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mercredi 6 mai 2026

L'envol raté de la quatrième candidature Mélenchon, "pour une retraite à 81 ans!"

Décidément, la campagne de Mélenchon part mal. Je viens de me taper une heure entière de réponse du chef des insoumis (sic) au Nouveaux médias indépendants.

https://www.youtube.com/watch?v=Rp3ziREZisc

Indépendants de qui, on ne sait pas, mais pas de la France insoumise en tout cas, ils semblent tous insoumis ou apparentés, donc sans grand risque de débat contradictoire. Ils posent néanmoins de bonnes questions auxquelles Mélenchon ne répond pas, ou répond en noyant le poisson, ce qui revient au même.

1. "Comment avez-vous été désigné candidat à cette quatrième élection présidentielle d'affilée?"
"Par une procédure incompréhensible impliquant ou consultant 150 personnes qui ont dit que j'étais le mieux préparé. Mais que je gagne ou que je perde, je ferai de la politique jusqu'à mon dernier souffle et je continuerai à défendre ma vision du monde." (Je me souviens que #MauriceRadioLibre disait du père Le Pen qu'il mourrait en faisant de la politique, sous-entendu sans être assassiné par un de ses redoutables adversaires.) Donc comme j'ai le plus d'expérience, continue Mélenchon en discours indirect, attendez-vous à ce que je sois candidat à vie. Next, question suivante!"

2. "Pourquoi annoncez-vous votre candidature sur TF1? Nous, les "médias indés", on ne vous suffit pas? N'auriez-vous pas pu faire un pied de nez aux médias dominants en nous l'annonçant à nous, les médias alternatifs?"
"Nigauds, je n'aurais pas atteint ma cible. Et puis quoi! J'ai d'abord annoncé ma candidature sur TF1 d'accord, mais ensuite, j'ai donné une interview à "Brute", média indépendant."
https://www.youtube.com/watch?v=poenc_MwgG0
"Pardon, mais "Brute appartient à M. Saadé."
"T'occupe, poufiasse. On a beaucoup discuté comme pour ma candidature, et puis on a fini par se dire qu'il fallait faire les choses dans l'ordre: d'abord TF1, puis Brute, puis vous, la dernière roue du carrosse. Avec tout ça, même si l'audimat de TF1 a dévissé pendant l'annonce de ma candidature, nous avons atteint 10 millions de vus. L'efficacité économique, c'est une question d'atteindre sa cible." "Mais faire les choses dans l'ordre ou atteindre sa cible, c'est pas un peu capitaliste, tout ça?"

3. "Vous avez fait une vidéo de douze heures pour expliquer que la dette est un rapport social, d'après les travaux de #StephanieKelton. Comment comptez-vous en convaincre les créanciers et les investisseurs?"
"Écoute, jeune freluquet, la France n'est pas la Grèce, elle représente 18 % de l'économie européenne, on ne va pas traiter les Français comme des Grecs."
Le freluquet à part: "Qu'est-ce qui le prouve, grand-père?
https://www.facebook.com/jpderuelle/photos/le-loup-d%C3%A9guis%C3%A9-en-grand-p%C3%A8res%C3%A9quence-m%C3%A9lenchon-sur-tf1-dimanche-soir-premi%C3%A8re-p/10164120824157357/
N'avais-tu pas écrit en son temps un billet de blog intitulé: "Il a la classe, notre Tsipras, avant de te rendre compte que ton Tsipras, il t'avait bien roulé dans la farine?"
"Car j'ai de la volonté politique, moi. Donc nous allons réunir la BCE qui est une institution indépendante et la convaincre en tapant du poing sur la table qu'elle doit prêter directement aux États au lieu de confier cette tâche aux banques privées. Après ça, on leur dira de jeter tous les titres de la dette Covid à la poubelle. On va convaincre la BCE comme Tsipras a convaincu la Banque mondiale. Fais pas chier, gamin. C'est pas toi qui as mis dans le débat public que la dette d'un pays ne se calculait pas sur un an de PIB, mais sur huit ans, comme la dette des ménages et qu'à ce compte, elle ne représentait plus 120 % du budget, mais seulement 14 %. D'accord, les financiers n'ont pas été convaincus par notre transformation du ratio de 1 à 8. Mais on va les convoquer et ils viendront fiça et ils auront intérêt de faire baisser les taux d'intérêt et plus vite que ça.
Je t'explique, bonhomme. Ce qui n'éteint pas l'économie, c'est la consommation populaire. Si tu veux qu'ils consomment, il ne faut pas baisser la dépense publique, mais il faut injecter en puisant de l'eau dans la pompe à finances pour amorcer la pompe, tu comprends? En fait il faut arroser. Je convaincrai mes interlocuteurs les grands financiers que l'arrosage est la bonne stratégie pour ne pas être l'arroseur arrosé. Next."

