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dimanche 10 juillet 2022

La rémission des péchés et la résurrection de la chair

Cher Guillaume,


Tu abordes dans ce billet (et mon coup de fil d'hier n'était pas prémédité par l'intention de le recevoir, j'ignorais que tu l'avais écrit), le dogme qui me paraît aujourd'hui le plus mystérieux dans le christianisme, le plus digne d'attention, sur lequel il est le plus urgent de réfléchir, et même le plus dangereux s'il est mal compris. Car le risque existe que nous identifiions le christianisme avec une religion éventuellement culpabilisante (la culpabilité ça ne mange pas de pain), mais à tous les coups déresponsabilisante, car enfin si tous les péchés sont remis, toute conduite morale est relative et en effet tout est permis.


Or, je crois, contrairement au diagnostic que tu formules, que notre société ne supporte plus du tout cette irresponsabilité. Il fut un temps où comme tu l'écris, "La pastorale [détournait] trop souvent les fidèles de la croix." Je ne dis pas qu'elle nous fait à nouveau jeter les yeux sur la Croix, mais elle nous fait jeter les yeux sur ce qui se passe quand il n'y a pas la Croix. Et la crise des abus pour rester neutre, la bobologie et la victimologie pour dire les limites du mouvement actuel, nous ont réveillés d'un sommeil de somnifère où nous croyions que nous pouvions pécher impunément et accumuler  sur la tête des autres toutes les offenses sans qu'aucun traumatisme ne s'ensuive, dont nous serions comptables. D'où tant de réputations détruites d'icônes à peine refroidies érigées en saints de vitrail avant le temps, qu'on prétend désormais piétiner pour l'éternité, ce qui ne vaut pas mieux. Réveil comme à l'enfance de la responsabilité, car elle n'est pas plus mûre, mais réveil néanmoins. Il fut un temps où "la théologie Polnareff" existait, notre société a gagné en inquiétude, je ne dis pas sur son propre salut, il ne faut pas exagérer, mais sur le salut des salauds, sur le salut des autres, étant entendu qu'on ne saurait soi-même être un salaud, sauf quand on se retourne sur sa propre trajectoire, qu'on regarde la trace que l'on a laissée au risque d'être transformé en statue de sel, que l'on "compte les morts" comme disait Jean Ferré citant "le Travail intellectuel" de Jean Guitton.  ET alors on est pris d'un vertige personnel. Du moins celui qui t'écrit a souvent été pris par ce vertige en allant accompagner laudes ou messes aux petites heures en se faisant l'effet d'un imposteur. Accepter de se faire cet effet comme tu l'écris, c'est ne pas esquiver l'expérience du mal. Et toute bonne confession commence par là. Toute confession commence par une confession du péché, des péchés, du mal en tant que mal. Toute confession commence par ne rien banaliser et ne pas dire que le mal est bien ou que le bien est mal.


Et ensuite, il faut aller plus loin. Il faut faire le parcours que tu proposes. Il faut accepter la rémission des péchés, parce que le dogme suivant, l'apposition suivante des oeuvres de l'Esprit comme tu l'écrivais en introduction de ton commentaire de la dernière partie du "Credo", le commande. Il faut accepter la rémission des péchés parce que la résurrection de la chair est à l'horizon, qui le commande. Il faut accepter celle-ci pour se reconstruire au moyen de celle-là. Que dis-je, se reconstruire? Cela serait égoïste. Non pas pour se reconstruire, mais pour reconstruire.Ca tombe bien, je me sens en phase de préreconstruction, mais je veux dépasser ici mon cas personnel et donc je pose avec toi la question "comment faire"?


Tu donnes deux clefs qui me semblent essentielles: après avoir discuté avec Dieu, accepter que c'est Lui qui va nous rendre notre innocence parce qu'"Il nous a aimés plus que Lui-même" selon la citation que tu fais du vieux cantique inconnu de moi, qui nous indique une expérience indispensable à faire pour que le parcours psycho-spirituel soit concret. Cette indication d'une expérience à faire me rejoint, moi qui me suis demandé un nombre incalculable de fois, y compris dans les colonnes du Métablog, en quoi il était intéressant d'adhérer à un Dieu qui paraissait s'être aimé Lui-même plus que nous-mêmes, à voir comme la théologie n'a cessé de nous Le présenter comme un Créateur qui nous infériorise, nous créant dans la limite avec un amour prétendument infini, nous toisant de manière que nous ne puissions jamais aller à Sa hauteur. Et certes, c'est ontologiquement exact, car il ne s'agit pas de monter jusqu'à Lui, mais de se laisser hisser par Lui jusqu'à Lui. C'est même en cela que consiste la divinisation qu'Il nous propose, où l'amour qu'il s'agit d'atteindre n'est pas une affaire de taille, ce n'est pas d'abord un petit ou un grand amour, ce n'est pas un amour quantitatif, ce n'est pas un amour de performance, c'est l'amour de Dieu, un Etre qui sera nécessairement toujours plus grand que nous puisqu'Il est l'Etre suprême, mais que cela n'empêche pas de nous aimer plus que Lui-même. Car il ne suffit pas à Dieu comme à nous de nous aimer comme Lui-même, il faut qu'Il nous aime plus que Lui-même. Sinon cela ne tient pas, la Rédemption ne tient pas, le rachat ne tient pas, le salut ne nous est pas proposé.


Et on ne saurait s'en tirer avec "la réversibilité des mérites". Car qui la comprendrait? Les plus héroïques d'entre nous pourraient peut-être s'en tirer en offrant leurs souffrances. Mais la première façon de s'en tirer est de contempler cet amour de Dieu pour nous plus grand que l'amour dont Il S'aime Lui-même. Car tout est dans le désir de Dieu. Si Dieu nous a rachetés, il n'est pas dit que tout soit réparable. Mais si Dieu ne désire pas nous racheter, rien ne sera réparé. "Pourquoi ne profites-tu pas d'être catholique pour te reconstruire?", me demandait un ami, ajoutant: "Tu as la chance d'être le croyant d'une religion qui croit dans la réparation et dans la reconstruction. Pourquoi n'en profites-tu pas?" Je serais tenté de lui répondre: "Parce que le résultat ne m'appartient pas." Le désir de Dieu non plus, mais lui, je le connais. "Dieu ne regarde pas au résultat", m'asséna un jour tout de go l'abbé Guy Pagès, "Dieu regarde au désir, donc peu importe que vous ayez le sentiment d'avoir très mal mené votre barque comme vous me le dites". Cette saillie me surprit tellement que je répondis du tac au tac: "Je crois que je suis assez inattaquable sur le plan du désir..."Alors combat gagné? Je persiste et je signe: le résultat ne m'appartient pas, il appartient à Dieu, mais quel allié j'ai dans le combat lors même que je le refuserais, ce que je suis bien capable de faire, avec la nature détraquée que je me promène, un beau morceau de nature humaine!


Et cependant un mot encore sur ce désir de Dieu où l'on verra que le diable porte pierre, si j'ose dire. Je n'aime pas du tout le sort qui est fait à la mouvance traditionaliste à laquelle tu appartiens. Les traditionalistes ne sont pas sans excès, mais ils ne méritent pas d'être maltraités au point qu'on veuille tuer le rite par lequel l'Eglise s'est sanctifiée pendant 2000 ans. Le motu proprio "Traditionis custodes" a présenter l'intention d'assassiner ce rite et je n'approuve ni cette intention, ni la brutalité de cette décision. Et pourtant le pape François, à la politique de qui je ne comprends rien, mais que je comprends dès qu'il parle d'Evangile, car il est plein d'Evangile, le pape a donné en fin de mois dernier l'explication  qui dit tout de notre sujet  du jour, qui est la rémission des péchés, mais aussi de l'origine de toute liturgie: "J'ai désiré d'un grand désir manger cette Pâque avec vous." Et le pape d'ajouter qu'il n'y a pas une seule messe qu'un prêtre célèbre où un fidèle se rende, pas une seule communion que le Christ n'ait  désirée, et le Christ ne désire pas que Ses fidèles Le mangent pour leur condamnation. Cette intention à l'origine de toute liturgie est une très bonne nouvelle.


Bien à toi,


Julien 

samedi 9 juillet 2022

Un amour qui justifie?

Les Evangiles ont cela d'extraordinaire qu'à chaque fois qu'on les lit, on en découvre un aspect inattendu.


Aujourd'hui, pour moi, dans la parabole du bon Samaritin, pourtant connue et ultraconnue, mâchée et remâchée, jusque dans l'inversion de la question de "Qui est mon prochain" en "Qui a été le prochain de cet homme", m'interpelle le motif de la question du scribe qui pinaille: "    Mais lui, voulant se justifier,

dit à Jésus :

« Et qui est mon prochain ? »


Il n'a pas la présomption du jeune homme riche, promettant, insatisfait, que tout cela, honorer son père et sa mère, ne pas voler, ne pas tuer, ne pas commettre l'adultère, il l'a observé depuis sa jeunesse. Il l'a observé, en est-il certain? Il l'a observé et cela ne l'a pas rendu heureux? Il l'a observé et cela ne lui a pas suffi? Il l'a observé et ne s'est pas senti justifié par l'accomplissement d'une loi qui était pourtant tout près de son coeur, comme le dit le livre du Deutéronome que la péricope nous donne à lire en première lecture de ce dimanche?


Mais ce scribe ne jurerait pas comme saint Thomas d'Aquin ou comme Jean-Marie Le Pen qu'il vaut mieux préférer ses soeurs à ses cousines et ses cousines à ses voisines. Il ne sait pas qui est son prochain. Il ne s'appartient plus, il n'appartient même plus à sa tribu. Si le Maître lui avait dit de prêcher premièrement aux habitants de la maison d'Israël, pas sûr que ce scribe devenu disciple aurait été content de l'ordre. C'est un scribe un peu cabochard et cosmopolite, un scribe qui ne trouve pas évident d'aimer son prochain, qui ne voit pas de quoi il s'agit, et qui pourtant perçoit, comme le jeune homme riche, qu'aimer devrait suffire, qu'aimer devrait nous justifier, même sans la précaution de voir Jésus derrière le prochain qu'on aime, mais ce n'est pas évident d'aimer, sous-entend le scribe.


