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lundi 2 février 2026

Réflexions sur la justice

Dans mon ondoyance et diversité pour parler comme Montaigne sans en avoir le talent sinon celui de flâner en moi-même, j’ai esquissé hier pour le même ipse quelques réflexions sur la justice que j’aimerais coucher sur le papier sans estimer qu’elles ont une valeur exagérément originale ou novatrice.

 

Nietzche identifiait le besoin de vengeance de la personne lésée comme origine de la justice. En lui faisant écho – et Nietzsche semblait plutôt le déplorer –, la société aurait armé les plus faibles tout en déplaçant l’acte judiciaire qui partait d’un besoin de réparer un préjudice personnel vers la réparation d’un préjudice social.

 

Cela posé et faisant à peu près consensus, la justice prétend contribuer à la manifestation de la vérité. Mais elle le fait en mettant en place tout un cérémonial

Plein d’une théâtralité qui la fait participer au genre de la comédie. La comédie de la justice ne la fait-eelle pas dévier vers la parodie de justice ?Comme la littérature, le théâtre et ses transpositions est-il plutôt vecteur de la manifestation de la vérité ou nous en éloigne-t-il par la distance qu’il prend avec elle, ma question principale se ramenant à me demander dans quelle mesure la justice contribue réellement à la manifestation de la vérité.  

 

Une autre manière de se rapprocher de la question peut être de se demander quel genre de vérité touche la justice à travers le fait incriminé selon qu’on considère celui-ci comme un maillon ou le bout d’une chaîne, le point saillant ou le plus significatif. Mais la justice emploie-t-elle les bons moyens pour remonter la chaîne ? Et l’indéniable significativité du fait incriminé quand il devient une pâture médiatique n’empêche-t-elle pas le citoyen qui s’intéresse aux faits divers de se livrer à une introspection qui pourrait être salutaire ? C’est pourquoi j’ai toujours pensé que les faits divers corrompent énormément, car ils font croire à ceux qui sont enclin au mal que le mal est banal et gagne à le rester ou à rester perçu comme tel. Donc si tout le monde commet le mal, pourquoi pas moi ?

 

Pour juger en toute objectivité, il faut aller des divers points de vue subjectifs vers le point de vue objectif. La première objectivité consiste à reconnaître que le crime ou le délit a beau être le moment d’une chaîne, il en accuse le caractère malsain, pervers et mortifère. Mais ne s’impose pas moins la nécessité de remonter la chaîne et de ressaisir le cours des événements. Pour ce faire, les points de vue subjectifs sont essentiels à prendre en compte. Au stade de l’instruction et du débat contradictoire qui permettent la ressaisie des événements, un principe me semble essentiel à poser comme préalable et qui ne vaudra pas dans le rendu du jugement : le refus du manichéisme par lequel la victime et le coupable le seraient intrinsèquement et de manière non pas définitive, mais figée. Je crois à la réciprocité des relations humaines et au fait qu’il n’y a pas de bon, pas de méchant, pas de victime, pas de coupable absolu et pas d’êtres parfaits, la responsabilité de l’homme visant à le faire avancer vers la perfection et la prise de conscience au moyen, pour la perfection,  d’une éthique qu’il apprend peu à peu à respecter de plus en plus avec les valeurs qui sont les siennes et, pour l’introspection, avec éventuellement le soutien spirituel que lui a fait trouver son « besoin de croire » (Julia Kristeva).

 

Le jugement judiciaire n’est pas la somme des points de vue subjectifs qu’épousent tous les protagonistes d’une affaire, ne serait-ce que parce qu’au bout de la chaîne, il n’y a pas un crime relatif, mais un crime bien réel commis par une personnalité qui reste problématique si elle n’est pas intrinsèquement perverse et aussi parce que les points de vue des protagonistes sont nécessairement antagonistes. Mais ce qui me gêne est que les rôles que la justice a découpés dans le déroulé du procès partent de l’hypothèse que chacun des protagonistes et au dernier degré le criminel va prendre parti pour lui-même. Cette considération des choses est le premier stade de l’introspection, mais ensuite apparaissent les nuances et remonte à la surface des parties intéressées le processus qui a conduit au crime qui nous amène au procès.  Le bon avocat serait celui qui pourrait aider le criminel à prendre conscience de sa culpabilité dans le crime. À l’inverse, le procureur ne devrait pas systématiquement requérir pour protéger la société d’un criminel qui ne saurait s’amender. De même on pare souvent le procès de vertus curatives qui permettrait à la partie civile et/ou à la partie blessée ou affligée dans son intégrité, ou à qui le crime a fait perdre quelqu’un de très cher, de guérir par la punition du criminel. Mais la punition du criminel n’est pas le seul critère de résilience de la victime, si toutefois le procès, par lequel la société prend le relais de la victime pour qualifier et réparer le préjudice qui lui a été causé comme une offense contre la société elle-même, a la capacité ou doit s’assigner pour but de mener la victime à la résilience.

 

La justice vise à la manifestation de la vérité, mais le biais théâtral, avec son protocole procédural et la stéréotypie non pas de son rôle, mais de ses rôles, agit comme une mise à distance et comme si les personnages du procès n’étaient pas les protagonistes de l’affaire. Elle a un biais plus nuisible à la manifestation de la vérité quand elle pose implicitement que tous les protagonistes d’une affaire prennent parti pour eux-mêmes, parti pris qui est pour beaucoup dans le peu de criminels qui acceptent de reconnaître leur culpabilité et de ne pas transiger avec elle dans leur défense, indépendamment du rôle du déni chez l’être humain.


samedi 31 janvier 2026

Catherine de Sienne et Madame de Sévigné


"La Croix" publie un dossier plus qu'intéressant sur Madame de Sévigné à qui je me suis ouvert grâce à la lecture de Proust qui associait les Lettres de Madame de Sévigné à la grand-mère du narrateur.

J'ai lu des extraits de ce que j'en ai trouvé à ma portée à Grignan il y a deux ans, en vacances en avril, quelques mois avant le festival de la correspondance où devait se rendre -et dans le même hôtel- mon ami René Poujol pour parler des lettres de l'abbé Pierre avan que les affaires n'ééclaboussent celui qui, déjà de son vivant, a tout fait pour ne pas passer pour un saint. Me sentant un besoin de recul par rapport à ma vie mulhousienne, j'avais passé une première semaine à ND de Taulignan où mon amie Thérèse a pris l'habit il y a quelques années, cette décision me laissant dans un profond malaise que je n'attendais pas, pour des raisons dont je pourrais pourtant expliquer la partie consciente et que l'actualité confirme: je crois qu'il y a un épuisement du modèle de la communauté religieuse a fortiori contemplative où des femmes vivent en vase clos sans se connaître pour se frotter et par ces frictions aiguiser leur relation singulière avec leur unique Époux divin. Durant cette semaine à Taulignan, je lisais Catherine de Sienne et mon esprit glaneur et superficiel en dépit des apparences que je déploie pour le dissimuler était indigne de la dialoguiste comme il l'était de l'épistolière conversante, à moins que je ne revienne un jour aux deux littératrices lors d'une lecture ultérieure approfondie, si Dieu me prête vie et profondeur.
J'ai visité le château de Grignan qu'avait habité la fille de Madame de Sévigné avec une guide rencontrée par hasard tandis que j'écrivais dans le salon de l'hôtel de Grignan où j'étais descendu et dont le nom m'échappe à l'instant. La visite de Grignan passa aussi par celle de l'église et de son orgue qu'une rencontre inopinée de ma guide avec l'organiste pendant la pause déjeuner favorisa. Et je pris possession de ce château comme si j'avais toujours habité son histoire et ses secrets. Cette appropriation était la clef de mon voyage solitaire et c'était la solitude qui me confiait les clefs. J'en étais presque gêné, mais cela avait l'air de beaucoup amuser les visiteurs du château de Grignan avec lesquels je l'arpentais sous la conduite compétente de notre guide que cette histoire intéressait.
Si je devais dire un mot des lettres de Madame de Sévigné si peu que je les comprenne, c'est que cette orpheline souffrant des négligences de sa fille qui avait envoyé sa propre fille infirme et difforme au couvent dès le plus jeune âge afin de s'en débarrasser, cette orpheline, au contraire de cette fille qu'elle adorait, sensible à l'extrême à la déréliction des êtres, cette orpheline au caractère enjoué élevée par sainte Jeanne de Chantal, visitandine et compagne d'âme de saint François de Sales écirt ses lettres dans un style salaisien, ce qui souligne par contraste la différence des deux compagnes de plume de mon voyage dromadaire, Catherine de Sienne étant aussi systématiquement mystique, donc habitée par le "tu radical" que Madame de Sévigné ne mettait "de la conversation dans ses lettres", cet art français en train de naître à côté des maximes de son ami François de la Rochefoucauld qui en décrivait l'esprit ou des romans de ses amies Madame de la Fayette ou mademoiselle de scudéry, dont j'ignorais qu'elle s'était inspirée d'elle pour forger l'héroïne de son roman "Clélie" que je ne connais que par Jean Dutourd, qui disait de ce roman qu'il tapissait l'esprit de toutes les jeunes filles de famille piquantes, éduquées et ouvertes à la mélancolie.
Madame de Sévigné accompagne de ses lettres le Français classique qui se sertissait au Grand siècle et précédait celui des Lumières et ses "ruelles" transformées en "salons", où un regard perçant ouvrirait la voie à une critique d'autant plus impitoyable que la langue avait perdu de sa sévérité, amollie par cette conversation savoureuse et mordante.
Je me suis toujours interrogé sur la différence que je sens radicale entre les Dialogues et la Conversation. Mon ami Alain Heim ma donné la clef de l'énigme en m'expliquant qu'un dialogue posait une voix qui s'affirme, sous quelque prétention d'ouverture que le dissimule son dessein dialogique. C'est dans cette logique d'attestation que s'inscrivent aussi bien les Dialogues de Platon où Socrate pose des questions à ceux qu'il fait moins accoucher d'eux-mêmes qu'il ne les confond, que les Dialogues de Catherine de Sienne où Dieu le Père répond en personne aux questions de sa dévote illettrée qui dicte ses réponses, inversant la logique de la question parce quIl est Celui qui est et qu'elle est celle qui n'est pas, Catherine de Sienne qui pourrait encore avoir inspiré à mon insu mon pseudonyme de Torrentiel puisque Dieu lui intime cet ordre: "Fais-toi capacité, Je me ferai torrent", moi qui me suis fait torrent par incapacité. Le dialogue est attestataire et assertif, au contraire de la conversation, poursuivait mon ami Alain, qui symbolise le contrepoint et où "les voix se confondent", selon la célèbre didascalie dont abusa Molière dans un théâtre auquel Madame de Sévigné préférait celui de Corneille tandis que la question de savoir si l'on préférait racine ou Corneille était âprement disputée, et je crois même me souvenir que la Rochefoucauld s'en faisait l'écho dans ses maximes.

