Ce mémorandum contient 14 propositions, comme celles du président Willson à l'issue de la guerre de 14. Les propositions de Willson visaient (déjà) à réunir l'Europe pour la prémunir d'embrasements ultérieurs. Les propositions de Willson, très critiquées par Freud, ont fait l'Europe et l'Europe fut réduite à feu et à sang, mais Willson était un président intelligent et raisonnable qui a fait une erreur d'analyse en partant d'une bonne intention. Les 14 propositions de Trump font mesurer toute la distance qu'il y a, dans cette guerre dont les objectifs n'ont jamais été clairement identifiés ni définis, du #RegimeChange envisagé au départ pour venir en aide au peuple iranien qui devait redoubler d'émeutes, car leur libérateur arrivait, à ce blang-sein donné aujourd'hui à la République islamique d'Iran à l'autorité renforcée sous la férule de radicaux d'autant plus cruels qu'ils sont plus pragmatiques, dans ce qui ressemble fort à une capitulation américaine, qui plus est signée à Versailles comme le désastreux traité d'après la Grande guerre dont il fut difficile d'accoucher, un traité de Versailles où Trump, bouffon bouffi de lui-même, inflige aux Etats-Unis des réparations à verser à l'Iran qu'il a démoli sans raison en procédant de cette manière désordonnée, réparations qui seront peut-être atténuées si Trump compte toucher sa commission dans le péage consécutif à la réouverture du détroit d'Ormuz déminé et participer à l'autorité de régulation irano-omanienne qui réglera désormais les flux dans ce détroit. Trump capitule, répare, se corrompt, se rétame, croit gagner quand il a perdu dans une guerre sans objectif. La seule consolation pour les États-Unis est qu'Israël obligera bientôt Trump à se déjuger en frappant le Liban et peut-être même l'Iran de manière à l'obliger à riposter et de telle sorte que les clauses de l'accord ne seront plus tenables, la versatilité de Trump faisant le reste et garantissant que ce pré-accord sera bientôt déchiré, ce qui ne sera pas une bonne nouvelle pour la paix mondiale, mais on commence à être habitué. Et c'est sur ce pantin qui a déjà fait deux guerres d'agression depuis le début de son second mandat et qui na rien à envier à Poutine que les Européens comptent pour régler la guerre en Ukraine, ce qu'il n'a pas réussi à faire en 24 heures bien que Poutine le respecte, lui qui n'aurait jamais osé agresser l'Ukraine si Trump au lieu de Biden s'était trouvé à la Maison blanche en février 2022. Une guerre éclair, se promettait Poutine, qui, soit dit en passant, a passé elle aussi la durée de la guerre de 14!
jeudi 18 juin 2026
Trump n'a pas de quoi fouetter la communauté internationale!
Je devrais partager beaucoup plus souvent cette chronique américaine qu'est "Maintenant média". Dommage que je le fasse ce soir pour souligner qu'elle se trompe. Elle est tenue par une famille franco-germano-britanno-américaine, la famille #Reymond, qui s'est installée aux États-Unis, d’abord au Texas, et puis à Las Vegas Nevada. #WilliamReymond, le père de famille, a été pendant quinze ans un journaliste d'investigation en Franceet aux États-Unis, a écrit un livre intitulé #BushLand où il révélait entre autres les connexions de la famille Bush avec les nazis (mais les Windsore avaient également ce pédigré). William Reymond voulait devenir champion du monde de poker et il l'est devenu. Il a co-scénarisé un une comédie familiale intitulée "les Parfaits" qui sortira le 24 juin.Je ne suis pas sûr d’aller voir ce film, je n’aime pas les comédies familiales du cinéma français. Mais William Reymond est resté un excellent journaliste. Sa "Chronique américaine" restera dans les anales. Sa thèse ? Ou bien #DonaldTrump provoquera la chute de la "démocratie" américaine, ou bien la démocratie américaine provoquera la chute de Donald Trump.
Ceci pour vous présenter son travail. Comme l'a très bien exprimé #FrançoisDevaux dont j'ai partagé la publication ce matin sur FB et qui dénonçait la passivité d’un G7 poltron et pleutre, le #G7 "applaudit à grands cris" à l'accord qu'a signé Trump avec l'Iran. Pour nos grands dirigeants comme pour pas mal d'autres (et William Reymond est plutôt du côté des "politiquement corrects"), cet accord est une défaite historique, pour commencer parce que Trump y cède à la propagande iranienne et se contente d'une déclaration verbale de l’Iran, selon laquelle l'Iran ne cherchera jamais à se doter d'une arme nucléaire, pour croire en cette promesse. "Or l'Iran n'a jamais tenu ses promesses", déclare William Reymond. Jusqu'à preuve du contraire, on n’en a pas la preuve. L'Iran était, malgré un régime abrutissant, arriérateur et meurtrier, un pays inoffensif, en ce sens que ce n’était pas un pays offensif. Il se défendait, mais n'attaquait pas et il est parfaitement plausible qu'il n'ait pas ou ait fait peu de recherches dans le domaine du nucléaire militaire parce que le Coran ne le lui permettait pas. Autre étant le régime iranien et autre la société perse, sur laquelle la greffe de cet islamisme fanatique n'a jamais pris, contrairement à la Turquie moins armée, mais plus offensive, et moins inoffensive comme plus stratégique, car intriquée sur tous les fronts des conflits où le monde se déchire.
Mais il y a une autre raison pour laquelle cet accord ne saurait être une "défaite historique": il est un simple épisode du feuilleton trumpien, dont le principal protagoniste non seulement changera d'avis comme de chemise au moindre coup de Trafalgar iranien, mais surtout se fera mener en bateau par Israël qui a provoqué cette guerre: il suffit qu'Israël relance à petite ou grande échelle des frappes sur le Liban en rompant le "cessez le feu" pour que l'Iran sorte du préaccord et décide de reprendre les hostilités si tel est son intérêt et qu'elle l'estime supérieur au fait de recevoir 300 milliards de dollars en guise de réparation de la part de ceux qui ont prétendu détruire ce pays en changeant son régime en pure perte.
Attacher de l'importance à cet accord, c'est prendre Trump au sérieux. Or Trump, comme tous les enfants mal élevés ou autres « enfants rois », est un dictateur. Les enfants, on les ramène à la raison ; on ne flatte pas leur illusion d’être rois en leur offrant Versailles sur un plateau dargent ou même plutôt d’or. les Européens ont peur de Trump et quand Trump arrive en retard dans une réunion du G7 qui l'ennuie en disant pour les provoquer : "I'm the boss of the world", Macron au lieu de relever la provocation et de le remettre à sa place de président des États-Unis d’Amérique, lui rend l'insulte de son ancien époussetage en lui demandant s'il va bien: "How are you?" et non pas "est-ce que ça va encore dans ta tête ?". Hitler était un enfant dictateur, mais d'autant plus dangereux qu'il avait été un orphelin, un enfant solitaire et un étudiant relativement pauvre. Sartre a expliqué que "[tout] orphelin était un dictateur". Trump n'a pas connu la pauvreté. Il est né dans la richesse vulgaire et dans une famille où le père n'aimait personne. Il pouvait se déjuger en faveur de ses enfants qui lui prouvaient qu'ils pouvaient réussir. Pour se distinguer de son frère Fred junior, l’héritier présomptif, Donald Trump a relevé le défi comme il a pu. Maintenant il joue les enfants gâtés. Les Européens en ont peur, mais dans le reste du monde, personne ne le prend au sérieux, à commencer par la Russie de Vladimir Poutine. Cesser de prendre Trump au sérieux et le traiter comme un bouffon serait sans doute la meilleure manière de s'en débarrasser. Il ne mérite pas notre peur, son jeu ne vaut pas une chandelle et Trump est loin d’être un joueur d’échecs qui a trois coups d’avance. C’est juste un enfant capricieux qui caresse ou menace au gré de ses humeurs. Il n’y a pas de quoi fouetter la communauté internationale !
Signé par un homme qui a fait de la versatilité une méthode de gouvernement, son préaccord avec l'Iran est trop transitoire pour mériter tant d'attention.
mercredi 17 juin 2026
Bayrou ne veut pas se laisser tomber
Présidentielle 2027 : sans candidat, le MoDem en mode survie
La carrière de François Bayrou se termine sur un parfum de IVème République après avoir tout raté pour avoir été la grenouille qui se croyait aussi grosse que le boeuf. Il crut avoir l'étoffe d'un Giscard; après avoir été quatre années durant ministre de l'Éducation nationale pour ne pas réformer l'école, il perdit toute sa vie politique à parler pour ne rien dire. Il se présenta à deux reprises à l'élection présidentielle en promettant qu'avec lui, la vie politique ne serait plus jamais comme avant. Il se rêva en De Gaulle européiste et, voyant son horizon bouché, il se résolut à se rallier à Emmanuel Macron qu'il avait traité d'hologramme quelques jours avant. Le candidat jeune et disruptif réussit un coup de maître politique en se faisant élire président de la République sur la base d'un malentendu, dont le ressort principalfut d'identifier le centre avec son aventurisme et son aventurisme comme la dernière incarnation de la relative honnêteté rocardienne. En réalité, Emmanuel Macron faisait du centre un égocentrisme. Plus torturé, François Bayrou tua le centre à force d'être égocentré. Il satisfit son ambition en tordant le bras à celui qu'il soutenait loyalement pour se faire nommer de force Premier ministre, mais atteignit à nouveau à ce poste les limites de ses capacités. Il n'entendit pas se plier à la règle commune qui voulait qu'on démissionnât d'un mandat municipal arrivé à cet échelon. Il voulut conserver sa mairie de Pau où, renversé de Matignon par un acte de suicide politique inédit, il ne fut pas réélu. Tel est son destin personnel et il est malheureux. Encore demeure-t-il personnel. Il laisse un parti à la ramasse, à la renverse, à la remorque et sans dauphin pour concourir au grand bal des egos présidentiables. Mais encore est-ce le destin de son parti et il est peu glorieux. Mais Bayrou qui aura perdu la course des petits chevaux aura-til poussé l'un de ses chevaux de bataille? N'a-t-il pas élevé des chevaux de course dans ses Pyrénées? Examinons-les rapidement un à un. Bayrou le démocrate chrétien aura été le seul à supplier que la France ne mît pas ses drapeaux en berne à la mort de Jean-Paul II, pourquoi tant d'acharnement laïcard, quand le même se montra incapable, pour sauver les enfants, de prendre ses distances avec la brutale institution catholique dans laquelle il avait fait scolariser deux de ses enfants? En 2007, dans son pamphlet anti-sarkozyste relativement mal écrit qui s'érigeait contre la prétendue égocratie de l'"omniprésident énergéticien" comme le qualifiait Tony Blair en Français dans le texte, un ami qui avait tenu à m'en donner lecture car il admirait Bayrou attira mon attention sur ce passage où Bayrou promettait de "ne jamais laisser tomber personne". C'est peu compatible avec ce que Bayrou fait passer pour le plus ardent de ses chevaux de bataille: il serait rongé par la dette de la France dont il reconnaît dans son livre à paraître que la France n'en a jamais payé un centime depuis cinquante ans, diagnostic sur lequel il converge sans y penser avec Mélenchon. Mais si la France cède aux sirènes économistes et veut soudain devenir fourmis quand son modèle social craque après avoir été cigale bien au-delà des Trente glorieuses, Bayrou laissera mécaniquement tomber tout un tas de gens et non seulement les boomers à qui il reproche d'avoir son âge, mais aussi la jeunesse, qui a besoin de s'accrocher à ce modèle social qui ne leur a appris aucun métier et ne leur a laissé aucun espoir quand il faisait leur éducation, qui a masqué des enfants de six ans des journées entières à la défaveur du Covid et dégouter de vivre les vingtenaires, cette génération sacrifiée par ceux qui voulaient prendre la place de leurs pères, les reconstructeurs d'après-gueerre, et n'en finissent pas de ne pas la laisser. "Lors même que Bayrou s'écrasait sur le mur de la dette où il a dévissé en gravissant son Himalaya, Macron lui demandait d'investir dans l'économie de guerre les quelques milliards négociait de faire économiser aux Français pour que le pays retrouve une convalescence budgétaire à l'exception des dépenses militaires. "Mais tout de même, mon pauvre homme, doit se désoler sa femme Élisabeth dans sa cuisine de Bordère commeMamette dans cette "Lettre de mon moulin", mon mari parle encore". Eh oui. Bayrou est intarissable quand il s'agit de faire la leçon, fier comme Artaban d'avoir été agrégé de lettres classiques. Bayrou écrit encore après avoir laissé tomber les enfants de Bétharam. C'est que Bayrou qui a laissé tomber tout le monde ne veut pas se laisser tomber.
