irai plus loin. Ce qui interpelle ma foi en Jésus à l'heure actuelle après avoir douté de son historicité (et le doute n'est pas levé en moi), cru que c'était un egregor qui existe par l'appel à l'existence que lui lancent les croyants (et il m'arrive encore de le penser); un paranoïaque qui se prenait pour le Fils de Dieu et que tout le monde a cru; après avoir pensé tout cela non sans l'aimer, je me demande comment on peut dire qu'Il n'a pas péché alors qu'Il S'est mis en colère, a rabroué Ses apôtres, a maudit le figuier sec, a menacé les sarments secs d'être jetés au feu et dit aux vierges folles qu'Il ne les connaissait pas. Comment peut-Il être doux et humble de coeur et en même temps si âpre? Comment peut-Il ne pas pécher et contrevenir à nos conceptions les plus évidentes de la relation humaine qui reconnaît l'autre et ne le rudoie pas? Pourquoi dit-on de Jésus qu'Il n'a jamais péché sauf si c'est vrai et dans ce cas, qu'est-ce que cela dit de la manière dont nous devons concevoir la relation humaine? Jésus ne nous blesse-t-Il pas d'amour autant qu'Il nous aime inconditionnellement, ce qui ne transparaît pas dans les Evangiles au premier coup d'oeil?


-Et enfin les victimes doivent-elles s'enfermer dans leur statut de victime? Il n'est nulle enceinte judiciaire où la justice est rendue au nom des victimes, sans quoi ce n'est pas une réparation, c'est une vengeance. Un procès reconstruit rarement une victime et la justice doit être rendue au nom de la société. La justice. On doit faire réparation aux victimes, mais la réparation ne leur rendra pas ce qu'on leur a pris à tout jamais. La vie, écrite à l'encre indélébile, est faite de ces deuils irrémédiables et de ces pertes irréparables, dont il n'est pas écrit qu'on ne doive pourtant pas s'en remettre. Pourquoi être une victime serait-il la seule condition dont on ne doit jamais se remettre? Pourquoi s'enfermer dans le statut de victime? Est-ce que la résilience n'est pas l'ultime ambition d'une victime qui ne nie pas son trauma, mais refuse de s'y laisser enfermer pour le reste de ses jours? 

samedi 9 octobre 2021

Par amour de la liberté

                Par amour de la liberté


N'est-on jamais aussi libre qu'on le voudrait? 


La chère hôtesse de mes villégiatures tourangelles me disait à l'instant: "Il ne faut pas toujours être contre, il faut être avec." L'extrême droite d'il y a trente ans se mettait constamment en porte-à-faux et se posait en contre-société qui voulait changer la société. On était tellement contre elle qu'elle était tout le temps contre le monde entier. C'est un changement peu négligeable que ce "contre" se soittransformé en "avec". Il a fallu pour cela que quelques commanditaires forcent le pluralisme et que les plus radicaux se civilisent. Zemmour n'a pas une gueule d'ange, mais de petit garçon inoffensif. La radicalisation française adopte la gentillesse française dont parlait Claude Guéant, mettant au ban la radicalité islamiste, en guerre ouverte avec ses moeurs pacifiques. La droite n'est plus le pays "où l'on n'arrive jamais" comme l'écrivait Yves-Marie Adeline, il y a un espoir d'y arriver si elle continue de se montrer aussi aimable et civilisée. Le discours d'Alain Finkielkraut était sur une double défensive de la France et d'Israël. Le discours de Zemmour garde le silence sur Israël et défend la France avec le sourire. N'était #Meto et le néo-puritanisme que charrie ce refus du baiser volé, des avances et des regards adipeux, on pourrait croire au retour de la galanterie française.

Quant à la liberté, j'ai une très belle histoire sur elle. Je fus pendant vingt-cinq ans l'ami de l'ancien économe du séminaire saint-Sulpice sis au six, rue du regard où j'ai vécu pour vivre le comble d'un aveugle, habiter rue du regard. Cet homme était assez guindé et je ne sais pourquoi, a lâché toute bride à son verbe durant les quinze dernières années de sa vie, si bien que sa table était un lieu où se déchaînait la liberté à propos de tout. Il me faisait souvent l'honneur de m'y inviter en face de lui parce que nous avions tous les deux le goût de renverser les autorités morales qu'on gobait sans discernement. Nous eûmes ainsi la joie mauvaise de chahuter soeur Emmanuelle et quand ce fut fait, nous nous sommes dits: "Nous avons fait un excellent dîner" en nous frottant les mains, au grand dam de mon frère, qui était de la partie, mais n'avait pas la même tournure d'esprit anarco-catholico-conservatrice.

La semaine avant sa mort, je lui ai téléphoné et je lui ai dit: "Vous me faites irrésistiblement penser à Michael Lonsdale lançant, dans le film "Des vivants et des dieux" où il interprète le frère Luc, médecin, à qui il est indifférent de partir ou de rester et qui déclare vouloir se plier à la décision de la majorité des moines: "Laissez passer l'homme libre." Et le Père dugué de me répondre: "C'est incroyable, ce que vous me dites, car à l'instant même où vous me le dites, je vois passer sous mes fenêtres (il a fini ses jours chez les petites soeurs des pauvres avenue de Breteuil) Michael Lonsdale en personne, qui va prendre son déjeuner au restaurant le Vauban."

Au lendemain du 21 avril 2002, le Père Dugué me raconta que beaucoup de gens se confessaient d'avoir voté Le Pen.

"Et que leur répondez-vous?

