Pages

jeudi 3 septembre 2026

"Le monde a besoin du pape", réponse à Anne Soupa

Le pape en France - Anne Soupa


Chère Anne,
Vous le dites très bien, "le monde a besoin du pape". J'ai l'impression qu'il en a toujours été ainsi depuis mon enfance. C'est pourquoi, si je souscris globalement à ce que vous dites de l'impact des papes au cours des XIXe et XXe siècles où les successeurs de Pierre sont devenus des papes-mondes (sic), je ne me fais pas à votre réduction de Jean-Paul II, au "pape des abus", alors qu'il a contribué, avec Reagan et sa Guerre des étoiles, Reagan qui était le bras armé du Vatican ou le Vatican qui était le bras désarmé de Reagan, à la chute du communisme soviétique, qui a certes laissé un quart de l'humanité sous l'emprise communiste (en phase dialectique d'économie ultracapitaliste, je pense à la Chine), mais qui s'est révélée une véritable libération à l'époque, la libération d'un régime totalitaire, rien de moins, libération qui peut-être est restée sans lendemain loin de nous acheminer vers "la fin de l'histoire", car "le monde libre" ne s'est pas montré tellement meilleur que le communisme soviétique: il a profité de la chute du communisme pour entrer dans sa dérive impérialiste, de George Bush à Donald Trump avec des parenthèses comme celle d'Obama; mais l'humanité met longtemps à progresser, Jean-Paul II ne pouvait rien contre cette lenteur, de même qu'il ne pouvait pas combattre sur tous les fronts: il a négligé celui des abus, cela est aujourd'hui porté à son passif, mais la libération à laquelle il a contribué en était une, ô combien!
"Le monde a besoin du pape". Si j'élargis la focale, je crois qu'il en a toujours été ainsi, pas seulement depuis mon enfance, et que si la papauté est restée en place comme témoin de la chrétienté, si elle a survécu à la Réforme, ce n'est pas en vain.
"Le monde a besoin du pape." Votre article fait l'impasse sur Benoît XVI qui pourtant, a répondu selon moi à un besoin du monde: le monde avait besoin d'être catéchisé et le pape allemand et ancien responsable de la Congrégation de la doctrine de la foi, le dernier en date à avoir été à la hauteur de la fonction car il avait l'âme d'un théologien, a catéchisé le monde et le monde en avait besoin le nouvel afflux de catéchumènes est peut-être un fruitde son pontificat.
François "a clairement alerté sur la déshumanisation des sociétés où le capitalisme n’est pas régulé par l’État. Il a refusé la « culture du kleenex », qui instrumentalise les personnes au lieu de les servir. Et il a réussi à mobiliser l’opinion sur l’écologie avec l’encyclique Laudato Si."
La "conversion écologique" m'a toujours paru suspecte, car elle opère un changement de paradigme où "il faut sauver la planète" plutôt que nos âmes et où l'écoanxiété a remplacé notre angoisse devant la faim dans le monde. En même temps que François avait un souci louable des personnes, il a tendu à dissoudre le Christ dans la fraternité universelle. En fait, François était surtout un pape imprévisible, ce que vous dites très bien en soulignant, concernant ses refus, auquel il faut ajouter son pied-de-nez strasbourgeois, de reconnaître qu'il venait en France quand il se rendait dans notre pays, qu'il a suscité l'incompréhension de nos compatriotes, mais "la page est tournée".
Il y a quelque chose d'infantile dans notre besoin de voir le pape, de se voir regarder voire caresser par lui. "Le monde a besoin du pape", mais ce besoin ne doit pas flatter notre immaturité. Alors réjouissons-nous que Léon vienne en France. Réjouissons-nous de le voir et sachons le recevoir, mais n'en faisons pas trop et l'Église de France en fait des tonnes pour un voyyage qui renoue avec les visites en France de Jean-Paul II après cent ans d'absence, et qui semble calqué sur le voyage de Benoît XVI, avec l'Institut catholique pour lieu d'un Discours auxBernardins, veillée au stade de France comme sosie de la messe des Invalides et passage obligé à Lourdes, la capitale de l'Église de France, pour de bonnes et de mauvaises raisons. L'Église de France en fait des tonnes pour recevoir le pape, trop heureuse de le voir. Mais si elle tient à bien le recevoir, c'est peut-être parce que beaucoup de catholiques (dont vous et moi) ne savons plus recevoir le pape que l'Esprit-Saint nous donne.
