J’aime faire mentir l’adage selon
lequel les sociétés humaines comprennent rarement l’histoire qu’elles vivent. Je
ne sais pas si je comprends l’horreur que nous traversons, mais j’ai envie d’essayer,
et pas seulement pour prendre date.
Ce qui peut désespérer est que l’histoire se montre plus
cyclique que capable d’un saut qualitatif. Je daterai de trente ans, c’est-à-dire
de la Première guerre du golfe, contre l’Irak qui paraît aujourd’hui presque un
pays inoffensif, le moment où j’ai vu le monde basculer dans cette régression
historique, avec cette apogée trumpiste, d’un beauf américain parvenu à la présidence
des États-Unis à la stupéfaction indignée de tous les experts de la vie politique
américaine, et qui a non seulement livré l’Amérique à ses démons à partir de la
prétendue destinée manifeste, mais a montré que l’Amérique n’était pas devenue
folle puisqu’elle l’a toujours été.
L’Occident s’est transformé en se reniant à partir de la
guerre en Ukraine, qui lui permettait de taper sur une Russie dont la
parenthèse soviétique n’avait pas fait son ennemie héréditaire, mais son ennemie
dans la guerre froide. Or la Russie refusant que l’OTAN repousse ses frontières
jusqu’à l’Ukraine était fidèle à un nationalisme qui bornait ses ambitions à sa
promiscuité géographique, raison pour laquelle, entre autres, Marx avait
toujours considéré comme une folie que le socialisme s’étendît tel une hydre en
sabordant la société via la Russie qui n’avait pas la tradition libérale de l’Angleterre,
mais était par nature une société autoritaire aux ambitions limités à son aire
d’influence, ce qui contrariait l’ambition internationaliste du marxisme et ce
qui, par ricochet, crée un lien peu favorable entre le nationalisme russe et « le
déraillement nazi »de l’Allemagne, le nazisme n’ayant jamais voulu
conquérir le monde, mais seulement si l’on peut dire exercer son influence sur
la Mitteleuropa dégénérée d’être slave, mais régénérable de son point de vue par
la pénétrabilité de la mentalité slave à l’influence germanique. Dans ce
nationalisme quasi classique qu’il partage avec Hitler qui l’a seulement
enflammé de la puissance de la harangue et de la capacité de faire feu, Poutine
a moins rattrapé la chute de l’Union soviétique dont le dernier grand homme
était Gorbatchev, que la bêtise de Eltsine qui, dans la CEI (communauté des
États indépendants) naissante, s’est débarrassée séance tenante, après avoir
constaté cette chute dont Poutine dit que celui qui ne la regrette pas n’a pas
de cœur, de tous les États qui formaient l’Union, avec l’avantage donné à l’Ukraine
par Khrouchtchev lui cédant la Crimée, le Donbas et d’autres parties de la
Russie démembrée, ce qui n’était d’aucun inconvénient pour le millénarisme
soviétique, puisque toutes ces
républiques n’avaient pas du tout vocation à se désagréger.
L’Europe a perdu la tête avec la guerre en Ukraine. Elle a
perdu sa raison d’être pacifique en voulant défendre ce pays qui voulait sortir
des griffes russes pour s’occidentaliser, car la corruption sert d’anti-valeur
qui paraît presque seule faire référence à cette Ukraine dont une partie de la
résistance était nazie comme l’Europe n’a pas vu de mal à ce que la coalition
grecque qui s’opposait à Alexis Tsipras soit enrichie (sic) de l’Aube dorée.
L’Europe a pris à nouveau le risque d’une guerre mondiale en ne se souvenant
pas que toutes les guerres mondiales ont été causées par l’escalade. Les
dirigeants européens sont tombés dans l’escalade en refusant de condamner d’une
même voix l’invasion russe de l’Ukraine et le génocide israélien de Gaza
perpétré par Benyamin Netanyahou qui, depuis deux ans, cherche à trouver des
alliés pour l’invasion de l’Iran, projet auquel tous les dirigeants un tant
soit peu rationnels se sont toujours refusés, sachant que le monde s’embraserait
si une telle combinaison devait se produire, de manière infiniment plus
contagieuse que si la Russie parvenait à replacer l’Ukraine dans sa zone d’influence,
fût-ce de la manière dont Hitler prétendait en user pour s’agglomérer la
Mitteleuropa. Le fantôme d’Hitler est le symbole de notre mauvaise conscience
éternelle. Trump étant fou à lier comme les experts de la vie américaine l’avaient
pressenti et pas moi, tout en ne croyant pas à la possibilité de sa victoire en
2016 et mois si, il a finalement consenti à épauler Netanyahou dans sa volonté
de frapper l’Iran en se fichant comme d’une guigne des conséquences que cela
aurait sur le Moyen-Orient et donc sur un embrasement mondial qui ne pourrait
être qu’illimité. Il l’a fait en trahissant une seconde fois ses électeurs à
qui il avait promis de lever le secret de l’affaire Epstein avant de se raviser
parce que cette transparence levée sur l’entre-soi des milliardaires et du gotha
mondain le mouillerait jusqu’au cou. Il s’est posé auprès de sa base MAGA comme
un président ennemi des guerres. Il s’est cru autorisé à penser à la guerre
quand il a compris que l’académie de stockholm ne lui décernerait jamais le
prix Nobel de la paix. Mais sa totale absence de moralité s’est dénoncée le
jour où il a osé envisager que la résolution du génocide de Gaza pourrait être
une riviera. Autant faire d’Auschwitz un Saint-Tropez.
