jeudi 7 juillet 2016
Y a-t-il un génocide des Yésidis?
Du Croissant de lune, le 6 juillet à 08h18 :
"Bonjour Torrentiel, souffres de moi un développement sur cette affaire douteuse du genosside reconnu par l'ONU des Iazédites. En fait, bon, premièrement ça ne répond à rien de rigoureux. Sur ce coup-là, on est sûr, ça ne répond pas à la définition du mot "génocide". Enfin, la population des gens dits "Iazédites", qui sont des Zoroastriens, cette population est peu nombreuses, mais on ne peut pas en connaître strictement le nombre exact. La question ne peut concerner que les Iazédites d'Irak, puisqu'il y en a aussi en Iran, j'ignore si d'autres vivent en d'autres pays, comme la Syrie ou la Turquie. Peu nombreux, au point qu'en Tunisie on n'entendait à peine parler, et on les nommait, adorateurs du feu, je suppose que c'est en lien avec des pratiques religieuses utilisant le feu, et cette dénomination se retrouve dans la littérature Persane, comme par exemple dans les poèmes de Shahdi, le recueil "Le jardin des roses". Très curieusement, j'ai appris que dès mes débits des conquêtes Musulmanes, les Iazédites ont eu le statut des gens du Livre, ils ne furent pas considérés comme polythéistes païens.
Leur nombre est réduit, bien qu'il n'y ait pas de chiffres clairs. Donc, le nombre des victimes en Irak, estimés entre trois mille et cinq mille ces dernières années, est relativement lourd à proportion de leur chétive démographie. Je doute pourtant qu'on puisse les estimer à moins de cent mille au total en Irak. Donc, que ce soit en valeur absolue ou en valeur même relative, rapporté au nombre, leurs pertes ne sont pas premières dans cette guerre depuis 2013. Et là je ne parle que de la population qui est en Irak, parce que dans le monde ils sont plus nombreux, donc ça n'aurait pas de sens. J'eusse agréé d'autres qualificatifs, comme le crime de guerre ou le crime contre l'humanité, mais le génocide, ça me gêne, vraiment. En valeur absolue, les pertes premières sont de sunnites en Irak, j'ignore en valeur relative. Et si on dressait le tableau des pertes des seuls Arabes sunnites, sans tenir compte des Kurdes sunnites depuis 2003, la situation est extrême et devait produire des effets réactionels sous forme de révolte désespérée de survie, récupérée qui plus est et instrumentée, comme maintenant peu de gens en doutent. Les seconds en pertes absolues sont probablement les sheiites, mais pas en pertes relatives étant les plus nombreux en Irak. J'ignore où se situe exactement la situation des iazédites, en valeur absolue, leurs pertes sont importantes mais moindres que d'autres, en valeur relative, mon impression est que c'est important, sans pourtant être qualifiable de génocide. Quant aux pertes des Chrétiens, et ce, depuis même 2003, ni en valeur absolue, ni en valeur relatives elles ne sont comparables aux épreuves d'autres catégories de population. Voilà pourquoi je me refusais à singer ta pétition, d'ailleurs à lire son argumentaire elle mettait en avant l'épreuve des Iazédites, comme si les deux catégories étaient confondues. Et encore, il était question des Chrétiens d'Orient au sens large, si encore les auteurs de la pétition se cantonnaient aux Chrétiens d'Irak, et en précisant les périodes et les lieux précis des épreuves, leur crédibilité y eut gagné.
Je n'ai pas de chiffres sûrs, mais j'ai la certitude que le qualificatif de génocide des iazédite est politique et surfait. Pourquoi donc la communauté internationale, enfin, l'ONU, ou plus exactement les puissances influentes dans l'ONU ont-elles eu besoin de cette résolution? Oui, à quoi ça sert-il? Il ne s'agit pas de condamner le groupe armé E.I, puisqu'il a déjà un dossier suffisamment chargé comme ça, pas besoin d'en rajouter une couche, si la question est de contenir ce groupe, il faut et il suffit qu'il soit déstabilisant des pays où il se trouve agir. Donc, je m'interroge sur les conséquences de cette résolution, les conséquences juridiques précises, pourquoi a-t-on forcé les faits au point de se déconsidérer une énième fois? La chose était risquée, enfin, le risque de déconsidération n'est même pas un risque, la résolution du génocide est une forfaiture. Donc, pourquoi? Qu'on ne s'étonne donc pas après qu'il y ait ce qu'on nommera "révisionisme" ou "négationisme" si l'ONU est en soit révisioniste, en forgeant une forfaiture.
Je m'interroge et je n'ai pas de réponses, mais on ne prend pas la peine de se déconsidérer à ce point devant tout honnête homme sans raison, sans projet. Heureusement qu'on n'a pas eu l'audace d'une résolution disposant d'un génocide des Chrétiens d'Irak seulement, sans même parler de ceux d'Orient, la chose eut rencontré un tollet y compris dans l'univers de culture chrétienne, mais c'était à priori faisable, puisque quatre puissances sur cinq du conseil permanent sont de culture Chrétienne. Veut-on un mini procès de Nuremberg à un mini Hitler? Ce serait le moindre des maux, qui ne changerait rein d'ailleurs. Hélas, hélas, je crains qu'il s'agisse d'autre chose, d'une autorisation qu'on se donne qui sait pour amplifier la guerre au moyen-orient.
Sentiment alertes du Croissant de lune."
Du torrentiel le 6 juillet à 17h18 /
Rebonjour, mon Croissant de lune,
Le qualificatif de "génocide" est politique. Il l'est presque intrinsèquement puisqu'on ne peut jamais exterminer un peuple entier. On peut le vouloir théoriquement, mais il y a une impossibilité matérielle. Le qualificatif de génocide est politique depuis la "catastrophe (shoa) des juifs, qui, selon ton raisonnement, n'ont été que décimés (littéralement, on en a exterminé le dixième) : ils devaient être 60 millions et Hitler en a fait supprimer 6 millions.
Dès lors que le terme de "génocide" est utilisé pour une "décimation", il faut l'employer depuis le génocide vendéen jusqu'à celui des chrétiens d'Irak et de Sirie et des yésidis.
Est-ce une forfaiture d'employer un mot improprement ? C'est en tout cas un acte de propagande, les mots sont politiques.
L'important est de ne pas fermer les yeux sur les génocides actuels.
Y a-t-il génocide des sunites et des shihites ? Au sens de la décimation, quelle que soit la supériorité quantitative du nombre de leurs morts, il n'y a pas génocide, mais ces sunites et ces shihites sont victimes de ce qu'on pourrait comparer à nos terribles guerres de religion entre catholiques et protestants.
L'ONU a pris une résolution, quand le pape s'est montré effarouché de parler de génocide arméniene en Arménie, pour ne pas avoir à qualifier de génocide la décimation des chrétiens d'Irak et des yésidis. Regrette-t-il d'avoir appelé à une intervention de la communauté internationale contre Daech en raison de ce qu'il croyait être un début de génocide des chrétiens d'Irak et de Sirie alors qu'à l'heur où il lançait cet apel, seuls les yésidis avaient été massacrés en nombre ?
L'ONU lui a emboîté le pas et quand il s'est rendu compte qu'il avait été mal informé, il n'a pas pu se dédire. ON ne pouvait pas intervenir pour sauver les chrétiens et ne pas intervenir pour sauver les yésidis. IL Pour une communauté internationale qui se prétend régie par les droits de l'homme même si ceux-ci n'ont qu'une portée déclarative, il y a des limites à ne pas équiparer les vies selon les confessions religieuses.
Le génocide est le mot politique de la décimation, mais ce n'est pas une appellation contrôlée. Hitler a décimé les juifs et les tsiganes. On peut raisonnagblement se demander si on en parlerait encore come du pire des barbares de l'histoire s'il n'avait décimé que les tsiganes. De même, on ne ferait malheureusement pas autant de bruit autour du génocide des chrétiens si on n'avait cru d'abord que les chrétiens étaient les premiers et les plus fortement touchés.
Nous somes donc à la fois d'accord et en désaccord.
Le torrentiel"
Du Croissant de lune le 6 juillet à 22h12
" Bonsoir mon Torrentiel, ce sont là des choses graves et en rien du tout festives, mais des choses qui comptent et qui nous intéressent.
Donc, si le terme de génocide est politique, ça veut dire que tout ce qui tourne autour est politique, voire polémique et de propagande. En ce cas, ça n'a pas de sens par soi-même, sauf le cas évidemment où un peuple ou un groupe disparaît complètement, c'est rare mais ça s'est produit. Hormis le cas de figure pur mais rare en histoire écrite connue, donc on emploie le terme à la place de ce que tu nommes "décimation" quand on dit qu'une population est décimée. Donc, il serait déjà plus exact de reprocher aux révisionnistes ou négationistes de faire douter, non pas de génocides mais bien de décimations advenues. Le propos politique par lui-même du grief autorise à mon avis à douter du reste, puisqu'il y a usage politique d'un fait, on a le droit de s'interroger sur le fait par lui-même. Ce n'est pas comme le parcours et le cycle de la lune qui ne se discute pas, le terme génocide est politique et il ne répond pas à un fait absolument à recevoir parce que vrai dans l'absolu. Dès lors, il y a une multitude de décimations, dont certains quand-même aprochent le génocide, comme l'épreuve des Indiens Rouges, des Aborigènes d'Océanie, etc. En plus, le terme "décimation" tend à signifier je suppose, qu'on s'aproche du massacre du dixième d'une population, ou au-delà.
Même si on admettait cela, nous n'y sommes pas en Irak, s'agissant des yézédis, bien qu'il y eut massacres. Quant aux Chrétiens d'Irak, que ce soit absolu ou relatif, leurs pertes sont moindres, c'est plus leur déplacement qui compte. Alors oui, si on parle d'exhodes massifs, mais on est dans un autre registre, dans la qualification d'épuration ethnico-confessionelle. Et si c'était ainsi, l'ONU pourrait constater sur le cas des Yézédits, donc des massacres en nombre, mais sans décimation, puis des faits d'exhodes nombreux. Mais ce n'est pas ce qu'a fait l'ONU.
S'agissant des Chrétiens, l'ONU pouvait constater un déplacement massif, mais il ne pouvait pas constater ce que tu nommes décimation, à s'en tenir à l'Irak seul, évidemment sans prendre en compte la Syrie, pays où le carnage est plutôt de sunnites, assez clairement. Pas de décimation non plus, mais de massacre en nombre de sunnites et de leur exhode nombreux.
Et la comparaison avec les anciennes guerres de religion Européenne est des plus ennuyeuses. Elle sert trop souvent de paravent pour ne rien qualifier de l'action tueriffère des puissances, lesquelles par définition, l'ONU ne saurait de rien accuser. Il n'y eut qu'à grand-peine une situation de guerre sunnito-sheiite, nullement spontanée, elle n'est qu'effet réactionel aux ingérances. Exemple, en Irak, le parti-pris pro-sheiite des puissances et surtout des Américains a conduit, par voie de conséquence, à une situation entre communautés. On pourrait parler au sens propre de guerre de religion si et seulement si elle fut advenue sans ingérance qui la provoque en prenant parti ici pour l'un, et là pour l'autre. Ceci revient à dire que les hostilités inter-communautaires sunnito-sheiites en Irak sont un épisode et une conséquence de l'ingérance, donc il est plus aproprié de parler de la guerre que les puissances ont livré au peuple d'irak, avec des associés gagnés plus ou moins dans ses rangs. Est-ce comparable à la génèse des guerres de religion Européennes? Nullement, et parler cette comparaison fait partie d'une propagande dissociante, et voudrait-on que ces faits cessent, on devrait parler l'artificialité de ces faits et la réalité de la guerre étrangère.
Je veux bien me laisser convaincre que le pape et son entourage aient été floués, mais en politique je ne suis pas naïf. C'est trop cohérent avec certaines informations qui font état d'installations d'une base Française à Cobanet et d'autres Américaines, en soutien à une entité floue formée de Kurdes, de certains Arabes dont j'ignore la confession, d'Arméniens et Yézédits. Cette entité fait face aujourd'hui à Dammas d'une part, et d'autre part, semble valider des menées en Turquie. Non, je ne suis pas naïf, ce n'est pas un hasard si le pape a fait des déclarations sur le génocide Arménien, l'attribuant au gouvernement Ottoman. Il devait, ce me semble parler comme tu dis de décimation, et ne pas l'atribuer au gouvernement Ottoman, liberté historique excessive. Cela, dans le même temps que se produit ce déploiement aux frontières de la Turquie, ces installations de bases? Et à priori, pourquoi le pape ou d'autres ne mentionent que rarement le rôle néfaste des Kurdes, dans le drame Arménien? Lesquels Kurdes payant de touppet ont reconnu le génocide Arménien l'atribuant aux Ottomans comme de bien entendu.
Si le gouvernement Ottoman fut responsable, c'est par sa faiblesse, faiblesse économique et militaire mais pas seulement, faiblesse de gouvernement, voire célescence, mauvais mécanisme de prise de décision etc. Mettant à profit cet état de décadence Ottomane, les Kurdes, ont fait des menées de pillage et prises de terre au détriment des Arméniens et autres voisins. Les Arméniens ont élevé des plaintes et suppliques au sultan, sans résultat. Ou leur appel s'est perdu dans une mauvaise administration, ou le gouvernement d'Istamboul, en proie à des luttes de factions internes et l'installation de ces jeunes Turcs, en proie aux menaces Croisées des Russes d'un côté, des Franco-Britanniques de l'autre, hésitait devant une campagne coûteuse en pays Kurde. Cette hésitation accrut la hardiesse des Kurdes jusqu'à ce que les Arméniens crurent n'avoir d'autre alternative que de réclamer l'aide du tsar. Des historiens Français ou même Arméniens, j'ai toujours entendu la responsabilité du gouvernement "Jeune Turcs", précurseurs du Kémalisme, plutôt que la responsabilité du sultan à l'autorité plutôt symbolique, alors. Les déclarations récentes du pape ne rendent pas compte de cette profondeur historique dont rendent compte les historiens Arméniens, il charge injustement le sultan Ottoman, ou la tyrannie Ottomane je crois ses termes, expression au moins discutable. Je croirais, je veux bien à une cdertaine spontanéité du pape et à sa souveraineté par conséquent, si ces déclarations n'étaient pas cohérentes avec des politiques nouvelles d'ingérance au Moyen-Orient. Pour moi, si je dois au pape le principe du bon soupçon, mais jusqu'à quand? Si l'ONU n'a pas déclaré de génocide Chrétien, c'est que la chose n'eut passé auprès d'aucun public un peu éclairé, on s'est rabattu sur les Yézédits, et même s'agissant d'eux, ça ne répond pas d'assez près au sous-entendu du génocide. Les Kurdes aujourd'hui s'en tirant sans blâme, voire mieux, étant milices auxiliaires des ingérances, leur sol accueillant des bases dangereuses. Un peuple guerrier comme celui-là, rebel opportuniste presque à chaque fin de règne, souvent prédateur de ses voisins, d'ailleurs il est quand-même installé dans la surface qui avant était en Turquie aux Arméniens en grande partie! Parce qu'à l'origine, c'est un peuple semi-nomade, volontiers guerrier, chaque nouveau calife ou presque devait faire campagne dans leur pays, et ne pouvant les réduire, il les gagnait en leur octroyant des bénéfices et rôles militaires.
Que penser du pape? Tantôt il excommunie les maffieux d'Italie, ça leur fait probablement une belle jambe, tantôt il se rend au Centre-Afrique tenir un langage de paix parce qu'il trouve la situation à son goût, ce qui revient à une bénédiction des vainqueurs du moment. Quelqu'un d'autre dirait que si le pape excommunie des maffieux, alors à plus forte raison il y en a d'autres à excommunier. Et il s'est rendu à une mosquée de Bangui, et on a trouvé étrange que les deux filles qui l'accueillaient n'étaient guère souriantes, ne voulant bien que raisonnées et circonvenues le recevoir avec pas trop de joie.
On fait comment, là? On fait comme si le monde ne comptait pas quatre puissances de culture Chrétienne plus une puissance nucléaire Juive? On fait comme si l'ONU traitait vraiment les Rohindias et Musulmans du Centre-Afrique à l'égal des Chrétiens d'Orient et autres lieux? Comment je fais moi, pour entendre parler paisiblement de décimation de Chrétiens d'Irak et de Syrie? Ce n'est vrai dans aucun des deux cas, c'est même grave de l'affirmer pour la Syrie, pendant le callevaire d'Alep et autres villes soumises aux pires pénuries. Allons-nous faire comme si les qualifications Onusiennes de génocide, lesquelles sont éminemment politiques n'avaient pas des buts politiques visibles ou encore inaperçus?
Et si un génocide et des faits allégués servaient à préparer d'autres faits? Question du
Croissant de lune."
Du torrentiel le 6 juillet à 23h21 :
"Nous sommes d'accord pour remplacer, en attendant mieux, le terme de "génocide" par celui de "décimation" et par la façon dont on doit interpréter une décimation dans l'histoire, sans être forcé de la recevoir.
D'accord aussi pour relever que les chrétiens s'enfuient plus qu'ils ne sont massacrés. Mais on ne s'enfuit pas sans raison. On s'enfuit parce qu'on a peur. On peut avoir des raisons d'avoir peur si on s'est fait détester. Ca ne me semble globalement pas être le cas des chrétiens d'Orient et certainement pas de ceux d'Irak. Ces chrétiens s'en vont parce qu'ils redoutent le massacre ou le martyre. Tout le monde n'a pas une vocation au martyre.
Quant aux yésidis, ----- il ne faut pas attendre leur décimation pour la dénoncer. Nous avons là encore un réflexe, qui est de juger d'un génocide après coup (parlons commodément comme tout le monde même en sachant que nous commettons un abus de langage). Ce réflexe est issu de la propagande, mais aussi de ce qui pourrait passer pour un élément de propagande : "QAu moment des faits, on ne savait pas." Là, on sait ce qui est en train de se passer, et il faut le qualifier pour le punir et le prévenir. Comment le punir ? Certainement pas par une ingérance internationale, là aussi nous sommes d'accord, mais je ne suis pas opposé au Tribunal international pourvu qu'il juge selon des critères qui ne varient pas et qu'il soit composé sans égard aux puissances de l'heure.
L'ONU ne saura rien reprocher aux puissances tant que ce ne sera pas une "démocratie des nations" sans membre permanent pouvant opposer son veto. Nous en revenons à mes premières positions du début de nos échanges. Ses résolutions qualifient aussi des crimes de guerre selon les mots de ces puissances, car ses résolutions doivent frapper des démocraties d'opinion, d'où une très grande souplesse avec un vocabulaire impropre. Pour les démocraties d'opinion, "génocid
e", "massacre" ou "décimation" sont de parfaits synonymes. On peut ergoter contre un vocabulaire de propagande, mais on ne peut pas nier que tous les trois recouvrent des réalités atroces.
S'agissant des rivalités sunito-chihites, que les puissances les excitent ou les instrumentalisent n'empêche pas qu'elles ne les ont pas créées et qu'elles sont vieilles comme l'apparition du chihisme. Nous retrouvons là cette vieille lecture paranoïaque de l'islam : "La dysharmonie ou l'hostilité entre nous ne vient pas de nous, elle vient de nos ennemis communs."
Le pape a été au mieux maladroit au début de la conquête de Daech, mais il n'a été qu'un faire-valoir de la guerre. La diplomatie vaticane est loin d'être aussi douée que l'on dit. Elle est même assez primaire. Or à ma connaissance, il n'a pas parlé de génocide arménien en Arménie, et c'est bien ce que je lui reproche, tout en reconaissant qu'il aurait dû, lui aussi, parler avec les nuances dont nous convenons, bien qu'il faille parler pour être compris et que ne pas employer le mot de génocide dans un monde dominé par les démocraties d'opinions eût passé pour un recul. C'est comme ça que j'ai vécu sa prudence. Ce pape manque de profondeur historique, mais je crains qu'il ne manque tout simplement de profondeur, et j'ai le regret de devoir le dire.
Comment peux-tu entendre "paisiblement" parler du génocide des chrétiens d'Orient si tu n'entends pas parler de la situation des musulmans du centre-Afrique ? Il y a assurément assymétrie informative du fait de ur dominant.Mais comme tu le dis, une information, fût-elle de nature génocidaire, ne doit pas être reçue. Elle doit être exposée, comparée, critiquée, interprétée. Je ne suis pas aussi bien informé que toi sur ce qui se passe en Centrafrique et il n'y a là rien d'étonnant : j'habite en france, et la france participe à cette guerre néo-coloniale, car son Président et son premier ministre sont des néo-conservateurs, ce que ni toi ni moi n'avons vu venir lors de l'élection de celui que tu nommais "le Président pâle".
Mais tout bien pesé, l'onu dément mon diagnostique émis dans le mail précédent. Elle reconnaît un génocide des yésidis, parce qu'il est quantitatif. Elle ne reconnaît pas un génocide des chrétiens pour lequel il a fallu faire la guerre à daech à tous contre une armée de paramilitaires qui faisaient des conquêtes. L'onu est donc plus objective que les puissances qui la dirigent. Tu ne devrais pas t'en plaindre, sauf à ergoter sur le vocabulaire. Les mots comptent, mais ils ne comptent pas seuls. Mal nommer une réalité ne l'empêche pas d'avoir plus de force qu'une mauvaise dénomination.
Bonne nuit du torrentiel"
mercredi 6 juillet 2016
Jacques Heers, Régis Debray, René Girard, voyage au pays des intellectuels
(à l’occasion d’un échange entre le torrentiel et le Croissant de lune, où le Croissant de lune va parler le premier) :
« Ah que j'aime recevoir des compliments bien tournés du Torrentiel, donc oui, c'est vrai, je suis le croissant de lune qui brille pendant la nuit de la foi, j'aprécie, vraie courtoisie qui fait chaud au coeur. Et je t'aprends une petite nouvelle, enfin, j'ai découvert sur la BNFA un livre que je suis en train de lire en ce moment, de Jacques Heers, "Le moyen-âge, une imposture". Ce qui m'intéresse surtout dans ce livre, c'est le chapitre où l'historien consommé dénonce la confusion selon lui entretenue, entre la seigneurie et le régime féodal. Toute seigneurie n'est pas féodale, et même, selon l'auteur, la féodalité est plus circonscrite qu'on n'imagine, elle n'a qu'une importance politique. Les seigneuries rurales domaniales non féodales seraient selon l'auteur, la vraie substance de l'économie rurale, et à priori, pour l'instant, j'ai tendance à y croire, parce que comment des peuples entiers pouvaient-ils vivre un régime féodal partout présent? Je n'en suis pas assez loin encore, mais il y a probablement quelque chose à gratter. D'après Jacques
jeudi 23 juin 2016
AU FIL DES PALMES
En lisant « Le Canard enchaîné »(n° 1491) paru ce jour), notes de lecture.
Dans la surenchère, Donald Tusc (coin coin… L’Europe et les US seront bientôt gouvernés par les Donald, la mare aux canards !) vaut bien David Cameron puisque, si les Anglais quittent l’Union, ce serait le début de la destruction de la civilisation occidentale » quand, pour le David que va battre le Boris, ce serait le début de la guerre mondiale.
Quand on pense que toute cette agitation est provoquée par la City qui ne veut pas perdre ses habitudes financières ni faire peur aux marchés alors qu’elle repousse de plus en plus loin hors de Londres et de sa banlieue les travailleurs pauvres et ses propres employés… (cf. « La marche de l’histoire » de ce jour, émission de Jean Lebrun / mais que diable Jean Lebrun est-il allé faire sur « France inter » ?).
Est brandie aussi la menace d’une délocalisation des services bancaires qui traitent directement avec la BCE, et ce alors même qu’autant la main d’œuvre n’est pas interchangeable ni ne travaille au même tarif selon l’endroit où elle produit, autant les échanges sont interchangeables par définition, et le sont d’autant plus que la monnaie, les avoirs et les ordres de change sont flotants et dématérialisés.
Les Anglais se laisseront-ils avoir par cette déflagration de peur ? La peur est un moteur de l’histoire. Mais dis-moi qui panique et je te dirai si tu as raisond’avoir peur...
Macron : « il faut fermer la parenthèse d’une Europe politique sans projet. » Le nom de Macron ferait autorité s’il n’avait été le conseiller de Hollande au moment où celui-ci promettait de rédiger un mémorendum sur la croissance économique pendant la campagne présidentielle de 2012…
« La grande peur des migrants. »
Cette première page du « canard » / où comment dire avec insolence ce que tout le monde dit avec un sérieux afecté.
