Je me souviens d’avoir appris que François Mitterrand était gravement
malade par mademoiselle Marguerite, une éducatrice qui ne payait pas de mine et
surtout n’avait pas celle d’être une lectrice du Crapouillot. Et je me
souviens comment, n’ayant pourtant jamais été prévenu contre les rumeurs, je me
suis récrié intérieurement, tout en ne croyant pas à la malhonnêteté de
mademoiselle Marguerite qui ne pouvait qu’avoir été bernée par ses bonnes
fréquentations qui avaient de mauvaises lectures.
Je me souviens comment j’ai appris l’existence de Mazarine Pingeot
par une étudiante de la Sorbonne qui avait été en classe avec elle devant un
amphithéâtre bondé dans lequel nous ne parvenions pas à entrer, et je me
souviens de ma sidération qui doutait davantage de l’honnêteté de l’étudiante que
de celle de mademoiselle Marguerite, et qui mettait cette révélation sur le
compte du besoin de tromper notre attente.
Je me souviens qu’en déjeunant dans un couvent de
Dominicains, le fils d’un des compagnons de captivité de François Mitterrand
prétendit qu’il avait dû son évasion à la connivence qu’il établissait non avec
les capos, mais avec les gardiens allemands du camp et je me souviens de m’être
interdit de contester l’avis de ce fils de déporté tout en éprouvant le
sentiment étrange de percevoir comme un honneur de recevoir une telle
confidence, que le fils du témoin transmettait à la volée sans interdire à ses
récipiendaires de divulguer son témoignage.
Je me souviens qu’étudiant esseulé qui passait des nuits
entières à « faire du réseau » téléphonique sans jamais rencontrer la
moindre femme depuis mon studio de Colombes où mon assuétude à ces réseaux me
faisait payer des factures astronomiques qui me plaçaient sous la dépendance de
mes propriétaires qui ne me voulaient pas que du bien, j’avais ouï dire que
Jack Lang était impliqué dans des affaires sordides de pédophilie où on parlait
de la mort d’un enfant, mais mon interlocuteur m’assurait que l’État s’interdisait
de soulever ce couvercle, devant la puissance de Jack Lang et je me souviens d’avoir
mis un mouchoir sur cette révélation que j’étais hors d’état de vérifier.
Je me souviens de la chute de François Mitterrand, qui ne pouvait opposer à la pugnacité d’un
Jean-Pierre Elkabbach particulièrement efficace et pertinent, que l’agressivité
en mettant en avant le contexte de la France occupée, qui ne devait pourtant pas
bénéficier au maréchal Pétain « faisant don de sa personne à la France »
et je me souviens de m’être demandé confusément pourquoi les socialistes n’en
voulaient pas à leur héros d’être passé, au nom de la raison d’État, de médaillé
de la francisque à médaillé de la Résistance et de la Cagoule au parti
socialiste.
Je me souviens de m’être vu modérer un commentaire sur le
blog de Philippe Bilger où j’avais table ouverte pour avoir fait écho à ces
rumeurs sur Jack Lang qu’on n’avait apparemment pas le droit de diffamer à la
différence de nombre de vraies ou de fausses valeurs de ce monde sur qui c’était
open bar pour en dire n’importe quoi.
Je me souviens que François Mitterrand était marqué à la
culotte par Catherine Nay parce qu’il arrivait en retard à tous ses rendez-vous
pour manifester son irrespect de ses hôtes quand la ponctualité est la
politesse des rois et pour n’avoir jamais d’argent dans sa poche, histoire de se
faire payer ses menues consommations et ses ortolans adorés, oiseaux interdits de
chasse dont le régalaient ses obligés.
Je me souviens que la même accusation avait été lancée par
Marie Delarue dans les Aventures de Lang de Blois contre Jack Lang et
surtout contre sa femme Monique Buczynski qui n’avait pas assez de petite
mesquinerie pour ne jamais payer ses dîners fins et y faire inviter ses filles afin
qu’elles deviennent aussi influentes que leurs parents, soit qu’elle fît passer
ces dîners en notes de frais, soit qu’elle se fît inviter à tour de bras par
ceux dont le ministère de la Culture servait de mécène.
J’ouïs dire depuis quelques jours que Jack Lang et sa
fille Caroline qu’on dit frustrée d’avoir vécu dans l’ombre de sa sœur Valérie qu’elle
adorait pourtant, ont copiné avec Jeffrey Epstein, que Jack Lang trouvait un
homme charmant, passionné d’art, de culture et d’expositions ; que Jack lui a demandé de
lui prêter sa voiture pour se rendre en banlieue parisienne ; que Caroline
lui a demandé de lui prêter sa maison pour se reposer de ses fatigues ; qu’elle
a monté avec lui une société off shore où elle n’a pas investi le premier liard
et que, bien qu’elle prétende ne l’avoir vu qu’une quinzaine de fois, elle s’est
vu coucher sur le testament d’Epstein à hauteur de 1 % de sa fortune, 5
millions de dollars sur 500 millions, Jeffrey ayant de l’affection pour elle
parce que c’était une maman solo.
Je me souviens que Luc Ferry fit allusion à Jack Lang se
faisant exfiltrer du Maroc après une affaire de pédophilie, allusion pour
laquelle il se fit brocarder, car il la disait connue du tout-Paris et qu’on s’ingénia
à faire passer pour mettre en cause Philippe douste-Blazy pour être l’auteur de
l’infraction.
