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samedi 26 novembre 2022

Les athées sont-ils malheureux?

J'ai perdu et retrouvé la foi précocement, j'avais une dizaine d'années, et la foi est la grande affaire de ma vie. Je dois néanmoins témoigner que je ne me suis jamais senti plus libre et heureux que quand j'étais athée. Je m'étais libéré du besoin de trouver un refuge et je me sentais très fort. Ce n'est pas pour rien qu'on appelle les libertins "les esprits forts".

La deuxième ou troisième fois que j'ai joué de l'orgue en public, c'était à l'abbaye Notre-Dame de Jouarre à la demande des bénédictines dont la soeur organiste faisait défection, car elle devait soigner sa mère. La troisième messe que je jouai était célébrée par le Père Gustave Martelet, disciple de Teilhard et conseiller au concile. Je pris le train de Paris avec lui et avec une de ses amies peintres qu'il avait emmenée assister à sa conférence de carême chez les soeurs, sur la Résurrection sans laquelle "vide est notre foi". Il m'incita à lire son livre intitulé "Création et évolution" (ou le contraire, je ne sais plus). J'y découvris la pensée de Feuerbach, vrai théologien négatif, pour qui, pour simplifier, ce n'est pas Dieu qui a créé l'homme, mais l'homme le lui a bien rendu, en ce sens que l'homme a créé Dieu à partir de tous les manques qu'il ressentait en lui. L'homme n'était ni ineffable, ni impassible, ni immuable, ni éternel, ni omniscient, ni autosuffisant, ni tout-puissant, alors il a donné toutes ces qualités à Dieu. Mais si l'homme a l'idée de toutes ces qualités, c'est que le manque n'est pas total et que l'homme quoiqu'ils lui manquent, possède tous ses attributs. Savoir qui de Dieu ou de l'homme a créé Dieu revient à poser la question de la poule et de l'oeuf.

Une chose pour moi est certaine: le mysticisme relève d'un transport dont on ne revient pas, en sorte que, quand on a découvert Dieu ou qu'on croit l'avoir découvert, on ne peut pas s'en détacher, se fût-on senti plus libre été et plus heureux avant d'avoir fait cette rencontre, réelle ou postulée.

Le Père Martelait émettait dans son livre une autre hypothèse intéressante. Comme Bergson, il ne croyait pas dans les localisations cérébrales de l'esprit. Néanmoins il disait que la mort corrompt tout l'homme, excepté l'esprit. Il ne disait pas que l'âme est immortelle, mais il pensait que l'esprit est immortel, car seul l'esprit échappe à la mort. 

mardi 22 novembre 2022

Gad elmaleh n'est pas une prise de guerre

Le problème d'une conversion, c'est l'effet prise de guerre. Gad Elmaleh n'y résiste pas mal.

Dans la littérature, Gide a mis en scène cet effet prise de guerre à travers le personnage d'Enthime Armand-Dubois dans "les Caves du Vatican", qui reprenait sans doute l'affaire Léo Taxil.

Une conversion contemporaine spectaculaire est celle de Véronique Lévy, la soeur de Bernard-Henri Lévy, qui résiste si peu à l'effet prise de guerre qu'elle semble assumer, par ses diverses publications, d'avoir été récupérée par la frange la plus traditionaliste de l'Eglise catholique. Plus dure risque d'être la chute. L'anonyme que je suis l'en a avertie par voie épistolaire et cybernétique. Mon avertissement est resté lettre morte. Peut-être qu'il ne la concerne pas, car ce que vit Véronique Lévy est suffisament solide, son mysticisme est suffisamment enraciné, c'est tout le mal que je lui souhaite.

Gad Elmaleh chemine dans un milieu qui ne m'est pas a priori sympathique: l'église sainte-Cécile de Boulogne, tenue par les "petits gris" de la Communauté Saint-Jean, sur laquelle ont pesé suffisamment d'accusations d'abus, notamment en la personne de son fondateur, le Père Marie-Dominique Philippe, pour que la communauté ait été mise à l'amende vaticane. Elle n'a pas bien accompagné, m'a-t-il semblé, une de mes amies qui y était très engagées, était fragiles et paraît s'y être un peu perdue. Mais quand j'écoute le prêtre accompagnateur de Gad Elmaleh, je lui trouve une liberté de parole qui me surprend agréablement. Je l'ai notamment entendu dire que l'acte liturgique se déroulait comme une pièce de théâtre, ce qui est sans effet sur la vie ordinaire.

Quant à gad Elmaleh lui-même, il n'attend pas d'avoir choisi de demander le baptême pour expliquer dans un film qu'il chemine vers le catholicisme. Il le fait au pire moment pour l'Eglise, il ne le fait pas pour sa retape personnelle ni pour la retape institutionnelle, l'Eglise est trop atteitne. Il n'a donc rien à y gagner et beaucoup à y perdre. Mais surtout il le fait en conservant sa liberté de parole: il ne vient pas vers l'Eglise comme un bon catéchumène qui confesserait une foi en Jésus qui sauve. Il y vient en professant une foi mariale, or l'essence du christianisme n'est pas la reconnaissance de la déesse mère ou de Marie, mère du Sauveur, ce n'est pas l'adhésion indifférente à un Dieu masculin ou féminin, c'est l'adhésion au mouvement de Jésus qui descend et se vide de Ses prérogatives divines pour se mettre à hauteur d'homme et soulever l'homme à hauteur de Dieu et lui faire retrouver sa Ressemblance divine.

Gad Elmaleh ne célèbre pas "une histoire juive qui a réussi", il vient au secours d'une histoire juive au moment où celle-ci paraît rater à vues humaines, bien que l'institution qui la porte ait connu beaucoup d'autres crises au cours de son histoire et celle-ci n'est certainement pas la dernière.

mercredi 16 novembre 2022

La bouffée anti-épiscopale

« L’Église demeure la seule institution qui assume sa responsabilité systémique dans les abus sexuels » (la-croix.com)


Qu'on se le dise, "aucun sacrement n'empêche de pécher." Aller à la messe ne fait pas de vous un saint de vitrail ni chanter la liturgie des heures ne présuppose que vous êtes un ange. Se confesser devrait engager davantage.


"Qu’on puisse attendre l’exemplarité des hiérarques, certes. Mais qu’on se scandalise qu’il n’en soit pas ainsi, c’est faire preuve d’un angélisme naïf qui passe par pertes et profits deux mille ans d’histoire, et qui estime que le présent et le futur ne verront jamais se reproduire les hontes passées."  Ca fait du bien de l'entendre.


"Que ces affaires remettent en cause l’attachement à l’Église, l’historien ne peut que l’entendre et le constater. " Mais l'attachement à l'Eglise ne devrait pas se confondre avec la conservation ou la perte de la foi. Or il me semble qu'à l'occasion de cette crise, beaucoup mettent leur foi dans la balance. Elle manque de solidité si elle tient à si peu que le péché des puissants et des hommes sur lesquels le psalmiste nous avertit qu'il ne faut pas compter. Et si la foi manque de solidité, c'est qu'elle ne vacille pas assez, comme ferait le roseau qui plie mais ne rompt pas. La maison fidéiste semble avoir été bâtie sur le sable des structures ecclésiales et non sur le roc du Christ tête.


Je ne peux que me désolidariser de la "bouffée anti-épiscopale" actuelle. Je suis de ceux qui reprochent aux traditionalistes de se rêver catholiques sans se vouloir apostoliques. L'orthodoxie dogmatique des catholiques mainstream est plus flottante, mais s'ils cessent en plus d'être apostoliques, que restera-t-il d'eux?  Car ils n'ont pas combattu comme Jeanne d'Arc pour dire: "Évêque, c'est par toi que je meurs." Ils n'ont pas dénoncé des évêques qui leur débitaient de la mauvaise sociologie à longueur de communiqués au lieu de parler du ciel à leurs âmes qui n'avaient pas soif de théologie fondamentale. Qu'on appelle ça sécularisation ou d'un autre nom, on voit le résultat et il est désolant pour parler comme les exercices spirituels, c'est-à-dire qu'il est affligeant.


Car si encore les laïcs se distinguaient de leurs clercs en ce qu'ils n'abusent jamais personne! Mais si sujet à caution statistique soient-ils, les chiffres de la CIASE parlent d'un tiers des abus commis par des laïcs en responsabilité dans l'Église. Cela n'est jamais évoqué, car cela ne permet plus de dénoncer le cléricalisme. Or "le cléricalisme, voilà l'ennemi!" comme dirait François-Gambetta. En l'occurrence, le cléricalisme n'est pas le sujet principal et si l'Église a une responsabilité institutionnelle dans ces scandales, c'est moins parce qu'elle ne les dénonce pas devant les tribunaux civils que parce qu'elle les permet, en demandant à des hommes, ses clercs, de se soumettre à une discipline impraticable. 


mardi 15 novembre 2022

Luc Ferry, comme si tout lui était dû...

Quand j'écoute cet entretien,


Justice au Singulier: Entretien avec Luc Ferry (philippebilger.com)


je comprends pourquoi je ne supporte pas d'écouter Luc Ferry où qu'il plastronne. Je ne peux pas dire que je n'aime pas le lire, je ne l'ai jamais lu. Je ne peux pas présumer de ses qualités philosophiques en termes de connaissance de la discipline, j'en manque trop cruellement pour avoir une quelconque expertise en ce domaine. Il parle de "l'idéologie allemande" avec l'air d'être chez lui dans "la Phénoménologie de l'esprit", je n'ai jamais lu Hegel dans le texte ni même en traduction, je ne l'ai approché qu'à travers ceux qui voulaient bien le décoder pour moi. 


Mais il est dégoulinant de mondanité:  il se prétend  l'ami de tout ce qui compte et il se reprend quand par hasard il oublie d'appeler Régis Debray "Régis", pour suggérer une intimité qu'on ne supposait pas. Il finit par avouer qu'andré Comte-Sponville est le seul philosophe de tout le PIF (paysage intellectuel français) auquel il se pique d'être agrégé de gré ou de force. 


Il commence par qualifier Marcel Gauchet de philosophe avant de se reprendre "C'est le seul universitaire" [de la bande]. Longtemps il gratifie Alain Finkielkraut du titre de philosophe avant de le disqualifier: "C'est un grand intellectuel. C'est vrai qu'il n'écrit pas mal, enfin il a des bonheurs d'écriture. C'est un grand intellectuel, comme Victor Hugo, qui lui aussi est un grand intellectuel" et doit avoir une oeuvre au moins supérieure ou égale à celle d'Alain Finkielkraut...


Quant à la formation de notre discoureur, on le voit "quitter très tôt le lycée" et dix ans plus tard, enseigner à la rue d'Ulm  et raccompagner Raymond Aron qui l'appelle "Luc", non pas paternellement, mais  comme un pair. Il y enseigne bien qu'il ne soit pas normalien et qu'il ne fasse pas mention de sa carrière universitaire.


C'est tout naturellement qu'il est conseiller des princes. IL ne veut pas se baisser pour ramasser un portefeuille de ministre. Mais son épouse, que "tout le monde veut [lui] piquer" et sans laquelle il ne serait rien,  lui a fait valoir qu'"il avait des idées" et qu'être ministre lui permettrait de les faire avancer. Ses idées, il ne s'en souvient plus très bien, il en dénombre trois, la lutte contre l'illettrisme et j'ai oublié les deux autres. Tout bien considéré, il veut bien être ministre, mais c'est à condition de se voir offrir le plus grand ministère de l'Education nationale qui ait jamais fleuri sous la cinquième République, car il ne lui suffit pas d'être à la tête du premier budget de l'Etat: il veut que toute la jeunesse tombent à ses pieds avec les universités,  et il veut être nanti de deux ministres délégués. Ses idées, il ne réussit pas à les faire avancer: les élèves ne savent toujours pas lire, mais c'est dans son bureau, excusez du peu et vous êtes prié de ne pas rire, que se négocie la réforme des retraites avec François Fillon dont le bureau est trop petit bien qu'il soit ministre des affaires sociales. Mais on doit traiter de l'avenir des fonctionnaires, donc on va voir Luc Ferry, c'est tout naturel, car tous les fonctionnaires travaillent pour le ministère de l'Education nationale, comme chacun sait. 