J'aime les voyages ou les pèlerinages littéraires. À mon grand regret, je n'ai pas fait celui de Fécamp pour retrouver les mannes de Maupassant. À Lisieux où j'allai pour "réaliser mes yeux" selon la magnifique formule de ma cousine Nathalie parlant d'elle-même et de la partie asiatique de ses origines maternelles et dont je suis malheureux quelle se soit brouillée avec moi, je lisais "le Partage de midi" que je déclamais à mi-voix sur le balcon du Terrasse hôtel, retrouvis ma Christelle dans l'Ysé de Claudel, rédigeais un commentaire du Cantique de Zacharie en croisant mon inspiration avec l'Histoire d'une âme que je lisais sans comprendre "la petite voie", ayant perdu mon enfance spirituelle sous les assauts du diable, visitais les Buissonnets où grandit la sainte dont toute la famille se montra imbue après sa mort et dont j'aurais voulu approuver la vocation religieuse si javais vécu à l'époque de son père alors que je contrarierais celle d'une autre Thérèse qui avait pour elle une grande dévotion, quand me tomba sur le rable, l'après-midi même où j'allais visiter en coup de vent cette maison, son jardin et sa cidrerie, la nouvelle du 11 septembre et la chute des deux tours jumelles que j'accueillis avec une joie mauvaise: tandis que s'effondrait le temple du Capital, les Américains découvraient enfin qu'ils n'étaient pas invincibles. C'est peu dire qu'ils n'ont pas compris la leçon et c'est compréhensible, compte tenu de cette remarque terrible tirée d'une chanson de Daniel Balavoine, qui me choqua terriblement la première fois que je l'entendis et que je fais mienne à présent: "La vie ne m'apprend rien." Etre adulte, ce n'est pas tirer les leçons d'un passé qui a pu faire de notre vie un champ de ruines, c'est savoir qu'on n'apprend rien et essayer d'en tirer quelque chose.  

jeudi 29 janvier 2026

La raison est une allégorie

J’ai posté hier sur le Forum catholique un avis sur la raison auquel je tiens beaucoup parce qu’il est intitulé : »La raison est une allégorie » et que je me tiens à équidistance d’un Luther qui pense que « la raison est la putain du diable » d’un Guillaume de Tanouarn qui pense que « l’homme est un animal assez peu raisonnable », beaucoup plus loin d’un E.P., disciple de #Jean-François Froger, dont j’ai rejoint le groupe biblique il y a peu et pour qui l’homme n’est pas du tout un animal, ça je ne le crois pas, même si j’aime bien l’anthropologie du corps humain comme temple de l’Esprit qu’il développe à la suite de son maître.

Je réponds à un certain Candidus que je ne connais pas et pour qui, si je résume, le matérialisme d’un cerveau qui sécréterait la pensée est un argument à opposer à l’athéisme, je ne vois pas pourquoi. Car saint Augustin n’était pas du tout matérialiste et estimait qu’il y avait beaucoup plus d’opposition entre l’omniscience de Dieu qui pouvait faire croire à la prédestination et le libre arbitre qu’entre celle à laquelle il ne pensait même pas, lui qui pourtant était un grand penseur, entre la raison matérielle et la volonté surnaturelle d’un Dieu spirituel, que le matérialisme de la raison n’empêche aucunement de surplomber en longueur, largeur et profondeur. L’important n’est pas tant d’être intelligent que d’avoir l’intelligence de sa volonté. Mais voici ce que j’ai écrit :

« La raison est une allégorie. Vous ne sentez que vous faites usage de votre raison que quand votre esprit est en ordre, ce qui ne vous apprend qu'une chose sur vous-même: à ce moment-là, vous n'êtes pas l'esclave de vos passions et puisque la raison s'oppose aux passions, vous êtes raisonnable.


Est-ce que l'âme pourrait être considérée comme une allégorie au même titre que la raison? Je pense que non, car l'âme est un halo.


Vous dites que le matérialisme produit de la pensée causale. Dois-je vous rappeler que les preuves de l'existence de Dieu rassemblées par saint Thomas d'Aquin se ramenaient à la pensée comme analogie causale et à la cause comme manière de remonter à la première cause, à la "cause de soi" comme eût dit Spinoza pour remonter à Dieu, philosophe aux limites du panthéisme et qui certes n'était rien moins que thomiste, mais il y a une généalogie philosophique qui peut faire parler ensemble le philosophe panthéiste qui définit Dieu comme cause de soi et le philosophe scolastique qui remonte à la première cause ou au premier moteur du premier mouvement.

Mais je reviens à la raison. Vous dites qu'elle n'est pas si elle est matérielle et qu'elle n'est que le fruit de processus matériels. La décrivant comme allégorie, je pose implicitement que la raison n'existe pas. Je veux dire qu'elle n'existe pas beaucoup plus que l'intelligence artificielle dont le mieux quelle puisse faire est de nomenclaturer tout ce qui a été écrit sur un être ou sur un phénomène sans affect pour cet être ou pour ce phénomène, ce qui me ramène à cette pensée du P. Raniero Cantalamessa énoncée un vendredi saint de 2007 et qui m'a d'autant plus cloué sur place que j'étais dans un moment d'incandescence affective. Je vous le restitue en le déformant un peu au gré de ma mémoire défaillante et pour les besoins de la démonstration, mais l'idée y est: "Nous avons su fabriquer un ordinateur, capable de reconstituer les mécanismes de notre pensée ou de notre connaissance (sans "conatus"). Mais nous ne saurons jamais fabriquer une machine qui ait appris à aimer et sache imiter notre amour."


La raison n'existe guère plus que comme l'intelligence artificielle. C'est dire qu'elle est une intelligence sans compréhension ou pis encore une intelligence sans coeur
«

https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=995423

La raison est une allégorieet ce prêtre (Hervé) avait raison, qui me disait qu’il ne faut absolutiser aucune de nos instances, car toutes nos instances sont des expressions du « on » dans le « je », de la vie qui nous précède dans la vie que nous incarnons comme individus.

 

Le catholicisme pétrinien est-il un judaïsme pétrifié?

Bien que luthérien par ma mère et m’intéressant au luthéranisme, je suis si viscéralement catholique qu’il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour dire que saint Paul s’est indument poussé du col pour faire partie du collège apostolique et préparer de manière insinuante et certes anachronique l’avènement du luthéranisme. On m’objecte que cest ce catholicisme pétrinien fait de l’Église universelle que je crois défendre un prolongement du judaïsme qui l’aurait pétrifiée.  Je voudrais examiner cette objection même si cet examen relève de l’uchronie et n’est pas sans vanité puisque Dieu n’a pas décidé de faire peser sur la seule colonne pétrinienne le développement du christianisme orthodoxe et d’abord du catholicisme dont je me fais le chantre.

 

Je suis embarrassé pour poser les prolégomènes d’un raisonnement qui tienne.   Je dirais que saint Paul a toujours gardé la nostalgie du judaïsme quand saint Pierre a gardé la nostalgie de son identité juive.

 

Saint Paul, apôtre des Gentils, a imprégné dans la conscience chrétienne la mauvaise conscience d’être l’ »olivier sauvage » qui avait poussé sans référence révérencieuse envers l’olivier franc. Saint Paul a vérifié dans sa nostalgie du judaïsme et en devenant l’apôtre des Gentils le postulat de son maître Gamaliel : « si cette entreprise qu’on n’appelait pas encore le christianisme vient de Dieu, rien ne pourra l’arrêter ; mais si c’est un emballement  humain, il périra de lui-même. »

 

Saint Paul a persécuté ce qu’il prenait pour un emballement sectaire, il s’est ému du martyre d’Étienne, cette émotion s’est imprimée en lui au point de le faire tomber de cheval et de s’entendre murmurer par Jésus en personne sur le chemin de Damas : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? »

 

Il a été enlevé jusqu’au troisième ciel pour devenir le témoin oculaire de la réalité qu’il avait persécutée et se faire le zélote de la nouvelle Église. Il a mis un pied dans la porte du collège apostolique pour s’y faire introniser non pas prêtre (la fonction ne voulait rien dire en christianisme et pas même dans la théologie de saint Paul pour lequel il n’y a qu’un seul grand prêtre et ce grand prêtre est Jésus-Christ dans l’épître aux Hébreux si on consent à continuer à l’attribuer à saint Paul), non pas prêtre donc, mais enseignant de renom et même enseignant en chef.

 

Il a été emporté au troisième ciel tout en se trouvant mortifié de conserver une écharde dans sa chair qui l’empêchait de faire ce qu’il voulait. Et comme humainement revenu de ce transport qui l’a fait tomber de cheval, à la fois content et désabusé d’être simple chef de secte d’une Eglise charnelle où les uns revendiquaient de lui appartenir quand d’autres assuraient qu’ils appartenaient à Pierre ou à Apolos, et plongé dans les affres de la vie quotidienne, sa nostalgie du judaïsme lui fit dire qu’il préférait être séparé du Christ plutôt que ses frères de race à lui, l’apôtre des païens, ne soient soustraits du Royaume de Dieu en ne reconnaissant pas le Christ. Nostalgie compréhensible, retour compréhensible à une identité avec laquelle on ne négocie pas autant qu’on pourrait le croire. Et pourtant, l’intronisation de saint Paul dans le collège apostolique était-elle pure usurpation préparant à ce que d’aucuns dénoncent comme « l’imposture du judéo-christianisme » surtout depuis qu’Éric Zemmour s’en est emparée pour faire renaître un christianisme politique juif et post-maurrassien? Ne peut-on pas dire à la gloire de saint Paul ou pour en honorer la mémoire que, s’il a été admis dans le collège apostolique, ce n’est pas pour devenir un prêtre de plus dans une démarche paradoxalement cléricale et synodale, mais parce qu’il a bien été le témoin oculaire de quelque chose, qu’il n’a donc pas usurpé sa fonction de témoin oculaire, ce quelque chose étant rien de moins que le Christ cosmique, là où les apôtres sont restés stupéfaits quand Jésus-Christ ressuscité fut « soustrait à leurs yeux » pour reprendre une traduction du récit de l’Ascension qui m’impressionnait enfant, fut « soustrait à leurs yeux » pour être emporté au ciel, celui-là même où saint Paul fut emporté, lui qui voudrait être « soustrait du Royaume de Dieu » au contraire du bon larron, s’il était séparé des juifs, bien que le Christ ait tout récapitulé en Lui, en Sa personne humano-divine et dans son sacrifice ?

 

En face, à quoi se bornait chez saint Pierre la nostalgie de son identité juive ? À celle d’un homme rituel qui, quand il reçut la vision qui devait l’emmener chez Corneille pour baptiser le premier païen, s’entend dire, dans son extase qui fit descendre du ciel, telle une nouvelle arche de Noé, une nappe où étaient disposés tous les quadrupèdes, non pas : « Lève-toi et marche », non pas « lève-toi et pêche » (et « fais-toi pêcheur d’homme », « quel appel ! », dira le pasteur François Ferré), mais « lève-toi, tue et mange ». Pêche des hommes, mange, baptise. Mange et tue ? Nous ne sommes pas dans un contexte végétarien et Dieu ne se repent pas d’avoir créé la chaîne alimentaire. Pourquoi une créature n’existe-t-elle qu’en s’en incorporant une autre ? Dieu n’élucide pas ce mystère, mais il envoie Pierre chez Corneille, qui comprend que « Dieu ne fait acception de personne », qui voit l’Esprit-Saint descendre sur ce païen « juste parmi les nations », centenier romain apprécié de toute la population juive,  qui donc interroge ses compagnons : « Pourquoi refuser le baptême à des gens qui, comme nous, ont reçu le Saint-Esprit ? », qui informe le collège des apôtres de la vision qu’il a eue et qui fait à l’Église naissante un devoir d’étendre sa mission aux païens ; qui ensuite ne se rétracte pas, mais ne se fera jamais un chantre de l’affranchissement de la Loi comme saint Paul, en cela peut-être trop violemment revenu du judaïsme, et surtout ne pourra jamais surmonter la réticence de manger les aliments sacrifiés sur le mode prescrit par la loi, ce dont Paul lui fera reproche dans l’épître aux Galates, non sans se vanter de l’avoir fait plier au concile de Jérusalem et non sans se désoler que maintenant, Pierre ne  lui obéit pas et va manger chez des juifs qui continuent de sacrifier les animaux en les vidant de leur sang et sans les étourdir, tandis que, de son côté, Pierre reprochera à Paul de répandre des enseignements obscurs qu’il ne faut pas assimiler sans formation…

 

Bref, d’un côté la nostalgie du judaïsme fait que Paul devient une sorte de « juif universel » qui, par moments, regrette presque d’être chrétien, ne veut pas être coupé de ses racines et refuse l’inculturation, tandis que Pierre restant un juif rituel, instaure sans le savoir un catholicisme inculturé, compatible avec les constituants identitaires, un christianisme où chaque nation peut importer ses mœurs et ses rites, à l’indignation de Paul qui voit dans cette limitation identitaire une manière dont le christianisme, non pas va se scléroser dans le culturalisme de l’incarnation des valeurs, mais ne va pas être une denrée facilement exportable selon son intuition de citoyen romain que, pour faire connaître le message évangélique, il faut le diffuser dans la capitale de l’Empire, moyennant quoi Paul qui est l’ancêtre du protestantisme est aussi le premier Romain à la différence de Pierre qui s’en ira à Rome continuer l’œuvre de Paul, mais ne se sentait pas instinctivement porté versla ville-monde, étant si peu césaro-papiste que, sans respect excessif des autorités de l’État, avant de renier Jésus qu’il avait abandonné pendant la nuit de Gethsémani, son premier mouvement le porte lors de la Passion à vouloir couper l’oreille du serviteur du grand prêtre, se faisant défendre par Jésus de s’attaquer à l’escorte qui venait l’arrêter et encore moins à la soldatesque qui allait couvrir ce crime de son autorité.