4."Vous avez dit à brute que le progrès de l'intelligence artificielle pouvait faire envisager la fin du travail. Ne serait-il pas temps de remettre sur la table la fin du salariat pour le remplacer par la rémunération à vie pour être payé à ne rien faire au nom du droit à la paresse?"
"Tu es un malin, toi, me voilà démasqué."
Le choeur des critiques atterrés: "L'itinéraire du marxisme, c'était donc ça? L'appropriation publique des moyens de production avec l'obligation d'emploi au nom de la valeur Travail qui augmentait le capital individuel y compris contre l'aliénation si le travail était approuvé par un commissaire politiqueou un inspecteur du travail, pour finir par l'automatisation des moyens de production en espérant que les machines ne deviennent pas les nouveaux capitalistes?"

Jean-Luc: "Ce qui m'a toujours rendu optimiste sur le non-devenir machine de l'homme, c'est qu'on n'éliminera jamais la fantaisie humaine.Pour l'instant, l'intelligence artificielle peut reproduire les automatismes de pensée. Les questions auxquelles elle répond font plus appel à la mémoire qu'à la force d'imagination. La fantaisie n'est pas son fort, même si elle peut le devenir. Je suis pour les robots contre la France, non pour la France contre les robots. Quant à savoir s'il faut instaurer la fin du salariat et la rémunération à vie après l'échec retentissant du revenu universel, laisse-moi réfléchir et réunir un Politbureau en assemblée délibérative. Contente-toi pour l'instant de l'arrosage généralisé. 

samedi 2 mai 2026

Le catholicisme, entre luthéranisme et jansénisme

En lisant la biographie de Martin Luther par Mathieu Arnold, lecture que je dois aux conseils de Luc Perrin sur « le forum catholique », je me demande si, en réalité et telle qu’elle s’est peut-être appauvrie, l’attitude spirituelle ou pourquoi pas l’anthropologie religieuse du christianisme européen de notre temps n’est pas réduite à deux choix et une alternative: le luthéranisme ou le jansénisme. Par éducation qui suscite une inclination, je me sens plutôt janséniste, mais me suis tellement ramassé que mes terrores conscientiae me font une aspiration luthérienne à être justifié par la foi ou par ce qui me reste de foi. Mais peu importe la quantité puisque quelqu’un n’aurait-il la foi que grosse comme un grain de moutarde pourrait déplacer des montagnes. D’autant que je suis le fruit d’un couple mixte entre une luthérienne et un catholique. Il m’est parfois arrivé d’envisager de faire la bascule, expression que, la soumettant au pasteur luthérien de l’Église luthérienne historique de ma mère, celui-ci a trouvé de fort mauvais goût. Ma mère au déclin de son âge voudrait devenir catholique, c’est une ironie de cette sorte de balançoire qui ne présente plus, au point où en sont nos mentalités vidées de tout contenu doctrinal ou de tout savoir sur le contenu de la foi, que deux axes verticaux au lieu de proposer un équilibre horizontal comme toute balance qui se respecte et pèse les bénéfices et les risques selon la proportion des choses.

 

Je me suis toujours dit viscéralement catholique à l’exemple d’un de mes amis bretons, c’est-à-dire que je suis catholique par mes viscères et par mon esthétique. De plus, je me suis beaucoup opposé au luthéranisme à cause de son côté viscéral, justement. Luther était un homme profondément écartelé qui a substitué à la complexité scolastique le choix de complexifier une éthique chrétienne assez sommaire bien que faite de tant d’interdits qu’elle devenait impraticable. Le côté viscéral de Luther peut constituer une prise en compte de la chair par le réformateur qui n’a jamais fait fi du dualisme. La chair exigeait que fût résolue l’aporie où est resté saint augustin entre prédestination et libre arbitre. Luther a déclaré que le libre arbitre était serf où il fallait trancher et certes, « en dehors de Moi, dit Jésus, vous ne pouvez rien faire », cela se vérifie tous les jours, si j’en juge par mon existence individuelle et quotidienne, si mécréante ou si mal-croyante soit-elle.  