Et Léon dans tout ça? Sommes-nous d'accord avec Léon? Vous dites que son encyclique sur l'intelligence artificielle "appartient directement au registre prophétique. "Elle rappelle que toute science, toute technique, doit rester au service de l’être humain, et non le contraire. Son retentissement dans la société civile montre que l’attente est réelle sur ce sujet." L'attente a beau être réelle, il est vain de s'opposer au scientisme en occultant que tout ce que l'intelligence humaine pourra faire, elle le fera, jusqu'à jouer aux apprentis sorciers et se placer sous la férule d'une intelligence artificielle pour être le dindon de la farce que l'homme a lui-même écrite. Bref, peut-être valait-il mieux qu'il nous mette en garde plutôt qu'il ne dise rien, mais l'attente a beau être forte, il a parlé pour ne rien dire. Sinon qu'il a marqué un des axes forts de son pontificat: il a dès son discours d'ouverture placé notre monde rongé par "le retour de la guerre" sous le signe de "la paix désarmante et désarmée" du Christ.
"Le pape s’est opposé à l’administration Trump, en particulier à JD. Vance au sujet de la dignité envers les migrants. Son altercation presque directe avec le président Trump, même s’il a souhaité ne pas l’amplifier, est tout de même le signe d’un désaccord profond avec les valeurs que véhicule cette administration : l’argent, la force, le mépris envers l’autre." Il s'est opposé à l'administration Trump et il a bien fait. Si nul n'est prophète en son pays, nul mieux qu'un pays doit le fustiger quand il déraille. Or Trump est l'avatar du déraillement états-uniens qui était en germe dès la croyance qu'ont eu les Américains en leur destinée manifeste", ferment de tout nationaliste, mais spécifiquement messianique dans la nation américaine. Léon XIV la déconstruit de l'intérieur et ile le faut. Au passage, je ne cesserai jamais de m'étonner qu'Obama qu'on attendait comme le messie ait débouché sur Trump. Quel inflexible retour de balancier, qui montre la permanente aporie de l'histoire entre "éternel retour" du cyclique et "sauts qualitatifs" pour essayer de progresser.
La véritable originalité du voyage de Léon XIV réside dans le choix de Metz. Choix toponymique d'abord, car il n'est pas vraiment original qu'un pape se montre européen. Tous sauf l'imprévisible François l'ont été: Jean-Paul II était très européen, Benoît XVI poussait la chose jusqu'à l'européocentrisme et à ne voir l'Église qu'à travers le prisme européen; seul François était européoindifférent.
Léon XIV va tenter de ranimer la flamme européenne au déclin de celle-ci. Va-t-il oser lui dire qu'elle ne vaut pas mieux que la façade atlantique de l'Occident si, organisation politique pensée pour faire la paix du continent, son libéral-bureaucratisme qui la menace de mort et pourrait la faire tomber comme un fruit mûr se refait la cerise, à la triste faveur de la guerre en Ukraine, contre une Russie érigée en bouc émissaire alors qu'on avait envisagé à Maastricht de l'intégrer dans l'Union européenne. Isoler un adversaire ne contribue jamais qu'à le déshumaniser. L'Europe déconne en le faisant et en se détournant de son but pacifique originel. L'Europe déconne et je pèse mes mots. Léon XIV va-t-il oser le lui dire comme il sait dire son fait à l'administration Trump en prophète de son pays et pape autochtone choisi parce qu'il fallait s'opposer au danger que constitue Trump encore au-delà de Poutine, car Poutine demeure un dirigeant impérialiste traditionnel quand on ne sait pas où la folie de Trump peut mener son pays.
Souhaitons un bon voyage à Léon XIV et souhaitons-nous de savoir bien le recevoir, dans tous les sens du terme.