Et d'ailleurs Jésus le lui confirme. Il l'emmène hors de son cadre et lui raconte l'histoire d'un homme qui n'est pas lui et dont des bandits n'ont pas pensé un instant à se faire les prochains, les camarades de vie, qu'ils n'ont pensé qu'à dévaliser et à laisser pour mort. Pourquoi ces bandits n'ont-ils pas été les prochains de cet homme? Pourquoi suis-je le bandit de mon prochain? Puis-je cesser d'être un bandit de grand chemin? Puis-je m'en sortir? 




Il se peut bien que la réponse n'aille pas de soi, il se peu à condition de laisser Jésus faire et tenir les cordons de ma bourse, déterminer ce que j'aurai mérité quand j'ai cru démériter et ce en quoi j'ai démérité quand j'ai cru acquérir des mérites. Je dois non seulement Le laisser tenir les cordons de ma bourse, et L'instaurer juge de mon existence, mais je dois me décentrer du service de mon prochain. Je dois m'en remettre non pas même à Jésus, mais à l'aubergiste pour le soin de mon prochain samaritin. A lui les soins du quotidien, à moi le pécuniaire, donc le superflu, ce qui ne compte pas, le geste de "grand seigneur" que l'on n'emporte pas au paradis. A moi certes l'élan des premiers secours, celui qui me pousse à penser qu'il n'y a qu'une chose à faire, que j'y arrive ou pas, que je le fasse bien ou non: c'est de prendre soin de mon prochain, c'est de désirer le faire ou l'avoir fait, c'est de vouloir l'aimer et cela me justifie, non pas parce que Jésus me surveille du coin de l'oeil et qu'Il regarde derrière moi, mais parce qu'IL veille sur mon désir, IL garde mon désir, Il clarifie mon regard, Il transforme ma volonté en Sa Volonté en exaucement du "Notre Père"." Il me demande de rester vigilant et c'est Lui qui veille sur moi. 

jeudi 7 juillet 2022

Un pouvoir sans réalité

Le pouvoir n'a plus de réalité. Tel est le spectacle qu'il donne.


Commençons par relever un point positif: le discours d'Elisabeth Borne avait de la tenue et fut sans doute la meilleure déclaration de politique générale qu'ait jamais prononcée aucun des premiers ministres d'Emmanuel Macron. Philippe I  fut contraint à s'exprimer pour la première fois devant les députés le lendemain de son mentor qui lui avait grillé la politesse en convoquant les parlementaires au au Congrès, et les députés LREM tout frais moulus lui offrirent une claque qui rendit ce premier discours inaudible. Philippe II parla du "plastique" qui n'était plus fantastique et déclara que l'"acte II du quinquennat" serait entièrement consacré à une lutte contre ce fléau d'emballage. Quant à "M. Déconfinement" nommé après lui, bien malin qui pourrait se souvenir des paroles qu'il prononça en dehors du Covid qui lui avait valu de prendre la place d'Edouard Philippe qui eut le malheur pour de le mettre en selle. 


A côté, Elisabeth Borne donna presque l'impression de parler comme Michel Rocard: "Puisqu'il a réussi à créer des majorités de compromis malgré sa majorité relative qui, à l'époque, avait le droit de recourir au 49-3 autant que de besoin, nous réussirons, il n'y a pas de raison". 


Mais nous réussirons à quoi? A endiguer l'inflation et la perte de pouvoir d'achat due à l'effet cumulé de la guerre en Ukraine précédée de l'assèchement covidique? A recréer "le plein emploi" au milieu de la vague démissionnaire qui affecte toutes les entreprises et les services publics les plus impliqués dans la survie au jour le jour de notre Etat, éducation comprise, qui ne recrute plus?  


On a suspendu sans rémunération, pour ne pas dire mis dehors, des soignants qui manquent cruellement à l'hôpital et après avoir nommé Agnès Buzyn  première ministre (sic) de la santé, qui nous expliquait matin et soir qu'on résorberait le malaise de l'hôpital par le recours à une médecine de ville qui n'existe plus; après avoir nommé Jean Castex premier ministre, qui fut un des fossoyeurs de l'hôpital public sous Xavier Bertrand et qu'on chaperonna de Nicolas Revel qui s'illustra dans les mêmes compétences; on promeut Olivier Véran au porte-parolat et, ce qui ne manque pas de sel, au "renouvellement démocratique" (on ne pouvait tout de même pas le laisser s'occuper du Parlement après que, dans un coup de sang, il eut voulu mettre les parlementaires dehors parce qu'ils s'égosillaient en pensant que le virus était allé "prendre une bière", il a dû en prendre quelques-unes depuis, tant on ne s'occupe plus de lui, maintenant qu'il y a de vrais sujets); et le président choisit, pour nouveau ministre de la santé, le rapporteur d'une "mission flash" (sic), qui pour la première fois assume (oh certes à titre provisoire) que l'on doit "trier" les patients qui se présentent aux urgences, comme si on pouvait désormais entrer à l'hôpital autrement que par les urgences, sauf opération prévue de longue date, à condition bien sûr d'être malade et vacciné.

La "priorité santé" d'Elisabeth Borne, qui n'est même pas nommée comme telle dans son discours de politique général, entre dans une "France de l'égalité des chances", mais est précédée par l'illusion que l'on va porter une transition écologique qui va changer notre climat pour complaire à des jeunes déconnectés de la nature, au service desquels la première ministre (sic) s'engage à porter une écologie " radicale mais non décroissante". On prend les mêmes et on continue.


Jean Castex va pantoufler dans une usine à gaz qui surveillera les infrastructures routières, ne refera pas les départementales qui sont de vrais tape-culs hérissés de "gendarmes couchés" dont on se demande comment ils ne provoquent pas plus de tonneaux sur les routes, mais va construire des autoroutes qu'on revendra à l'encan comme l'avait fait Dominique de Villepin, après que l'Etat aura bien investi pour créer ces nouveaux joyaux de la pollution. EDF ayant à payer une dette insupportable et à investir de quoi compenser le surcoût énergétique de la crise actuelle, on se rappelle tout à coup que c'est un joyau de notre patrimoine énergétique, et on le revendra dès que le contribuable français se sera saigné aux quatre veines pour reverser ce joyau dans la "concurrence libre et non faussée" dérégulatrice de la société, dérégulation par laquelle Emanuel Macron s'est fait connaître, pour être un de ses hérauts, Emmanuel Macron qui nous dit agir au nom des "générations futues" en creusant leur dette pour des générations et des générations, histoire, croit-il, de rendre l'Union européenne vraiment irréversible, mais on sait le sort que réserva l'Union soviétique aux "emprunts russes", auxquels Elisabeth Borne fit une allusion très mal venue, en répondant à Mathilde Panneau parlant de l'augmentation du Smic. 


Pour compléter le tableau, Reste à y ajouter la dérégulation identitaire, par laquelle il n'existe plus de prédateur sexuel comme par enchantement, être homosexuel n'est plus être "antiphysique" au sens de Guy de Maupassant, et les femmes sont des hommes comme les autres et réciproquement, ce qui crée une insécurité non seulement culturelle, mais psychologique. 


     Je ne sais pas si Michel Rocard se retournerait dans sa tombe, mais voilà la politique promise par sa lointaine successeur(e) qui au moins sait parler et qui, contrairement à ce qu'on attendait, sait même nous gratifier d'un peu d'humour.


      Face à ce pouvoir sans réalité, on espérait se consoler en se disant qu'une certaine réalité populaire était entrée au Parlement. C'avait toujours été le rêve de Jean-Luc Mélenchon d'incarner une République parlementaire. Il l'a réalisé en faisant son dernier coup politique et en se retirant du jeu. A part François Ruffin, qui n'est certes pas le dernier dans l'esbrouffe et l'organisation des happenings, mais qui a quelquefois des accents de sincérité, tous les lieutenants de Mélenchon parlent faux et s'ingénient à le singer en prenant de lui le plus mauvais côté, l'agressivité, comme s'il allait de soi que ceux qui parlent au nom du peuple devaient le faire de manière théâtrale, en aboyant ou en soulignant l'agressivité populaire, nécessairement en révolte contre ses élites. Mathilde Panneau répondit à Elisabeth Borne par un discours au ton d'abjection, et Marine Le Pen n'eut rien à lui envier, préférant répondre à côté, en faisant le procès d'Emmanuel Macron, plutôt que de relever argument contre argument.


     Cependant que dans la République de la reconnaissance universelle,  Elisabeth Borne choisit ceux qui sont dignes d'être cités et les "infréquentables" qui ne valent pas même la peine d'être nommés, si ce n'est pour les accuser d'invectives ou soutenir qu'ils ne vivent pas dans la même France que qu'elle. 

Pap Ndiaye veut indiscriminer les enfants de toute "race" et de toute couleur, c'est tout à son honneur, mais si leur âme ne contient rien à force d'avoir été entretenue dans le vide dont la nature a horreur, à quoi sert-il de promouvoir ces futurs citoyens à des places quelconques si ce n'est pour qu'elles soient occupées et pour les occuper! L'école de Pap Ndiaye, que certains accusent d'être un "Noir professionnel", prépare-t-elle une citoyenneté occupationnelle? Si le "choc d'attractivité" qui fait que l'on s'engage à devenir enseignant  se limite à être mieux rémunéré, est-on  à la hauteur des enjeux de la transmission? Délitement de ce pouvoir sans réalité, qui va jusqu'à doucher les espoirs des élèves, qui pourront certes avoir un corps plus sain dans un esprit malmené en faisant une demie heure de sport tous les jours à la place de la chorale et à partir de la rentrée prochaine, mais que "Parcours sup"empêche d'exercer les métiers qu'ils souhaitent ou de s'orienter comme ils veulent, nous faisant vivre une des formes de sélection les plus dures et les plus injustes dont la droite de Devaquet ou de Pécresse ait rêvée, à moins d'apprendre les codes à l'Ecole alsacienne, comme les enfants du ministre Ndiaye ou comme Gabriel Attal, un temps chargé d'organiser le service civique universel... A-t-on jamais vu un tel chaos? 

lundi 4 juillet 2022

Conversations sur Dieu (3)

@Pierre Durand, @Tipaza, @Etienne, merci pour cette conversation. Employer ce terme au début de ce commentaire me rappelle les remerciements émus que m'envoya mon ami de plume de regrettée mémoire, qui était plutôt  avare de compliments, lorsque je lui offris l'enregistrement dialogué que nous avions réalisé avec ma lectrice des trois volumes de "Conversations avec Dieu" de Neal-Donald Walsh, sorte de Platon américain qui ne fait pas que de la soupe quand certes en bon Américain, il promet que qui fait confiance à la voix de Dieu qui lui parle à l'intérieur et ne donne pas de prise à la peur en sera récompensé en ce monde par la corne d'abondance, mais il dit aussi (et pour moi, c'est la découverte la plus fondamentale de son livre) que "Dieu crée pour faire l'expérience de Lui-même" à travers nous. "C'est la première fois, m'écrivait mon ami, que l'on m'offre un livre sur Dieu."