-Que ce n'est pas forcément un péché, cela dépend. Si vous avez voté pour lui par xénophobie, cela va contre l'Evangile, mais si vous l'avez fait à la suite d'une analyse politique, ce n'est pas un péché. J'étais dans le second cas, lui-même était gaulliste.


Justice au Singulier: On n'est jamais aussi libre qu'on le voudrait ! (philippebilger.com)

vendredi 8 octobre 2021

Le rapport Sauvé, la révélation des abus sexuels sur mineurs, le secret de la confession, où sont les hommes?

Billet posté en commentaire sur le blog de René Poujol au pied d'un billet traitant de la question. 


Cher René,

 

Il est symptomatique que le premier dérapage épiscopal ait porté sur le secret de la confession. Quand je parle de dérapage, je prends date, estimant qu'en plein emballement d'effroi où chacun y va de son sac de cendres et verse des larmes de crocodile au lieu d'affronter le problème structurel et culturel des abus sexuels de façon globale, virile et théologique,  mais cela nécessiterait de vastes développements que je  ne ferai pas ici, tout n'a  pas encore décanté en moi, on cherche le dérapage mitré et on s'en voudrait de ne pas tenir une énormité comme le célèbre: "La plupart des faits sont prescrits grâce à Dieu" maladroitement prononcés par le cal Barbarin,  propos qui ont valu le tournage du film éponyme de François Ozon et l'éviction du collège épiscopal de ce prince de l'Eglise.

 

La focalisation du débat sur le secret de la confession est symptomatique à plus d'un titre, d'abord parce que le fond anticlérical de notre gouvernement civil et de la classe politique qui le forme a fait que ce n'est pas d'hier que l'Etat est venu chercher l'Eglise là-dessus. Je me souviens de Ségolène Royal interpellant mgr Pâtenôtre (le bien nommé) pour qu'on le lève, lequel ne voulut pas se coucher et répondit comme il put en essayant de rester patelin face à l'hostilité de la ministre de l'enseignement scolaire qui avait organisé la distribution des pilules avortives par les infirmières scolaires, et d'accomplir les promesses conciliantes et superstitieusement inquiètes contenues dans son nom de Patenotre, mais cette guerre clochemerlesque entre l'Etat et l'Eglise qui ne cessent de se chercher depuis plus de 200 ans est un symptôme périphérique.

 

Il y a plus profond: c'est que l'Etat traque les religions pour savoir si elles considèrent que la loi civile est supérieure à  la loi religieuse. Elles voudraient leur faire prononcer que oui et ceci est impossible en rigueur de foi, pour une raison que Jean Madiran a définitivement tranchée selon moi: il y a des lois non écrites supérieures à la lettre de la loi et prétendre le contraire est prendre le parti de Créon contre Antigone. Comme tous les croyants sincères s'y refusent et affirment par là la supériorité que revêt à leurs yeux la religion qui les relie au ciel sur le monde dans lequel ils font société, on les accuse de séparatisme. A cela s'ajoute un sentiment d'appartenance affectif qui fait que, personnellement et par exemple, je me sens plus catholique que Français et non seulement je comprends la position d'un musulman qui préfère la communauté des croyants à la nation française, mais je ne vois pas pourquoi on le lui reproche. J'irai plus loin, je ne vois pas en quoi l'oumma diffère fondamentalement, au sentiment des musulmans, de la communauté des croyants, c'est-à-dire de l'Eglise, au sentiment d'un catholique.

 

C'est pour ne pas a voir soutenu le point de vue d'Antigone et ne pas avoir affirmé courageusement qu'en tout état de cause, l'appartenance à l'Eglise l'emportait, au moins  pour un catholique affectif ou normalement constitué, sur l'appartenance à la République qui n'est  qu'une appartenance et une alliance de seconde zone, que mgr de Moulins Beaufort se voit aujourd'hui chercher des poux sur la tête à propos du secret de la confession par ceux du camp de Gabriel Attal qui pensent que "rien n'est supérieur à la République", secret qui prête à fausse polémique puisque la République a déjà établi une exception (bienvenue) au secret professionnel pour des abus commis sur des mineurs ou des personnes vulnérables, qu'elle fait obligation de dénoncer. Je sais bien qu'énoncer cela fait courir le risque d'horizontaliser toujours un peu plus l'Eglise (nos élites ne seront satisfaites que le jour où l'Eglise sera devenue une démocratie élitaire aux idées larges et à l'esprit ouvert sur les grandes abstractions imperméables aux personnes), avec des sacrements équivalant à l'exercice d'une profession garantie par le secret professionnel, limité par le risque et les délits pénaux, mais le fait est, le problème est réglé, l'obligation de dénoncer est devenue la norme, ce qui d'ailleurs est problématique.

    Mais à l'intérieur même de l'Eglise, il existait une pratique, merveilleusement et pittoresquement relatée par Maupassant dans "Une vie", d'après laquelle le prêtre pouvait offrir une absolution suspensive ou sous condition (Maupassant allait jusqu'à évoquer des "demi pardons" donnés par le prêtre "antiphysique" qui avait succédé à l'abbé Picot dans le village de Jeanne et de Julien). Autrement dit, le canon de l'Eglise pourrait tout à fait intégrer (ou l'Eglise pourrait recommander comme une bonne pratique) que le prêtre à qui un pénitent aurait avoué un abus sexuel sur mineur accorde une absolution si et seulement si le pénitent s'engage à se dénoncer, puis revienne le voir, faute de quoi le prêtre ne serait pas tenu par le secret de la confession et pourrait dénoncer lui-même la faute qui lui a été avouée.