Seul le secrétaire général de la CFDT trouve grâce à ses yeux et à ceux de son collègue Fillon. Quand les négociateurs envoyés par les syndicats ont quitté la table des âpres négociations, à trois heures du matin, les deux ministres éreintés prennent ensemble un petit whisky et trinquent à leur commun mépris de leurs partenaires du jeu social: "Les cons", trinquent-ils, à la manière de Dalladier. "Et dire que c'est pour eux que nous faisons tout ça." Car Luc Ferry, qui avouait ne rien connaître en économie, peut vous le jurer maintenant, lui qui a tout compris en quelques mois de ministère, au budget de l'Etat et aux affaires publiques: si les partenaires sociaux n'acceptent pas les conditions du gouvernement, il n'y aura plus rien, c'est plié,  dans leurs caisses de retraite et ils pourront se brosser. Les syndicats se mettent en grève, les fonctionnaires grognent et Luc Ferry est exfiltré.  La presse de l'époque bruissait du fait que Jacques Chirac avait eu tort d'aller le chercher: il hante les salons et parle de l'illettrisme, mais il ne travaille pas ses dossiers et fait craquer le mammouth.


Quand j'écoutais Luc Ferry et Jacques Julliard commenter sans la comprendre la crise des Gilets jaunes, cette révolte des déclassés, je trouvais qu'ils avaient mal tourné et m'étonnais que tant de beau savoir se répande en tant de cuisante incompréhension. Maintenant je comprends pourquoi je ne les comprenais pas et, privilège de l'âge, je pardonne plus à Jacques Julliard. 

lundi 14 novembre 2022

Affaire Hanouna-Boyard ou quand c'est la téléréalité qui se mêle de faire l'opinion

Extrait de "la Croix":"Humiliation


https://www.la-croix.com/France/Cyril-Hanouna-multirecidiviste-petite-lucarne-2022-11-14-1201242019


"Humiliation 

En juin 2017, l’émission a été condamnée à ne pas diffuser de publicité pendant une semaine à la suite d’une séquence dans laquelle le chroniqueur Matthieu Delormeau s’est retrouvé en « situation de détresse et de vulnérabilité manifeste », selon le CSA. Des images tournées en caméra cachée le montraient témoin d’une fausse agression mortelle commise par Cyril Hanouna, qui le suppliait ensuite de s’accuser du crime. Matthieu Delormeau n’a été informé de la manipulation que le lendemain, en direct."


#Meto télévisuel:

"Durant une émission « TPMP », Cyril Hanouna avait proposé à une chroniqueuse de se bander les yeux, puis de le toucher en devinant de quelle partie du corps il s’agissait jusqu’à ce qu’il lui fasse poser les mains sur son entrejambe."


Cyril Hanouna s'est fait connaître dans le sillage de Michaël Youn. On pouvait trouver de mauvais goût "l'esprit Canal", on peut difficilement soutenir qu'on ait gagné au change après le rachat du groupe  par Vincent Bolloré.


Celui-ci a-t-il trahi l'esprit Canal? Oui, si on compare ce qu'avaient fait André Rousselet et Pierre Lescure de la chaîne privée créée sous les auspices de François Mitterrand. Mais non, si l'on se souvient que celui-ci avait vendu la Cinq au plus offrant, sylvio Berlusconi, qui importa sa vulgarité en politique pour y faire la carrière que l'on sait en tant que premier ministre fantoche à la tête d'une coalition de la droite italienne. Le fascisme avait donné à l'Italie l'habitude de la droite caniveau, ce n'était pas dans la tradition française. C8, la chaîne de Cyril Hanouna, est la vitrine de sa petite soeur plus sage, Cnews, qui n'en vaut pas mieux.


Le 21 avril 2002 coïncidait avec le premier "Loft story". On a fait sortir les lofteurs pour dire tout le mal qu'ils pensaient du vote de leurs concitoyens dans la consternation générale qui faisait suite à ce premier tour. C'était la téléréalité jugeant la politique. Benjamin Castaldi qui présentait le Loft est chroniqueur chez Cyril Hanouna. Avec ce dernier, on a franchi un pas et c'est la téléréalité qui fait de la politique. Mais Hanouna est sans opinion. Il s'est zemmourisé parce qu'Éric Zemmour était devenu la créature de son employeur. Avant, il faisait les yeux doux à Emmanuel Macron.


La téléréalité fait comme les libres antennes pour les jeunes, lesquelles sont généralement animées plus que modérées par des professionnels du talkshow qui ont depuis longtemps cessé d'être jeunes. ON y parle indifféremment blessures affectives ou psychologiques, positions politiques et sexuelles. On y met tout sur le même plan. La raison a perdu l'habitude de les discriminer... 

mardi 25 octobre 2022

Champs Élysées

En écho au billet de Philippe Bilger:

Justice au Singulier: Confessions intimes, pour quoi faire ? (philippebilger.com)


Les confessions intimes se développent avec le narcissisme de plus en plus assumé de "la société des individus" réduits à eux-mêmes, mais  ce n'est pas  un phénomène récent. Je me souviens de mes samedis soir sans fièvre où, aux côtés des miens et parce que ma marâtre aimait lire "Paris match", nous regardions "Champs élysées". La marque de fabrique de Michel Drucker, qui présentait ce rendez-vous du samedi soir,  était d'interroger les stars sur des films que le commun des téléspectateurs ne verrait jamais, à plus forte raison quand il s'agissait de pièces de théâtre qui se jouaient à Paris. ET à propos de ces prestations d'acteurs, on demandait aux stars en leur passant de la pommade d'étaler comme de la crème leur état d'âme du moment en trouvant toujours parfait le tournage du film pour la promotion duquel ils faisaient le service après-vente. Que le tournage ait été parfait et le réalisateur solaire, je n'y croyais plus et n'en avais cure. Je me demandais fort inélégamment à propos de la bobologie physique et mentale des stars qui n'avaient, soit jamais, soit trop le moral: "Qu'en avons-nous à faire?" Et de m'étonner à chaque fois que les stars soient égoïstes! 


Il s'agissait  d'enraciner l'impression qu'on était en famille. Cela m'a été confirmé par un épisode qui se racontait dans la sphère de déficients visuels un peu artistes où j'évoluais. L'un de nous, Michel Bertrand qui n'est aujourd'hui plus de ce monde, avait écrit des chansons formidablement orchestrées et voulait les défendre sur scène. Quelqu'un qui le connaissait alla pour lui voir Michel Drucker qui lui répondit: "Ah, c'est un aveugle ? Mais nous avons déjà Gilbert Montagné." Comme une politique des quotas qui n'aurait pas dit son nom. Et comme un jeu des sept familles où si vous aviez demandé: "dans la famille des stars, je demande l'aveugle", on vous aurait décoché Gilbert Montagné, par lequel la plupart d'entre nous ne se sentaient pas bien représentés.


Le choc du 21 avril 2002par lequel la société française avoua son profond malaise eut pour conséquence immédiate que "toutes les autorités civiles et religieuses" se sentirent obligées de mettre en garde les Français contre un vote désastreux. Toutes sortirent du bois. La "famille des stars" ne fut pas en reste. Elle semonça le peuple français qui avait "pété à table" (dixit Élisabeth Lévy avec son élégance habituelle dans son célèbre (sic) éditorial d'entre-deux tours: "L'antifascisme ne passera pas. (Depuis, le cryptofascisme est passé par elle et l'éditorialiste es passée de "Marianne" à "Causeur" et du chevènementisme au marinisme.) "Ce n'était pas bien, ce qu'avaient fait les Français, il ne fallait pas les y reprendre", dit maman. Les petits frères et les petites soeurs furent également commanditées pour donner leur avis stupéfait et on les fit sortir du loft, même Sandra qu'on appelait "super tebé" sur "Fun radio". La famille des stars nous redonnait bonne conscience, car Josiane Balasco était notre conscience. Notre conscience, c'était leur égoÏsme. 


Il était urgent de réélire les présidentiables issus de "l'arc républicain" ou du "cercle de la démocratie", disait François Hollande, ceux qui nous avaient compris en mode "je vous ai compris". À cause de "l'inégalité intellectuelle" de nos hommes (sic et "Faute!", cria le juge de ligne) politique? (Bruit de buzer, car j'ai dit "homme" en embrassant les femmes, or le neutre n'existe plus.)


Peut-on parler comme vous le faites d'"inégalité intellectuellede notre personnel politique quand on ne saurait avancer qu'il y ait "inégalité des races", (l'inégalité des races est un terrain miné), même en étant simplement différencialiste? En 1995, j'avais un lecteur et un ami, riche possédant de la grande bourgeoisie qui n'avait pas perdu ses valeurs, propriétaire de la moitié d'un immeuble du VIème arrondissement, qui était un grand supporter d'Édouard Balladur et aimait  me communiquer son enthousiasme (qui m'était naturel à moi aussi) pour ce parleur modéré d'entre "la poire" (c'était son côté Louis-Philippe) et le fromage. Monsieur Lorin aimait à me répéter que Balladur était "une belle mécanique intellectuelle" qu'il opposait à Alain Juppé: "Il pige, mais il ne comprend pas", d'où selon lui les grèves de 1995. 


En 2017, Emmanuel Macron remplaçait Alain Juppé, c'est-à-dire que leurs espoirs étant douchés, les partisans d'Alain Juppé se reportèrent sur Emmanuel Macron qui nomma Édouard Philippe à Matignon, lequel était moins mordant, moins cassant que son "chef". Édouard Philippe fut nommé comme un premier ministre de la proximité par un président de l'éloignement qui revendiquait une parole à la rareté jupitérienne pour corriger son défaut de disertion légendaire qui se montrerait plus tard dans les prestations présidentielles  de sept heures (top chrono, qui dit mieux?) au cours du Grand monologue par lequel le président entendait exorciser les Gilets jaunes. Or voici que malgré un premier ministre proche et dont la proximité corrigeait le défaut de son mentor en politique, cet Alain Juppé qui ne savait pas "fendre l'armure", les Gilets jaunes furent le pendant des grèves de 1995 et cette jacquerie des classes moyennes inférieures infériorisées aurait pu donner une révolution si elle ne s'était pas lassée un mois trop tôt et si le Covid n'avait achevé de la renvoyer à la niche. Quant à Emmanuel Macron, on le comparait à Giscard et à Rocard, mais l'intérêt en moins pour ses concitoyens (Emmanuel Macron n'"aime" pas "les gens" comme son prédécesseur, l'adversaire de "la finance"). Macron, c'est Giscard et Rocard avec en plus le blingbling bêtement émerveillé d'être là, au milieu de vieux happy few qui font cortège à Brizitte. 

mercredi 14 septembre 2022

Le populisme selon Dominique Reynié


Le problème avec les définitions de Dominique reynié, c'est qu'elles sont imprécises, mélangeant du structurel et du conjoncturel.

 

Le choix du mot "populisme" est le premier sujet à caution. Le populisme devrait être l'essence de la démocratie puisque celle-ci est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Mais ne trouvant pas le mot de "démagogue" ou de "démagogie" au service de ce qu'il voulait discréditer (parfois le mot juste nous reste sur le bout de la langue), le premier sociologue ou éditorialiste qui a balancé, puis popularisé le mot de "populisme" a intenté sans le savoir un procès à la démocratie.