mercredi 6 mai 2026
L'envol raté de la quatrième candidature Mélenchon, "pour une retraite à 81 ans!"
https://www.youtube.com/watch?v=Rp3ziREZisc
Indépendants de qui, on ne sait pas, mais pas de la France insoumise en tout cas, ils semblent tous insoumis ou apparentés, donc sans grand risque de débat contradictoire. Ils posent néanmoins de bonnes questions auxquelles Mélenchon ne répond pas, ou répond en noyant le poisson, ce qui revient au même.
1. "Comment avez-vous été désigné candidat à cette quatrième élection présidentielle d'affilée?"
"Par une procédure incompréhensible impliquant ou consultant 150 personnes qui ont dit que j'étais le mieux préparé. Mais que je gagne ou que je perde, je ferai de la politique jusqu'à mon dernier souffle et je continuerai à défendre ma vision du monde." (Je me souviens que #MauriceRadioLibre disait du père Le Pen qu'il mourrait en faisant de la politique, sous-entendu sans être assassiné par un de ses redoutables adversaires.) Donc comme j'ai le plus d'expérience, continue Mélenchon en discours indirect, attendez-vous à ce que je sois candidat à vie. Next, question suivante!"
2. "Pourquoi annoncez-vous votre candidature sur TF1? Nous, les "médias indés", on ne vous suffit pas? N'auriez-vous pas pu faire un pied de nez aux médias dominants en nous l'annonçant à nous, les médias alternatifs?"
"Nigauds, je n'aurais pas atteint ma cible. Et puis quoi! J'ai d'abord annoncé ma candidature sur TF1 d'accord, mais ensuite, j'ai donné une interview à "Brute", média indépendant."
https://www.youtube.com/watch?v=poenc_MwgG0
"Pardon, mais "Brute appartient à M. Saadé."
"T'occupe, poufiasse. On a beaucoup discuté comme pour ma candidature, et puis on a fini par se dire qu'il fallait faire les choses dans l'ordre: d'abord TF1, puis Brute, puis vous, la dernière roue du carrosse. Avec tout ça, même si l'audimat de TF1 a dévissé pendant l'annonce de ma candidature, nous avons atteint 10 millions de vus. L'efficacité économique, c'est une question d'atteindre sa cible." "Mais faire les choses dans l'ordre ou atteindre sa cible, c'est pas un peu capitaliste, tout ça?"
3. "Vous avez fait une vidéo de douze heures pour expliquer que la dette est un rapport social, d'après les travaux de #StephanieKelton. Comment comptez-vous en convaincre les créanciers et les investisseurs?"
"Écoute, jeune freluquet, la France n'est pas la Grèce, elle représente 18 % de l'économie européenne, on ne va pas traiter les Français comme des Grecs."
Le freluquet à part: "Qu'est-ce qui le prouve, grand-père?
https://www.facebook.com/jpderuelle/photos/le-loup-d%C3%A9guis%C3%A9-en-grand-p%C3%A8res%C3%A9quence-m%C3%A9lenchon-sur-tf1-dimanche-soir-premi%C3%A8re-p/10164120824157357/
N'avais-tu pas écrit en son temps un billet de blog intitulé: "Il a la classe, notre Tsipras, avant de te rendre compte que ton Tsipras, il t'avait bien roulé dans la farine?"
"Car j'ai de la volonté politique, moi. Donc nous allons réunir la BCE qui est une institution indépendante et la convaincre en tapant du poing sur la table qu'elle doit prêter directement aux États au lieu de confier cette tâche aux banques privées. Après ça, on leur dira de jeter tous les titres de la dette Covid à la poubelle. On va convaincre la BCE comme Tsipras a convaincu la Banque mondiale. Fais pas chier, gamin. C'est pas toi qui as mis dans le débat public que la dette d'un pays ne se calculait pas sur un an de PIB, mais sur huit ans, comme la dette des ménages et qu'à ce compte, elle ne représentait plus 120 % du budget, mais seulement 14 %. D'accord, les financiers n'ont pas été convaincus par notre transformation du ratio de 1 à 8. Mais on va les convoquer et ils viendront fiça et ils auront intérêt de faire baisser les taux d'intérêt et plus vite que ça.
Je t'explique, bonhomme. Ce qui n'éteint pas l'économie, c'est la consommation populaire. Si tu veux qu'ils consomment, il ne faut pas baisser la dépense publique, mais il faut injecter en puisant de l'eau dans la pompe à finances pour amorcer la pompe, tu comprends? En fait il faut arroser. Je convaincrai mes interlocuteurs les grands financiers que l'arrosage est la bonne stratégie pour ne pas être l'arroseur arrosé. Next."
4."Vous avez dit à brute que le progrès de l'intelligence artificielle pouvait faire envisager la fin du travail. Ne serait-il pas temps de remettre sur la table la fin du salariat pour le remplacer par la rémunération à vie pour être payé à ne rien faire au nom du droit à la paresse?"
"Tu es un malin, toi, me voilà démasqué."
Le choeur des critiques atterrés: "L'itinéraire du marxisme, c'était donc ça? L'appropriation publique des moyens de production avec l'obligation d'emploi au nom de la valeur Travail qui augmentait le capital individuel y compris contre l'aliénation si le travail était approuvé par un commissaire politiqueou un inspecteur du travail, pour finir par l'automatisation des moyens de production en espérant que les machines ne deviennent pas les nouveaux capitalistes?"
Jean-Luc: "Ce qui m'a toujours rendu optimiste sur le non-devenir machine de l'homme, c'est qu'on n'éliminera jamais la fantaisie humaine.Pour l'instant, l'intelligence artificielle peut reproduire les automatismes de pensée. Les questions auxquelles elle répond font plus appel à la mémoire qu'à la force d'imagination. La fantaisie n'est pas son fort, même si elle peut le devenir. Je suis pour les robots contre la France, non pour la France contre les robots. Quant à savoir s'il faut instaurer la fin du salariat et la rémunération à vie après l'échec retentissant du revenu universel, laisse-moi réfléchir et réunir un Politbureau en assemblée délibérative. Contente-toi pour l'instant de l'arrosage généralisé.
samedi 2 mai 2026
Le catholicisme, entre luthéranisme et jansénisme
En lisant la biographie de Martin Luther par Mathieu Arnold,
lecture que je dois aux conseils de Luc Perrin sur « le forum catholique »,
je me demande si, en réalité et telle qu’elle s’est peut-être appauvrie, l’attitude
spirituelle ou pourquoi pas l’anthropologie religieuse du christianisme
européen de notre temps n’est pas réduite à deux choix et une alternative: le
luthéranisme ou le jansénisme. Par éducation qui suscite une inclination, je me
sens plutôt janséniste, mais me suis tellement ramassé que mes terrores
conscientiae me font une aspiration luthérienne à être justifié par la foi ou
par ce qui me reste de foi. Mais peu importe la quantité puisque quelqu’un n’aurait-il
la foi que grosse comme un grain de moutarde pourrait déplacer des montagnes. D’autant
que je suis le fruit d’un couple mixte entre une luthérienne et un catholique. Il
m’est parfois arrivé d’envisager de faire la bascule, expression que, la
soumettant au pasteur luthérien de l’Église luthérienne historique de ma mère,
celui-ci a trouvé de fort mauvais goût. Ma mère au déclin de son âge voudrait
devenir catholique, c’est une ironie de cette sorte de balançoire qui ne présente
plus, au point où en sont nos mentalités vidées de tout contenu doctrinal ou de
tout savoir sur le contenu de la foi, que deux axes verticaux au lieu de
proposer un équilibre horizontal comme toute balance qui se respecte et pèse
les bénéfices et les risques selon la proportion des choses.
Je me suis toujours dit viscéralement catholique à l’exemple d’un de mes amis bretons, c’est-à-dire que je suis catholique par mes viscères et par mon esthétique. De plus, je me suis beaucoup opposé au luthéranisme à cause de son côté viscéral, justement. Luther était un homme profondément écartelé qui a substitué à la complexité scolastique le choix de complexifier une éthique chrétienne assez sommaire bien que faite de tant d’interdits qu’elle devenait impraticable. Le côté viscéral de Luther peut constituer une prise en compte de la chair par le réformateur qui n’a jamais fait fi du dualisme. La chair exigeait que fût résolue l’aporie où est resté saint augustin entre prédestination et libre arbitre. Luther a déclaré que le libre arbitre était serf où il fallait trancher et certes, « en dehors de Moi, dit Jésus, vous ne pouvez rien faire », cela se vérifie tous les jours, si j’en juge par mon existence individuelle et quotidienne, si mécréante ou si mal-croyante soit-elle.
Le viscéralisme luthérien se retrouve dans l’application
d’un Bach à la fois appliqué et tout entier impliqué dans son œuvre musicale
qui illustre le plan de la Création et l’architecture de l’œuvre de Dieu tel
que la déploie intimement un Luther que Bach comprend de l’intérieur, un Luther
charnel qui s’est dépouillé de l’angoisse en découvrant que ce n’est pas l’homme
qui se justifie, c’est Dieu qui le rend juste afin que, par la foi, il puisse
produire de bonnes œuvres, toutes ordonnées au prochain comme la liturgie est
ordonnée à l’homme sans aucun besoin de Dieu, outre que la foi est non
seulement le maître d’œuvre, mais l’œuvre par excellence.
Mon esthétisme qui me fait refuser de faire la bascule et me
résout à me maintenir fermement dans mon catholicisme baptismal et de
conditionnement éducatif libératoire, est presque un viscéralisme inversé. J’ai
lu ce soir même une mise au point de Charles-Éric Hauguel qui a fait le choix
courageux de s’abandonner à ce qui s’était déplacé en lui en se faisant
luthérien comme ma mère voudrait abjurer son luthéranisme pour se faire catholique,
ce qui aurait été mon rêve en d’autres temps, mais comme je l’ai écrit à son
pasteur actuel, je ne crois pas que l’Église ait encore besoin de telles
fractures, enfin je ne sais pas, tenant, si cette abjuration était mon œuvre, à
conserver un triomphe modeste. Seulement ce n’est pas non plus le moment pour
ma mère que son esprit abandonne ou plutôt sa mémoire, mais pas son
raisonnement. Disons plutôt que cela tombe mal.
