IL y a quelques jours, "la ministre en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, profitait d’un passage sur CNews pour légitimer la théorie racialiste du « grand remplacement ». (Alexandre Berteau, Mediapart). Ça n'a pas plu à Prisca Thévenot qui est tombée sur sa collègue.
À la bonne heure du Bergé... - Justice au Singulier
En commentaire de ce billet de Philippe Bilger, je propose ces quelques traits et ces courtes analyses après avoir conversé plus qu'agréablement il y a quelques années sur Twitter avec Renaud Camus, dont je signale cette réaction sur Facebook à la polémique de ces dames:
(5) Renaud Camus - CELA S’APPELLE L’AURORE (BERGÉ, LEJEUNE, TARRENTE &... | Facebook
On peut par courtoisie commencer par s'extasier sur le niveau de ces dames: Quel est le point commun entre Aurore Bergé, Prisca Thévenot et Marlène Schiappa ? Elles sont… insignifiantes. Mais la première et la dernière (« quand trois poules vont au champ ») ont cet avantage sur la deuxième, qui voudrait bien « aller devant » : c’est qu’elles savent s’emparer des opinions du camp d’en face pour y faire parler d’elles là aussi. C’est ainsi que Marlène Schiappa est devenue une bonne cliente de CNews ou de Cyril Hanouna. Quant à Aurore Bergé, qui fait front sur l’antisémitisme avec la nouvelle « extrême droite », elle s’est emparée ainsi des violences sexistes ou sexuelles (c’était au « Rendez-vous des politiques » sur "France culture") « Moi aussi, on m’a fait des avances. Ces messieurs m’ont dit qu’ils voudraient bien devenir mon bâton de berger. » C’est vous dire le niveau, il est exceptionnel.
On peut ensuite citer Patrice Charoulet, pro forces de l'ordre, anti-désordre, opposé à tout excès de table qui nuit à son régime, le seul qui ait sa faveur, conservateur par inertie devenu macronistepar peur des troubles à l'ordre public que causerait l'avènement de la force qui empêche de penser en rond et en ronron même si l'extrême droite d'aujourd'hui a formidablement accru son pouvoir de dé-penser (ne pas confondre la dé-pense et la dépense publique). Soit donc la phrase de notre boeuf charolais:"« Voir non des roux aux yeux verts ou des blonds aux yeux bleus, mais des Noirs et des Arabes. » À strictement parler français ou de langue française (c'est le dada de l'ex-doux professeur" (Aliocha, autre contributeur de la galxie Bilger),il y a un problème de majuscule :
« Voir non des roux aux yeux verts ou des blonds aux yeux bleus, mais des Noirs et des Arabes. »
Cherchez l’intrus !
Des « roux », des « blonds », pas de majuscule. On ne parlera pas des yeux « bleus » ou des yeux verts » puisqu’il est normal que leur lettre initiale ne soit pas en majuscule, ces couleurs étant employées, comme il se doit, come adjectifs.
Mais pour les « Noirs » ! Il y a une majuscule pour les « Noirs », comme pour les « Arabes » qui sont une ethnie.
D’où je conclus, bien que ce ne soit pas spécialement mon affaire de tirer ce genre de conclusion, que l' »antiracisme », c’est l’ethnicisation des Noirs. Ou, pour le dire autrement, c’est l’essentialisation substantive de la couleur de peau sous prétexte de non-discrimination de la couleur de peau. CQFD, mais je n’ai rien à démontrer.
Mais que répondre à Michel deluré qui déplore la monothématisation du débat présidentiel et la focalisation sur l'immigration comme sujet unique, là où d'autres ne voient que par la dette (Giuseppe), le pouvoir d'achat ou la lutte contre le chômage. Il écrit: « Il serait donc grand temps, à l’approche de l’échéance de 2027, que le débat public ne se focalise pas uniquement sur un seul et même thème récurrent, pour non négligeable qu’il soit, rabâché à satiété au fil des campagnes électorales, et qui, s’attachant à forger une opinion commune, détourne les citoyens d’autres sujets pourtant essentiels et tout aussi prioritaires. »
C’est vrai et c’est faux. « Se focaliser sur un débat unique », c’est objectivement réduire ce que traverse notre pays à un seul problème. Pour Giuseppe, c’est celui de la dette ; pour d’autres, l’immigration constitue l’unique sujet. Giuseppe pense qu’hors de la dette, on blablate ; Michel Deluré pense qu’on peut parler d’autre chose que de l’immigration, car c’est un thème rebattu, ressassé, rabâché.