 

Que le débat fasse diversion sur ce secret  est symptomatique en quatrième lieu parce qu'on a aujourd'hui tellement peur de la promiscuité des enfants et des adultes qu'il est devenu impossible à un enfant de confier porte fermée un secret à un adulte. Je l'ai souvent fait enfant et m'en suis trouvé consolé. Je ne sais pas à combien de maltraitances, de ravages et d'abus cette impossibilité pour un enfant de confier un secret à un adultes expose les enfants d'aujourd'hui.  C'est un peu comme pour la Covid: un jour on comptera les morts colatéraux de cette pandémie et des décisions  qui ont fait qu'en fait de protéger les personnes vulnérables, on les a livré à elles-mêmes, on les a abandonnées, on les a laissé seules, comme on a laissé se développer les maladies aux soins déprogrammés. 

 

Mais j'en viens à ce qui constitue pour moi le fond de l'affaire et au cinquième symptôme que la focalisation du débat sur ce secret nous expose et celuicelui-ci va très loin, vous l'exposez vous-même dans votre billet. Notre credo croit en "la rémission des péchés",  en "la résurrection de la chair", donc en la reconstruction du pécheur, en une seule victime qui a donné sa vie pour nous, "tous coupables", victime offerte qui a pris sur elle la responsabilité de nos actes pour sauvé nos âmes, qui devra nous juger et qui ne pourra pas le faire puisqu'elle répond de tout et tout est pardonné, ce qui est une manière de traduire le "Tout est accompli" qui est une des dernières paroles  du Christ en croix.

    Une institution, l'Eglise, qui repose sur un tel transfert de responsabilité, est-elle armée pour reconnaître sa responsabilité dans des abus structurels et culturels autrement que dans un emballement d'effroi qui retombera, passé le déballage des exactions,  une fois venu le déballage émotionnel qui suit tout emballement médiatique?

    Et à l'inverse, que dire de la tendance de notre société à ne voir partout que des victimes? Tous victimes, haro sur les coupables! Chasse à l'homme! Ce sont des monstres, qu'on les sorte de l'humanité! Ne prions pas pour ceux qui nous persécutent! Punissons-les avec la dernière sévérité en y mettant l'ardeur des primitifs. "Tous victimes", jamais coupables; tous blessés, jamais blessants; tous joués, jamais acteurs; tous mineurs, jamais adultes, majeurs et vaccinés, résilients; tous discriminés.  Où sont les hommes?

    

dimanche 12 septembre 2021

Considérations disparates sur Eric Zemmour


- Le CSA a raison de décompter une candidature qui se fabrique au jour le jour avec un marketing très efficace sous des dehors de journaliste influenceur de la bourgeoisie abreuvée de vinaigre. La comparaison avec France Inter ne tient pas, car aucun journaliste de France Inter n'a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle.

Celle avec Emmanuel Macron se soutiendrait davantage: chacun pouvait comprendre où il voulait en venir depuis le premier "Des paroles et des actes" qui a salué sa nomination au ministère de l'Économie et l'a présenté aux Français sous les bons offices (et auspices) de David Pujadas. Macron manoeuvrait depuis Bercy, avait des unes de presse pour le lancer, mais il ne disposait pas d'une émission où donner tous les jours son avis d'historien.

- Il faudrait savoir. Soit la France n'a pas dit son dernier mot, soit elle se suicide. Un auteur qui se fait connaître par une sorte de baroud d'honneur à la Bossuet en chambre ("La France est morte, vive la France !") se signale par un mauvais présage, et le présage est tout depuis la religion primitive. En réalité, ce n'est pas la France qui se suicide, c'est la société occidentale de l'après-guerre et de la reconstruction qui casse ses jouets depuis que l'économisme a pris le pas sur le social réduit au rang de "sociétal", tant la justice sociale a cessé d'être un horizon séduisant.

Vendre nos pays à la découpe, les mettre en coupe réglée et restructurer les services publics pour faire des économies de bout de chandelle en le rendant moins offrant pour qu'on lui en demande moins, a mis nos pays dans l'état exsangue où la Covid a révélé qu'étaient nos hôpitaux, sans parler de la police, de la justice, de l'armée, et de tout ce qui fait le régalien du pauvre, le système de protection sociale qui permettait aux moins aisés et aux plus aidés, pour reprendre une formule de Françoise de Panafieu, de vivre et non pas simplement de survivre.

- Ce qui frappe dans le cas Zemmour, c'est la fabrique d'une icône. Je me souviens parfaitement, à la parution du premier essai relativement confidentiel qui l'a fait connaître en lui valant une invitation chez Thierry Ardisson, et qui a fait passer ce journaliste politique au rang d'essayiste, de ce qu'en disait Paul-Marie Coûteaux, qu'il aimait plutôt bien: "C'est un journaliste très mondain".

Depuis, toute l'extrême droite lui fait les yeux de Chimène en affirmant le connaître depuis très longtemps, à commencer par le Menhir en personne. Tout le monde le retient: "N'y va pas, Eric, on t'aime, tu vas faire ton malheur, notre malheur électoral ou celui de la France", car on n'a jamais vu un historien faire de la politique, ni avoir l'étoffe de se laisser détourner de ses idées générales par la gestion de l'imprévu, gouvernance obligée depuis qu'un clou chasse l'autre et que l'actualité commande, sous l'effet de l'invasion du temps médiatique l'emportant sur le temps long du politique. Maurras disait déjà qu'un des inconvénients de la démocratie, c'est qu'elle "gouverne au présent".