Mais l’esthétisme qui me fait rester catholique est aux
antipodes du viscéralisme luthérien qui a triomphé de l’angoisse par un pari misant
totalement sur Dieu et a néanmoins pesé tout le poids de la chair. C’est un
pari qui s’est fait avec une intensité charnelle et à partir de la tension
charnelle. Au rebours, l’indifférence dont est porteur mon esthétisme émollient
et mon viscéralisme affecté se produit en un temps où, de manière pratique, l’Église
catholique a presque entièrement versé dans le luthéranisme en abandonnant le
jansénisme, c’est-à-dire qu’elle n’a dû de rester elle-même qu’à refuser de se
poser la question de la bascule, mais elle est sortie de l’angoisse en adoptant
la justification par la foi sans se livrer à l’offensive spirituelle qu’a
consentie Luther qui s’est livré au combat spirituel pour sortir de l’angoisse
en découvrant que l’homme est notoirement insuffisant, surtout s’agissant de se
suffire à lui-même.
L’Église catholique est doublement sortie de l’angoisse en
adoptant un luthéranisme pratique, mais en refusant d’endosser le pessimisme
anthropologique qui découlait de la pensée de Luther. À quoi se réduit sa foi ? Elle serait bien incapable de le dire et c'est pour ainsi dire une question qu’elle refuse de se poser, étant sortie du systématisme
pour adopter un asystématisme à l’envers ou du moins symétrique. La société
moderne n’a plus les moyens ni l’Église la ressource de rester janséniste. Par
janséniste, j’entends évidemment ce qui en exsude au plan moral.
Le luthéranisme et le jansénisme sont deux fruits de l’augustinisme
auquel la Réforme et le catholicisme ont fait retour en pilonnant la théologie
scolastique qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le jansénisme est
augustinien, la Réforme est augustinienne et il n’est pas jusqu’à notre pape
actuel à n’être augustinien, après la parenthèse jésuite d’un François voulant
fondre comme un bonbon le christianisme dans le fraternitarisme. La Réforme et
notre pape sont augustiniens bien que Léon ne parle pas avec la même clarté
absconse que Benoît XVI, cet Augustin du XXème siècle qui avait pris la mesure
de la pensée et d’Augustin et de Luther.
Le catholicisme n’a plus la force morale d’être janséniste, moi non plus. Mais je me donne pour le dernier d’entre eux parce qu’il y a un reproche que je ne parviens pas à ne pas faire à Luther, c’est d’avoir rendu vain Kierkegaard et avec lui tout l’existentialisme chrétien. Autrement et plus simplement dit, ou dit de manière plus provocatrice, c’est d’avoir rendu vaine toute l’existence humaine. Si l’homme n’est bon à rien, à quoi bon existe-t-il ? C’est sur ce point que mon serf et obstiné arbitre a du mal à se rendre et continue d’achopper pour refuser la bascule qu’il ne doit pas faire étant donné l’historicité du navire amiral où il a eu la chance de naître. Ayant eu la fortune de naître catholique, je compte le rester, pour suivre les conseils du sceptique Montaigne que j'ai autrefois pas mal étudié. Tel est du moins mon point d'étape.
dimanche 5 avril 2026
Les jalons de "ma" Pâque
J'énumère donc ici quelques Jalons sur mon chemin de Pâques de cette année chaotique sur le plan mondial, mais ici je ne vais pas parler du monde, et pourtant je ne vais pas non plus parler que de moi.
1. J'ai d'abord accompagné deux chemins de croix en me révoltant à chaque fois avec une intensité différente: "Si on en faisait autant pour tous ceux qui souffrent! Ça fait un peu moins de 2000 ans (puisque nous sommes en 2026 et qu'au plus tôt, Jésus aurait été crucifié un peu avant l'an 30 de notre ère) qu'on se penche sur les souffrances du Christ qui ne cesse de nous reprocher de ne pas nous intéresser à Lui alors qu'on se penche à peine sur la souffrance de nos compagnons de vie et nous passons sans la voir, contrairement à ce que dit ce cantique: "C'est Toi qui souffres sur nos croix et nous passons sans te voir." Et Jésus, qui a pourtant inventé la parabole du Bon samaritain, nous reproche notre indifférence sur le mode dont les Impropères du Vendredi saint établissent un dialogue très malsain du type: "Moi, je ne t'ai fait que du bien et toi, tu ne m'as fait que du mal." Il faudrait que la liturgie catholique en finisse avec ce dolorisme et revoie cette copie rituelle.
Cette langueur du chemin de croix "qui n'a rien de biblique", me répartissait un camarade à qui je m'en ouvrais, "en particulier s'agissant des trois chutes de Jésus ou de Véronique", un autre que j'invitais à l'office du Vendredi saint la déplorait en trouvant que cet office avait été beau, mais trop long. "Je ne sais pas ce que tu en penses, ajoutait-il. Mais quand Jésus meurt, il faudrait le laisser mourir en paix." Il appliquait le respect dû
aux morts au respect dû à la mort de Jésus. Or de crainte que nous n'édulcorions la foi chrétienne jusqu'à "un christianisme sans la croix" comme le redoutait Paul vI, notre regard se focalise sur "le crucifié", comme celui des femmes qui venaient oindre son corps d'aromates et qu'interpelle l'ange au chapitre XXVIII de saint Matthieu dont les visions m'auront le plus accompagné cette année: "Vous cherchez Jésus, le crucifié."
Or Un prêtre accompagné le dimanche des Rameaux a peut-être répondu à ma question sur la préséance de la souffrance de Jésus sur toute autre souffrance en y réfléchissant lui aussi: "En quoi ce supplice particulier de Jésus concerne-t-il l'ensemble du cosmos? Parce qu'Il a récapitulé tout le chemin par lequel nous devons passer, non pas à notre place, mais de manière que nous puissions l'emprunter derrière Lui, sous Sa conduite, à Sa manière."
2. #OlivierDelacroix vient de publier un livre intitulé "le Syndrome de l'imposteur." Nathalie a beaucoup témoigné auprès d'Olivier Delacroix que je trouve par ailleurs un imposteur en ce qu'il fait de la psychologie sans être psychologue et que ça le conduit à en faire à la serpe. Ce n'est pas une raison pour moi de le traiter d'imposteur, d'autant que je souffre du même syndrome que lui. Je me sens illégitime à être organiste, illégitime à être un acteur liturgique, illégitime à parler de la foi autrement que sur un mode apophatique parce que je crois que l'expérience de la foi est intransmissible, illégitime à être disciple de Jésus-Christ puisque je ne suis pas converti, ayant un désir de conversion qui ne va pas jusqu'à une volonté de me convertir (or on parle du désir de conversion, mais on ne parle jamais de conversion de désir comme on parle du baptême de désir).
Or à la fin du récit de la Passion dans l'Évangile selon saint Matthieu, les chefs des prêtres saisissent Pilate de leur crainte que, si nul ne monte la garde devant le tombeau du Christ, Ses disciples ne viennent voler Son corps et ne prétendent qu'Il est ressuscité. Pilate leur accorde une garde. Matthieu dont il est de bon ton de dire qu'il exagère les conséquences physiques de la Passion du christ affirme qu'un tremblement de terre a effrayé la garde, qu'un ange a roulé la pierre et n'a parlé qu'aux femmes de ce qui était en train d'arriver, que les gardes allèrent raconter l'événement aux chefs des prêtres et se sont laissés circonvenir par eux en taisant le récit de la résurrection. "15 Les soldats prirent l'argent et se conformèrent aux instructions reçues. Et ce récit des événements s'est propagé parmi les Juifs jusqu'à aujourd’hui."
Matthieu a raconté les événements de manière à entretenir la suspicion et à ouvrir dans l'esprit des sceptiques, des contemporains de Jésus à nos jours, une enquête que j'ai toujours trouvé vaine: quelles sont les preuves matérielles de la Résurrection du Christ? Me parle beaucoup plus que Jésus a, comme Olivier Delacroix ou comme moi, dû souffrir du syndrôme de l'imposteur, et qu'Il l'a assumé jusque dansSa Résurrection.
3. C'est une des manières dont je répondrai à la question qui m'a assailli les années précédentes: en quoi la résurrection me concerne-t-elle et à laquelle j'ai eu beau répondre par deux fois en citant la réponse qu'y apportait Benoît XVI, cette réponse ne m'a pas suffisamment parlé au coeur pour que ma conviction ait été à même de se l'approprier voire simplement de la retenir, une autre piste de réponse pouvant se trouver dans celle évoquée ci-dessus sur le Christ cosmique qui détruit la mort et nous ouvre le chemin de la résurrection. Je trouve un peu faibles les interprétations qui assimilent la résurrection du Christ à toutes nos renaissances, qui sont pourtant des préfigurations ou desretentissements concrets de la Résurrection.
Mais une autre personne m'a ouvert cette semaine à cette dimension que la résurrection nous permet véritablement d'avoir question à tout et transpose au plan théologique ces deux intuitions de Karl Jaspers découvertes pendant mon année de philo: "En philosophie, les questions sont plus essentielles que les réponses et il faut se reporter aux mots d'enfants."
Nous n'aurons pas assez de toute une vie pour méditer sur la Résurrection du Christ parce que nous n'aurons pas assez de toute une vie pour ressusciter."
La seule chose que nous puissions en dire revient à parler de la manière dont la Résurrection nous parle de nous-mêmes et du Christ. C'est ainsi que les disciples d'Emmaüs se sont éveillés à la Parole de Dieu. Saint jean, "le disciple que Jésus aimait", qui se désigne tout à coup dans son Evangile comme "l'autre disciple" parce qu'il court plus vite que Pierre qui, quand il s'est rendu au tombeau tout seul, s'est contenté d'être étonné et de rentrer chez lui (Lc 12-12), saint Jean court plus vite que Pierre et mentionne: "Il (je) vit et il crut." À la différence de saint Thomas? Pas tant que ça. "Tant que je ne mettrai pas mes mains dans Son côté, non, je ne croirai pas.
-Tu ne croiras pas en Jésus?
-Si, j'y croirai puisque je L'ai vu, mais je ne croirai pas en Sa Résurrection."
Jésus lui a dit: "Parce que tu as vu, tu crois. Heureux celui qui croit sans avoir vu."
Pour croire à l'aveugle? Non, pour voir un tout petit quelque chose et décider d'entrer dans le mystère. C'est peutêtre cela, croire et vivre la Pâque, c'est accepter que la Pâque soit le mystère de toute une vie.C'est pourquoi il est vain de déplorer que la majorité des catholiques ne croient pas en la résurrection du Christ. Ils y croient nécessairement puisqu'ils en vivent.
mercredi 1 avril 2026
Les philippiques de Claude Malhuret
🔵 Discours sur la situation au Proche et Moyen-Orient
Je ne sais pas quel est le bilan personnel de #ClaudeMalhuret, ancien co-fondateur de #MSF, puis éloquent secrétaire d'État aux droits de l'homme à l'étranger sous #JacquesChirac, dont la Realpolitik a toujours fait peu de cas de l'application des droits de l'homme dans les pays qui ne les respectaient pas, une fois que Chirac est devenu président de la République, quand Bernadette préférait danser avec Deng Xiaoping qu'exiger de son mari qu'il en remontre au président chinois sur l'application des droits de l'homme. Il est vrai qu'à l'époque, Claude Malhuret n'était plus dans le premier cercle chiraquien. Mais qu'a-t-il fait ou qu'est-il devenu avant de réapparaître en éloquent satiriste des erements des deux ex-grands qui fait de brillants discours sur l'état du monde?
