Je ne l'aime pas, non pas tellement parce qu'issue de la Révolution qui était sans doute inévitable, mais parce que, dans le pays qui se croit le pays de la liberté, elle est marquée par un défilé militaire qui est plus qu'une apologie de la "violence légitime", celle par laquelle une société se maintient en se défendant contre la délinquance et ses larcins. Non, comme les paroles de la Marseillaise qu'on ne parle plus jamais de changer comme en 1989 où un collectif s'était créé pour cesser de laver dans un "sang impur" le bicentenaire de notre Révolution qui aurait donné des idées au monde entier et serait la matrice de tous les totalitarismes selon la critique contre-révolutionnaire, notre défilé militaire est marquée par un culte de la violence à l'état pur, dans une société où la pauvreté à tous les niveaux, baisse du niveau de vie, perte de l'impératif de transmission, rend les individus tellement malades que la violence individuelle n'est plus une borne à ne jamais franchir, mais est une réaction banale à l'anomie provoquée par le sentiment d'abandon d'un humanisme pestant contre toutes les discriminations et les petites blessures identitaires, mais devenu absolument insensible à la douleur: la douleur est par exemple le point aveugle des guides barème permettant d'évaluer le taux d'incapacité engendré par le handicap alors qu'on crie à l'accessibilité tous azimuts.
Violence sociale provoqué par la paupérisation d'un pays dont le président s'offre un défilé militaire sans précédent pour saluer la Coalition des volontaires bien décidée à soutenir l'Ukraine et ses appels au don qui confine au racket, et couronner un mandat qui s'achève sous le signe de l'escalade guerrière, d'un président qui n'ayant pas servi sous les drapeaux, aime l'idée de la guerre, et n'ayant pas protégé la société dont il était responsable contre le risque de guerre civile, agite mezzo voce le spectre de la guerre mondiale dont ses fréquentes "itinérances mémorielles"auraient dû le prémunir, si le lancinant appel aux leçons qu'on doit tirer de "la mémoire" devaient réellement nous servir à quelque chose.
La seule circonstance atténuante de notre président est que "le monde", non content de casser les jouets de la Reconstruction qui fut le fer de lance de la génération de l'après-Seconde guerre mondiale, "[désapprend" à aimer la liberté comme je l'ai lu ce matin dans un article déjà ancien du "Point":
https://www.lepoint.fr/debats/quand-le-monde-desapprend-a-aimer-la-liberte-C3KGFKCA3BDLVOF2L6O6WFIIDA/
article qui nous apprend sur la foi d'une étude que "seuls 7 % des habitants de la planète vivent encore en démocratie libérale", qui stipule en citant Martin Wolf dans le "Financial times que "dans les pays en développement, mais aussi dans bien d’autres, les populations savent parfaitement ce que représente désormais l’Amérique de Trump : le despotisme." Le mal est nommé. Et le journaliste historien d'ajouter: "Les États-Unis n’ont jamais été un modèle parfait d’idéaux démocratiques. Mais c’est ce que le monde a fini par croire que l’Amérique représentait". "Sous la seconde présidence Trump, les États-Unis ont perdu, en une seule année, leur statut de démocratie libérale pour tomber dans la catégorie inférieure de « démocraties électorale ». Pour mesurer la brutalité de la chose : il avait fallu quatre ans à Viktor Orban pour infliger un recul comparable à la Hongrie, et une décennie à Recep Tayyip Erdogan pour faire de même en Turquie. Washington y est parvenu en douze mois."
L'article se termine par ce constat accablant: "48 % des Français estiment que « rien n’avance en démocratie » et "41 % approuvent l’idée d’un « homme fort qui n’a pas besoin des élections ou du Parlement » (Cevipof, 2025)." "Dans les vieilles démocraties occidentales, depuis un siècle, les jeunes générations sont les premières à ne plus considérer la démocratie comme un bien allant de soi. Il ne s’agit pas d’une haine déclarée de la liberté, mais de l’érosion de cette vieille conviction jadis partagée selon laquelle, avec Churchill, la démocratie demeure « le pire des régimes, à l’exclusion de tous les autres », "documente" Yascha Mounk. Décidément, "il n'y a plus d'enfants". Ah, ces jeunes, cette génération désenchantée et sans espérance, si inférieure à celle de leurs parents et grands-parents! Mais faut-il leur jeter la pierre si cette érosion démocratique tient à un défaut de pratique? Plus de référendum en France depuis 20 ans, depuis celui de 2005, tellement on a peur du résultat, et ce n'est pas faute qu'on ait évoqué le référendum d'initiative citoyenne (ou civic, le RIC) sous les fenêtres d'Emmanuel Macron qui a eu peur pour sa vie et s'en est tiré par des pirouettes du type "Grand débat national" ou "Conventions citoyennes sur le climat" dont le président s'engageait à reprendre toutes les mesures pour les graver dans le marbre législatif avant de se dédire auprès de "Brute" (sic): "Ce n'est pas la Bible ou le Coran".
Je m'escrime (et de resic) à trouver à notre président toutes les circonstances atténuantes du monde (enfin pas tout à fait) en replaçant ses deux quinquennats dans l'amnésie liberticide dont souffre un monde en plein déréglement (qui n'a rien de climatique ou bien c'est peu de choses ou c'est infiniment plus grave).Mais comparons-le encore à son prédécesseur François Hollande qui plastronne aujourd'hui en voulant à nouveau se présenter à nos suffrages, comme si nous avions oublié son quinquennat calamiteux (le malheur, c'est que nous l'avons oublié!). Que promettait-il le 13 juillet 2015? D'abolir l'état d'urgence qu'il avait lui-même instauré en réponse aux attentats de "Charlie" et surtout à ceux du Bataclan, prenant sa voix impuissante et geignarde de "président du deuil national" qui ne convenait guère à sa mine d'enfant ahuri et jovial impatient avant l'heure de retrouver "les jours heureux". Or que se produisit-il le lendemain de cette promesse dictée par l'impatience? Le tragique attentat de Nice, dont la FIFA a plus de souci qu'Emmanuel Macron, s'excusant d'avoir imposé à la france une demie finale contre l'Espagne le 14 juillet en lui accordant une minute de silence en mémoire des victimes de l'attentat de Nice.
Je n'ai pas réussi à m'intéresser au"Mondial" de Trump, mais je constate que la Fifa est moins amnésique que notre République. Alors je me résous à ce que le sport ait diminué le sentiment national en transférant le chauvinisme ailleurs que dans les guerres appelées à la rescousse comme une épuration des frustrations populaires à intervalle régulier: "Ce qu'il nous faut, c'est une bonne guerre", chante la bourgeoisie trop heureuse de son inconscience et de sa désinvolture. Au moins la Fifa se souvient-elle de l'attentat de Nice. Moi aussi et pas mal de nos compatriotes en resteront marqués à vie. Alors pour ce 14 juillet, je suis Fifa et Nice, mais je ne suivrai pas le défilé militaire de mon pays qui est prêt à se perdre jusqu'au sang de ses enfants dans des guerres qui ne le regardent pas.