Le bonheur est-il l’absence de manque ? Tentative de définition magnifique de Michel Deluré, qui me rappelle ce qu’on nous disait du désir en classe de philo : le désir est l’expérience d’un manque.
Toute ma vie, ou du moins depuis mon adolescence et la classe de philo où on nous sensibilisait à cette discipline, sous l’influence de mon frère Gilles qui en est un zélote, j’ai tourné autour de la psychanalyse.
Qu’en ai-je retiré ? Du bien ? Du mal ? Je ne saurais dire. Mais tout de même cette impression que la psychanalyse nous apprend à apprivoiser le manque au-delà de toute sublimation.
C’est pourquoi je pense que la psychanalyse est un avatar moderne de l’école stoïcienne ou, pour employer une formule qui claque un peu comme « l’existentialisme est un humanisme », je pense que la psychanalyse est un stoïcisme.
Or, je dois dire qu’apprivoiser le manque ne m’intéresse pas. Je suis un boulimique resté au stade oral et avide de toutes les sublimations, ce qui m’a permis – et encore aujourd’hui – de vivre un grand amour.
Apprivoiser le manque, ne pas vouloir le sublimer, c’est se priver d’aimer, tout paradoxal que cela paraisse, car aimer, ce devrait être se priver pour sublimer celui qui est, en n’en faisant pas celui que l’on voudrait qu’il soit, en n'en faisant pas l'image que l'on en a.
Mais la sublimation est à ce prix : faire quelqu’un d’autre de celui que l’on aime.
Donc je préfère aimer et sublimer mon amour pour ne manquer de rien, et surtout pas d’amour. Sublimer n'est ni nier celui qui est et que l'on aime ni le transformer, c'est encore moins lui tendre un miroir pour qu'il se déteste dans sa réalité, c'est le regarder comme l'idéal dans le miroir de son idéal. Sublimer est bander son imagination pour considérer le réel comme sublime. Cela ne prive et n'engage pas la personne que l'on aime en la sublimant. Mais l'amour sans sublimation m'ennuie profondément. Et la réalité encore plus.
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