 

Examinons quelques-unes des pièces de ce procès. Et d'abord, le populiste donnerait-il effectivement le pouvoir au peuple s'il arrivait qu'il parvînt au pouvoir ? Je voudrais le croire, mais quelque chose me dit qu'il l'affirme aussi longtemps qu'il se pose en tribun de la plèbe. Que notre plébéien devienne un patricien dictateur et il pourrait oublier ses promesses de partager le pouvoir. Pour autant, est-il démagogique de recourir au référendum ? Je ne vois pas pourquoi, tant que le référendum n'est pas un plébiscite qui conforte un pouvoir personnel.

 

Examinons maintenant les termes de la définition de Dominique reynié.

 

« Le qualificatif de populiste désigne les partis qui cherchent à tirer profit de la crise en développant un discours contre les "élites", contre les immigrés, contre l'euro, contre l'Europe, contre la globalisation, contre les économies budgétaires, etc. » (in "Populisme, la pente fatale", Paris, Plon, avril 2011).,

 

"Le qualificatif de populiste" s'appliquerait donc à des "partis" et non à une attitude. Pourquoi ?

 

Que font de mal ces partis ? Ils "cherchent à tirer profit de la crise", c'est-à-dire qu'ils se repaissent des problèmes qu’ils posent sans y apporter de solutions? N’est-ce pas un procès d’intention ?  Dominique Reynié ne se pose pas la question. Il n'examine pas les solutions des populistes, il s'en prend au "discours" qu'ils développent en qualité de "[profiteurs] de crise".

 

Qui vise le discours produit par ces partis ? "les "élites", les immigrés, l'euro,  l'Europe, la globalisation, les économies budgétaires, etc.»

 

Les élites ou les immigrés sont des constantes de la société, mais les autres éléments visés sont conjoncturels. IL y aura toujours des " élites",  des immigrés et une Europe, par contre on peut sortir de l'euro et la zone euro peut éclater, et même si le fait est improbable, les nations peuvent se lasser de la "globalisation" et chercher à sortir de l'interdépendance pour retrouver une identité propre. Seul l'Occident n'a rien d'animiste et se délecte de l'internationalisation des goûts et des couleurs, de la standardisation de la culture et de l'impersonnalisation du producteur et du consommateur. Pour faire aimer leur musique, il arrive que des Japonais ou des Africains lui mettent une sauce ou une farce internationale, mais elle ne perd jamais tout à fait son sel. "Adieu ma concubine" reste un opéra chinois comme les films de bollywood n'ont repris que certains éléments de la culture américaine. Nous lui sommes beaucoup moins résistants, l'américanisation nous a beaucoup plus gagnés et rendus serviles que le reste du monde, comme nous en avertissaient Baudelaire ou Léon XIII.

 

Dominique Reynié introduit des éléments conjoncturels dans sa définition du populisme et cela me semble être une erreur de méthode, sinon une légèreté.

 

Est-ce que, selon Dominique Reynié, un gouvernement sain serait nécessairement favorable a tous les items qu'étrille le populisme et donc aux "élites", aux immigrés, à l’euro, à l'Europe, à la globalisation et aux économies budgétaires ?

 

D'abord, pourquoi Dominique Reynié met-il le mot "élites" entre guillemets ? Nierait-il, comme l'aurait dit Bourdieu (mais Dominique Reynié est beaucoup plus centriste et ne réduit pas, àjuste titre, la sociologie à un rapport de dominateurs à dominés), qu'un capital culturel distingue les héritiers et se transmet de manière à sécréter des élites dominantes issues de la bourgeoisie, qui est l'aristocratie républicaine ayant recyclé à son profit les privilèges arrachés aux nobles et abolis sous la Révolution? Certes, à présenter les élites sous un jour aussi peu amène, je puis difficilement poser la question qui suit : pourquoi le populisme se forge-t-il systématiquement contre les élites ? Bien sûr, si l’on pense que les élites ne sont à la fois pas issues de la méritocratie républicaine et qu’elles sont déconnectées du réel, on ne peut pas les aimer. Mais est-ce une fatalité ?

 

Ayant fait un sort aux élites, voyons quel est celui des « immigrés ». Les premières roulent-elles nécessairement pour les seconds ? Les associer dans le « discours » produit par les partis profiteurs de crise dans un immigrationnisme fantasmé est certes un facteur de dissociété et de dissolution de la société, mais il ne faudrait pas oublier que, jusqu’à l’après-Seconde guerre mondiale, l’histoire a toujours été xénophobe. C’est une lente désaccoutumance que de changer de paradigme. Si les partis populistes s’y refusent dans leur « discours », tout comme à abandonner le parler poissard, on peut en conclure qu’ils se comportent comme des alcooliers qui soulent le peuple des restes de sa haine recuite en le méprisant, mais aussi que le populisme prouve à son corps défendant que le nationalisme ne peut être que xénophobesous peine de ne pas être. Et si le nationalisme est xénophobe, c’est que le nationalisme, c’est la guerre.

 

Vouloir vaincre le RN n’est pas une condition suffisante, mais nécessaire  et quand on lit le rejet des déracinés qui ont le malheur d'"avoir des origines", on en sent la nécessité poignante. Mais ceux qui semblent ne pas vouloir le faire, ou voudraient bien le faire, mais abordent continuellement les thèmes serinés par le RN, cèdent à un réflexe de fascination dans l’attrait sémantique duquel je ne puis me défendre de croire que consiste le fascisme, qui est une sorte de fascination des archaïques.

 

 

Reste à examiner trois items. L’euro n’est-il pas une monnaie condamnée de naissance du fait de la disparité des niveaux de vie des pays qui se sont réunis pour l’adopter et n’est-il pas une trappe à bas salaires, à inflation et à baisse du pouvoir d’achat, bref à grand déclassement des classes moyennes inférieures, à l’origine de la crise des Gilets jaunes ? L’ »Europe », que Dominique Reynié confond avec l’Union européenne, n’est-elle pas en train de mourir de sa bureaucratie et de ce que les peuples n’en veulent pas parce qu’elle s’est faite dans leur dos ? L’Europe a été faite pour brider des peuples peu pacifiques, et les passages sur l’Allemagne que contient le livre de Robert Schumann, Pour l’Europe, dont l’auteur était un catholique mosellan, ne dissimulent pas qu’il s’agit d’éviter que le démon belliqueux des Allemands les reprenne. Un projet fait pour brider un élan immaîtrisé est condamné à ce que ceux qu’on veut brider demandent qu’on leur lâche la bride. Les peuples veulent consumer leur histoire de manière débridée.

 

Si l’Europe se défait comme elle en prend le chemin, le naturel des grandes aires d’influence reviendra au galop. Le Brexit en a donné le signal et la mort d’Élisabeth II rappelle l’existence du Commonwealth. L’Allemagne est attirée vers la Mitteleuropa et la France a la francophonie pour faire communauté au sein de la latinité. Nicolas Sarkozy n’aurait jamais dû entraîner l’Allemagne dans l’Union méditerranéenne qu’elle a peut-être détruite. L’implantation des valeurs occidentales dans une Ukraine de koulaks consuméristes montre que ce genre de greffe ne prend pas à côté d’un Empire russe qui veut se reconstituer sur une arche de valeurs conservatrices plus en rapport avec la réalité que le monde reconstruit qu’on veut nous imposer de toutes pièces jusque dans la négation des genres.

 

Ce »nouveau monde » (« libéral conservateur » ?) est-il assujetti à l’interdépendance économique ? Il semble que oui et que la révolution des transports s’allie à la révolution numérique pour que la circulation des personnes n’aille jamais aussi vite que celle des biens, mais soit tout aussi inévitable.

 

Qui peut être contre « les économies budgétaires » ou la baisse des dépenses publiques ? Pas plus les partis populistes que les partis dits de gouvernement. Mais si « le cercle de la raison » décide que la compétitivité doit primer sur l’affectation des recettes de l’État aux dépenses de santé, au maintien de l’hôpital et de l’école, de la police et de la justice, à un service public qui tienne sur ses agents et sur ses guichetiers pour tenir la route, au lieu de privilégier les ronds de cuir, pondeurs de normes, sans être démantelé par un État dérégulateur, les partis populistes sont-ils infondés à dire que l’on pratique une politique d’austérité injuste, même si la campagne de Jean-Luc Mélenchon a promis un arrosage tellement général que le tournant de la rigueur qui s’en serait suivi aurait été d’autant plus douloureux ?

Bref, il existe un discours alternatif qui ne cherche pas tant à profiter des crises qu’à trouver d’autres solutions pour vivre les crises sans affecter le moral du peuple et du pays, et c’est ce que Dominique Reynié s’entend à ignorer dans sa disqualification très tempérée, façon Fondapol, dont les études accusent une certaine superficialité, de l’objet populisme. 

samedi 10 septembre 2022

La France en deuil d'une reine

    1. Elisabeth II a accompli "un destin qui a sublimé la royauté et parfois même suscité, dans d'autres pays, l'envie de changer de régime..." (Philippe Bilger))

Et pourquoi pas dans le nôtre? Je suis rien moins que monarchiste, mais notre fascination pour la monarchie britannique fait que rappeler les princes de la maison de France ne semble pas même nous effleurer. Nous suffit-il qu'Élisabeth II ait été notre reine par procuration, au point de nous faire oublier la notion de perfide albion ou pire encore d'ennemi héréditaire? Élisabeth II nous aurait-elle fait oublier Jeanne d'Arc, parce que ses attitudes "l'avait constituée comme un membre de notre famille, de cette communauté universelle qui sait, sans s'égarer jamais, pleurer ceux qui méritent authentiquement de l'être"? (PB) d'où vient que nous ne savons pas juger les gens de leur vivant, mais que l'opinion ne se trompe jamais sur les morts? 


    2. Élisabeth II était à la fois fidèle au Commonwealth et à l'Union européenne, dont elle avait discrètement arboré le drapeau pour dire son opposition implicite au Brexit. Pourquoi le Commonwealth est-il resté le grand oublié de tous ceux qui s'opposaient farouchement au Brexit? Les citoyens britanniques peuvent-ils être simultanément attachés à ce qui reste de leur empire et faire allégeance à ce qui devrait être leur destin commun du fait d'une proximité géographique et parce que le marché commun avait fait de l'Union européenne son partenaire commercial le plus proche? Le commerce n'a-t-il pas partie liée avec cette zone d'influence que l'Empire britannique, tel un nouvel Empire romain, garde encore de nos jours sur "la moitié du monde connu", dans une union dont le souverain britannique n'est pas le souverain universel, mais ce n'est pas nécessaire à son influence...? Pourquoi la France a perdu le souffle de croire en la francophonie, comme on oublie que le Royaume-Uni croit au Commonwealth? La francophonie n'est-elle pas la sphère d'influence naturelle de notre pays comme le suppose François Asselineau avec un souffle convaincant? Que nous y croyions si peu a fait porter à la tête de la francophonie une ancienne ministre rwandaise cependant que le Rwanda quittait la francophonie pour rejoindre le Commonwealth, et cet événement ne nous fait pas réfléchir? La Grande-Bretagne, dont on a dit qu'elle avait colonisé sans se faire aimer et que l'opinion publique européenne voyait isolé après le Brexit, continue de maintenir avec ses anciennes colonies un lien vivant, pendant que nous nous berçons de l'illusion lyrique et gaullienne qu'il y avait un pacte entre la grandeur de la France et la liberté du monde... Nous avons cru que le Brexit faisait de la Grande-Bretagne un pays fini tandis qu'il lui donne des perspectives et que c'est la bureaucratie européenne qui fait mourir l'idée européenne de sa belle mort au moment où elle croit malin d'acheter un seul type de vaccins génétiquement invasifs pour lutter contre la Covid ou d'adopter des sanctions contre la Russie au risque d'une escalade mondiale à l'occasion de la guerre en Ukraine. 


    3. Beaucoup ont dit que la reine Élisabeth était impénétrable. On la dit également de François Hollande ou d'Emmanuel Macron. Mais il n'y a pas la même qualité dans la manière dont ces personnages sont impénétrables: nos deux derniers présidents le sont en cultivant un mystère où il n'y a rien à percer; Élisabeth II l'était dans une transparence que montrait sa voix cristalline, qui n'a guère changé au fil des ans, sauf lorsque les ravages de l'âge avaient inévitablement modifié sa voix, mais non pas la clarté de son âme.