 

Quant au fameux concile de Jérusalem avec sa célèbre formule « Nous et l’Esprit-Saint avons décidé que », il accouche déjà d’une cote mal taillée : comme on ne saurait aller contre la Volonté de Dieu, on ne va pas déclarer impurs ce que Lui a déclaré pur, il n’y a aucun homme ni aucun aliment intrinsèquement impur. L’homme ne le devient que par ce qui sort de son cœur et l’aliment ne le devient que par ce que l’on investit sur lui. Si donc on le sacrifie aux idoles, comme il s’agit de ne pas faire scandale, on n’ira pas dire qu’on peut le consommer et même on interdira les aliments sacrifiés aux idoles. Mais pour faire bonne mesure, on s’abstiendra aussi, à l’exemple de saint Pierre, de manger ostensiblement des aliments sacrifiés selon les anciennes prescriptions de la loi. On ne prescrira pas l’abolition de tous les interdits alimentaires pas plus que, dans un autre ordre d’i’idées, on n’ira ouvertement jusqu’à se prononcer contre l’interdiction de l’esclavage même parmi les chrétiens, mais on fera pratiquement jeu égal entre les aliments Cacher et les aliments sacrifiés aux idoles pour ne satisfaire ni les juifs ni les païens, et on fera grief à saint Pierre de préférer manger avec ses anciens coreligionnaires.

 

Donc est-ce que le judéo-christianisme universel de l’apôtre des gentils ou des païens est plus libérateur que la nostalgie identitaire du judaïsme de saint Pierre, disciple du Christ déjà en son humanité, faisant la part des rites, des cultures et d’un certain nationalisme ? J’aurais tendance à parier que, si c’était le judaïsme identitaire et converti de saint Pierre qui l’avait emporté contre le néo-judaïsme universel et chrétien de saint Paul, cette deuxième colonne du catholicisme,  il y aurait eu moins d’antichristianisme juif et par suite d’antijudaïsme chrétien même si on ne peut pas refaire l’histoire, mais cette intuition me conforte dans mon amour du catholicisme qui, prolongement du judaïsme, n’aurait pas eu à faire le chemin à l’envers d’un dialogue rouvert entre juifs et chrétiens après une catastrophe génocidaire, mais aurait peut-être fait l’économie de l’antijudaïsme patristique et aurait suscité moins de réactions antichrétiennes des communautés juives qui n’auraient pas vu dans cette montée d’une extension insolite de leur religion la même menace impérialiste pour employer une expression anachronique, même s’ils n’auraient pas pu manquer de dénoncer une dérive idolâtrique dans la reconnaissance d’un Messie qui permettait d’invoquer pour être sauvé un autre Nom que celui du Dieu unique que confessait leur monothéisme intransigeant après la séparation de l’elohïsme et du yahvisme.

 

Et puisque le christianisme pétrinien mais non pas pétrifié se serait assumé comme prolongement du judaïsme sans agressivité envers celui-ci en tant que religion ni à l’encontre de ses composantes humaines, il n’aurait pas dû procéder au reniement de la théorie de la substitution, reniement qui, pour le coup, en posant deux alliances parallèles et parallèlement salvifiques, constitue une trahison indéniable, non pas du message évangélique, mais de la messianité de Jésus-Christ.

  

samedi 24 janvier 2026

Les trois principaux protagonistes du forum de Davos: Trump, Zelensky, Carney

@Tipaza,*

Je ne sais pas par où prendre la séquence qui me paraît d'importance: la mondialisation libre-échangiste et faussement multilatéraliste qui se défait à Davos, qui l'eût cru? Et dans ma perplexité, j'ais envie de la prendre par votre commentaire auquel j'aurais souscrit en d'autres temps et presque en totalité, mais comment dire à Giuseppe qu'une fois n'est pas coutume, je suis presque d'accord avec lui, Zelensky m'a impressionné pour la première fois depuis le début de la guerre en Ukraine que je n'ai pas vue venir, j'aime à le répéter par leçon d'humilité que je me donne à moi-même: être aveugle ne fait pas de moi un oracle, ça calme. 

Zelensky m'a impressionné parce que, pour la première fois, il n'est pas venu en quémandeur. Il a fait le déplacement de Davos parce que Trump le croyait présent sur le sol helvétique. Il est venu fatigué, l'excusait hier Christine Ockrent dans "Affaires étrangères", ingrat pour cause de fatigue, moralisait-elle. Pas ingrat s'il était fatigué, mais amer et désabusé, oui. Amer contre "une Europe en mode Groenland" qui envoie quelques soldats et ça va changer quoi? Et ça va faire peur à Trump que j'aime appeler moi aussi "le Néron américain"? Et ça va dissuader les mollahs  de continuer une répression qui dure depuis quarante-sept ans et qui se radicalise à l'occasion du dernier soulèvement de la population? Pour être complet, Zelensky aurait dû ajouter Netanyahou au catalogue. L'Europe s'indigne contre la répression iranienne ou israélienne et désavoue du bout des lèvres le président américain avec qui "le dialogue n'es pas simple", avoue Zelensky, qui vous pille vos ressources naturelles en échange de "garanties de sécurité", mais vous en sortez avec quelque chose, tandis que l'Europe s'insurge en lui opposant ses valeurs contre la politique du fait accompli, mais comme elle es par principe non-interventionniste et suiviste à quelques rodomontades près vis-à-vis des menées américaines, comme elle est suspendue à la réaction des Américains en Iran, au Venezuela et ailleurs,  ses protestations sont aussi verbeuses que les discours de notre ingénieur de porte-avions à lunettes et ses indignations vertueuses envoient le message à tous les agresseurs de conquérir, conquérir malgré l'abolition du droit de conquête, il vous en restera toujours quelque chose après la capitulation des pays agressés que notre morale nous ferait réprouver d'abandonner au premier bombardement, mais que nous livrerons à leur sort en dernier ressort après avoir  prolongé inutilement la guerre et protesté que jamais nous ne les abandonnerons, et ce qu'ils soient membres de l'OTAN ou de simples alliés dont nous  avons compassion par emballement du "droit des gens" qui est une inflation émotionnelle de l'emballement médiatique appliquée à la géopolitique. 

"Ah, si l'Ukraine faisait partie de l'OTAN, elle aiderait autrement le Groenland", assure zelensky "et elle coulerait les navires russes, "mais voilà, elle n'en fait pas partie, alors elle ne peut pas aider. Mais l'OTAN vaut-elle mieux que l'Union européenne", se demande Zelensky, "l'OTAN où je voulais faire entrer mon pays, mais où je vois qu'il suffit qu'un président change aux Amériques  et toutes les cartes sont rebattues et, de même que l'Europe na pas défendu les Chypriotes grecs contre les prétentions des Turcs qu'elle voulait intégrer dans son organisation, de même un président américain voudrait se payer un "petit bout de banquise mal situé" qu'il appelle "l'Islande" à deux ou trois reprises comme il a cru au hasard d'un discours improvisé que l'Alaska où il rencontrerait Poutine se situait en Russie. Ce président américain assez peu géographe voudrait "acquérir le Groenland" où, par chance, il n'a plus envie de pénétrer "par la force", et l'OTAN ne dégainerait pas l'article 5 et ne doit à l'"excitation" de Mark Rutte de flatter son "daddy" un peu sénile de ne pas être morte sur ce coup-là." 

Toutes ces organisations que Zelensky voulait intégrer se dérobent sous ses pieds et celui qu'on prenait pour le chantre d'un occidentalisme sans valeur, occupé à recoller les morceaux de sa société corrompue faisant face à l'agression d'un hyperpuissant, rappelle à l'Europe ses fondamentaux, à cette Europe conçue pour maintenir la paix au sein du continent qu'il a failli détourner en "Europe vers la guerre" au nom du fait que la force ne doit pas promouvoir les fauteurs de coups de force, utopie sur laquelle nous vivons depuis la seconde guerre mondiale et utopie bourgeoise, j'en tombe d'accord avec vous, Tipaza, mais qu'es-ce qui la remplace?

Vous plaidez pour Trump en réhabilitateur des classes moyennes qui sauverait paradoxalement la démocratie en leur redonnant droit de cité. C'est l'illusion qu'il a donnée pendant son premier mandat, mais qui peut en être dupe aujourd'hui? Dans son discours, Emmanuel Macron notait que l'écart entre le PIB par habitant des Européens et des Américains reste très favorable à ces derniers. Malgré notre couverture sociale que Robert Marchenoir qualifie si souvent de socialiste, en bon libéral qu'il est? S'il faut en croire Emmanuel Macron, la situation des classes moyennes n'était pas si peu enviable avant que Trump ne se pose en défenseur des "petits Blancs" démonétisés, dont un camarade m'a confirmé, pour avoir visité les contrées du trumpisme, qu'ils n'étaient pas désargentés, mais avaient ce point commun avec le milliardaire qu'ils supportaient qu'ils n'avaient jamais assez d'argent et qu'à vrai dire, comme lui, c'étaient des beaufs. Je pose ça là sur la bonne foi de mon compagnon, je n'ai pas vérifié, mais si son reportage a vu juste, le sort en était jeté des classes moyennes avant que Trump prétendît les défendre: elles n'allaient pas si mal. Aurait-il voulu les sauver qu'étant donné son individualisme, son efficacité en la matière aurait relevé du bénéfice colatéral obtenu sans le faire exprès. Mais ce qu'on entend dire n'a rien à voir avec une amélioration quelconque du sort des classes moyennes. La base MAGA tient encore par le charisme de Trump qui fait le show et divertit le monde en bouffon riche anti-social assez cocasse et assez  doué pour mettre en scène son comique pas toujours involontaire (il faut lui laisser que c'est un bon producteur de téléréalité)pour faire croire à sa fibre sociale. Trump continue d'avoir des inconditionnels pour qui le malentendu ne s'est pas dissipé, mais j'ai lu que 4 % des droits de douane chers  au président MAGA pèsent sur les importateurs, les 96 % restants étant supportés par les consommateurs américains dont je ne vois pas que leur pays qui a eu l'habitude de vivre aux crochets du monde entier sous le libre-échangisme davosien ne soit beaucoup plus industrialisé que l'Union européenne pendant la période covidique et sous Macron, qui nous promettait alors la souveraineté industrielle française et européenne et qui n'en a plus du tout parlé dans son dernier Discours de Davos, faisant le grand écart entre le quantique et l'IA et la transition énergétique en matière d'innovation et d'autonomie européenne sans dire un mot de l'investissement industriel. 

Macron a oublié d'industrialiser la France comme Trump a oublié les classes moyennes, bases de son électorat de milliardaire. Mais en plus Trump se fout du monde.  Je parie qu'il a créé son Conseil pour la paix mondiale (dont il s'est propulsé président à vie, son gendre et son meilleur ami étant responsables de la reconstruction de Gaza, Trump se comporterait-il en vulgaire Pinochet que ce serait étonnant!) non pour singer l'ONU, mais pour singer la Coalition des volontaires ou la Communauté politique européenne. On dit en effet que Donald Trump est obsédé par Emmanuel Macron dont il s'est plus qu'autre moqué avant et pendant le Forum économique mondial et il faut reconnaître que le président français a été prolifique en invention de "machins" qui aurait rendu rubiconde la face du général De Gaulle endormi dans sa tombe de Colombey les Deux Églises. 

Mais un autre protagoniste a crevé l'écran du Forum de Davos, il s'agit de Mark Carney. Pour Trump, il y avait le bon Mark (Rutte qui fait des papouilles à daddy) et le mauvais Mark Carney, qui a eu le malheur de lui rappeler un jour que tout n'est pas à vendre. Tous les chefs d'État ont troussé un petit couplet chauviniste au cours de leur discours ("l'Ukraine peut aider", "le Canada n'existerait pas sans les États-Unis" et la France, rappelez-moi!), mais Mark Carney a dit une chose qu'a pu vérifier quiconque a travaillé avec des Canadiens ou s'est  intéressé un tant soit peu à la société canadienne:  

"Le Canada possède ce que le monde désire. Nous sommes une superpuissance énergétique. Nous détenons de vastes réserves de minéraux critiques. Nous avons la population la plus instruite au monde. Nos caisses de retraite figurent parmi les investisseurs les plus importants et les plus avisés au monde. Nous avons du capital, du talent et un gouvernement doté d’une immense capacité financière pour agir avec détermination. Et nous partageons des valeurs auxquelles aspirent de nombreux autres pays. Le Canada est une société pluraliste qui fonctionne. »

Mark Carney ne veut pas se rendre au postulat de Tucidide: « Les forts font ce qu’ils peuvent et les faibles subissent ce qu’ils doivent. »" Sous la menace de Trump, il avance: 

"« Les puissances moyennes doivent agir de concert, car si vous n'êtes pas à la table des négociations, vous êtes au menu. Les grandes puissances peuvent se permettre d'agir seules. Elles disposent de la taille du marché, de la capacité militaire et du pouvoir d'influence nécessaires pour dicter leurs conditions. Les puissances moyennes, elles, n'ont pas ces atouts. Mais lorsque nous ne négocions que bilatéralement avec une puissance hégémonique, nous négocions en position de faiblesse. Nous acceptons ce qui nous est proposé. Nous nous livrons à une concurrence acharnée pour être les plus conciliants. Ce n'est pas la souveraineté. C'est l'apparence de la souveraineté tout en acceptant la subordination. »

Tout le monde y compris Emmanuel Macron dès le début de son premier mandat a réfléchi à une alternative au multilatéralisme finissant. Jusqu'à présent, les propositions disputées étaient celles des unions géographiques. Elles montrent elles aussi leurs limites, car elles "mènent à la vassalisation", pour reprendre une expression du discours d'Emmanuel Macron employée dans un contexte voisin, mais un peu différent. Le Canada pourrait se faire manger par son voisin états-unien. Le Brexit n'a pas mis à genoux la Grande-Bretagne. L'histoire et non la géographie a fait que cet ancien leader d'un empire économiquement actif a retrouvé sa respectabilité d'interlocuteur de premier plan. Mark Carney, qui a été gouverneur de la banque d'Angleterre, lance une proposition originale: l'union des puissances moyennes. Il a crevé l'écran de Davos. Sa proposition aura-t-elle un avenir et comment peut-elle être déclinée? L'avenir le dira. 

*Commentateur du blog de Philippe Bilger comme Giuseppe et Robert Marchenoir dont voici la plaidoirie pro-Trump à laquelle je réponds:

"Emmanuel Macron, Donald Trump et Volodymyr Zelensky : le trio qui fait la une du billet et des médias.

À chacun son compliment :

Emmanuel Macron, et ses lunettes qui le font ressembler à un aveugle, a tenu à Davos des propos qui ont fait l’unanimité.

C’est la première fois qu’une telle unanimité se manifeste.

Pour qui s’intéresse aux symboles, il est intéressant de constater que c’est lorsque EM a des problèmes de vue que sa vision historique devient plus lucide.

Qui l’eût cru ?

Il suit ainsi la grande loi de la symbolique : c’est en portant le regard vers l’intérieur que se lit, de la meilleure façon, l’extérieur.

Homère, le grand historien de la guerre de Troie et de ses conséquences dans l’Iliade et l’Odyssée, était aveugle.

Tirésias, l’un des deux plus grands devins grecs, était aveugle également.

EM, dans sa nouvelle obscurité, momentanée, rejoint ces deux grands de l’Histoire.

Après neuf années d’inaction, jouant les inutilités, il accède enfin à la notoriété qu’il recherchait, par la vertu du verbe et d’une paire de lunettes lui donnant l’aura d’un Tirésias ou d’un Homère… au petit pied, n’exagérons rien.

Donald Trump : tout a été dit et sera dit, y compris ici, dans le billet et les commentaires à venir.

À tout accusé, il faut un avocat ; je veux bien être celui-là.

Il faut donner acte à DT de sa volonté de déconstruire l’ordre mondial existant, qui a abouti à la destruction des structures économiques et sociales des pays occidentaux, pour le plus grand bénéfice des pays du Sud global et de la Chine.

La mondialisation, par son libre-échangisme débridé de marchandises et de personnes, a eu pour conséquence la misérabilisation des classes populaires laborieuses et la paupérisation en devenir des classes intermédiaires.

Le transfert de technologies et des industries qui vont avec a abouti à un déclin industriel des pays occidentaux, entraînant un chômage important et un appauvrissement de la classe ouvrière.

Ce n’est pas pour rien que la fameuse « Rust Belt », la ceinture de rouille — région industrielle du nord-est des États-Unis — a basculé d’un vote démocrate vers le vote trumpien, qui promettait de lui redonner la vie que la mondialisation lui avait ôtée au profit de la Chine et d’autres pays du Sud global.

On glose beaucoup sur les droits de douane de 15 % que Trump a imposés à l’UE, et pourtant là n’est pas l’important.

L’important est dans l’annexe du deal, qui impose à l’UE un investissement de plusieurs centaines de milliards de dollars aux États-Unis.

Il y a là, pour Trump, la volonté de réindustrialiser son pays. C’est une règle qu’il applique à tous.

Taïwan, par exemple, a été obligée, pour maintenir la protection militaire, d’investir quelques dizaines de milliards dans une usine de composants électroniques indispensables à l’IA.

Réindustrialiser les États-Unis, redonner aux classes laborieuses et intermédiaires leur importance et leur rôle dans le pays, voilà le but de Trump.

Ce faisant, à terme, s’il réussit, il aura conforté la démocratie. Si… si…

La démocratie est une invention de ces classes ; ce sont elles qui font les révolutions pour obtenir la liberté, et pas seulement la liberté d’expression, mais aussi celle d’initiative.

La Révolution française a été l’œuvre de la bourgeoisie.

Le mondialisme échangiste, tel qu’il a été pratiqué, a donné le pouvoir aux classes supérieures des pays occidentaux, devenues des oligarchies technocratiques où les élites imposent leur volonté contre celle des classes inférieures.

L’UE est une caricature de cette suprématie technocratique normative, étouffant toutes velléités d’initiative.

On voit par là le paradoxe trumpien qui, par ses foucades d’un autoritarisme surprenant, peut, s’il réussit, ramener la démocratie là où elle avait été confisquée par les élites technocratiques.

Maintenant, est-ce que la méthode choisie, brutale dans sa mise en œuvre, donnera les effets espérés ? L’Histoire le dira… à moins qu’un devin aveugle… 😉

Volodymyr Zelensky : c’est peu de dire qu’il m’est antipathique — je fais mon Alain Duhamel.

Il a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres, offrant à Vladimir Poutine le prétexte qu’il attendait pour une intervention.

L’une des premières lois édictées par Zelensky fut la suppression du russe comme langue officielle aux côtés de l’ukrainien.

Les régions à dominante russophone se sont soulevées contre cette décision brutale, et la réaction du pouvoir ukrainien, donc de Zelensky, fut la force pour éteindre le mouvement contestataire, sans aucune négociation pour tenir compte du caractère spécifique du Donbass ou de la Crimée.

La porte était grande ouverte pour une intervention de la Russie.

Le cinéma ensuite de VZ, se déguisant avec son tee-shirt vert kaki pour montrer qu’il était un combattant, m’était insupportable.

Un tee-shirt dans son bureau de président alors qu’il y avait vingt centimètres de neige dans les rues, et bien plus dans les tranchées, était le signe que le combattant en son bureau bénéficiait d’un chauffage confortable, nettement supérieur aux normes écologistes.

Et cette façon d’exiger la mendicité d’une aide tout en méprisant et fustigeant ceux qui ne la lui donnent pas assez vite est encore plus insupportable.

Contrairement à ce que dit la parole officielle et les médias qui la suivent, la guerre d’Ukraine n’est pas la nôtre, et l’entrée — souhaitée par tous — de l’Ukraine dans l’UE serait un désastre pour nous, à la fois en raison de la corruption endémique dans ce pays et de l’absence de règles dans son fonctionnement, qui en feraient un concurrent déloyal.

J’ai bien conscience que ma vision des événements n’est pas celle de la doxa ambiante. Ma foi… "



Dialogue permis par Philippe Bilger au pied de son billet:


Du triste mais indéniable avantage d'être une brute... - Justice au Singulier

jeudi 22 janvier 2026

Trump a fait du Macron


Davos a été le lieu d'un combat de coqs où Trump s'est certes plus ridiculisé qu'aucun autre de ses homologues en donnant un spectacle dont le seul crédit que peut lui faire la critique est d'avoir été baroque, assurant un beau moment de télévision, comme dans sa passe d'armes avec Wolodymyr Zelensky orchestrée par J.D. Vance.

Ceux qui aiment les roulements d'épaule ont admiré Macron en avionneur porté par des expressions belliqueuses, au moins en public, comme Trump n'arrête pas de dire du mal de ses homologues en leur absence et presque du bien quand ils sont devant lui, les ridiculisant juste ce qu'il faut, mais assurant qu'ils "font du bon travail et sont de grands leaders" des fois qu'il viendrait à l'idée d'un de ces chefs d'Etat serviles de lui coller un pain, une des facettes de la lâcheté trumpienne qui rappelle le Nicolas Sarkozy du "Descends si tu l'oses", proféré en bas d'un immeuble où quelqu'un l'insultait depuis la fenêtre d'un appartement, sur qui toùs ses gardes du corps seraient tombés manu militari si le provoqué en duel avait relevé le défi du président qui cherchait la bagarre protégé par ses gorilles.
Dans son article, Élisabeth Lévy trouve que Trump est arrivé au comble de l'indécence parce qu'il a "fait du Macron", pour retourner l'expression "faire du Trump" qu'on renvoie à nos politiques quand ils s'affranchissent de toute common decency.
Non non, Macron ne fait pas du Trump à l'envers, mais Trump a fait du Macron, du Macron se filmant en train de téléphoner à Poutine, applaudi par un quai d'Orsay en pâmoison devant tant d'audace présidentielle après que, courtisé par des harpies un peu riches et séniles, le "président exceptionnel" eut été l'enfant prodige qu'un "cercle de vieilles" le surveillant depuis "les Fenêtres" de Jacques Brel, s'émerveillait à "voir faire ses premiers pas". Trump a révélé les messages serviles envoyés par Macron en privé et qui contrastaient avec le ton matayankee employé par le président à l'égard de "la brute" qui sévit désormais à la tête des Etats-Unis bilatéralistes et non plus multilatéralistes comme au temps béni, non pas des colonies, mais de l'universalisme.
Macron a attendu "la Madeleine Trump" des fois qu'ilaurait pu lui serrer la "pince, monseigneur" à son arrivée à Davos, se trouvant tout déconfit que Trump ait refusé son dîner à Paris avant qu'il reparte jouer les "oncles d'Amérique" un peu à l'Ouest dans son domaine du Farwest.
Trump en "jeune fille susceptible" joue les Madeleine de Proust effarouchant les "Albertines" éconduites et prisonnières de leur dépit amoureux parce que la France n'a plus de voix quand son président tend un bâton qu'il n'a pas avant de jouer les aimables comme une carotte qu'il n'est pas, s'attirant l'ironie de Trump pour exercer un pouvoir à peine moins versatile que le sien mais beaucoup plus impuissant: "Si tu veux, je peux organiser un G7 à Paris jeudi avec la Russie en marge pour t'en mettre plein la vue, pourvu que tu viennes dîner avec moi avant ton départ, car tu sais, j'ai le bras long et Poutine rapplique dès que je le sonne."