Quand j'étais petit, j'ai retrouvé la foi que j'avais perdu précocement. Je l'ai retrouvée trop tôt, me croyant saisi d'un transport mystique dont je ne suis certes jamais revenu, mais c'était la découverte d'un enfant. Comme j'aimais déjà mettre des mots sur ce qui se passait en moi, je me mis en tête d'approfondir la foi que je venais de découvrir et de la consigner dans un livre que j'ai malheureusement perdu. Sur les conseils de ma tante, j'allais interroger des "sachants" dont une soeur, à propos du premier chapitre de cet "Approfondissement de ma foi" que j'escomptais écrire. Le chapitre s'intitulait: "Qu'est-ce que Dieu? "Mauvaise pioche", me dit la soeur qui était une catéchiste assermentée, il faut te demander "qui est Dieu". Respectant son autorité, j'admis cette douche froide et modifiai mon titre, mais restai sur ma faim. Car avant d'être personnel, Dieu est conceptuel, je suis d'accord avec vous, Pierre. Dieu est quelque chose avant d'être quelqu'un et pour ainsi dire, Il est quelque chose pour faire de nous quelqu'un. Comme la philosophie est un roman conceptuel à la lecture et à l'écriture duquel on reçoit quelques lueurs de sagesse, la sagesse étant "le féminin de Dieu" selon cette autre image de la Bible, son Verbe-enfant qui jouait sur la terre pendant qu'il créait le ciel et la terre. Cette idée du Dieu Créateur me parle, contrairement à vous. Et contrairement à ceux qui postulent une vie post mortem qui me fait plus peur qu'elle ne m'intéresse à l'approche de la cinquantaine, car j'ai le sentiment de n'avoir pas très bien mené ma barque et de m'être souvent trompé de priorités, je suis plus intéressé par "le sentiment d'innatalité" dont parle Rudolf Steiner (car d'instinct, l'homme n'a pas la notion du temps, mais il a la notion de l'éternité), que par l'immortalité de l'âme qui me fait l'effet d'une rampe de lancement pour nous aider à vivre le présent en l'orientant selon une finalité que l'on ne connaît pas, mais que l'on devine: réaliser ses potentialités dans la mesure du possible, certes, mais nos talents ne servent qu'indirectement à nous-mêmes, nous les avons reçus pour en faire profiter les autres, nous ne vivons pas de nos dons, c'est un capital à usage collectif, même si personne ne nous demande rien et que les gens s'usent quand on ne s'en sert pas; mais s'orienter vers le bien dans la mesure de la perception que l'on en a, essayer d'être heureux et de rendre heureux, et c'est sur ce point que mon bilan laisse  à désirer à ce tournant de ma vie, en cette crise de milieu de vie. Autant la quarantaine m'avait réveillé, autant la cinquantaine me secoue: "Qu'as-tu fait de ta vie ?" Pas grand-chose de valable. Et c'est en quoi la "puissance de la résurrection" me relance sur les feux de la rampe pour que je m'oriente mieux, pour que je me reboussole après m'être beaucoup désaxé par refus de la vie tout à fait conscient et métaphysique: j'ai bu pour oublier que je devais vivre et pour rendre cela supportable. C'est en quoi la puissance de la résurrection m'intéresse et j'aimerais m'en emparer, si ma morbidité toute germanique ne prend pas le dessus.


A l'être, tout comme vous, Pierre, j'accroche d'abord cette idée d'avoir une réalité. Est ce qui a une réalité. Jésus, qu'Il soit un personnage conceptuel comme le soutient Michel Onfray, ou un personnage historique comme le croient la plupart des gens (sur ce point ma religion n'est pas entièrement faite), Jésus a une réalité, car même à supposer que nous L'ayons fait exister, Il nous aide à vivre.


Jésus a une réalité, donc Il est. J'accroche la réalité à l'être, car il faut s'accrocher à la réalité. Mais aussitôt que j'ai dit ça, la parole qui le définit le mieux est cette réaction de fuite que Jésus a quand Marie-Madeleine veut l'étreindre, L'ayant reconnu ressuscité: "Cesse de me tenir". Jésus ne fuit pas comme une anguille ainsi que je fais à tous les conseils qu'on me prodigue. Jésus proclame qu'avant d'être ineffable (et j'ai un nom qui me rapproche de l'ineffable puisqu'il est presque imprononçable), l'être est insaisissable. La parole voudrait-elle le cerner qu'elle n'en aurait qu'un instantané. On ne peut pas mettre une image de Dieu dans la boîte, que ce soit Dieu qui nous ait créé ou nous qui  le lui ayons bien rendu, créant Dieu à partir de nos manques, comme le pense Feuerbach, ce grand théologien devant l'Eternel, sans plagier ce que Cioran dit de Bach. Et on ne peut pas non plus remplacer des "caricatures de Dieu" du passé par des images d'un Dieu désirable qu'on voudrait promouvoir, comme l'écrit StannRougier tout au long de ses livres. On ne doit pas nécessairement aimer la vérité qu'on embrasse, mais on doit embrasser la vérité que l'on découvre.


Et la vérité, comme vous le dites, Tipaza, c'est qu'on ne connaît pas notre finalité, la finalité de Dieu ni celle de la vie, si ce n'est qu'elle est un édifice à construire ensemble et à perpétuer. Saint Thomas d'Aquin dit peu de choses du mal quand il ne le considère que comme un manque à être. Le colloque singulier entre Dieu et le diable dans le livre de Job m'a toujours fait penser à "la partie de cartes" dans la pièce de Pagnol, je crois que c'est dans "Marius". Jung est plus conséquent quand il l'identifie comme l'ombre au tableau, car l'ombre est dans le tableau. Mais sommes-nous suivis comme notre ombre par notre ombre ou la suivons-nous? Voilà un premier choix à faire. Il est utilement complété par ce conseil de Jésus d'aimer notre ennemi, notre ennemi intérieur, non pas pour lui complaire ou pour le terrasser, mais pour lui faire la part de l'ombre, se réconcilier avec Satan, suggère Anick de Souzenelle, pour le faire entrer dans une espèce d'apocatastase intérieure où Origène croyait que Jésus est venu sauver même le diable en personne. "Il faut tomber dans les hérésies vers lesquelles tu penches", me conseilla très malicieusement un de mes meilleurs amis prêtres à qui je donne beaucoup de fil à retordre.


Non, le mal n'est pas un manque à être, il fait partie de la réalité. Mon amie Nathalie, qui est d'autant plus intelligente qu'elle n'aime pas lire, me dit un jour qu'il y a deux dieux, le dieu du bien et le dieu du mal, celui qui donne les maladies, car un  père ne rend pas malade, ce que Jésus abonde en disant que "si même vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père céleste donnera-t-Il l'esprit-Saint à ceux qui le lui demandent." J'ai toujours été interpellé par cette parole de Nathalie définissant deux dieux, qui exprime sous une forme pure la croyance des Manichéens. Je ne sais pas s'il y a deux dieux, mais il y a un Dieu dans lequel le combat du bien et du mal n'a pas voulu se jouer, d'où l'interdiction (mythique?) à nous faite de consommer du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Dieu ne voulait pas voir le mal, il préférait polariser dans "la coïncidence des opposés" ou "l'union des contradictoires" dont je crois que parle  Simone weil (à moins qu'elle s'en tienne à l'"union des contraires", mais elle est trop profonde pour cela). L'homme est combattif et a transformé en combat ce qui supposait une séparation en vue d'une réunion, chaque pôle étant aiguisé. L'homme a fait qu'il n'est plus possible d'éluder le combat  spirituel, excepté au terme du devoir de s'asseoir, il doit calculer s'il a de quoi payer. Et l'enjeu, c'est encore Michel Onfray qui m'en donne la formulation dans "Cosmos", supposant une ontologie des deux, à égalité, leur présence dans la réalité: est-ce que je veux être un prédateur ou être une proie ? Je préfère être du côté des proies que des prédateurs, mais je ne suis pas le sauveur des proies, sauf à me placer sur un des sommets du triangle infernal du sauveur, du bourreau et de la victime. Je ne suis pas le sauveur des proies, mais Jésus nous a  sauvés sur la Croix. Je suis l'indigne serviteur de ce Sauveur, si peu que vaille ma foi sur ce sol où je la ramasse. 

Dieu, essence et langage

Suite du dialogue précédent.


@Tipaza,


Vous ne semblez pas croire au diable, et pourtant mes tourments me persuadent qu'il existe un ennemi de nos âmes, qui ne veut rien de moins que leur destruction pure et simple, que cet ennemi soit allégorique, symbolique, métaphorique ou réel. Mais nous ne pouvons pas projeter notre propre mal à notre propre encontre, sinon peut-être à travers notre cerveau reptilien et les pensées rampantes qui le parasitent, comme sainte Thérèse d'Avila en parle très bien dans les "premières demeures" de son "Château intérieur". 


J'en veux à Gainsbourg qui m'a choqué par cette seule saillie (et par le fait qu'il ait demandé le concours de sa fille Charlotte pour consommer un "inceste" au moins artistique et d'autant plus réel qu'il se voulait symbolique): "Je ne crois pas en Dieu, mais je crois au diable." Et aussi parce qu'à deux jours de regagner Paris pour y mourir, il s'était installé dans l'hôtel de Vézelay sans mettre un pied dans la basilique, un des plus beaux lieux qu'il m'ait été donné de découvrir sous le ciel. Rien que pour cela, je pardonnerais à la Nièvre de s'être donnée François Mitterrand pour député parachuté.