Dans ce discours, il se lance dans un portrait au vitriol et pourtant réaliste, exhaustif et suggestif de la folie de Trump et de sa "cour des miracles" MAGA et met en parallèle notre vassalité vis-à-vis des USA avec notre inefficacité prétendue dans la guerre en Ukraine, ce conflit dans l'aire russe entre un grand pays qui ne veut pas voir saborder son empire et un pays qui veut s'occidentaliser à tout prix, en dépit du bon sens et de son héritage historique et d'une culture souvent russophone ou très influencée par la Russie, bien que les Ukrainiens détestent les Russes et #lycée de Versailles (pour vice versa). Enfin il propose un remède pire que le mal: l'adhésion à la vision macronienne selon laquelle, pour se prémunir contre des "fous dangereux" tels que Trump et Poutine, il faudrait que l'Union européenne se dote d'un complexe militaro-industriel et devienne une union défensive avant d'avoir défini les axes d'une politique étrangère et de sécurité commune (c'est le coup de maître de Macron que d'avoir invité à recréer la CED en inversant l'ordre des priorités et sans le dire à personne, ou sans faire cette comparaison qui lui aurait valu d'être recalé dans cet objectif).
En préconisant cela, Claude Malhuret en appelle comme d'habitude à De Gaulle, le moins européen de nos présidents de la République bien qu'il n'ait jamais dénoncé le Traité de Rome et ait négocié le Traité franco-allemand avec Konrad Hadenauer en se faisant rouler dans la farine par le Bundestag qui se fendit d'un codiscile selon lequel l'Allemagne préférerait toujours l'OTAN à ses alliances européennes.
Mais surtout, le sénateur Malhuret fait comme si la fragilité actuelle de l'OTAN ne tenait pas tout entière à l'instabilité psychologique de Trump et comme si cette instabilité voire cette folie ne commençait pas à indisposer tellement les Américains qu'il oblitère sans doute définitivement (et heureusement) l'avenir du trumpisme. La question n'est donc pas tant une obligation d'aller vers une Europe de la défense que de savoir si l'on doit continuer à s'inféoder à une alliance atlantique, base de l'Europe, puisque RobertSchumann et Jean Monnet sont montés par degrés du Pacte atlantique proposé de mémoire dès 1944 à la CECA, (communauté européenne du charbon et de l'acier qui a fermé ses mines de charbon et ruiné sa sidérurgie).
En proposant ce repli stratégique européen sur une zone devenue tout aussi belliqueuse sous prétexte de nous protéger contre Trump et Poutine, Claude Malhuret commet la même double erreur que celle qu'il a faite en étant un éphémère secrétaire d'Etat qui passait pour un idéaliste, ce qu'il n'est plus du tout au vu de ses dernières prises de parole:
-Il ne se demande pas comment les Etats-Unis en sont arrivé là.
-Et il ne s'interroge pas sur l'état de la société française, présumant qu'"ici", un conflit d'intérêts semblable à ceux qui font prospérer Trump en confondant la politique étrangère des USA avec ses intérêts privés vaudrait à un président de la République d'être immédiatement destitué.
vendredi 27 mars 2026
Mon hommage personnel et un peu anarchique à Lionel Jospin, homme intellectuellement intègre
Le même dimanche a vu se télescoper trois événements. Le premier a été la défaite de François Bayrou à Pau, seul Premier ministre tellement sûr de son destin et tellement peu sûr de lui-même qu'il s'est suicidé politiquement en présentant une motion de confiance dans une assemblée tripolaire sur le vote du budget qui forme une majorité. François Bayrou est (politiquement) mort à Bétharam).
Le deuxième événement est la victoire ou la défaite relative aux législatives à Tulle de François Hollande, président de la République qui n'aurait jamais dû le devenir et qui a malheureusement succédé à Lionel Jospin à l'autocéphalie du parti socialiste. Jospin était un homme pas totalement honnête (il a un peu vécu par les femmes comme le montre le livre de Claude Askolovitch), mais intellectuellement intègre. Quant à François Hollande, il s'est montré, non pas un président normal, mais notoirement incapabl et qui a accouché d'Emmanuel Macron, nous a fait hériter de l'héritier, "mon ennemi c'est la finance".
Et le troisième événement, c'était la mort de Lionel Jospin.
"Grâce à Dieu", n'est-ce pas, mgr Aveline?
"Grâce à Dieu, les fais sont prescrits", n'est-ce pas mgr Aveline? Et "grâce à Dieu" aussi, il y a la distinction entre le civil et le pénal, et entre la justice pénale et la "justice restaurative". "Grâce à Dieu", mais il faut aussi tourner la page de "la justice restaurative", l'INIR fermera en septembre.
Je ne sais pas si c'est ça qu'on appelle "le cléricalisme", par contre je sais que c'est ce que je ne supporte pas dans l'Église. "C'est à la façon dont vous vous aimerez les uns les autres qu'on reconnaîtra que vous êtes mes disciples." Eh bien on reconnaît! Et aussi Jésus a dénoncé les pharisiens, entre autres à cause de l'hypocrisie qui favorisait chez eux des "doubles vies", bien que ce ne soit pas la fine pointe de la dénonciation, je le précise pour les exégètes et les connaisseurs, pour qu'ils ne me prennent pas ou ne me fassent pas passer pour un ignorantin. Mais le libelle évangélique contre les "doubles vies" et la dénonciation de l'hypocrisie sont la fine pointe de la dénonciation publique du pharisaïsme parJésus dans l'Évangile. Comprenne et en tire les conséquences qui pourra. Car la discipline ecclésiastique, entre autres, par l'émasculation de ses ministres, favorise cette "hypocrisie" et les "doubles vies" qui s'y rapportent et qui sont désastreuses -car il y a des limites aux paradoxes-,, de ceux qui célèbrent des sacrements et se lavent les mains " avant de les célébrer, et s'en lavent les mains comme mgr di Falco et Bernard Preynat, comme mgr Di Falco invité tous les étés chez les Pinault, naguère avec Jacques Chirac, qui s'en lavent les mains après s'être lavés les mains avant de prononcer les paroles sacramentelles, parce qu'ils ne sont Pas pénalement coupable, mais civilement responsables de tous les abus qu'ils auraient pu commettre, solubles dans la rémission des péchés. Très peu pour moi de toute cette hypocrisie. Je ne quitterai pas l'Église, lle m'est trop nécessaire, mais je dénoncerai ces dérives.
samedi 28 février 2026
Trump ou la folie américaine
J’aime faire mentir l’adage selon
lequel les sociétés humaines comprennent rarement l’histoire qu’elles vivent. Je
ne sais pas si je comprends l’horreur que nous traversons, mais j’ai envie d’essayer,
et pas seulement pour prendre date.
Ce qui peut désespérer est que l’histoire se montre plus
cyclique que capable d’un saut qualitatif. Je daterai de trente ans, c’est-à-dire
de la Première guerre du golfe, contre l’Irak qui paraît aujourd’hui presque un
pays inoffensif, le moment où j’ai vu le monde basculer dans cette régression
historique, avec cette apogée trumpiste, d’un beauf américain parvenu à la présidence
des États-Unis à la stupéfaction indignée de tous les experts de la vie politique
américaine, et qui a non seulement livré l’Amérique à ses démons à partir de la
prétendue destinée manifeste, mais a montré que l’Amérique n’était pas devenue
folle puisqu’elle l’a toujours été.
L’Occident s’est transformé en se reniant à partir de la
guerre en Ukraine, qui lui permettait de taper sur une Russie dont la
parenthèse soviétique n’avait pas fait son ennemie héréditaire, mais son ennemie
dans la guerre froide. Or la Russie refusant que l’OTAN repousse ses frontières
jusqu’à l’Ukraine était fidèle à un nationalisme qui bornait ses ambitions à sa
promiscuité géographique, raison pour laquelle, entre autres, Marx avait
toujours considéré comme une folie que le socialisme s’étendît tel une hydre en
sabordant la société via la Russie qui n’avait pas la tradition libérale de l’Angleterre,
mais était par nature une société autoritaire aux ambitions limités à son aire
d’influence, ce qui contrariait la vocation internationaliste que s'attribuait le marxisme et ce
qui, par ricochet, crée un lien peu favorable entre le nationalisme russe et « le
déraillement nazi »de l’Allemagne, le nazisme n’ayant jamais voulu
conquérir le monde, mais seulement si l’on peut dire exercer son influence sur
la Mitteleuropa dégénérée d’être slave, mais régénérable de son point de vue par
la pénétrabilité de la mentalité slave à l’influence germanique. Dans ce
nationalisme quasi classique qu’il partage avec Hitler qui l’a seulement
enflammé de la puissance de la harangue et de la capacité de faire feu, Poutine
a moins rattrapé la chute de l’Union soviétique dont le dernier grand homme
était Gorbatchev, que la bêtise de Eltsine qui, dans la CEI (communauté des
États indépendants) naissante, s’est débarrassée séance tenante, après avoir
constaté cette chute dont Poutine dit que celui qui ne la regrette pas n’a pas
de cœur ni de tête, de tous les États qui formaient l’Union, avec l’avantage donné à l’Ukraine
par Khrouchtchev lui cédant la Crimée, le Donbas et d’autres parties de la
Russie démembrée, ce qui n’était d’aucun inconvénient pour le millénarisme
soviétique, puisque toutes ces
républiques n’avaient pas vocation à se désagréger.