"Non merci, mon petit Emmanuel, rentre à la maison et profite bien de ton palais, tu n'es plus là pour très longtemps." 

mercredi 21 janvier 2026

Trump, le Poutine de Davos en échec et mat?


"Vous ne savez pas jusqu'où j'irai", avait fanfaronné Donald Trump avant de s'envoler pour Davos. Il a failli ne pas aller bien loin, retardé par un "problème d'avion". Puis il est allé trop loin, comme toujours, puisque l'administration américaine "ne cesse d'insulter la terre entière" (Emmanuel Todd). Et puis le secrétaire général de l'OTAN, qui le papouille en l'appelant "papa" comme Jean-Bedel Bokassa le faisait avec De Gaulle et Giscard, "a trouvé les codes" pour lui rappeler jusqu'où ne pas aller trop loin. Enfin pour le moment, en grignotant quand même un peu la souveraineté du Groenland comme il n'a lâché l'Ukraine, dont la guerre est l'affaire des Européens, s'est-il défaussé non sans répéter que Poutine ne s'y serait jamais risqué si l'élection présidentielle de 2020 ne lui avait pas été volée, à lui Trump, , qu'après avoir signé un accord pour piller ses terres rares, l'Ukraine étant en proie à deux atteintes, l'une russe et l'autre américaine, à sa souveraineté, l'une territoriale et l'autre s'en prenant à ses ressources naturelles.

Mark Rutte a dû trouver les mots pour rappeler à l'avaricieux et grognon usus-fruitier impérial que certes, la danseuse otanienne lui coûte cher et qu'on comprend qu'il en ait parfois marre de l'entretenir, mais c'est sa danseuse et ce n'est pas elle qui le tient, mais c'est par elle qu'il tient le monde.
Daddy a paru comprendre, comme il a semblé comprendre que la rhétorique de JD Vance consistant à fustiger l'Ukraine pour son impolitesse de ne pas remercier les États-Unis, reproche que "le président des superlatifs" ("le Soir) a répliqué contre l'Europe qui filerait du mauvais coton, a ses limites, quand on sait que l'Europe "détient huit mille milliards de dollars d'obligations et d'actions américaines, soit près du double de ce que détient le reste du monde, ce qui fait de l'Europe le principal créancier des Yankees, d'après une étude du Wallstreet Journal. L'Europe, principale créancière et non la Chine, comme je l'ai cru si longtemps parce qu'on nous bassine avec ce chiffre, et je me suis laissé bassiner jusqu'à dire que l'économie états-unienne reposait sur une montagne de dettes qu'il n'appartenait qu'à la Chine de laisser s'effondrer tandis que les États-Unis plastronneraient en jouant les gros bras, assis sur leur Évrest. Ben non, apparemment, ce n'est pas la Chine ennemie, mais c'est l'Europe vassale et "le cave se rebiffe"."Oui, les Yankees vivent à crédit et c'est nous qui possédons la dette, on va leur serrer le kiki", insiste Richard de Ceze dans son décryptage sur "Ligne droite", qui commence à 8 mn).

https://www.youtube.com/watch?v=bCV5IsBqsJE

"Les marchés financiers, poursuit-il, qui avaient déjà calmé le bouillonnant Trump en avril dernier ont commencé à réagir au projet délirant de taxes en augmentant le taux à long terme qui joue sur le taux immobilier et le pouvoir d'achat et pour une fois, les Européens ont montré à l'oncle Sam qu'eux aussi savaient compter. Si Donald Trump avait mis ses droits de douane à exécution le 1er février, des contre-mesures douanières sont déjà prêtes, portant sur quatre vingt treize milliards de marchandises américaines.
Trump veut-il ruiner les Américains?" Ceux-ci commencent à souper de ses rodomontades puisque "la charge de l'augmentation des droits de douane a été supportée à 4 % par les exportateurs étrangers en baissant leur prix et à 96 % par les consommateurs américains en payant des prix plus élevés." Leur pouvoir d'achat est en berne, Trump ne cesse de baisser dans les sondages et de perdre les élections partielles, sa majorité au Congrès se délite avant de probablement se désagréger aux élections de midterm.
À l'aube de 2026, rien ne va plus pour le "président des superlatifs" et le seul levier dont il sache se servir, les droits de douane, comme si l'économie était une cour de récré pour le milliardaire souvent failli, se retourne non seulement contre les Américains, mais contre lui, qui ne fait pas du protectionnisme intelligent, pille les pays

dont il veut que les ressources naturelles soient à sa merci sans réindustrialiser son pays comme il l'avait promis. 

mardi 20 janvier 2026

La mélancolie des survivants

Boris Cyrulnik, un Merveilleux malheur, chapitre I-8 : » Le survivant est un héros coupable d’avoir tué la mort. »
Si l’équipement génétique dun enfant contient une maladie, une deuxième partie de son aptitude à tenir le coup est imprégnée en lui par son alentour affectif. En lui tendant des perches, cet alentour lui offrent des circuits d’épanouissement. D’habitude, un enfant n’est pas un survivant, c’est un vivant. Un nouveau-né qui a failli mourir de toxicose, un bébé n’a pas conscience d’avoir frôlé la mor. Mais il comprend vers l’âge de six ans qu’il a failli succomber. Cette représentation imprime en lui un psychisme de survivant. « Je suis celui qui en a réchappé. » Cela lui donne le sentiment d’être hors du commun.
Quand on est enfant, ce qui nous enchante, c’est la merveille du monde extérieur. La notion de survie implique que l’enfant pense qu’il a failli perdre ce monde et ne plus y être. « Une force impérieuse a failli m’enlever de cette merveille. » C’est comme s’il y avait eu un combat et que l’on eût soi-même tué la mort. L’instant de survivre est instant de puissance. J’ai tué la mor, je suis donc coupable, mais j’ai tué la mort, donc je suis plus fort quelle. » (Élias Canetti). Nos mots découpent des sentiments purs, mais au fond de nous-mêmes, ce sont toujours des sentiments mêlés.
Chez les survivants, la culpabilité est imbibée de mégalomanie. Toute douleur est petite mesurée à ce triomphe. Alors beaucoup de survivants manifestent un courage morbide. « Je suis vieux de quinze ans déjà et j’ai vécu bien pire. » Il ne s’agit pas d’érotiser la souffrance, mais au lieu de déclencher un gémissement, elle provoque un défi. Toute mise à l’épreuve intime prend un effet hordalique. « Si je triomphe encore, si le jugement de Dieu m’accorde la victoire, (…) si je triomphe de la faim, du froid et de l’hostilité sociale… » Mais ce combat se déroule sur le fil du rasoir. Le paradoxe des survivants quand on les observe de l’extérieur : il s’en dégage une étrange sérénité, un équilibre étonnant après tout cequ’il a vécu, il croit à la victoire même dans les situations désespérées, mais en cas d’échec, il donne raison à ses tueurs et laisse émerger une culpabilité mélancolique. Contraint à la victoire pour ressentir la paix, tout échec réveille en lui un sentiment de néant et de mort méritée.
En cas d’échec, celui qui n’est pas survivant est déçu. Et puis il cicatrise et investit ailleurs. »Finalement cette femme ne me convenait pas. Heureusement qu’elle m’a quitté » alors que l’échec d’un survivant devient pour lui la preuve qu’il méritait la mort « Ma vie est une usurpation. » Tout échec devient une défaite qui libère la culpabilité enfouie.
Les survivants se sentent coupables, ce qui explique leurs fréquents comportements d’expiation. En se dépouillant pour les autres, on se sent moins criminel. Ce comportement qui nous ruine change le sentiment de soi et transforme un coupable en généreux donateur. C’est un malheur composé. Il contient aussi la fierté de celui qui a été plus fort que la mort, la contrainte à réussir sur le fil du rasoir et l’étonnante sérénité provoquée par le don de soi.
Bettelheim était constamment dépressif, bien avant sa déportation. Ce qui fait rebondir face aux coups du sort, la résilience n’est pas l’aptitude au bonheur. L’amour de la mort peut même être un moyen de se défendre contre l’angoisse de la mort. Les mélancoliques ne pratiquent que ça. « Je ne me sens bien qu’aux enterrements », dit cette femme. Ça provoque en moi un tel sentiment de douceur que je parviens par mon simple contact à apaiser la douleur des familles. »
L’image est un leurre qui gouverne les émotions de ceux qui nous observent. C’est un jeu de dupes circulaire. C’est pourquoi il y a des associations de victimes, mais pas d’associations de survivants. Notre oblation culturelle nous fait voler au secours des victimes, mais on se méfie plutôt des survivants. Alors les survivants ont honte de leur fierté. La culpabilité de survivre s’associe au sentiment de puissance.


 

lundi 19 janvier 2026

Trump et le "maganatisme"

Le "maganatisme" est un mot forgé par Guillaume de Stexhe pour qualifier le régime MAGA de Donald Trump. 


Ce qui préserve un peu le "maganatisme" d'être un totalitarisme ultra-dangereux, c'est qu'une des différences profondes entre Hitler et Trump fut que celui-là fut une sorte de pauvre sombre -bien qu'originairement issu de la classe moyenne, mais sans appui- alors que Trump est un riche drôle et reste un bouffon qui se prend pour un roi, mais qui a le sens de l'humour et le goût de la plaisanterie. Pour le reste, il n'en est pas moins un enfant avide. Or Sartre le notait aussi bien dans "les Mots" que dans "les Chemins de la liberté", tout dictateur est un enfant.
Trump passe outre le droit et ne reconnaît de morale que la sienne. Cela aussi est spécifique à son maganatisme. Mais ceux qui pensent que le trumpisme détruira la démocratie américaine ne s'affolent-ils pas un peu outre mesure? D'abord la démocratie américaine a-t-elle jamais existé? Les USA ne formnt-ils pas depuis longtemps un empire démocratique? L'hégémonisme sans complexe d'un Trump qui ne s'intéresse à la paix qu'aussi longtemps qu'il en espère le prix Nobel et qui affirme sans complexe qu'il envahit le Venezuela beaucoup plus pour profiter de son pétrole que pour protéger l'Amérique de la drogue qui transite par ce pays n'est-il pas simplement un peu moins hypocrite que celui d'un George Bush senior qui envahissait l'Irak de Saddam Hussein pour les mêmes raisons? Quand Trump affirme qu'il veut que les USA se concentrent sur la sphère occidentale, c'est-à-dire américaine, ne donne-t-il pas corps à la théorie du "Choc des civilisations" de Samuel Huntington que les Républicains ont toujours trouvée chère à leur coeur? Quand il veut conquérir le Canada ou le Panama, il rompt certes avec la colonisation soft pratiquée jusqu'à lui par les USA, colonisation sans invasion qui suffisaità Antoine Sfeir, dans "Vers l'Orient compliqué", pour qualifier les Etats-Unis comme moralement supérieurs aux États-nations européens qui s'étaient eux aussi posés en empires , mais en empires coloniaux? Maiscette supériorité morale est-elle avérée?
Le fait inadmissible qu'il veuille envahir le Groenland ne donne-t-il pas à l'Europe la chance inespérée de sortir de l'OTAN et de pacifier le monde en constatant la mort clinique de cette alliance occidentale qui n'a plus de raison d'être depuis la chute du pacte de Varsovie et dont la cessation d'exister nous aurait peut-être évité la guerre en Ukraine?
Bref, Donald Trump n'est-il pas qu'un simple beauf américain et un milliardaire un peu showman qu'on a tort de prendre trop au sérieux après l'avoir sous-estimé? Le sous-estime-t-on quand on continue de penser que le trumpisme est tellement inséparable de la personnalité fantasque de Trump que ceux qui se croient ses dauphins comme J.D. Vance peuvent se lever de bonne heure pour coaliser le Tea party dans la conjonction qui la fait arriver au pouvoir? Trump n'est-il pas un beauf américain qu'on a surestimé en pensant qu'il avait un peu d'empathie pour les classes inférieures américaines et pour les petits Blancs déclassés dont un ami qui a parcouru ce pays et l'a visité dans sa profondeur me disait que leur déclassement était tout relatif: les petits Blancs ruraux conservaient pas mal de pognon, mais en voulaient toujours davantage, et c'est par où Trump le milliardaire leur a plus parlé au porte-feuilles qu'au coeur et plus qu'il n'avait de coeur et d'entrailles pour comprendre leur déclassement réel ou supposé, son empathie se résumant dans son célèbre: "You are fired", "vous êtes virés", et le prolétarisme de ce milliardaire se bornant à son parler gouailleur de sombre petit bouffon riche pas très amène, porté sur la gachette, l'invasion et la déportation?