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@Pierre Durand /04 juillet 2022 à 09:18


"Arrivé à mon âge je n'ai toujours pas compris ce que pouvait bien vouloir dire :

Jean 1:1  Au commencement était le Verbe (la Parole), et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu."


Je ne vais pas vous faire comprendre ce mystère, mais essayer d'y plonger avec vous dans la méditation. 


Le Verbe-Parole=en tant que Logos, sens de la Création, sa logique, puis l'articulation de cette logique en un langage qui l'explicite, Lui en vue duquel ou en miroir de Qui la Création fut érigée, Lui, le futur suprême Erigé, ressuscité: "Emparez-vous de la puissance de la Résurrection", écrivait le théologien alsacien  François Durwell (un peu trop heideggerien à mon goût). C'est pourquoi  le Verbe était "auprès de Dieu au commencement", non pour manifester le "pourquoi" ni comme des mots qui précèdent la pensée (car il n'y a pas de pensée sans langage), mais la parole met en mots la pensée.


Et pourtant il y a un mystère du langage et comme une antériorité de celui-ci à la pensée. Roland Barthes concevait l'écriture comme un mystère où l'on regarde passer le langage et où on se fait happer par ce passage, car tout à coup, les mots débordent de nous et on parle en ne sachant pas ce qu'on a dit. On pense par éruption, impulsion, comme un moteur à explosion. C'est ce que ne comprenait désespérément pas mon ami René Pommier ou cette autre infirmière antillaise wokiste avant la lettre me disant, comme j'écoutais sur "France culture" une émission consacrée à Roland Barthes, pourquoi je m'intéressais à cet auteur qui "parle un petit peu pour ne rien dire". Justement, il parle, car bien qu'il n'ait pas écrit de romans, c'est un écrivain. Et  l'écrivain, c'est celui quiregarde passer le langage. 


En sorte que si j'essaie d'exprimer tout cela par une analogie trinitaire pour ajouter au recueil déjà trop foisonnant de ces aperçus,  j'obtiens que Pensée est le Père; Parole est le Fils et Langage ou Musique est l'Esprit, car autre est la Parole et autre le Langage, même si la parole est issue du langage: "y a du roulis, y a du tangage." 


Musique ou Langage, car la musique est un paralangage, ou l'essence du langage est incluse dans la musique, ce langage qui planait au-dessus des eaux et raconte dans un souffle ce "pourquoi en sons et sans sens qu'est l'intermédiaire entre deux râles qu'est une vie humaine.


Denis Monod-Broca a raison de dire que "Dieu n'existe pas, mais qu'il est", et vous ne devriez pas le railler: "Vous confirmez que Dieu n'existe pas." Vous faites fi de son essence.  Encore faut-il embrasser l'être comme ce fleuve héraclitéen dans lequel on ne se baigne jamais deux fois, l'être dans sa fluidité, l'être dans son imprévisibilité et non dans son impassibilité: "Je serai ce que je serai, tu verras bien qui je suis, je me oue de toi comme tu devrais jouer ta vie, car je serai qui je serai, je suis l'être en devenir. Je suis l'avenir qui ne t'appartient pas et que tu ne connais pas. Je suis la surprise du langage des événements, la moins définissable des choses, la plus efficientement causale, donc la plus sans intérêt, et pourtant n'est que ce qui intéresse et inter-est. Je suis l'être en relation." Tel est Dieu, me semble-t-il.

L'innocence divine et l'innocent châtié

Je vous recommande ce billet de Philippe Bilger, d'une très grande sensibilité, assorti de ce mien commentaire beaucoup plus fruste:


Justice au Singulier: Woody Allen invente le licenciement divin... (philippebilger.com)


Ah, que j'aime votre billet, cher Philippe.


Pour commencer de le commenter de manière mondaine, je rappellerai que Laurent Dandrieu a écrit un livre sur Wa, intitulé "L'antimoderne". Je n'ai pas lu ce livre, mais j'ai eu le privilège de partager la table de Laurent Dandrieu, un homme très discret, assez solitaire, beaucoup moins flamboyant que moi dans sa manière de manger, de boire et de converser, mais très profond, qui nous dit qu'étant déjà un critique de cinéma expérimenté, il ne se voit plus s'infliger des films qui lui font perdre du temps, et WA n'est précisément pas un de ceux-là, c'est en quelque sorte un maître à vivre pour cet autre anti-moderne qu'est Laurent Dandrieu.


Francis James repris par Georges Brassens dit en un mot le plus grand scandale qu'on peut reprocher à Dieu de son vivant, tant qu'on n'en a pas la claire vision: "Pourquoi l'innocent bafoué, pourquoi l'innocent châtié?"


Ce n'est pas vous, Philippe, ni moi, qui, non contents de ne pas avoir demandé à naître, auriez imaginé qu'accédant à l'existence, vous devriez vous coltiner la responsabilité du péché originel de vos premiers parents à nous transmis. Ces parents que la psychanalyse (et c'est la pire de ses déconstructions, le plus grave de ses torts) nous a appris à déshonorer, en transgression du quatrième commandement, le seul assorti d'une promesse (non tenue): "Honore ton père et ta mère pour avoir longue vie sur la terre."


La liberté de l'homme, oppose-t-on au mystère du mal, quand du moins on essaie de le sonder, ce qui est à l'honneur des hommes d'Eglise qui le font. Tintin, oui. Surtout lorsque saint Augustin complète ainsi: "Dieu qui nous a créés sans nous ne peut pas nous sauver sans nous." Ah bon, il peut l'un et pas l'autre? Et ceci encore: Dieu nous a créés par amour, mais Il va nous juger. Juge-t-on ce qu'on aime? N'a-t-on rien de mieux à faire?


Un prêtre que j'aime beaucoup et qui a le discours le plus élaboré sur les fins dernières parmi ceux que j'accompagne pour des cérémonies de funérailles dit que toutes les religions s'imaginent un jugement dernier, donc que c'est une vérité anthropologique. Mais, rappelant la célèbre parole de saint Jean de la Croix, il ajoute que nous serons jugés sur l'amour, celui que nous avons donné et celui que nous avons reçu, car on ne peut donner que ce qu'on a reçu, affirmation qui me laisse perplexe. Mais il a raison d'ajouter que le véritable amour n'est ni dévorant ni fusionnel et qu'on ne peut pas éviter le combat contre soi-même. C'est sans doute la seule réponse à nos questions sans réponse. Je m'enlise de vouloir éviter ce combat. Et s'enliser, c'est enliser les autres.


Mais Dieu nous a envoyés son Fils pour nous sauver. Il s'est vidé de sa substance divine et s'est fait homme, "à l'exception du péché". Comme me le disait un chef de choeur que j'appréciais beaucoup, "nous ne sommes pas à un oxymore près." En effet, la nature humaine n'est pas déchue, mais elle est à demi pécheresse. Je crois dans la lutte avec l'ange, mais à la fin, ma raison s'inclinera, car je verrai Dieu, l'insensée bonté de Dieu, son Amour qui jettera bas toutes mes prises de bec intellectuelles qui ne m'en donnent pas la moindre idée.


Autre question que je suis à ma connaissance le seul à poser depuis plus de trente ans. Le même saint Augustin a imaginé un enfer d'éternelle combustion sans consomption, autrement dit un feu qui ne s'éteindra jamais et n'aura jamais fini de nous brûler. Mais un Dieu qui admettrait un enfer pareil serait pire qu'Hitler et que ses fours crématoires, qui n'a, somme toute, que métaphorisé cet enfer chrétien...


Dieu pardonnera aux hommes tous leurs blasphèmes et tous leurs sacrilèges, promet Jésus dans l'Evangile, à l'exception du péché contre l'Esprit. Qu'il Lui plaise que je ne l'aie pas commis, mais je sais que je ne l'ai pas fait. Je Lui fais confiance pour m'en préserver. 

mardi 28 juin 2022

L'intelligence de nos présidents

Inspiré par un billet de Philippe Bilger sur le même thème consultable ici:


Justice au Singulier: Un président de la République doit-il être intelligent ? (philippebilger.com)


D'accord avec  la presque totalité de votre billet, cher Philippe.


Charles De Gaulle mêlai la pensée et l'action comme un mythologue met un agir imaginaire au service de la fiction qui est son idée fixe, chez lui "la France éternelle" plus que la France universelle.


Je passe sur Pompidou sous lequel je suis né, que je ne connais pas assez et qui me paraît une incarnation aux avant-postes, presque par anticipation, des années fastes, des années 70, point culminant des Trente glorieuses, qui en profitait plus en consumériste qu'il ne cherchait à orienter la société de consommation ni ne la jugeait avec la lucidité des avant-gardes.


Giscard me paraît comme vous le dites, plus "un intellectuel de la politique" qu'un homme qui aurait surfé sur la vague du sociétalisme libertarien, comme on ne le disait pas encore, ou du libéralisme à l'américaine, un libéralisme "sociétal" à la fibre sociale.


Mitterrand a gouverné la France avec une rouerie de faux prêtre, ce qu'on a pris pour son florentinisme, mais les curés sont souvent florentins, pressés de ne pas être hypocrites et tellement pressurés par une discipline impraticable que l'absence d'hypocrisie est au-dessus de leurs forces, Larochefoucault les rassurant sur ce que "l'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu".


Chirac, "L'inconnu de l'Elysée" comme l'appelait Pierre Péan, nous reste une énigme, qui n'a pas peu aimé son pays, si l'aimer (ce qui n'est pas peu faire) a consisté pour lui, de crainte qu'ils ne vacillent, à ne pas bouleverser  ses équilibres sociaux qu'il sentait déjà fragiles.


Tony Blair définissait Nicolas Sarkozy comme un "énergéticien" et je crois qu'il avait tout dit. Son intelligence s'appliquait-elle à la résolution des crises ou était-ce celle de ses conseillers? Toujours est-il que le discours qu'il prononça au début de la crise des sub primes était lumineux et inoubliable de réactivité, même s'il acheva la mue de ce libéral en socialiste qui sauva à la fois les banques et les petits épargnants, selon l'adage reconnu par les libéraux eux-mêmes que "le capitalisme est la nationalisation des pertes et la privatisation des profits", tropisme connu des économistes, mais qui me suffoqua d'étonnement, tant il le mit vite en branle. Les tergiversations covidiennes de Macron ne peuvent que faire pâlir l'ombre de notre président actuel "par contraste" (locution servant de connecteur logique préféré de Pap Ndiaye dans sa "Condition noire"). 