Marchais disait : « L’union est un combat. »
Hollande fait successivement le voyage de Marseille et de Lille pour aller regarder les bleus. Il se plaint de l’abzsence de Martine Aubry à Lille. Cette absence était encore plus à regretter, non lors de la campagne régionale où elle a eu bien raison de ne pas figurer pour ne pas cumuler, mais lors de la campagne municipale. Martine aubry serait-elle un peu agoraphobe ? Chacun sait dans le Nord et pour qui a surfé sur le net qu’elle n’a pas seulement mal au dos, mais souvent aussi la gueule de bois, tradition qui se perpétue d’un maire de Lille à l’autre, parole de lève-le-coude !
Hollande pense que l’Europe peut se reconstituer « sur le tryptique protection-sécurité-défense ». IL faut bien qu’elle trouve un nouveau point d’appui après avoir manqué s’écraser cent fois sur un compromis impossible.
Hollande a-t-il eu une vision ? Il a toujours la même : ce n’est pas le « hollandisme révolutionnaire » « protectionniste européen » rêvé par Emmanuel Todd qui croyait aussi à la fin de l’Empire américain et que « Charlie » était catholique. C’est l’atavisme défensif de notre Président socialiste néo-conservateur – ou social-libéral-conservateur, tant qu’à coller des étiquettes à rallonge, au milieu de la perte générale des repères -.
« Hollande rêve de ressusciter la communauté européenne de défense », ajoute « le canard ». S’il réussissait, ce serait un coup de maître. Car en effet, « l’économie », ça n’a jamais suffi. Et la contrainte bureaucratique non plus. Come le dit H. de Lesquen (horresco referens ou esprit froid, mais llibre), ce sont les idées qui mènent le monde…
Gérard Filoche : « Même une chèvre gagnerait contre Hollande », tant hollande s’effiloche. Mais pourquoi Filoche se présente-t-il contre Mélanchon ? Et que fait encore Filoche au parti socialiste en étant le dernier à croire ou à faire croire qu’on peut être socialiste et membre de la CGT?
Yannick Jadot : « Hollande doit rendre service à la gauche et ne pas se représenter. » C’est tellement évident qu’il devrait s’en apercevoir. Ceux qui le lui cachent en lui taillant une « primaire sur mesure » ne sont que des courtisans qui n’iront même pas à la gamelle. Les frondeurs feraient aussi bien de voter la censure au prochain 49-3 et de refuser l’investiture du parti socialiste.
MEDEF : « Les parades amoureuses de Valls et de Macron n’ont donc eu aucun effet sur la libido politique et sociale de Gattaz. »
Un dessin : « Il faut faire grève pour défendre le droit de manifester. »
Château de Betz : « Quand le roi boit, le petit peuple a soif. » (C’est le roi du Maroc qui est bon prince et participe au financement de la cloche.)
Le forçage génétique alarme les écologistes.
Film qu’il me plairait assez de voir : »la forêt de quinconces ». »
(Chaque fois qu’un artiste fait quelque chose d’un peu perso, la critique le trouve narcissique, surtout s’il est lyrique).
« Le canard » conseille : Face à la police / face à la justice - Guide d’autodéfense juridique par le collectif Cadecol, Elie Escondida et Dante Timélos.
« Minute » révèle que, pour l’avoir possédé, un manifestant s’est vu convaincu par le procureur de Paris d’un délit insensé de trop conaître ses droits , ce qui prouvait une intention de nuire, alors que « nul n’est censé ignorer la loi »…
DES MERES PUISSANTES de Bouchra Azzouz : « Avec l’arrivée des blédards, autrement dit des ploucs », « les beurettes ont été flouées… »
- Le port du voile comme échappatoire à la surveillance qui s’installe. Comme nous aimons transposer, nous traduisons trop vite : comme outil de la pratique du féminisme, ce qui fait frémir les féministes historiques (et non pas hystériques). Mais nous n’avons qu’à ne pas comparer. OU s’il faut absolument comparer pour raisonner, nous n’avons qu’à nous rappeler que comparaison n’est pas raison et transposition n’est qu’analogie, toutes choses différentes par ailleurs…
Un livre sur l’interprétation des rêves de l’Antiquité à nos jours :
L’histoire du « positiviste inquiet » « qui se surprenait à rêver de nuit des croyances qu’il s’interdisait le jour. »
Le rêve, avenir ou désir ?
OU désir de refaire son passé, puisqu’on ne peut refaire sa vie ?
Vulgarité de Freud reprenant ce proverbe : « L’oie rêve au maïs et la fiancée à la queue. »
Quand les rationalistes argotent, ils tombent dans le populacier.
Portrait de Boris Johnson par Anne-Sophie Mercier, encore un autre qui a changé d’avis sur le brexit, mais dans le sens inverse de Cameron. Les deux hommes ont fait campagne à front renversé.
Tout Anglais a du Shakespear en lui :
- John Major (à propos de Boris Johnson) :
"Avec ce séduisant bouffon de cour, le NHS serait aussi en sécurité qu’un hamster avec un python affamé."
Boris Johnson à propos des jouses de beach-volley : « brillantes comme des loutres humides. »
« [Johnson] est un Trump qui aurait fait ses humanités. »
La gouaille des tribuns de la plèbe subit la mondialisation et se transporte d’un bout du monde à l’autre.
L’homme providentiel et la fonction présidentielle.
Les médias se sont donnés le mot pour ridiculiser Marie-Noëlle Lienemann. L’idée est de trouver saugrenu que Hollande puisse être mis en ballotagepar cette femme qui a une colonne vertébrale. On la ridiculise sans argumenter, parce qu’elle a des arguments. Son tort politique est d’avoir avalé trop de couleuvres. Elle a supporté pour rester dans le parti une politique qui était aux antipodes de sa vision de la France, de la gauche et de l’Europe. Elle a crié dans le désert contre Hollande en public en n’ayant tellement pas son oreille qu’il ne répondait pas dès 2012 aux lettres qu’elle adressait au candidat pour monayer son soutien. Elle n’aurait pas dû souffrir cette goujaterie.
La primaire, moyen contraire au génie français de désigner le candidat le plus médiocre, choisi par les sondeurs et les médias, qui préfèrent la démocratie des faiseurs d’opinion à la démocratie d’opinion.
A tout prendre, la solution de Jacques Attali est meilleure et est politiquement et démocratiquement inventive, de voter d’abord pour un programme, puis pour le candidat qui va l’incarner.
La multiplication des candidats est le signe de la dégradation de la fonction présidentielle. Autrefois, je me demandais par quel soudain altruisme tant d’énergie courtisane se déployait au service d’un poulain qui n’avait pas fait des prouesses. Aujourd’hui, chacun brigue la couronne républicaine. On acceptait déjà à tort que le chef d’un parti puisse soudain se transformer en « Président au-dessus des partis. »
Copé relance « l’antifrance » à la télé israélienne. Depuis longtemps, le maire de Meaulx, « France profonde » dénonce les avis qu’on émet « à Paris ». Obama de Chicago pestait pareillement contre ce qu’on faisait à Washington.
A propos de l’ »impasse Joséphine » du maire de Châteauroux : « Comment peut-on associer une femme à une impasse ? »
Le code du travail
Discussion ce midi au téléphone avec Odile, ancienne conseillère « pôle emploi » - elle tient à dire qu’elle a terminé comme manager -. Elle
Il y a bien une simplification du code du travail à faire, car il y a les PME d’un côté et tout le reste de l’autre.
Face à un patron qui ne veut pas le licencier, un salarié est sans défense. Aucun syndicat ne le défendra jamais. Et un patron de PME ne touche aucune indemnité de chômage si sa boitecoule.
Les PME sont écrasées de charges alors que les cent plus grandes entreprises de France reçoivent des subventions à hauteur de plus de 60 milliards d’euros, disait Ségolène Royal en 2007 - ceci dit pour citer approximativement ses chiffres et non pour adopter ses solutions, qui consistaient à subventionner toutes les entreprises innovantes. Le tissu économique est fait de beaucoup d’entreprises qui n’ont qu’à continuer de rendre leur service -.
C’est le monde à l’envers que les petites crachent au bassinet et que les grosses touchent le jackpot.
Les acords d’entreprise peuvent tout à fait s’imposer dans les grandes entreprises où le dialogue social est bien organisé et, sauf erreur, la « loi travail » ne concerne pas la fonction publique.
La dissidence et le dégoût
Aujourd’hui a lieu le vote du brexit et je suis pour le out. Je le suis, comme si j’étais dégoûté de tout ce monde que mes ancêtres ont construit à mon intention. J’ai des raisons d’être dégoûté, mais le dégoût ne devrait pas être une passion politique.
D’autre part, je sens bien que je suis un parasite du nationalisme ou du traditionalisme, donc de tout ce que je ne suis pas. Ces courants ne m’intéressent pas seulement parce qu’ils tracent des bornes. Ils m’intéressent parce que je suis un parasite neurasthénique.
Je me suis converti dans l’espoir de refaire le monde. Ou plutôt, l’espoir de refaire le monde a suivi de près l’espoir qui emporta ma conversion. La génération de mes parents m’en a construit les prolégomènes. Elle était constructive. Pourquoi suis-je dans la destruction du modèle ? Pourquoi ma pulsion de mort répond-elle à leur saturation de vie ?
L’autodestruction du modèle n’est pas seule en cause. J’ai ma part de responsabilité.
La pseudo-dissidence (qui est en effet dissidente puisqu’elle est traquée) se plaint de ne pas avoir la liberté de haÏr. Elle ne paraît pas digne de celle qui a résisté à ce régime répressif qu’était le socialisme, qui envoyaient au goulag quiconque ne voulait pas de l’égalité et de la fraternité qui devaient mener au communisme.
Notre législation nous laisse libres, excepté de haïr. Or sans la liberté de haÏr qui est plus que la liberté de blâmer, il n’y a non seulement pas d’éloge flatteur, mais de liberté d’aimer. Il n’y a pas de véritable amour. Est-ce la raison de la défense acharnée de la haine que fait la dissidence ?
Si on suit le même raisonnement, sans liberté de pécher, il n’y a pas de vraie sainteté. Un État chrétien, ferai-je donc observer aux dissidents qui sont souvent des théocrates, devrait garantir la liberté de péché. Et au contraire, un État libéral, laÏque et fraternel, devrait garantir la liberté de haÏr.
Ce disant, je crois que ni les dissidents théocratiques, ni leurs adversaires libéraux ne seront d’accord avec moi. Mais j’attends qu’ils démontent mon argumentation !
lundi 20 juin 2016
Michel wieviorka, la violence et le langage
J'écoute toujours Michel Wieviorka avec une certaine perplexité. J'ai systématiquement l'impression qu'il n'a rien à dire, et je suis toujours étonné quand il finit par dire quelque chose.
Aujourd'hui n'a pas fait exception. Il était invité sur "France culture" à parler de la violence en compagnie d'Hélène Loeillet.
Quand il prétendit tenir un "raisonnement compliqué", il se contenta de dire que la répression de la violence ne suffit pas à lutter contre la violence. Il faut lutter contre elle en ne se contentant pas de dénoncer la violence des autres, mais en travaillant sur la violence latente en soi-même. En somme, rien que de très banal, surtout que Michel wieviorka ajoutait qu'il ne s'agissait pas de s'autoflageller, mais qu'il fallait comprendre un phénomène comme le terrorisme en relation avec l'histoire au long cours du conflit entre islam et Occident. Non, M. Wievorka ! Avant tout, il faut avoir le courage de dire que, bien que concernant plus d'un milliard d'hommes et que de ce fait, l'islam soit une religion respectable (et en tout cas tous les musulmans le sont), il est structurellement terroriste et ceci depuis la révélation mahométane, au travers des razzias et du renversement des pouvoirs médinois et meckois.
Jusque là donc, Michel wievorka n'avait rien dit. Mais de remarque en remarque dans ce qui pouvait passer pour un enfilage de perles radiophoniques, il a fini par rappeler et révéler quelques (petites) choses. Combien au total ?Quatre ou cinq. Je Je diraistrois.