samedi 3 janvier 2026

Drogue contre pétrole, le remix d'une vielle chanson américaine

L’hypocrisie états-unienne avait su inventer une opération « Pétrole contre nourriture » pour justifier son embargo en Irak qui avait affamé la population iraquienne. L’économie informelle de bien des pays exporte de la drogue contre les pays qu’ils méprisent et le Venezuela ne faisait pas exception avec le corridor des Caraïbes pour acheminer la cocaïne vers le Mexique. Mais le Venezuelaétait un pays de passage, ni un pays producteur, ni un pays qui contrôlait le narcotrafic. « le Venezuela joue un rôle névralgique pour l’approvisionnement de cocaïne dans le corridor des Caraïbes, qui a été délaissé ces dernières années au profit du corridor pacifique. Mais contrairement à ce que Donald Trump laisse entendre, il n’est pas la source majeure des problèmes causés par la drogue aux États-Unis, puisqu’il n’est pas impliqué dans le trafic de fentanyl. (le Devoir, 10 décembre 2025)

 

Trump a-t-il raison de cibler le Venezuela pour freiner le trafic de drogue? | Le Devoir

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La drogue est donc un prétexte et Donald Trump s’en cache à peine : « les États-Unis vont diriger temporairement (mais « le temps qu’il faut ») le Venezuela et ils vont aussi sapproprier son pétrole que lorgnait la Chine, « mais c’est nous qui allons le vendre. » L’or noir premier motif de Trump pour prendre le contrôle du Venezuela après avoir arrêté son président chaviste sans prétendre vouloir y faire régner la démocratie : on a reculé d’un pas dans l’hypocrisie et si la situation internationale n’était pas à la fois aussi périlleuse et aussi déboussolée, on pourrait presque s’en féliciter. Seulement l’invasion du Venezuela par le mercantilisme trumpien est une atteinte caractérisée à la souveraineté vénézuelienne dont sans doute, les souverainistes ne tarderont pas à s’émouvoir, mais après avoir commis une erreur de perspective en s’imaginant que Donald Trump était leur allié dans leur croisade pour la reconquête du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et je ne saurais les en blâmer : étant moi-même un peu souverainiste, j’ai commis la même erreur. Les souverainistes ont misé sur un mauvais cheval qui piaffe devant l’avoine numéraire, mais qui, au-delà de son appétence insatiable pour l’argent d’où qu’il vienne, roule pour ce « golden age » que représente à ses yeux la reconstitution des empires, extension à l’échelle américaine de sa propre fortune de milliardaire héritée de papa et de grand-papa qui était un Allemand venu jouer les « oncles d’Amérique » avec des procédés plus ou moins douteux jamais très loin des réseaux de proxénétisme et l’atavisme proxénète ne paraît pas s’être tari : Donald Trump a presque toujours épousé des mannequins venues de l’Est, ce qui lui donnait un point commun avec Jeffrey Ebstein sans qu’on puisse préjuger des développements de l’affaire, mais l’amitié avérée des deux hommes mouille d’ores et déjà le président des États-Unis dont on ne sait pas, à ce stade, s’il avait un penchant pour les Lolitas. Le fait de salir des femmes est-il plus excusable d’être impliqué de manière réelle ou supposée dans des trafics de drogue ? Le proxénétisme et le trafic de drogue sont des mots qui vont très bien ensemble même s’il ne s’agit pas d’extrapoler. Mais Donald Trump est-il moralement plus honnête que Nicolas Maduro ? Je ne miserais pas un kopeck sur cette éventualité. Je note même à l’avantage du second qu’il s’est maintenu en ne cessant jamais de s’intéresser à la question sociale. ON dit que la question sociale est le miel des populismes. Les sociaux-démocrates ont beau jeu de dire ça.  Les sociaux-démocrates ont « leurs pauvres » quand les fanatismes commencent à s’occuper des pauvres au nom de l’aumône et de son sens religieux ou parce qu’ils veulent une société sans classe. Ils s’en occupent si bien qu’ils les intéressent à ce qui les fanatise. Les socialistess’intéressent à la question sociale en tant que telle. Les fascistes étaient d’anciens socialistes et les nazis se déclaraient eux-mêmes nationaux-socialistes. Le milliardaire impérialiste Donald Trump baragouinait avec l’accent du Queens. Il avait un profil à mi-chemin entre l’ancien esclavagiste sudiste falknérien vaincu de la Guerre de sécession et notre beauf qui, sous Renaud, accusait tous les « bounioules » de lui voler son auto-radio, quand Trump prétend que les immigrants, arrivés par millions des prisons et des hôpitaux psychiatriques de tous les pays du monde, mangent des chiens et des chats. Donald Trump flatte les bas instincts et fait écho aux croyances les plus viles de la classe moyenne. C’est ce qui lui a fait croire qu’il était de son côté, mais Donald Trump n’est pas, n’a jamais été un milliardaire social. Il na jamais souffert de l’argent et adore en gagner. Le pouvoir d’achat des Américains est en berne, il préfère l’ignorer, le nier, construire une salle de bal à la Maison blanche et parler d’or, mettre de l’or dans son bureau ovale et s’emparer de l’or noir du Venezuela en mauvais cheval impérialiste qui ne fait même plus semblant de galoper pour la démocratie.

 

Car le second tournant dece putsch et de cet enlèvement venezuelien est là. Il était dans l’ADN des « démocrates », de Bil Clinton à Joe Biden, d’affirmer sans  ciller : « L’Amérique continuera à guider le monde. » Donald Trump infléchit ce leadership en parlant de bilatéralisme qu’il préférait au multilatéralisme. Emmanuel Macron, dans les premières interviews de son premier quinquennat, n’était pas loin de l’approuver et de théoriser cette multipolarisation du monde qui aurait pu être la bienvenue. Mais au hasard de sa conférence de presse tellement touffuequ’il faut se aisser pour ramasser un bon mot et une intention profondedans toutes les confusions trumpiennes qui s’amoncellent en telle quantité qu’on prend Trump pour un bouffon qui amuse la galerie (on a raison et on a tort de trouver Trump seulement divertissant), Donald Trump a dit ceci hier soir : « Plus personne ne pourra mettre en question le leadership américain sur l’hémisphère Ouest » continental américain. Les États-Unis pourront frapper n’importe où et quand ils veulent. « Si j’étais un fonctionnaire cubain, je m’inquiéterais », a renchéri Marco Rubio. Et trump de menacer le Mexique et la Colombie après avoir voulu récupérer le canal du Panama, le Canada et le Groenland. UN impérialiste, vous dis-je. Comme Poutine ? Àquelques différences près qui sont plutôt en faveur du russe : c’est que la Russie avait un passé récent commun avec les pays dont elle veut ou reconquérir tout ou partie et dont elle s’est séparée trop tôt et comme inconsidérément sitôt constatée la chute de l’Union soviétique. Je me souviens de l’avoir pensé à l’époque et je suis d’autant plus véridique en le disant que, non seulement je ne me prends pas pour un baromètre de la politique, mais que je me suis trompé en ne croyant pas à l’agression russe en Ukraine ou en pensant que Donald Trump ferait le jeu des souverainistes, toutes erreurs  que j’ai confessées publiquement pour me confondre quand j’analysais mal.

 

Donc le jeu se redessine ainsi : d’un côté, on a une Russie qu’on accuse de vouloir envahir l’Europe bien qu’elle proteste se borner à vouloir protéger ou recréer son aire de civilisation historique et de l’autre, on a des États-Unis d’Amérique qui se donnent licence de frapper, envahir, piller et diriger n’importe quelle pays du continent américain, quand bien même ils n’ont jamais été ratttachés à la puissance américaine. ET d’un côté, on a une Europe quis’arme conre la Russie tout en sachant qu’elle ne fait pas le poids sans dénoncer les exactions américaines et pour cause : l’Union européenne n’existerait pas sans l’OTAN et ne serait-ce que par ce canal otanien, elle est inféodée aux États-Unis par lesquels – et non contre lesquels – elle s’est construite, compte tenu du tropisme américain de Jean Monnet. Preuve en est, s’il fallait considérer qu’ébruiter ce secret de polichinelle revient à lever un lièvre, qu’Emmanuel Macron s’est bien gardé de s’élever contre le coup de force américain au Venezuela, qu’il a au conraire justifié en disant que les Venezueliens étaient enfin débarrassés de leur dicateteur, ce qui a beau être vrai, cela n’excuse rien. Je me croyais revenu à l’été 1991, quand François Mitterrand applaudissait au coup d’État de Guenadi Ianaiefet de ses zbires contre Boris Eltsine. Sous prétexte que Trump n’est pas en Europe, mais soutient l’Union européenne  via l’Alliance atlantique dont il ne demande qu’à partir et que Macron déclarait il y a peu « en état de mort cérébrale », les ingérences américaines sur le continent américain n’ont rien de condamnable, mais le fantasme d’une invasion par la Russie des pays de l’Union européenne vaut qu’on s’arme contre elle, qu’on se mette en économie de guerre et qu’on endette des pays déjà exsangues pour faire survivre le mythe de valeurs européennes qui se sont toutes reniées à l’individualisme près, qui fait le ciment de cette Europe inféconde et dévaluée, non en termes de liberté de conscience, mais de libertés individuelles, de liberté de mœurs et il ne faudrait pas me pousser très loin pour que je dise de mœurs dépravées.