François Hollande fut moins un "socialiste intelligent" (il ne fut pas même un tacticien habile) qu'un affectif, qui ne sut se séparer d'aucun éléphant trompeur du parti socialiste entre lesquels il avait  assez frétillé pour en assurer une synthèse harmonieuse, sauf lorsqu'il fut mordu aux mollets par Manuel Valls qui le pria de se priver de Montebourg et d'Hamon: ce n'est pas François Hollande qui aurait théorisé "les deux gauches irréconciliables" avant d'être provisoirement démenti par Mélenchon. Un affectif qui ne sut pas voir la nocivité d'Emmanuel Macron parce qu'il eut l'outrecuidance,  en sa candeur pusillanime et bénigne de "président normal" qui se croyait doté de "qualités exceptionnelles", de croire que "son ennemi, la Finance", l'aimait, lui qui "[aimait] les gens". 


Quant à ce dernier Macron, son intelligence qu'on croit à toute épreuve et qui n'éblouit que les rares fois où il fait des étincelles, loin d'embrasser la totalité du réel et de la complexité de ses ambiguïtés, fait avant tout de lui un homme plein de lui-même et en cela consiste son gouvernement, ambigu et manipulateur du "tout et son contraire" qu'on appelle le "en même temps" et qui, en psychologie individuelle, dessine le profil du pervers narcissique. 

jeudi 16 juin 2022

Macron, tel un soldat perdu

Ce qu'a fait Macron au cours de cette seconde semaine législative serait ridicule si ce n'était pas si grave. On dirait qu'il fonctionne en mode "De Gaulle soldat perdu".


Le moins qu'on puisse dire est que De Gaulle n'aimait pas les soldats perdus, au point de leur refuser sa grâce présidentielle, qu'ils aient voulu le dégauller ou non.


Et puis il y eut 1968. "Les Français sont lassés de vous", lui dit Sosthène, son propre fils, l'amiral De Gaulle, d'après son propre récit. J'imagine que le père arrogant lui a répondu: "Qu'en sais-tu, cher garçon?" (Ferais-tu une crise d'adolescence attardée?)" 


De Gaulle qui n'écoutait personne n'écouta pas son fils. La crise le cueillit en pleine impréparation et quand il fut en panique, il alla voir Massu.


Macron fit semblant de fêter 68 à l'Assemblée nationale sous l'égide de Rugy et son futur Homard-m'a-tuer.Mais tout en le fêtant, il commençait de réprimer les Gilets jaunes avec une violence inaccoutumée.


Puis il s'improvisa "chef de guerre". Il fallait absolument ne pas voter pour son adversaire xénophobe pour lui laisser faire son escalade anté Troisième guerre mondiale. Et ça a tellement bien marché que quand bien même Mélenchon (ou un thuriféraire de Nupes ou de Lfi "élu" premier ministre à sa place pour incompatibilité d'humeur avec le président) accéderait à ces hautes fonctions exécutives, il ne pourrait pas faire cesser cette escalade de guerre mondiale: il n'aurait pas la main, le président est chef des armées. Il fallait pratiquer un vote alternatif, toutes les guerres sont nées d'une escalade, mais  on a oublié. Et dans notre amnésie de mémoire immédiate, on a oublié que "le vieux Joe" avait menacé que les US allaient reprendre leur leadership sur l'ordre du monde, exactement comme Bil Clinton l'avait dit avant lui.  L'"en-même-tempsiste" qui nous sert de président anormal, avait eu beau jeu de déclarer l'Otan "en état de mort cérébrale" quand Trump ne voulut plus raquer: "Make the planete great again". Notre "génie des carpettes" se soumit au "Vieux Joe" (Robinette Bidon, le robinet est bidon, vive l'onomastique). Notre Fidel du plan détaillé corrigé par Brigitte et de la longueur des discours à l'exaltation insurmontable n'abondonna pas une rhétorique relativement pacifiste. entre la peste et le choléra, j'ai choisi la peste il fallait le choisir pour "avoir la paix", cette ambition aventureuse comme celle, pour une girouette, de ne pas être "dans le vent".


Cette semaine, notre génie des carpettes a fait plusieurs folies saluées comme issues de son génie irremplaçable:


-Il est parti en Roumanie (et même en Moldavie), comme De Gaulle en 68, désertant le champ de bataille social et national, pour la seconde fois de sa carrière de fuyard. Mais "avant de partir", il faudra bien" se souvenir que celui qui ne veut pas jouer les "Pères Noël" contre le créateur de "l'argent magique" que serait Mélenchon a dit qu'il ne fallait surtout pas voter "contre la République, c'est moi" (au nom d'une autre "République, non c'est moi" comme on dit à la récré). Il ne fallait pas se réconcilier avec la vraie gauche qui attendait depuis près de quarante ans de retrouver la vie à la faveur d'un congrès d'Epinay à l'envers. C'et le dernier coup de génie politique de Mélenchon qui, en ne se présentant pas aux législatives, perd non seulement toute probabilité d'être "élu" premier ministre, mais prépare la relève, sa relève. Sous peine, ajoute Amélie de Montchalin, que ce pays soit livré à "l'anarchie" et à "l'antisémiitisme" si on élit les adversaires d'"Ensemble" (c'est le retour des chars russes de Giscard et affidés), elle-même (la belle Amélie, agricultrice et hobereaude) ayant refusé au personnel des Ehpad avant le Covid que leurs revendications d'avoir un peu plus de temps pour laver leurs malades soient satisfaites, et surtout la dame s'affronte à un député, Jérôme Guedj, extrêmement ouvert, qui est peu soupçonnable d'antisémitisme puisque lui-même est juif, et qui à  titre privé a fait la bringue avec Jean-Luc Mélenchon et Edouard Philippe durant son stage d'énarque et du fait de ses amitiés dans le personnel parlementaire.


Macron nous fait trois mauvais coups en s'envolant pour l'Ukraine sous prétexte d'une visite dont il faudrait prouver l'urgence pour des soldats de l'an 2 campant je ne sais plus où et qui servait de faire-valoir à ce voyage impossible à différer en temps législatif.


-D'abord il nous refait le coup du "bon choix" à la Giscard sur le mode "C'est moi, moi et la fin du mois, moi, ou la fin du monde.Moi ou la gauche anarchiste"


-Et puis il part comme le "soldat perdu" De Gaulle paniqué en 68. Mais   Macron, qui lui aussi a vu sa tête au bout d'une pique, sait bien qu'en l'occurrence il n'a rien à craindre, lui qui est courageux, mais non pas téméraire.


-Macron, en allant voir Zelinsky, va visiter son double, le même membre de la société du spectacle où "le vrai est un moment du faux". Il va voir Zelensky, un président tellement tenaillé par l'urgence du malheur  de son pays que l'urgent est de faire le show.  Jouer son propre rôle dans la série "Serviteur du peuple" (ou "le Cercle des poètes disparus?".  Zelensky est tellement mobile qu'il Demande desarmes après avoir été pacifiste et s'être fait élire sur ce pacifisme contre ses adversaires russophobes. 


Zelensky est un homme du Spectacle. A preuve (mais comment le sait-il? Réservons-nous), le bien informé et satirique Pierre-Yves Rougeyron  le qualifie de même "homo cocaïnofestivus" que notre poupon Macron. (Bien sûr, je ne crois pas à ces rumeurs, c'est pourquoi je les colporte.)



La Russie, alliée de la France pendant tout le XXème siècle, est notre ennemie désignée et il est urgent que l'Ukraine entre dans l'Europe, entre dans cette communauté déclinante de l'Europe occidentale en tant que peuple mal ou pas du tout occidentalisé. 


La Turquie attend la validation de sa candidature depuis 1964. Pour l'Ukraine, ça devrait passer en urgence. 


La Communauté européenne, puis l'Union européenne, s'étaient fondées pour promouvoir "la paix perpétuelle" chère à cet utopiste de Kant dont s'inspiraient Jacques Delors, Robert Schumann et dans une moindre mesure Jean Monnet, le financier. 


La nouvelle Union européenne se fonde  à la faveur de la guerre et non pas contre l'Otan, mais appuyée sur elle. L'union européenne préfère l'Otan à l'Europe de la défense, comme il faut croire que l'Otan est l'armée de l'Onu.


Du temps de maastricht, traité pour lequel j'ai voté, on nous laissait entendre que la Russie intégrerait l'Union européenne. En fin de compte, ce sera l'Ukraine.


La dernière fois que mon frère Gilles vint me voir (c'était au temps où nous étions amis, mais nous le redeviendrons peut-être, l'avenir n'est pas écrit), je lui disais dans une espèce d'implosion mentale que j'étais absolument ravi que l'Alsace appartînt à la France vu que j'étais à peu près aussi antigermanique que mon père, ma grand-mère, Jean-Luc Mélenchon ou mon arrière-grand-père, mais que je savais très bien qu'il tenait à un hasard de l'histoire que je sois devenu Français. Mon frère, qui avait analysé avec beaucoup de pertinence les raisons de Poutine, me répliqua qu'il fallait laisser faire la même expérience au peuple ukrainien. Je n'y vois pas d'inconvénient, mais je suis aux premières loges pour observer cette expérience et je prie que l'on m'en croie. 


D'abord je n'arrive pas à comprendre comment on peut nous vendre un peuple résistant alors qu'un quart de la population de ce pays en guerre a fui son le terrain  d'enjeu. Pour aller où? Pour espérer quoi? Ma réponse est que le plombier ukrainien va remplacer le plombier polonais et contribuer à appauvrir les classes moyennes rendues indigentes ou faillies par la Covid et par la politique qui y fut inexplicablement attachée. Je n'imagine pas que tout un peuple ait eu l'idée d'une exode très loin de son pays pour ne plus jamais le revoir ou le reconstruire. J'imagine un complot. 