Le viscéralisme luthérien se retrouve dans l’application d’un Bach à la fois appliqué et tout entier impliqué dans son œuvre musicale qui illustre le plan de la Création et l’architecture de l’œuvre de Dieu tel que la déploie intimement un Luther que Bach comprend de l’intérieur, un Luther charnel qui s’est dépouillé de l’angoisse en découvrant que ce n’est pas l’homme qui se justifie, c’est Dieu qui le rend juste afin que, par la foi, il puisse produire de bonnes œuvres, toutes ordonnées au prochain comme la liturgie est ordonnée à l’homme sans aucun besoin de Dieu, outre que la foi est non seulement le maître d’œuvre, mais l’œuvre par excellence.  

 

Mon esthétisme qui me fait refuser de faire la bascule et me résout à me maintenir fermement dans mon catholicisme baptismal et de conditionnement éducatif libératoire, est presque un viscéralisme inversé. J’ai lu ce soir même une mise au point de Charles-Éric Hauguel qui a fait le choix courageux de s’abandonner à ce qui s’était déplacé en lui en se faisant luthérien comme ma mère voudrait abjurer son luthéranisme pour se faire catholique, ce qui aurait été mon rêve en d’autres temps, mais comme je l’ai écrit à son pasteur actuel, je ne crois pas que l’Église ait encore besoin de telles fractures, enfin je ne sais pas, tenant, si cette abjuration était mon œuvre, à conserver un triomphe modeste. Seulement ce n’est pas non plus le moment pour ma mère que son esprit abandonne ou plutôt sa mémoire, mais pas son raisonnement. Disons plutôt que cela tombe mal.

 

Mais l’esthétisme qui me fait rester catholique est aux antipodes du viscéralisme luthérien qui a triomphé de l’angoisse par un pari misant totalement sur Dieu et a néanmoins pesé tout le poids de la chair. C’est un pari qui s’est fait avec une intensité charnelle et à partir de la tension charnelle. Au rebours, l’indifférence dont est porteur mon esthétisme émollient et mon viscéralisme affecté se produit en un temps où, de manière pratique, l’Église catholique a presque entièrement versé dans le luthéranisme en abandonnant le jansénisme, c’est-à-dire qu’elle n’a dû de rester elle-même qu’à refuser de se poser la question de la bascule, mais elle est sortie de l’angoisse en adoptant la justification par la foi sans se livrer à l’offensive spirituelle qu’a consentie Luther qui s’est livré au combat spirituel pour sortir de l’angoisse en découvrant que l’homme est notoirement insuffisant, surtout s’agissant de se suffire à lui-même.

 

L’Église catholique est doublement sortie de l’angoisse en adoptant un luthéranisme pratique, mais en refusant d’endosser le pessimisme anthropologique qui découlait de la pensée de Luther. À quoi se réduit sa foi ? Elle serait bien incapable de le dire et c'est pour ainsi dire une question qu’elle refuse de se poser, étant sortie du systématisme pour adopter un asystématisme à l’envers ou du moins symétrique. La société moderne n’a plus les moyens ni l’Église la ressource de rester janséniste. Par janséniste, j’entends évidemment ce qui en exsude au plan moral.

 

Le luthéranisme et le jansénisme sont deux fruits de l’augustinisme auquel la Réforme et le catholicisme ont fait retour en pilonnant la théologie scolastique qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le jansénisme est augustinien, la Réforme est augustinienne et il n’est pas jusqu’à notre pape actuel à n’être augustinien, après la parenthèse jésuite d’un François voulant fondre comme un bonbon le christianisme dans le fraternitarisme. La Réforme et notre pape sont augustiniens bien que Léon ne parle pas avec la même clarté absconse que Benoît XVI, cet Augustin du XXème siècle qui avait pris la mesure de la pensée et d’Augustin et de Luther.

 

Le catholicisme n’a plus la force morale d’être janséniste, moi non plus. Mais je me donne pour le dernier d’entre eux parce qu’il y a un reproche que je ne parviens pas à ne pas faire à Luther, c’est d’avoir rendu vain Kierkegaard et avec lui tout l’existentialisme chrétien. Autrement et plus simplement dit, ou dit de manière plus provocatrice, c’est d’avoir rendu vaine toute l’existence humaine. Si l’homme n’est bon à rien, à quoi bon existe-t-il ? C’est sur ce point que mon serf et obstiné arbitre a du mal à se rendre et continue d’achopper pour refuser la bascule qu’il ne doit pas faire étant donné l’historicité du navire amiral où il a eu la chance de naître. Ayant eu la fortune de naître catholique, je compte le rester, pour suivre les conseils du sceptique Montaigne que j'ai autrefois pas mal étudié. Tel est du moins mon point d'étape.