    4. Celui que nous devons désormais nous habituer à appeler Charles III nous adressé dans son "Discours du roi" un portrait de sa mère dont il nous disait qu'elle adorait les traditions, mais savait épouser les évolutions qu'avait introduite la transformation des moeurs, avec laquelle fut obligée de composer la monarchie anglaise. Tel est le conservatisme de la reine, devant arbitrer entre des coutumes qu'elle voulait continuer de suivre à la lettre, et une évolution qui la laissait parfois pantoise et devant laquelle elle ne savait comment réagir. Martin Buber dit que "l'homme a soif de continuité". Combien c'est vrai ! Mais le conservatisme n'est pas à l'abri des surprises et quand on est pris de cours, on fait des erreurs. Nécessairement la reine s'est trompée en ne voulant pas faire passer ses émotions à force de pudeur! 


Élisabeth II a su rester fidèle au serment qu'elle avait fait à l'âge de vingt et un ans de servir ses sujets et d'accomplir ses devoirs. Elle bénissait ceux qui sauraient le comprendre et essayer de suivre sa trace. Puissions-nous être de ceux-là! 

jeudi 1 septembre 2022

Macron, l'homme qui en rajoute

Justice au Singulier: Apologie d'un président qui ne pourra pas changer... (philippebilger.com)


"Comme si, avec lui, il convenait d'aller plus loin, plus profond dans l'analyse, en franchissant le mur séparant le privé et le public". (PB) 

Mais non, il ne convient pas. Parce qu'en  lui, il n'y a de profondeur que celle qui dissimule l'homme et le projet publics pour nous perdre dans la diagonale du vide de l'homme privé, dont la "personnalité" n'est pas "forte", mais le charisme oui. 


Chercher à percer le charisme, c'est s'engloutir dans le mystère d'un souffle, d'une bombe qui souffle tout sur son passage, sous prétexte d'aura et de dandysme, à commencer par la seul chose qui devrait nous intéresser en politique: les idées ou le projet, ah ce fameux "projet". 


Emmanuel Macron n'a pas plus de fond que François Hollande, mais plus on analysait l'un, plus on avait envie d'en retrancher dans l'illusion de profondeur qui était censée se rattacher au pourquoi cet homme était devenu président. Cet homme n'était que "flou", il n'était pas un "loup". Au contraire, pour comprendre Emmanuel Macron, qui devint présidentiable du jour même où il fut nommé ministre, on a toujours envie d'en rajouter dans la complexité ou dans l'énigme, car lui-même ne cesse d'en rajouter pour nous perdre. 


Analyser François Hollande, c'était se condamner à l'appeler "Pépère". Tomber dans le piège de deviner qui est l'homme privé Emmanuel Macron avec sa Brigitte en bandoulière, c'est ne pouvoir s'empêcher de l'appeler "Jupiter" ou "Vulcain" si tel est son bon plaisir, tant cet homme qui en rajoute (et le "en même temps" n'est qu'un rajout permanent) nous pousse dans nos retranchements. Mais ce rajout permanent est une diversion.


"Il faut être économe de son mépris étant donné le nombre de nécessiteux", disait Chateaubriand. Cet homme nous méprise tous au point de paraître le seul nécessaire. Il ne se "rapproche" jamais de nous, c'est lui qui nous "éloigne" de lui. Il ne "déteste" pas les "intrusions psychologiques" destinées à en déchiffrer l'énigme. 


Je ne crois pas qu'il soit homme à croire en la supercherie analytique, cette thérapeutique apophatique qui ne vise pas à la connaissance de soi, mais à nous faire prendre conscience de notre manque ontologique. 


Emmanuel Macron ne se manque pas à lui-même, le nihilisme le satisfait come l'autre pôle de l'infini, mais il veut nous manquer. 


Et il ne manque pas sa politique, il la continue  avec une régularité de métronome ou d'horloge, car pendant que nous cherchons à savoir comment il peut être le "maître [du temps]", pendant que nous voudrions le résoudre pour trouver la solution à ce problème qu'il nous est devenu, il continue à nous en poser, en étant heureux de nous faire opérer cette diversion pour le laisser gouverner comme il veut. 


Emmanuel Macron s'est acclimaté à son mistère, il en rajoute pour nous occuper à le percer, pendant qu'il continue à nous raboter machiavéliquement et sans état d'âme, car ce qu'il y a de profond en lui, c'est qu'il n'a pas d'affect. C'est plus que du mépris de classe: pendant que nous sommes occupés à le sonder, lui sait qu'on perd son temps à savoir quelle est l'ossature idéologique ou dogmatique d'une personnalité charismatique, qui n'est là que pour nous abuser. 

lundi 22 août 2022

Y a-t-il une immigration heureuse?

Commentaire publié sur le blog de Philippe Bilger au pied de l'article "Changer l'état de droit pour protéger les Français.."


Justice au Singulier: Changer l'état de droit pour protéger les Français... (philippebilger.com)


    1. "On nous a changé Gérald Darmanin". Le croyez-vous ? De même que, selon moi, Emmanuel Macron est un président beaucoup plus transgressif que ne l'était Nicolas Sarkozy, l'activisme que déploie Gérald Darmanin est fait pour ressembler à la manière dont son ex-mentor présidentiel s'est haussé du col, à cette notable différence  que Nicolas Sarkozy ne changeait jamais et faisait sourire quand il essayait de nous persuader du contraire, alors que Gérald Darmanin est un mutant, là encore comme Emmanuel Macron, qu'il peut dire tout et son contraire, qu'il peut se revendiquer de son ascendance musulmane et faire les gros bras pour dire qu'on ne tolérera plus rien de cette communauté. Il peut se dire "plus raide que Marine Le Pen", n'aura jamais la bêtise de tomber comme Christophe Castaner pour avoir voulu se prosterner au plus fort de l'affaire George Floyd et Black  Livesmatter, mais aucune des postures de Gérald Darmanin ne paraît sincère, ne sonne juste ni ne semble dire la vérité de son être ou de ses convictions. Gérald Darmanin est un être interchangeable et un mutant comme son nouveau mentor présidentiel est l'homme du "en même temps" (j'aimerais mieux que l'on dise l'homme de l'antithèse par opposition à son prédécesseur direct François Hollande, l'homme de la synthèse). S'il y a une vérité de Gérald Darmanin, elle nous a sauté au visage lors de son interview par Apolline de Malherbe où dans son "ça va bien se passer", on croyait entendre la parole d'un violeur en puissance, et les accusations de celle avec qui il aurait passé une nuit dans l'espoir d'un passe-droit devenaient tout à coup crédibles.


    2. Au gré des mutations de Gérald Darmanin, vous notez "qu'"on apprend ce qu'on savait déjà mais qu'on occultait : un étranger sur deux est coupable de délinquance à Paris comme à Marseille, sans compter la malfaisance des Français "de papier"." Un étranger sur deux, c'est énorme. Votre statistique paraît ne pas souffrir l'équivoque qu'un crime et délit sur deux serait commis par un étranger. Mais si tel est le constat, qu'est-ce qui vous distingue, mais encore plus qu'est-ce qui distingue le néo-macronisme incarné par le ministre de l'Intérieur du Rassemblement national? Qu'est-ce qui permet de continuer à vouer ce partie aux gémonies,  d'autant plus que, dans sa quête de respectabilité toute nouvelle, il vote nombre des textes présentés par la majorité relative, laquelle est embarrassée et ne veut pas compter ses voix, qui lui sont pourtant bien utiles pour faire passer ses textes. 


    On a vu que quand LR s'est mis, dans la roue de Darmanin, à parler d'immigration plus durement que le Rassemblement national, la droite s'est rendue détestable aux Français qui n'ont pas voulu voter pour elle. 


    3. "On relève que cette évidence sur l'immigration irrégulière est enfin formulée : autant il faut lutter sans faiblesse contre elle..." 


Est-ce vraiment contre l'immigration irrégulière qu'il faut lutter ou plutôt contre l'anarchie migratoire tout aussi paperassière avec les immigrés clandestins que l'administration ne l'est avec les Français et les habitants bien installés en France, qu'on leur reconnaisse ou non la qualité de citoyen? Ne faudrait-il pas leur reconnaître massivement cette qualité comme préalable à leur intégration? N'est-il pas temps d'instaurer le vote des étrangers comme une garantie de notre qualité d'accueil? Et la priorité n'est-elle pas d'empêcher de nuire "les emmerdeurs"? 


    Il y aurait à cet égard une série de mesures à prendre qui feraient l'unanimité:


-expulsion des fichés S;


-abolition de la double peine de façon anti-sarkozienne: extradition des étrangers pour qu'ils exécutent la peine prononcée par la justice française dans leur pays d'origine; et fin de l'octroi de visas si les pays d'origine ne veulent pas accueillir leurs ressortissants qui se seraient mal comportés ici;


-expulsion des délinquants étrangers.


Ces trois mesures sont simples à mettre en oeuvre, seule l'expulsion des fichés S pose un problème juridique, pourquoi ne les prend-on pas?


NB: 1. J'ai écouté l'autre soir un épisode d'un podcast d'Europe 1

intitulé "Mon client et moi", qui était édifiant. Des pirates somaliens étaient jugés en France après avoir pris possession du bateau d'un couple de Français en 2012, assassiné l'homme et torturé la femme. L'avocate du Somalien qui est une homonyme du journaliste Fabrice Arfi y racontait un cas typique de masochisme d'avocat pour un étranger aux besoin duquel elle a subvenu de ses propres deniers, qui la récuse, la rappelle, et dont elle obtient une peine de six ans de prison au lieu des vingt-cinq ans requis par l'avocat général au vu de la sauvagerie de cet acte de piraterie. Elle dénonçait ses conditions d'incarcération et déplorait le "déracinement" de ce détenu malade et suicidaire, mais pourquoi ces pirates sont-ils jugés en France et non pas en Somalie? Quels accords bilatéraux l'interdisent?


NB 2. On nous a changé Georges Fennec. Pourquoi cet ancien magistrat et député devenu chroniqueur à "Cnews" ne prône-t-il plus "la tolérance zéro" par laquelle il s'était fait connaître?


4. "autant il convient de favoriser l'insertion des étrangers dont la présence ne dégrade pas mais honore notre pays." (PB) 

Je vous rejoins sur le principe, mais me pose une question: y a-t-il une immigration heureuse? Les binationaux n'ont pas seulement le séant entre deux chaises. S'ils pouvaient parler librement et n'étaient pas enjoints de répéter comme un mantra leur attachement à la France qu'ils aiment tant, ils diraient qu'ils sont plus attachés à la nationalité de leur pays d'origine qu'à la France qu'ils prétendent aimer de tout leur coeur, mais qu'ils quittent pour retourner au pays ou au bled dès que les vacances se présentent. Je suis triste qu'ils ne s'y enracinent pas et ce n'est pas seulement parce que mon auxiliaire de vie est actuellement dans une Algérie que j'aimerais visiter avec elle et qu'elle me manque. 


    Les "étrangers qui nous honorent" font-ils partie de ce que Nicolas Sarkozy appelait "l'immigration choisie" et qui n'est que le nom aimable du pillage des ressources humaines des pays du Sud pour y trouver la main d'oeuvre qui nous manque et pourvoir les emplois qui ne le sont pas, parce que l'Education nationale ne forme plus ni de médecins ni de manoeuvres ou d'ouvriers, malgré la centaine de millier d'élèves qui en sortent chaque année sans qualification en vue d'une mort sociale qui, comparaison n'étant pas raison, équivaut chaque décennie au million et demie de morts réels de la Grande guerre? 