- Zemmour et la bourgeoisie vinaigrée: Zemmour est comme Mélenchon qui séduit essentiellement les gauchos blancs de la classe moyenne, il ne mord pas sur l'électorat populaire. Il exprime en lui donnant un vernis d'érudition demi-savante ce que la bourgeoisie de province se dit entre la poire et le fromage pendant les déjeuners de famille. Elle n'a plus besoin de se cacher pour s'en prendre aux faux chômeurs et affirmer qu'elle préfère des travailleurs mal payés à des chômeurs payés à ne rien faire et qui gagnent plus que ceux qui travaillent. Cela, Jacques Attali l'a dit pour elle un matin sur RMC dans la formulation que je viens de reprendre à peu près et avant qu'il ne le résume, Nicolas Sarkozy avec son "travailler plus pour gagner plus" n'en faisait plus mystère, pourchassant, sous l'égide de Laurent Wauquiez pourfendant "le cancer de l'assistanat" en qualité de patron de "la droite sociale", les chômeurs qui refusaient "deux offres d'emploi raisonnables, si loin de leurs aspirations, compétences et territoire qu'on les leur proposât, et sortant ce secret des familles qui n'aiment pas grand monde ("à bas les faux chômeurs !") du placard où on met les condiments, l'eau de javel, l'ammoniaque et les produits pour récurer. La bourgeoisie garde pour elle: "On n'aime pas les Arabes." Zemmour lui permet de le dire en se justifiant avec tout un arsenal de raisons islamophobes.

- Zemmour ne se défend pas d'être marxiste comme tous les organicistes ne se défendaient pas d'être socialistes, y compris national, excepté sur le plan ethnique où il fallait une homogénéité qu'ils n'incarnaient pas souvent eux-mêmes, pas plus Zemmour (dont Henry de Lesquen cite un propos selon lequel il serait "Éric à la ville et Moïse à la synagogue") qu'Hitler (pardon pour le point Godwin), qu'une légende urbaine, entretenue par des gens proches de lui sur le plan des idées, mais qui l'ont renié parce qu'il a échoué, fait être d'ascendance juive, sinon le fils d'un Rothschild, mais surtout qui s'est posé en Autrichien de naissance qui crache sur l'Empire austro-hongrois pour devenir plus allemand que les Allemands en décidant que les Allemands ont beaucoup plus fait pour l'européanité que les Habsbourg, qui amalgamaient l'Europe centrale aux Allemands méridionaux.

- Zemmour parle le marxien comme Patrick Buisson dans "la Cause du peuple". Il doit falloir parler la langue de l'adversaire pour se faire traduire, au risque de perdre sa langue ou d'y perdre ses  

mercredi 18 août 2021

Le Vietnam islamo-terroriste du gendarme du monde onze-septembriste

Dominique Jamet écrit dans "Valeurs actuelles:" 



"Il y a vingt ans, à quelques jours près, les Etats-Unis, frappés en plein cœur par les attentats perpétrés contre le World Trade Center, prenaient la tête d’une coalition qui chassait du pouvoir et du pays, les talibans, hôtes et complices d’Oussama Ben Laden. Leur but, affiché, était clair : arracher l’Afghanistan à l’obscurantisme et à l’arriération, le faire passer du Moyen Age à la modernité, opposer une barrière désormais infranchissable aux entreprises de l’islamisme. Vingt ans après, ils quittent le pays, la queue basse, sans avoir su, ni y établir, ni y faire régner, ni y faire aimer la démocratie, telle qu’elle s’incarnait dans des clans serviles et corrompus. Quelques milliers de soldats occidentaux, quelques dizaines de milliers d’auxiliaires locaux, quelques centaines de milliers de civils sont morts, quelques milliers de milliards de dollars ont été dépensés. Pour rien. Les talibans sont de retour, plus forts que jamais, et des millions d’Afghans livrés à l’impitoyable loi des vainqueurs dont ils sont les otages, tout en détestant l’oppression qu’ils vont de nouveau subir, ne sont pas sans éprouver une secrète fierté à voir déguerpir les occupants étrangers et revenir la paix." (Dominique Jamet) 

[Jamet] Afghanistan : ceci n'est pas un abandon - Valeurs actuelles 

valeursactuelles.com 




Une amie m'écrit: 



"Faudrait-il encore que ce but affiché soit vraiment celui qui a poussé les US à envahir ce pays? Cette thèse aujourd’hui ne tient plus !" 



Et je commente: 



"Eh bien, pour une fois sur ce genre de sujet, je suis d'accord avec toi. Le 11 septembre nous a été présenté comme un cataclysme mondial contre lequel il fallait lutter par tous les moyens. Je n'oublierai jamais une discussion entre #AlexandreAdler et #PierreAssouline le 12 septembre sur #Franceculture où le premier assurait que l'attentat avait été commis par les milices d'OUssama Ben Laden qui est mort sans l'avoir jamais revendiqué quand le second le morigénait: "Présentez vos preuves!", mais c'était une discussion entre juifs, l'un sioniste et l'autre antisioniste ou presque... La version officielle du "9-11" avait désigné un coupable pour lequel il était légitime de déclencher une guerre mondiale contre le terrorisme, contre la guérilla et contre un ennemi sinon indéterminé, du moins invisible. Les Etats-Unis ont considéré qu'un pays, l'Afghanistan, symbolisait cet ennemi invisible et qu'il fallait y déployer toute la force de l'adversité au terrorisme. Aujourd'hui, il s'avère que cet ennemi, les talibans, à qui le gendarme du monde a remis les clefs de l'Afghanistan, est tout ce qu'il y a de plus respectable, qu'on peut discuter avec lui, qu'il est susceptible de changer et que tout ce bruit en était beaucoup pour quelque 3000 morts qui étaient tellement nés du bon côté du manche de la gendarmerie qu'ils ne devaient pas mourir de cette façon. Seulement le 11 septembre a prouvé que les Etats-Unis réputés invincibles avaient été vaincus dans le temple du Capital qu'ils avaient érigé. Ils s'avouent eux-mêmes vaincus dans la "guerre contre le terrorisme" qu'ils ont livrée, localisée et symbolisée dans ce premier pays que fut l'Afghanistan, avant que ce ne fût en Irak, où ils ont un peu mieux tiré leur épingle du jeu, mais où leur fierté était mise à plus rude épreuve, car c'est par là que le nouvel ordre mondial a commencé dans la Première Guerre du golfe, le nouvel ordre mondial de tous contre un." 



