Jordan Bardella l’antisémite et les imbéciles, par Claude Askolovitch – Libération
Je lis Claude Askolovitch depuis la parution de son livre, Lionel, où il avait si bien compris la psychologie de Jospin qu'il avait eu la prémonition de son retrait de la vie politique au soir du 21 avril 2002, car "la pensée du retrait" faisait partie de son rapport et de sa pratique de la vie politique, avait-il expliqué. Les journalistes prémonitoires sont si rares que j'ai eu du respect pour lui.
Au point de m'abonner à son compte Twitter et de correspondre occasionnellement avec lui. Mais très vite, nos échanges ont tourné à l'aigre-doux et ayant la main leste, Asko m'a bloqué. Je trouvais qu'il avait perdu en profondeur, presque (mais pas tout à fait quand même) à l'instar d'un Jean-Michel Aphatie. Les journalistes footix gâchent leur marchandise éditoriale.
Mais là, face aux déclarations antisémites de JordanBardella, je retrouve mon Asko.
Qu'est-ce que je pense du Bardella antisémite? Pas grand-chose. Est-ce qu'il me scandalise? Non. M'étonne? Pas davantage. Est-ce que j'irais jusqu'à le traiter de "crétin"? Non plus. Je n'aime pas l'insulte en politique. Est-ce à dire, si je ne suis pas scandalisé par les écrits du jeune Bardella, que je partage ses préjugés antisémites? Je mentirais si je le niais entièrement. J'ai de l'admiration pour la verve soralienne, mais être anti-quelque chose ou quelqu'un ne fait pas une pensée politique. J'ai cessé de croire que la Shoah était le Golgotha du monde ou "la pire des barbaries", , la seule faute impardonnable en histoire comme osait l'écrire Paul Ricoeur dans "Histoire et mémoire" (ma mémoire peut défaillir en citant de mémoire le titre d'un de ses derniers livres), mais je n'ai jamais eu le moindre penchant révisionniste et encore moins négationniste. Je pense que les lycéens arborant des drapeaux palestiniens révèlent que, si on leur enseigne la Shoah comme la pire barbarie de l'histoire, ils sont fondés à observer ce qui se passe aujourd'hui en Palestine et à s'en indigner. J'ai rencontré cet après-midi même une jeune fille palestinienne au milieu d'une grappe de ses copines, nous n'avons pas du tout parlé de ça, mais avons égrainé des merveilles comparées de l'Arabe littéraire entre Algérie et Palestine.
Que dit Asko dans son éditorial?
Au moins trois choses importantes.
La première parle de Bardella lui-même et ce n'est pas glorieux:
"Ce n’est pas d’aujourd’hui que je m‘interroge sur la vacuité de cet homme. Qui est-il et que valent ses mots, pense-t-il seulement quelque chose ? S’il est fasciste, est-ce par idéologie ou par son opacité, sa langue désincarnée, une langue qui semble fabriquée à l’IA, cette plasticité qui autorise tout, cette ambition de petite frappe robotique, égotique, que je lui devine. Lui qui, depuis des années, proclame que le RN est le défenseur des juifs fut donc, à lire Mediapart, un adolescent drogué à Soral et à Dieudonné. Peu après ses mots venimeux, il était en couple (tout ceci est public) avec une jeune femme nommée Kelly Betesh, dont le père est israélien, et qui avec force revendique ses origines.
De Kelly Betesh, il passerait à Kerridwen Chatillon, digne fille d’une figure de l’ultra-droite, puis à Nolwenn Olivier, nièce de Marine Le Pen, avant de jouer les people près d’une princesse italienne. Quelles ascensions ! Est-il Bel-Ami, pauvre Maupassant ? Le jeu de l’amour ne relève pas que du hasard. Comment le dire autrement : je ne sens pas cet homme. Et je ressens d’autant plus douloureusement la facilité avec laquelle il s’est imposé, dans les paresses jumelles des médias et des réseaux sociaux, en mon pays de France." "Bardella fut jusqu'à cette semaine le plus lisse des dédiabolisés."
La deuxième dénonciation d'Asko vise Israël qui s'est fascisé ou extrêmedroitisé, ouvrant la boîte de Pandore à l'Europe qui jusqu'alors était interdite d'extrême droite:
"Nous sommes nombreux, juifs, à désespérer de ce que nous devenons. Il est temps de se battre. J’en fais un livre qui sort ces jours-ci. D’autres viendront. En Israël, sévit un gouvernement fasciste qui détruit la Palestine et détruit dans le même mouvement son propre pays, son peuple, son espérance, l’espérance et la dignité des juifs dans l’histoire. Ce gouvernement fasciste, en 2025, invita Jordan Bardella à le visiter. On lui ouvrit les portes du Yad Vashem, lieu sacré entre tous : le mémorial de la Shoah à Jérusalem. Les fascistes d’Israël prostituaient notre histoire dans un jeu délibéré : annuler l’humanisme et forger une alliance avec les extrêmes droites mondiales, Maga ou RN, et installer la guerre de Gaza dans une narration, celle d’une grande guerre de civilisation contre l’islamisme – contre le monde musulman.
La démarche était d’une cohérence absolue. Avant même de s’inscrire dans la pauvre communication du lepénisme, elle exprimait la vérité du gouvernement Nétanyahou-Ben Gvir. Que ces profanateurs soient au surplus des crétins, la démonstration est faite. Leur choix de l’extrême droite mondiale supposait – décence minimale – que l’extrême droite ait quitté l’antisémitisme, et Yad Vashem, la visite en Israël serait un mikveh politique : le bain rituel et purificateur de nos coutumes, qui laverait les enfants du fascisme de leurs origines. Raté. L’existence dans le camp Maga d’un courant antisémite et néonazi, était déjà un enseignement. Les éructations attribuées au jeune Bardella complètent le tableau. C’est aux plus constants de nos ennemis que les gouvernants d’Israël ont tendu la main. Un crime de plus contre ce que nous sommes.".
Ici j'interpole une analyse personnelle: qu'ont fait les juifs d'influence à Marine Le Pen? Une chose ignoble, ils l'ont obligée à renier son père et la dame s'est exécutée. Elle a renié son père pour devenir la présidente du parti du patriotisme parricide, ce qui constitue un oxymore. Ce faisant, elle croit s'ouvrir la voie pour pouvoir devenir présidente de la République. Elle le deviendrait pour un plat de lentilles. Mais qu'a-t-elle fait aux juifs d'influence? Une chose non moins ignoble: elle a fait semblant de les aimer. La plus grandde tromperie en amour consiste à faire semblant d'aimer. C'est la posture la plus honteuse qui se puisse imaginer.
Mais poursuivons avec Asko en nous demandant ce qu'elle a fait aux musulmans en feignant de s'allier avec des juifs comme les Clarsfeld, Gilles-William Goldnadel ou #Élisabeth Lévy. "Renonçant à l’antisémitisme public, Marine Le Pen maintint tout le reste. L’hostilité à l’étranger, à l’immigré, au musulman : en 2012, la même année, elle faisait campagne contre la viande halal qui envahissait nos tables. Rien n’a changé depuis ; en témoigne son projet d’envoyer nos policiers verbaliser dans nos rues nos voisines, nos amies, porteuses de voiles musulmans. Ceci est terrifiant : le RN avec constance prêche et organise la division du pays et la mise à l’index de sa part musulmane. Il n’en est pas moins considéré comme un parti acceptable, désirable, de bonne compagnie médiatique, de gouvernement et d’alliances demain. Il lui a suffi de ne plus être antisémite. Seule la haine du juif, dans notre vieille France était rédhibitoire. Le reste, tout le reste, ne posait aucun problème, et d’abord cette islamophobie de bon ton qu’acceptent, prêchent et diffusent tant et tant de politiques, d’observateurs, d’intellectuels, de bavards toutologues : la détestation, la méfiance consensuelle qu’on ose appeler «laïcité». Marine Le Pen, en 2012, avait ancré son mouvement dans un préjugé majoritaire. Il suffisait d’y penser.
J’écris ceci comme français et comme juif. Cela me fait horreur. Mon pays s’est donné à l’extrême droite, et j’en ai été le prétexte. J’ai vu, aussi bien, des juifs s’en aller flairer le RN, sa patronne et son bel héritier, et adouber le pire. Comment se sentent-ils, les Klarsfeld et compagnie, en lisant l’enfant Bardella ?
L’antisémitisme dont on accuse Bardella détruira-t-il la bulle d’immunité dont bénéficie le RN ? Ce serait une bonne nouvelle – et en même temps, pour les juifs et pour la France, une abomination ; disons la révélation d’une abomination."
C'est du grand Claude Askolovitch et un article qui fera date.
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