    5. Vous voulez simplifier l'Etat de droit et en éliminer la procédure en ne vous faisant pas d'illusion sur le fait que votre voeu est un voeu pieux et pour cause. L'Etat de droit, c'est  la procédure, le protocole, les droits opposables et le salmigondi législatif qui fait que, si un justiciable est de mauvaise foi ou volonté, il fait traîner les choses et comme beaucoup de gens ignorent qu'on doit demander l'exécution d'un jugement après qu'une peine a été prononcé, il est rarement inquiété, fût-il condamné. Cette substitution de la procédure à la loi est l'ultime dégradation de la civilisation chrétienne en religion de la loi qu'on peut dater de Montesquieu si on veut en donner un début de périodisation historique.


Un de mes amis aime à dire que s'il était président de la République, il ne ferait jamais voter une loi sans en avoir abrogé dix autres. Les parlementaires ou les ministres qui lisent à leurs heures perdues ce blog bien fréquenté  devraient en prendre de la graine. 

vendredi 12 août 2022

Introduction à Houria Bouteldja

J’ai écouté hier soir ce qui pourrait me servir d’introduction à la découverte d’Houria Bouteldja que Bernard Antony a tellement décriée qu’elle a fini par m’intéresser. J’ai entendu pour la première fois le son de sa voix. Elle est née la même année que moi. J’ai ensuite essayé d’écouter sur Youtube ce que je trouvais sur elle. Je suis tombé sur une analyse de son livre les Blancs, les Juifs et nous par Michel Drac, un drôle de bonhomme qui semble s’écouter enregistrer des critiques littéraires au milieu de son jardin venteux d’une campagne du Sud de la France où des « bestioles » venaientchercher à le piquer. Bel effort de cet homme qui se définit comme « quelqu’un qui essaie de comprendre ». (La dernière fois que j’ai entendu quelqu’un se définir « comme quelqu’un qui », c’étaitmon médecin généraliste et autant je ne lui ferais pas de confidences sur mon intimité, autant j’ai trouvé que cet effort était touchant.)

 

Houria Bouteldja a « un style un peu bordélique », dit Michel Drac et ça paraît exact. Mais ça s’explique : elle s’inspire de Jean Genet, non pas pour déverser son fiel, mais pour offrir son alternative au nationalisme étatique des Blancs. Ce qu’elle écrit (à quoi je n’ai pas encore accédé) me paraît devoir être lu comme la parole ou les cris d’un poète indigné.

 

La prémice qui me touche chez elle (et ce pour quoi j’aimerais la lire) est qu’elle dit « avoir perdu son intégrité à jamais », une première fois en 1492 et une seconde fois en 1830.

 

Trois entailles dans sa jambe faites avec la bénédiction (symbolique) de sa grand-mère la rattachent au patriarcat et à l’Algérie dont se sont exilés ses parents en subissant l’humiliation que « les Arabes, lui disait son père, sont la dernière race avant les cafards. »

 

Elle ne veut pas embrasser l’universalisme du féminisme occidental parce que les hommes qui perpétuent le patriarcat auquel elle est reliée sont dans une strate intermédiaire entre la « femme indigène » et « la femme blanche ».

 

Étant prise dans un conflit de loyauté et devant s’occuper de trouver du travail (pourquoi serait-ce à elle de toute assumer ?) et de ses petits frères en prison (pourquoi y sont-ils ?) ou des violences policières dont ceux-ci sont les victimes (pourquoi considère-t-on dans les milieux de l’immigration qu’il y a un rapport de forces nécessaire et systémique entre les jeunes et la police ? Rapport de forces dont est rempli le déjà vieux film la Haine de Mathieu Kassovitz (1995)), elle estime qu’il faut substituer au féminisme occidental le « négo-féminisme » théorisé par certaines femmes africaines, un féminisme intra-communautaire où les luttes se négocient une fois que la communauté est émancipée. Car il y a une hiérarchie victimaire dans le rapport de dominants à dominés installé par Bourdieu comme stade d’analyse ultime d’une sociologie victimaire.

 

Houria Bouteldja est « dégoûtée » par les Français et jure (mais elle parle alors au masculin) que si c’était à refaire, jamais elle ne reprendrait le chemin de l’exil. (Des femmes maliennes de Montreuil ont fait la même confidence à une écrivain public qui recueillait leur parole, mais lui ont répondu qu’elles ne pouvaient pas prendre le chemin du retour au Mali, car elles avaient des enfants en France, dont la vie était ici et dont elles ne voulaient pas se séparer.)

 

Elle invite les Blancs à la rejoindre dans son combat par « amour révolutionnaire » qui ne soit pas « amour de cœur ». Elle ne considère pas qu’elle a le postérieur entre deux chaises même si elle est attachée à son Algérie natale par le lien ancestral évoqué plus haut. Elle estime que le nationalisme est quelque chose qui doit être dépassé, mais elle ne révoque pas son algérianité au nom de la blessure indélébile que lui ont infligé « la blanchité » et « le système politique blanc ».

 

Michel Drac en conclut qu’ »elle ne sait pas très bien où elle va ». C’est vrai, mais ça passe parce qu’Houria Bouteldja est une femme et qu’elle prend la parole au nom des « femmes indigènes », même si, après s’être livrée à une première provocation en parlant des « souchiens », elle détourne en sa faveur le terme d’ »indigène », comme si le colonialisme ne devait jamais être pardonné alors que le nationalisme installé par l’Occident comme plus grand commun dénominateur des luttes doit être dépassé. En effet, les « indigènes » de la République » sont les autochtones ou les « souchiens » en rigueur de termes. Houria Bouteldja, elle, est une allogène.

 

Elle n’en veut pas aux « racistes de PMU » qu’elle invite à la rejoindre dans une alliance « des beaufs et des barbares ».(Henri Hude appelait en 2013 à une hybridation d’alliance entre les électeurs de Mélenchon et les partisans de « la Manif pour tous ». Moi qui aime les parias, j’ai été sensible à cet appel.)

 

Elle appelle enfin les juifs à faire cause commune avec elle, estimant qu’ils sont un élément dominé en France, même si la mémoire de la Shoah, qui exonère les bourgeois des autres crimes qu’ils ont commis,  leur permet d’instruire le procès de la « blanchité ». Ils doivent dépasser le sionisme, choisir l’Orient plutôt que l’Occident, les Sépharades plutôt que les Ashkénases et les Falachas de préférence à tous les autres.

 

Houria Bouteldja écrit-elle une bouillie féminine un peu foutraque et dangereuse ? Je crois que cette zemmourienne à l’envers est une éveilleuse, pourvu qu’on ne tombe pas entièrement sous sa séduction.

 

(1)    Les Blancs, les Juifs et nous (Houria Bouteldja) - YouTube

(1)    Best-of Twitch: Dany & Raz, Houria Bouteldja, Cassandre, Wissam, Samir, Yessa... CQLB Ep1S1 - YouTube

 

Livre/ Houria Bouteldja : "Les Blancs, les juifs et nous" - Financial Afrik

 

Houria Bouteldja est-elle une héritière de Charles Maurras? Par Alexandre de Galzain - Tribune Juive

 

 

mardi 9 août 2022

Les commissions d'enquête parlementaires

Je viens de visionner une enquête sur les commissions d'enquête... (tautologie? Redite?) parlementaires diffusée par #PublicSénat.


https://www.publicsenat.fr/emission/les-commissions-d-enquete-3151


    1. Le plus clair du documentaire est consacré à la commission d'Outreau qui aurait dû faire l'objet d'un reportage à part entière. Car la conclusion d'acquittement, à laquelle la Cour d'assises a abouti, et qui fut à l'origine de la "commission d'Outreau" poursuivant la réhabilitation des prévenus de ce procès, est aux antipodes, non seulement de l'instruction à charge du juge #Burgaud,bouc émissaire de cet épisode judiciaire, mais de l'accusation tous azimuts qui court depuis #BalanceTonPorc et #MeTo chaque fois qu'un "comportement inapproprié" ou une agression sexuelle sont signalées au mépris du droit à la défense des prévenus présumés. Les réseaux sociaux sont devenus un juge Burgaud tentaculaire et il suffit que quelqu'un prétende être la victime de quelqu'un d'autre pour que la réputation de l'agresseur présumé  soit ternie sans repentance, que les faits soient avérés ou non. 


Ou bien le procès d'#Outreau a accouché d'un juste jugement et il y a opposition entre ces deux attitudes, ou cet acquittement massif de quasiment tous les prévenus a bafoué le droit de l'enfant à etre cru et entendu sans présomption d'affabulation ou de manipulation, et le juge Burgaud avait raison d'instruire à charge, le Parquet a  bien fait de le promouvoir et il faut réinstruire cette affaire.


     2. Mais il y a plus grave. Â quoi servent les commissions d'enquête parlementaire? 


    Celle d'#Outreau devait accoucher d'une "réforme de la justice" dont #AndréVallini aurait dû être le maître d'oeuvre en tant que garde des sceaux sous #FrançoisHollande qui lui a préféré #ChristianeTaubira, et les préconisations de la commission d'Outreau promettaient un "plus jamais ça" comme toute indignation vertueuse réagissant comme une catharsis après une erreur manifeste de gouvernance ou un abus de pouvoir ou d'autorité, ici de l'autorité judiciaire. 


    2. Le documentaire traite ensuite de l'affaire #Cahuzac. Les parlementaires reprochent au principal intéressé de ne pas avoir répondu à leurs questions touchant à l'instruction du procès en cours, pendant laquelle s'est déroulée la commission d'enquête. Or c'était non seulement le droit de cet ancien ministre, mais son devoir, comme c'eût été celui des commissaires de ne pas faire interférer l'enquête parlementaire  sur l'enquête judiciaire. 


    Le choix de #Cahuzac, d'abord comme président d'opposition de la Commission des Finances sous #Sarkozy, puis par #FrançoisHollande comme ministre du budget, alors que l'on sentait chez lui une fibre socialiste d'implantation (sic, chez ce spécialiste des implants capillaires) plutôt superficielle, dénonce plutôt la tendance, chez ce président socialiste qui parlait beaucoup et n'aurait pas dû dire tout ce qu'il a dit, et aurait mieux fait de se concentrer sur "la République irréprochable" qu'il promettait dans son anaphore présidentielle, à choisir ses ressources humaines dans l'économie et la finance parmi ceux qui flirtent avec les affaires et donc, potentiellement, la malhonnêteté et le conflit d'intérêts, si l'on n'aime pas ce capitalisme de connivence et d'interdépendance.


    3. Vient enfin la chronique de l'affaire #Benalla. Je me suis réjoui de la fraîcheur de #YaëlBraun-Pivet accédant à la présidence de l'Assemblée nationale en oubliant son rôle en tant que présidente de la Commission des Lois quand celle-ci a enquêté et auditionné dans cette affaire. Or l'obstruction dont elle a fait preuve aurait dû lui interdire d'accéder au perchoir, même si elle semble s'être amendée, s'être refaite une virginité politique, avoir pris des distances avec #EmmanuelMacron qui l'avait faite et désormais respecter, à l'entendre, les députés d'où qu'ils viennent. La naïveté est souvent déçue, mais peut-être que cette présidente à la maturité souriante nous réserve de bonnes surprises. 

samedi 6 août 2022

Liberté et vérité

La liberté est absolue et la vérité est relative. Élucidons ce paradoxe:


La liberté est l'absolue faculté de faire ce que l'on veut (mais pourquoi le veut-on), pourquoi veut-on ceci plutôt que cela?), avant d^être la faculté de choisir le bien, définition téléologique de la liberté, comme si la liberté n'était acceptable que si elle avait une finalité, or la liberté ne veut que ce qu'elle veut. La liberté n'est même pas adhésion vitale à la volonté de la vie qui la veut.


