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mardi 26 septembre 2023

Les cadavres dans le placard

N'ouvrez jamais les placards, il sont pleins de cadavres. Ce que je dis là est d'une sinistre vérité. Mais ceux qui veulent qu'on ne les ouvre pas prétendent banaliser les mauvaises actions dont ils se savent capables ou qu'ils se savent avoir commises. Dénoncer n'est pas banaliser, c'estvouloir sortir au contraire de la banalité du mal. 


Une fois qu'on a dit ça, est-ce que Vanessa springora a eu raison, non pas d'écrire son livre "le Consentement", mais de rendre Gabriel Mazneff responsable de son mal-être et de ne pas présumer que son mal-être d'enfant au père absent et à la mère négligente était la condition qui a fait d'elle la proie de cet écrivain pervers qui aurait dû accepter de lire le livre de celle qu'il prétendait aimer au lieu de se demander d'emblée pourquoi elle écrivait un livre méchant pour lui faire du mal? 


N'est-on pas sorti de l'illusion qu'il y a des saints puisque tous enferment des secrets dans leur placard?


Et est-ce qu'on ne peut pas s'étonner d'être passé en cinquante-cinq ans de la société de la libération sexuelle à celle où le viol est un crime et où tout rapport de séduction peut être assimilé à un viol? 

dimanche 24 septembre 2023

Le pape et les migrants

"Ce préambule n'est pas inutile qui concerne le pape François à l'égard duquel mon premier sentiment est de déférence religieuse mais d'incompréhension politique." (Philippe Bilger))


Justice au Singulier: Le pape François ne rend rien à César... (philippebilger.com)


Invité cette année par un ami au Pèlerinage national de Lourdes, j'ai dit tout à trac à un jeune néophyte rencontré dans le car qui nous emmenait là-bas qu'autant j'appréciais le théologien dans ce pape qui est plein d'Évangile, quand je l'entendais retrouver toutes ses forces et son agilité , intellectuelle pour le commenter au cours de sa messe privée de la maison sainte-Marthe que le Vatican acceptait de diffuser pendant le confinement sans dénoncer les entraves intolérables à la liberté de culte, autant je ne comprends pas une politique publique qui dit aux dirigeants du monde ce qu'ils veulent entendre, tout en  accompagnant la mondialisation par une prédication de plus en plus syncrétique sous prétexte de fraternité universelle, ce qui la rend de moins en moins christologique et va à l'encontre de sa dénonciation de la "mondanité spirituelle".


On pourrait m'objecter que sa référence constante au respect du droit des migrants secoue le landerneau mondial, car à l'entendre, on n'en accueille jamais assez. Mais on fait aujourd'hui en Europe et dans le monde une politique au nom du droit des migrants en ayant changé le paradigme de l'Histoire qui, jusqu'à l'après-Seconde guerre mondiale, a toujours été xénophobe et protégeait les nations contre les menées (et parfois les invasions) étrangères. Le pape dit avec les dirigeants du monde que cette xénophobie politique est illégitime depuis le national socialisme. Et la dénonciation de cette illégitimité prend le débat politique en otage depuis une quarantaine d'année. Le libéralisme mondial est antifasciste par essence, définition et priorité. L'anti-lepénisme est en France le tronc commun qui maintient l'"arc républicain"en équilibre au-dessus d'un épouvantail. À choisir, même un Mélenchon préfère l'antifascisme à l'antilibéralisme. Ses consignes de vote, même le plus implicites possible, aux deux second tours des deux dernières élections présidentielles, nous renseigne clairement sur ce point. La République est xénophile et l'histoire n'a plus à être une émancipation xénophobe des nations conquérantes.


En strict régime chrétien, ou plus exactement si on ne se réfère qu'à l'Évangile en passant outre le millénaire de philosophie politique de la civilisation chrétienne, le pape et la République laïque ont raison, encore que l'Évangile insiste sur le respect de l'étranger, mais ne préconise pas qu'il ait la première place aux royaumes de ce monde. L'Evangile détourne la question "qui est mon prochain?" en "de qui vais-je me constituer le prochain?" et répond que je dois d'abord me constituer le prochain de mon lointain. Mais le christianisme politique répond en affirmant qu'il y a une charité politique qui, comme toute charité bien ordonnée,  commence par soi-même. Dire que le "droit des migrants" à émigrer pour trouver une vie meilleure précède tous les autres droits des citoyens des pays d'accueil où ils s'invitent, fait reposer la politique sur l'individualisme et ne demande pas si la protection sociale des pays développés peut supporter cet afflux de migrants arrivant de manière anarchique au gré de leur aspiration à trouver un meilleur ailleurs. C'est faire courir à ces protections sociales le risque de protéger "les autres avant les nôtres", même si une stricte priorité nationale qui irait jusqu'à refuser toute prestation sociale aux primo-arrivants, ou encore l'aide médicale d'État, me paraît inhumaine et serait de nature à m'interdire de voter pour les partis dits "nationaux" ou "extrêmes" dès que je raisonne en chrétien. 


Mais fonder la politique sur l'individualisme comme le fait le pape, n'est pas non plus chrétien, et, quarante-trois ans après le premier voyage en France de Jean-Paul II,  faire l'impasse sur le caractère de "France, fille aînée de l'Église", François tenant à dire qu'il se rend à Marseille et non en France, renvoie un message étrange. Le pape mettrait-il les nations au rancard, même s'il s'en défend en disant qu'il préfère les petites nations européennes comme Alain Finkielkraut défendait le droit des Croates ou des Bosniaques Slovènes, comme si la défense des petites nations (qu'on appelait le respect du "principe des nationalités") n'avait pas été le ferment de nos deux guerres européennes, à commencer par la Grande guerre, mais "Hitler est né à Versailles".


J'en suis à cette perplexité concernant le chef de l'Église catholique, mon "chef" ou mon "berger". Il ne garde pas bien ma foi en l'immergeant dans un fraternitarisme pur sans pour autant faire de l'Église une ONG comme les autorités vaticanes le redoutent, mais en la commettant plutôt comme responsable du MASDU, mouvement pour l'animation spirituelle de la démocratie universelle. (Cf

https://crc-resurrection.org/toute-notre-doctrine/contre-reforme-catholique/opposition-papes/masdu-paul-vi.html#:~:text=1%C2%B0%20%E2%80%93%20L'HUMANIT%C3%89%2C,terrestre%20du%20ROYAUME%20DE%20DIEU.


Mais peut-être faut-il choisir fermement entre un christianisme de religion et un christianisme de civilisation et faut-il assumer et affirmer que la chrétienté, que la civilisation chrétienne sont mortes. 

jeudi 21 septembre 2023

Le roi, le pape et la vente à perte

(Posté sur le blog de Philippe Bilger au pied de son billet:


Justice au Singulier: Un roi à Paris pour faire oublier que la France va mal ? (philippebilger.com)

"Charles III va détourner notre hostilité à l'égard du président Macron et pendant ces trois jours, peut-être y aura-t-il comme une accalmie, du baume qui adoucira nos plaies, rendra secondaires l'amateurisme, l'inconséquence, les contradictions de nos gouvernants." 

 "Le président et la Première ministre n'ont vraiment pas de quoi se vanter." (PB)


Je crains que la visite de Charles III et la tenue dont il fait preuve aient l'effet contraire et  soulignent l'inconséquence de nos gouvernants. Pour preuve, voici ce que j'écrivais ce matin sans avoir lu votre billet, en commentaire des toasts portés entre le roi et le président d'une République transportée à Versailles invitant tous ses happy few et affidés qui le sont depuis 2017:


"Du président de la République française ou du roi Charles III, l’hôte qui a transporté la République à Versailles malgré le précédent communard (passent les émeutes, le roi demeure !) s’est pris pour un roi et a cru prononcer un discours inoubliable en portant un toast quand son invité a prononcé « le Discours d’un roi » sans bégayer comme l’histoire ou comme son grand-père Georges VI.


Charles III a rappelé « l’Entente cordiale » dont il s’agissait de célébrer le centenaire, sous l’égide de son prédécesseur Édouard VII, comme lui longtemps prince de Galles et essentiellement fils de la reine Victoria. Une « entente » qui n’avait pas de cordial que le nom comme le Traité de l’Élysée imaginé par le général De Gaulle et Konrad Adenauer pour forcer la réconciliation franco-allemande et canaliser dans l’idée européenne la fièvre dominatrice allemande comme le dit en presque propres termes Robert Schumann dans Pour l’Europe.  Or on ne force pas une réconciliation. Au contraire, la France a beau s’être montrée anti-brexiteuse, l’entente entre Français et Britanniques subsiste sans avoir besoin de recourir à un autre artifice." 


Et après le roi, viendra le pape, dont j'écrivais ce message lu ce soir sur "Radio courtoisie", dans "le Libre journal de chrétienté"  de mon ami l'abbé Guillaume de Tanouarn:


"Le pape ne vient pas en France, il vient en Migrance pour expliquer aux Migrançais que la charité politique n'existe pas, mais que la migration est un absolu périphérique. Ras le bol de ces gouvernants qui ne veulent plus être gouvernants, depuis Macron qui se prend pour un roi jusqu'à ce pape qui ne veut pas être pape tout en gardant l'autorité du pape pour la noyer dans un salmigondi. Charles III nous a peut-être donné une grande leçon. Face à Macron, le président qui se prend pour un roi, Charles III a tenu le "Discours d'un roi." [...] "L'entente cordiale" a une réalité, toutes les postures de nos autres têtes de gondole sont des déréalisations. Benoît XVI aurait été un grand pape s'il n'avait pas démissionné et s'il avait suivi l'exemple de Jean-Paul II qui suivait le Christ en acceptant le martyre." 


Nos dirigeants sont démissionnaires comme François Hollande ou Benoît XVI. Ou bien ils jouent un rôle auquel ils croient à peine, comme Emmanuel Macron ou François (le pape, dont Pascale Clarck avait raison de se moquer de la désignation par ce simple prénom usuel dans sa chronique du lendemain de son premier angélus sur "France inter": "François vous souhaite la bonne nuit et Roger le bon appétit." 


Ou bien ils sont impuissants comme Bruno Le Maire qui, après n'avoir pas réussi à mettre la Russie à genoux, met tout le monde d'accord contre lui, des petits et des gros pompistes, de "Total" au patron de Coluche dans "Ciao pantin". Le même ministre avait justifié dans son livre "Jours de pouvoir" de s'être incliné face aux manifs contre le CPE (la seule mesure intelligente pensée en faveur des jeunes) parce que Jean-Louis Borloo menaçait de toutes les foudres de son délire si cette mesure anti-sociale devait passer. Avec des "[amateurs]" comme ça, il ne s'en faudrait pas de beaucoup pour que je devienne monarchiste. 

vendredi 8 septembre 2023

Aimons-nous vraiment les pauvres?

"Ce que vous avez fait aux plus petits d'entre les miens, c'est à Moi que vous l'avez fait."


Longtemps je me suis dit que cette Parole de Jésus (la parabole(?) du jugement dernier en Mt XXV) était réconfortante, apaisante et attirante. Attirante parce qu'on a envie de rencontrer et de trouver Jésus dans les pauvres, on a envie d'aimer les pauvres, on a envie de s'apitoyer sur eux. Réconfortante et apaisante parce qu'on croit qu'on le fait instinctivement. 

Mais  quand on se retourne sur sa vie, on s'aperçoit qu'on est très loin du compte. A-t-on servi ceux qu'on aimait quand en eux, l'autre  devenait pauvre? 

Je me souviens de ma première visite à la chapelle de la médaille miraculeuse. J'étais un jeune étudiant désargenté de 17 ans et demie. Un mendiant, Antony, me demanda 50F que je ne lui donnai pas. Il me demanda de l'héberger. Je compris que si je consentais, j'entrais dans un engrenage et je refusai. Toute ma vie a été à l'avenant. Comment ai-je aimé les pauvres? Peut-on se sauver aisément à travers les paroles de Mt XXV?

Mais la question qui intitule mon post  en entraîne une autre corollaire: dans quelle mesure peut-on aimer les pauvres si l'incitation qui nous en est adressée induit qu'on ne doit pas les aimer pour eux-mêmes (ils sont trop sales, ils sont trop moches), mais dans l'espoir d'y trouver Dieu ou de les aimer en fonction de Lui, comme un devoir à accomplir ou comme un service à Lui rendre? Les pauvres sont-ils à ce point quantité négligeable qu'on doive les instrumentaliser?