Qu'en pensez-vous? 



Civilement (sans guerre colistière, à l'impossible chacun est tenu), 



Julien 

h bien, pour une fois sur ce genre de sujet, je suis d'accord avec toi.Dominique Jamet écrit dans "Valeurs actuelles:" 



"Il y a vingt ans, à quelques jours près, les Etats-Unis, frappés en plein cœur par les attentats perpétrés contre le World Trade Center, prenaient la tête d’une coalition qui chassait du pouvoir et du pays, les talibans, hôtes et complices d’Oussama Ben Laden. Leur but, affiché, était clair : arracher l’Afghanistan à l’obscurantisme et à l’arriération, le faire passer du Moyen Age à la modernité, opposer une barrière désormais infranchissable aux entreprises de l’islamisme. Vingt ans après, ils quittent le pays, la queue basse, sans avoir su, ni y établir, ni y faire régner, ni y faire aimer la démocratie, telle qu’elle s’incarnait dans des clans serviles et corrompus. Quelques milliers de soldats occidentaux, quelques dizaines de milliers d’auxiliaires locaux, quelques centaines de milliers de civils sont morts, quelques milliers de milliards de dollars ont été dépensés. Pour rien. Les talibans sont de retour, plus forts que jamais, et des millions d’Afghans livrés à l’impitoyable loi des vainqueurs dont ils sont les otages, tout en détestant l’oppression qu’ils vont de nouveau subir, ne sont pas sans éprouver une secrète fierté à voir déguerpir les occupants étrangers et revenir la paix." (Dominique Jamet) 

[Jamet] Afghanistan : ceci n'est pas un abandon - Valeurs actuelles 

valeursactuelles.com 




Une amie m'écrit: 



"Faudrait-il encore que ce but affiché soit vraiment celui qui a poussé les US à envahir ce pays? Cette thèse aujourd’hui ne tient plus !" 



Et je commente: 



"Eh bien, pour une fois sur ce genre de sujet, je suis d'accord avec toi. Le 11 septembre nous a été présenté comme un cataclysme mondial contre lequel il fallait lutter par tous les moyens. Je n'oublierai jamais une discussion entre #AlexandreAdler et #PierreAssouline le 12 septembre sur #Franceculture où le premier assurait que l'attentat avait été commis par les milices d'OUssama Ben Laden qui est mort sans l'avoir jamais revendiqué quand le second le morigénait: "Présentez vos preuves!", mais c'était une discussion entre juifs, l'un sioniste et l'autre antisioniste ou presque... La version officielle du "9-11" avait désigné un coupable pour lequel il était légitime de déclencher une guerre mondiale contre le terrorisme, contre la guérilla et contre un ennemi sinon indéterminé, du moins invisible. Les Etats-Unis ont considéré qu'un pays, l'Afghanistan, symbolisait cet ennemi invisible et qu'il fallait y déployer toute la force de l'adversité au terrorisme. Aujourd'hui, il s'avère que cet ennemi, les talibans, à qui le gendarme du monde a remis les clefs de l'Afghanistan, est tout ce qu'il y a de plus respectable, qu'on peut discuter avec lui, qu'il est susceptible de changer et que tout ce bruit en était beaucoup pour quelque 3000 morts qui étaient tellement nés du bon côté du manche de la gendarmerie qu'ils ne devaient pas mourir de cette façon. Seulement le 11 septembre a prouvé que les Etats-Unis réputés invincibles avaient été vaincus dans le temple du Capital qu'ils avaient érigé. Ils s'avouent eux-mêmes vaincus dans la "guerre contre le terrorisme" qu'ils ont livrée, localisée et symbolisée dans ce premier pays que fut l'Afghanistan, avant que ce ne fût en Irak, où ils ont un peu mieux tiré leur épingle du jeu, mais où leur fierté était mise à plus rude épreuve, car c'est par là que le nouvel ordre mondial a commencé dans la Première Guerre du golfe, le nouvel ordre mondial de tous contre un." 

jeudi 15 juillet 2021

LePen, retour sur les confidences à "Causeur" d'un homme un peu revenu et pas vraiment parvenu

"A 94 ans...", Elisabeth Lévy commence par faire une erreur sur l'âge de celui qu'elle interviewe. Il est né en juin 1928, donc il vient d'avoir 94 ans.


"Il y a quinze ans, j’aurais eu le sentiment, en y allant, de me rendre dans l’antre du diable", écrit la journaliste en chapô de ses deux entretiens. Ce n'est pas ce qu'elle a écrit dans les Maîtres censeurs, ouvrage paru en 2002, quand la dame était chevènementiste et préconisait tout refus d'un block out contre le Front national. Depuis, elle s'est quasiment ou carrément ralliée au parti de la fille du "mennir". Et elle se dit nostalgique d'un homme qu'il n'est plus temps d'aimer. Beaucoup d'hommes politiques vivent ce que j'appelle un "temps différé". Ils sont bons à un moment où le peuple croit les trouver mauvais et mauvais quand il faudrait les trouver bons. Jean-Marie Le Pen n'a pas connu de phénomène de ce genre. C'est un homme qu'on n'a pas voulu aimer. Comme il est vindicatif, il fait à sa fille la vilénie de la trouver mauvaise alors que c'est lui qui l'a hissée sur le pavois avec l'aide des médias et qu'elle a doublé la hauteur du plafond de verre. Mais en effet, elle ne mérite pas à l'heure actuelle de le crever, car depuis son rendez-vous manqué de 2017 où elle était pleine de ressources et d'arguments, où sa visite aux salariés de Whirlpool était plus qu'un coup politique et était très émouvante, elle réagit à contre-temps, continue de ne pas travailler et de purger son parti fascisto-stalinien et a perdu l'oreille de ses électeurs.


Jean-Marie Le Pen ne revient pas sur "le détail", mais trouve que le passé nazi de son ancien trésorier... est un détail. Pardonner, il l'a peu fait dans sa vie politique, donc mettre ses accointances douteuses sur le compte du pardon n'est pas crédible. Et rassembler ce qui ne peut s'agglomérer est une faute originelle, sauf à vouloir se cantonner dans le "bonheur des pariats" dont parle Baudelaire. Il est sans doute légendaire que JMLP n'ait jamais voulu du pouvoir. Mais il a tout fait pour ne pas être en mesure de le prendre et s'est lui-même défini comme un "tribun de la plèbe", c'est-à-dire, non pas comme un homme qui ne peut pas accéder au gouvernement dans l'absolu (on en a vu des précédents dans l'histoire), mais comme un homme qui n'a pas vocation à le faire, dont la vocation est essentiellement tribunicienne, qui doit exercer le ministère de la parole pour râler et dénoncer, en un mot qui ne sert à rien, non pas précisément ou spécialement un nuisible, mais un inutile de la politique. 


En parlant de "tsunami démographique" dans cet entretien comme il le fait dans ses mémoires, JMLP ne pense pas la concommitence de l'immigration avec le déclin démographique et de fertilité de l'Occident bio-mollusque et assoupi dans l'évanescence de la volupté. Il n'articule pas son refus de l'avortement avec l'immoralité de l'eugénisme dans le Tiers-monde. Son providentialisme ne croise pas les deux phénomènes démographiques. Il parle de traitement inhumain dissuasif dans une société au génie universaliste et humaniste. Il parle d'assimilation et reconnaît qu'il y a des naturalisations réussies, mais il ne parle pas de transformation de la matrice au contact réciproque des "natifs" et des arrivants. Il confond une colonisation de conquête et des voyages qui pourraient être des émeutes de la faim. Il comprend ceux qu'il ne hait pas, mais a employé toute sa vie politique une rhétorique agressive et militaire, car celui qui a refusé d'être un soldat perdu est un soldat manqué.


Si risque de guerre civile il y a, il ne vient pas de ce qu'il est convenu d'appeler l'islamo-gauchisme ni de la repentance ou très secondairement, mais des guerres actuelles que la France n'aurait pas dû livrer et Le Pen a toujours averti de leur danger là où Mitterrand s'est lancé sans réfléchir dans la première guerre du golfe, faisant d'un peuple pacifiste un peuple belliciste en deux jours en août 1990, comme Hollande a trouvé intelligent de répondre aux attentats du Bataclan en renforçant nos effectifs en Syrie et en interdisant aux djihadistes français de combattre aux côtés de ceux-là même que nous défendions contre Bachar El-Assad (cf. l'apologie d'Al-Nostra par Laurent Fabius).


La candidature Zemmour. "Je n’ai pas encore vu Éric sur ce sujet. J’ai l’intention de le voir en tête-à-tête, parce que je l’aime beaucoup. Certes, il est inégal, on ne peut plus être Pic de la Mirandole au XXIe siècle. Mais il travaille ses sujets, et il a le punch. Pour autant, je suis convaincu qu’il n’a pas le gabarit. Je lui déconseillerai de se présenter et lui dirai qu’il a tout à perdre." 

Certains qui le connaissent disent qu'il est trop gentil. Ce soir, sur "Radio courtoisie", Paul-Marie Couteaux a dit vouloir se commettre en tiers pour négocier un pacte de non agression entre MMs Zemmour, Poisson et Philippot. Il dit avoir réussi entre les deux premiers qui lui auraient promis de ne pas se présenter l'un contre l'autre. La candidature de Philippot est idiote. Florian Philippot a la gnaque, mais il est monomaniaque. Il défend le Frexit de François Asselineau sans le souffle de la francophonie. S'il fallait choisir entre Mrs Poisson, Philippot et Zemmour, je choisirais Zemmour, même si je ne crois pas qu'il ait le corps politique. Le corps non, mais la tête oui. On ne fait pas de la politique en ressassant l'histoire et le passé doit être assumé et dépassé, mais Zemmour incarne l'histoire. C'est mieux que d'incarner le machinisme ou le transhumanisme comme le fait M. Macron. Tout sauf ce dernier, mais il faudrait qu'aucune offre sérieuse ne se présente pour que je vote pour l'un des trois. 