La première a été rappelée par sa partenaire d'antenne Hélène Leillet. "La violence est un phénomène humain". Cela semble une banalité, mais on a tendance à l'oublier. La violence n'est pas inhumaine. Elle traverse chacun de nous. Il faudrait s'interroger sur la raison pour laquelle nous réputons "humain" ce qui se rapporte à la bonté, comme si l'homme était naturellement bon. Jésus répond à Jean-Jacques et le christ à Rousseau : "Dieu seul est bon". "Qui veut faire l'ange fait la bête". Il faut terrasser la bête en la débusquant dans la seule personne sur qui l'on ait, pas tout à fait les pleins pouvoirs, mais au moins un pouvoir relatif, c'est-à-dire soi-même. Ce matin, j'ai fait à Dieu cette prière que je partage : "Seigneur, que plus jamais, je ne parle mal à ni d'un être humain ! Que plus jamais je ne le diminue en lui parlant ou en parlant de Lui !" Dieu peit-t-il m'entendre ? Humainement, c'est impossible, mais je veux y croire.
Redonnons la parole à Michel Wievorka pour la deuxième chose qui a été dite par son truchement ! Je le cite presque textuellement : "Si la montée de l'extrême droite est un échec, la violence nous guette." Vous avez bien lu et si vous êtes saisis comme moi, vous n'êtes pas loin de réagir comme caroline brouet, la puissance invitante du sociologue et de la philosophe qui lui a dit : "C'est dangereux, ce que vous dites."
Que disait-il ? Il ne souhaitait pas l'accès au pouvoir de l'extrême droite, mais il redoutait le moment où elle cesserait de monter. Il redoutait qu'elle atteigne son étiage ou son plafond de verre. L'extrême droite canalise la violence de ses solutions oratoires par le langage. Mais elle diffuse un discours violent.
En écoutant Michel wievorka, les complotistes n'avaient plus qu'à donner libre cours à leur scénario paranoïaque. Il ne fallait pas que la montée de l'extrême droite soit un échec. Il ne fallait pas qu'elle cesse. Il fallait l'entretenir. "Le système" a son épouvantail et il faut qu'il le garde. D'un point de vue girardien, cet épouvantail est paroxistique. C'est un bouc émissaire choisi parce que sa raison d'être est de désigner des boucs émissaires. "Pas de liberté pour les ennemis de la liberté", et faisons un bouc émissaire de celui qui désigne des boucs émissaires . L'extrême droite désigne des boucs émissaires et porte des solutions politiques violentes, mais elle est dans le langage.
La violence s'exprime quand le langage échoue. L'idée n'est pas nouvelle. Mais Michel Wieviorka va la préciser. Cet ancien marxiste léniniste resté de gauche et n'aimant pas les gauchistes (pourquoi les intellectuels qui ont de l'audience sont-ils tous des extrémistes repentis ?) avait étudié les terroristes italiens. Plus il perpétraient d'attentats, plus ils parlaient, mais c'était une logorhée, qui perdait même quelqu'un qui connaissait bien la dialectique marxiste. "Ils parlaient, conclut le sociologue, mais ils ne communiquaient pas." Communiquer, c'est faire écho. C'est mettre en œuvre les fonctions du langage, grâce auxquelles on trouve un interlocuteur. L'hermétisme n'est valable qu'en poésie, il n'est pas fait pour la politique. Pour faire société, il faut se comprendre.
Michel Wievorka voulait réfléchir au terrorisme en le rattachant aux relations tumultueuses entre islam et Occident. Il en évoqua pourtant une figure bien française en s'inquiétant du regain d'intérêt pour Robespierre, dont certains se proposent d'attribuer un nom de rue, et qui est une figure tutélaire d'un homme comme Jean-Luc Mléanchon. Évoquer notre violence n'est pas établir des relations oiseuses amenant à conclure que l'islam est le vivier du terrorisme contemporain parce que nous fûmes d'affreux colonisateurs qui n'ont pas bien décolonisé. Après "les indépendances", les pays qui les ont obtenues sont seuls responsables de ne pas les avoir construites. Nous ne sommes pas coupables des coups que nous recevons.
Robespierre est au terrorisme français ce que le prophète Mohamed, encore une fois malheureusement, est au terrorisme islamique. C'est une figure légendaire. Je ne connais pas assez l'histoire de la révolution pour savoir pourquoi Robespierre a cristallisé la Terreur. Michel Wieviorka s'est trompé en croyant qu'on le surnommait "l'irréductible". Le vrai qualificatif dont on l'affublait était "l'incorruptible". Robespierre devint terroriste parce qu'il ne supportait pas la corruption. Il crut pouvoir améliorer l'homme en faisant l'ange. Il crut l'établir dans le domaine divin en le sortant de la corruption. L'homme peut s'améliorer, mais il ne peut faire que l'usure ou l'érosion n'existent pas. L'évolutionnisme est une hypothèse dangereuse parce que c'est une histoire de l'amélioration de l'espèce qui fait fi de l'érosion, de la corruption, de l'usure et de la mort. La mort est le grand impensé de l'évolutionnisme. L'homme se suicide en voulant devenir immortel. C'est pourquoi le transhumanisme est une véritable impasse, contrairement au clonage qui l'a préfiguré et contre lequel on a trop alerté, alors qu'eût-il été scientifiquement réalisable, il n'aurait jamais atteint son but, qui était de répliquer un homme. Un homme n'est pas réplicable parce qu'aurait-il les mêmes gènes qu'un autre, il n'aurait pas la même histoire.
Robespierre est au terrorisme français ce que Mohamed est au terrorisme islamique. Ils en sont les racines. Je reviendrai sur cette notion de racines. Le point commun de ces "cœurs purs" et prophètes politiques est d'être trop vertueux pour souffrir la médiocrité. Mais des sociétés d'où l'on chasse la médiocrité sont sans dérivatif. Ce qui fragilise les sociétés musulmanes, c'est précisément d'être trop harmonieuses, vertueuses et bien réglées. Que survienne la moindre entorse à l'harmonie et c'est la guerre ! La guerre est un dérivatif.
Robespierre a eu une belle postérité intellectuelle. Sartre ne prônait-il pas l'hyperviolence ? Jean Sévilla a eu raison de dénoncer cette dérive de sa pensée dans LE TERRORISME INTELLECTUEL. Sartre se percevait lui-même comme un "intellectuel petit bourgeois" et crut assurer son succès en prônant la violence quand il ne fut plus en mesure de la commettre. La Résistance de Sartre a beaucoup fait jaser ! Le génie du couple n'était pas celui que l'on croit. Simone de beauvoir est un bien plus grand écrivain, outre une femme physiquement plus résistante que son homme et moralement beaucoup plus effacée (un comble pour une féministe !), mais aussi empathique et courageuse. Elle n'est pas estimée à sa valeur, parce qu'elle "faisait trop confiance au langage" et écrivit des mémoires scintillants d'objectivité, dès qu'elle eut quitté le monde de l'enfance et sa vie de "jeune fille rangée". On lui reproche de ne pas avoir tout dit, mais tout ce qu'elle a dit était frappé d'un grand effort de vérité et faisait le tour de la question.
Il y a une tradition de terrorisme intellectuel français qui va de Robespierre à sartre. Tel est l'état de notre propre violence. "Heureux, les artisans de paix !"
Y a-t-il un lien entre intelligence et radicalité ? Hélène Loeillet n'en doute pas. "Etre radical, c'est aller à la racine". Elle reproche aux radicaux socialistes de l'être si peu. C'est encore plus vrai des radicaux valoisiens. Comment se fait-il que les partis de la racine sont ceux-là mêmes dont barrès aurait pu dire qu'ils travaillent au déracinement ?
Hélène Loeillet et Michel Wieviorka sont en phase pour n'aimer, ni le concept de déradicalisation qui serait anglo-saxon, ni que l'on dise de certains qu'ils se radicalisent. Que diraient-ils à des gens comme moi, qui pensent et prétendent même documenter que le monde est non seulement en phase de radicalisation, mais de régression historique. Mon frère d'armes adversaire et interlocuteur islamiste, le Croissant de lune, redoute depuis longtemps des "menées éradicatrices" en France. Aucune ère de civilisation n'a le monopole du génocide. Daech revendique l'éradication des insoumis à son etat. La déradicalisation serait-elle la première marche d'une éradication ? Cela paraît fou, mais je ne crois jamais que les mots s'attirent ou se ressemblent par hasard. C'est, au choix, ma façon de me payer de mots ou de croire au verbe et aux champs magnétiques sémantiques.
"Etre radical, c'est aller à la racine". Radical vient du latin radix qui signifie racine. Michel Wievorka et Hélène Loeillet faisaient l'éloge de cet effort. Je suis heureux de ce "retour de l'origine" qui n'est plus dénoncé comme un mythe comme il l'était par Michel foucault. Mais être radical, c'est ne pas transiger. C'est ne pas faire d'archéologie, mais être bien dans son archaïque. Reste-t-il un langage quand on refuse de transiger ? Comment concilier radicalisme et non violence ?
Comment expliquer pour finir que les seuls porteurs de projets politiques alternatifs en France, Marine le Pen et Jean-Luc Mélanchon, au-delà de la séduction qu'on ressent à lire certaines de leurs analyses, surtout celles du blogueurqui argumente comme aucun homme politique avant lui, leurs personnes dégagent tant de haine ? Je me souviens de l'impression que j'ai éprouvée en les entendant tous les deux, au lendemain de l'élection présidentielle de 2002 Je n'avais jamais entendu la voix de Marine le Pen, je connaissais celle de Mélanchon. Il commença par exprimer son dégoût de ce qui venait de se passer avec une intolérance qui paraissait bien peu démocratique. Sa répondante surgit, avec une voix qui me glaça et que je trouvais littéralement horrible, pour lui demander comment on pouvait faire preuve de tant de haine. Jamais, je n'aurais pu imaginer me sentir proche de ces haineux au point de les appeler à la convergence pour une France plus juste dans un monde moins déséquilibré. Serais-je devenu haineux ? Me serais-je radicalisé ? "Heureux, les artisans de paix !" Que Dieu terrasse ma violence !
mercredi 1 juin 2016
Les écologistes et le logement social
Je suis en train de réécouter l'émission "des paroles et des actes" où Jean-Luc Mélanchon, qui en est l'invité principal, débat avec Emmanuelle Cosse, ancienne présidente d'"act up", militante féministe mal mariée à Denis Baupin, mais surtout ministre du logement.
A "act up", elle succédait à Philippe Mangeot, président du laboratoire pharmaceutique qui diffusait et commercialisait l'AZT et s'opposait farouchement à l'autorisation de mise sur le marché des produits Beljanski qui ont prolongé la vie de François Mitterand (son médecin, le dr. Gübler, n'en a pas fait mystère), et qui étaient censés soigner le SIDA et le cancer, je n'ai pas la compétence scientifique pour juger s'ils avaient les moyens de leur prétention.
Emmanuelle Cosse (dite Emma -Beauvary-Baupin-) est devenue ministre au moment où avait lieu le débat sur la déchéance de nationalité, contre un référendum illégal sur la reprise ou l'arrêt du projet aéroportuaire de Notre-Dame des landes, et dans la plus grande incertitude sur la seule promesse nucléaire "dure de François Hollande: la fermeture de la centrale de Fessenheim.
Mais les écologistes acceptent systématiquement d'être ministres du logement, en continuant la politique de construction massive de logements sociaux, alors qu'il y aurait une saturation du bâti dans l'espace urbain, qu'il existe un nombre considérable de bureaux et de logements vides, que les ministres verts du logement n'envisagent jamais de réquisitionner, comme la loi les y autorise, une loi inspirée par l'abbé Pierre, qui n'a jamais servi à rien, sinon qu'à être la mauvaise conscience consultative du pouvoir politique, qui traite les rapports annuels de sa fondation comme ceux de la Cour des comptes.
dimanche 29 mai 2016
décès d'André Rousselet, mort d'un esclavagiste...
Mort d'André rousselet. On doit honorer les morts, mais on n'est pas obligé de leur passer la brosse à reluire. André Rousselet, le grand argentier de françois Mitterrand, était l'esclavagiste des taxis parisiens. Il a libéré "les bobos" qui disent tout lui devoir à l'exemple de Michel Denisot, parce qu'il a créé "canal plus". Mais cet "entrepreneur visionnaire" (dixit le même), mort "d'âge" (selon son fils) à 93 ans et à son domicile, a épuisé je ne sais combien de taxis qui lui devaient tous les dix jours, à l'orée des années 90, un loyer équivalant à 3500F (soit certainement pas loin du triple aujourd'hui), avec charge aux chauffeurs d'entretenir leurs véhicules.