Soutenir l'autodafé privé?

"Il n’est pas question de supporter aveuglément le fait de brûler des corans. On ne peut pas d’un côté s’émouvoir de la réécriture d’ouvrages du passé ou de leur effacement des bibliothèques et applaudir quand un coran est brûlé. Les livres témoignent d’un passé et plutôt que de les brûler ou de les effacer, démarche peu constructive, il serait préférable de les critiquer, de les contextualiser, de les expliquer et, encore mieux, d’en écrire d’autres. Brûler un livre, n’importe quel livre, n’a jamais rien produit de bon, ni élevé l’intelligence collective ou fait progresser un débat. Pour autant, rendre cet acte pénalement répréhensible, c’est s’engager sur une pente extraordinairement dangereuse." (Richard Malka, "le Monde", 3 septembre 2023)


"À tort ou à raison, une distinction a toujours marqué mon attitude intellectuelle et psychologique dans le domaine de la liberté d'expression. La séparation entre les idées et les croyances. Les premières sont faites pour relever des débats, pour être contredites. Une idée interdite est le comble de l'étouffement démocratique. Les esprits et les intelligences sont offensés. Mais une croyance relève des tréfonds intimes, des histoires personnelles et familiales, d'un terreau qui se rapporte aux sensibilités. Il me semble qu'on devrait laisser tranquilles ces états d'âme et ne jamais se poser en prosélytes ou en procureurs de ces sphères étrangères à la rationalité et à l'argumentation. Une croyance qu'on blesse, singulière ou collective, c'est de l'indélicatesse humaine." (Philippe Bilger)


Autrement posé, nos croyances racontent l'histoire de nos conditionnements. Cette histoire est à la fois aveugle et purement visuelle, étrangère aux discussions de l'entendement.


Cette distinction entre les idées et les croyances me paraît beaucoup plus féconde que celle entre les croyances et les savoirs, prétentieuse et portée par des docteurs autoproclamés, généralement en sciences inexactes, donc humaines, qui font profession d'oublier que la science procède par hypothèses et que le dernier mot du sage Socrate en matière de philosophie est prononcé quand l'ultime savoir de l'homme le conduit à reconnaître qu'il ne sait rien.

Les caricatures de Mohamed sont venues de la presse danoise et l'interdit des autodafés du Coran devrait encore nous venir de cette "démocratie atypique" qui a voté "non" au traité de Maastricht (si je ne m'abuse) et qu'on a fait revoter pour qu'elle change d'avis en obtenant des exemptions prébréxiteuses à l'application des normes les plus entravantes de l'Union européenne.

Je parodierais volontiers ce mot de Jeanne d'Arc à Pierre Cauchon: "Démocratie luthérienne, c'est par toi que je vis et démocratie luthérienne, c'est par toi que je meurs, bien que mon président ait dit beaucoup t’admirer en faisant un parallèle désavantageux avec ses concitoyens les Gaulois réfractaires."

Il me semble qu'il nous faut distinguer entre l'autodafé d'une personne privée comme Salwan Momika et un autodafé qui serait exercé par une puissance publique et dont Voltaire, dans "Candide", nous a inspiré une juste horreur. Salwan Momika au contraire, a le droit de faire ce qu'il fait. C'est un happening qui veut éveiller les consciences à la source d'exactions que peut être le Coran s'il est pris au pied de la lettre, et l'exégèse qui interdit de l'interpréter encourage à le lire de cette manière littéraliste et avec une vénération sacrée qui va jusqu'à faire de l'eau bénite à partir de l'eau coranisée, qui acquiert des vertus thaumaturgiques d'avoir touché le Coran. Ce lanceur d'alerte irakien réfugié en Suède et d'origine chrétienne sait ce qu'il en coûte d'être athée en terre d'Islam. On n'en a pas le droit, pas même au Maghreb, et on fait silence en Occident sur cette proscription de l'athéisme.

Une nation européenne n'a certes pas le droit de reprendre à son compte ce que se permet une personne privée, et la "sagesse des nations" ou le "droit des gens" n'ont jamais fait depuis les Lumières qu'elle promeuve d'autodafés autres que symboliques, le contre-exemple étant la mise au pilon décrétée par les tribunaux. Mais une nation cultivée doit protéger le droit de la personne privée à brûler des livres, d'autant que le procédé est moins obscène que celui des caricatures du prophète dans des positions inconvenantes.

Le blasphème ne peut pas être un délit retenu par un Etat laïque, car il ne reconnaît aucun culte, mais je conviens avec vous que le blasphème relève de l'immaturité du blasphémateur.

L'abbé Guillaume de Tanouarn avait produit au moment de l'affaire du "pisse-Christ" une distinction féconde entre le blasphème et le sacrilège en disant qu'on pouvait certes commettre un blasphème, mais que le sacrilège était le respect du sacré et que ce qu'on peut appeler en bonne part "le respect humain" devrait nous interdire de profaner le sacré des autres.

Cela peut paraître contradictoire avec mon cautionnement de l'autodafé privé, mais je résoudrai ma contradiction à l'aide de votre distinction des idées et des croyances. Un autodafé privé manifeste une antipathie fondamentale avec des idées qu'on veut symboliquement brûler. Une caricature obscène atteint l'image d'une figure que l'on vénère. Or l'idée est rationnelle et la croyance est visuelle, d'où la tentation iconoclaste de toutes les religions, toujours en vigueur dans l'islam qui interdit qu'on se fasse toute image non seulement du Dieu unique, mais de toute réalité du monde visible et invisible, ce que l'islam résout par l'arabesque, la plus belle forme d'art selon Baudelaire.

À l'école, la réforme Habit ne dévoile pas les jeunes filles

La police vestimentaire a commencé à l'école lorsqu'en 1989, le proviseur du lycée de Creil Ernest Chenière adressa un rappel au règlement à "trois  collégiennes, de 4e et 3e qui gardaient leur voile, noué sous le menton, en classe. Jusque-là, ces fichus présents ici et là au cou de quelques écolières n'avaient jamais fait parler d'eux. Le principal du collège Gabriel-Havez, Ernest Chenière, décide en cette rentrée 1989 de ne pas laisser passer ce qu'il juge comme un coup de boutoir contre la laïcité. Il convoque les jeunes filles, saisit le conseil d'administration, écrit aux familles qui campent sur leur position. L'affaire de Creil vient de commencer. [...] Le Conseil d'Etat, saisi du sujet par le ministre de l'Education Lionel Jospin, statue sans trancher : il laisse aux chefs d'établissement le soin de décider au cas par cas." Pap Ndiaye se placera sous cette jurisprudence aujourd'hui critiquée par un Lionel Jospin qui, après avoir eu la bonne réaction le 11 septembre en prononçant le célèbre: "Pas d'amalgame" qui a évité l'inflammation de la chute des temples du Capital en guerre civile en France et en Europe, a changé, probablement sou l'influence de son épouse, très anti-genderet assez fascinée par la patristique chrétienne, un de ses objets d'étude. cL'ancien premier ministre à qui je conserve fidèlement toute mon estime commencera par approuver le Discours de ratisbonne du pape Benoît XVI. Il confirmera son revirement  dans une interview toute récente sur "France inter", argaunt du fait que les temps ont changé depuis la jurisprudence du Conseil d'Etat et que le 11 septembre (le fameux!) est passé par là.


"Trente ans plus tard, À Creil, évoquer « l'affaire » provoque surtout des soupirs, plus ou moins ulcérés. On la ramène volontiers à une opposition de personnes. Localement, il a été reproché à Chenière, le fort en gueule, le franc-maçon revendiqué, d'avoir utilisé la polémique pour se donner une épaisseur politique, lui qui deviendra en 1993 député (RPR) de la circonscription. Ce sera son seul mandat." 


https://www.leparisien.fr/societe/affaire-du-foulard-de-creil-c-etait-un-lynchage-confie-l-ex-principal-du-college-02-10-2019-8165001.php


Mais quel mandat! Je suis depuis trente ans un fervent auditeur de "Radio courtoisie". Ernest Chenière adoptait des positions plus droitières que celles Pierre Bernard, l'ancien  maire de Montfermeil avec qui il débattait .


Depuis lors, la réforme Habit de l'école sans contenu n'a cessé de stigmatiser les jeunes filles musulmanes. Il était bien plus facile de s'en prendre à elles que de s'attaquer à leurs petits ou à leurs grands frères, qui donnent beaucoup plus que leurs soeurs qu'ils surveillent et punissent quand elles ne se tiennent mal à leurs yeux dans la petite délinquance qui "emmerde les Français", comme aurait dit Georges Pompidou. Plus facile et plus cruel, comme tout ce qui est facile. Car dévoiler une femme qui croit que c'est pour elle un devoir sacré de porter le voile revient à la déshabiller de force. Il me semblait que notre société était contre le viol, le voyait partout, surtout depuis #MeTo et en avait fait pénalement un crime.  Facile, cruel et incohérent. Plus facile que de s'attaquer à ce qui opprime les femmes et aux mariages forcés qui sont importés du bled et que la société française reconnaît sans les soumettre à l'obligation préalable de passer devant M. le maire, comme elle le fait pour les mariages catholiques: l'Église catholique aurait mieux fait de lutter pour l'égalité devant le mariage et de revendiquer l'autonomie du mariage religieux que de dénoncer bêtement "le Mariage pour tous" qui ne la concernait en rien L'État laïque promulguait un acte civil et il a le droit de placer la civilité où il veut. N'aurait-il pas été du devoir d'une société féministe de s'attaquer à ce qui brime les femmes?  Mais il est  plus facile de parler que d'agir. Il est aussi  plus facile de savoir quand une femme porte volontairement le voile que de repérer un mariage forcé. La brimade est pourtant plus durable et il faudrait consacrer à la lutte contre celle-ci de nouvelles forces de police dotées de méthodes nouvelles.


La réforme Habit est commode pour masquer que l'enseignement scolaire perd progressivement tout contenu, réduit qu'il est désormais à "la lutte contre les préjugés", "les stéréotypes de genre", la prévention des conduites à risques et la conformation aux nouvelles normes environnementales pour faire des petits Français "de petits républicains" comme le dit notre président, attendu qu'il est interdit, au pays des droits de l'homme, de dispenser un enseignement qui ne soit pas conforme aux droits de l'homme, c'est-à-dire, au hasard, qui pose une nature humaine en face de la liberté ou qui dispose que les droits entraînent des devoirs. Nous avons subi le choc révolutionnaire né dans une fièvre polémique contre le catholicisme et ses abus et au terme duquel  il advient nécessairement que les Droits de l'homme se soient construits comme un anti-décalogue, comme une charte de droits non assortie à un catalogue de devoirs. Et l'expression de Jean Madiran avait le mérite d'être saisissante quand il parlait de "Droits de l'homme sans Dieu".


Mais si elle est facile, cruelle et incohérente, la réforme Habit se justifie-t-elle par son efficacité? La mayonnaise n'a cessé de monter depuis le coup de sang d'Ernest Chenière. On est allé de crise du vêtement en loi contre les signes ostentatoires et non seulement les jeunes filles ne se sont pas dévoilées, mais l'interdiction du port du voile a fait naître l'invasion de l'espace public par des femmes voilées de la tête aux pieds. Vaste progrès.


Gabriel Attal voulait-il démontrer que l'islam est porté à la violence? En son temps, Ernest Chenière a reçu des menaces de mort et il continue de vivre barricadé.  J'entendais ce matin qu'un chef d'établissement avait été menacé de mort par le père d'une jeune fille qui refusait d'enlever son abaya. (À l'école de la République, on préfère la mini jupe à la robe longue.) Tout ce que Gabriel Attal a   gagné en pondant sa circulaire risque fort de provoquer la mort d'un nouveau Samuel Paty. Tout cela pour se distinguer de son prédécesseur, marquer son territoire et se faire remarquer. L'opportunisme et le carriérisme n'ont décidément pas de limites. 

mardi 22 août 2023

La NUPES dans l'impasse

Quelques réflexions stimulées par ce billet de Philippe Bilger.