L’Europe a perdu la tête avec la guerre en Ukraine. Elle a perdu sa raison d’être pacifique en voulant défendre ce pays qui voulait sortir des griffes russes pour s’occidentaliser, car la corruption sert d’anti-valeur qui paraît presque seule faire référence à cette Ukraine dont une partie de la résistance était nazie comme l’Europe n’a pas vu de mal à ce que la coalition grecque qui s’opposait à Alexis Tsipras soit enrichie (sic) de l’Aube dorée. L’Europe a pris à nouveau le risque d’une guerre mondiale en ne se souvenant pas que toutes les guerres mondiales ont été provoquées par l’escalade qui, à chaque fois, a été sa cause immédiate. Les dirigeants européens sont tombés dans l’escalade en refusant de condamner d’une même voix l’invasion russe de l’Ukraine et le génocide israélien de Gaza perpétré par Benyamin Netanyahou qui, depuis dix ans, cherche à trouver des alliés pour l’invasion de l’Iran, projet auquel tous les dirigeants un tant soit peu rationnels se sont toujours refusés, sachant que le monde s’embraserait si une telle combinaison devait se produire, de manière infiniment plus contagieuse que si la Russie parvenait à replacer l’Ukraine dans sa zone d’influence, fût-ce de la manière dont Hitler prétendait en user pour s’agglomérer la Mitteleuropa. Le fantôme d’Hitler est cité à comparaître comme le symbole de notre éternelle mauvaise conscience occidentale. Trump étant fou à lier comme les experts de la vie américaine l’avaient pressenti et pas moi, tout en ne croyant pas à la possibilité de sa victoire en 2016 et mois si, il a finalement consenti à épauler Netanyahou dans sa volonté de frapper l’Iran en se fichant comme d’une guigne des conséquences que cela aurait sur le Moyen-Orient et donc sur un embrasement mondial qui ne pourrait être qu’illimité. Il l’a fait en trahissant une seconde fois ses électeurs à qui il avait promis de lever le secret de l’affaire Epstein avant de se raviser parce que cette transparence levée sur l’entre-soi des milliardaires et du gotha mondain le mouillerait jusqu’au cou. Il s’est posé auprès de sa base MAGA comme un président ennemi des guerres. Il s’est cru autorisé à penser à la guerre quand il a compris que l’académie de stockholm ne lui décernerait jamais le prix Nobel de la paix. Mais sa totale absence de moralité s’est dénoncée le jour où il a osé envisager que la résolution du génocide de Gaza pourrait transformer ce site en riviera. Autant mettre Saint-Tropez à Auschwitz!
J’ai fait plusieurs erreurs dans ma carrière d’analyste du
dimanche de la géopolitique mondiale. Me fondant sur ma lucidité immédiate à
comprendre quel précédent créait la guerre du golfe, j’ai cru en la justesse de
la guerre en Lybie et à l’impossibilité de la guerre en Ukraine, dont je me
souviens encore que Richard Martz m’a détrompé, puisqu’il n’était
pas possible selon lui qu’un tel attroupement russe n’ait pas pour horizon la volonté d’envahir
l’Ukraine. Poutine a commis cet acte d’agression pour des raisons qui restaient
rationnelles. Trump a envoyé « une armada » trop près de l’Iran pour
qu’on ait pu imaginer qu’il ne voulait pas agresser cette Perse qui reste l’un
des plus vieux pays du monde, gangrené par un islamisme qui n’aurait jamais dû
remplacer son zoroastrisme originel. Dès lors que cette armada était déployée,
je n’ai pas cru qu’elle le fût en vain ou sans que les États-Unis aient l’intention
d’envahir l’Iran. Je me suis simplement formulé cette réflexion déjà ancienne
chez moi : pourquoi mettre tous ses œufs dans le même panier et toute sa
flotte sur un porte-avion, surtout après l'attaque de Pearl Harbor, d’autant plus que l’Iran
a craché le morceau en menaçant de détruire cette flotte concentrée en un même point.
Il est affligeant de constater que Dieudonné, l’humoriste
controversé, avait raison : la guerre, non des Alliés contre l’Irak, mais d’Israël
et des États-Unis contre l’Iran démontre qu’il existe un axe américano-sioniste" qui embrase le monde.
Saddam Hussein s’était imaginé pouvoir envahir impunément un État croupion, le Koweit,
qui n’existait que par et pour l’argent du pétrole. La riposte iranienne se
déploie contre Dubai et le Qataar, le pays rusé de l’islamo-frérisme jouant à avoir
une diplomatiee pacifique bien en cour avec tous ses voisins. Cette riposte démontre que le nationalisme
panislamiste est une chimère qui n’existe pas ou pas encore.
Quant aux universités, elles deviennent tellement téléévangélistes
qu’il suffit du meurtre d’un Quentin Deranque ou d’un Charlie Kirk par lequel je
me suis trop facilement laissé émouvoir, gagné par la rhétorique de Philippe de
Villiers, pour que tout un pays porte un deuil pleurnichard et bruillant et verse des larmes de crocodile qui cachent une intention haineuse. Ce meurtre est la réplique dramatique de ce que j’ai connu quand j’étais
étudiant à la Sorbonne, dont richard Haddad rappelait avec raison, en qualité de
fondateur du Cercle national des étudiants de paris, qu’on la fermait tous les
jeudis entre 12h30 et 13h30 pour la livrer aux échaufourées de l’extrême gauche
et de l’extrême droite se bastonnant rigoureusement: les appariteurs me faisaient
toujours passer par un autre chemin pour gagner le cours de mon maître et ami René
Pommier, de regrettée mémoire.
Israël qui participe à la culpabilisation du monde pour un antisémitisme
qui en voudrait aux juifs parce que juifs, lui donne malheureusement des raisons d'en vouloir à cette confession en généralisant mal à propos un jugement porté sur un mauvais comportement politique en passant subrepticement de l’antisionisme
à l’antisémitisme. J'ai toujours voulu me garder de cette tentation et ne pas tomber dans ce travers,, mais j’ai
la tristesse de devoir confesser qu’elle commence à me chatouiller et que je n’en
suis pas fier.
Après avoir ergoté, car le Pacte germano-soviétique le liait
à Hitler, Staline a été notre allié quand Hitler envahit la Russie. Puis nous
avons trouvé cet allié encombrant à cause de son communisme. Les Américains
voulurent longtemps rester neutres, mais leurs yeux se dessillèrent après l’attaque de
Pearl Harbor. Il leur était arrivé la même chose avec les Japonais que pour
Staline avec les Allemands. Leur entrée en guerre nous libéra et nous vassalisa
avec le plan Marshal qui aida notre reconstruction. Nous leur sûmes gré de nous
avoir libérés sans nous rendre compte que l’impérialisme américain était sans limite et avait toujours
ressemblé à l’ambition de la République de Rome devenue l’Empire romain auquel
Trump ne connaît pas grand-chose, mais il sait qu’il a voulu conquérir le monde
et Trump se voit en roi du monde. Un roi du monde qui s’est fait connaître
en prétendant qu’Obama n’était pas né à HawaÏ, donc aux États-Unis, ce qui,
quand bien même cela serait vrai et rien n’est impossible, démontre avant tout
que le racisme de Trump est un ressort intime qui ne s’embarrasse d’aucun
prétexte.
Face à la folie américaine, Macron passe pour un
désescaladeur. C’est un comble, mais on n’est pas mécontent que la France retrouve
un peu de son prestige ancestral, fût-ce dans la médiocrité du moins-offrant politique,
qui n’a décidément plus rien à proposer.
mercredi 11 février 2026
"Touche pas à mon Jack Lang"!
Je me souviens d’avoir appris que François Mitterrand était gravement
malade par mademoiselle Marguerite, une éducatrice qui ne payait pas de mine et
surtout n’avait pas celle d’être une lectrice du Crapouillot. Et je me
souviens comment, n’ayant pourtant jamais été prévenu contre les rumeurs, je me
suis récrié intérieurement, tout en ne croyant pas à la malhonnêteté de
mademoiselle Marguerite qui ne pouvait qu’avoir été bernée par ses bonnes
fréquentations qui avaient de mauvaises lectures.
Je me souviens comment j’ai appris l’existence de Mazarine Pingeot
par une étudiante de la Sorbonne qui avait été en classe avec elle devant un
amphithéâtre bondé dans lequel nous ne parvenions pas à entrer, et je me
souviens de ma sidération qui doutait davantage de l’honnêteté de l’étudiante que
de celle de mademoiselle Marguerite, et qui mettait cette révélation sur le
compte du besoin de tromper notre attente.
Je me souviens qu’en déjeunant dans un couvent de
Dominicains, le fils d’un des compagnons de captivité de François Mitterrand
prétendit qu’il avait dû son évasion à la connivence qu’il établissait non avec
les capos, mais avec les gardiens allemands du camp et je me souviens de m’être
interdit de contester l’avis de ce fils de déporté tout en éprouvant le
sentiment étrange de percevoir comme un honneur de recevoir une telle
confidence, que le fils du témoin transmettait à la volée sans interdire à ses
récipiendaires de divulguer son témoignage.
Je me souviens qu’étudiant esseulé qui passait des nuits
entières à « faire du réseau » téléphonique sans jamais rencontrer la
moindre femme depuis mon studio de Colombes où mon assuétude à ces réseaux me
faisait payer des factures astronomiques qui me plaçaient sous la dépendance de
mes propriétaires qui ne me voulaient pas que du bien, j’avais ouï dire que
Jack Lang était impliqué dans des affaires sordides de pédophilie où on parlait
de la mort d’un enfant, mais mon interlocuteur m’assurait que l’État s’interdisait
de soulever ce couvercle, devant la puissance de Jack Lang et je me souviens d’avoir
mis un mouchoir sur cette révélation que j’étais hors d’état de vérifier.
Je me souviens de la chute de François Mitterrand, qui ne pouvait opposer à la pugnacité d’un
Jean-Pierre Elkabbach particulièrement efficace et pertinent, que l’agressivité
en mettant en avant le contexte de la France occupée, qui ne devait pourtant pas
bénéficier au maréchal Pétain « faisant don de sa personne à la France »
et je me souviens de m’être demandé confusément pourquoi les socialistes n’en
voulaient pas à leur héros d’être passé, au nom de la raison d’État, de médaillé
de la francisque à médaillé de la Résistance et de la Cagoule au parti
socialiste.
Je me souviens de m’être vu modérer un commentaire sur le
blog de Philippe Bilger où j’avais table ouverte pour avoir fait écho à ces
rumeurs sur Jack Lang qu’on n’avait apparemment pas le droit de diffamer à la
différence de nombre de vraies ou de fausses valeurs de ce monde sur qui c’était
open bar pour en dire n’importe quoi.
Je me souviens que François Mitterrand était marqué à la
culotte par Catherine Nay parce qu’il arrivait en retard à tous ses rendez-vous
pour manifester son irrespect de ses hôtes quand la ponctualité est la
politesse des rois et pour n’avoir jamais d’argent dans sa poche, histoire de se
faire payer ses menues consommations et ses ortolans adorés, oiseaux interdits de
chasse dont le régalaient ses obligés.
Je me souviens que la même accusation avait été lancée par
Marie Delarue dans les Aventures de Lang de Blois contre Jack Lang et
surtout contre sa femme Monique Buczynski qui n’avait pas assez de petite
mesquinerie pour ne jamais payer ses dîners fins et y faire inviter ses filles afin
qu’elles deviennent aussi influentes que leurs parents, soit qu’elle fît passer
ces dîners en notes de frais, soit qu’elle se fît inviter à tour de bras par
ceux dont le ministère de la Culture servait de mécène.
J’ouïs dire depuis quelques jours que Jack Lang et sa
fille Caroline qu’on dit frustrée d’avoir vécu dans l’ombre de sa sœur Valérie qu’elle
adorait pourtant, ont copiné avec Jeffrey Epstein, que Jack Lang trouvait un
homme charmant, passionné d’art, de culture et d’expositions ; que Jack lui a demandé de
lui prêter sa voiture pour se rendre en banlieue parisienne ; que Caroline
lui a demandé de lui prêter sa maison pour se reposer de ses fatigues ; qu’elle
a monté avec lui une société off shore où elle n’a pas investi le premier liard
et que, bien qu’elle prétende ne l’avoir vu qu’une quinzaine de fois, elle s’est
vu coucher sur le testament d’Epstein à hauteur de 1 % de sa fortune, 5
millions de dollars sur 500 millions, Jeffrey ayant de l’affection pour elle
parce que c’était une maman solo.