Quand Rousselet s'est retiré de la G7, Jacques attali a estimé qu'on devait -ou pouvait- déréglementer la profession de taxis, quitte à ne pas rembourser ceux qui avaient payé une patente ou licence qui valait une maison de luxe en plein Paris. Et ce fut l'überisation de l'économie.
Manuel Valls a salué le grand argentier décédé comme "un grand innovateur". C'est dire qu'il souhaite aux salariés à qui il veut imposer sa "loi travail" le même avenir qu'aux taxis de la g7.
Quant à François Hollande, faute n'ayant pas trouvé la ressource de dire que l'organisateur des obsèques de Jarnac avait fait de sa vie une oeuvre d'art, il a prononcé qu'il en avait fait une grande aventure. Une grande aventure casanière: les déambulation de ses taxis ont formé le matelas de sa vieillesse et n'ont pas paru des voyages aux salariés de ce grand patron philanthrope et bienveillant, despotique et éclairé, richissime et socialiste.
Cerise sur le gâteau, Danièle Mitterrand était une des principales actionnaires de sa compagnie de taxis. L'amie de Fidel Castro et présidente de "France liberté" était donc une esclavagiste...
Les socialistes forment la dernière branche de la bourgeoisie voltairienne. Pas étonnant que ce quinquennat calamiteux ait marqué l'apogée de "la promotion Voltaire".
La démocratie directe
Qu'est-ce que la démocratie directe?
Je crois en la démocratie directe depuis que j'ai l'âge de dix ans. C'est ma seule constante politique un peu sérieuse...
La démocratie directe, est-ce le tirage au sort? Laissons cela à des magistratures marginales de la Grèce antique et à Etienne Chouard, repris par J.L. Mélanchon. Dire que la démocratie directe, c'est le tirage au sort, c'est prrouver qu'on n'a jamais rien compris à la démocratie, qu'on ne s'y intéresse que de manière occasionnelle ou accidentelle (je parle pour chouard et pour Mélanchon).
Non, la démocratie directe, c'est tout simplement "la République référendaire", la votation. C'est benoîtement considérer que le peuple (et non le parlement) est responsable des décisions (et donc des lois) qui le concernent et qui, parce qu'elles s'appliquent à lui, doivent être "l'expression de la volonté générale, c'est-à-dire de sa volonté.
D'aucuns voudraient qu'il ne soit impliqué qu'au plan local, pourquoi cette limitation? Sans le savoir, ils reprennent les vieilles idées des monarchistes français du début du siècle dernier, pour qui la monarchie garantissait, non pas la liberté, mais "les libertés"... locales (comme le droit local en Alsace-Moselle)...
La démocratie directe telle que je l'entends, c'est faire du peuple le parlement et du parlement la chambre d'enregistrement des lois du peuple, et la chambre qui rédige, à la place de l'administration, en plus des articles qui les précisent, les décrets d'application des lois approuvées par le peuple. C'est aussi faire de la Cour des comptes le vrai comptable de la République, pas un corps de hauts fonctionnaires grassement payés à pondre des rapports qui n'ont aucune valeur contraignante.
La démocratie directe telle que je l'entends se distingue de l'anarchie, car elle n'admet pas le référendum d'initiative populaire. Ce qu'on appelle improprement le pouvoir exécutif doit avoir le monopole de la proposition référendaire, et comme le peuple vote à titre représentatif pour "le pouvoir exécutif", il sait quelles propositions ne lui seront pas faites pendant le mandat, éventuellement impératif, dudit pouvoir exécutif.
La démocratie directe peut éventuellement se doter d'un indice de concernement et de discernement (inventions personnelles). L'indice de concernement offrirait une voix prépondérante à celui qui serait directement concerné par une loi. L'indice de discernement tiendrait compte de la manière dont chaque électeur dirait se sentir plus ou moins concerné par un projet de loi soumis à référendum. D'une manière générale, il discernerait d'autant moins bien qu'il serait moins concerné, et réciproquement en positif.
En somme, la démocratie directe, c'est cette utopie qui tient debout à nos frontières depuis plus de huit siècles dans la confédération helvétique, amodiée à la marge par l'indice de concernement et de discernement. Ca n'a certes rien à voir avec la "sociale démocratie", qui repose sur des corps intermédiaires dont la reconnaissance est sujette à caution, vu que ce ne sont pas des corporations (à mon tour de reprendre une antienne maurrassienne).
La démocratie directe, c'est chacun qui se prononce en fonction du degré où il se sent concerné et où son discernement est reconnu par ses concitoyens. c'est "un homme, une voix"+ quelques algorythmes.
samedi 28 mai 2016
Charismatisme et pentecôtisme, oecuménisme et charité
J'aime le pentecôtisme tel que je le vois pratiqué par les évangélistes, je n'aime pas le charismatisme.
Le peu d'expériences que j'ai faites de ce milieu m'a montré un panier à crabes où toujours, se développaient des situations malsaines, proches de l'abus sexuel. Dans la communauté des béatitudes du frère EphraÏm avec laquelle j'ai fait un voyage à Rome lorsque j'avais quinze ans et qu'elle s'appelait encore "le lion de Juda", on nous disait de ne pas nous tenir la main et de ne pas flirter. Or, aussi bien Ephraïm (l'ancien pasteur Gérard Croissant)que son beau-frère Philippe Madre, médecin psychiatre, quand ils avaient fini de prononcer leurs magnifiques conférences sur la "purification passive des sens" ou de faire des écoles d'oraison où Ephraïm me révéla en audio (je lui dois ça et c'est une grande dette), la phrase de sainte Thérèse d'Avila ou du cantique, je ne sais plus : "Ne réveillez pas l'amour avant qu'il le veuille", bien qu'ils fussent mariés et pères de famille, se livraient à des turpitudes avec quelques-unes de celles qui leur étaient toutes dévouées, et confiaient leur cœur à leur guidance spirituelle.
Il y a dans le charismatisme un vice de fond, dont j'ai senti le malaise à la lecture du livre de MoniqueHébrard, LES NOUVEAUX DISCIPLES : c'est que le pentecôtisme catholique introduit en son sein une double hiérarchie, celle des prêtres et celles des leaders (charismatiques, ça va de soi). Traditionnellement, dans l'Eglise, le pouvoir des prêtres est tempéré par celui des prophètes ou des mystiques. Il peut même s'opérer de cette manière une reconfiguration naturelle des rôles masculin et féminin. Mais si le prêtre et le leader représentent deux pouvoirs, le conflit d'autorité deviendra très vite un conflit de loyautés. Le prêtre mettra sa personne et les Sacrements qu'elle dispense au service du leader, auquel on ne demandera pas d'être inspiré, mais de savoir mener sa barque, exalter et transporter.
Dans le pentecôtisme protestant plus couramment désigné sous le nom d'évangélisme, ce conflit disparaît puisqu'il n'y a plus de prêtres. Les leaders font face aux prophètes, et les pouvoirs se retrouvent finalement redistribués selon la configuration naturelle à toutes les sociétés sacrées, dont Jean-Claude Carton disait qu'elles sont "fortement hiérarchisées", et où la division du travail s'opère entre le mage et celui qui fait tourner la boutique, en prodiguant les enseignements classiques et en réglant les affaires courantes.
Je vis à Mulhouse où rayonne la plus grande mega church de France, sans parvenir à convaincre les prêtres à qui j'ai affaire de prendre langue avec ses leaders qui ne sont pas de leur chapelle, et que le nouvel œcuménisme, même dans cette zone sismique où nous vivons, et où le fossé s'est creusé entre le catholicisme et la réforme, ne consiste pas à se fréquenter entre personnes de confession différente ayant la même sensibilité spirituelle, c'est-à-dire habitant dans la même demeure spirituelle même si la chaire des Églises est autre, mais à prendre la mesure que le renouveau chrétien sera assuré par les évangélistes, qui sont devenus théologiquement beaucoup plus créatifs que nous, qui se sont inculturés la Bible et l'exégèse, et qui rendent désuet notre folklore religieux, même l'orgue que j'aime pourtant si mal servir...
Ce qui néanmoins me gêne lorsque j'écoute un évangéliste, quelle que soit la puissance et l'ardeur du feu qui l'anime, ardeur qui a fait dire au journaliste Joseph Confavreux, après avoir fait un reportage sur les animateurs de "la mission du plein évangile" de Mulhouse, que jamais, il n'avait interviewé personne de si intense, c'est certes qu'ils sont habités, mais ils sont dépossédés d'eux-mêmes. Leur personnalité s'épanouit, mais seulement dans la mesure où ils l'ont abdiquée. C'est du reste exactement ce que dit l'Evangile, quand il affirme que "celui qui veut sauver sa vie la perdra". Mais comment puis-je avoir été créé pour me perdre ?
Ce qui plus globalement me gêne de plus en plus dans l'Eglise, c'est que finalement, on ne s'y aime pas, ou on n'y aime pas. Dans les communautés classiques, on demande à Dieu de "briser notre indifférence" et on Le prie pour que d'autres aient la force de s'occuper des démunis ; mais quand la messe est finie, on s'en contente. On ne trouve pas scandaleux que quelqu'un puisse se sentir seul dans une église. Et on a la dent dure : on ne dirait jamais en chaire qu'il y a des gens que l'on n'aime pas; mais quand on parle en privé, il y a des tas de gens qu'on traite allègrement d'imbéciles alors que l'Evangile l'interdit formellement. Certes, l'Evangile n'est pas de la guimauve, mais il devrait nous faire penser que "tout le monde, il est beau, tout le monde il est gentil", si le fruit de l'Esprit est "la bienveillance" et "la confiance dans les autres". Ça ne veut pas dire qu'on trouve que tout le monde agit bien.
Dans les églises évangéliques, la chaleur humaine est de rigueur, mais ce n'est qu'un pare-feu. On aime son prochain dans une démarche marketing, et pour lui éviter d'aller rôtir en enfer, au cas où ils ne "[recevraient] pas Jésus-Christ comme son Seigneur et Sauveur personnel". On aime les autres dans la crainte de leur châtiment, ou on les aime en vue de leur salut. On relativise donc l'amour qu'on leur porte. Or l'amour est absolu. Il ne se divise pas et doit être tout entier dévoué à son objet.
Le christianisme se pose en religion de l'amour. Il en aurait même le monopole. Si l'Amour de dieu atteint sa perfection, il devrait absolutiser l'amour du prochain sans aucune transitivité, ni aucune autre finalité que lui-même. L'amour de Dieu devrait faire de l'amour du prochain un absolu, et un impératif catégorique, qui soit comme le poumon naturel de la morale. L'Amour de dieu devrait être en vue de dieu et l'amour du prochain en vue du prochain, même si tout amour a sa raison en Dieu. Mais cette raison est transcendante, elle ne concerne pas le singulier de cet amour.
mercredi 18 mai 2016
Valls, le morbide
(journal de presse, 18 mai 2016, II°.
Macron nargue Hollande et peut rester en poste. Montebourg qui voulait lui offrir une bonne bouteille ayant un peu arrosé sa fête de la rose, s'est vu virer du gouvernement pour moins que ça parce qu'il faisait de l'ombre à Valls. N'est-ce pas un couac permanent ? Et qe Hollande maintienne Macron pour faire de l'ombre à l'ombrageux n'y met pas plus de cohérence.
Manuel valls a été récemment chahuté par l'UNEF, mais qui se souvient de l'affaire de la MNEF ? "[La] « génération MNEF » est (…) portée au pouvoir par le remaniement d’avril 2014. Camba tient le PS, Le Guen a enfin un pied au gouvernement, Valls le dirige. « La gauche est morte. François Hollande lui a porté le coup de grâce », se désole Mauduit, pour qui la génération MNEF restera comme celle des fossoyeurs
du socialisme." (Hervé Nathan, "Mariane", 18 octobre 2014).
"Tout le monde déteste la police, disent les "nuits debout", juste après que Renaud a "embrassé un flic" au plus fort de "l''esprit Charlie". L'esprit Charlie s'est dissout dans le slogan des antiflics : "Tout le monde déteste la police." Si l'anarchie régnait, il n'y aurait plus ni policiers ni infirmières et nous serions bien en peine de nous protéger ou de nous soigner. "Tout le monde déteste la police" jusqu'au jour où on a besoin de son aide. J'ai été de ces baveurs de bavures.