Justice au Singulier: Jean-Luc Mélenchon non, un autre non plus... (philippebilger.com)


Tout d'abord, réunir la NUPES était le coup de génie et le feu de paille d'un Jean-Luc Mélenchon tentant sa dernière chance, après deux échecs présidentiels et on sait qu'il est mauvais perdant et qu'une élection perdue peut le plonger dans une profonde dépression: c'est arrivé en 2002 et en 2017. Son esprit imaginatif lui a évité  l'effondrement en  inventant ce rebond de vouloir se faire élire premier ministre en retournant le rapport de forces de la gauche, favorable aux socialistes depuis Mitterrand qu'il adore jusqu'à François Hollande qu'il abhorre, et en paraissant renouer avec la gauche plurielle  inspirée par Lionel Jospin qui avait remis en selle le chef des insoumis en le nommant ministre de l'enseignement professionnel où son ouvriérisme ostentatoire et tribuniciel pouvait se donner une première carrière, et par Jean-Christophe Cambadélis du temps où il n'était pas intolérant et monochrome, mais était un formidable analyste des forces de la gauche.  


Jean-Luc Mélenchon s'est imaginé pouvoir refaire "l'union de la gauche" en la réunissant sous sa bannière et en lui donnant le programme des insoumis en guise de programme commun, et en oubliant que, pour que la gauche soit plurielle, il faut tolérer la dissidence et les courants. Son caractère de chien et son âge avancé rendent indispensable de le "détrôner", le comble pour un insoumis se disant allergique au pouvoir personnel. 


Qui saurait dire qui est vraiment François Ruffin? Un "sociale démocrate" qui n'a lâché ce mot désobligeant pour ses adversaires que pour montrer aux socialistes qu'ils ne sont  plus ni sociaux ni démocrates, contrairement à lui qui ne lie pourtant pas les deux dans la définition traditionnelle de la sociale démocratie? Quelqu'un qui aurait compris qu'il faut faire la part du diable en assumant un peu du front  des populismes pourvu que ce soit sans celle qui l'incarne ataviquement au prix d'être à la tête d'un parti du patriotisme parricide (Décidément, je tiens à mes formules)? Quelqu'un qui a compris que, dans le clivage entre l'antifascisme et l'anticapitalisme, on doit faire moins de concessions à ce dernier que s'inventer un ennemi imaginaire qui n'était violent qu'au siècle dernier? Non et cela m'arrache la bouche de le reconnaître, mais pour une fois, Christophe Barbier avait raison hier soir dans "Cdansl'air": François Ruffin est avant tout un artiste. L'inventeur de "Nuit debout" est un cynique habité, aux convictions aussi sincères qu'elles  ne cèdent à l'esprit de dérision qui gâte tout à notre époque. Il paraît au-dessus de la mêlée parce qu'il la prend de haut. Un ami amiennois me répétait souvent qu'il était connu pour cela dans sa ville natale. 


Je ne crois pas non plus qu'il prétende rivaliser avec Emmanuel Macron.  Il nourrit peut-être  contre son ancien condisciple plus en cour une jalousie mal dissimulée que gâte la différence de leurs destinées, mais profondément, Emmanuel Macron ne peut pas, ne doit pas l'intéresser. Il est trop différent. Jean-Luc Mélenchon lui a certainement fait un cadeau empoisonné en reconnaissant qu'il a les aptitudes requises pour lui succéder, mais un autre intervenant de Cdansl'air disait hier soir que l'autocrate ne désigne jamais de dauphin que pour entretenir et animer la guerre des chefs au sein de son parti dont il veut garder le contrôle jusqu'à l'impasse décisive de sa candidature impossible, si sa vanité ne l'emporte pas et  ne l'empêche pas de reconnaître qu'il est trop vieillissant pour se permettre le combat de trop en faisant une troisième fois perdre les siens.


Clémentine Autun, en plus de sa douceur fallacieuse et de sa dureté médiatique, souffre du syndrome de l'héritière et d'avoir eu un père naïf ministre des migrations dont elle ne s'est pas réellement affranchie. C'est un vrai malheur de se faire un prénom sans avoir de vraie et solide identité politique forgée dans un colloque intime avec soi-même.


Si Carole Delga s'imaginait avoir un avenir politique, elle serait la Valérie Pécresse du parti socialiste. Il en va de même pour Bernard Cazeneuve, faux espoir de ce qui reste des "deux gauches irréconciliables", continuateur de Manuel Valls et comme lui ou come François Hollande liquidateur du parti socialiste, mais qui, à la grande différence de Manuel Valls, sait faire preuve d'élégance, sans jamais aucun excès dans le verbe et ciselant ses phrases pour les rendre insignifiantes à souhait.


Après s'être fendu avec André Chassaigne d'un "Nouveau manifeste du parti communiste" pas beaucoup plus amène que le manifeste historique même si la vulgarité en a été écartée et équarrie, Fabien Roussel, changeant de stratégie, fait le pari assez imbécile d'un communisme de droite ou d'un communisme aimé par la droite. Je ne vois pas quel en est l'intérêt.


Non, les deux seules personnalités qui me paraissent susceptibles de s'imposer à moyen terme sont celles d'Olivier Faure et de Jérôme Guedj. Les deux paraissent suffisamment roués et sincères et le second me paraît aimable et franchement charismatique. 

mardi 8 août 2023

Bernadette de Lourdes

Achevé avant l’aube la lecture du livre d’Anne Bernet sur la vie de Bernadette. Très content d’avoir préparé notre voyage ou notre pèlerinage à Lourdes en menant cette lecture à bien. Je n’exclus pas de lire d’autres livres sur « la favorisée de Notre-Dame », mais je savais que l'historienne Anne Bernet saurait m’introduire dans le mystère de cette vie: elle écrit sans pathos, d’une plume alerte,  qui s’efforce de respecter la neutralité des faits. Le livre m’est quelquefois tombé des mains, tant les mesquineries des persécuteurs de Bernadette étaient minables. Le caractère de Bernadette ne m’a pas toujours convenu : je n’aimais pas qu’elle parlât à voix forte et talochât ses frères et sœurs. Mais la manière dont elle a subi ses vexations en voulant rejoindre le Christ sur la croix est édifiante. « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et le reste vous sera donné par surcroix », dysorthographiait-elle. Sa dernière parole en priant son chapelet fut : « Pauvre pécheresse », puis elle désigna le verre d’eau qu’elle ne pouvait plus attraper. C’était sa façon d’imiter involontairement le Christ s’écriant : « J’ai soif. » On lui tendit le verre d’eau, mais elle ne put pas en absorber le contenu. Elle n’aurait jamais cru qu’il fallût tant souffrir pour mourir. Elle s’éteint à 3 heures. Auparavant, une sr Nathalie, éducatrice de jeunes enfants sourds et aveugles et « fine psychologue », écrit Anne Bernet, est venue apaiser ses scrupules. « Ton cœur aurait beau t’accuser, Dieu est plus grand que ton cœur et tous les mérites du Cœur de Jésus sont à nous. » C’est une certaine mère Marie-Joséphine qui a constaté qu’elle était à l’agonie et a fait avertir la communauté qu’elle devait l’aider à mourir. Ma Nathalie et moi avons connu une charmante Marie-Joséphine, cousine du Père Anne-Guillaume Vernackt, membre de la communauté st-Martin. Elle était sacristine à Montligeon que son cousin desservait comme prêtre et où nous allions voir Franck qui y avait été placé contre son gré et n’y était pas heureux. Dieu nous fait signe jusqu’à ce passage de témoin à travers des personnes qui portent le même prénom plein du même message.

 

C’est sr Gabrielle, l’infirmière qui l’avait détrôné à l’infirmerie de la maison mère des sœurs de la charité de Nevers, seul endroit de sa vie religieuse où elle était à la fois estimée de ses sœurs et pouvait s’occuper des autres, qui récita pour elle la prière des agonisants et lui ferma les yeux. Recevant une catéchèse sur le péché mortel lui signalant qu’on ne commettait celui-ci qu’à condition de connaître sa gravité et de le commettre malgré tout, elle dit qu’elle n’avait jamais voulu commettre un seul péché. L’avocat du diable se fit fort de lui en trouver un : cette « pauvre pécheresse » a commis un « péché de pauvre », écrit Anne Bernet, en jetant son sabot dans le jardin de l’auspice de Lourdes où elle avait trouvé un inanical refuge après le bruit qu’elle avait provoqué du fait de ses apparitions, sabot jeté pour que son amie Julie Casès, en allant le ramasser, puisse en profiter pour chaparder des fraises.

 

Bernadette était prévenue contre toute espèce de commerce et voulait que sa sœur Toinette en préservât son petit frère Bernard-Pierre. « Car le démon se sert de l’argent » pour détourner les hommes de faire le bien en se donnant. Elle était désolée que des marchands du temple profitent de la sainte Vierge pour se faire de l’argent.

 

Bernadette est une sorte d’anti-Thérèse. Thérèse fut la marraine de guerre des « poilus » de 14, mais est aujourd’hui rejetée par cette génération qui veut bâtir une Eglise adulte en ayant la maturité pour valeur cardinale et réparatrice des péchés de ses enfants contre les enfants. Thérèse cherchait une voie royale pour s’élever vers le ciel d’où elle promettait qu’elle ferait du bien sur la terre. Bernadette est prête à tous les sacrifices et s’abandonne entièrement au Christ crucifié pour souffrir et mourir en faisant du bien aux « pécheurs » pour lesquelles Aquero lui demandait de prier.Dès le constat de sa mort, elle trouve le bonheur qui lui avait été refusé dans ce monde, qu’il s’agisse du ciel où sa châsse préservée témoigne qu’elle est monté directement, morte en odeur de sainteté après avoir été injustement méprisée, ou de la terre où la renommée pour laquelle on l’a persécutée, se transforme aussitôt, mais trop tard, non pas en « culte public », sans quoi l’Eglise qui persécutait « la voix populaire » n’aurait pas permis qu’on la canonisât, mais la reconnaissance, y compris par ses sœurs nivernaises, que cette sœur toujours malade et « bonne à rien » avait été le grillon du foyer et le foyer de leur couvent.

 

Bernadette est victime d’une éducation où l’on prétendait combattre l’orgueil par l’humiliation et pallier l’absence d’une vertu par la vertu contraire. Pour avoir fait « pénitence », on lui a trop fait faire pénitence. On ne peut pas excuser le sadisme d’une Eglise qui lui a rendu le mal pour le bien.

 

Bernadette est un beau modèle pour notre temps. Peut-être me suis-je laissé prendre à la peinture qu’en a fait Anne Bernet, mais je ne m’y attendais pas. Je ne la mets pas en concurrence avec Mélanie et Maximin, les voyants de la Salette, dont Léon Bloy a admirablement raconté le secret et le martyre dans Celle qui pleure. Je reproche à l’Eglise d’avoir choisi Lourdes contre la Salette quand elle aurait pu faire cas des deux. Elle a préféré falsifier la Salette et en récupérant Lourdes parce que la Sainte Vierge y souriait et n’y pleurait pas, mais surtout parce que cette apparition n’avait rien de politique, tandis que la Salette est ouvertement royaliste et s’oppose à Napoléon III. À Lourdes, Marie est jeune ; à la Salette, c’est une femme mûre. Le secret de Mélanie, c’est d’avoir aimé cette mère, non parce qu’elle lui annonçait des malheurs et semblait se montrer abusive, mais parce qu’elle était si belle que Mélanie voulait mourir pour la revoir. Voilà le secret des amis de la mère de Dieu. 

lundi 7 août 2023

Emmanuel Macron et l'école du vide

"Le Monde" dépose avec tristesse le bilan des quatorze mois de Pap Ndiaye à la tête du ministère de l'Éducation nationale.


Pap Ndiaye quitte le gouvernement, la faillite d’un symbole (lemonde.fr)


C'est plus qu'un hochet qui récompense cette personnalité autrefois signalée et aujourd'hui déchue, ministre démis qui, nommé un an auparavant par Emmanuel Macron responsable du musée national de l'immigration, est désormais promu ambassadeur de la France au Conseil de l'Europe. Pap Ndiaye ne voulait pas être reconduit au gouvernement pour ne pas être solidaire de la loi immigration dont les préparatifs sont en discussion entre la "majorité relative" et ses alliés potentiels de droite. Il accepte  néanmoins sans ciller d'être l'ambassadeur d'un pays qui, quand il se dote d'un secrétariat d'État aux droits de l'homme, ne dévolue à cette administration, rattachée au quai d'Orsay,  que le droit de critiquer la dérive des droits de l'homme à l'étranger, la France étant a priori au-dessus de tout soupçon.


Sur son blog, Philippe Bilger trouve que la République est "bonne fille" de récompenser aussi rapidement un ministre ayant brillé par son incompétence. 


Justice au Singulier: Pap Ndiaye : la République est bonne fille... (philippebilger.com)


Pour ma part, je dénonce "l'école du vide" prônée par Emmanuel Macron après "la refondation de l'école" proclamée par Vincent Peillon.


La nomination de Pap Ndiaye au poste de ministre de l'Éducation nationale après Jean-Michel Blanquer et avant Gabriel Attal est la parfaite illustration du "en même temps" d'Emmanuel Macron, homme de l'antithèse, qui gouverne par injonctions paradoxales tel un pervers narcissique assumé.

En Jean-Michel Blanquer, il avait choisi certes un ancien recteur d'académie, mais aussi un homme qui avait dirigé une prestigieuse école de commerce. Le premier message subliminal était d'adapter l'école au marché. Les élèves n'étaient plus au centre du système, le marché avait pris leur place. Et on ne demandait plus à l'orientation professionnelle de relever d'une merveilleuse alchimie entre les désirs de l'élève et les besoins de la nation. C'était parfaitement d'équerre avec le voeu que formait Emmanuel Macron, notre banquier philosophe, d'une jeunesse qui rêve d'être milliardaire.

Mais un autre trait du profil de Jean-Michel Blanquer a été insuffisamment souligné. Il avait contribué à la préparation de la proposition de loi portée par Valérie Pécresse et Patrick Bloche envisageant que l'on repère dès l'école maternelle les élèves qui, issus du quart monde ou des quartiers populaires, risquaient de devenir délinquants. Non seulement le marché était au centre de l'école, mais la sélection, refusée pour l'inscription en faculté, commençait dès l'école maternelle. Ce qui n'empêchait pas Emmanuel Macron de se faire passer pour le président de l'"égalité des chances", désireux que les élèves ne soient pas assignés à résidence et puissent s'émanciper des conditionnements sociaux qui les suivaient depuis la naissance.

Le fringant Gabriel Attal, qui consacre le retour de Jean-Michel Blanquer - car la thèse reste supérieure à l'antithèse en macronie - continuera de tenir ce discours comme il l'a déjà fait. Cet ancien de l'"École alsacienne" n'a-t-il pas eu pour première fonction ministérielle de jeter les bases du service national universel ? Comment mieux signifier qu'on se moque du monde ? Bien sûr, rien de mieux qu'un héritier pour promouvoir la méritocratie républicaine.

Quant à Pap Ndiaye, il a été désigné pour être l'anti-Blanquer et aurait pu incarner tout ce qu'Emmanuel Macron détestait si l'"École alsacienne" n'avait été le tronc commun qui, d'Emmanuel Macron à Gabriel Attal en passant par les enfants de Pap Ndiaye, évoquaient un même profil d'enfants privilégiés et protégés devant libérer de leurs chaînes leurs pairs moins nantis comme aux yeux de Marx, seule la bourgeoisie était en mesure d'éclairer le prolétariat dans sa lutte pour l'émancipation.

Pap Ndiaye n'était pas le premier ministre de l'Éducation nationale dont les enfants étaient dans le privé, mais son indécence consista à les citer ("Jeanne et Lucien") lors de sa passation de pouvoir, comme s'ils étaient des élèves lambda de l'école de la République.

Je l'avais souvent entendu intervenir sur "France Culture", aussi me suis-je donné la peine de lire "La Condition noire - Essai sur une minorité française", ce n'était pas du Frantz Fanon. On y sentait un universitaire méthodique et structuré qui savait mener des interviews et interpréter des statistiques, mais au service d'une démonstration wokiste tempérée par la qualité d'écriture et un besoin toujours pressant de passer pour un modéré, compagnon et presque co-fondateur du CRAN, mais à distance universitaire. Ministre, notre nouveau Moïse de l'éducation a eu de plus en plus un caillou dans la bouche et marquait toujours plus d'hésitations au fil de ses interviews.

Robert Marchenoir a bien défini le personnage quand il l'a qualifié de "Noir professionnel".

Seulement la lutte exclusive contre le racisme et la discrimination ne fait pas un contenu pédagogique. Elle ramène l'école à surexposer les marqueurs identitaires qu'il faudrait précisément dépasser pour devenir des citoyens d'une nation universaliste, ces marqueurs identitaires s'imposant en pleine lutte contre l'identitarisme et prenant la place des "apprentissages" et des "savoirs" dans la construction de l'élève, instruit par une coquille vide en fait d'école, qui ajoute à cette conscience identitaire la prévention des conduites à risques ou encore les gestes de protection de l'environnement plutôt que l'étude de l'éthologie ou des sciences naturelles.

Pap Ndiaye a été une sorte de sous-Vincent Peillon. Admirateur de Ferdinand Buisson, celui-ci estimait que la révolution n'était pas terminée et sa "Charte de la laïcité" entendait faire de l'école une contre-Eglise. La laïcité était une autre coquille vide par laquelle l'école se définissait négativement, mais au moins avait-elle une idéologie, ce qui est le propre d'une culture, même si cette vérité n'est pas bonne à dire après la crise des idéologies. Sous Vincent Peillon, l'école avait une idéologie. Sous Pap Ndiaye, elle se réduisait aux stigmates.

Marlène Schiappa a arrosé avec le fonds Marianne des copains associatifs qui ont fait du "contre-discours républicain" un fonds de commerce sans obligation de résultat. Mohamed Sifaoui a vendu du vent. De son côté, Pap Ndiaye n'a pas eu le courage d'imposer que le collège où il enseignait portât le nom de Samuel Paty. Sa famille a de quoi s'estimer trahie, surtout quand résonnent encore à nos oreilles la promesse d'Emmanuel Macron lui rendant hommage dans la cour de la Sorbonne: "Nous continuerons, professeur." 

dimanche 16 juillet 2023

Le coeur nucléaire de la parabole du semeur

    1.Pour moi, le coeur nucléaire de la parabole du semeur,  l'Evangile de ce dimanche, n'est pas tellement de savoir si on est un sol d'"au bord du chemin", un sol pierreux, un sol envahi par les ronces ou de la bonne terre. 

Se situer est très important, c'est une réponse que l'on doit à Dieu, et pourtant ce n'est pas nécessaire, si de ceux qui ne veulent pas se convertir pour "porter du fruit à cent, cinquante ou trente pour un", Jésus répond en promettant qu'Il les guérira. 


Et pourtant, il est très important de se situer face à Dieu pour ne pas se cacher de Lui. C'est la réponse à la question de Dieu à Adam au "souffle du jour" du péché originel: "Adam, où es-tu? Pourquoi te caches-tu et te mens-tu à toi-même en croyant Me mentir à Moi? comment te situes-tu?" Car l'homme n'est pas un être définitif, c'est un être positionnel.


C'est encore une application du conseil de Jésus qui demande au roi, en vertu du devoir de s'asseoir, de s'assurer qu'il a de quoi combattre, avec ses faiblesses, contre un ennemi, lui-même, plus puissant que lui.


C'est encore le discernement que Jésus demande au jeune homme riche. "Tu veux non seulement avoir une vie bonne, mais entrer dans le Royaume des cieux? Va, vends tout ce que tu possèdes, puis viens et suis-moi. Ah, tu ne peux pas tout vendre, car tu t'aperçois que tu as de grands biens et que tu y es attaché? J'en suis affligé." "Mais Seigneur, à ce compte, qui peut être sauvé?"  demandent les apôtres. "Pour les hommes, c'est impossible. (Les hommes, Je les guérirai.), mais pas pour Dieu. Rien n'est impossible à Dieu."


     2. Le coeur nucléaire de la parabole du semeur ne me paraît pas non plus de dire que la différence des terrains passe à l'intérieur de chaque personne humaine, en sorte que tout soit dans tout et réciproquement. Pas plus qu'il ne nous appartient de dire que l'ivraie et le bon grain séparent les qualités et les défauts de chaque individu ou séparent les individus entre les boucs et les chèvres. Il ne m'appartient pas, en tout cas pas à moi, de me prononcer entre la théologie Polnareff ou la théologie inclusive ou la théologie exclusive avec son aiguillon infernal.


3. Pour moi, le coeur nucléaire de la parabole du semeur est dans cette réponse de Jésus à ses disciples qui Lui demandent pourquoi Il parle en paraboles à Ses brebis sans berger:


"Si je leur parle en paraboles,

c’est parce qu’ils regardent sans regarder,

et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre.

Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe :

Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas.

Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.

Le cœur de ce peuple s’est alourdi :

ils sont devenus durs d’oreille,

ils se sont bouché les yeux,

de peur que leurs yeux ne voient,

que leurs oreilles n’entendent,

que leur cœur ne comprenne,

qu’ils ne se convertissent,

– et moi, je les guérirai."


Le contraire de la conversion, c'est la diversion, c'est le divertissement pascalien, de ceux qui choisissent d'avoir un niveau de conscience moindre parce qu'ils veulent que le visible leur reste invisible. e


Jésus dit à leur sujet: «Je suis venu en ce monde pour une remise en question, pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles». [..." (Jn, 9:41) 

Jane Birking, Deux ou trois choses que je crois savoir d'elle


1. Je l'ai entendue dire un jour à propos de "Fuir le bonheur de peur" que Gainsbourg lui avait offert des chansons aussi belles que des poèmes de Baudelaire ou de Verlaine.


2. Mon frère Gilles m'a dit l'avoir ouïe dire dans une interview qu'entre Gainsbourg et elle, au début c'était très doux et quand ça l'est moins devenu, ils se sont quittés bons amis. Moi, le Gainsbare de la liturgie, ce sont des choses que je comprends très bien.


3. De ma prof de Français préférée, #MoniqueBellangier (qu'est-elle devenue?), qui prétendait avoir une culture russe en assurant qu'on ne pouvait visiter l'Union soviétique que torpillé par #Intourist (elle m'a fait perdre ma première illusion de voyage, car je voulais voir l'Union soviétique avant la chute du communisme que j'avais anticipée) ":  certains de ses enfants étaient élèves avec l'une des filles de Jane: "Jane était très sale", disait-elle.


J'ai connu une sorte de Jane Birking, #JudithThompson, pianiste et interprète de Chopin, maman de mon amie #NathalieGrimont (l'une et l'autre ne sont plus de ce monde), mais tout le monde ne devient pas la femme britannique préférée des Français. L'élection d'une égérie;


N'empêche que le "Rive gauche à Paris" d'#AlainSouchon qui mettait en scène "Jane et Serge" en héros de cet après Saint-Germain-des-prés est lui aussi d'un élitisme suranné.


Cela n'empêche pas non plus de souhaiter à Jane Birking un bon voyage de la terre au ciel. RIP comme il est coutume de dire, même parmi ceux qui ne savent pas que cet acronyme est celui de l'expression du latin d'Eglise: "Requiescat in pace" qui reprend la prière: "Que les âmes des fidèles trépassés reposent dans la paix!" Repose-toi, Jane, tu as été fidèle à toi-même et à l'un de tes premiers amours! 

jeudi 29 juin 2023

Naël ou Lola?

Pour une fois, je soutiens Sylvain qui "soutien[ le policier qui, par son geste volontaire ou non, a peut-être sauvé la vie de beaucoup de gens, si le djeun chance pour la Ceufran avait obéi et s'était tenu tranquille il serait encore en vie, c'est trop facile d'accuser le policier, ce gamin était une bombe roulante dangereuse et il fallait le stopper par tous les moyens."


Je soutiens le policier et je conteste le concept d'indépendance de la justice, quand j'entends le procureur de Nanterre, au terme d'une conférence de presse détaillant les faits de manière parfaitement objective, conclure en infraction avec tout son récit, que, pour protéger l'enquête, il faut que le policier soit placé en détention provisoire sous le chef d'"homicide volontaire". La justice ne veut pas protéger l'enquête, elle veut protéger la paix civile d'une France aux mains des caïds, d'une France al-Qaïda, qui menace de jouer un remake de "black live matters" combiné à "Justice pour Adama" et aux émeutes de 2005, dont les médias, en célébrant chaque année leur anniversaire pendant au moins dix ans, semblent avoir une nostalgie malsaine.