Je me souviens que Luc Ferry fit allusion à Jack Lang se
faisant exfiltrer du Maroc après une affaire de pédophilie, allusion pour
laquelle il se fit brocarder, car il la disait connue du tout-Paris et qu’on s’ingénia
à faire passer pour mettre en cause Philippe douste-Blazy pour être l’auteur de
l’infraction.
Je remarque que commencent à émerger deux affaires qui mettent un nom sur les allégations que ma naïveté d’étudiant m’interdisait ne fût-ce que de considérer si elles pouvaient être vraies : l’affaire du Coral et l’affaire dite de la table de verre, soulevées avec beaucoup de circonspection par Florence Beneux, qui fait état des pressions incroyables subies par le juge Salzmann pour étouffer cette affaire,
Tout
ce qu'il faut savoir sur les affaires de Jack Lang - Beneux/Castelnau/Langlois
pressions qui ne doivent pas être imputables au seul Jack
Lang quand le département de la justice américaine se voit contraint de « retirer
un document de 52 pages reliant Jack Lang à Jeffrey Epstein », car ce
document « n’est pas le seul à avoir disparu. Pam Bondi, procureur général
des États-Unis, et Todd Blanche, son adjoint, ont fait savoir le 5 février
dans un courrier adressé à des juges fédéraux de New-York avoir
«temporairement retiré des milliers de documents de la bibliothèque Epstein du
ministère de la Justice pour un examen plus approfondi». »
Un
document de 52 pages reliant Jack Lang à Jeffrey Epstein a été dépublié par la
justice américaine
Ce retrait se fait « En dépit de la loi qui imposait [au département de la justice
américaine] la publication de tous les documents en sa possession avant le
19 décembre », loi votée à l’unanimité moins une voix par le Congrès
américain au grand dam de Donald Trump qui a vu une de ses promesses
électorales faites au camp MAGA se retourner contre lui.
Je remarque que, dans les milieux bien informés, pour ne pas
diffamer Jack Lang, on di qu’» il a la malchance » que son nom soit
cité dans pas mal d’affaires de pédophilie ou de pédopornographie impliquant
des artistes, des intellectuels et des hommes politiques sans jamais que le
ministre ne soit cité à comparaître, jugé ou condamné. Dans la sphère intellectuelle, cela va de la
pétition pour une sexualité libre entre enfants et adultes, à la reconnaissance
et à l’exploration de la sexualité infantile ou au développement du « petit
prince » qui sommeille en chaque enfant prôné par l’ancien ministre de la
Culture et de l’éducation nationale. Malchance qui va de pair avec une capacité
tout aussi systématique à passer à travers les mailles du filet des
scandales : les affaires où le nom de Jack Lang fait l’objet de possibles
incriminations disparaissent mystérieusement les unes après les autres.
Ce n’est pas que les complotistes aient toujours raison,
mais je remarque qu’un certain nombre de leurs allégations sont confirmées. Les
#EptsteinFiles n’ont longtemps été remontés que par la sphère Maga ou par Alain
Soral. La chute de Jack Lang a été souvent annoncée et ceux-là même qui l’annonçaient
n’étaient pas certains de la voir arriver. On a cru un instant qu’une justice
immanente nous la ferait voir avant sa mort ou si ce n’était pas sa chute,
obligerait Jack Lang à « s’expliquer point par point », comme il
assurait vouloir le faire et puis finalement non : une fois de plus, le
dossier est dépublié, même si le Parquet national financier (mais seulement
celui-ci) a ouvert une enquête préliminaire. Encore, l’enrichissement personnel
dont la famille Lang pourrait avoir été bénéficiaire ferait-il pâlir d’envie
Marine Le Pen à qui l’on promet l’inégibilité pour avoir abusé du Parlement
européen pour un peu plus qu’une différence de vue concernant le point de
savoir si un assistant parlementaire devait pouvoir faire de la politique au
service du parti politique de son député
ou travailler uniquement pour le Parlement européen. Mais il ne s’agit pas de
réhabiliter Marine Le Pen contre Jack Lang.
Bilans comparés de François Mitterrand et de Jack Lang. Pour
le premier, promesses de changement, abolition de la peine de mort, puis
politique de rigueur, sujétion à la politique américaine de Reagan, opposition
à la réunification allemande, Première guerre du golfe, allégeance aux
putschistes ayant formé le projet de renverser Mikahil Gorbatchev, puis adoption
du traité de Maastricht sous la promesse d’une Europe puissance intégrant la
Russie désoviétisée pour faire contrepoids à la puissance américaine avec un
euro qui aurait fait concurrence au dollar. Pour Jack Lang, radios libres
presque toutes rachetées par de grands groupes audiovisuels, don d’un canal
disponible à un ami de François Mitterrand, esclavagiste réputé des taxis
parisiens ; acceptation sous la contrainte de TV Berlusconi,
instauration de la fête de la musique passant de chacun sortant avec son
instrument à une institutionnalisation équivalente à celle des radios libres,
où il faut se faire enregistrer par les municipalités pour sortir son violon, fête
du cinéma, acquiescement à tous les grands travaux du pharaon Mitterrand,
courtisanerie effrénée, soutien démagogique à tous les mouvements montants, institutionnalisation
du RAP et de toutes les expressions de la révolte surtoutquand elles émanent de
la jeunesse, mise en coupe réglée de la culture subventionnée à grands frais, officialisation
d’un art ayant vocation à faire disparaître toutes les expressions archaïques
et travaillées des disciplines artistiques ancestrales réputées patrimoniales et
désormais réservées aux artistes amateurs.
Julien Dray devenu chroniqueur à CNews après avoir dénoncé la dérive de TF1 en TFHaine ayant favorisé l’avènement de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2002 avait inventé la main jaune et le slogan : « Touche pas à mon pote » en fondant « SOS racisme ». Pour services rendus à la cause de François Mitterrand qui nous avait fait passer de l’ombre à la lumière, ses réseaux ou des réseaux adjacents semblent avoir imprimé dans le marbre judiciaire l’injonction : « Touche pas à mon Jack Lang! », encore plus inviolable que Pierre Berger ou que l’abbé Pierre. Mais au moins ces personnages et même Jeffrey Epstein étaient-ils généreux. Jack Lang se montra généreux en devenant un mécène avec l’argent du contribuable.
lundi 2 février 2026
Réflexions sur la justice
Dans mon ondoyance et diversité
pour parler comme Montaigne sans en avoir le talent sinon celui de flâner en
moi-même, j’ai esquissé hier pour le même ipse quelques réflexions sur la
justice que j’aimerais coucher sur le papier sans estimer qu’elles ont une valeur
exagérément originale ou novatrice.
Nietzche identifiait le besoin de
vengeance de la personne lésée comme origine de la justice. En lui faisant écho
– et Nietzsche semblait plutôt le déplorer –, la société aurait armé
les plus faibles tout en déplaçant l’acte judiciaire qui partait d’un besoin de
réparer un préjudice personnel vers la réparation d’un préjudice social.
Cela posé et faisant à peu près
consensus, la justice prétend contribuer à la manifestation de la vérité. Mais
elle le fait en mettant en place tout un cérémonial
Plein d’une théâtralité qui la
fait participer au genre de la comédie. La comédie de la justice ne la fait-eelle
pas dévier vers la parodie de justice ?Comme la littérature, le théâtre et
ses transpositions est-il plutôt vecteur de la manifestation de la vérité ou
nous en éloigne-t-il par la distance qu’il prend avec elle, ma question
principale se ramenant à me demander dans quelle mesure la justice contribue réellement
à la manifestation de la vérité.
Une autre manière de se
rapprocher de la question peut être de se demander quel genre de vérité touche la
justice à travers le fait incriminé selon qu’on considère celui-ci comme un
maillon ou le bout d’une chaîne, le point saillant ou le plus significatif. Mais
la justice emploie-t-elle les bons moyens pour remonter la chaîne ? Et
l’indéniable significativité du fait incriminé quand il devient une pâture
médiatique n’empêche-t-elle pas le citoyen qui s’intéresse aux faits divers de
se livrer à une introspection qui pourrait être salutaire ? C’est pourquoi
j’ai toujours pensé que les faits divers corrompent énormément, car ils font
croire à ceux qui sont enclin au mal que le mal est banal et gagne à le rester
ou à rester perçu comme tel. Donc si tout le monde commet le mal, pourquoi pas
moi ?
Pour juger en toute objectivité,
il faut aller des divers points de vue subjectifs vers le point de vue objectif.
La première objectivité consiste à reconnaître que le crime ou le délit a beau
être le moment d’une chaîne, il en accuse le caractère malsain, pervers et
mortifère. Mais ne s’impose pas moins la nécessité de remonter la chaîne et de
ressaisir le cours des événements. Pour ce faire, les points de vue subjectifs sont
essentiels à prendre en compte. Au stade de l’instruction et du débat
contradictoire qui permettent la ressaisie des événements, un principe me
semble essentiel à poser comme préalable et qui ne vaudra pas dans le rendu du
jugement : le refus du manichéisme par lequel la victime et le coupable le
seraient intrinsèquement et de manière non pas définitive, mais figée. Je crois
à la réciprocité des relations humaines et au fait qu’il n’y a pas de bon, pas
de méchant, pas de victime, pas de coupable absolu et pas d’êtres parfaits, la
responsabilité de l’homme visant à le faire avancer vers la perfection et la
prise de conscience au moyen, pour la perfection, d’une éthique qu’il apprend peu à peu à respecter
de plus en plus avec les valeurs qui sont les siennes et, pour l’introspection,
avec éventuellement le soutien spirituel que lui a fait trouver son « besoin
de croire » (Julia Kristeva).
Le jugement judiciaire n’est pas la
somme des points de vue subjectifs qu’épousent tous les protagonistes d’une affaire,
ne serait-ce que parce qu’au bout de la chaîne, il n’y a pas un crime relatif, mais
un crime bien réel commis par une personnalité qui reste problématique si elle
n’est pas intrinsèquement perverse et aussi parce que les points de vue des
protagonistes sont nécessairement antagonistes. Mais ce qui me gêne est que les
rôles que la justice a découpés dans le déroulé du procès partent de l’hypothèse
que chacun des protagonistes et au dernier degré le criminel va prendre parti
pour lui-même. Cette considération des choses est le premier stade de l’introspection,
mais ensuite apparaissent les nuances et remonte à la surface des parties
intéressées le processus qui a conduit au crime qui nous amène au procès. Le bon avocat serait celui qui pourrait aider
le criminel à prendre conscience de sa culpabilité dans le crime. À l’inverse,
le procureur ne devrait pas systématiquement requérir pour protéger la société
d’un criminel qui ne saurait s’amender. De même on pare souvent le procès de
vertus curatives qui permettrait à la partie civile et/ou à la partie blessée
ou affligée dans son intégrité, ou à qui le crime a fait perdre quelqu’un de
très cher, de guérir par la punition du criminel. Mais la punition du criminel
n’est pas le seul critère de résilience de la victime, si toutefois le procès,
par lequel la société prend le relais de la victime pour qualifier et réparer le
préjudice qui lui a été causé comme une offense contre la société elle-même, a
la capacité ou doit s’assigner pour but de mener la victime à la résilience.