Les Ukrainiens appartiennent aussi à ceux qui forment les mafias très dangereuses des pays de l'Est (et j'ai été le témoin indirect de l'engagement très profond de #JéromeGuedj contre ces mafias. Témoin (très soft) en est aussi l'histoire des mères porteuses ukrainiennes contre lesquelles on n'allait tout de même pas instruire un procès en trafic d'enfants, puisqu'elles venaient d'un pays qui avait beaucoup souffert.


Enfin et pour revenir à ma toute petite expérience ou mon "misérable tas de secrets" personnel), le "timing" était extraordinaire où on me fit entendre qu'on voulait me mettre dehors. Mon immeuble, en plein centre-ville de Mulhouse, a été vide pendant cinq ans. L'Etat le réquisitionne pour y faire arriver des Ukrainiens. mon bailleur social a essayé (et essaye encore, nous sommes dans une guerre des nerfs) de profiter de l'arriver de ces Ukrainiens pour me grand-remplacer  en m'ayant d'abord menti sur la nécessité légale que je déserte le terrain, et maintenant en ne me procurant pas, parce que, m'étant renseigné, je refuse de le déserter,  les papiers qui me permettraient de toucher  mon allocation logements.


Il ne faut jamais faire de généralités. Mais l'expérience faite par les gens qui vivent avec les réfugiés ukrainiens au jour le jour n'est pas très favorable. Elle permet de dire à ceux qui la vivent, en désespoir d'être crus, que ces Ukrainiens ne sont pas propres. Mon aide e vie a vu un Ukrainien torse nu en pleine salle des machines à laver le linge et le voit régulièrement arpenter les couloirs dans cet accoutrement conforme à la conception  de ce qu'il faut porter au temps chaud en Ukraine. une taxi rencontré ce matin me demandait si, depuis que mon immeuble  était peuplé d'Ukrainiens, n'était pas en "bordel". "C'est que j'ai une amie qui a accueilli deux Ukrainiens qui vivaient chez elle comme à l'hôtel, se levaient à 11h, ne mettaient jamais la main à la pâte, avaient pris une chambre d'une des gamines  et  regardaient tout le monde de haut. Elle a fini par les virer." Moi, on veut me virer, et on est prêt d'y arriver: mon bailleur social ne renseigne pas la Caf sur les documents attestant que je paye mon loyer, ce qui me vaut de ne plus percevoir mon allocation logements depuis six mois, cependant qu'on paye tout à mes voisins ukrainiens, donc on m'entraîne à être  xénophobe. Et on n'en voit que le début: on nous parle de famine et de ne plus avoir de pétrole ou de gaz (à l'exception du gaz de chyste américain) parce qu'on excite l'ours russe... 

samedi 11 juin 2022

Le retour d'une vraie gauche, espoirs parlementaires

Les ruptures amicales ont cela de triste qu'elles mettent fin à des dialogues décennaux,  qui néanmoins se poursuivent sur des espaces impersonnels. Le Croissant de lune, dont les habitués de ce blog se souviendront certainement et que j'aimais à appeler "mon interlocuteur islamiste" (ou islamo-frériste), ne veut plus que je publie ses contributions sur ce blog qui est mon espace personnel. Je  signale seulement son dernier billet et publie ici ma réponse à son billet:


Tu contestes la viabilité du programme de Mélenchon. Je suis plutôt d'accord avec toi sur la retraite à 60 ans qui est anachronique, et j'ai également l'impression que Mélenchon arrose à tout va et a trouvé le secret de fabriquer de l'argent magique. Je ne me sens pas qualifié à discuter ce qu'il écrivait de la dette Covidienne lorsqu'il expliquait qu'elle était irremboursable et que, pour que la réalité de son insolvabilité prenne effet, il fallait que la banque de France ou que la BCE la rachètent. 


https://groups.google.com/d/msgid/info2-12/c54a3278-addf-158d-4b9b-e7af9e26f760%40numericable.fr.


"Tu ne veux pas de la victoire de Mélenchon, en quoi tu opines comme Marine Le Pen qui, faute de s'être préparée aux législatives sans lesquelles eût-elle gagné la présidentielle, elle n'aurait pas pu gouverner, envisage de voler de défaite en défaite comme Ségolène Royal en son temps et déclare se battre pour faire de la figuration. Remarque que Mélenchon a certes réussi un coup politique remarquable en faisant un congrès d'Epinay à l'envers, mais comme si c'était son dernier baroud d'honneur, c'est-à-dire en ne se présentant pas aux législatives, ce qui n'en fera pas le chef de sa majorité si la NUPES gagne, et ce qui permettra à Emmanuel Macron de nommer quelqu'un avec qui il sera plus compatible, y compris sur le plan du caractère, la dernière fable mélenchonienne étant que les députés NUPES ne voteront pas la confiance à un gouvernement dont Mélenchon ne serait pas le premier ministre: ses partenaires seraient trop heureux de s'en débarrasser et les souvenirs du totalitarisme au ton ordurier étant bien ancrés dans la figure d'Hitler, quelqu'un qui parle mal comme le font Mélenchon ou Le Pen, passera pour plus certainement totalitaire que quelqu'un qui gouverne et agit mal comme le fait Macron. 



Tu dis trois choses intéressantes dans ce billet: 



    1. "Je crois que c'est lorsque la droite est aux commandes mais aux prises avec une opposition de gauche hardie et forte qu'on obtient en France les plus grandes avancées et transformations sociales". Il y a un contre-exemple: c'est Giscard, qui fut le dernier président vraiment social que connut la France. Si je voulais te provoquer, ce qui n'est jamais complètement étranger à mes joutes avec toi, je te dirais que la dernière fois que j'ai vu faire un tel pari, c'était dans une conférence donnée par Emile Choufani, "le curé de Nazareth", à laquelle j'assistai depuis la zone industrielle de Mulhouse. Emile Choufani était Palestinien, Israël était sous un gouvernement Charon. Peut-on dire que Charon fut plus favorable aux Palestiniens que ne le fut par la suite la sotte droite de Netanyahou? Ce n'est pas complètement impossible puisqu'avant de tomber malade et après avoir provoqué la troisième Intifada en se rendant sur le mont du Temple ou sur l'esplanade des mosquées, cette dernière désignation convenant mieux au caractère arabe de Jérusalem Est, Charon se recentra en créant Khadima, et proposa un programme législatif qui n'aurait pas déparié de ce qu'annonçait Ehoud Barakà ses débuts comme premier ministre. 



    2. "L'électorat fait les députés et les députés ne font pas l'électorat." Il y a sans doute un peu des deux.  Mais il est vrai que même un Mélenchon a dû revoir ses positions sur la laïcité pour que son électorat ne soit pas un repaire de barbons et agglomère autre chose que des profs aux cheveux gris, blancs ou sales, se préparant à prendre leur retraite. 



    3. "Les gens du sens qui se trouvent épars en toute formation politique pourraient converger, rien ne les oppose les uns aux autres fondamentalement." L'archevêque de Paris, le rabbin Bernheim et la communauté musulmane ont fait "le front des religions" pendant "la Manif pour tous" bien que le cal Vingt-trois s'en soit défendu, préférant marquer qu'ils se rencontraient sur un terrain anthropologique, les deux pouvant se plaider. Moi-même je n'ai pas été fâché que les catholiques puissent se compter à l'occasion de ce mouvement auquel je ne participai guère, pensant qu'une vraie séparation des Eglises (comme on dit par facilité en intégrant la synagogue ou "l'Eglise musulmane") et de l'Etat commandait que les premières ne se mêlent pas d'interdire à celui-ci d'autoriser un acte civil unissant deux personnes du même sexe, et il fallait se porter sur l'interdiction de l'homoparentalité en s'en tenant là. Mais ici s'arrête la convergence de nos vues: tu ne feras jamais assez de jérémiades quand on demandera à une femme voilée de montrer son visage et je serais prêt à la défendre avec toi si tu acceptais de laisser vivre libres les femmes voilées et les femmes qui se baignent seins nus."

vendredi 10 juin 2022

"Le monde se retourne et l'Occident regarde ailleurs"


#Pierre-YvesRougeyron est un drôle de phénomène. Entre le satiriste un peu foutraque qui carbure à on ne sait trop quoi et le géopolitologue remarquable, juvénile, potache, pas spécialement bien formé (il[n'a] fait [que] l'école de guerre), mais  merveilleusement bien informé. Pierre-Yves Rougeyron, c'est le shit et le général De Gaulle, c'est les bouquins et la baston, c'est Sylvester Stalone et le souverainisme. Au début des années 2000 (le vieil auditeur de #Radiocourtoisie que je suis s'en souvient), il créait le #CercleAristote qui promettait de ne pas aller beaucoup plus loin qu'un cercle d'étudiants désireux de se former et de refaire le monde en buvant des coups et peut-être en fumant des joints. 


Pierre-Yves Rougeyron est souverainiste. Le souverainisme paraît une base un poil étriquée pour comprendre le monde. Mais selon le paradoxe de la pensée close dont je ne me lasse pas et qui est que, plus on le regarde par une meurtrière de son bastion et mieux on en voit les détails et on sait le comprendre et le penser, Pierre-Yves Rougeyron dément ce préjugé. A l'entendre vous le décrire et naviguer entre les diplomates et les pays, il y vogue comme un poisson dans l'eau en n'y faisant que des voyages immobiles, sauf lorsqu'il se rend au Cambodje pour visiter sa belle-famille.


Pierre-Yves Rougeyron, c'est le type qui vous dit que "l'Europe, on l'aime ou on la quitte" et que lui la connaît de l'intérieur pour avoir été (simple) assistant parlementaire de Jean-Luc Schaffauser. N'empêche que, quand il vous décrit le Parlement européen, la série "Parlement", actuellement diffusée sur #France5, a l'air d'être tout droit sortie de ses analyses. 


C'est le type qui a inspiré les #GiletsJaunes et introduit le seul élément avec lequel #MarineLePen a créé un électrochoc en 2017 quand elle popularisa sur le plateau de #LaurentRuquier la thèse de son livre sur la loi de 1973, qui révélait que Georges Pompidou régnant, il fut signé une loi interdisant à l'Etat français de recourir à la banque de France pour réaliser ses emprunts, lesquels ne devaient être souscrits qu'auprès du marché et des grandes banques où se négocient (et qui truquent) ses transactions.


Pierre-Yves Rougeyron est né en 1986, ce qui, aujourd'hui où il n'existe plus de grand corps d'Etat ni de grande école capable de former des non héritiers à une pensée complexe et complète de la réalité du monde, en fait un homme très jeune. Et pourtant, il connaît sur le bout des doigts ce qu'#AymericChauprade appelait les "constantes et les changements" de la géopolitique dans le dictionnaire sommatif qu'il rédigea en la matière avant d'être démonétisé.


Dans la vidéo que je partage, entre (environ) la 24ème et la 43ème minute, Pierre-Yves Rougeyron "repeint le Moyen-Orient", dessine un axe Tel-Aviv, Ankara et Riyad qui en assure le leadership,  fustige l'illusion occidentale que l'Iran et le Venezuela que nous avons tant maltraités vont abonder notre besoin en pétrole sans nous le faire payer très cher, note que la Chine (au pouvoir de qui il est de déclarer les US en faillite puisque la dette américaine est pour une très grande part détenue par elle)est obsédée par la souveraineté alimentaire, oppose en creux l'universalisme conquérant et sans idéologie de la Chine à notre "universalisme restreint", relate que l'Egypte libelle désormais  ses transactions en Yuan, la monnaie chinoise que ce pays voulait mettre en avant pour mettre fin à l'hégémonie du dollar. Il révèle qu'Israël est depuis l'ère Netanyahou et malgré l'occidentalisme    de Naftali Bennett tenté par le monde multipolaire et lorgne vers la Russie et la Chine. Il  conclut par cette phrase aussi péremptoire que celle par laquelle il déclarait que la guerre froide n'avait jamais été qu'une production hollywoodienne: "Le monde est en train de se retourner, mais l'Occident ne s'en rend pas compte. Il est dans un bug de la post-modernité où il ne sait faire que de la guerre froide ou des guerres de proxis. En Ukraine (où plus de la moitié de la communauté internationale et aucune puissance moyen-orientale n'approuve ses positions), il nous rejoue la guerre de Yougoslavie côté croate. C'est évident, l'Ukraine, c'est les Balkans, acte II."


https://www.youtube.com/watch?v=Egm-aptI5GY 

jeudi 2 juin 2022

Pap Ndiaye, ministre militant

Je suis en train de lire le maître-livre de Pap Ndiaye dans ses études françaises, "La condition noire", pour me faire une idée de cet intellectuel. Au vrai, il est plus proche de l'indigénisme que d'une histoire classique. Il se dit très attaché au "monde associatif" des Noirs de France qu'il fréquente "depuis quelques années", écrivait-il en 2008. Il fait de la socio-histoire à la serpe. Selon lui, "la race" n'existe pas comme catégorie biologique, mais ce concept imaginaire est très utile pour lutter contre la discrimination. Sous-entendu, les races n'existent pas, mais le racisme existe. "Les nations" sont aussi des "catégories imaginées". Elles reposent en effet sur des mythes fondateurs, mais faut-il tout démystifier? Pap Ndiaye est contre le "communautarisme", mais pour le "minoritarisme". Les Noirs sont minorés, allègue-t-il. Ils n'existent pas assez, Georges Dilinger aurait dit qu'"ils sont naturellement (sic) réduits en mminorité" (au sens ils seraient comme des enfants mineurs, à l'instar des femmes (esic)).

J'en suis au chapitre 3, qui dresse une histoire synthétique et pas assez fouillée des Noirs en France. Sous des dehors très scientifiques, on s'aperçoit qu'il n'y avait que peu de Noirs affranchis présents dans les ports négriers de la métropole, qui se rendaient souvent coupable de "rixes"; que certains entraient dans la domesticité de nobles dames où ils avaient remplacé les singes; mais que l'esclavage était interdit dans la France métropolitaine, ce qui a donné un désir de France aux Noirs américains qui découvraient au début de l'entre-deux-guerres cette absence de ségrégation.

En revanche, il y a toujours eu un peu les mêmes a priori contre les Noirs: on a souvent tenté de soumettre leur présence à une autorisation de l'amirauté; il y avait une police des Noirs dont on ignore quand elle a été abolie, car le XIXème siècle documente très peu la présence des Noirs en France: Pap Ndiaye ne cite pas Maupassant qui parle beaucoup des Tombouctou ou dont les héros de la nouvelle "Boitel" refusent la fiancée de leur fils parce que "tout de même, elle est trop noire", en quoi ils ne se distinguent guère des  "Noirs coloriste" que Pap Ndiaye étudie au chapitre précédent,  où les Noirs établissent entre eux une hiérarchie sociale, qui valorise les plus clairs et dévalorise les plus sombres.

Dès l'Ancien Régime, on ne permettait pas aux Noirs d'épouser une Française par crainte d'abâtardissement de "la race française". Plus de constantes que de changements dans une société qui craignait déjà l'hétérogénéité alors que les Noirs ne représentaient qu'"une part infime" de la population, comme le souhaitait De Gaulle.

Le wokisme me paraît un phénomène aussi naturel que le communautarisme, lequel est dangereux parce que "les sociétés multiculturelles sont multiconflictuelles" dans leurs "combinaisons identitaires" où les identités doubles ou triples priment les identités simples des mononationaux, qui n'ont qu'une voix dans leur pays, ce qui est une discrimination démocratique, et pas un endroit où se retirer. Quand j'étais petit, je m'étais imaginé un héros ancien esclave (je l'avais appelé Garmand Alain) qui avait réduit en esclavage tous les Blancs qui tombaient sous sa juridiction. Je jouais le rôle de cet ancien esclave, mais J'avais intériorisé la vengeance  que valait aux opprimés des générations précédentes ma culpabilité de Blanc (dire qu'on met maintenant des majuscules à Blancs et Noirs comme si ces noms de couleur désignaient des nationaux). On chercherait en vain un "privilège blanc" dans notre société.  

L'histoire de Pap Ndiaye n'importe-t-elle pas une "machine ressentimenteuse" au sein d'une Education nationale qui n'a pas besoin de ça? Et une histoire imaginaire où tout est socialement construit et où "le fait d'être noir" comme s'intitule le premier chapitre de son livre, se réduit au "fait d'être considéré comme noir", car il y a une limite à la négation du visible: c'est la couleur de la pigmentation. Pigmentation et segmentation doivent-elles devenir les deux nouvelles mammelles de l'école? Mais ma métaphore mammère est suspecte, car le lait est blanc...

En tout cas, Emmanuel Macron a bien su tirer la leçon de sa réélection. Il a moins nommé l'anti-Blanquer (je me garderais de dire l'anti-blanc) que celui qui réaliserait le contraire du modèle zemmourien de scolarisation. Pap Ndiaye s'inscrit dans la lignée des ministres militants à la Vincent Peillon. Moi qui n'aime pas des concepts comme l'"islamo-gauchisme", je crains avec Pap Ndiaye l'efflorescence tribale dans la République indivisible, qui a autant tort d'imposer son universalisme abstrait que de naturaliser des minorités avant qu'elles ne se sentent françaises et que ce sentiment ne soit leur plus petit dénominateur commun, ce qu'Eric Zemmour appellerait l'assimilation, pas moi, car je ne suis pas cannibale, je ne désire pas m'assimiler autrui. 

mardi 31 mai 2022

Le mystère Céline Pina

Les socialistes ne sont guère transcendants et Céline Pina, ancienne socialiste, ne semble être mue que par deux transcendantaux pour conjurer la mort: la politique et la créativité.


La politique est un leurre s'il s'agit d'accéder par elle à l'immortalité. Car elle ne permet "le dialogue des vivants et des morts" dont parlait Michelet pour définir l'histoire que jusqu'à ce que la mort s'ensuive, mort des civilisations ou mort de l'homme. On fait de la politique pour se survivre et pour des survivants, ses enfants, qui certes auront les ressources d'affronter les défis du monde qui leur sera contemporain, mais combattront en vain puisque l'homme et les civilisations mourront un jour et la mort des civilisations est plus certaine que la fin de l'histoire en laquelle a cru Céline pina, qui prolonge son combat contre la mort en pariant sur la culture. 


La culture est certes le fruit de la créativité, mais aussi d'un arbitraire, qui sacralise ce qu'il a sélectionné en une histoire du progrès humain indéfini. La culture produit un contre-modèle de sacralité qui n'a pas grand-chose à envier au sacré du fond théologique sur lequel Céline Pina refuse de penser, en tenante d'une laïcité antireligieuse, dont l'islam est la diabolique surprise, car ennemi de la créativité, dit-elle et comme tel, source d'arriération des sociétés qu'il a innervées.


Sur ce point il est difficile de lui donner tort. L'islam est ennemi de la créativité en ce qu'il est iconoclaste: il refuse les images du monde visible et du monde invisible, il réduit l'art à l'arabesque dont Baudelaire faisait pourtant le sommet de l'art. Il prétend protéger l'homme contre lui-même en créant des sociétés harmonieuses parce que dociles, et qui n'ont qu'à suivre un mode d'emploi. Mais ces sociétés harmonieuses sont très vulnérables, car ce sont des sociétés de surveillance, et la loi est toujours soumise à interprétation. Quand la loi est prégnante, les différences d'interprétation sont vécues violemment et engendrent de la violence.


Mais Céline Pina omet le paradoxe qui avait échappé au Bergson des deux sources de la morale et de la religion, à savoir que la pensée close est souvent plus féconde qu'une pensée ouverte, qui n'a pour horizon que de se croire large d'esprit. Une société close est fondée sur un texte, et la lecture d'un texte est inépuisablement créative, surtout si ce texte est sacré.