Je soutiens Sylvain et je soutiens la présomption de légitime défense pour la police portée par Marine Le Pen lors de sa campagne électorale.


Je m'appuierai sur ce qu'écrit Michelle D-Leroy avec sa pondération habituelle:

 "Tous ceux de la gauche, donc comme il faut, qui s'alarmaient dernièrement de la récupération par l'extrême droite de l'affaire d'Annecy, récupèrent eux-mêmes très largement cette affaire par médias interposés." 

J'avais moi-même écrit ceci avant-hier:

"À la mort de la petite Lola, la famille ne voulait pas que l'on récupère ce drame et la télévision publique a fait de ce "refus de récupération" un documentaire de "la Fabrique du mensonge".

Après l'agression de Bordeaux, la famille ne voulait pas que l'on récupère le drame d'une grand-mère et de sa petite fille renversées, molestées et dépouillées dans l'entrée de leur immeuble.

Ce matin, à la suite d'un refus d'obtempérer", "un conducteur de 17 ans a été tué par un policier au volant de sa (sic) voiture" (pour rappel, la loi qui accorde le permis aux mineurs de 17 ans vient de passer et n'est pas encore appliquée.

La télévision publique récupère ce drame ("France 5", "C'est à vous" par exemple). La famille ne s'oppose pas à cette récupération."

Tout à l'heure, sur "Cnews", Jean-Marc Morandini (que je n'apprécie pas) rappelait à raison qu'il ne faut pas se balancer des morts à la figure. Pourtant je ne peux me retenir d'un réflexe Lola contre Naël. Car les pouvoirs publics ont depuis longtemps oublié Lola et Lola était parfaitement innocente.


Je cite à nouveau Michelle D-Leroy:


"Le gouvernement et le Président s'agitent et câlinent parents et amis du jeune Naël parce qu'ils craignent les débordements."

Hier soir, dans la même émission "C'est à vous", le maire de Nanterre, avec une voix larmoyante, promettait à la mère de Naël que sa municipalité "ne lâchera[it] rien" pour que "la justice passe" et que le policier incriminé soit condamné avant enquête.  Que je sache, le maire est le premier officier de police de sa ville. Le maire de Nanterre a donc gravement manqué au devoir de soutien de la police de sa ville.


Mathieu Béliard diffusait la réaction de la mère de Naêl:

"Bande de bâtards, vous avez tué mon fils."

Et quand il la reproduisait, il omettait "bande de bâtards" (ainsi qualifiait-elle la police) pour ne retenir que: "Vous avez tué mon fils", douleur devant laquelle on ne peut que s'incliner. Il répercutait l'appel qu'elle avait lancé à "une marche blanche"(à laquelle participerait le maire de Nanterre), mais il occultait que l'appel complet était "à une marche blanche et de révolte".


Et Emmanuel Macron? À l'entendre, la nation devait porter le deuil de Naël. Cela n'appelait-il ou à tout le moins ne légitimait-il pas les émeutes qui allaient suivre? Ces pompiers pyromanes ont beau jeu de condamner les premières nuits de violence urbaine qui ont réagi à la mort de Naël, quand aucune réaction violente n'a suivi la mort de Lola.


Ces émeutes sont-elles du pain bénit pour les médias et pour le gouvernement? Pour les médias, elles créent du sensationnel. Pour le gouvernement, elles sont un dérivatif aux manifestations de nature politique qui ont émaillé les six ans de présidence macronienne, des Gilets jaunes à la réforme des retraites, en passant par les opposant (dits anti-pass ou anti-vax) à la politique du "debout, assis, couché" qui a prétendu servir de remède à la pandémie covidique, qui semble avoir disparu des écrans radar sans que personne n'y trouve rien à redire. Le Covid doit avoir disparu ou avoir cessé d'être dangereux, et c'est sans doute à cause de lui que l'hôpital est malade... 


(Posté sur le blog de Philippe Bilger au pied de ce billet:


Justice au Singulier: Mal à ma ou à la France ? (philippebilger.com)

)

mardi 27 juin 2023

Jean-Michel Fauvergue et la radicalisation policière

https://www.philippebilger.com/blog/2023/06/entretien-avec-jean-michel-fauvergue-1.html#comments


Difficile et ridicule, quand on n'en est pas un soi-même, de commenter les propos d'un héros confronté au terrain qui raisonne d'après son expérience, et Jean-Michel Fauvergue en est certainement un. Il parle bien du rôle du chef à l'avant et à l'arrière, du succès qui est celui de l'équipe quand elle a réussi à "libérer les otages", ce qui est "sa première finalité", et de l'échec du chef quand l'opération a mal tourné. Mais comme le citoyen doit faire preuve d'esprit critique, je me risque à cet exercice aisé où l'art est difficile.


Jean-Michel Fauvergue explique que son plus grand succès est l'Hypercacher et fait l'impasse sur la guerre des polices, qui serait d'origine administrative et aurait interdit à la BRI et aux soldats de l'opération Sentinelle d'intervenir au début du massacre du Bataclan. Il n'en relève pas moins que le lieu de ce massacre fut pour lui le plus traumatisant et qu'il a du mal à en parler, c'est sans doute pourquoi il ne veut pas entrer dans la polémique. Jean-Michel Fauvergue, qui n'a pas pu faire grand-chose au Bataclan, a pourtant été tenu pour un grand chef du RAID et cette réputation a beaucoup compté dans sa médiatisation.


Je lui ai toujours trouvé des difficultés d'élocution qui ne pouvaient pas en faire un tribun politique (mais ça n'a rien à faire ici). Il nous expose  dans cet entretien, en ayant gagné en aisance depuis qu'il n'est plus député, qu'avec son copain du GIGn et parce qu'ils étaient copains, il est à l'origine d'un changement de doctrine qui consiste à supprimer la négociation dans le cas d'un islamiste radicalisé parce que ça fait perdre du temps et que la négociation permet au djihadiste de se mettre en scène et lui donne une tribune, comme elle en a donné une à Mohamed Merah, qui lui a permis de dire que nous aimions la vie et qu'il aimait la mort. 


Mais Jean-Michel Fauvergue nous expose surtout assez tranquillement que, dans un monde qui se radicalise, il ne faut pas donner leur chance aux radicalisés, une chance toute relative d'être pris vivant et mis à la disposition de la justice pour qu'ils puissent purger leur peine et au-delà regretter, se réformer et mesurer leurs actes.


Autrement dit, Jean-Michel Fauvergue assure qu'il faut très vite donner l'assaut au risque de pratiquer sans état d'âme la peine de mort contre les terroristes.


Il nous explique aussi qu'il l'a joué malin avec son copain du GIGN pour en convaincre Bernard Cazeneuve qui ne demandait qu'à être convaincu, comme Manuel Valls, avec sa théorie des "deux gauches irréconciliables". Ou la dérive d'une gauche qui s'est fait une publicité d'avoir aboli la peine de mort sous le premier Badinter (devenu entre temps, sous Macron, et au terme  d'une longue vie politique le fossoyeur  du code du travail, mais "Le droit avec Badinter et le tordu avec Roland Dumas" n'ont rien à faire ici), et une gauche qui achève de se perdre, après avoir substitué la rigueur au changement sous le premier Mitterrand, en rétablissant sans le dire, sous François Hollande devenu néo-conservateur et voulant pousser Barak Obama à s'engager dans la guerre en Syrie, la peine de mort contre les terroristes, là où la rétablir contre les pédophiles ne souffrirait pas de discussion.


Tout cela dans un contexte où, depuis 2013, la répression policière contre tout type de manifestants a considérablement progressé et où on essaie de mettre sur le même plan, particulièrement depuis "la Manif pour tous", la droite propre sur elle ou encore les femmes voilées et les détenteurs de kalachnikov.


Alors quand j'entends que Jean-Michel Fauvergue a mis au point en devenant député "par hasard", lui qui est toujours allé "au bout de ses rêves", un "continuum de sécurité", ce n'est pas de nature à me rassurer. 

samedi 10 juin 2023

Louis Desfontaines et la confession de Georges Marchais

En exergue de ce commentaire, je vais raconter cette anecdote dont je ne reviens pas d'avoir été le témoin indirect et que mgr Gilles Hannequin, ancien curé de St-Germain l'Auxerrois et alors aumônier de l'hôpital Lariboisière (nos relations se sont tendues depuis pour des raisons personnelles), m'a autorisé à révéler.


J'étais le pianiste aveugle de la chapelle de l'hôpital qu'il desservait et nous y célébrions deux messes, une le jeudi après-midi et une autre le dimanche matin, en théorie pour les malades et en pratique pour les gens du quartier st-Vincent de Paul. Mon amie Marie-Véra Maixandeau accompagnait la messe du jeudi après-midi et elle me réservait celle du dimanche matin, car elle n'aimait pas se lever tôt.


Le dimanche où Georges marchais est mort, Gilles Hannequin devait me chercher au métro gare du Nord direction porte d'Orléans comme nous en avions pris l'habitude. Le temps passe, l'heure de la messe approche et toujours pas de Père Gilles en vue. Je me résigne et rentre chez moi, rue Lécuyer, au métro Marcadet, dans le XVIIIème arrondissement. Arrivé dans mon studio, j'ouvre ma radio. J'apprends que Georges Marchais vient de mourir à  Lariboisière. Je devine que le bruit médiatique de cette mort est la cause de la défection de mon aumônier qui a dû être alpagué par les journalistes pour lui demander ce qu'ils pensent de la mort de cet athée notoire, à moins que celui-ci ne l'ait appelé et que ce ne soit une autre cause de plus discret grabuge.


Quelques années plus tard, au cours d'un déjeuner de départ réunissant trois personnes dont moi dans une brasserie en face de l'hôpital dont j'ai oublié le nom, je l'interroge: "Mais est-ce que Georges Marchais a demandé à vous voir avant sa mort?" "Oui, il a demandé à me voir." "Et ce n'est pas vous qui avez demandé à rencontrer Georges Marchais?" "Non, ce n'est pas moi." Gilles Hannequin avait une pensée assez traditionnelle, mais il n'était pas dom Camillo, voulant à tout prix l'emporter sur Pepone. "Et est-ce qu'il s'est confessé à vous?  Est-ce pour cela qu'il a demandé à vous voir?" "Oui, il a demandé à se confesser." "Et est-ce que vous m'autorisez à le révéler publiquement?" "Oui, je vous y autorise." Ce n'est pas la première fois que je le fais sans être un adepte des conversions in extremis auxquels je trouve le même intérêt qu'à l'affaire Léo Taxil ou à la figure d'Enthime Armand-Dubois dans "les Caves du Vatican" d'André Gide, mais l'intéressé ne m'a jamais fait savoir que je trahissais un secret ou que je pratiquais une quelconque diffamation, et j'attends toujours le démenti de ce que je répète ici.


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Justice au Singulier: Entretien avec Léon Deffontaines (philippebilger.com)


L'entretien avec cet inconnu (Léon Desfontaines, qu'il me pardonne!) permet au grand public dont je fais partie de traquer les "signaux faibles" (je ne sais ce qui a mis cette expression à la mode) d'une bifurcation à droite du parti communiste français depuis l'ère Fabien Roussel:


"Je n'ai pas de haine envers les riches, même envers Bernard Arnault. Je pense que le terme "riche" doit sortir de notre vocable." (Léon Desfontaines, 48:36 mn). Ca nous change de François Hollande qui disait qu'il n'[aimait] pas les riches".


"Je m'appelle Léon Desfontaines, j'ai un beau nom, donc ma famille a un atavisme de droite auquel seuls mes parents, chrétiens de gauche,  ont résisté". C'était important pour Fabien Roussel d'avoir un appât en la personne de ce rallié  comme dauphin à presque particule parmi la jeunesse communiste.


A Philippe Bilger qui, à 32:34 mn, fait le coup au jeune Desfontaines du "bel autrefois" sur l'air d'"Il n'y a plus d'enfant", le secrétaire des Jeunes communistes répond sans se démonter, non pas l'insolent: "T'en fais pas, mon pépère, on en r'fera!",mais: "Je ne veux pas entrer dans le conflit de génération" et opposer à ceux qui disent que les jeunes ne savent rien ceux qui répondent aux vieux qu'ils devraient avoir honte de leur laisser un monte dans cet état. Signal faible de conservatisme communiste doublé du coup de pied de l'âne au "vieux con" qui prend la peine de l'interroger... Pardon Philippe, ce n'est évidemment que du discours indirect  libre visant à  reproduire les avoinées du jeune Aliboron....