La justice vise à la
manifestation de la vérité, mais le biais théâtral, avec son protocole
procédural et la stéréotypie non pas de son rôle, mais de ses rôles, agit comme
une mise à distance et comme si les personnages du procès n’étaient pas les
protagonistes de l’affaire. Elle a un biais plus nuisible à la manifestation de
la vérité quand elle pose implicitement que tous les protagonistes d’une
affaire prennent parti pour eux-mêmes, parti pris qui est pour beaucoup dans le
peu de criminels qui acceptent de reconnaître leur culpabilité et de ne pas
transiger avec elle dans leur défense, indépendamment du rôle du déni chez l’être
humain.
samedi 31 janvier 2026
Catherine de Sienne et Madame de Sévigné
J'ai lu des extraits de ce que j'en ai trouvé à ma portée à Grignan il y a deux ans, en vacances en avril, quelques mois avant le festival de la correspondance où devait se rendre -et dans le même hôtel- mon ami René Poujol pour parler des lettres de l'abbé Pierre avan que les affaires n'ééclaboussent celui qui, déjà de son vivant, a tout fait pour ne pas passer pour un saint. Me sentant un besoin de recul par rapport à ma vie mulhousienne, j'avais passé une première semaine à ND de Taulignan où mon amie Thérèse a pris l'habit il y a quelques années, cette décision me laissant dans un profond malaise que je n'attendais pas, pour des raisons dont je pourrais pourtant expliquer la partie consciente et que l'actualité confirme: je crois qu'il y a un épuisement du modèle de la communauté religieuse a fortiori contemplative où des femmes vivent en vase clos sans se connaître pour se frotter et par ces frictions aiguiser leur relation singulière avec leur unique Époux divin. Durant cette semaine à Taulignan, je lisais Catherine de Sienne et mon esprit glaneur et superficiel en dépit des apparences que je déploie pour le dissimuler était indigne de la dialoguiste comme il l'était de l'épistolière conversante, à moins que je ne revienne un jour aux deux littératrices lors d'une lecture ultérieure approfondie, si Dieu me prête vie et profondeur.
J'ai visité le château de Grignan qu'avait habité la fille de Madame de Sévigné avec une guide rencontrée par hasard tandis que j'écrivais dans le salon de l'hôtel de Grignan où j'étais descendu et dont le nom m'échappe à l'instant. La visite de Grignan passa aussi par celle de l'église et de son orgue qu'une rencontre inopinée de ma guide avec l'organiste pendant la pause déjeuner favorisa. Et je pris possession de ce château comme si j'avais toujours habité son histoire et ses secrets. Cette appropriation était la clef de mon voyage solitaire et c'était la solitude qui me confiait les clefs. J'en étais presque gêné, mais cela avait l'air de beaucoup amuser les visiteurs du château de Grignan avec lesquels je l'arpentais sous la conduite compétente de notre guide que cette histoire intéressait.
Si je devais dire un mot des lettres de Madame de Sévigné si peu que je les comprenne, c'est que cette orpheline souffrant des négligences de sa fille qui avait envoyé sa propre fille infirme et difforme au couvent dès le plus jeune âge afin de s'en débarrasser, cette orpheline, au contraire de cette fille qu'elle adorait, sensible à l'extrême à la déréliction des êtres, cette orpheline au caractère enjoué élevée par sainte Jeanne de Chantal, visitandine et compagne d'âme de saint François de Sales écirt ses lettres dans un style salaisien, ce qui souligne par contraste la différence des deux compagnes de plume de mon voyage dromadaire, Catherine de Sienne étant aussi systématiquement mystique, donc habitée par le "tu radical" que Madame de Sévigné ne mettait "de la conversation dans ses lettres", cet art français en train de naître à côté des maximes de son ami François de la Rochefoucauld qui en décrivait l'esprit ou des romans de ses amies Madame de la Fayette ou mademoiselle de scudéry, dont j'ignorais qu'elle s'était inspirée d'elle pour forger l'héroïne de son roman "Clélie" que je ne connais que par Jean Dutourd, qui disait de ce roman qu'il tapissait l'esprit de toutes les jeunes filles de famille piquantes, éduquées et ouvertes à la mélancolie.
Madame de Sévigné accompagne de ses lettres le Français classique qui se sertissait au Grand siècle et précédait celui des Lumières et ses "ruelles" transformées en "salons", où un regard perçant ouvrirait la voie à une critique d'autant plus impitoyable que la langue avait perdu de sa sévérité, amollie par cette conversation savoureuse et mordante.
Je me suis toujours interrogé sur la différence que je sens radicale entre les Dialogues et la Conversation. Mon ami Alain Heim ma donné la clef de l'énigme en m'expliquant qu'un dialogue posait une voix qui s'affirme, sous quelque prétention d'ouverture que le dissimule son dessein dialogique. C'est dans cette logique d'attestation que s'inscrivent aussi bien les Dialogues de Platon où Socrate pose des questions à ceux qu'il fait moins accoucher d'eux-mêmes qu'il ne les confond, que les Dialogues de Catherine de Sienne où Dieu le Père répond en personne aux questions de sa dévote illettrée qui dicte ses réponses, inversant la logique de la question parce quIl est Celui qui est et qu'elle est celle qui n'est pas, Catherine de Sienne qui pourrait encore avoir inspiré à mon insu mon pseudonyme de Torrentiel puisque Dieu lui intime cet ordre: "Fais-toi capacité, Je me ferai torrent", moi qui me suis fait torrent par incapacité. Le dialogue est attestataire et assertif, au contraire de la conversation, poursuivait mon ami Alain, qui symbolise le contrepoint et où "les voix se confondent", selon la célèbre didascalie dont abusa Molière dans un théâtre auquel Madame de Sévigné préférait celui de Corneille tandis que la question de savoir si l'on préférait racine ou Corneille était âprement disputée, et je crois même me souvenir que la Rochefoucauld s'en faisait l'écho dans ses maximes.
J'aime les voyages ou les pèlerinages littéraires. À mon grand regret, je n'ai pas fait celui de Fécamp pour retrouver les mannes de Maupassant. À Lisieux où j'allai pour "réaliser mes yeux" selon la magnifique formule de ma cousine Nathalie parlant d'elle-même et de la partie asiatique de ses origines maternelles et dont je suis malheureux quelle se soit brouillée avec moi, je lisais "le Partage de midi" que je déclamais à mi-voix sur le balcon du Terrasse hôtel, retrouvis ma Christelle dans l'Ysé de Claudel, rédigeais un commentaire du Cantique de Zacharie en croisant mon inspiration avec l'Histoire d'une âme que je lisais sans comprendre "la petite voie", ayant perdu mon enfance spirituelle sous les assauts du diable, visitais les Buissonnets où grandit la sainte dont toute la famille se montra imbue après sa mort et dont j'aurais voulu approuver la vocation religieuse si javais vécu à l'époque de son père alors que je contrarierais celle d'une autre Thérèse qui avait pour elle une grande dévotion, quand me tomba sur le rable, l'après-midi même où j'allais visiter en coup de vent cette maison, son jardin et sa cidrerie, la nouvelle du 11 septembre et la chute des deux tours jumelles que j'accueillis avec une joie mauvaise: tandis que s'effondrait le temple du Capital, les Américains découvraient enfin qu'ils n'étaient pas invincibles. C'est peu dire qu'ils n'ont pas compris la leçon et c'est compréhensible, compte tenu de cette remarque terrible tirée d'une chanson de Daniel Balavoine, qui me choqua terriblement la première fois que je l'entendis et que je fais mienne à présent: "La vie ne m'apprend rien." Etre adulte, ce n'est pas tirer les leçons d'un passé qui a pu faire de notre vie un champ de ruines, c'est savoir qu'on n'apprend rien et essayer d'en tirer quelque chose.
jeudi 29 janvier 2026
La raison est une allégorie
Je réponds à un certain Candidus que je ne connais pas et pour qui, si je résume, le matérialisme d’un cerveau qui sécréterait la pensée est un argument à opposer à l’athéisme, je ne vois pas pourquoi. Car saint Augustin n’était pas du tout matérialiste et estimait qu’il y avait beaucoup plus d’opposition entre l’omniscience de Dieu qui pouvait faire croire à la prédestination et le libre arbitre qu’entre celle à laquelle il ne pensait même pas, lui qui pourtant était un grand penseur, entre la raison matérielle et la volonté surnaturelle d’un Dieu spirituel, que le matérialisme de la raison n’empêche aucunement de surplomber en longueur, largeur et profondeur. L’important n’est pas tant d’être intelligent que d’avoir l’intelligence de sa volonté. Mais voici ce que j’ai écrit :
« La raison est une allégorie. Vous ne sentez que vous faites usage de votre raison que quand votre esprit est en ordre, ce qui ne vous apprend qu'une chose sur vous-même: à ce moment-là, vous n'êtes pas l'esclave de vos passions et puisque la raison s'oppose aux passions, vous êtes raisonnable.
Est-ce que l'âme pourrait être considérée comme une allégorie au même titre que la raison? Je pense que non, car l'âme est un halo.
Vous dites que le matérialisme produit de la pensée causale. Dois-je vous rappeler que les preuves de l'existence de Dieu rassemblées par saint Thomas d'Aquin se ramenaient à la pensée comme analogie causale et à la cause comme manière de remonter à la première cause, à la "cause de soi" comme eût dit Spinoza pour remonter à Dieu, philosophe aux limites du panthéisme et qui certes n'était rien moins que thomiste, mais il y a une généalogie philosophique qui peut faire parler ensemble le philosophe panthéiste qui définit Dieu comme cause de soi et le philosophe scolastique qui remonte à la première cause ou au premier moteur du premier mouvement.
Mais je reviens à la raison. Vous dites qu'elle n'est pas si elle est matérielle et qu'elle n'est que le fruit de processus matériels. La décrivant comme allégorie, je pose implicitement que la raison n'existe pas. Je veux dire qu'elle n'existe pas beaucoup plus que l'intelligence artificielle dont le mieux quelle puisse faire est de nomenclaturer tout ce qui a été écrit sur un être ou sur un phénomène sans affect pour cet être ou pour ce phénomène, ce qui me ramène à cette pensée du P. Raniero Cantalamessa énoncée un vendredi saint de 2007 et qui m'a d'autant plus cloué sur place que j'étais dans un moment d'incandescence affective. Je vous le restitue en le déformant un peu au gré de ma mémoire défaillante et pour les besoins de la démonstration, mais l'idée y est: "Nous avons su fabriquer un ordinateur, capable de reconstituer les mécanismes de notre pensée ou de notre connaissance (sans "conatus"). Mais nous ne saurons jamais fabriquer une machine qui ait appris à aimer et sache imiter notre amour."
La raison n'existe guère plus que comme l'intelligence artificielle. C'est dire qu'elle est une intelligence sans compréhension ou pis encore une intelligence sans coeur
«
https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=995423
La raison est une allégorieet ce prêtre (Hervé) avait raison, qui me disait qu’il ne faut absolutiser aucune de nos instances, car toutes nos instances sont des expressions du « on » dans le « je », de la vie qui nous précède dans la vie que nous incarnons comme individus.
Le catholicisme pétrinien est-il un judaïsme pétrifié?