L'agresseur des militaires de Valence a dit au tribunal : "Les militaires tuent les gens, alors moi je tue les militaires." ("Minute, n° 1770). Il n'a pas été considéré comme un terroriste au contraire de Merah, qui confessionalisait la critique : "Tu tues mes frères, donc je te tue". Les casseurs de flics en marge de la contestation de la "loi travail" n'ont pas un raisonnement beaucoup plus affûté.
La police dénonce un "climat antiflic" apparaissant après "l'union sacrée" de "Charlie" et sévissant en plein état d'urgence. Or c'est valls qui a exacerbé les violences policières. Il a commencé pendant la "manif pour tous" à pousser la police à s'infiltrer parmi les manifestants et à arrêter à tour de bras. Elle continue pendant "nuit debout", mais avec des adversaires beaucoup plus décidés à en découdre. On paie toujours d'obéir à Valls. La police est en train de l'apprendre à ses dépens. Mais qu'avait-elle besoin de se jeter dans ses barbouseries ?
Comme Venise, "la gauche peut mourir", avait prédit valls à sa majorité. Quand Hollande n'a pas su refuser Matignon à cet instable, n'importe qui pouvait deviner qu'il serait renversé par une majorité devenue introuvable. La chose tarde à venir et se fera pourtant. Ce qui la retarde et la retient, c'est la distraction des ennemis de valls. Leur distraction est sa baraka, causer l'oubli son seul charisme. C'est un grand offenseur politique dont on oublie les offenses quand il est en situation de les réparer. Quand l'instable a pris du gallon, l'offensé retrouve l'équilibre.
L'instable est un ambitieux morbide. Il instaure dans la police des méthodes pour se faire détester, et la police oublie qu'il l'a fragilisée. Il dit à sa majorité qu'elle peut mourir, et la gauche oublie que c'est lui qui la tue. Il se déclare irréconciliable avec les frondeurs, et les frondeurs ont peur de le renverser en craignant qu'on les accuse d'avoir tiré les premiers. Valls peut passer pour un David contre les Goliath, et les frondeurs portent pierres sans beaucoup de cœur.
La morbidité de valls ne s'identifie certes pas à celle des djihadistes qui "aiment la mort" même si Valls est morbide de sang chaud. Valls tue de sang chaud et en oubliant qu'il a tué, tandis que ses victimes fascinées ne peuvent relever l'offense. La morbidité de valls, placé par la psychologie des événements à ce poste et à ce moment, a quelque chose à voir avec le suicide d'une civilisation qui casse ses jouets. D'un monde autrefois libre qui a aujourd'hui horreur de la liberté. Et avec la déliquescence d'une société qui détruit son modèle par perte d'humanité.
Mon journal de presse
Ce 18 mai 2016
Jean-Luc Mélanchon écrit dans son billet "l'éruption qui vient" :
"L’épisode du 49.3 est un concentré du tableau politique dans lequel nous vivons. À deux signatures près, une motion de censure venant de la gauche était
déposée et le gouvernement serait tombé par la gauche."
Il sait bien qu'il ment : si les frondeurs n'ont pas voulu voter la motion de censure de la droite, pourquoi la droite aurait-elle voulu voter la motion de censure des frondeurs ? Comment peut-on jouer cette comédie parlementaire dans une société si clivée ? Manuel valls se révèle plus clivant que ne l'aura été Nicolas sarkozy, qui se vantait à juste titre en 2012 de n'avoir subi "aucun blocage", alors que tous les corps constitués menaçaient de se mettre en grève générale dès le lendemain de son élection. Je l'ai moi-même entendu de mes oreilles, proféré par un chehminot.
Le Front de gauche a voté la motion de censure de la droite, nous admettrons donc que Jean-Luc Mélanchon est plus conséquent que les frondeurs, même s'il sait bien que son affirmation ne tient pas. La preuve, c'est quil assigne des limites à sa "convergence des luttes". Il se comporte plutôt comme un agent qui déjoue le populisme en singeant la colère du peuple qu'en agent qui assume celui-ci. Jacques Rancière a raison de dire que le peuple n'est pas seulement en colère. Bernard stiegler a raison de dire que la réduction du peuple à sa colère peut provoquer une régression. Il n'empêche : croire qu'on peut encore vouloir le bien du peuple en donnant dans l'antifascisme, c'est commettre un anachronisme. Je sais bien que Jacques sapir a compromis cette convergence des luttes des fachos et des antifas en disant qu'elle devait se résoudre dans la dictature. Je ne le crois pas. Seulement nous abordons à un moment révolutionnaire. Alain de Benoist rappelait opportunément cette citation de Lénine : "Une révolution se produit lorsque la base ne veut plus et que le pouvoir ne peut plus." Au vu de la situation présente, nousen sommes proches. Si l'on n'assume pas la convergence des luttes à ce moment, on prépare une ouverture possible à toutes les régressions. Je comprends que Jean-Luc Mélanchon ne puisse pas avaler facilement que les antifas doivent se réunir aux néofas, mais c'est le seul moyen d'humaniser et de décommunautariser la colère qui vient.
Michel Wieviorka disait ce matin sur "France culture" que la violence est devenue un tabou dans notre société. Ça dépend laquelle. La violence des zadistes ou des "Nuits debout" est tolérable. Celle de l'extrême droite ou des islamistes n'est pas tolérée. C'est comme la pédophilie. Celle des prêtres fait rêver des secrets d'alcôve les plus sordides. Celle du personnel de l'Education nationale n'étant liée en principe à aucune frustration sexuelle, ne scandalise personne. Farida belghoul accusait cette institution de corrompre la jeunesse. Elle pourrait presque s'en faire gloire, vu que ce fut sous ce chef que fut condamné Socrate, lequel était pédophile au sens moderne et contrevenant au polythéisme en vigueur en voulant rationaliser la figure des dieux et les ramener à un seul... La laïcité intente de même à la religion en général le procès d'être une "sous-culture", le pape fait bien de le signaler dans son interview à "la Croix". En réalité, dans la continuité de la tradition philosophique, la laïcité ne supporte pas les religions qui ne tendent pas vers l'individualisme. C'était le cas du christianisme, qui a dévoyé sa vertu d'espérance en ne la teintant plus de charité, au point que chaque chrétien escompte davantage en son salut personnel, qu'il n'a le souci d'appartenir ou de constituer l'Eglise. L'islam a une vision plus territorialiste et plus clanique. Il ne tend pas vers l'individualisme qui seul est supporté par le "relativisme social et moral" qu'est en fait la laïcité. L'islam est la surprise diabolique de la laïcité, qui a trouvé en lui, pense-t-elle (et je ne suis pas loin de penser comme elle), un obscurantisme pire que celui qu'elle voulait remplacer. Aussi la laïcité a-t-elle commis le Front national pour dire tout le mal qu'elle pensait de cet obscurantisme et que son islamophobie soit portée sans qu'elle ait à se salir les mains. C'était la thèse d'Alain Soral en 2011,sur ce point il a raison.
Savoir comment une société sécrète ses tabous est un intéressant sujet d'étude. Pourquoi une société qui corrompt sa jeunesse s'indigne-t-elle devant la pédophilie ? Pourquoi supporte-t-elle la violence des bobos et est-elle horrifié par la violence des voyous allogènes ? Pourquoi se focalise-t-elle silencieusement sur cette seule forme de violence au point d'oublier que les autochtones avaient naguère un code de l'honneur du voyou, sans compter la violence politique ? Pourra-t-on contenir la violence du moment révolutionnaire que nous traversons par suite de trop de précarité ? Comment se fait-il que, depuis une quinzaine d'années, c'est-à-dire depuis que le paupérisme s'est répandu et que le libéralisme s'est découvert comme doctrine de gouvernement économique de la mondialisation, les journalistes ont tombé le masque et se sont tous assumés comme libéraux libertaires ou socio-libéraux ? Comment ne voit-on pas que la mue de François Hollande n'est qu'une conséquence que ce méchant naïf croyait pouvoir tirer innocemment de l'aveu de ses copains préférés, ceux-là mêmes pour qui il se dépensait en petites blagues ? Comment les anciens gauchistes ont-ils si facilement pu abandonner la lutte des classes pour la changer en lutte des sexes ou des moins réellement diviseurs des attributs sociaux ? Comment la gauche vit-elle l'abandon de son monopole culturel au profit d'une droite dont elle découvre stupéfaite qu'elle a des opinions ? Comment cette gauche, qui se rengorgeait de son pluralisme tant qu'elle n'avait pas de contradicteurs, vit-elle cette concurrence, maintenant qu'elle est devenue libérale ? Comment les progressistes, amis de "la société ouverte", qu'elle le soit économiquement ou plus largement, supportent-ils que ce soit les tenants de la pensée close qui déploient désormais le plus d'énergie et de créativité intellectuelle ? Et que signifie cette inversion de la créativité dans un moment prérévolutionnaire ?
lundi 16 mai 2016
Christianisme et responsabilité
Le chrétien est cet être bizarroïde qui croit à la fois que nous avons tous besoin d'être sauvés, et que personne ne peut se sauver lui-même.
Cette exemption s'étend au Sauveur EN PERSONNE, que la foule qui le crucifie moque injustement en le défiant:
"SAuve-toi toi-même !"
Le chrétien sait qu'on ne se conaît qu'à li'ntérieur de sa conscience, mais que c'est l'autre qui nous objective.
A force de croire qu'on ne peut rien pour soi, on finit par décliner toute responsabilité. Le chrétien est celui qui dit au rebours de Georgina dUfoie
"Coupable, mais pas responsable."
Il n'est pas étonnant que le chrétien soit pour un divorce, au demeurant très civilisateur, entre les pouvoirs temporel et spirituel. Car si ce n'est pas moi qui me justifie, si je ne suis pas responsable, serais-je coupable, en quoi puis-je relever de la justice?
Cette exemption s'étend au Sauveur EN PERSONNE, que la foule qui le crucifie moque injustement en le défiant:
"SAuve-toi toi-même !"
Le chrétien sait qu'on ne se conaît qu'à li'ntérieur de sa conscience, mais que c'est l'autre qui nous objective.
A force de croire qu'on ne peut rien pour soi, on finit par décliner toute responsabilité. Le chrétien est celui qui dit au rebours de Georgina dUfoie
"Coupable, mais pas responsable."
Il n'est pas étonnant que le chrétien soit pour un divorce, au demeurant très civilisateur, entre les pouvoirs temporel et spirituel. Car si ce n'est pas moi qui me justifie, si je ne suis pas responsable, serais-je coupable, en quoi puis-je relever de la justice?
mercredi 4 mai 2016
L'espérance ou l'incarnation du ciel
J’écoute de nuit en rediffusion l’abbé
de tanoüarn, interviewé par Jérôme Bénard sur son dernier livre sur la liberté
chrétienne dans sa propre émission sur « radio courtoisie » dont une
des thèses est que toute liberté suppose une libération. Il cite Malebranche
disant : « La Création est négligée », inachevée, car « Dieu
n’a pas voulu d’une Création trop parfaite pour que l’homme ne s’y attache pas et
ne croie pas qu’il est fait pour ce monde»
J’ai toujours eu du mal à méditer
sur les fins dernières. Je suis surpris quand on me dit qu’on tient dans sa
marche dans la vie par l’espérance qu’on a du ciel. Dominique Molitor, la
patrone de « Minute » que j’ai rencontrée grâce à Mortimer et sa
banquise qui est aussi la mienne (un club d’amis et une « force de prière »)
m’a dit qu’il en allait ainsi pour elle. Je préfère ce qu’a dit Jean-Marc
Jacaut comentant la parole du Christ disant : « Je suis Résurrection
et vie ». Son commentaire était que, si je ne ressens pas la Résurrection dans
ma vie, je ne connais pas vraiment le Christ.
La Création inachevée est une
prémice de la croyance éminemment moderne que l’homme a été créé mortel et
limité. Nous ne marchons pas davantage un pied dans le ciel que nous ne sommes « un
être pour la mort ». Cette pensée d’Heidegher
contribue à faire du christianisme une pensée triste quand il la reprend pour
aider les hommes à passer la mort
comme s’il était une religion commeles autres. Il s’en sert d’alibi pour ne pas
sortir du dolorisme.
