https://www.youtube.com/watch?v=IB6RljD5moE
Le pasteur François Ferré de l'Eglise luthérienne de Mulhouse, Église historique de ma mère, fait preuve d'une très grande liberté d'esprit et fait un effort intellectuel remarquable et qui tient largement la route, mais dont j'ose dire qu'il n'est pas loin de la folie. La folie m'a si souvent cherché et frôlé, moi le fêlé, que je ne veux pas insulter l'auteur de cette vidéo en lui rappelant que "le fou a tout perdu sauf la raison" que Luther qualifiait,paraît-il aux dires d'un de mes amis qui n'est plus de ce monde, de "putain du diable".
Luther, pourfendeur de "charismatiques violents" et commanditaire du massacre de paysans rebelles (cf. la Guerre des paysans) après avoir prétendu libérer le peuple en le ramenant à l'Évangile, Luther voulait massacrer les paysans faute de les avoir convaincus comme il qualifiait la papauté de "Babylone" ou d'"Antéchrist" faute d'avoir emporté l'assentiment du pape par lequel il ne voulait pas être excommunié.
Première "folie" de cette argumentation: Luther était peut-être un personnage odieux, irritable, libidineux qui aurait "corrompu des nonnes", tout cela n'invalide pas sa théologie. Car Faire le rapprochement entre l’indignité ou l’immoralité supposée de quelqu’un et la qualité de son œuvre, c’est du journalisme." "Ne reconnaît-on pas u arbre à ses fruits?", demande Candy dans le chat. "On fait un usage abusif de ce verset pour s'opposer à la théologie de Luther."
Ah bon? Et quel est le bon usage qu'il faut faire de ce verset? "Martin Luther n’est ni mon pape ni mon Sauveur et il est soumis à l’Ecriture." Heureusement! "Ce critère de la moralité pour juger de la pertinence d’une œuvre est complètement absurde. Il semblerait que Dieu n’en tient pas compte parce qu’Il ne s’entoure pas de saints. Caïphe, hostile au Christ, prononce une prophétie d'inspiration divine: "Vous ne comprenez pas qu'il est dans votre intérêt qu'un seul homme meure pour tout le peuple." La vérité d'une proposition ne dépend pas de la personne qui la prononce."
En soi, cette position ne me choque pas. Si l'on devait juger de moi d'après ma vie ou d'après l'embryon d'oeuvre que j'ai commis, je préférerais que l'on choisisse celui-ci. Mais cet avis très tranché d'un pasteur luthérien tranche avec le néo-puritanisme de la société post#meTo qui ne veut plus chanter du André Gouzes parce que la mère d'un jeune enfant l'a accusé sans être confortée par d'autres accusateurs. Ce qui pourrait prêter à rire est qu'on accuse le luthéranisme d'avoir répandu le puritanisme dont cette société a hérité et que c'est un luthérien confessionnel et de stricte observance qui réfute ce puritanisme. Mais bon, la filiation luthéranisme-puritanisme est sans doute assez contestable en sociologie.
2. Le deuxième argument du pasteur Ferré est qu'on ne peut pas arguer de ce que Luther ait éventuellement divisé le christianisme pour invalider sa pensée. Car il y a division et division. Dieu crée en séparant non pas "l'ivraie et le bon grain" comme le dit le pasteur (cela se fera à la fin des temps), mais la lumière des ténèbres et la terre des eaux. Il faut qu'il y ait opposition pour qu'il y ait "coïncidence des opposés". Le diable est certes appelé le diviseur, mais tout dépend de la nature de la division. Tous ces arguments sont intelligents. Il n'en demeure pas moins qu'on aimerait savoir comment il ne faudrait pas juger d'un arbre à ses fruits.
3. Luther est sorti de l'Église au nom de l'Évangile et, dans sa fureur, a qualifié Rome d'"antéchrist" (oui Rome et pas Hitler, et pas le sens du massacre du pamphlétaire de la "Guerre des paysans". L'institution qui dit que c'est tout un du Christ et de l'Église pour en arriver à sauver des musulmans, des bouddhistes et des incroyants en l'absence de référence explicite au Christ, cette institution s'affranchit de la "sola scriptura" chère à Luther, de la seule référence à cette parole inspirée, mais de tant de différentes manières qu'un chat peinerait à y retrouver ses petits. Rome s'est affranchie de l'Écriture et en a fait, avec la Création et la Tradition, un des trois piliers de la compréhension de Dieu, dans la logique de l'incarnation. Incarnation qui fait également convenir que la moralité d'un individu présume de son oeuvre, n'en déplaise au Proust du "Contre Saintebeuve". La même logique commande que le Christ qui justifie par son sacrifice et par la seule foi abolit la nécessité de l'existence humaine par laquelle elle a un aiguililon pour se conserver et survivre. Hors de là, on est dans l'absurdité, "le délire de référence" tellement religieux qu'il croit pouvoir s'affranchir de ce que produit la vie intérieure des individus ou des personnes humaines ou de ce que dit leur désir de leur adhésion à la sainte (ou aux quatre) Volonté(s) de Dieu, omniscient mais arbitraire, même si Luther a raison de voir dans le libre arbitre un simple "serf arbitre" parce qu'en fin de compte, la qualité de l'âme qu'Augustin a fait consister dans la volonté humaine, se traduit mieux dans le désir. Quant à Luther, il aurait découvert "la justification par la foi" pour surmonter une angoisse. Il faut plus qu'une angoisse pour proposer une interprétation qui se tienne. Justifié par la foi, il a cru pouvoir s'en donner à coeur joie et s'est beaucoup dépensé, mais mérite-t-il de remporter la palme qu'il s'est offerte à bon compte sur les mérites du Christ? Qu'on me permette d'en douter comme je doute de moi."
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