La liberté est  en ce sens absolue, elle est volonté de puissance absolue, tandis que la vérité est relative: elle est relative à la relation entre toi et moi, entre nos deux psychologies, perceptions du monde et personnalités. Elle est personnelle (Jésus a dit "Je suis la Vérité", mais Jésus était une personne), et la personne est une relation, la relation d'un masque à la réalité, aux Idées.) La personne est en relation, la Trinité est Relation, quand la liberté est absolue, comme la Souveraineté d'un Dieu impersonnel. 


La vérité est relative et la liberté est absolue. Un prêtre, Claude Germès, dont j'aurais voulu recueillir la pensée, car il en avait une, me dit un jour: "Quand Jésus nous dit: "Je suis le chemin, la vérité et la vie", Il nous présente le chemin et la vérité d'une vie." La vérité d'une destinée. Mais aussi, je crois, même si je ne saurais L'imiter, la vérité du sens (du chemin) de la vie, qu'il faut aimer et choisir.

lundi 25 juillet 2022

L'État sans continuité

Il y a beaucoup de bénéfices à tirer du fait qu'Emmanuel Macron ne jouit plus que d'une majorité relative à l'Assemblée nationale. 


Les transferts aux départements d'allocations qu'ils doivent verser avec des dotations qui se réduisent au cours des années malgré un Etat qui leur promet que ces dépenses nouvelles seront compensées à l'euro près, c'est toute l'histoire de la décentralisation.


Gaston Deferre, puis plus près de nous Jean-Pierre Raffarin nous l'avaient vendu comme un moyen  pour nos provinces  de ne plus être des déserts en gagnant en autonomie. La décentralisation se révèle à l'usage un moyen d'appauvrir "nos territoires". Elle devrait faire prospérer des bassins d'emploi et permettre le développement d'activités culturelles, mais les départements doivent cracher au bassinet sans pouvoir entretenir leurs routes départementales qui seront bientôt aussi cabossées que des pistes africaines.


"Quel est l'impôt le plus injuste?" demanda Emmanuel Macron à Jean-Jacques Bourdin en accouchant à la dernière minute d'un programme en 2017. Bourdin aurait dû réondre: "La TVA", mais il resta sans voix. Macron se répondit à lui-même: "La taxe d'habitation", et décida d'amputer les communes de cet impôt local. Non seulement l'État ne dote pas les collectivités locales des sommes qu'il leur demande de verser, mais il les dépouille, par le fait du prince,  de ressources  qui leur étaient nécessaires et sur lesquelles elles comptaient pour continuer de fonctionner. 


On nous assurait que la décentralisation contribuerait au développement d'une "République de proximité". Mais comme nos gouvernants n'ont pas un grand sens de la continuité de l'État, Manuel Valls envisagea un temps de supprimer cet échelon de proximité que sont les départements.


Je ne suis pas contre les minima sociaux, sans lesquels j'aurais du mal à vivre et beaucoup de mes congénères moins bien lotis que moi ne le pourraient pas du tout. Mais je considère que des allocations comme le RSA ou la PCH (prestation de compensation du handicap), payées par les départements, devraient être réglées par l'Etat qui les alloue, et attribuées non au bon vouloir d'"équipes pluridisciplinaires" qui instruisent des dossiers en faisant des économies de bout de chandelle tout en devant respecter un cadre légal très contraint qui les empêche de personnaliser l'aide qu'ils voudraient apporter dans le cas du handicap, mais avec un forfait qui prendrait en compte  la déficience ou l'infirmité, et non la compensation  éventuelle mais hypothétique de la "situation de handicap" créée par la déficience ou l'infirmité.


Pour le RSA dont vont bientôt bénéficier tous ceux qui peuvent y prétendre sans avoir à le demander, l'obligation de faire un travail d'intérêt général devrait être évaluée selon la situation du bénéficiaire, qui peut être dépressif et donc hors d'état de travailler régulièrement de sept à huit heures par semaine. 


J'aimerais bien qu'on m'explique comment revenir à une société de plein emploi quand beaucoup d'activités de ce genre ne seront plus rémunérées puisque compensant le versement du RSA, ou concurrencées par le bénévolat (la vie associative nuit beaucoup au plein emploi en rendant bénévoles des tâches qui devraient être salariées. Je prends l'exemple d'une de mes casquettes, qui est celle d'écrivain public). Comment enfin le plein emploi est-il compatible avec la compression de personnel qu'on pratique pour restructurer toutes les entreprises et les administrations? Car, malgré l'augmentation de fonctionnaires, y compris territoriaux, que l'on vient de voter, les concours administratifs sont de moins en moins ouverts, il n'y a plus de postes à pourvoir. Damien Cuviller et Benoît Collomba l'ont très bien expliqué dans leur livre "De Pompidou à Macron, le Choix du chômage."


Quant à la colère de Bruno Le Maire qui installe déjà sa rivalité avec Edouard Philippe en vue de 2027, c'est celle du grand commis de l'Etat à qui on refuse son sucre, et à qui des parlementaires qui rejouent leur rôle de législateurs rappellent qu'un ministre est un exécutant, comme membre de l'exécutif, et qu'un ministère est un service, au sens étymologique. 

Marie ou la force intranquille

"C’est pour nous que vous êtes mort et nous n’avons qu’à nous laisser vivre, il a fallu des martyrs et des pénitents, jadis, pour nous installer dans ce confort spirituel et matériel qui est probablement le miroir des Anges. Qu’avons-nous de mieux à faire que d’être généreux et doux envers nous-mêmes et de jouir de vos dons, en méprisant comme il convient les prophéties ou les menaces désapprouvées par nos pasteurs ?" (Léon Bloy [ici s'adressant à Jésus], Celle qui pleure", méditation sur l'apparition de Notre-Dame de la Salette, que nous avons tendance à recevoir comme cette mère citée par l'Echo de la montagne au début des années 1850: 


"« Des menaces dans la bouche de Marie, si bonne et si douce ! me disait, l’autre jour, une jeune mère ; des menaces contre de faibles enfants innocents et purs ! et des menaces de mort, de mort affreuse !... Non ! non ! Marie est mère, elle n’a pas pu les prononcer. Elle ne sait qu’aimer, la vengeance ne lui appartient pas, et je voudrais brûler la page où l’on a osé lui prêter un langage comme celui-ci : Les enfants au-dessous de sept ans prendront un tremblement et mourront entre les mains de ceux qui les tiendront. Moi, croire à cette Apparition ! répétait-elle, en serrant son enfant contre son cœur, non, non, pauvre petit ! Jamais cette dévotion ne sera la mienne ; car c’est l’épouvante et non l’amour qu’elle inspire."


Bloy met cette autre parole dans la bouche de Marie: "Tu l’as beaucoup dit, Mélanie, voilà 56 ans que je ne peux plus retenir le Bras de mon fils. Je l’ai retenu, cependant, parce que je suis la Femme forte, mais je cesserai bientôt. On doit s’en apercevoir déjà. J’ai besoin d’être deux fois forte, parce qu’Il compte sur moi. Son Cœur trop doux compte sur le mien. Il sait que je serai implacable : « Maledictio matris eradicat fundamenta – In interitu vestro, ridebo et subsannabo. J’éclaterai de rire et je me moquerai de vous, quand vous serez dans les affres de la mort. »

Ces Paroles s’accompliront exactement. Dérision pour dérision. J’ai donné, en 1846, le dernier avertissement."


Marie dit qu'elle est "la femme forte". Cette affirmation devrait convenir à notre Eglise devenue féministe. Le bras de Jésus ne veut pas s'"appesantir, car Il est doux et humble de coeur." Il y a quelque chose de principiel qui Le retient de jamais punir. Bloy prétend qu'Il est le premier concerné par la promesse de la terre contenue dans la béatitude de la douceur qU'Il a Lui-même proférée. Mais le Fils veut être vengé par sa mère, ou plutôt c'est la mère qui veut venger son Fils.  bloy voit dans l'avènement de Marie, concommitant du fait que la dévotion populaire est passée "de la face au Coeur" de Jésus, l'avènement du "règne du Père", la réponse au "Que ton Règne vienne" demandée dans le "Notre Père". 


Marie est "la femme forte". Et nous qui l'implorons pour qu'elle nous protège "à l'heure de la mort", entendons qu'elle éclatera de rire tandis que nous passerons, qu'elle nous rendra "dérision pour dérision", "car nous "[refusons] la pénitence." 


Fort élixire que les paroles de cet imprécateur et de ce vociférateur qu'est Léon Bloy (on est loin de la méditation de Benoît XVI du 14 septembre 2008 sur "le sourire de Marie" en la fête de la Croix glorieuse lors de son voyage en France et son pèlerinage à Lourdes). Bloy nous incite à ne pas dormir, nous secoue, nous réveille, nous rappelant cette prière au bas de l'Autel prononcée dans l'ancien rite et que je fais mienne inconsciemment tous les matins, moi qui n'ai pas la conscience tranquille: « Pourquoi es-tu triste, mon âme, et pourquoi me troubles-tu ? » Il faut bien la prier avant de conclure avec sainte Claire d'Assise: "Va tranquille, mon âme bénie!" Une clarisse de Cormontreui m'a précisé que les dernières paroles de sainte Claire furent: "Je te rends grâce, ô mon Dieu, de m'avoir créée."  Cette parole me choque par sa sérénité: la Création suffirait-elle? Serait-elle plus importante que la Rédemption et cette louange de sainte Claire avant de pousser son dernier soupir  signifierait-elle que la R2demption est superflue? Car, si la Rédemption ne fait que "rendre à l'homme sa confiance inaugurale dans la vie que Dieu lui a donnée" comme je l'ai entendu dire à Michel Deneken, que fait-elle et qu'est-elle? 


"Le Christ est mort pour nous, il ne faut pas que nous nous laissions vivre." C'est aussi puisant que cette phrase de Pascal: "Le Christ est en agonie jusqu'à la fin du monde. Il ne faut pas dormir pendant ce temps-là." 

lundi 18 juillet 2022

Ce que dit la désertion sans intérêt de Wauquiez

Je crois qu'il y a deux angles sous lesquels regarder le refus de Wauquiez de rempiler à la direction de LR alors qu'il demandait à Fillon candidat de le laisser continuer, car il aimait ce qu'il faisait. Il attend aujourd'hui de trouver meilleur parti, celui de "sauver la France" façon Zemmour. Ces deux angles sont "la psychologie de Wauquiez" qui a tendance à détruire ses chances comme le faisait le ténébreux Fillon,  et la sociologie de LR qui se cherche, maintenant que la menace se concrétise d'être débordée par la notabilisation du RN après un coup de dé électoral qui a amené 89 députés (symbole révolutionnaire!) de ce mouvement, sans recours à la proportionnelle et sans que la présidente du parti ait calculé son coup.


Laurent Wauquiez fait du mauvais Villiers et du mauvais Bertrand. La France n'a jamais pu être dirigée comme les Hauts-de-France ou la Vendée, montrés en exemples de terroirs-miroirs. On ne déserte pas impunément son parti pour y revenir puiser dans ses ressources en gamélard sans scrupule, en espérant que les électeurs vous pardonnent et vous désignent candidat pour devenir chef de l'Etat après n'avoir pas voulu être chef de parti. Waquiez n'a pas tiré la leçon de la désertion de Bertrand et de Pécresse, leçon pourtant toute récente. 


Il sera difficilement pardonné à Wauquiez d'être le candidat de bullshits médiatiques ou des happenings à la Villiers dans son alliance de 1994 avec Jiimmy Goldsmith, puis plus récemment avec le fondateur de Libertas. Wauquiez imite aussi Nicolas Dupont-Aignan, qui choisit des thèmes saillants pour se mettre en valeur et faire du mauvais "buz" qui n'augmente pas sa base électorale. 


Wauquiez s'est essentiellement construit dans l'imitation, jusqu'à celle de Bayrou giflant un élève qui lui faisait les poches, quand il prétendit avoir fait la police au Puy-en-Velay auprès d'un petit malfrat  qui lui voulait je ne sais plus quoi et dont l'histoire raconta qu'il n'avait jamais existé ou que Wauquiez ne l'avait jamais arrêté ni emmené au commissariat pour lui apprendre à vivre. 