"Contrairementà mes jeunes camarades de Lutte ouvrière ou même de la France insoumise, je n'ai pas beaucoup de culture marxiste. J'ai certes lu "les philosophes" comme Rousseau et Marx, mais de ce dernier je n'ai lu que "le Manifeste du parti communiste." Ça tombe bien: mon mentor Fabien Roussel a publié le "Nouveau manifeste du parti communiste"." 

Voulant comprendre qui l'avait emporté au PC sur Pierre Laurent et pourquoi, je l'ai lu moi aussi et l'ai trouvé très à gauche, derrière l'apparence affable du président du groupe communiste à l'Assemblée nationale qui, homonymie prénominale oblige, fait penser à André Lajoignie, autre ancien candidat communiste très bonhomme à la présidentielle, bien qu'ayant succédé à Georges Marchais; mais c'est un manifeste très contestataire que le néo-manifeste de ce tandem, je serais incapable de me rappeler pourquoi, ma lecture date de sa parution. Donc un manifeste contestataire et peu marquant, mais néanmoins efficace, si j'en juge, non par le souvenir impérissable que m'en a laissé sa lecture, mais par le fait que c'est ce manifeste qui a conduit le tandem formé par le président du groupe communiste à l'Assemblée nationale, très respectueux du parlementarisme (comme son prédécesseur Alain Bocquet et par contraste avec ses collègues insoumis) et le député frais moulu du NordFabien Roussel.


"Le parti communiste" de Fabien Roussel "est plus mal à l'aise au sein de la NUPES" (PB) qu'Olivier Faure, dont le parti, du temps des "deux gauches irréconciliables" (de Manuel Valls relevé aujourd'hui même par Bernard Cazeneuve fondant une drôle de "Convention" façon BFM business), ne voulait en aucun cas renouer avec la gauche plurielle.


Pierre Laurent était très poli et savait parler avec un accent parisien de second couteau (comme Sophie Binet ou Philippe Martinez qui semblait un peu plus authentique), à tous les intellectuels de droite. Fabien Roussel se réconcilie les beaufs et Léon Desfontaines explique que certes, "le bonheur est une idée neuve en Europe", mais qu'il est dans le barbecue, contrairement à ce que pense Sandrine Rousseau, pour qui "allumer le feu" est le comble du machisme. Bref, Léon Desfontaines est, après Fabien Roussel, sur la ligne d'Alain Soral qu'adopte François Ruffin du bout des lèvres: la gauche du travail rejoignant la droite des valeurs,  la gauche carnivore adepte du barbecue, et misant sur le beaufisme anti-Cabu,  contre l'intellectualisme d'un Pierre Laurent ou d'un Jean-Luc Mélenchon, à qui le premier commença par faire la courte échelle avant de s'apercevoir que l'insoumis trotskiste allait dévorer tout cru ce communiste orthodoxe et bien élevé de Pierre Laurent,  lui aussi devenu sénateur, mais avec des usages. C'est que le secrétaire général du parti des prolétaires avait des manières, mais le lambertiste insoumis criait volontiers "du balai!" en postillonnant dru et cru.


Dans la roue des Lajoignie-Chassaigne, Fabien Roussel revient à la ligne Marchais et reprend les taquineries droitières de l'ancien député du Calvados à l'accent bizarre, ancienne recrue du STo, flattant le prolétariat sur sa conception assez xénophobe de l'impossible "division du travail" entre "nationaux" et "étrangers", se souvenant que Staline avait commandé à Maurice Thorez de ne pas contrarier le nationalisme du général De Gaulle et de ne pas prétendre prendre le pouvoir sur un credo internationaliste tant que le Komintern n'en aurait pas décidé autrement.


____________________________


Selon Léon Desfontaines, le parti communiste serait le dernier salon où l'on débat. On débat beaucoup dans l'ancien partit du goulag, et on ne débat plus du tout chez le trotskiste chavéziste et maoïste qui dirige les insoumis de manière dictatoriale en pestant contre le pouvoir personnel du président de la Ve République. "C'est moi qui modifie mon mentor et non pas mon mentor qui me modifie", assure Léon Desfontaines qui en veut pour preuve qu'il se passe chez les jeunes communistes ce qu'il se passe à la CGT depuis la charte d'Amiens: le secrétaire général de la CGT n'a jamais reçu aucun mandat du parti communiste, mais il est depuis toujours un adhérent ou un compagnon de route qui a carte blanche et "tribune libre" à "l'Humanité". C'est avec les mauvais tours dans lesquels on fait les vieux pots qu'on continue de faire la meilleurs soupe électorale, un peu comme pour le Nouveau monde de Macron par rapport à l'ancien que représente Brigitte, qu'on n'a jamais vu périr et c'est sans doute heureux.


Autre signal de droite très inquiétant pour la gauche. PB demande: "Est-ce que l'influence déterminante de la personnalité de Fabien Roussel" (comme si Fabien Roussel avait une personnalité!) "n'est pas la démonstration la plus éclatante de l'erreur commise que seules les idées comptent?" ET le mentoré d'abonder: "Oui, je pense que c'est une erreur d'analyse de penser que seules les idées comptent."  Donc notre jeune idéaliste ne croit plus que seules les idées mènent le monde. Et de préciser: "Le parti communiste a été un des plus virulents contre la VE République lors de son instauration", mais il est tellement plus confortable de revenir au "principe du chef" incarné par Fabien Roussel. 


En quoi l'hyperprésident diffère-t-il 

du président du présidium du soviet suprême? "Fabien Roussel a été sur Staline d'une étonnante ambiguïté." (PB)


 

mardi 30 mai 2023

La décivilisation macronienne

Philippe Bilger écrit dans son billet intitulé "Emmanuel Macron, la valse des mots":

"En réalité ce "processus de décivilisation" est typique de cette manière - qu'il doit juger noble et qu'on a le droit de juger pompeuse - conduisant trop souvent le président de la République à essayer de recouvrir la saleté du réel par la beauté des mots ; à masquer l'absence d'une politique efficace sous la somptuosité, voire l'enflure du vocabulaire." (PB)


Si j'aime (quand même) quelque chose dans les discours d'Emmanuel Macron, c'est la manière dont il essaie d'y introduire en les surjouant des silences qui se voudraient pénétrés de la charge traumatique des événements qu'il "célèbre". Ce rôle du silence dans le discours macronien est inversement proportionnel au caractère prolixe de ce mandat qui nous promettait pourtant une "parole rare" et jupitérienne en relation avec la verticalité régalienne de l'exercice du pouvoir.


C'est peu dire qu'Emmanuel Macron aime les mots. Tout son premier quinquennat, de son premier discours au Congrès aux intarissables périodes du Grand débat, longues comme des allocutions de Fidel Castro, ont présenté des discours-programmes fleuves où tellement était promis que bien peu pouvait être appliqué. Il a récidivé au début de son second quinquennat en se moquant du Conseil national de la Résistance pour le singer avec son Conseil national de la refondation, condamné d'avance à l'impuissance puisque le secrétariat général en était confié à François Bayrou, notre inénarrable commissaire au plan, CNR dont "l'Opinion" dresse ce matin un bilan sans concession:


https://www.lopinion.fr/politique/le-grand-gachis-du-cnr


On pouvait croire qu'Emanuel Macron accordait à sa parole la vertu illocutoire du "dire, c'est faire". Mais non. La parole macronienne existe pour elle-même dans une sorte de "dire au lieu de faire".


"Il est aussi arrivé à Emmanuel Macron d'user de cet euphémisme indécent : incivilités." (PB)

Je crois que c'est encore et seulement pour regretter les incivilités qu'il parle pompeusement de "processus de décivilisation". Il faudrait que tout soit déconstruit pourvu qu'on reste civil. Mais vous-même, cher hôte, me semblez confondre civilité et civilisation quand vous écrivez:"si la civilisation est précisément dialogue, courtoisie, écoute, urbanité, démocratie paisible et refus absolu et sans nuance de toute malfaisance."La civilisation me semble avoir partie liée avec l'accumulation d'un capital à la fois matériel et culturel.


Sur "Mediapart", Edwy Plenel a perdu ses nerfs en entendant Emmanuel Macron parler de "décivilisation".


https://www.mediapart.fr/journal/politique/260523/decivilisation-la-diversion-extremement-droitiere-de-macron


J'y ai posté ce commentaire qu'on a estimé être au mieux un "fatras" et au pire un courrier des lecteurs de "Valeurs actuelles". Que l'on en juge! 


"Le PIJF (paysage intellectuel et journalistique français) a le secret d'hystériser les débats et cette énième sortie en-mêm-tempsiste présidentielle ne mérite pas la charge d'Edwy Plenel écrite comme un manifeste outrancier. Nous sommes depuis Nicolas Sarkozy dans le "fourre-tout fait-diversier". Faut-il voir dans cette sortie de Conseil des ministre le remugle d'agapes avec Jérôme Fourquet, l'homme très segmentant de "l'Archipel français" qui voit des tribus partout et des "tensions dans tous les segments"? À l'autre pôle, faut-il sortir comme le fait l'auteur de ce billet de très mauvaise humeur toute l'artillerie décoloniale, car le concept de "décivilisation" serait dirigé contre les boucs émissaires qui seraient seuls à concentrer toute la haine française et  [que] seraient les migrants? Les xénophobes les haïssent et les xénophiles leur déversent plutôt qu'à leurs prochains toute la philanthropie de leur altérophilie. Macron, l'homme de l'antithèse comme son prédécesseur était celui de la synthèse, ne fait qu'une diversion dont il a le secret. Il frappe un coup à droite pour que ceux qui ne discernent pas que le goût d'un homme est dans son fond de sauce croient qu'il est [de droite]. Macron emploie ce mot provocateur de "décivilisation" au sens restreint où elle serait la perte de la "civilité française" dont parlait Claude Guéant... La décivilisation macronienne n'est que le regret feint qu'il y ait des incivilités qui ne datent certes pas de ce président, même s'il radicalise tout ce qu'il touche et si sous son règne, la décivilisation qu'il brocarde comme un innocent aux mains pleines est, bien plus qu'une perte de la "common decency" chère à Jean-Claude Michéa, le prolongement dans un faisceau de violence physique de la violence psychologique, verbale et symbolique que porte sa politique. Mais qu'a à faire Macron de la vraie civilisation, celle qui donne un tant soit peu d'assise à un être humain, lui dont le sociétalisme a remplacé le socialisme pour que la société se tienne tranquille; lui pour qui il devrait y avoir équivalence des identités; lui qui dégénère les individus dégenrés comme personne, lui, le baptisé renégat, qui est plein d'idées chrétiennes devenues folles comme "il n'y a plus ni hommes ni femmes"; lui dont le personnalisme s'est évanoui sous les algorithmes; lui qui prétend détester l'assignation à résidence native et vouloir promouvoir l'égalité des chances comme un Michel Rocard, mais qui s'entoura d'un Jean-Michel Blanquer lequel rédigea la proposition de loi portée par Valérie Pécresse et Patrick Bloche d'un repérage des élèves dès l'école maternelle déterminés parce que défavorisés à devenir délinquants (la République n'a jamais imaginé déterminisme social plus écoeurant); lui qui fit défendre son service national universel par "le jeune Gabriel Attal", un ancien de l'Ecole alsacienne (j'ai pour ce ministre anti-gréviculteur la même [aversion] qu'il inspire à Juan Branco); lui qui n'est jamais tellement dans son jus que lorsqu'il fréquente l'auteur de "la Révolte des premiers de la classe"? Ces gens-là ne craignent pas de mépriser les classes moyennes qu'ils ont infériorisées tout en caressant les minorités. Mais jamais nul n'aura le droit de faire preuve de violence, non contre les fonctionnaires ou les forces de l'ordre, mais contre l'un des leurs, par exemple ce malheureux chocolatier trentenaire dont notre freluquet quadragénaire se pose en [grand]-oncle attentionné, j'ai nommé Jean-Baptiste Trogneu? "Pas touche à ma parentelle, j'ai de la branche.""

dimanche 21 mai 2023

François Cassingéna-Trevedy et mon malaise persistant

L'émergence, pendant le confinement, de la figure de #FrançoisCassingéna-Trévedy m'a interpellé, posé problème. Figure de proue et éclaireur de personnes avec lesquelles je travaille au quotidien, j'aimais son "chant", sa façon d'écrire, mais je m'en méfiais, il écrivait trop bien. Je le lui ai dit, écrit, il risquait d'être ivre de son chant. Et pourquoi émergeait-il pendant le confinement?