Elisabeth de la trinité a dit le mot
de l’espérance chrétienne par cette phrase que je crois définitive :
« Je crois bien que j’ai trouvé le ciel sur la terre. Car le ciel, c’est
Dieu, et Dieu est dans mon âme ».
L’homme est un être qui ne se
souvient pas d’être né et ne sait pas comment il va mourir. Sa naissance s’est
cachée pour lui donner la notion de l’éternité de préférence àcelle du temps.
En lui se côtoient le principe d’inatalité et l’immortalité de l’âme. Il n’ose
caresser cet infini de peur de manquer sa divinisation, come si Dieu pouvait
lui avoir tendu un piège en le posant entre deux infinis.
La mort lui est connue comme une
analogie de la naissance et comme un enfantement nouveau auquel il devra
consentir. L’espérance, c’est de croire qu’on ne méritera pas de bien savoir
passer ce nouveau seuil, mais qu’on y naîtra dans les entrailles matricielles
de la Miséricorde de Dieu. Et l’espérance au présent, ce n’est pas de marcher
en croyant avoir un pied dans le ciel parce qu’on n’est pas fait pour ce
monde-ci : c’est d’incarner le ciel entrevu dans son âme par la proximité
de Dieu.
mardi 3 mai 2016
Thomas et Philippe
THOMAS EHILIPPE
On n'y pense pas assez, mais c'est à thomas que Jésus dit
qu'Il est le chemin, la Vérité et la Vie. Alors, quand Jésus ressuscite, Thomas
ne veut pas se perdre. Il dit : "Tant que je ne verrai pas les traces
de ses clous dans Sa main, tant que je ne me mettrai pas les doigts dans Son
Côté, non, je ne croirai pas."
Thomas ne veut pas se perdre et Jésus acquiesce à son
rationnalisme. Il y acquiesce tellement que son homonyme, le "docteur
commun", sera le maître de la raison chrétienne, le "docteur
commun". Il y acquiesce jusqu'à lui proposer d'éprouver "les preuves
de l'existence de Dieu" en mettant sa main dans Ses plaies et son côté. Il
le détourne de la crédulité par la voie des sens. Il se propose de lui prouver
le merveilleux chrétien. Le Verbe avait dit à la chair de Thomas qu'il était le
Chemin incarné. Il ne va pas déployer pour lui les ressources allégoriques de
la vérité ni celles de l'exégèse. Thomas ne goûtera ni à la Table de la Parole,
ni à celle de l'Eucharistie. Il rejoindra le naturel par le surnaturel. Et il
pourra prononcer une déclaration d'amour mystique : "Mon Seigneur et
mon Dieu !" Il pourra confesser que Jésus est Dieu. Le chemin ainsi
montré à lui, naturel et miraculeux, surnaturel et merveilleux, signalétique et
prodigieux, pourra alors lui proposer de s'égarer : "Ne balise pas si
tu perds les balises ! Heureux, celui qui croit sans avoir vu!" Et
Thomas ira très loin, probablement jusqu'en Chine.
Quant à Philippe, c'est un jeune, un petit et un simple. Il
ne veut pas s'embarrasser de querelles théologiques ni de controverses qui le
dépassent. Il se voudrait un monothéiste ordinaire à qui Jésus permettrait
simplement de se rapprocher du Père pour pouvoir Le prier comme un enfant en
forçant la porte du ciel. "Montre-nous le Père, cela nous
suffit !" "Cela fait si longtemps que tu es avec Moi, Philipe,
et tu n'as toujours pas compris que Je Suis dans le Père et que le Père est en
moi ? Que nul ne peut aller au Père que par Moi ? Que je parle au Nom
du Père et que qui me voit voit le Père ?"
Je parie que Philippe n'a rien compris à tous les arguments
théologiques, prémices d'un traité sur la Trinité de Saint Hilaire ou de saint
Augustin, que Jésus vexé lui a débités. Ce qui l'a traversé comme une flèche,
lui, si jeune, c'est ce rappel du temps passé, du temps intime vécu ensemble. A
Nathanael, Jésus devait dire : "Avant que Philippe ne t'appelât sous
le figuier, déjà Je te connaissais." Mais Philippe qui a appelé Nathanael,
Philippe n'est pas Nathanael. A Philippe, Jésus peut dire: "Cela fait si
longtemps que Tu es avec moi, et tu ne me connais pas encore ? Je suis
l'Image du dieu Invisible, donc Je t'ai exhaussé, car Dieu est tout près de
toi, mais connais-Moi et tu le connaîtras. Connais-Moi puisque c'est ce qui
t'importe beaucoup plus que de te connaître toi-même ou même d'être connu de Moi.
Car tu es encore plus transparent que Nathanael, Dieu seul est ton énigme, et il
l'est dans un cœur de pauvre. "pe baptisera l'eunuque éthiopien, invité par lui
sur son char, pour lui expliquer la parabole du Srviteur souffrant. L'eunuque ne
reconnaîtra pas Jésus à la fraction du pain, mais il aura trouvé un point d'eau
en ce Jésus qui, pour Philippe, coule de source.
La solitude et l'égoïsme
Mon oncle Claude disait qu'on avait tort d'aimer la littérature du XIXème siècle, car les auteurs y déclinaient un sentiment unique, qui DEVENAIT la monomanie de leurs œuvres, bien qu'ils l'affriolassent des descriptions les plus barriolées et des circonstances les plus foisonnantes.
Revenant depuis quelques jours à balzac, je m'aperçois que, si Maupassant a illustré la solitude dominant le frémissement de la présence sensitive, Balzac peint l'égoïsme.
Je croyais qu'il en affublait les seuls célibataires comme le curé de Tours ou comme le cousin Pons, ce musicien, cet artiste. Mais l'égoïsme est aussi la passion qui étreint les filles du père Goriot, ce "Christ de la paternité". C'est surtout la passion qui domine le chercheur de l'Absolu, le savant, cet artiste.
Les héros esthétiques ou moraux de Balzac étaient le savant et l'artiste, ceux de Bergson furent l'artiste et le saint, dominés par "l'élan vital".
Balzac a eu des excuses à être égoïste: il ne fut pas visionnaire, mais il créa un monde.
Je dis qu'il ne fut pas visionnaire en corrélation avec une réflexion que je me suis faite sur le manque de capacité visionnaire de l'aveugle, qui a certes une intuition du monde, mais trop enclose dans le réel et comme un décalque du monde tel qu'il existe.
L'aveugle et Balzac ont peu d'imagination. Ils ont certes une imagination débordante, mais elle n'est pas fantastique.
Leur tête est peuplée de personnages. Plus on met de noms sur des visages, et moins on pénètre l'âme de quelqu'un. Plus on se prothèse de monde et moins on trouve de frères. Par où l'on est ramené à l'égoïsme des célibataires.
Mais peut-on échapper à l'égoïsme de Balzac et à la solitude de Maupassant? Lequel est la conséquence de l'autre?
La solitude pourrait pousser l'égoïsme au solipsisme et l'égoïsme entraîner la solitude dans l'amertume. Mais le solitaire égoïste sait qu'il partage ces deux conditions avec ses semblables. Il peut être le moins mysanthrope des hommes, s'il choisit d'écouter ou de refléter ce que les autres sont sans le savoir. Aimer peut commencer par ne pas se faire d'illusions.
Croire en la solidarité naturelle, en la télépathie générale ou à la communion des saints est peut-être plus superficiel que de donner quelque chose à qui ne nous est rien avant même de ne rien nous avoir demandé.
Revenant depuis quelques jours à balzac, je m'aperçois que, si Maupassant a illustré la solitude dominant le frémissement de la présence sensitive, Balzac peint l'égoïsme.
Je croyais qu'il en affublait les seuls célibataires comme le curé de Tours ou comme le cousin Pons, ce musicien, cet artiste. Mais l'égoïsme est aussi la passion qui étreint les filles du père Goriot, ce "Christ de la paternité". C'est surtout la passion qui domine le chercheur de l'Absolu, le savant, cet artiste.
Les héros esthétiques ou moraux de Balzac étaient le savant et l'artiste, ceux de Bergson furent l'artiste et le saint, dominés par "l'élan vital".
Balzac a eu des excuses à être égoïste: il ne fut pas visionnaire, mais il créa un monde.
Je dis qu'il ne fut pas visionnaire en corrélation avec une réflexion que je me suis faite sur le manque de capacité visionnaire de l'aveugle, qui a certes une intuition du monde, mais trop enclose dans le réel et comme un décalque du monde tel qu'il existe.
L'aveugle et Balzac ont peu d'imagination. Ils ont certes une imagination débordante, mais elle n'est pas fantastique.
Leur tête est peuplée de personnages. Plus on met de noms sur des visages, et moins on pénètre l'âme de quelqu'un. Plus on se prothèse de monde et moins on trouve de frères. Par où l'on est ramené à l'égoïsme des célibataires.
Mais peut-on échapper à l'égoïsme de Balzac et à la solitude de Maupassant? Lequel est la conséquence de l'autre?
La solitude pourrait pousser l'égoïsme au solipsisme et l'égoïsme entraîner la solitude dans l'amertume. Mais le solitaire égoïste sait qu'il partage ces deux conditions avec ses semblables. Il peut être le moins mysanthrope des hommes, s'il choisit d'écouter ou de refléter ce que les autres sont sans le savoir. Aimer peut commencer par ne pas se faire d'illusions.
Croire en la solidarité naturelle, en la télépathie générale ou à la communion des saints est peut-être plus superficiel que de donner quelque chose à qui ne nous est rien avant même de ne rien nous avoir demandé.
dimanche 24 avril 2016
Mélanchon ou Guaino, ou de l'impact personnel en démocratie!
Il est regrettable que la démocratie ne soit pas un régime pur -c'est-à-dire, compte tenu de son essence délibérative, un régime neutre, un régime dont la pureté serait dans la neutralité quoi qu'en aient dit Tocqueville ou les Lumières-, au point de pouvoir faire acception de la dimension personnelle de ses idéologues politiques.
Prenons Jean-Luc Mélanchon. Ses analyses sont certes teintées d'une fidélité à une "culture de gauche" qui le fait être a priori "solidaire de toutes les luttes" pourvu qu'elles soient les luttes des siens.
Mais pour commencer il présente les analyses les plus complètes aujourd'hui produites par un homme politique français. Or elles sont entachées par la personnalité de l'analyste qui va presque jusqu'à en annuler la pertinence, non seulement parce que celui qui les produit est un caractériel qui ne doit pas être exempt d'une violence presque physique, et est tellement ombrageux qu'on n'a pas envie d'être de ses amis. Mais pour ne rien arranger, il se stérilise de se vivre comme une espèce d'Hugo Chavez.
Il commet également un certain nombre d'anachronismes dans la compréhension de l'histoire qu'il vit et sur laquelle il voudrait bien intervenir. Il se stérilise par exemple d'imaginer que le fascisme est à nos portes -au passage, il y aurait avantage à circonscrire une bonne fois pour toutes la notion de fascisme pour que ce mot cesse d'être un fourre-tout destiné à jeter aux orties toute pensée minoritaire ou dissidente-.
Mélanchon serait par exemple incapable d'en appeler au front des populistes pour incarner son: "Nous le peuple!". En même temps, Jacques sapir, qui a popularisé une telle coalition, ne trouve rien de mieux à proposer qu'une dictature temporaire.
Mais en luttant vent debout contre ce qu'il appelle encore "le capitalisme", Mélanchon fustige, non pas une réalité surannée, mais un mot dépassé, même si ce mot n'a peut-être jamais recouvert ni eu autant de réalité qu'à l'époque de néo-esclavagisme machiniste et libéral dont nous vivons les prémices.
Ces défauts de caractère ou de personnalité nous font passer à côté d'un des hommes politiques les plus munis d'une colonne vertébrale fût-elle trop exclusivement marxiste, et les plus pertinents du moment. Henri Guaino pourrait-il incarner cette ligne d'un souverainisme social, partisan d'une France forte et libre, d'une France indépendante? Pourrait-il être une sorte de Marine le Pen sans les outrances verbales et la xénophobie?