Bien que luthérien par ma mère et m’intéressant au
luthéranisme, je suis si viscéralement catholique qu’il ne faudrait pas me
pousser beaucoup pour dire que saint Paul s’est indument poussé du col pour
faire partie du collège apostolique et préparer de manière insinuante et certes
anachronique l’avènement du luthéranisme. On m’objecte que cest ce catholicisme
pétrinien fait de l’Église universelle que je crois défendre un prolongement du
judaïsme qui l’aurait pétrifiée. Je
voudrais examiner cette objection même si cet examen relève de l’uchronie et n’est
pas sans vanité puisque Dieu n’a pas décidé de faire peser sur la seule colonne
pétrinienne le développement du christianisme orthodoxe et d’abord du
catholicisme dont je me fais le chantre.
Je
suis embarrassé pour poser les prolégomènes d’un raisonnement qui tienne. Je
dirais que saint Paul a toujours gardé la nostalgie du judaïsme quand saint
Pierre a gardé la nostalgie de son identité juive.
Saint
Paul, apôtre des Gentils, a imprégné dans la conscience chrétienne la mauvaise
conscience d’être l’ »olivier sauvage » qui avait poussé sans référence
révérencieuse envers l’olivier franc. Saint Paul a vérifié dans sa nostalgie du
judaïsme et en devenant l’apôtre des Gentils le postulat de son maître Gamaliel :
« si cette entreprise qu’on n’appelait pas encore le christianisme vient
de Dieu, rien ne pourra l’arrêter ; mais si c’est un emballement humain, il périra de lui-même. »
Saint
Paul a persécuté ce qu’il prenait pour un emballement sectaire, il s’est ému du
martyre d’Étienne, cette émotion s’est imprimée en lui au point de le faire
tomber de cheval et de s’entendre murmurer par Jésus en personne sur le chemin
de Damas : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? »
Il a été enlevé jusqu’au troisième ciel pour devenir le
témoin oculaire de la réalité qu’il avait persécutée et se faire le zélote de
la nouvelle Église. Il a mis un pied dans la porte du collège apostolique pour
s’y faire introniser non pas prêtre (la fonction ne voulait rien dire en
christianisme et pas même dans la théologie de saint Paul pour lequel il n’y a
qu’un seul grand prêtre et ce grand prêtre est Jésus-Christ dans l’épître aux
Hébreux si on consent à continuer à l’attribuer à saint Paul), non pas prêtre
donc, mais enseignant de renom et même enseignant en chef.
Il a été emporté au troisième ciel tout en se trouvant
mortifié de conserver une écharde dans sa chair qui l’empêchait de faire ce qu’il
voulait. Et comme humainement revenu de ce transport qui l’a fait tomber de cheval,
à la fois content et désabusé d’être simple chef de secte d’une Eglise
charnelle où les uns revendiquaient de lui appartenir quand d’autres assuraient
qu’ils appartenaient à Pierre ou à Apolos, et plongé dans les affres de la vie
quotidienne, sa nostalgie du judaïsme lui fit dire qu’il préférait être séparé
du Christ plutôt que ses frères de race à lui, l’apôtre des païens, ne soient
soustraits du Royaume de Dieu en ne reconnaissant pas le Christ. Nostalgie
compréhensible, retour compréhensible à une identité avec laquelle on ne négocie
pas autant qu’on pourrait le croire. Et pourtant, l’intronisation de saint Paul
dans le collège apostolique était-elle pure usurpation préparant à ce que d’aucuns
dénoncent comme « l’imposture du judéo-christianisme » surtout depuis
qu’Éric Zemmour s’en est emparée pour faire renaître un christianisme politique
juif et post-maurrassien? Ne peut-on pas dire à la gloire de saint Paul ou pour
en honorer la mémoire que, s’il a été admis dans le collège apostolique, ce n’est
pas pour devenir un prêtre de plus dans une démarche paradoxalement cléricale
et synodale, mais parce qu’il a bien été le témoin oculaire de quelque chose,
qu’il n’a donc pas usurpé sa fonction de témoin oculaire, ce quelque chose
étant rien de moins que le Christ cosmique, là où les apôtres sont restés
stupéfaits quand Jésus-Christ ressuscité fut « soustrait à leurs yeux »
pour reprendre une traduction du récit de l’Ascension qui m’impressionnait
enfant, fut « soustrait à leurs yeux » pour être emporté au ciel,
celui-là même où saint Paul fut emporté, lui qui voudrait être « soustrait
du Royaume de Dieu » au contraire du bon larron, s’il était séparé des
juifs, bien que le Christ ait tout récapitulé en Lui, en Sa personne
humano-divine et dans son sacrifice ?
En face, à quoi se bornait chez saint Pierre la nostalgie de
son identité juive ? À celle d’un homme rituel qui, quand il reçut la
vision qui devait l’emmener chez Corneille pour baptiser le premier païen, s’entend
dire, dans son extase qui fit descendre du ciel, telle une nouvelle arche de
Noé, une nappe où étaient disposés tous les quadrupèdes, non pas : « Lève-toi
et marche », non pas « lève-toi et pêche » (et « fais-toi
pêcheur d’homme », « quel appel ! », dira le pasteur François
Ferré), mais « lève-toi, tue et mange ». Pêche des hommes, mange,
baptise. Mange et tue ? Nous ne sommes pas dans un contexte végétarien et
Dieu ne se repent pas d’avoir créé la chaîne alimentaire. Pourquoi une créature
n’existe-t-elle qu’en s’en incorporant une autre ? Dieu n’élucide pas ce
mystère, mais il envoie Pierre chez Corneille, qui comprend que « Dieu ne
fait acception de personne », qui voit l’Esprit-Saint descendre sur ce
païen « juste parmi les nations », centenier romain apprécié de toute
la population juive, qui donc interroge
ses compagnons : « Pourquoi refuser le baptême à des gens qui, comme
nous, ont reçu le Saint-Esprit ? », qui informe le collège des
apôtres de la vision qu’il a eue et qui fait à l’Église naissante un devoir d’étendre
sa mission aux païens ; qui ensuite ne se rétracte pas, mais ne se fera
jamais un chantre de l’affranchissement de la Loi comme saint Paul, en cela peut-être
trop violemment revenu du judaïsme, et surtout ne pourra jamais surmonter la
réticence de manger les aliments sacrifiés sur le mode prescrit par la loi, ce
dont Paul lui fera reproche dans l’épître aux Galates, non sans se vanter de l’avoir
fait plier au concile de Jérusalem et non sans se désoler que maintenant, Pierre
ne lui obéit pas et va manger chez des
juifs qui continuent de sacrifier les animaux en les vidant de leur sang et
sans les étourdir, tandis que, de son côté, Pierre reprochera à Paul de
répandre des enseignements obscurs qu’il ne faut pas assimiler sans formation…
Bref, d’un côté la nostalgie du judaïsme fait que Paul
devient une sorte de « juif universel » qui, par moments, regrette
presque d’être chrétien, ne veut pas être coupé de ses racines et refuse l’inculturation,
tandis que Pierre restant un juif rituel, instaure sans le savoir un
catholicisme inculturé, compatible avec les constituants identitaires, un christianisme
où chaque nation peut importer ses mœurs et ses rites, à l’indignation de Paul
qui voit dans cette limitation identitaire une manière dont le christianisme,
non pas va se scléroser dans le culturalisme de l’incarnation des valeurs, mais
ne va pas être une denrée facilement exportable selon son intuition de citoyen
romain que, pour faire connaître le message évangélique, il faut le diffuser
dans la capitale de l’Empire, moyennant quoi Paul qui est l’ancêtre du
protestantisme est aussi le premier Romain à la différence de Pierre qui s’en
ira à Rome continuer l’œuvre de Paul, mais ne se sentait pas instinctivement
porté versla ville-monde, étant si peu césaro-papiste que, sans respect excessif
des autorités de l’État, avant de renier Jésus qu’il avait abandonné pendant la
nuit de Gethsémani, son premier mouvement le porte lors de la Passion à vouloir
couper l’oreille du serviteur du grand prêtre, se faisant défendre par Jésus de
s’attaquer à l’escorte qui venait l’arrêter et encore moins à la soldatesque
qui allait couvrir ce crime de son autorité.
Quant au fameux concile de Jérusalem avec sa célèbre formule
« Nous et l’Esprit-Saint avons décidé que », il accouche déjà d’une cote
mal taillée : comme on ne saurait aller contre la Volonté de Dieu, on ne
va pas déclarer impurs ce que Lui a déclaré pur, il n’y a aucun homme ni aucun
aliment intrinsèquement impur. L’homme ne le devient que par ce qui sort de son
cœur et l’aliment ne le devient que par ce que l’on investit sur lui. Si donc
on le sacrifie aux idoles, comme il s’agit de ne pas faire scandale, on n’ira
pas dire qu’on peut le consommer et même on interdira les aliments sacrifiés
aux idoles. Mais pour faire bonne mesure, on s’abstiendra aussi, à l’exemple de
saint Pierre, de manger ostensiblement des aliments sacrifiés selon les
anciennes prescriptions de la loi. On ne prescrira pas l’abolition de tous les
interdits alimentaires pas plus que, dans un autre ordre d’i’idées, on n’ira
ouvertement jusqu’à se prononcer contre l’interdiction de l’esclavage même
parmi les chrétiens, mais on fera pratiquement jeu égal entre les aliments
Cacher et les aliments sacrifiés aux idoles pour ne satisfaire ni les juifs ni
les païens, et on fera grief à saint Pierre de préférer manger avec ses anciens
coreligionnaires.
Donc est-ce que le judéo-christianisme universel de l’apôtre
des gentils ou des païens est plus libérateur que la nostalgie identitaire du
judaïsme de saint Pierre, disciple du Christ déjà en son humanité, faisant la
part des rites, des cultures et d’un certain nationalisme ? J’aurais
tendance à parier que, si c’était le judaïsme identitaire et converti de saint
Pierre qui l’avait emporté contre le néo-judaïsme universel et chrétien de
saint Paul, cette deuxième colonne du catholicisme, il y aurait eu moins d’antichristianisme juif
et par suite d’antijudaïsme chrétien même si on ne peut pas refaire l’histoire,
mais cette intuition me conforte dans mon amour du catholicisme qui,
prolongement du judaïsme, n’aurait pas eu à faire le chemin à l’envers d’un
dialogue rouvert entre juifs et chrétiens après une catastrophe génocidaire, mais
aurait peut-être fait l’économie de l’antijudaïsme patristique et aurait
suscité moins de réactions antichrétiennes des communautés juives qui n’auraient
pas vu dans cette montée d’une extension insolite de leur religion la même
menace impérialiste pour employer une expression anachronique, même s’ils n’auraient
pas pu manquer de dénoncer une dérive idolâtrique dans la reconnaissance d’un
Messie qui permettait d’invoquer pour être sauvé un autre Nom que celui du Dieu
unique que confessait leur monothéisme intransigeant après la séparation de l’elohïsme
et du yahvisme.
Et puisque le christianisme pétrinien mais non pas pétrifié se
serait assumé comme prolongement du judaïsme sans agressivité envers celui-ci en
tant que religion ni à l’encontre de ses composantes humaines, il n’aurait pas
dû procéder au reniement de la théorie de la substitution, reniement qui, pour
le coup, en posant deux alliances parallèles et parallèlement salvifiques,
constitue une trahison indéniable, non pas du message évangélique, mais de la
messianité de Jésus-Christ.