Philippe de Villiers se serait associé à Zemmour. C'est lui qui devrait y aller. Il est fantasque, mais il se bonifie. Sa vidéo de trois heures sur "Thinkerview" est simplement excellente. Il est mûr, mais il se croit dépassé. Encore un phénomène de "temps différé"!

Le tropisme macronien comme amour du travestissement

Il eût été beaucoup plus franc de rendre la vaccination obligatoire sans dire auparavant, dans une parole présidentielle totalement inconstitutionnelle et monarchienne: "Je ne rendrai pas la vaccination obligatoire", comme si c'était au chef de l'exécutif de décider. Puisque le président avait choisi de renoncer à convaincre, ce qu'il dit aimer plus que tout, pour contraindre, ce qu'il a fait pendant tout son quinquennat, il se serait grandi en annonçant la couleur, mais il serait sorti de l'ambiguïté à ses dépens, ce qu'il déteste par-dessus tout. Cette attitude est, selon qu'on aime employer des mots à la mode ou des mots plus anciens, d'un machiavélien, d'un manipulateur ou d'un pervers narcissique. L'obligation vaccinale imposée d'emblée aurait eu un effet politiquement délétère pour notre président illibéral: elle aurait entraîné une râlerie qu'il aurait été difficile de contenir. On s'insurge contre une contrainte franche, on se contente de fronder contre une contrainte subtile.


Mais celui qui, malgré des agacements sporadiques, a un tropisme macronien  aime en Macron cette ambiguïté présidentielle  qu'il prend pour de la complexité, miroir de ses nuances. Il aime l'ambiguïté de l'obligation vaccinale déguisée. Mais ce n'est que de l'ambiguïté qui s'assume dans son cynisme. Quelqu'un dont je ne retrouve pas le nom (et c'est dommage, car c'est une personnalité de premier plan) a dit que Macron était le premier dirigeant de l'histoire de France à, non content de ne pas le connaître, ne pas aimer le peuple qu'il a eu l'ambition de gouverner. J'avais tweeté au début de la campagne de 2017: "Macron veut être le président d'un pays qu'il ne connaît pas et gouverner un peuple qu'il n'aime pas." Je crois avoir fait mouche.


L'obligation vaccinale imposée aux soignants est une humiliation qui contraste macroniquement avec la stupide habitude de les applaudir en début de pandémie alors même qu'ils demandaient une revalorisation significative et durable de leur rémunération et une nécessaire amélioration de leurs conditions de travail pour que l'hôpital ne craque pas. Le président leur avait déjà fait un pied de nez en nommant, à la place d'Edouard Philippe, un des grands saboteurs de l'hôpital en la personne de Jean Castex qu'il flanquait, dans les marges de la culture (car la culture est marginale dans le macronisme) de l'inénarrable Roselyne Bachelot. 


Dire qu'on allait sanctionner les soignants en les privant de salaire et, pire, en les licenciant s'ils ne se conformaient pas à leur obligation vaccinale après leur mise à pied du 15 septembre, apportait le comble à cette humiliation et non seulement n'endiguait pas le flot des démissions qui désengorgent l'hôpital au pire moment comme elles privent tous les services publics, au premier rang desquels est l'Education nationale, de leurs employés souvent les plus motivés et les plus dégoûtés qui ne se sentent pas une vocation au martyre; mais au lieu de payer leurs heures supplémentaires à des soignants qu'on oblige à travailler gratis en infraction flagrante aux fondamentaux les plus élémentaires du code du travail, on veut les priver de salaire. 


Menacer un restaurateur de 75000 euros d'amende et d'un an de prison parce qu'il ne contrôle pas les pass sanitaires est proprement orwellien, et cela n'est pas relevé par des journalistes qui nous parlent sans arrêt de résistance et de désobéissance civile.


Toutes les allocutions d'Emmanuel Macron depuis le début de son quinquennat et singulièrement depuis le début de la crise sanitaire allient un lyrisme de façade et de pacotille à des annonces qui se voudraient tellement effectives que l'intendance ne devrait pas suivre, mais précéder ses annonces, qui demandent à être traduites dans les faits, puisqu'elles vont dans le détail. Or il n'est pas un discours qu'il ait prononcé depuis le début de cette crise qui ne se soit défilé au fil des jours qui suivaient, car les mesures annoncées se sont toujours révéles inapplicables.


On n'a pas assez souligné que faire appliquer les mesures sanitaires au 19 juillet ou au début août aboutissait à fiche en l'air les projets de vacances de tous les non vaccinés qui n'ont pas été prévenus puisque, pour obtenir un pass sanitaire, il faut s'être fait injecter ces deux doses (de vaccins pouvant éventuellement entraîner une modification génétique, le débat reste ouvert entre généticiens), ce qui demande au moins un mois. Même le citoyen de bonne volonté pragmatique qui aurait voulu se faire vacciner en faisant exploser le site de Doctolib pendant le discours de Macron, ne sera pas payé de son civisme tardif puisqu'il n'entrera en possession de son précieux laisser-passer que dans un mois ou dans un mois et demie, selon la facilité avec laquelle il obtiendra un rendez-vous.


Mais Emmanuel Macron sait pouvoir compter sur la docilité des Gaulois réfractaires, car 20000 rebelles étant sortis manifester hier ne pèsent qu'1 % de ceux qui se sont précipités illico pour essayer de se faire vacciner en se laissant tordre le bras sans tenter un bras de fer. 

lundi 28 juin 2021

Renaissance de la droite républicaine?