Aujourd'hui, j'entends pour la première fois le son de sa voix. Le côté monastique de cette voix m'étonne, je m'attendais davantage à une voix de normalien. Mais il y a quelque chose dans cette voix qui me met mal à l'aise, je ne m'y étendrai pas. Or une voix est très parlante.


Il "aime l'Auvergne autant qu'[il] aime Dieu". Il m'est arrivé de dire que quand Jésus demande de Le préférer à la personne que l'on aime, IL demande quelque chose de surhumain. Alors pourquoi pas une terre sombre, pierreuse, dont la dureté basaltique dit quelque chose du mystère de l'amour? Il aime l'Auvergne autant que Dieu, car c'est son paysage intérieur. Mais c'est son prochain qu'il faut aimer comme soi-même et non soi-même autant que Dieu.


L'Eglise n'a pas seulement à régler un problème de gouvernance, avertit-il, la question qui la traverse est une question de foi. Sur ce point je suis bien d'accord avec lui, mais sous un double aspect: 


-"Quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il encore la foi sur la terre?" Ma foi est vacillante, mais je parie sur ma participation liturgique, ma participation rituelle pour la maintenir, car le rite et la liturgie sont des actions qui m'inscrivent dans une familiarité et une famille, ce que beaucoup appellent une communauté, ce que je crois être le corps du Christ et le Christ m'échappe, mais pas son Corps, pas cette famille, pas cette communauté, pas cette communion des saints. Lui-même tient compte des rythmes et des rites, qui chante son office en grégorien. 


-Nous avons à formuler du nouveau, mais ce nouveau n'a pas à plaire au monde.


"Beaucoup de choses énervent" le frère François. Nos énervements ne sont pas les mêmes. 


Il se dit inquiet de la nouvelle génération "jeunes cathos" "de la sociologie de l'Ouest parisien qui s'exporte partout en vacancess" et son "raidissement" ou le retour à des dévotions [d'un autre temps.]" De quelles peurs ces dévotions sont-elles le signe? Déjà que la peur ne se raisonne pas, à quoi bon la condamner? 


"Mais bon sang, soyons immenses", l'exhorte-t-il. La dernière fois qu'on m'a parlé de "grandeur de l'homme", c'était le Père Martelet, dans un train qui nous ramenait de Laferté-sous-Jouarre. Nous voyagions avec une peintre de ses amis. Nous lui disions elle et moi: "La grandeur de l'homme, mazette! Jusqu'à ce qu'elle déchante, car la nature humaine est bien toujours la même, et que peut l'homme sans Dieu?" Les dévotions réagissent à la peur du malin. Il est trop facile de dire qu'il y a plus de peur que de mal. De cela, frère François en convient : "Il y a toujours eu la même quantité de mal." Cela devrait nous inciter à être modestes. 


Ces jeunes chantent "le répertoire" indigent de l'Emmanuel, qui "[cache] Jésus dans un peti morceau de pain, c'est imbuvable." Mais non, c'est du pain!!! Le frère François préfère un Christ apophatique: "Jésus est grand et je ne sais même pas qui il est."  Moi aussi, quand les paroles du Christ me scandalisent, je crois avec l'Eglise au Christ apophatique dont je ne sais pas qui il est, je crois au Christ qui me brise ("car c'est le bon Dieu qui nous fait, et c'est le bon Dieu qui nous brise", chantait Raphaël), et je chante avec Jérémie et avec le psalmiste: "Le sacrifice qui plaît au Seigneur, c'est un pot brisé." Je crois en étant sur la brèche et le tour du potier. Mais pourquoi le Christ ne serait-Il pas entre les "deux infinis" de Pascal? Pourquoi notre moine se montre-t-il, contre cette jeunesse, péremptoire comme l'homme d'une génération? Pourquoi ne les aime-t-il pas comme un grand-père pourrait aimer la génération de ses petits-enfants?


Il dénonce "les démolitions, la violence dans les manifestations", "ces enfants qui tuent d'autres enfants, ces élèves qui tuent leurs professeurs" en prédisant "des violences" aussi pernicieuses qu'en Ukraine. Il fallait s'en inquiéter avant que cela ne devienne des phénomènes de masse. Je me permets de le dire, car je m'en suis inquiété, dans l'absence de notoriété de ma parole publique: je me suis inquiété entre autres de la dégénérescence de l'hôpital public dès 1995. Et que ne s'interroge-t-il sur la violence d'un monde politique qui génère ce sentiment de perdition sociale? Il n'y a pas que la violence physique ou la violence verbale, il y a la violence psychologique et la violence symbolique, on connaît bien cette dernière depuis Pierre Bourdieu.


"Jadis, le monde était plus grand que nous et nous étions bien à l'intérieur", reconnaît-il." Aujourd'hui, nous savons que la planète est entre nos mains et qu'elle dépend de nous." Mais ne s'agit-il pas d'une erreur de perspective? Une inversion écologiste ne nous suggère-t-elle pas une conversion écologique qui nous fait mettre la terre à la place du ciel que le monde nous a volé? Ne faut-il pas retrouver "le monde plus grand que nous" et avoir l'ambition modeste de sauvegarder la Création?


"Le seul Dieu, c'est la vie, il n'y en a pas d'autre, ce Dieu-là est souverain et nous pouvons même mourir pour Lui, la vie exige que nous mourions pour elle: "Si le grain de blé ne meurt, il reste seul. Mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruits."" La formule est belle dans son paradoxe. La vie doit être restaurée comme inclusive ou non exclusive. N'est pas la vie cet énoncé constatif du malheur des vivants: "Celui qui a recevra encore, et celui qui n'a rien se fera ôter même ce qu'il a."


"Le décor du christianisme" est tombé, son folklore n'est plus compris, mais "son coeur commence-t-il à peine de battre?" Illusion d'une génération, utopie d'un "monde nouveau" qui n'en finit jamais de commencer. Le coeur battant du christianisme est question de foi, mais elle est aussi question rituelle. Quel autre folklore inventer, découvrir, trouver? Quelles "outres neuves" pour le "vin nouveau" des Evangiles en dialogue avec nos âmes?


"Ce qu'il nous faut, c'est des poètes." Ce qu'il nous faut, c'est moi?


"C'est vivre en altitude que vivre en interrogation." "En philosophie, les questions sont plus essentielles que les réponses." (Karl Jaspers)


"Le Je suis" divin est très dépendant du "tu es". C'est déjà ce que disait Martin Buber dans "le Je et le tu". Et pourtant nous ne pouvons nous affranchir du "monde du cela" qui fait partie du jeu des trois personnes. Il y a aussi une "pensée magique" d'une conscience au centre de laquelle il y aurait un "je" qui ne ferait que me tutoyer. La relation à Dieu si c'est un "nom provisoire", ne peut faire l'impasse sur une certaine neutralité ontologique.


Le "chant nouveau" du frère François se veut ouvert sur l'ouvert, mais il y a en lui une fermeture qui ne me rassure pas.  Le monde a surtout besoin qu'on lui rende le ciel, le ciel ne veut pas être inhumé. La matrice est faite pour rester cachée à l'intérieur.



https://www.youtube.com/watch?v=ghTYIL99cLA 

Patrick Poivre d'Arvor est-il "un sale type"?


https://www.philippebilger.com/blog/2015/05/entretien-avec-patrick-poivre-darvor.html


Cher Philippe Bilger,


Quelle mouche m'a piqué d'écouter votre entretien de 2015 avec Patrick Poivre d'Arvor juste après avoir lu, lors d'une énième nuit d'insomnie, votre dernier billet en date (du 20 mai 2023 près du jour où j'écris): "Suis-je un sale type?", 


https://www.philippebilger.com/blog/2023/05/suis-je-un-sale-type-.html


Question qu'il m'arrive de me poser à moi-même et qui n'a d'intérêt que, non pas dans le jugement réflexif que la conscience porte sur elle-même, mais dans celui, où l'immanence est surplombée par la transcendance, et où cette conscience qui tantôt se flagelle et tantôt se justifie sera transpercée par le regard du juge objectif de cupidon-Dieu le Père qui crée en  fléchant sa créature par une espérance démesurée de ce qu'elle devra devenir, et qui en même temps la connaît de l'autre côté du miroir où chacun d'entre nous s'appréhende comme une énigme?


Est-il un sale type, celui qui a mauvaise réputation au hasard de ce coup du sort: un cadavre exhumé du placard, ses secrets qui sortent au grand jour, et dont, comme pour Patrick Poivre d'Arvor, on dit  que c'était un mufle, en oubliant qu'il a aussi subi des blessures, sans qu'on puisse démêler, non seulement ce qui l'a emporté de sa part blessée ou de sa part blessante, mais comment l'une a pu agir sur l'autre?


A l'écoute de la maïeutique par laquelle vous tentiez de révéler cette grande figure médiatique à elle-même (et il ne se laissa pas faire quand vous voulûtes aborder les intermittences de la raison maritale et du coeur libertin), il m'apparaît que ce qu'on a pu reprocher à ce boulimique d'activité dont la fille fut suicidaire par anorexie tient de l'immodestie assumée tout autant que du rapport ambigu  qu'entretient notre société judéo-chrétienne avec la vertu d'humilité, non pas que Patrick Poivre d'Arvor ne semble infusé par un substrat religieux qui le tienne au corps (il parle dans son enfance de rêves de "gloire" et ne semble pas avoir été travaillé par des questions mystiques), mais  l'appropriation des valeurs qui nous furent inoculées au berceau n'est pas optionnelle et le judéo-christianisme est au moins culturel dans la société post-moderne qui a rendu folles les idées qu'il lui a suggéré, où par exemple "il n'y a plus ni homme ni femme" devient: "nous serons tous "dégénérés"", oh pardon, "dégenrés"", mais où "la théorie du genre n'existe pas".


Victor Hugo rêvait d'être Chateaubriand ou rien comme Patrick Poivre d'Arvor rêva d'être Victor Hugo ou rien. Mais Victor Hugo devint Victor Hugo et PPDA devint PPDA. Victor Hugo eut parfaitement conscience d'être Victor Hugo et PPDA eut tout autant conscience de ne pas arriver à la cheville de Victor Hugo. 


D'abord parce que la société n'était pas la même: dans le siècle qui avait deux ans quand naquit "le plus grand poète français, hélas!", le romantisme accompagna l'avènement de l'individu sous la monarchie de juillet où Louis-Philippe fut surnommé "le roi des bourgeois", et un individu pouvait être élevé à la chambre des pairs après avoir fait un chef-d'oeuvre. Napoléon n'était pas loin, qui avait institué le compagnonage et les meilleurs ouvriers de France. Les "enfants du siècle" comme Musset confessaient souffrir de l'amollissement de la valeur militaire et trouvaient que  leur génération était inemployée. Victor Hugo fit son chef-d'oeuvre en érigeant une cathédrale littéraire, "Notre-Dame de Paris". 


Dans le siècle de PPDA qui n'était pas davantage celui de Louis XIV que de Victor Hugo, on pouvait publier soixante livres quand on était devenu une figure médiatique et loin de moi qui n'en ai pas lu un seul de présumer de la valeur de ces livres qui sont peut-être remarquables ou à tout le moins acceptables ou passables.


Les carnets de Victor Hugo révèlent qu'il voyait une ou deux femmes par jour. PPDA dit qu'il aime la vie de Victor Hugo. Lui qui ne supporta pas d'être évincé du journal de 20h,  lui enviait sans doute moins d'être le proscrit un peu surjoué de "Napoléon le petit" que ses "bonnes fortunes" et a peut-être un peu forcé les siennes sans se douter qu'à l'automne de sa vie, sous l'influence d'un puritanisme qui devait succéder à la libération sexuelle de ses vingt ans, une passade  un peu appuyée sur une relation de pouvoir serait quasiment imputée à viol, #MeTo devait passer par là. 


