Pages

vendredi 10 juillet 2026

À quoi joue Boris Vallaud?

https://philippebilger.com/cela-se-decante/#comment-216475

Cela ne se décante pas tant que ça.
Marine Le Pen fait parler dans les chaumières, mais n'a que très peu de chances de l'emporter même si on ne peut jurer de rien, compte tenu du précédent que constitue le fait qu'elle ait finalement su gravir la marche qui la menait de la paralysie du scrutin majoritaire qui lui interdisait d'avoir plus de deux ou trois députés à un groupe tellement pléthorique qu'elle a mis en sourdine sa revendication d'un scrutin proportionnel aux élections législatives, avec une prime à donner au parti qui l'emporte pour le rendre capable de gouverner.
Marine Le Pen promet de constituer un ticket avec Jordan Bardella qui s'est tellement émancipé de sa mentoresse depuis qu'il a préféré trouver une princesse plutôt qu'une danseuse, que son ancienne maîtresse politique, qu'on sait assez rancunière, ne tardera pas à lui administrer une fessée déculotée qui pourrait bien lui faire quitter la scène politique comme il y est entré quand MLP a cru découvrir en lui "une pépite" aux dires d'Éric Zemmour.
Politicaillerie toujours. Considérons la situation respective d'Édouard Philippe et de Gabriel Attal qui, certes, continue pour l'instant d'être distancé par son aîné, mais la "dynamique de sa campagne" pourrait bien faire que le lièvre Attal rattrape la tortue Philippe.
Le candidat Philippe "a une manière de présenter [son programme] qui ne le met pas véritablement en valeur." (PB)
Pour me citer moi-même, ce que j'aimais bien en lui était de le voir en "Premier ministre de proximité" par comparaison avec Emmanuel Macron, le Président de l'éloignement, malgré des saillies cassantes à la Juppé qui n'ont pas directement provoqué la crise des Gilets jaunes comme Alain Juppé avait mis les Français dans la rue en prétendant leur imposer sa réforme de la Sécurité sociale. C'est Emmanuel Macron à qui on impute généralement la responsabilité de la crise des Gilets jaunes et le rôle qu'a joué Édouard Philippe à ce moment-là était un peu comparable à celui de Georges Pompidou en 1968, même si, plus tard, il a failli déclencher une nouvelle fronde des automobilistes qui aurait pu porter avec ses 80 km/h. Mais voilà que le candidat Philippe, cet ancien Premier ministre de la proximité à qui on ne pouvait même pas véritablement reprocher sa panique devant la crise covidique, tant elle paraissait sincère et non simulée, se présente certes avec l'humour qu'on lui connaît et qui passe de beaucoup les "petites blagues" de François Hollande, mais avec ce que Clément Viktorovitch fait bien d'analyser comme une "brutalité tranquille", ce qui sera porté à son préjudice.

https://www.youtube.com/watch?v=_Hx172u8kek

Or "Dans le bloc central, justement, [on] cherche à sauver un peu de macronisme tout en s’en détachant" (PB) et c'est ici qu'Édouard Philippe avait une carte à jouer: là où Gabriel Attal, sans attaches autres que pacsières, sans enfants, passé directement de l'École alsacienne aux cabinets ministériels et des cabinets ministériels au gouvernement avec une toute petite transition parlementaire, représentait l'incarnation du macronisme, Édouard Philippe pouvait pousser sa différence avec sa formule qui a fait mouche: "Je suis père et je suis maire" et "je me pose en candidat de la France de mes enfants, je ne suis ni un héritier ni le candidat des déshérités". Il est en train de gâcher tout cela en retrouvant (c'est de son âge) la brutalité juppéiste.
Dans cette équation politique, la droite est insignifiante parce que Marine Le Pen à force de se banaliser et de se renier est presque arrivée à ce que voulait son père: représenter "le centre droit", n'est-ce pas un comble? Mais que dire de la gauche où ça ne se décante pas du tout, en dehors du fait que Ségolène Royal continue d'être candidate à tout, que François Hollande semble n'avoir renoncé à rien, ce qui confirme la formule d'Arnaud Montebourg selon laquelle "le parti socialiste" n'en finit pas d'être l'otage d'un problème de couple".
Olivier Faure a louvoyé, mais a voulu sincèrement "retrouvé le coeur de la gauche" plurielle en devant se coleter avec le caractère impossible de Mélenchon.

Je comprends les militants socialistes qui ont envie de désigner leur candidat en primaire fermée. Mais si c'est pour se donner à Raphaël Glucksmann, on se demande à quoi joue Boris Vallaud dont on s'était fait fort (sic) d'oublier qu'il avait travaillé au plus près de François Hollande, qui semblait s'être sincèrement gauchisé (et c'est plutôt un compliment dans ma bouche)à moins qu'à la tête de son groupe, il ait joué de son talent de plume comme François Hollande pour espérer en faire le tremplin de sa candidature présidentielle. Il le fait en pillant à Arnaud Montebourg le concept de "démondialisation" qu'il transforme en "démarchandisation". Mais encore une fois, si c'est pour se donner à Raphaël Glucksmann ou favoriser la candidature de François Hollande ou la résurrection de Ségolène Royal, à quoi joue Boris Vallaud? 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire