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dimanche 12 septembre 2021

Considérations disparates sur Eric Zemmour


- Le CSA a raison de décompter une candidature qui se fabrique au jour le jour avec un marketing très efficace sous des dehors de journaliste influenceur de la bourgeoisie abreuvée de vinaigre. La comparaison avec France Inter ne tient pas, car aucun journaliste de France Inter n'a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle.

Celle avec Emmanuel Macron se soutiendrait davantage: chacun pouvait comprendre où il voulait en venir depuis le premier "Des paroles et des actes" qui a salué sa nomination au ministère de l'Économie et l'a présenté aux Français sous les bons offices (et auspices) de David Pujadas. Macron manoeuvrait depuis Bercy, avait des unes de presse pour le lancer, mais il ne disposait pas d'une émission où donner tous les jours son avis d'historien.

- Il faudrait savoir. Soit la France n'a pas dit son dernier mot, soit elle se suicide. Un auteur qui se fait connaître par une sorte de baroud d'honneur à la Bossuet en chambre ("La France est morte, vive la France !") se signale par un mauvais présage, et le présage est tout depuis la religion primitive. En réalité, ce n'est pas la France qui se suicide, c'est la société occidentale de l'après-guerre et de la reconstruction qui casse ses jouets depuis que l'économisme a pris le pas sur le social réduit au rang de "sociétal", tant la justice sociale a cessé d'être un horizon séduisant.

Vendre nos pays à la découpe, les mettre en coupe réglée et restructurer les services publics pour faire des économies de bout de chandelle en le rendant moins offrant pour qu'on lui en demande moins, a mis nos pays dans l'état exsangue où la Covid a révélé qu'étaient nos hôpitaux, sans parler de la police, de la justice, de l'armée, et de tout ce qui fait le régalien du pauvre, le système de protection sociale qui permettait aux moins aisés et aux plus aidés, pour reprendre une formule de Françoise de Panafieu, de vivre et non pas simplement de survivre.

- Ce qui frappe dans le cas Zemmour, c'est la fabrique d'une icône. Je me souviens parfaitement, à la parution du premier essai relativement confidentiel qui l'a fait connaître en lui valant une invitation chez Thierry Ardisson, et qui a fait passer ce journaliste politique au rang d'essayiste, de ce qu'en disait Paul-Marie Coûteaux, qu'il aimait plutôt bien: "C'est un journaliste très mondain".

Depuis, toute l'extrême droite lui fait les yeux de Chimène en affirmant le connaître depuis très longtemps, à commencer par le Menhir en personne. Tout le monde le retient: "N'y va pas, Eric, on t'aime, tu vas faire ton malheur, notre malheur électoral ou celui de la France", car on n'a jamais vu un historien faire de la politique, ni avoir l'étoffe de se laisser détourner de ses idées générales par la gestion de l'imprévu, gouvernance obligée depuis qu'un clou chasse l'autre et que l'actualité commande, sous l'effet de l'invasion du temps médiatique l'emportant sur le temps long du politique. Maurras disait déjà qu'un des inconvénients de la démocratie, c'est qu'elle "gouverne au présent".

- Zemmour et la bourgeoisie vinaigrée: Zemmour est comme Mélenchon qui séduit essentiellement les gauchos blancs de la classe moyenne, il ne mord pas sur l'électorat populaire. Il exprime en lui donnant un vernis d'érudition demi-savante ce que la bourgeoisie de province se dit entre la poire et le fromage pendant les déjeuners de famille. Elle n'a plus besoin de se cacher pour s'en prendre aux faux chômeurs et affirmer qu'elle préfère des travailleurs mal payés à des chômeurs payés à ne rien faire et qui gagnent plus que ceux qui travaillent. Cela, Jacques Attali l'a dit pour elle un matin sur RMC dans la formulation que je viens de reprendre à peu près et avant qu'il ne le résume, Nicolas Sarkozy avec son "travailler plus pour gagner plus" n'en faisait plus mystère, pourchassant, sous l'égide de Laurent Wauquiez pourfendant "le cancer de l'assistanat" en qualité de patron de "la droite sociale", les chômeurs qui refusaient "deux offres d'emploi raisonnables, si loin de leurs aspirations, compétences et territoire qu'on les leur proposât, et sortant ce secret des familles qui n'aiment pas grand monde ("à bas les faux chômeurs !") du placard où on met les condiments, l'eau de javel, l'ammoniaque et les produits pour récurer. La bourgeoisie garde pour elle: "On n'aime pas les Arabes." Zemmour lui permet de le dire en se justifiant avec tout un arsenal de raisons islamophobes.

- Zemmour ne se défend pas d'être marxiste comme tous les organicistes ne se défendaient pas d'être socialistes, y compris national, excepté sur le plan ethnique où il fallait une homogénéité qu'ils n'incarnaient pas souvent eux-mêmes, pas plus Zemmour (dont Henry de Lesquen cite un propos selon lequel il serait "Éric à la ville et Moïse à la synagogue") qu'Hitler (pardon pour le point Godwin), qu'une légende urbaine, entretenue par des gens proches de lui sur le plan des idées, mais qui l'ont renié parce qu'il a échoué, fait être d'ascendance juive, sinon le fils d'un Rothschild, mais surtout qui s'est posé en Autrichien de naissance qui crache sur l'Empire austro-hongrois pour devenir plus allemand que les Allemands en décidant que les Allemands ont beaucoup plus fait pour l'européanité que les Habsbourg, qui amalgamaient l'Europe centrale aux Allemands méridionaux.

- Zemmour parle le marxien comme Patrick Buisson dans "la Cause du peuple". Il doit falloir parler la langue de l'adversaire pour se faire traduire, au risque de perdre sa langue ou d'y perdre ses  

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