Écrit sur la page de Claude Hériard qui postait un
commentaire ‘un moine du Bec Hélouin pourtransformer la parabole de l’exclusion
de l’invité de la noce qui ne porte pas le vêtement de noces et est jeté de
hors, pieds et poings liés, en parabole sur l’amour inconditionnel de
Dieu :
Claude
Hériard - L’habit de noces ? - 28A.2 Matthieu de tous les... | Facebook
Cet extrait d'Évangile est l'un des plus durs morceaux du
message de Jésus. Comme me disait un ami et maître d'orgue à propos d'un
passage difficile, c'est "un coin pas sympa, mais quand le vin est tiré,
il faut le boire". Je me souviens de mon frère, fraîchement converti,
interpellé parla dureté de ce texte, ce qui était également le cas de ma
grand-mère, croyante à la foi (et presque à la sainteté) naturelle.
Un des tics de l'interprétation chrétienne actuelle est de
tordre les textes et de les essorer, non pour les exprimer, mais pour en tirer
ce que l'on espère.
J'ai assisté à un bel effort intellectuel dimanche dernier
où un prêtre tentait d'expliquer que, quand on était invité à la noce dans la
tradition juive, on recevait en même temps que l'invitation le vêtement de
l'invitation. Mais ça ne cadre pas avec l'invitation du tout venant en urgence,
même si on peut toujours supposer qu'il y avait un vestiaire à l'entrée de la
salle des noces, comme je lai lu il y a longtemps, mais c'est tiré par les
cheveux.
D’autant que le roi n'a pas l'air de meilleure humeur que
ses premiers invités: si ceux-ci n'ont pas assez de prétexte pour ne pas
honorer l'invitation, lui veut absolument, non seulement que les noces de son
Fils se fassent et on peut le comprendre, mais que le banquet ait lieu. On peut
le comprendre, s'agissant du christ, qui est fréquemment associé à ces deux
images du banquet ou de l'Eucharistie. Mais voilà que les invités de deuxième
choix arrivent et que fait le roi de la parabole? Quel est son premier réflexe ?
"Il entra pour examiner les invités." Commentaire de l'ami qui me transportait entre les deux messes que je devais accompagner ce
dimanche matin : "Jésus m'est toujours apparu comme un anarchiste de
gauche, quand le Père de Jésus m'apparaît comme un monarque de
droite..."Je ne sais pas si c'est marcionite, mais c'est drôle.
Le roi entre donc dans la salle de noces pour "examiner
les invités". Etquand on examine, on trouve un mouton noir. Il y a un
invité qui ne porte pas l'habit de noces et qu'il réprimande d'abord de façon
amicale : "Mon ami, comment es-tu entré ici ?" "Ben tu
m'as fait inviter", aurait pu lui répondre l'autre. Mais il préfère garder
le silence. On a le choix de faire comme pour Ponce Pilate et de considérer que
s'il garde le silence, c'est que la question ne l'intéresse pas. Ben oui, quoi !
Ponce Pilate est tellement médiocre que la question "qu'est-ce que la
vérité ?" ne peut pas l'intéresser. C'est bien connu, il n'y a que
Jésus qui s'intéresse aux vraies questions. Ça me paraît un peu facile. Comme
ici, notre homme confondu est honteux et confus. On l'avait invité, il n'avait
pas demandé à l'être, il a trouvé ça plutôt sympa et il est venu. Dans ma
lecture littérale, on ne lui a pas fait parvenir de vêtements et il n'y a pas
de vestiaire attenant à la salle de noces. Notre invité est plus pauvre que les
autres et il n'a rien à se mettre. Alors gêné, il ne répond pas.
Le roi change immédiatement de registre devant cet homme qui
garde le silence : il ne fait pas le "papa gâteau" qui
réconforte le pauvre honteux s; Lui qui l'avait appelé "mon
ami", il ajoute à son indignité en le jetant dehors "pieds et poings
liés". La belle scène d'amour que voilà, que notre frère Jean-Marie du Bec
hélouin transforme en parabole de l'amour inconditionnel, il faut le faire!
J'ai vu opérer une transformation du même genre dans la
seconde messe que j'ai accompagnée où le prêtre à la voix assez efféminée a
trouvé habile de déplacer la question ainsi : "Tout est prêt pour les
noces et on connaît l'époux, mais qui donc est l'épOuse ?" L'épouse,
c'est l'Église. Il faudrait avoir avec Jésus un rapport sponsal. IL faudrait
être amoureux de Jésus même si on est un homme. Car c'est tout un que de
l'Église et de chacune de nos âmes. Cela crée un trouble dans le genre. Car il y
a sans doute des âmes masculines et des âmes féminines dont la somme forme l'Église.
Mais vouloir nuptialiser chaque âme avec Jésus, c’est procéder à une
émasculation en règle (sans « s »). Je n’ai pas eu le courage de le
dire à ce prêtre après la messe. Car si le premier avait consenti un bel effort
intellectuel, le mysticisme qui compensait cette émasculation par la
préparation à recevoir dignement l’Eucharistie, m’a fait penser qu’il était
dispensable de me montrer vindicatif.
Je n'échafaude aucune hypothèse, mais je crois qu'on ne peut s'abstenir d'une lecture littérale des Évangiles, même pour être heurtés par eux et pour ressortir de la messe sans réponse à ses questions. Littérale ou réaliste, qui serre de près le texte avant d'y planter une allégorie feuerbachienne, où Dieu n’est plus que la projection de nos désirs. C'est en gros dans cette aporie que je me suis tenu, espérant en Dieu, m'abstenant d'entendre autre chose que ce que j'avais entendu proclamer dans l’Évangile de ce dimanche, et de me forger un Dieu à l'image de mes désirs inclusifs. Il faut aller très loin pour trouver une "prédication inclusive" (Daniel Marguéra) dans ce passage difficile et je mets au défi quiconque de m'en apporter une contre-épreuve au moyen d'une argumentation serrée. Ce n'est pas un défi négatif, je saurais reconnaître qui m'aura convaincu, mais un défi provocateur. L'Évangile a dressé un beau portrait de l'aveugle né en y voyant un provocateur. Je suis aveugle né et je suis provocateur. Jésus aussi est un provocateur. D'ailleurs, qui sait ? Toute vocation est peut-être une provocation.