PPDA croyait que se perpétuerait le libertinage cher au fils du "héros au sourire si doux", dont notre icône médiatique admire qu'il ait été un brillant orateur politique, passé du légitimisme au socialisme, système lyrique dans lequel Victor Hugo trouva l'élan de son éloquence. Celle de PPDA s'appuyait sur un prompteur au bruit des téléscripteurs et ne se mesurait qu'à la capacité du présentateur impartial, érigé en magnat symbolique sans opinion, de lever les yeux du prompteur pour sortir de son texte.


Libertin, PPDA? Je me souviens d'un soir où il choqua ma famille, qui pourtant n'avait pas froid aux yeux: comme son journal se terminait par un sujet sur les métamorphoses de la drague, il conclut en nous souhaitant "bonne drague" en guise de bonsoir. 


Je me souviens de cet autre jour où "TF1" fraîchement privatisée présentait en l'interviewant le rôle prépondérant que son journaliste de tête d'affiche devait y jouer, "enchaîné à cette chaîne". PPDA conclut l'interview en disant: "Etre le premier journaliste de la première chaîne française, ça me plaît." Ma fausse modestie en fut heurtée. Comment pouvait-il ne pas déguiser une si haute opinion de lui-même? 


C'est que PPDA n'avait point de surmoi d'humilité, ce qui ne l'empêchait ni d'être timide, ni d'être pudique, s'"enfonçant dans la nuit" (dit-il un soir sur "France inter" interviewé par Pascale Clark), en personnage énigmatique qui ne voulait pas dire où il allait ni qui il allait éventuellement rejoindre, pas plus qu'il ne consentait, lui qui pourtant voulait bien parler de sa mère et de sa fille, à dresser sa "physiologie du mariage" au risque d'exposer les humiliations de son épouse légitime, à supposer qu'elle vécût ainsi ses infidélités notoires et non assumées. 


L'humilité n'étouffe pas PPDA, mais la timidité peut-être, voire la pudeur, et tout ceci n'est incompatible que pour qui n'a pas mesuré les intermittences du coeur et les inconséquences des animaux bien peu raisonnables que nous sommes. 

lundi 8 mai 2023

"Sud radio" ou la dénaturation de l'extre^me droite

Commentaire au billet de Philippe Bilger pour défendre cette radio à laquelle il appartient. 


Justice au Singulier: Libé s'égare sur Sud Radio... (philippebilger.com)


"Cher hôte, cher Philippe Bilger,

Pardonnez-moi ce commentaire désobligeant sur votre espace public et personnel qu'est ce blog, mais il faut croire que "Sud Radio" (qui ne me passionne pas) est un sujet passionnel.

Je ne sais pas si "Libération" a raison d'éreinter "Sud Radio" ou si elle en rajoute, mais vous ne pouvez pas parler vrai quand vous la défendez, vous êtes de parti pris, car vous avez un conflit d'intérêts, vous en êtes. Vous n'avez jamais pu parler vrai à propos de ce média du jour où vous en êtes devenu un invité permanent, et donc un collaborateur salarié (et à ma connaissance, vous n'en aviez jamais parlé auparavant. Vous aviez raison, il n'y avait rien à en dire.)

Vous n'en parlez pas vrai dès lors que vous ne prononcez plus le nom de Didier Maïsto depuis qu'il a été évincé de la direction de la station. Vous ne tarissiez pas d'éloges à son sujet et lui aviez entre autres consacré un entretien sur votre chaîne YouTube. Il quitte la station et il n'en est plus question, mais vous invitez le nouveau patron, Patrick Roger, et vous lui passez de la pommade en ne faisant pas preuve de vos talents de maïeuticien habituel.

Vous plaidez au pluralisme de "Sud Radio" sous prétexte qu'elle aurait sa bonne "socialiste professionnelle" en la personne de Françoise Degois, intervenant deux fois par semaine (elle n'est plus rien depuis qu'il fut avéré qu'elle couvrait à la fois la campagne de Ségolène Royal pour le service public et qu'elle conseillait l'éternelle candidate à tout - elle a certes un peu attendu pour officialiser ses conseils).

"Sud Radio" a même son "bon communiste" (Olivier Dartigolles) qui a échappé à la terrible sentence des Camelots du roi: "Un bon communiste est un communiste mort." Dans "Poulaillers' Song", Alain Souchon disait déjà en parodiant son bourgeois de jadis symbolisant l'opinion de l'ancienne droite: "Je ne suis pas raciste pour un sou. [...]Je compte parmi les gens que j'aime bien un jeune avocat africain..." (Quelle audace !)

Le pluralisme selon "CNews" ou selon "Sud Radio" a quelque chose à envier au pluralisme imposé à "France Inter" par le mouvement dextrogyre: c'est qu'il est né avec son antenne pour ne pas la marginaliser, quand l'autre est devenu inévitable à la radio de service public qui méconnaissait tout un pan de l'opinion publique en ne permettant pas aux éditorialistes "mal-pensants" de faire partie du débat public. Mais on n'a pas poussé le courage jusqu'à provoquer des débats deux contre deux chez ces parangons autoproclamés de la liberté d'expression que sont "CNews" ou "Sud Radio". Ce sont toujours des débats à trois (ou plus) contre un (et rarement plus).

André Bercoff n'a guère de puissance intellectuelle ou inquisitive et encore moins de culture. C'est surtout un agitateur et un agité du bocal qui, même bien avant "le Temps de se parler" sur "France 3" la "vétérante", a toujours su garder un pied dans la fange et un pied dans la soupière: ce trumpiste de nouvelle souche et vieux client de "Chez Denise", c'est lui qui s'est étalé là-dessus et n'aime pas qu'on le lui rappelle, j'en ai fait les frais sur Twitter, raconte encore aujourd'hui comment il a été et est resté (un peu comme Patrick Sébastien, donc comme Cyril Hanouna avec Emmanuel Macron) l'ami de François Mitterrand et de François Hollande. "Mon fils, garde-toi à ta droite et à ta gauche" pour être toujours sûr qu'on te serve un repas chaud."

"Sud Radio" et la bande à "Causeur" ont dénaturé l'extrême droite en beaufisme contre le wokisme. Dommage que vous tombiez dans ce panneau en étant rarement allé chez les "affreux" de "Radio Courtoisie" !

Quant à cette dernière station, l'esprit de la droite du XVIe n'est plus au boulevard Murat depuis que Pierre-Alexandre Bouclay, avant même d'en prendre la direction laissée vacante par la mort de Dominique Paoli, s'est cru obligé de créer une Matinale qui imite l'esprit de "Sud Radio".

L'extrême droite n'est plus ce qu'elle était. Dommage, elle m'aidait à penser.

Observant la vie municipale de Mulhouse, mon père me disait que tous les maires, d'Emile Muller à Jean-Marie Bockel, avaient évolué de la gauche à la droite. Pour ma part, je n'ai jamais jugé utile de rallier le panache blanc de l'extrême droite qui m'a toujours indiqué les bornes d'une pensée à éviter ou à développer pour la faire mienne. Je ne l'ai jamais rallié comme l'a fait Élisabeth Lévy qui est passée de la revendication de pouvoir parler à tout le monde y compris Le Pen (évoquée dans "les Maîtres censeurs"), ou "les Français qui ont pété à table" (son commentaire élégant - à défaut d'être rabelaisien - de la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle de 2002) à la création, à travers "Causeur", d'un organe "nationo-sioniste" (selon l'heureuse expression d'Alain Soral) d'une vulgarité et d'une islamophobie sans pareilles. '"Causeur", c'est le magazine beauf anti-woke.

Je ne goûte pas davantage le parcours de Michel Onfray qui est passé d'un respect tout à son honneur d'Alain de Benoist et de la philosophie de droite à une espèce de ralliement pratique à ladite philosophie. Car entre le directeur de la rédaction de "Front populaire" et le directeur d'"Eléments" ou celui du "Nouveau conservateur" (Paul-Marie Coûteaux), il n'y a que l'encyclopédisme du premier auquel le second n'arrivera jamais à la cheville et, chez le même, le reliquat d'incises devenant toujours plus rares destinées à rappeler que notre contre-historien de la philosophie athéiste et athéologiste devenu le phare des chrétiens identitaires a toujours appartenu à la gauche communaliste, laquelle n'ayant plus de réalité politique, mieux vaut faire front avec les ennemis de l'inévitable "décadence", et Patrick Buisson peut lui emprunter le titre du deuxième tome de sa fresque de civilisation sans qu'entre gens de bonne compagnie, on ne crie au plagiat.

"Sud Radio" est un organe de dénaturation de l'extrême droite, je préfère les originaux à la copie et qu'on reste soi-même. Assumez d'appartenir à cette mouvance peu respectée, cher Philippe Bilger. Votre réputation en pâtira, mais vous n'en vaudrez que davantage."

jeudi 4 mai 2023

Apprentissage ou filière pro?

Lycées pro: retour à l'essence du macronisme - l'Opinion (lopinion.fr)

 

"l'Opinion" cherche l'essence du macronisme et croit la trouver dans la réforme à venir de la filière professionnelle, qui engendre aujourd’hui un décrochage record (1/3 des élèves, nous dit "la Croix"), alors qu'elle concerne 1/3 des élèves du second cycle.

 

La filière pro ressemble au "bac général" comme le Canada Dry à l’alcool, mais est une cote mal taillée entre l'apprentissage et l'entrée dans l'université dont le baccalauréat se veut l'examen éliminatoire, parce que l'Education nationale ne veut pas que les ados lui soient confisqués par les "maîtres d'apprentissage » et a tout fait pour détricoter cette entrée souvent heureuse dans le monde du travail : elle a encadré la relation d’un apprenti à son maître en la bordant d’ »alternance », puis elle a œuvré pour que la filière pro soit préférée à l’apprentissage avant de paraître se rétracter en « transformant » l’ »apprentissage » en filière magique de la « formation » continue, indispensable au « plein emploi » (puisqu’on le sait bien, les chômeurs n’entrent pas dans l’emploi faute de formation, même si celle-ci est encouragée depuis les TUC (travaux d’utilité collective) de Laurent Fabius. En la matière, la politique d’Emmanuel Macron n’a comme d’habitude rien de nouveau…).

 

Le décrochage scolaire dans la filière pro n’est pas de nature à ce que l’institution scolaire se remette en cause et reconnaisse que le modèle de l’école est traversé par une crise de l’orientation qui ne permet pas que le travail soit majoritairement perçu comme une source d’épanouissement ou d’émancipation : la réaction à l’allongement de l’âge légal du départ en retraite est un signal fort de ce malaise et Parcoursup est la honte de l’orientation scolaire qui non seulement n’est pas faite en amont, mais ne tient pas compte du désir des élèves quant à l’exercice d’un métier, celui-ci relevant d’une loterie, pourvu que le maximum d’une classe d’âge puisse intégrer l’enseignement supérieur.

 

L’orientation scolaire devrait tenir le milieu entre l’intérêt des élèves pour un métier et les besoins de la nation, mais elle préfère adapter les élèves au marché du travail tout en ne donnant pas à leurs parents le sentiment qu’ils seront déclassés s’ils quittent l’école trop tôt. (L’ »école inclusive » relève d’une flatterie similaire).

 

L’adaptation au marché du travail, voilà à quoi le macronisme a réduit l’ »égalité des chances » chère à Michel Rocard. C’était clair pour qui voulait bien se pencher sur la carrière de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation qui le demeura pendant tout le premier quinquennat et qui, après une scolarité dans un milieu ultraprivilégié (à Stan),  « alterna » (entre autres) la direction d’une prestigieuse école de commerce (l’ESSEC) avec des fonctions de recteur d’académie ou de directeur de l’Enseignement scolaire de Luc Chatel, lutant certes infructueusement contre le décrochage scolaire, mais inspirant aussi le repérage des élèves de maternelle susceptibles de devenir délinquants…

 

Jean-Michel Blanquer — Wikipédia (wikipedia.org)

 

Le macronisme, c’est l’assignation à résidence des élèves dès la maternelle, la montée dans le cursus honorum des anciens élèves des collèges et lycées du VIème arrondissement (comme Jean-Michel Blanquer et Gabriel Attal, chargé de mettre en œuvre le service civique semi-obligatoire), et l’adaptation des autres au marché du travail sous couvert d’émancipation.