            Le duel Macron-Le Pen n'est désiré que par les prétendants à celui-ci et les médias qui, malgré l'échec du quinquennat Macron, veulent que ce champion du conformisme soit réélu. Or le meilleur moyen qu'il a de l'être est de se confronter à l'épouvantail de la vie politique française qu'est activement le front national depuis plus de trente-cinq ans.


    On n'est jamais mort en politique et les baronnies de la droite classique renaîssent des cendres de la macronie.


    Beaucoup ont d'emblée intenté à Christian Jacob un procès en incompétence sous prétexte qu'il était chiraquien et pis encore, n'avait jamais manqué à Jean-François Copé. Que reprochait-on exactement à ce syndicaliste agricole qui n'a démérité ni comme ministre de l'agriculture, ni comme président du groupe UMP puis LR à l'Assemblée nationale? On a dit qu'il n'avait pas l'envergure d'être présidentiable, qui sait s'il ne nous réservera pas la surprise du chef! J'ai à son égard un préjugé favorable, car je trouve qu'il écrit bien. Ses discours sont pleins de saveur. François Hollande avait lui aussi une belle plume quand il était président de groupe. Mais on sentait la petite blague poindre sous ses effets de manche. Christian Jacob est doté d'une vraie rhétorique. 


   Il a tiré hier soir la leçon la plus importante de ce scrutin après celle de l'abstention: depuis les municipales, la France retrouve la droite classique. On a prétendu enterrer le clivage gauche-droite avec Macron, il est toujours vivant. On a prétendu que le RN allait remplacer la droite et que le Front républicain ne voulait plus servir, ce cordon sanitaire continue de neutraliser le parti banalisé de Marine Le Pen. Christian Jacob est donc en train de réussir son pari, il remet la droite en lice.


    Mais on peut regretter que ce soit au service d'arrivistes de la pire espèce comme les trois qui se croient assez forts de leur victoire aux régionales pour pouvoir prétendre à un destin présidentiel.


    Le doux Xavier Bertrand se vante d'avoir "brisé les mâchoires du Rassemblement national", on peut rêver mieux en matière de respect républicain de ses ennemis et de ses adversaires. Il fut un temps où les petites retraites lui paraissaient toujours trop grosses. Mais comme c'était sous Jacques Chirac  et sous Nicolas Sarkozy, les Français qui ont la mémoire courte n'ont pas l'heur et n'ont pas l'air de se souvenir de cette chanson. 


    Les bullshits de Laurent Wauquiez l'ont emporté en cynisme sur tout ce qui s'était fait dans le genre. Le visiteur de soeur Emmanuelle qui avait commencé sa carrière sous l'égide de Jacques BArrault  avait fondé "la droite sociale" qui parlait de "cancer de l'assistanat". 


    Valérie Pécresse qui eut des pudeurs de gazelle à soutenir Filon et ne le fit que quand elle crut que la soupe chauffait de ce côté-là s'était auparavant déclarée "libre" d'un Wauquiez qui faisait dériver sa famille politique nors des sentiers de l'humanisme qu'on était prié de croire que la dame incarnait. Son truc à elle était plutôt de dire que des enfants nés dans le quart-monde étaient irrécupérables dès l'âge de trois ans et qu'il fallait les ficher  pour cibler et prévenir la future délinquance juvénile. Je caricature à peine la philosophie du rapport qu'elle présenta avec Patrick Bloche   sur la "protection de l'enfance", qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre! 


     Veut-on que le retour de la droite de gouvernement se fasse pour servir les ambitions de tels traîne-parquets à râtelier? Très peu pour moi. De cette droite, je dis ce qu'en chante Jean-Marie Vivier, chanteur malheureusement trop méconnu bien qu'autrefois parrainé par Félix Leclerc:


"J'aurais voulu aimer  une mère nomée France

Et pas une putain qui s'offre au tout venant,

De la droite débile, méchante et oppressante

A la gauche insipide, sans espoir de changement.

A ces tarés qui règnent et ceux qui régneront,

Ces jongleurs de promesses, ces champions de l'illusion,

Ces rois de la flatterie, ces princes du croupion

Qui mordent dans la pomme et nous laissent le trognon.""J'aurais voulu rêver d'une terre nommée France".


     https://www.youtube.com/watch?v=chD6DPgr9dA


Oui, la droite que représentent Bertrand, Wauquiez et Pécresse est "débile, méchante et oppressante", or il existe une droite enracinée qui la dépasse infiniment, une droite pénétrée des devoirs philanthropiques de la bourgeoisie qui sont son "Noblesse oblige", une droite que je crois incarnée, non pas par Guillaume Pelletier qui va s'offrir à Zemour après avoir moult fois retourné sa veste, mais par un Bruno Retailleau ou un David Lisnard, un vendéen et un Cannois qui ont peut-être le charisme d'une armoire normande, mais qui ont l'avantage de ne pas être déshonnêtes et qui, lorsqu'on les entend, fleurent bon les valeurs qu'ils défendent. 


    La renaissance de la droite est un choix entre la droite des arrivistes et cette droite enracinée que pourrait synthétiser Christian Jacob. J'espère que la famille des Républicains ne se laissera pas intimider par l'écran de fumée de ces régionales, ne repêchera pas ses renégats et saura promouvoir ses vrais amis car il y a des valeurs bourgeoises qui sont de vraies valeurs. Le conservatisme est la revanche de la société close qui, par une curieuse lassitude du progressisme qui s'est épuisé d'aller dans tous les sens excepté le bon, est  le dernier cercle intellectuel où l'on pense.