J’ai fait plusieurs erreurs dans ma vie d’analyste du
dimanche de la géopolitique mondiale. Me fondant sur ma lucidité immédiate à
comprendre quel précédent créait la guerre du golfe, j’ai cru en la justesse de
la guerre en Lybie et à l’impossibilité de la guerre en Ukraine, dont je me
souviens encore que Richard Martz m’a mis le nez sur ma bêtise, puisqu’il n’était
pas possible qu’un tel attroupement russe n’ait pas pour horizon la volonté d’envahir
l’Ukraine. Poutine a commis cet acte d’agression pour des raisons qui restaient
rationnelles. Trump a envoyé « une armada » trop près de l’Iran pour
qu’on ait pu imaginer qu’il ne voulait pas agresser cette Perse qui reste l’un
des plus vieux pays du monde, gangrené par un islamisme qui n’aurait jamais dû
remplacer son zoroastrisme originel. Dès lors que cette armada était déployée,
je n’ai pas cru qu’elle l’était en vain ou sans que les États-Unis aient l’intention
d’envahir l’Iran. Je me suis simplement formulé cette réflexion déjà ancienne
chez moi : pourquoi mettre tous ses œufs dans un même panier et toute sa
flotte sur un porte-avion, notamment après Pearl-Harbour, d’autant plus que l’Iran
a craché le morceau en menaçant de détruire cette flotte concentrée en un même point.
Il est affligeant de constater que Dieudonné, l’humoriste
controversé, avait raison : la guerre, non des Alliés contre l’Irak, mais d’Israël
et des États-Unis contre l’Iran démontre qu’il existe un axe américano-sioniste.
Saddam Hussein s’était imaginé pouvoir envahir impunément un État croupion, le Koweit,
qui n’existait que par et pour l’argent du pétrole. La riposte iranienne se
déploie contre Dubai et le Qataar, le pays rusé de l’islamo-frérisme jouant à avoir
une diplomaci pacifique. Cette riposte démontre que le nationalisme
panislamiste est une chimère qui n’existe pas ou pas encore.
Quant aux universités, elles deviennent tellement téléévangélistes
qu’il suffit du meurtre d’un Quentin Daurenque ou d’un Charlie Kirk par lequel je
me suis trop facilement laissé émouvoir, gagné par la rhétorique de Philippe de
Villiers, pour que tout un pays s’embrase à la vue de ce que j’ai connu quand j’étais
étudiant à la Sorbonne, dont richard Haddad rappelait avec raison, en qualité de
fondateur du Cercle national des étudiants de paris, qu’on la fermait tous les
jeudis entre 12h30 et 13h30 pour la livrer auxéchaufourrées de l’extrême gauche
et de l’extrême droite se bastonnant : les appariteurs me faisaient
toujours passer par un autre endroit pour gagner le cours de mon maître et ami René
Pommier, de regrettée mémoire.
Israël qui participe à la culpabilisation du monde pour un antisémitisme
qui leur en voudrait parce que juifs, lui donne malheureusement des raisons de
leur en vouloir en généralisant mal à propos et de passer subrepticement de l’antisionisme
à l’antisémitisme. Je n’ai jamais voulu tomber dans cette tentation, mais j’ai
la tristesse de devoir confesser qu’elle commence à me chatouiller et que je n’en
suis pas fier.
Après avoir ergoté, car le Pacte germano-soviétique le liait
à Hitler, Staline a été notre allié quand Hitler envahit la Russie. Puis nous
avons trouvé cet allié encombrant à cause de son communisme. Les Américains
voulurent longtemps rester neutres, mais leurs yeux se dessillèrent après l’attaquede
Pearl-Harbour. Il leur était arrivé la même chose avec les Japonais que pour
Staline avec les Allemands. Leur entrée en guerre nous libéra et nous vassalisa
avec le plan Marshal qui aida notre reconstruction. Nous leur sûmes gré de nous
avoir libérés sans nous rendre compte que l’impérialisme américain était san limite et avait toujours
ressemblé à l’ambition de la République de Rome devenue l’Empire romain auquel
Trump ne connaît pas grand-chose, mais il sait qu’il a voulu conquérir le monde
et Trump se voit comme le roi du monde. Un roi du monde qui s’est fait connaître
en prétendant qu’Obama n’était pas né à HawaÏ, donc aux États-Unis, ce qui,
quand bien même cela serait vrai et rien n’est impossible, démontre avant tout
que le racisme de Trump est un ressort intime qui ne s’embarrasse d’aucun
prétexte.
Face à la folie américaine, Macron passe pour un
désescaladeur. C’est un comble, mais on n’est pas mécontent que la France retrouve
un peu de son prestige, fût-ce dans la médiocrité du moins-offrant politique,
qui n’a décidément plus rien à offrir.