La déréliction présidentielle

"Le 31 du mois d'août", alors que la rentrée des classes ou la saison nouvelle n’avait pas dit son premier mot, le marronnier du jour fut de parler de l’élection présidentielle et des candidats en lice en leur donnant une couverture inversement proportionnelle aux problèmes des Français et au message que ces candidats qui n’ont pas l’ombre d’une idée voudraient faire passer en occupant le terrain.

De ce point de vue, la palme médiatique de l’invité le plus insignifiant est sans doute à décerner à France Info qui n’a pas trouvé de politicienne plus inspirée que Valérie Pécresse qui, après avoir fait le score que l’on sait lors de sa propre candidature à l’élection présidentielle par défaut de 2022 où elle pérorait qu’Emmanuel Macron avait « cramé la caisse ! » (on appréciera la vulgarité du propos), a commencé par dire qu’il fallait tous se ranger derrière Sébastien Lecornu pour parer au plus pressé et que la France écope d’un budget cette année. Elle a déploré qu’il soit trop tard pour organiser une primaire de la droite après l’avoir appelée de ses vœux et elle a soutenu Bruno Retailleau du bout des lèvres de façon tellement discrète qu’on voyait qu’elle était la première à ne pas croire en son propre soutien.

Au passage, la présidente de la région Île-de-France qui demandait à ses électeurs de lui rembourser ses frais de campagne parce que la droite de gouvernement qu’elle emmenait ne faisait tellement plus le poids que l’État ne serait plus en mesure de lui rembourser ce qu’elle avait avancé puisqu’elle avait réuni moins de 5 % des suffrages exprimés, a révélé qu’elle avait passé l’été dans le Limousin plutôt que de diriger sa région. Elle s’en est naturellement prise à Marine Le Pen, car elle n’a pas du tout la même vision du « Grand remplacement » (expression qu’elle a employée dans son poussif premier meeting) que la candidate qui porte une proposition de loi qu’elle juge irréaliste, visant à interdire le port du voile dans l’espace public français. Et de se féliciter pour faire contrepoint ou bonne mesure que l’Arabie saoudite se joigne au Qatar pour financer le « Grand remplacement » par le divertissement. Elle le jure ses grands dieux, le Disneyland saoudien verra le jour, tout est signé, même si les ayants droit japonais du manga qui servira de fil conducteur au futur parc d’attractions font la fine bouche.

J’ai l’air de tirer sur l’ambulance Pécresse, mais que dire du choix piteux d’Édouard Philippe de débattre avec François Hollande, l’homme dont tout citoyen français normal (sic) voudrait qu’il ait la décence de se retirer de la vie politique après son mandat calamiteux ? Que dire de la non-représentativité de Bruno Retailleau de la droite qu’il prétend incarner en ne faisant qu’outrepasser ce que disait naguère le RN sans vouloir discuter avec lui, même pas le bout de gras qu’il n’a pourtant pas eu de scrupule à partager avec Emmanuel Macron en participant à ses gouvernements post-dissolution pour faire du Sarkozy sans le souffle et sans aucun résultat ? Comment ne pas se désoler de la dynamique qui porte peu ou prou un Gabriel Attal sachant peut-être participer aux « débats superficiels » demandant de la répartie, mais qui n’en prétend pas moins tromper le chaland électoral en se faisant passer pour l’arriviste qui a découvert sur le chemin de Damas des différents contrats d’intérim que lui signait le président que l’École alsacienne et le piston ne l’avaient pas empêché de découvrir qu’il avait les Français au cœur ? Que dire de Laurent Wauquiez savonnant comme à son habitude la planche de son camp politique ? Comment qualifier la campagne du RN où Jordan Bardella fait semblant de concourir pour Marine Le Pen en se disant candidat à Matignon et en parlant comme s’il était, lui, le principal porteur du projet du parti ? RN qui seul, et bien qu’il ait tout renié, paraît converti au calme après la tempête pour apaiser le pays en avançant des recettes somme toute à ce jour parmi les plus réalistes de ce qu’on entend débiter par tous ceux qu’on n’a cessé d’essayer ?

Les plus sensibles au charme féminin se laisseront berner par la nouvelle pépite de Vincent Bolloré qui veut mettre en avant Sarah Knafo après avoir essoré Zemmour. Ces électeurs séduits oublieront que tous les candidats Bolloré sont des agents de la guerre civile. De l’autre côté de la société polarisée, on fera l’impasse sur la schizophrénie du discours « Humain d’abord » d’un Jean-Luc Mélenchon violentiste et toujours aussi caractériel, dont les seconds rôles ne veulent surtout pas dépareiller par rapport à l’original cacochyme favorable à la retraite à 62 ans excepté pour lui-même.

Bref, cette nouvelle saison présidentielle s’ouvre comme un théâtre d’ombres où pas un candidat ne paraît porter une idée et cet éparpillement façon puzzle est imputable à l’action nuisible d’Emmanuel Macron qui l’a souhaité et provoqué, en méprisant et en divisant le pays comme il ne l’a jamais été ! Triste rentrée politique où les morts presque simultanées de Philippe Bouvard et d’Édouard Balladur semblent signifier à la France qu’un certain esprit français « marqué par la gentillesse », comme disait Claude Guéant, est parti avec eux et aura beaucoup de mal à revenir.