Prenons Jean-Luc Mélanchon. Ses analyses sont certes teintées d'une fidélité à une "culture de gauche" qui le fait être a priori "solidaire de toutes les luttes" pourvu qu'elles soient les luttes des siens.
Mais pour commencer il présente les analyses les plus complètes aujourd'hui produites par un homme politique français. Or elles sont entachées par la personnalité de l'analyste qui va presque jusqu'à en annuler la pertinence, non seulement parce que celui qui les produit est un caractériel qui ne doit pas être exempt d'une violence presque physique, et est tellement ombrageux qu'on n'a pas envie d'être de ses amis. Mais pour ne rien arranger, il se stérilise de se vivre comme une espèce d'Hugo Chavez.
Il commet également un certain nombre d'anachronismes dans la compréhension de l'histoire qu'il vit et sur laquelle il voudrait bien intervenir. Il se stérilise par exemple d'imaginer que le fascisme est à nos portes -au passage, il y aurait avantage à circonscrire une bonne fois pour toutes la notion de fascisme pour que ce mot cesse d'être un fourre-tout destiné à jeter aux orties toute pensée minoritaire ou dissidente-.
Mélanchon serait par exemple incapable d'en appeler au front des populistes pour incarner son: "Nous le peuple!". En même temps, Jacques sapir, qui a popularisé une telle coalition, ne trouve rien de mieux à proposer qu'une dictature temporaire.
Mais en luttant vent debout contre ce qu'il appelle encore "le capitalisme", Mélanchon fustige, non pas une réalité surannée, mais un mot dépassé, même si ce mot n'a peut-être jamais recouvert ni eu autant de réalité qu'à l'époque de néo-esclavagisme machiniste et libéral dont nous vivons les prémices.
Ces défauts de caractère ou de personnalité nous font passer à côté d'un des hommes politiques les plus munis d'une colonne vertébrale fût-elle trop exclusivement marxiste, et les plus pertinents du moment. Henri Guaino pourrait-il incarner cette ligne d'un souverainisme social, partisan d'une France forte et libre, d'une France indépendante? Pourrait-il être une sorte de Marine le Pen sans les outrances verbales et la xénophobie?
samedi 23 avril 2016
Jean-Louis Debré, le droit d'asile et l'homme de la rue
J'écoute en finissant de dîner l'interview de Jean-Louis Debré par l'équipe d'"On n'est pas couchés".
Troistemps dans mon écoute:
1. J'ai voué allégeance à Jean-Louis Debré depuis qu'il a donné la parole à un homme de la rue, ce que personne n'avait fait avant lui, pas même l'abbé Pierre.
J'entens faire à cette plume d'un SDF une "déclaration d'amour" à Lionel Jospin. J'apprécie que les gens que j'apprécie s'apprécient.
2. Yann Moix le somme avec agressivité de regretter d'avoir servi Maurice Papon, ministre du budget de Giscard, en tant que membre de son cabinet.
Jean-Louis debré commence par plaider comme Maurice Papon: "Je ne savais pas". Et sous la violence rétrospective de l'attaque, on le comprend.
L'ancien membre du cabinet de Papon se félicite d'avoir démissionné très rapidement du cabinet d'un ministre dont il n'appréciait pas la personnalité.
Yann Moix se défend de lui demander d'avoir connu le passé de préfet vichyste de Maurice Papon, mais veut qu'il désavoue les ratonades ordonnées par Maurice Papon sous le gouvernement de son père, Michel Debré.
Yann Moix, au nom de la lutte contre l'antisémitisme par déplacement sur le 19 octobre 1961, demande à Jean-Louis debré de renier son père, comme Samuel Etienne l'avait fait avant lui pour Marine le Pen devant un public de lycéens. Je crois qu'il n'y a pas de pratique journalistique plus dégueulasse.
Je ne confonds pas Samuel etienne et Yann Moix. Le second a du talent et même un peu de fond, le premier s'est de lui-même ravalé au rang de bateleur à QUPC (rien à voir avec la question prioritaire de constitutionnalité...). mais je les renvoie à la même indignité d'exiger de leur interviewé qu'il renie ses ascendants à la faveur d'une interview.
3. J'aimais Jean-Louis debré pour avoir donné la parole à un homme de la rue, mais je remercie Léa Salamé de m'avoir rappelé que c'était lui qui avait remis les "sans papier" de Saint-bernard dans la rue à coups de hache, en violation du droit d'asile, reconnu comme privilège aux bâtiments d'Eglise depuis la christianisation de l'Empire romain, privilège sanctionné comme le premier bienfait de la civilisation chrétienne par Saint Augustin soi-même au début de la Cité de Dieu.
Jean-Louis Debré ne regrette pas d'avoir enfoncé les portes d'une église à coups de hache. Du coup c'est moi qui me bats la coulpe d'avoir la mémoire courte, et reconnais que mon allégeance à l'homme qui a expulsé dans la rue des gens accueillis dans une église pour finir par donner la parole à un homme de la rue, que mon allégeance à un nouveau gambetta à l'anticléricalisme ricanant, que cette allégeance a du plomb dans l'aile...
Mes ailes rognent sous le plomb et n'aiment pas à se renier. Quand donc serai-je fidèle à un homme cohérent? Mais la cohérence n'est pas dans la besace humaine, en dépit des serments.
Ce ne sont pas nos positions qui changent, ni même le vent qui tourne plus vite que la girouette, ce sont les paramètres de nos positions qui se déplacent.
Troistemps dans mon écoute:
1. J'ai voué allégeance à Jean-Louis Debré depuis qu'il a donné la parole à un homme de la rue, ce que personne n'avait fait avant lui, pas même l'abbé Pierre.
J'entens faire à cette plume d'un SDF une "déclaration d'amour" à Lionel Jospin. J'apprécie que les gens que j'apprécie s'apprécient.
2. Yann Moix le somme avec agressivité de regretter d'avoir servi Maurice Papon, ministre du budget de Giscard, en tant que membre de son cabinet.
Jean-Louis debré commence par plaider comme Maurice Papon: "Je ne savais pas". Et sous la violence rétrospective de l'attaque, on le comprend.
L'ancien membre du cabinet de Papon se félicite d'avoir démissionné très rapidement du cabinet d'un ministre dont il n'appréciait pas la personnalité.
Yann Moix se défend de lui demander d'avoir connu le passé de préfet vichyste de Maurice Papon, mais veut qu'il désavoue les ratonades ordonnées par Maurice Papon sous le gouvernement de son père, Michel Debré.
Yann Moix, au nom de la lutte contre l'antisémitisme par déplacement sur le 19 octobre 1961, demande à Jean-Louis debré de renier son père, comme Samuel Etienne l'avait fait avant lui pour Marine le Pen devant un public de lycéens. Je crois qu'il n'y a pas de pratique journalistique plus dégueulasse.
Je ne confonds pas Samuel etienne et Yann Moix. Le second a du talent et même un peu de fond, le premier s'est de lui-même ravalé au rang de bateleur à QUPC (rien à voir avec la question prioritaire de constitutionnalité...). mais je les renvoie à la même indignité d'exiger de leur interviewé qu'il renie ses ascendants à la faveur d'une interview.
3. J'aimais Jean-Louis debré pour avoir donné la parole à un homme de la rue, mais je remercie Léa Salamé de m'avoir rappelé que c'était lui qui avait remis les "sans papier" de Saint-bernard dans la rue à coups de hache, en violation du droit d'asile, reconnu comme privilège aux bâtiments d'Eglise depuis la christianisation de l'Empire romain, privilège sanctionné comme le premier bienfait de la civilisation chrétienne par Saint Augustin soi-même au début de la Cité de Dieu.
Jean-Louis Debré ne regrette pas d'avoir enfoncé les portes d'une église à coups de hache. Du coup c'est moi qui me bats la coulpe d'avoir la mémoire courte, et reconnais que mon allégeance à l'homme qui a expulsé dans la rue des gens accueillis dans une église pour finir par donner la parole à un homme de la rue, que mon allégeance à un nouveau gambetta à l'anticléricalisme ricanant, que cette allégeance a du plomb dans l'aile...
Mes ailes rognent sous le plomb et n'aiment pas à se renier. Quand donc serai-je fidèle à un homme cohérent? Mais la cohérence n'est pas dans la besace humaine, en dépit des serments.
Ce ne sont pas nos positions qui changent, ni même le vent qui tourne plus vite que la girouette, ce sont les paramètres de nos positions qui se déplacent.
mercredi 13 avril 2016
Forisson le négateur et les faiseurs de tabous
http://www.egaliteetreconciliation.fr/L-Heure-la-plus-sombre-du-21-mars-2016-Invite-le-professeur-Robert-Faurisson-38457.html
C’est un goût un peu lâche ou
potache de la transgression vaguement honteuse qui m’a fait mettre en présence
du professeur Forisson à travers cette
vidéo pour savoir enfin ce que quelqu’un comme moi, rebelle de façade et modéré
au fond, peut penser d’un tel homme, dont je dois reconnaître au préalable
qu’il a plus grand courage de ses opinions que n’en a son critique dilettante
d’un soir oisif.
Robert forisson nous livre dans cette vidéo le récit du face à
face d’un homme qui ne croit pas au contexte, mais croit en la neutralité
axiologique et des synchronicités, avec des adversaires, Fabius, Badinter,
Gaysot, bien d’autres , qui ne craindront pas de créer sur son nom, au risque
d’en faire un martyre ou un héros à ses propres yeux, un tabou en plein siècle
de la libération des tabous.
Robert Forisson partage avec
Alain finkielkraut (en quelle compagnie les voici tous les deux affublés !),
non pas la prétention de poursuivre la vérité, mais la passion de «[la seule] « exactitude »,
passion souvent approximative chez Finkielkraut et résultant chez Forisson d’une
tournure d’esprit classique, d’une éducation trop rigoriste, et d’une tendance
trop accusée au rationalisme.
A la vérité ou à l’exactitude, je
préfère la justesse.
Une exactitude qui abolit le contexte
ne saurait ni être juste, ni être humaine. Ce n’est pas non plus par hasard que
celui qui supposait d’entrée de guerre que le peuple allemand pouvait être
persuadé par ses prêtres d’avoir ses dieux pour lui, s’en fait le défenseur
quand il cesse d’être l’ennemi de sa patrie. Ce n’est pas par hasard que son
goût admire à juste titre l’élasticité des Français de Céline et tombe sur un
sujet qui contient la même obsession antijuive qui anime idéologiquement cet
auteur de prédilection. Est-ce encore au nom de l’exactitude qu’il s’autorise à
étirer presque indéfiniment ce sujet de l’existence ou non des chambres à gaz
jugée par un comparatiste, à l’existence ou non de « la solution
finale » comme extermination dans l’esprit du Führer ? Ce n’est enfin
pas hasard de synchronicité, de quelque façon notariale qu’il s’en tire pour
trancher la question sous le prétexte administratif d’une mutation d’après-guerre,
qu’il finisse ses jours à vichy.
Mais ceux qui ont promulgué
contre lui une loi ad hominem lui ont rendu un fier service. C’est une loi
d’exception tendant à laïciser l’hypothèse religieuse d’une élection divine du
peuple juif. Une telle loi fabrique l’antisémitisme de l’avenir. Sa scélératesse
consiste à laisser penser à ceux qui doivent s’y soumettre sans devoir ni
pouvoir y soumettre jusqu’à leurs arrière-pensées, qu’au sommet du mondialisme,
appelé à réaliser la mondialisation qui est un fait, une seule nation est
exceptée de la confusion des peuples, et c’est la nation juive, en raison de sa
nature diasporique, territoriale en principe et par promesse éventuellement
allégorique, mais répartie depuis l’Empire romain dans « la moitié du
monde connu », pour ne pas dire du monde entier… C’est cette souplesse
voyageuse du peuple juif » qui rend ce nationalisme compatible avec le
mondialisme. Mais qu’à la tête du mondialisme, il y ait de façon réelle ou
supposée, une nation et un nationalisme et, qui pis est, au nom d’une croyance
religieuse instillée dans ce melting pot laïc, fait de ce mondialisme un hybride qui le rend
d’autant plus inassimilable à ceux à qui il voudrait s’imposer en faisant du
composte de leurs identités. Et que le peuple juif soit le tronc commun des
trois religions du Livre professée par près de la moitié du monde confus et
confondu n’est pas une raison suffisante pour laïciser son élection comme chef
naturel et fantasmé du mondialisme.
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