J'ai oublié la fin du fake, mais Wauquiez est un fake. Je ne sais pas pourquoi Sarkozy voit en lui "le meilleur d'entre les LR" comme Chirac s'aveuglait sur Juppé en voyant en lui "le meilleur d'entre nous".  


Wauquiez n'a pas de colonne vertébrale, ce qui ne suffit pas à assurer un grand destin politique. Il ne s'est montré de droite que quand il a cru que l'avenir était de ce côté-là. Auparavant, il était un honnête  collaborateur de Jacques Barrot et faisait valoir une proximité d'ambassade avec soeur emmanuelle, qui était trop âgée pour le gronder de se prévaloir de cette amitié largement montée en épingle pour créer une "droite sociale" qui dénonçait "le cancer de l'assistanat". 




Wauquiez a enfin fait une énorme erreur stratégique qui lui valut de perdre sa présidence de Lr, en promouvant François-Xavier Bellamy en tête de la liste de la droite  aux européennes. Bellamy avait le charisme d'une huître et ce délateur de la "société liquide" parlait le Villiers ou le Le Pen ou, pour faire plus simple, un langage anti-européen assez peu dans la tradition de la droite de gouvernement, sous une forme elle-même assez liquide, propre à ne pas faire remarquer qu'il avait une vision étriquée de l'Europe, peut-être pas au même point que Wauquiez qui préconise le retour de "l'Europe des 6" en pleine démonstration de puissance de l'Union européenne qui se fracasse sur la guerre en Ukraine.


     Sur le plan de la sociologie électorale, les meilleurs analystes prévoyaient que Marine Le Pen aurait remplacé la droite en tête de l'opposition en 2022. La chose est arrivée, non pas pour l'élection présidentielle, la seule pour laquelle concourt la très électoraliste fille de son père, mais pour les législatives où elle a toujours fait concourir son parti dans la plus grande impréparation. Ce nombre important de députés est donc arrivé par hasard, mais place la droite au confluent d'un populisme qui se calme et d'une bourgeoisie qui a perdu ses marques, maintenant que "Renaissance" a pris le centre en mains et que celui-ci n'a plus la sagesse de Giscard, mais les foucades de Bayrou et d'une jeunesse macroniste imbue d'elle-même et de son mépris de classe, sa seule boussole en politique. 


Le  RN ne facilite pas la situation de la droite, car il a, à la xénophobie près, les mêmes idées que la Nupes, mais il a toujours aspiré à se revendiquer de droite et à draguer cet électorat. C'est ce qu'il fait en pratiquant une opposition moins agressive et moins vulgaire que la Nupes et que LFI sous la conduite de Mathilde Panneau, face à qui la modération n'est pas difficile à pratiquer. 


La droite LR ne peut résoudre son équation de sociologie électorale avant que la situation se stabilise et décide qui est le plus crédible, d'une Le Pen notabilisée ou de cet appareil qui n'a plus vraiment de raison d'être, piégé qu'il est dans l'alternative, ou bien de se noyer dans le macronisme, ou de faire dans la surenchère  à la politique d'austérité que prépare le gouvernement, alors que Macron gouverne comme la droite, qui veut continuer à exister électoralement dans un paysage où Edouard Philippe s'est positionné pour prendre la relève et de Macron, et de la droite, mais cinq ans, c'est très long. 


LR devrait conforter la majorité relative de Macron et y chercher sa nouvelle identité. Ce serait la seule manière pour ce parti de ne pas exister artificiellement. 

dimanche 10 juillet 2022

La rémission des péchés et la résurrection de la chair

Cher Guillaume,


Tu abordes dans ce billet (et mon coup de fil d'hier n'était pas prémédité par l'intention de le recevoir, j'ignorais que tu l'avais écrit), le dogme qui me paraît aujourd'hui le plus mystérieux dans le christianisme, le plus digne d'attention, sur lequel il est le plus urgent de réfléchir, et même le plus dangereux s'il est mal compris. Car le risque existe que nous identifiions le christianisme avec une religion éventuellement culpabilisante (la culpabilité ça ne mange pas de pain), mais à tous les coups déresponsabilisante, car enfin si tous les péchés sont remis, toute conduite morale est relative et en effet tout est permis.


Or, je crois, contrairement au diagnostic que tu formules, que notre société ne supporte plus du tout cette irresponsabilité. Il fut un temps où comme tu l'écris, "La pastorale [détournait] trop souvent les fidèles de la croix." Je ne dis pas qu'elle nous fait à nouveau jeter les yeux sur la Croix, mais elle nous fait jeter les yeux sur ce qui se passe quand il n'y a pas la Croix. Et la crise des abus pour rester neutre, la bobologie et la victimologie pour dire les limites du mouvement actuel, nous ont réveillés d'un sommeil de somnifère où nous croyions que nous pouvions pécher impunément et accumuler  sur la tête des autres toutes les offenses sans qu'aucun traumatisme ne s'ensuive, dont nous serions comptables. D'où tant de réputations détruites d'icônes à peine refroidies érigées en saints de vitrail avant le temps, qu'on prétend désormais piétiner pour l'éternité, ce qui ne vaut pas mieux. Réveil comme à l'enfance de la responsabilité, car elle n'est pas plus mûre, mais réveil néanmoins. Il fut un temps où "la théologie Polnareff" existait, notre société a gagné en inquiétude, je ne dis pas sur son propre salut, il ne faut pas exagérer, mais sur le salut des salauds, sur le salut des autres, étant entendu qu'on ne saurait soi-même être un salaud, sauf quand on se retourne sur sa propre trajectoire, qu'on regarde la trace que l'on a laissée au risque d'être transformé en statue de sel, que l'on "compte les morts" comme disait Jean Ferré citant "le Travail intellectuel" de Jean Guitton.  ET alors on est pris d'un vertige personnel. Du moins celui qui t'écrit a souvent été pris par ce vertige en allant accompagner laudes ou messes aux petites heures en se faisant l'effet d'un imposteur. Accepter de se faire cet effet comme tu l'écris, c'est ne pas esquiver l'expérience du mal. Et toute bonne confession commence par là. Toute confession commence par une confession du péché, des péchés, du mal en tant que mal. Toute confession commence par ne rien banaliser et ne pas dire que le mal est bien ou que le bien est mal.


Et ensuite, il faut aller plus loin. Il faut faire le parcours que tu proposes. Il faut accepter la rémission des péchés, parce que le dogme suivant, l'apposition suivante des oeuvres de l'Esprit comme tu l'écrivais en introduction de ton commentaire de la dernière partie du "Credo", le commande. Il faut accepter la rémission des péchés parce que la résurrection de la chair est à l'horizon, qui le commande. Il faut accepter celle-ci pour se reconstruire au moyen de celle-là. Que dis-je, se reconstruire? Cela serait égoïste. Non pas pour se reconstruire, mais pour reconstruire.Ca tombe bien, je me sens en phase de préreconstruction, mais je veux dépasser ici mon cas personnel et donc je pose avec toi la question "comment faire"?


Tu donnes deux clefs qui me semblent essentielles: après avoir discuté avec Dieu, accepter que c'est Lui qui va nous rendre notre innocence parce qu'"Il nous a aimés plus que Lui-même" selon la citation que tu fais du vieux cantique inconnu de moi, qui nous indique une expérience indispensable à faire pour que le parcours psycho-spirituel soit concret. Cette indication d'une expérience à faire me rejoint, moi qui me suis demandé un nombre incalculable de fois, y compris dans les colonnes du Métablog, en quoi il était intéressant d'adhérer à un Dieu qui paraissait s'être aimé Lui-même plus que nous-mêmes, à voir comme la théologie n'a cessé de nous Le présenter comme un Créateur qui nous infériorise, nous créant dans la limite avec un amour prétendument infini, nous toisant de manière que nous ne puissions jamais aller à Sa hauteur. Et certes, c'est ontologiquement exact, car il ne s'agit pas de monter jusqu'à Lui, mais de se laisser hisser par Lui jusqu'à Lui. C'est même en cela que consiste la divinisation qu'Il nous propose, où l'amour qu'il s'agit d'atteindre n'est pas une affaire de taille, ce n'est pas d'abord un petit ou un grand amour, ce n'est pas un amour quantitatif, ce n'est pas un amour de performance, c'est l'amour de Dieu, un Etre qui sera nécessairement toujours plus grand que nous puisqu'Il est l'Etre suprême, mais que cela n'empêche pas de nous aimer plus que Lui-même. Car il ne suffit pas à Dieu comme à nous de nous aimer comme Lui-même, il faut qu'Il nous aime plus que Lui-même. Sinon cela ne tient pas, la Rédemption ne tient pas, le rachat ne tient pas, le salut ne nous est pas proposé.


Et on ne saurait s'en tirer avec "la réversibilité des mérites". Car qui la comprendrait? Les plus héroïques d'entre nous pourraient peut-être s'en tirer en offrant leurs souffrances. Mais la première façon de s'en tirer est de contempler cet amour de Dieu pour nous plus grand que l'amour dont Il S'aime Lui-même. Car tout est dans le désir de Dieu. Si Dieu nous a rachetés, il n'est pas dit que tout soit réparable. Mais si Dieu ne désire pas nous racheter, rien ne sera réparé. "Pourquoi ne profites-tu pas d'être catholique pour te reconstruire?", me demandait un ami, ajoutant: "Tu as la chance d'être le croyant d'une religion qui croit dans la réparation et dans la reconstruction. Pourquoi n'en profites-tu pas?" Je serais tenté de lui répondre: "Parce que le résultat ne m'appartient pas." Le désir de Dieu non plus, mais lui, je le connais. "Dieu ne regarde pas au résultat", m'asséna un jour tout de go l'abbé Guy Pagès, "Dieu regarde au désir, donc peu importe que vous ayez le sentiment d'avoir très mal mené votre barque comme vous me le dites". Cette saillie me surprit tellement que je répondis du tac au tac: "Je crois que je suis assez inattaquable sur le plan du désir..."Alors combat gagné? Je persiste et je signe: le résultat ne m'appartient pas, il appartient à Dieu, mais quel allié j'ai dans le combat lors même que je le refuserais, ce que je suis bien capable de faire, avec la nature détraquée que je me promène, un beau morceau de nature humaine!


Et cependant un mot encore sur ce désir de Dieu où l'on verra que le diable porte pierre, si j'ose dire. Je n'aime pas du tout le sort qui est fait à la mouvance traditionaliste à laquelle tu appartiens. Les traditionalistes ne sont pas sans excès, mais ils ne méritent pas d'être maltraités au point qu'on veuille tuer le rite par lequel l'Eglise s'est sanctifiée pendant 2000 ans. Le motu proprio "Traditionis custodes" a présenter l'intention d'assassiner ce rite et je n'approuve ni cette intention, ni la brutalité de cette décision. Et pourtant le pape François, à la politique de qui je ne comprends rien, mais que je comprends dès qu'il parle d'Evangile, car il est plein d'Evangile, le pape a donné en fin de mois dernier l'explication  qui dit tout de notre sujet  du jour, qui est la rémission des péchés, mais aussi de l'origine de toute liturgie: "J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pâque avec vous." Et le pape d'ajouter qu'il n'y a pas une seule messe qu'un prêtre célèbre où un fidèle se rende, pas une seule communion que le Christ n'ait  désirée, et le Christ ne désire pas que Ses fidèles Le mangent pour leur condamnation. Cette intention à l'origine de toute liturgie est une très bonne nouvelle.


Bien à toi,


Julien 

samedi 9 juillet 2022

Un amour qui justifie?

Les Evangiles ont cela d'extraordinaire qu'à chaque fois qu'on les lit, on en découvre un aspect inattendu.