Je remarque que commencent à émerger deux affaires qui mettent un nom sur les allégations que ma naïveté d’étudiant m’interdisait ne fût-ce que de considérer si elles pouvaient être vraies : l’affaire du Coral et l’affaire dite de la table de verre, soulevées avec beaucoup de circonspection par Florence Beneux, qui fait état des pressions incroyables subies par le juge Salzmann pour étouffer cette affaire,
Tout
ce qu'il faut savoir sur les affaires de Jack Lang - Beneux/Castelnau/Langlois
pressions qui ne doivent pas être imputables au seul Jack
Lang quand le département de la justice américaine se voit contraint de « retirer
un document de 52 pages reliant Jack Lang à Jeffrey Epstein », car ce
document « n’est pas le seul à avoir disparu. Pam Bondi, procureur général
des États-Unis, et Todd Blanche, son adjoint, ont fait savoir le 5 février
dans un courrier adressé à des juges fédéraux de New-York avoir
«temporairement retiré des milliers de documents de la bibliothèque Epstein du
ministère de la Justice pour un examen plus approfondi». »
Un
document de 52 pages reliant Jack Lang à Jeffrey Epstein a été dépublié par la
justice américaine
Ce retrait se fait « En dépit de la loi qui imposait [au département de la justice
américaine] la publication de tous les documents en sa possession avant le
19 décembre », loi votée à l’unanimité moins une voix par le Congrès
américain au grand dam de Donald Trump qui a vu une de ses promesses
électorales faites au camp MAGA se retourner contre lui.
Je remarque que, dans les milieux bien informés, pour ne pas
diffamer Jack Lang, on di qu’» il a la malchance » que son nom soit
cité dans pas mal d’affaires de pédophilie ou de pédopornographie impliquant
des artistes, des intellectuels et des hommes politiques sans jamais que le
ministre ne soit cité à comparaître, jugé ou condamné. Dans la sphère intellectuelle, cela va de la
pétition pour une sexualité libre entre enfants et adultes, à la reconnaissance
et à l’exploration de la sexualité infantile ou au développement du « petit
prince » qui sommeille en chaque enfant prôné par l’ancien ministre de la
Culture et de l’éducation nationale. Malchance qui va de pair avec une capacité
tout aussi systématique à passer à travers les mailles du filet des
scandales : les affaires où le nom de Jack Lang fait l’objet de possibles
incriminations disparaissent mystérieusement les unes après les autres.
Ce n’est pas que les complotistes aient toujours raison,
mais je remarque qu’un certain nombre de leurs allégations sont confirmées. Les
#EptsteinFiles n’ont longtemps été remontés que par la sphère Maga ou par Alain
Soral. La chute de Jack Lang a été souvent annoncée et ceux-là même qui l’annonçaient
n’étaient pas certains de la voir arriver. On a cru un instant qu’une justice
immanente nous la ferait voir avant sa mort ou si ce n’était pas sa chute,
obligerait Jack Lang à « s’expliquer point par point », comme il
assurait vouloir le faire et puis finalement non : une fois de plus, le
dossier est dépublié, même si le Parquet national financier (mais seulement
celui-ci) a ouvert une enquête préliminaire. Encore, l’enrichissement personnel
dont la famille Lang pourrait avoir été bénéficiaire ferait-il pâlir d’envie
Marine Le Pen à qui l’on promet l’inégibilité pour avoir abusé du Parlement
européen pour un peu plus qu’une différence de vue concernant le point de
savoir si un assistant parlementaire devait pouvoir faire de la politique au
service du parti politique de son député
ou travailler uniquement pour le Parlement européen. Mais il ne s’agit pas de
réhabiliter Marine Le Pen contre Jack Lang.
Bilans comparés de François Mitterrand et de Jack Lang. Pour
le premier, promesses de changement, abolition de la peine de mort, puis
politique de rigueur, sujétion à la politique américaine de Reagan, opposition
à la réunification allemande, Première guerre du golfe, allégeance aux
putschistes ayant formé le projet de renverser Mikahil Gorbatchev, puis adoption
du traité de Maastricht sous la promesse d’une Europe puissance intégrant la
Russie désoviétisée pour faire contrepoids à la puissance américaine avec un
euro qui aurait fait concurrence au dollar. Pour Jack Lang, radios libres
presque toutes rachetées par de grands groupes audiovisuels, don d’un canal
disponible à un ami de François Mitterrand, esclavagiste réputé des taxis
parisiens ; acceptation sous la contrainte de TV Berlusconi,
instauration de la fête de la musique passant de chacun sortant avec son
instrument à une institutionnalisation équivalente à celle des radios libres,
où il faut se faire enregistrer par les municipalités pour sortir son violon, fête
du cinéma, acquiescement à tous les grands travaux du pharaon Mitterrand,
courtisanerie effrénée, soutien démagogique à tous les mouvements montants, institutionnalisation
du RAP et de toutes les expressions de la révolte surtoutquand elles émanent de
la jeunesse, mise en coupe réglée de la culture subventionnée à grands frais, officialisation
d’un art ayant vocation à faire disparaître toutes les expressions archaïques
et travaillées des disciplines artistiques ancestrales réputées patrimoniales et
désormais réservées aux artistes amateurs.
Julien Dray devenu chroniqueur à CNews après avoir dénoncé la dérive de TF1 en TFHaine ayant favorisé l’avènement de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2002 avait inventé la main jaune et le slogan : « Touche pas à mon pote » en fondant « SOS racisme ». Pour services rendus à la cause de François Mitterrand qui nous avait fait passer de l’ombre à la lumière, ses réseaux ou des réseaux adjacents semblent avoir imprimé dans le marbre judiciaire l’injonction : « Touche pas à Jack Lang », encore plus inviolable que Pierre Berger ou que l’abbé Pierre. Mais au moins ces personnages et même Jeffrey Epstein étaient-ils généreux. Jack Lang se montra généreux en devenant un mécène avec l’argent du contribuable.