 

Mais la dernière leçon que je retire de ce tournant venezuelien es un regret que les politiciens français n’assument pas leurs alliances. J’en veux à Jean-Luc Mélenchon d’avoir soutenu les émeutes de banlieue de 2023 consécutives à la mort de Nahel, mais je lui suis reconnaissant de s’être insurgéavec Rima Hassan contre l’horreur à ambition génocidaire d’Israël contre labande de Gaza et contre la Cisjordanie. Je lui sais également gré, tant qu’à faire, d’avoir mis sur le même plan l’invasion russe et ces crimes de guerre israéliens bien que leur impact ait été nettement supérieur aux menées russes dans une Ukraine vaste, résistante et présentant un savant mélange de résistance et de démobilisation. Mais j’aurais préféré qu’il assume sa proximité russe et son hostilité de principe à l’intervention occidentale dans la guerre en Ukraine autrement que par la voie diplomatique. J’aurais aimé que Marine Le Pen ou qu’Éric Zemmour aient le courage de faire de même. Il se murmure qu’Éric Zemmour a commencé de dévisser pour n’avoir pas dit que l’accueil inconditionnel de réfugiés ukrainiens dans un exode improbable et par un pays comme la France où les Ukrainiens ne pouvaient avoir aucun avenir était inconséquent. Macron a sur eux un avantage même s’il a commencé parfaire semblant de louvoyer et d’assurer qu’il ne fallait pas humilier la Russie: ce soutien actuel de l’ingérence trumpienne est, par constante européenne, un occidentalistedont on sait au moins où il habite. 

lundi 22 décembre 2025

Revoir Poutine et mourir?

Emmanuel Macron, dont Donald Trump s'est moqué pour sa propension à vouloir toujours être au centre du motif, souhaiterait "revoir Poutine" pour lui faire entendre la voix de l'Europe" et Poutine se dit prêt à un dialogue avec lui. 


"Revoir Poutine et mourir?" Euh, non, évidemment. Aussi revoir Poutine,  pour quoi faire alors que "ce dernier, depuis l’invasion de l’Ukraine, n’a pas bougé d’un iota" (PB), quand Macron n'a cessé de faire des "voltes", certes moins "obscènes" que celles de Trump -à supposer que celui-ci nait pas bougé qu'en apparence-, mais étant passées, on s'en souvient, d'"il ne faut pas humilier la Russie" en se posant en interlocuteur privilégié de Poutine  à se montrer plus va-t-en-guerre qu'aucun dirigeant européen, après que Poutine a humilié Macron en le tenant à distance très respectueuse de l'autre côté de sa table de cinq mètres de large, de peur que Macron ne le contamine d'un Covid qu'il n'avait pas contracté, quand il a fait le voyage de Russie pour le ramener à la raison. 

Revoir Poutine pour remporter "le rapport de force" après que notre président eut joué les fiers à bras en mettant en scène la manière dont il  parlait mal à ce sportif qui  quittait l'exercice pour le prendre au téléphone pour se faire croire à lui-même qu'il était de taille à dompter l'ours russe. Et pour laver une humiliation sous prétexte de lui faire entendre "la voix de l'Europe", Macron, fruit de la société des individus, croyant que l'Europe est blessée quand son narcissisme en a pris un coup. Macron est un dirigeant individualiste à la sauce ukrainienne. La société ukrainienne est devenue une "société des individus" résiliente, travailleuse, mais sans motif moral, et déserteuse aussi, et corrompue, guerrière sans lendemain et profiteuse de guerre qui met à l'os cette Europe dont Macron veut être la voix, cette Europe bâtie pour la paix  que Macron voudrait plonger en économie de guerre, à commencer par son pays qui n'arrive pas à bâtir un budget pour les dépenses courantes et voudrait se doter d'un porte-avions. 

Macron veut laver l'humiliation de Vladimir Poutine. Mais en matière d'humiliation, la Russie a certes humilié l'Ukraine, mais avoir subi l'humiliation de l'Europe, et ne l'avoir pas subie à la manière dont Macron est tout décontenancé de n'avoir pu jouer les gros bras avec le "mage du Kremlin" dont notre inénarrable ministre de l'Économie Bruno Le Maire prétendait mettre l'économie russe à genoux tout en ayant sauvé l'économie française. À peine les accords de Minsk étaient-ils signés que François Hollande refusa à Poutine d'être invité aux cérémonies du Débarquement parmi les Alliés, manière de le rejeter dans son ancienne tentation du Pacte germano-soviétique alors qu'on avait pardonné aux Allemands d'avoir cédé à ce que Jean-Pierre Chevènement avait osé appeler "le déraillement nazi". Dès lors, les alliances pouvaient se renverser, les droites nationalistes européennes   se laisser envoûter par les manières de tsar du charmeur de serpents russe et une Amérique retournée avoir les yeux rivés vers la Russie après s'être posée en championne du monde libre avec sa première des démocraties libérales. 

Mais l'humiliation continue: à Maastricht, les présidents Kohl et Mitterrand avaient fait miroiter à Boris Eltsine que la Russie pourrait, directement ou par un accord de coopération, être intégrée à l'Union européenne. Puis ils ont repoussé ce rêve gaullien en préférant à l'Approfondissement un Élargissement tous azimuts qui contraignait l'OTAn, non seulement à ne pas se saborder en même temps que le pacte de Varsovie, mais à repousser constamment vers l'Est sa zone d'influence en devenant une menace pour la Russie et pour la paix du monde, cette OTAN que Trump voulait quitter par avarice et dont Macron constatait "la mort cérébrale" à défaut d'horizon mental, un peu comme la société ukrainienne. Or non seulement l'OTAN étendait ses tentacules jusqu'aux frontières de la Russie, mais c'était à l'Ukraine que l'Union européenne voulait ouvrir les bras.

Poutine n'a pas "bougé d'un iota" depuis le début de la guerre en Ukraine. Ce qui pourrait plutôt paraître une preuve de force à l'épreuve de la diplomatie versatile d'un macron ou de la diplomatie déboussolée d'un "monde libre" qui ne veut plus "toucher les dividendes de la paix", lui est tenu à faiblesse, car bien sûr "il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis". La Russie a bradé l'empire russe à la chute de l'Union soviétique. On reproche à Poutine de vouloir le reconstituer. Qu'il proteste qu'il se borne à vouloir préserver son aire de civilisation, on lui fait remarquer qu'il lorgne sur l'Afrique, on l'acccuse de vouloir attaquer l'Europe (après tout, beaucoup dont j'étais ne pouvaient imaginer qu'il agresserait l'Ukraine), et on compare cette volonté de maintenir un statut d'hégémon à la manière dont les nazis voulaient reprendre toutes les terres qui avaient des populations allemandes ou dont certaines populations parlaient Allemand. Mais l'Allemagne est un peuple dont l'âme est offensive et dont l'idéalisme austère est un garde-fou qui ne parvient pas à conférer à sa culture l'universalité qu'elle escompte, là où la manière dont la Russie n'a jamais lésiné à garder sa folie est paradoxalement garante que son universalité respecte mieux la complexité humaine. On dira que cette défense de l'universalité russe est faible, je conviens qu'elle gagnerait à être davantage argumentée. 

Beaucoup (dont j'étais aussi) étaient persuadés que la Russie remporterait cette guerre en quelques jours. Elle a parfois marqué le pas, elle demeure en position de l'emporter militairement bien que l'Occident remplisse à fonds perdus le tonneau des DanaÏdes ukrainien, et pourtant la victoire russe se fait attendre. Qu'est-ce qui l'a bloquée depuis le début? Certes, si l'on considère que les BRIC étaient du côté russe, la Russie avait pour la soutenir plus de la moitié du monde, mais elle s'était mise à dos toutes les puissances mondiales et le monde n'est pas démocratique. Il n'est pas la somme des soutiens plus ou moins complets et avoués de la population mondiale. Une guerre n'est gagnable qu'avec l'assentiment des puissances mondiales qui s'appellent elles-mêmes des "démocratie" libérales. Peut-être jusqu'à ce pari de Poutine, mais l'addition sera salée. Une guerre se paye toujours au prix fort. Celle-ci aurait pu devenir une guerre mondiale, car l'Europe pacifique et la précédente administration américaine n'ont pas eu peur de l'escalade. Elle ne l'est pas devenue, quoi qu'on en dise, parce que Poutine a menacé, mais il n'a pas perdu ses nerfs. 

jeudi 27 novembre 2025

"Au secours, du possible!"

« Au secours, du possible », faut-il crier en se précipitant pour sauver quelqu’un qui menace de mourir de désespoir, le désespoir prouvant qu’il y a des maladies qui mènent à la mort (il est la seule) et qu’il y en a d’autres qui n’y mènent pas, que conjure la victoire du Christ sur la mort. L’être humain vient instinctivement au secours de son semblable, attestant par cet instinct « altérophile » que son cas n’est pas désespéré. Le désespoir est un peu comme l’hérésie dont apparemment Janséniuset non pas Blaise Pascal disait que ce n’était pas le refus de la vérité, mais l’oubli de la vérité contraire par idolâtrie de la vérité ou véritolatrie. Le désespoir est un repli sur un des pôles de l’alternative psychologique : le fini, l’infini, le possible, la nécessité. Le désespoir vient au bout du refus de choisir la vie et il épuise ce refus. Le choix d’un des pôles de l’alternative est mortel. Pour conjurer la mort, l’espérant comme le désespéré voudraient trouver une issue. L’espérant la trouve en Dieu Qui, comme rien ne Lui est impossible, est l’absolu du Possible pouvant à son gré imposer Sa loi du miracle à la nécessité et à la finitude sans que le surnaturel ou le paranormal soient la fin de cette imposition. Le désespéré, puisqu’il croit, non pas que rien n’est impossible à Dieu, mais que rien ne lui est possible à lui, ne trouve pas d’issue et il en meurt. L’issue devient le synonyme du possible. La mort est une absence d’issue. Et la mort est ici d’autant plus certaine que le désespéré n’est souvent pas conscient de l’être. S’il s’infinise, c’est-à-dire s’il se narcissise ou qu’il se prend pour l’infini, il se trompe de dieu. Si au contraire il s’enferme dans la finitude, il passe bien dans le monde où personne ne peut deviner son enfermement. Il ne faut pas se fier aux apparences. Le désespoir et l’espérance ne sont que les deux faces d’une même médaille, l’un et l’autre ont trop cru à la vie.  Le désespéré meurt d’avoir trop aspiré le possible. Il l’a trop inspiré, il meurt, dans un trou d’air,  d’un trop d’air. 

mardi 25 novembre 2025

Le progressisme, c'est la guerre

Hier, je me suis fait cette réflexion à propos du progressisme. Je veux parler du progressisme autoproclamé d'Emmanuel Macron, dans la roue d'un François Hollande qui voulait changer le nom du parti socialiste en "les Progressistes" (cf. "Un président ne devrait pas dire ça"). Ma réflexion pourrait se résumer par cette phrase à l'emporte-pièce inspirée de François Mitterrand envoyant sur le tard un coup de boule à la Zidane au nationalisme de sa jeunesse: "Le progressisme, c'est la guerre." Enfin ce progressisme-là. L'idée de progrès est innocente de ce bellicisme d'enfants qui n'ont jamais fait d'enfants ni fait la guerre, qui n'ont jamais joué qu'aux soldats de plomb ou combattu qu'avec des figurines ou des pokémons ou dans des jeux vidéos où l'on a trois vies pour se consoler de n'en avoir qu'une; ce progressisme dont la guerre est devenu l'imaginaire et qui se dit participer du "cercle de la raison" drapé dans des valeurs humanistes; ce progressisme qui a perdu la boule et la valeur de la vie humaine, mais aussi toute moralité, où l'ambition de la jeunesse se borne à devenir milliardaire, selon le rêve chimérique du banquier philosophe qui nous sert de chef de l'État; ce progressisme qui, de n'avoir pas fait d'enfants, peut imaginer sans frémir que, pour la guerre en Ukraine, il faut envisager de faire le sacrifice de ses enfants avant de se dédire ("Le CEMA n'a jamais dit ça") devant le tollé suscité dans une mentalité qui ne sait plus ce que c'est que le patriotisme, là où il y a cent ans, l'école faisait  chanter la Marseillaise à des apprentis-poilus qui seraient bien partis la fleur au bout du fusil en chantant que les communistes étaient des fous d'exhorter la classe ouvrière au pacifisme alors que la bourgeoisie en faisait de "la chair à canon" (cf. Jacques Prévert, "la Crosse en l'air") comme aujourd'hui le CEMA Fabien Mandon dit avec quelle morgue cette bourgeoisie opportuniste et progressiste qui reste toujours la même fait peu de cas des enfants, qu'elle éduque pour en faire des VRP munis d'un BTS en commerce international ou d'un diplôme d'ingénieur import export: Jean-Michel Blanquer était directeur de l'ISSEC avant de devenir recteur d'académie puis ministre de l'Éducation nationale, il y a une cohérence dans ces incohérences: "Mourez, mais mourez donc, oui mourez pour l'Ukraine. Le progressisme, c'est la guerre", "la France, c'est l'Ukraine" et sa corruption, et "nous sommes en guerre" contre un petit virus.