Autant que d’autres, à vrai dire. Autant que, par exemple, « le chômage » (j’entends parler du chômage depuis quarante ans), du chômage pour lequel « on a tout essayé », se résignait le second Mitterrand (1988), pour supplier qu’on parle d’autre chose puisqu’il n’avait pas réussi à « inverser la courbe du chômage », contrairement à un certain revenant. Du chômage dont il faudrait réformer l’allocation, car nos gouvernements ont choisi le chômage. Ils ont choisi le chômage car ils n’avaient pas le choix : l’automatisation rend quasiment inutile à terme le travail des ouvriers qui n’exercent plus dans des manufactures, mais dans des usines, que la division internationale du travail a délocalisées vers la Chine. L’ouvrier a été remplacé par la machine et l’intelligence artificielle ne fera qu’une bouchée des métiers du secteur tertiaire, à l’exception notable des métiers du service et du service à la personne. Ne parlons plus de chômage, car le travail fait grève. Qui rend le service à la personne ? Les autochtones ne sont pas les plus nombreux à se faire recruter dans cette basse besogne.
Passons à la dette alors. La dette qui, pour Giuseppe, témoigne qu’on ne peut pas plus faire confiance à un « État failli » qu’à un ami à qui « vous direz qu’il aille se faire rembourser chez Plumeau ». C’est pourtant ce qui s’est passé quand l’Union soviétique a remplacé la Russie tsariste et que les porteurs d’emprunts russes ne se sont vu rembourser des cacahuètes que quand l’Union soviétique a elle-même été remplacée par le régime de Poutine. La mauvaise monnaie chasse la bonne comme nos démocraties libérales pourraient se faire remplacer par un Jean-Luc Mélenchon effaceur de dettes que le pays n’en continuerait pas moins de vivre en se souscrivant un avenir. La « nouvelle France » a cette vertu.
La dette n’est pas un vrai sujet.
Pas plus que l’« immigration » si vous voulez, Michel, et en effet, pour Renaud Camus forgeant sa théorie du « Grand Remplacement » — qui est un concept puissant puisqu’il fait se positionner tout le monde pour ou contre lui, même dans le combat de dames dont il est parlé dans le billet —, l’immigration n’est pas vraiment le sujet. Le problème n’est pas tant l’immigration que le « génocide par substitution » qu’elle induit, derrière lequel se pose la question de savoir si l’homme est un être à ce point générique que peu importe qui il est, d’où il vient et quelles valeurs il porte ; peu importe son identité pourvu qu’il y ait toujours des consommateurs qui consomment et des jailloteurs qui jaillotent.
L’immigration n’est pas le sujet, mais l’identité, oui. L’identité du pays. Sujet qu’on peut traiter de bien des manières pour estimer soit que « la France est quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne », soit qu’elle a tellement « une vocation universelle » (le général de Gaulle dans les deux hypothèses, selon la célèbre allégation d’Alain Peyrefitte) qu’on peut à son gré transformer la matrice.
L’identité est un sujet. On peut considérer qu’il y en a d’autres ou que c’est le sujet, mais si on ne sait pas qui l’on est, on est sûr de ne pas savoir où l’on va.Et vaines sont les protestations que m'a fait un jour mon ancien psychanalyste: "Personne ne peut répondre à la question "qui suis-je". Vaine aussi la dérobade suivant laquelle la vie étant une lutte entre le fixe et le mobile, je dois choisir la discontinuité positionnelle contre le continuisme identitaire. Car si je ne sais pas qui je suis et que néanmoins, je me déplace, je suis un somnambule qui se meut et qui se meut en amnésie. Laissez-moi préférer la nostalgie à l'amnésie.