Aujourd'hui, pour moi, dans la parabole du bon Samaritin, pourtant connue et ultraconnue, mâchée et remâchée, jusque dans l'inversion de la question de "Qui est mon prochain" en "Qui a été le prochain de cet homme", m'interpelle le motif de la question du scribe qui pinaille: "    Mais lui, voulant se justifier,

dit à Jésus :

« Et qui est mon prochain ? »


Il n'a pas la présomption du jeune homme riche, promettant, insatisfait, que tout cela, honorer son père et sa mère, ne pas voler, ne pas tuer, ne pas commettre l'adultère, il l'a observé depuis sa jeunesse. Il l'a observé, en est-il certain? Il l'a observé et cela ne l'a pas rendu heureux? Il l'a observé et cela ne lui a pas suffi? Il l'a observé et ne s'est pas senti justifié par l'accomplissement d'une loi qui était pourtant tout près de son coeur, comme le dit le livre du Deutéronome que la péricope nous donne à lire en première lecture de ce dimanche?


Mais ce scribe ne jurerait pas comme saint Thomas d'Aquin ou comme Jean-Marie Le Pen qu'il vaut mieux préférer ses soeurs à ses cousines et ses cousines à ses voisines. Il ne sait pas qui est son prochain. Il ne s'appartient plus, il n'appartient même plus à sa tribu. Si le Maître lui avait dit de prêcher premièrement aux habitants de la maison d'Israël, pas sûr que ce scribe devenu disciple aurait été content de l'ordre. C'est un scribe un peu cabochard et cosmopolite, un scribe qui ne trouve pas évident d'aimer son prochain, qui ne voit pas de quoi il s'agit, et qui pourtant perçoit, comme le jeune homme riche, qu'aimer devrait suffire, qu'aimer devrait nous justifier, même sans la précaution de voir Jésus derrière le prochain qu'on aime, mais ce n'est pas évident d'aimer, sous-entend le scribe.


Et d'ailleurs Jésus le lui confirme. Il l'emmène hors de son cadre et lui raconte l'histoire d'un homme qui n'est pas lui et dont des bandits n'ont pas pensé un instant à se faire les prochains, les camarades de vie, qu'ils n'ont pensé qu'à dévaliser et à laisser pour mort. Pourquoi ces bandits n'ont-ils pas été les prochains de cet homme? Pourquoi suis-je le bandit de mon prochain? Puis-je cesser d'être un bandit de grand chemin? Puis-je m'en sortir? 




Il se peut bien que la réponse n'aille pas de soi, il se peu à condition de laisser Jésus faire et tenir les cordons de ma bourse, déterminer ce que j'aurai mérité quand j'ai cru démériter et ce en quoi j'ai démérité quand j'ai cru acquérir des mérites. Je dois non seulement Le laisser tenir les cordons de ma bourse, et L'instaurer juge de mon existence, mais je dois me décentrer du service de mon prochain. Je dois m'en remettre non pas même à Jésus, mais à l'aubergiste pour le soin de mon prochain samaritin. A lui les soins du quotidien, à moi le pécuniaire, donc le superflu, ce qui ne compte pas, le geste de "grand seigneur" que l'on n'emporte pas au paradis. A moi certes l'élan des premiers secours, celui qui me pousse à penser qu'il n'y a qu'une chose à faire, que j'y arrive ou pas, que je le fasse bien ou non: c'est de prendre soin de mon prochain, c'est de désirer le faire ou l'avoir fait, c'est de vouloir l'aimer et cela me justifie, non pas parce que Jésus me surveille du coin de l'oeil et qu'Il regarde derrière moi, mais parce qu'IL veille sur mon désir, IL garde mon désir, Il clarifie mon regard, Il transforme ma volonté en Sa Volonté en exaucement du "Notre Père"." Il me demande de rester vigilant et c'est Lui qui veille sur moi. 

jeudi 7 juillet 2022

Un pouvoir sans réalité

Le pouvoir n'a plus de réalité. Tel est le spectacle qu'il donne.


Commençons par relever un point positif: le discours d'Elisabeth Borne avait de la tenue et fut sans doute la meilleure déclaration de politique générale qu'ait jamais prononcée aucun des premiers ministres d'Emmanuel Macron. Philippe I  fut contraint à s'exprimer pour la première fois devant les députés le lendemain de son mentor qui lui avait grillé la politesse en convoquant les parlementaires au au Congrès, et les députés LREM tout frais moulus lui offrirent une claque qui rendit ce premier discours inaudible. Philippe II parla du "plastique" qui n'était plus fantastique et déclara que l'"acte II du quinquennat" serait entièrement consacré à une lutte contre ce fléau d'emballage. Quant à "M. Déconfinement" nommé après lui, bien malin qui pourrait se souvenir des paroles qu'il prononça en dehors du Covid qui lui avait valu de prendre la place d'Edouard Philippe qui eut le malheur pour de le mettre en selle. 


A côté, Elisabeth Borne donna presque l'impression de parler comme Michel Rocard: "Puisqu'il a réussi à créer des majorités de compromis malgré sa majorité relative qui, à l'époque, avait le droit de recourir au 49-3 autant que de besoin, nous réussirons, il n'y a pas de raison". 


Mais nous réussirons à quoi? A endiguer l'inflation et la perte de pouvoir d'achat due à l'effet cumulé de la guerre en Ukraine précédée de l'assèchement covidique? A recréer "le plein emploi" au milieu de la vague démissionnaire qui affecte toutes les entreprises et les services publics les plus impliqués dans la survie au jour le jour de notre Etat, éducation comprise, qui ne recrute plus?  


On a suspendu sans rémunération, pour ne pas dire mis dehors, des soignants qui manquent cruellement à l'hôpital et après avoir nommé Agnès Buzyn  première ministre (sic) de la santé, qui nous expliquait matin et soir qu'on résorberait le malaise de l'hôpital par le recours à une médecine de ville qui n'existe plus; après avoir nommé Jean Castex premier ministre, qui fut un des fossoyeurs de l'hôpital public sous Xavier Bertrand et qu'on chaperonna de Nicolas Revel qui s'illustra dans les mêmes compétences; on promeut Olivier Véran au porte-parolat et, ce qui ne manque pas de sel, au "renouvellement démocratique" (on ne pouvait tout de même pas le laisser s'occuper du Parlement après que, dans un coup de sang, il eut voulu mettre les parlementaires dehors parce qu'ils s'égosillaient en pensant que le virus était allé "prendre une bière", il a dû en prendre quelques-unes depuis, tant on ne s'occupe plus de lui, maintenant qu'il y a de vrais sujets); et le président choisit, pour nouveau ministre de la santé, le rapporteur d'une "mission flash" (sic), qui pour la première fois assume (oh certes à titre provisoire) que l'on doit "trier" les patients qui se présentent aux urgences, comme si on pouvait désormais entrer à l'hôpital autrement que par les urgences, sauf opération prévue de longue date, à condition bien sûr d'être malade et vacciné.

La "priorité santé" d'Elisabeth Borne, qui n'est même pas nommée comme telle dans son discours de politique général, entre dans une "France de l'égalité des chances", mais est précédée par l'illusion que l'on va porter une transition écologique qui va changer notre climat pour complaire à des jeunes déconnectés de la nature, au service desquels la première ministre (sic) s'engage à porter une écologie " radicale mais non décroissante". On prend les mêmes et on continue.


Jean Castex va pantoufler dans une usine à gaz qui surveillera les infrastructures routières, ne refera pas les départementales qui sont de vrais tape-culs hérissés de "gendarmes couchés" dont on se demande comment ils ne provoquent pas plus de tonneaux sur les routes, mais va construire des autoroutes qu'on revendra à l'encan comme l'avait fait Dominique de Villepin, après que l'Etat aura bien investi pour créer ces nouveaux joyaux de la pollution. EDF ayant à payer une dette insupportable et à investir de quoi compenser le surcoût énergétique de la crise actuelle, on se rappelle tout à coup que c'est un joyau de notre patrimoine énergétique, et on le revendra dès que le contribuable français se sera saigné aux quatre veines pour reverser ce joyau dans la "concurrence libre et non faussée" dérégulatrice de la société, dérégulation par laquelle Emanuel Macron s'est fait connaître, pour être un de ses hérauts, Emmanuel Macron qui nous dit agir au nom des "générations futues" en creusant leur dette pour des générations et des générations, histoire, croit-il, de rendre l'Union européenne vraiment irréversible, mais on sait le sort que réserva l'Union soviétique aux "emprunts russes", auxquels Elisabeth Borne fit une allusion très mal venue, en répondant à Mathilde Panneau parlant de l'augmentation du Smic. 


Pour compléter le tableau, Reste à y ajouter la dérégulation identitaire, par laquelle il n'existe plus de prédateur sexuel comme par enchantement, être homosexuel n'est plus être "antiphysique" au sens de Guy de Maupassant, et les femmes sont des hommes comme les autres et réciproquement, ce qui crée une insécurité non seulement culturelle, mais psychologique. 


     Je ne sais pas si Michel Rocard se retournerait dans sa tombe, mais voilà la politique promise par sa lointaine successeur(e) qui au moins sait parler et qui, contrairement à ce qu'on attendait, sait même nous gratifier d'un peu d'humour.


      Face à ce pouvoir sans réalité, on espérait se consoler en se disant qu'une certaine réalité populaire était entrée au Parlement. C'avait toujours été le rêve de Jean-Luc Mélenchon d'incarner une République parlementaire. Il l'a réalisé en faisant son dernier coup politique et en se retirant du jeu. A part François Ruffin, qui n'est certes pas le dernier dans l'esbrouffe et l'organisation des happenings, mais qui a quelquefois des accents de sincérité, tous les lieutenants de Mélenchon parlent faux et s'ingénient à le singer en prenant de lui le plus mauvais côté, l'agressivité, comme s'il allait de soi que ceux qui parlent au nom du peuple devaient le faire de manière théâtrale, en aboyant ou en soulignant l'agressivité populaire, nécessairement en révolte contre ses élites. Mathilde Panneau répondit à Elisabeth Borne par un discours au ton d'abjection, et Marine Le Pen n'eut rien à lui envier, préférant répondre à côté, en faisant le procès d'Emmanuel Macron, plutôt que de relever argument contre argument.


     Cependant que dans la République de la reconnaissance universelle,  Elisabeth Borne choisit ceux qui sont dignes d'être cités et les "infréquentables" qui ne valent pas même la peine d'être nommés, si ce n'est pour les accuser d'invectives ou soutenir qu'ils ne vivent pas dans la même France que qu'elle. 

Pap Ndiaye veut indiscriminer les enfants de toute "race" et de toute couleur, c'est tout à son honneur, mais si leur âme ne contient rien à force d'avoir été entretenue dans le vide dont la nature a horreur, à quoi sert-il de promouvoir ces futurs citoyens à des places quelconques si ce n'est pour qu'elles soient occupées et pour les occuper! L'école de Pap Ndiaye, que certains accusent d'être un "Noir professionnel", prépare-t-elle une citoyenneté occupationnelle? Si le "choc d'attractivité" qui fait que l'on s'engage à devenir enseignant  se limite à être mieux rémunéré, est-on  à la hauteur des enjeux de la transmission? Délitement de ce pouvoir sans réalité, qui va jusqu'à doucher les espoirs des élèves, qui pourront certes avoir un corps plus sain dans un esprit malmené en faisant une demie heure de sport tous les jours à la place de la chorale et à partir de la rentrée prochaine, mais que "Parcours sup"empêche d'exercer les métiers qu'ils souhaitent ou de s'orienter comme ils veulent, nous faisant vivre une des formes de sélection les plus dures et les plus injustes dont la droite de Devaquet ou de Pécresse ait rêvée, à moins d'apprendre les codes à l'Ecole alsacienne, comme les enfants du ministre Ndiaye ou comme Gabriel Attal, un temps chargé d'organiser le service civique universel... A-t-on jamais vu un tel chaos?