Bien sûr qu'il faut sombrer dans le "tout ou rien" quand on fait le bilan des deux quinquennats d'Emmanuel Macron. Il restera dans l'histoire comme le président qui aura pris le risque d'une escalade vers la guerre mondiale après avoir confiné ses concitoyens et en avoir fait des masques sans visage à cause d'un petit virus et après avoir maté les Gilets jaunes en les éborgnant pour le côté punitif et en les faisant rentrer dans la niche grâce à la Grande supercherie inventée par Sébastien Lecornu qui trompait son monde (le leurre est dans le nom!) pour le compte de son maître. 

Le bilan du progressisme est désastreux, restant sauve l'idée de progrès. 

jeudi 20 novembre 2025

Ségolène Royal, "Qui va garder les enfants?"

Justice au Singulier - Blog de Philippe Bilger - Magistrat honoraire - Président de l'Institut de la Parole


Cher Philippe Bilger,


Je ne sais pas si vous avez assemblé artificiellement dans ce billet les trois personnalités de Ségolène Royal, Robert Ménard et Boualem Sansal que seuls l'actualité relie, mais si je vais du dernier à la première, car c'est la conception de celle-ci qui m'intéresse -et mon intérêt date de sa campane de 2007 où je ne regrette pas d'avoir voté et fait voter pour elle-, je dirais, en commençant par Boualem Sansal, non pas (encore heureux!) que je ressens de la haine pour ce personnage, mais que je n'aime pas son positionnement politique: il est le traître à sa nation, à sa civilisation et à sa religion que la droite française se cherche pour s'en faire un allié, un compagnon de route et un "idiot utile" pour cautionner son refus de l'immigration et son mépris de l'islam ou, pour parler comme il m'arrive de penser comme moi-même, son islamophobie résiduelle. La droite en a fait des caisses pour "pas grand-chose" dixit l'intéressé  à propos de son incarcération d'un an, lui qui fanfaronne à sa sortie de prison après avoir transité par l'Allemagne par tropisme allemand du président Tebboune. Il remercie bien légèrement ceux qui se sont mobilisés pour lui, mais comme je n'en attendais pas beaucoup plus de ce George Orwell aux petits pieds, je passe outre pour en arriver à Robert Ménard qui ne m'inspire pas beaucoup plus  et dont vous voudriez faire un parangon de l'amitié en politique parce qu'il plaide pour qu'on cesse de se haïr entre gens de droite, alors que le véritable enjeu est l'amitié politique entre les constituants d'un peuple, "l'amitié sociale" comme le plaidait mgr Laurent Ulrich lors du cent-soixantième pèlerinage national de Lourdes auquel j'ai participé en 2023, ou une "société de bienveillance et de tendresse", comme vous le plaidez vous-même dans le sillage de Ségolène Royal à laquelle je vais revenir, non sans me permettre d'abord un focus sur ce que vous dites de la haine.

Vous tenez la haine pour "un sentiment humainement inadmissible, intolérable, dont l’expression trop souvent libérée non seulement dégrade le monde démocratique mais la qualité de la civilisation faite de mesure, d’écoute et de respect." 

Sans vous offenser, car j'ai aimé cette définition de la "doulce France" caractérisée par une certaine gentillesse, votre "société dbienveillance et de tendresse" est belle comme du Claude Guéant que je préférais malgré ses forfaits à Bruno Retailleau et à ses foucades inefficaces.

Je reconnais avec vous que la haine est un sentiment dégradant, mais c'est un sentiment. Pas plus qu'on ne doit faire "la police des arrière-pensées" (je croyais avoir forgé cette expression, mais vous m'apprenez dans un précédent billet que Laurent Wauquiez la reprend à son compte, il me l'a piquée!!!),on ne peut faire la police des sentiments. Le sentiment de haine a sa place dans la labilité des émotions humaines, des états d'âme et des états d'esprit: " Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux: un temps pour naître, et un temps pour mourir; un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté;

un temps pour tuer, et un temps pour guérir; un temps pour abattre, et un temps pour bâtir; un temps pour pleurer, et un temps pour rire; un temps pour se lamenter, et un temps pour danser; un temps pour lancer des pierres, et un temps pour ramasser des pierres; un temps pour embrasser, et un temps pour s'éloigner des embrassements;

un temps pour chercher, et un temps pour perdre; un temps pour garder, et un temps pour jeter; un temps pour déchirer, et un temps pour coudre; un temps pour se taire, et un temps pour parler; un temps pour aimer, et un temps pour haïr; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix." (Ecclésiaste 3, 1-8):

            

                On serait donc bien en peine de chasser la haine comme sentiment, ou plutôt la seule chose qui justifie de dégrader le haineux, c'est qu'il exhibe un sentiment dégradant pour la qualité de vie en société et pour des relations apaisées et civilisées. On dit que la politesse est un rempart contre la violence. De même, la civilité es le début de l'amitié sociale et cette civilité est portée par les "vertus féminines" dont parle Ségolène Royal avec constance, où que la porte par ailleurs le vent de ses ambitions politiques ou médiatiques. 

Son ouvrage s'intitule "Qui va garder les enfants?". La question pourrait prêter à rire. On pourrait dire que sa rancune n'en finit pas de fermenter contre celui qui a eu l'indélicatesse de lui poser cette question misogyne et qu'elle a, au contraire,  la délicatesse  de ne pas nommer. Mais cette question renvoie à un mal social profond: notre société  n'a plus de désir d'enfants(cf. l'essai d'Olivier Rey, "Défécondité", Gallimard), et ses enfants ne vont pas bien puisqu'à côté de la violence faite aux enfants, de l'enfance abusée, voire de l'enfance prostituée par ou avec la complicité de l'ASE dont le scandale a éclaté depuis peu -mais je n'en suis pas autrement étonné-, il y a la violence infantile, de plus en plus précoce, et comme une épidémie d'hyperactivité, de troubles du comportement, de l'attention, de la concentration, d'intolérance à la frustration, d'enfants qui se mutilent, se scarifient, font preuve dauto ou d'hétéroagressivité,  se mettent en danger et mettent en danger les autres. L'inflation de ce mal-être infantile est un drame rarement abordé dans les médias d'importance et pourtant il est un symptôme inquiétant à la fois en lui-même et pour l'avenir de notre société. Donc en effet "qui va garder les enfants?" Ségolène Royal fait bien de reposer la question et de l'adresser à toute la société.

"L'approche féminine" que Ségolène royal a du pouvoir la situe au confluent du féminisme de "Nous toutes" et du collectif Némésis, de l'essentialisation des vertus féminines et aussi, malheureusement, de la victimisation féministe où les femmes seraient des mineures perpétuelles à qui les hommes ne donneraient pas leur place, alors que le pouvoir se prend, il ne se donne pas. 

Mais cette approche paraît "très pertinente dès lors qu’on reprend la métaphore de la famille pour la nation, les gouvernants, les citoyens", écrivez-vous. 

Voilà précisément ce que, pour moi, Ségolène Royal a apporté au débat politique et pourquoi elle aurait été plus "climatiquement correcte" que Nicolas Sarkozy si elle avait été élue présidente en 2007, même si celui-ci s'est révélé beaucoup moins clivant que notre président actuel, dont le prédécesseur François Hollande a eu beau jeu de dire qu'il allait réparer la France des fractures créées par Nicolas Sarkozy: non seulement il n'y est pas arrivé, mais il a apporté Emmanuel Macron dans ses bagages, comme "l'ami qui [voulait] du bien" à notre "ennemi de la finance". 

Contrairement à une projection courante sur les termes de patrie et de nation, la patrie étant la terre des pères est une forteresse à défendre. Donc le patriotisme est par essence plus guerrier, non pas nécessairement que le nationalisme dans l'acception commune qui lui est désormais attachée, mais que la politique qui relève de la nation, car la nation procède de la naissance. Elle met l'accent sur la naissance plutôt que sur la terre. Or la naissance es un cadeau qui, par suite seulement, désigne un héritage. Et la naissance est de deux ordres pour accomplir son essence: elle est biologique et adoptive. On naît biologiquement, on renaît par adoption. Il y a des citoyens qui sont nés sur notre sol et il y a des citoyens par adoption qui ont choisi de s'y établir et que nous avons choisis d'adopter. Peut-être n'ont-ils choisi de s'établir sur notre sol que par défaut et de même rechignons-nous à les adopter, mais parce que la haine est un "sentiment dégradant", nous pouvons changer de braquet et, dans la tradition universaliste de la France à la fois monarchiste (la France a par exemple engendré la Russie de Pierre le Grand) catholique et révolutionnaire, nous pouvons non pas "faire nation", mais constituer une nation intégrative, dont une première expression imparfaite s'est incarnée dans la "France black-blanc-beur", mais son défaut était que les blacks et les beurs  étaient assignés à résidence footballistique des "homo festivus". Je préfère à cette France celle non de Charlie, mais de l'union sacrée autour du Bataclan et plus tard de l'attentat de Nice qui en a été une réplique horrible, perpétrée le lendemain seulement du 13 juillet où le benêt François Hollande (encore lui!) voulait enfin abolir l'état d'urgence qui n'a jamais servi à rien. 

Jean-Xavier de Lestrade, dans sa série "des Vivants" retraçant la reconstruction des otages rescapés du Bataclan qui se sont liés d'amitié,  a montré une belle brochette de ces Français qui sont à la fois ce qu'ils ont toujours été et forts de ne pas s'en laisser conter ou entraîner dans les surenchères haineuses, même si Arnaud se félicite encore, dix ans après l'assaut donné par la BRI, d'avoir repris vie en baignant dans le sang de ceux qui étaient venus tuer des innocents, alors que son "potage" Sébastien, qui a sauvé une femme enceinte en lui tendant la main alors qu'elle "allait lâcher", son pied n'ayant trouvé qu'un tout petit point d'ancrage, non seulement verse dans ce qu'aujourd'hui, on appelle à bon marché un certain complotisme en se demandant, sous l'influence d'une autre rescapée devenue son amie,  si la France a vraiment tout fait pour éviter ces attentats, mais encore montre de l'empathie, avec ou sans syndrome de Stockholm, et "cherche à comprendre" la haine viscérale des terroristes qui ne supportaient pas l'action de la France  de François Hollande (on ne se lasse pas de ce socialiste néo-conservateur à la sauce Manuel valls des deux "gauches irréconciliables" tout en se révélant soluble dans le Nouveau front populaire comme la carrière de Valls se révéla soluble dans le macronisme) en Irak et en Syrie.

Ces rescapés comme Ségolène Royale sont au confluent de "la nouvelle France" de jean-Luc Mélenchon et de la France grand-remplaciste. Nous sommes des Français en transition de France comme nous l'avons toujours été, des Français en transit identitaire, réunis parce qu'au Bataclan comme à Nice, il n'y a pas eu de discrimination entre les morts, de même que, pour les vivants, si Français d'origine et Français d'adoption ne faisaient pas cause commune pour travailler au service de la France, son bâtiment et ses travaux publics, ses hôpitaux, sa police, son école et ses services sociaux pour ne parler que de ce qui compte vraiment, et même son modèle social, qu'on l'aime ou que l'on trouve qu'il nous coûte un "pognon de dingue" parce que les pauvres sont des irresponsables, se seraient écroulés depuis longtemps.