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mercredi 26 janvier 2022

Les apories du pardon

J'en ai longtemps voulu à Paul Ricoeur d'avoir décidé que la Shoah était le seul impardonnable, dans "Mémoire et histoire", co-écrit avec Emmanuel Macron en qualité de secrétaire...


Un ami très mystique m'a dit que nous avions le privilège d'être les disciples d'un Dieu qui est pardon et que, sans pardonner, il n'est pas possible de vivre. Cette dernière proposition me paraît assez péremptoire.


J'ai tendance à partager l'avis ce ceux le pardon est nécessaire à la santé mentale."On ne doit pas se juger soi-même", affirme-t-on, on ne peut parfois pas se pardonner à soi-même, mais on fait comme si, pour ne pas vivre le supplice du détenu dans le miroir de la raison pour laquelle il purge sa peine. ON se survit en paraissant se pardonner ou pire, en étant dans le déni de sa culpabilité réelle pour ne professer, ne confesser et ne reconnaître qu'une culpabilité toujours imaginaire, sous prétexte que l'inquiétude et la culpabilité sont des énergies malsaines. 


A quoi sert-il de faire amende honorable si on est incapable de s'amender?


Une amie me disait que le repentir consiste à remonter la pente. Et Benoît XVI qu'il faut avoir "un coeur toujours repentant". Ca me paraît invivable. 


Il y a dans la présentation que l'Eglise fait de Jésus une exception qui ne me paraît pas être des moindres: "Dieu s'est fait homme en toute chose excepté le péché." Il se serait donc fait homme excepté la nature humaine. Alors que reste-t-il de son Incarnation?


Et la rémission des péchés, qui est un article de foi, ne fait-elle pas que l'abus ne devient pas seulement un fait culturel issu de je ne sais quelle déviation cléricale, mais est intrinsèque à la culture chrétienne qui croit en la rémission des péchés et postule un salut qui, à le prendre de façon quiétiste et inactive, est un transfert de responsabilité qui nous rend irresponsables puisque c'est le Christ qui répond littéralement de nous? 

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