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jeudi 26 mars 2020

Emmanuel Macron, collaborateur du coronavirus?

Réponse à Serge Hirel qui, le 26 mars 2020, écrit sur le blog de Philippe Bilger: "A l’époque (de la grippe espagnole), sans masque, aucune mesure de confinement n’avait été prise... les autorités ayant préféré sauver l’économie plutôt que la vie." Vous énoncez là l'idée qu'a avancée Laurent Alexandre, le défenseur en France de l'intelligence artificielle, qui voit un progrès de la civilisation dans ce choix de la vie au risque de laisser survenir une crise économique qui ne fait plus de doute après cette psychose virale et mondiale. Je me méfie toujours quand un homme qui ne jure que par la technique me montre un progrès de l'humanité. Mon esprit simple a tendance à croire à une opposition un peu systématique entre l'homme et la machine. Il y a deux choses à objecter à Laurent Alexandre et vous avez élevé la première objection. Sauf s'il continue de mourir chaque jour 30 % de plus de personnes du coronavirus en France que la veille et que la mortalité due à cette maladie ne suive pas une courbe avec sa montée, son pique et sa descente, les maladies qui affectent l'humanité depuis la nuit des temps, sans compter les fléaux dus au mauvais usage que les hommes font des biens et de la vie, font plus de morts que ce virus contre lequel nous serions en guerre totale. Or on ne meurt pas que du coronavirus et je frémis de connaître, après la crise, le ratio des mors du coronavirus qu'on aura évités par rapport aux morts qu'on aura provoquées par absence de soins et tri des malades, toutes pratiques qui se faisaient sous le manteau, mais qu'on n'a plus peur d'exposer ni honte d'avouer, à l'heure de la réquisition des hôpitaux et des services de réanimation pour soigner les malades de cette unique pandémie. Mais qu'on préfère faire moins de morts d'une maladie contagieuse que de sauver l'économie n'est qu'un progrès apparent de la civilisation. Jusqu'à l'apparition du coronavirus, on ne disait pas que la grippe espagnole avait provoqué plus de morts que la guerre de 14, parce qu'on distinguait ce qui relevait de la malveillance de l'être humain, les crimes de guerre, de ce qui était imputable à la nature à quoi l'homme ne peut pas grand-chose : les morts des maladies, des virus et des pandémies. Il n'y a donc pas un progrès de l'humanisme, mais de l'individualisme à sauver des vies en isolant la cause de leur mort plutôt que l'économie qui suppose une activité des vivants au service des vivants. Ce que montre ce changement de paradigme salué par un croyant de l'intelligence artificielle comme Laurent Alexandre, c'est que nous avons peur de la mort et que nous n'osons plus la regarder en face. À cela s'ajoute ce que dit Lodi: la personne du président de la République est un obstacle à son message. Jean-Gilles Malliarakis a posé le problème de manière amusante dans sa dernière chronique de "L'Insolent": pourquoi la cote de popularité de Macron remonte-t-elle en même temps que celle de Didier Raoult et que, même s'ils se parlent, les deux apparaissent aux antipodes ? J.G. Malliarakis citait le chanoine Kir qui prétendait après-guerre que Dijon était la troisième ville de France, car si l'on comptait ceux qui étaient venus saluer le maréchal Pétain et ceux qui étaient venus rendre les honneurs au général De Gaulle, on arrivait au niveau de population se déplaçant de la troisième ville de France, le facétieux chanoine feignant naturellement de croire que les deux foules n'étaient pas composées des mêmes Bourguignons. Je prie que l'on m'excuse si ma comparaison choque. Mais Emmanuel Macron est en passe d'apparaître aux Français comme le collaborateur du coronavirus tandis que Didier Raoult s'affiche comme celui qui lui résiste et qu'on empêche de le soigner. Emmanuel Macron a fait ressurgir la rhétorique guerrière, mais il croit utile de se référer de préférence à la guerre de 14 ("c'est Clemenceau dans les tranchées", "l'État paiera" ou la comparaison implicite avec la grippe espagnole) pour faire reculer les années 30. La manœuvre pourrait en outre réussir à le maintenir au pouvoir, car à qui confier la remise en ordre de l'économie, sinon à celui qui l'a mise à terre? Macron prétendra se maintenir contre l'aventurisme après avoir jeté le pays dans une crise aventureuse. En attendant, il exige qu'on ne lui demande de comptes qu'après que la crise sera soldée. C'est ici que la comparaison avec la seconde Guerre mondiale reprend du service et de la pertinence. Car à l'époque des nazis, on prétendait ne pas savoir où étaient déportés les juifs et ce qui se passait dans les camps. Ne pas convoquer le mal absolu. Certes, d'autant que ce que nous vivons me paraît davantage relever des théories d'Emmanuel Goldstein dans "1984" que des remugles de la guerre. Mais comment comprendre le refus de soigner les malades pour limiter les dégâts du virus avec un médicament antipaludéen qui a fait ses preuves d'efficacité, de faibles effets secondaires, de risques cardiaques limités, et qui était en vente libre jusqu'il y a un an ou deux? Pourquoi ne pas se diriger vers le fait de tester et de masquer tout le monde et de ne confiner que les malades, selon ce que préconise l'OMS? Le gouvernement fait comme s'il n'y pensait même pas. Comment expliquer ce confinement foutraque où l'on interdit aux gens de se balader dans les parcs et en forêt pour confiner le virus à l'intérieur de la ville, mais où l'on recrute en masse des ouvriers agricoles, sans compter ceux qui devraient sans formation aller aider dans les hôpitaux engorgés? Qu'est-ce que ce confinement où ni les caissières ni les policiers ne portent de masque et où l'on peut continuer de voyager dans les transports en commun où l'on se tasse ou en avion? Si le maréchal Pétain avait promulgué la constitution pour laquelle le parlement lui avait donné les pleins pouvoirs en même temps qu'il avait mission d'entamer les pour-parlers avec les Allemands, constitution qui n'était pas qu'une diversion politique, sans doute n'aurait-il pas pu collaborer comme il l'a fait. Macron prétend gouverner seul en s'appuyant sur un parlement croupion et sur une majorité dont on a vu la servilité. Une amie me disait cet après-midi que le coronavirus était en train de saper les trois piliers sur lesquels était fondé notre modèle social: notre confiance en la technique, une économie libérale et les libertés individuelles. Le coronavirus joue ici comme un accélérateur de l'autodestruction des sociétés occidentales, fatiguées d'être libres, saturées d'être riches. dommage, j'aimais bien le monde dans lequel je suis né et ce n'est pas parce que je n'ai pas d'enfants que je n'aurais pas souhaité laissé un monde meilleur aux enfants des autres.

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