Céline Pina méconnaît aussi le tragique de la condition humaine, comme tous les socialistes (ou anciens socialistes) qui manquent de transcendance. Un musulman suit son din pour avoir un modèle protecteur. ET puis il s'en écarte, il pèche, comme tout homme s'écarte de ce qu'il voulait faire, pour arriver à des résultats diamétralement opposés à ses intentions initiales, dans une hétérotélie à laquelle il doit trouver du sens. Le chrétien croit dans l'ordre "à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair et à la vie éternelle". C'est-à-dire qu'il transfère la responsabilité de sa vie sur quelqu'un qui peut le sauver, a payé pour ses péchés et lui permet de recommencer sa vie comme s'il était une terre vierge, voire de récidiver si la grâce ne parvient pas à chasser le naturel. La rédemption chrétienne est un transfert de responsabilité, d'où la "culture de l'abus" dans l'Eglise. Le musulman qui finit sa vie dans le terrorisme et la violence cherche la rémission des péchés d'après un autre modèle de martyre où l'on donne sa vie en prenant celle des autres et en aggravant peut-être le mal par un autre mal dont il ne voit pas le caractère maléfique, car l'urgence, c'est la rémission des péchés. Mais pour un socialiste, il n'y a pas de péché et c'est en quoi il se trompe sur la condition humaine, car il faut conjurer la violence et le socialiste ne sait rien en faire, il ne sait que refuser cette autre violence sociale illégitime qu'est la peine de mort, héritée du droit de vie et de mort du pater familias sur ses enfants.


Céline Pina est une Manuel Valls ou une Elisabeth Lévy à la voix douce. Elle est la même, avec des idées opposées, que Rokhaya Dialo. Ce sont des femmes qui fustigent la violence des autres par refus de la violence et du péché dans l'être humain. Or leur paradoxe intime est de n'avoir pour raison d'être que d'avoir des ennemis et elles accroissent le degré d'hostilité dans la société. Chez Céline Pina, la conscience de l'hostilité est arrivée sur le tard. Elle est devenue xénophobe sans s'en apercevoir, en voulant intégrer les musulmans dans un modèle culturel où la religion se ferait discrète, dans une culture au ventre mou, alors que les musulmans ont une colonne vertébrale. Cette laïque de stricte observance serait même prête à des accommodements à la Pierre Manent. Mais son hostilité l'a emporté sur le désir d'accommodement. Elle parle comme Christine Tazin de "Riposte laïque", mais elle n'élève pas la voix, elle n'a rien de vulgaire et se voudrait romanesque. 

lundi 30 mai 2022

Nos femmes de président

Le sujet n'est pas  frivole . 


On regrette rétrospectivement l'air emprunté d'une Annémone Giscard d'Estaing nous souhaitant "bonne année" après et avant de s'illustrer dans des galas de charité, en robe de grand couturier comme toutes celles qui l'ont suivi et avec des manières de grande dame, non pas nécessairement sur le plan personnel encore que, mais elle avait la prestance de son mari qui n'avait pas le coeur Louis XV bien qu'il aimât chasser les princesses et les éléphants, et peut-être plus d'éloignement que lui pour le populaire. 


Annémone était tout de même plus proche du peuple  que Bernadette Chirac, croyait-on en 1986, jusqu'à ce que l'élection de son époux ne desserrât les lèvres  très pincées de cette conseillère générale de Corrèze, châtelaine classée de Bitty et habitant un appartement de 1000 mètres carrés à la mairie de Paris qui nous expliqua, dans un livre d'entretiens avec Patrick de Carolis, "Conversation", ce qu'avait de malheureux son mariage balzacien avec un homme non amoureux qui promettait de limiter ses ambitions à la préfecture de Corrèse et de ne pas faire de la proximité de Geoffroy de Courcel avec le général De Gaulle un marchepied pour sa carrière ministérielle.


Les épanchements de Bernadette Chirac rompirent de manière inattendue avec l'hypocrisie bourgeoise dont on croyait que cette première dame était l'incarnation et contrastèrent avec l'étrange alliage qu'au nom du militantisme de l'une et du machiavélisme de l'autre cherchant dans son couple une garantie de respectabilité, forma le ménage Mitterrand, elle à la tête de "France liberté", soutien de Fidel Castro et du PKK kurde, mais aussi actionnaire de la G7 qui exploitait les taxis parisiens, et lui florentin, plus volage que magnifique, et ayant poussé la goujaterie jusqu'à promettre à Anne PIngeot la maison de Latche avant de la réserver à sa famille, ce dont elle conçut une des plus grandes blessures de son histoire d'amour, comme elle le relata dans les entretiens "A voix nue" sur "France culture" avec Jean-Noël Jeanneney.


Madame Pompidou s'est confinée dans deux strates apparemment peu conciliables:  celle de la promotion de l'art contemporain et de l'action caritative, avec la création d'une fondation s'investissant dans les hôpitaux dont j'ai toujours pensé que celle qui la dirigeait eût fait oeuvre plus utile en influençant directement et activement son époux sur la politique de santé publique, dont je ne sache pas, pour en avoir bénéficié, qu'à l'époque elle  ait été en rien désastreuse; mais le mal qui devait ronger l'hôpital couvait certainement sous la cendre et Claude Pompidou aurait dû le prévenir, comme il n'aurait pas dû incomber à Bernadette Chirac de présider dans le même esprit où la femme colle les rustines de la politique que son président de mari ne veut pas assumer, la Fondation hôpitaux de Paris, pour laquelle il était indécent de la voir collecter des pièces jaunes comme une mendigote qui n'a jamais payé son loyer où qu'elle habite, Brigitte Macron lui ayant succédé à la tête de cette association caritative, pendant que son époux, en plein Covid, nommait Jean Castex premier ministre, un des fossoyeurs de l'hôpital public comme directeur de cabinet de Xavier Bertrand, afin qu'il pût continuer sa tâche de démamntellement en supprimant des lits ou en suspendant le personnel soignant non vacciné sous couvert de Ségur de la santé. Les femmes de président sont décidément bien inutiles quand elles ne jouent pas un rôle direct.


Est-ce pour le jouer que Brigitte Macron come Cécilia Sarkozy avant elle participent à des réunions de cabinet où ne devrait être présent que le ministre ou le président en exercice? On sait de moins en moins cacher sa vie privée tout en revendiquant l'étanchéité des frontières entre icelle et la vie publique, comme si la petite histoire ne s'était jamais intéressée qu'aux favorites, qu'elles soient épouses ou maîtresses, et nos présidents de la République sont des monarques républicains.


Brigitte Macron, j'en ai toujours eu l'image d'une groupie calmant son exalté d'époux éternellement élève, démesurément impressionnée par une intelligence jupitérienne dont ne nous parviennent que des éclairs assez rares, en dehors desquels il n'est pas particulièrement bon orateur ou bon comédien. 


Je me l'imaginais penché sur Emmanuel Macron et non pas corrigeant ses discours ni ne le tançant sur ses longueurs, mais s'assurant qu'il avait formé un beau plan détaillé pour préparer son propos et y trouvant toujours à redire.


Qu'elle ne soit pas une conseillère de l'ombre serait plutôt de nature à me rassurer, mais les livres qui ont paru sur le couple présidentiel nous la montrent s'agitant beaucoup, et parfois auprès de personnes peu recommandables, pour assurer l'ascension de son aigle en n'oubliant pas de faire briller sa propre légende.


Nos femmes de président chantent et font chanter les anciens dans les Ehpad. Leur chanson préférée est celle de Barbara: "Si la photo est bonne." A quoi elles ajoutent parfois, derrière Carla Bruni: "Tu es ma came, mon Raymond." 

mardi 24 mai 2022

Damien Abad ou la misère sexuelle

Dans tous les médias, on fait des gorges chaudes à propos de damien Abad. Je ne sais pas du tout ce qu'il faut penser de cette affaire. En général, dans ces questions intimes, les deux personnes, dont il faut choisir une parole contre l'autre, ont raison de leur point de vue. Ces femmes paraissent sincères et Damien Abad ne doit pas être inauthentique dès qu'il sort de la sphère politique. Le récit de Margo montre un homme indélicat envers une jeune femme un peu déboussolée ou écervelée, a-t-on le droit de le dire? Mais qui peut assurer qu'il n'a jamais été un peu trop brutal au cours d'une nuit passée avec une femme, même avec une femme qu'on connaît et connue et aiméedepuislongtemps? Quand ça m'est arrivé (car ça m'est arrivé), ma compagne me l'a dit et je lui en ai présenté mes excuses. Qui raconte ses nuits d'amour devant la machine à café? 


Abad est handicapé, ça ne l'empêche pas d'être trop entreprenant, et ça montre qu'on a choisi à deux reprises des ministres handicapés qui ne tenaient pas la route pour s'occuper du handicap. "On ne peut pas montrer plus grande paresse intellectuelle", a dit Julie-Marie Leconte sur "France info" à la nomination de Damien Abad à ce poste ministériel. Trahir son camp pour être assigné à larésidence de son infirmité, il faut beaucoup aimer les lentilles pour trahir son ancienne famille politique pour des lentilles de cet acabit-là. 


Michel Gilibert a déçu, car il détournait à son profit de l'argent pour une association dont il était responsable, l'affaire a éclaté pendant qu'il était ministre. Damien abad paraît avoir un certain penchant pour des "comportements inadéquats" avec les femmes qu'il veut séduire tout en ayant une compagne, c'est sa vie. Mais il y a un coin du voile qu'on ne soulève pas et qui est pourtant révélé par cette affaire: c'est la misère affective et sexuelle de certaines personnes handicapées.

mardi 17 mai 2022

Macron ou le progressisme immoral

En réponse à cet article de Christian Vanneste:

https://www.christianvanneste.fr/2022/05/08/complotiste-populiste-non-democrate-et-lucide-ii/?
S’il fallait dresser un tableau du mal que nous fait le macronisme, il illustrerait la révolution des mentalités qu’il a sinon produite, du moins couronnée. -Abâtardissement de la langue, ce “système en équilibre”, qui neutralise la victoire (en réalité neutre) du masculin dans la grammaire pour, soit ignorer le genre, soit faire que le féminin l’emporte dans des désignations aussi banalement prestigieuses que celle de premier ministre, où le premier devient première. -Algorithmisation d’un homme-machine qui accepte cette sujétion à des items, et sa segmentation dans des “minorités” en perpétuelle lutte de reconnaissance, qui masquent son déclassement. -Perte de tout esprit critique sous prétexte de lutte systématique contre les préjugés, qui ne sont pas toujours faux, mais qu’il faut vérifier, vérification exclue par “la société du spectacle” pour laquelle “le vrai est” toujours “un moment du faux”. -Cette perte de l’esprit critique est particulièrement sensible à l’école où, sous prétexte de distinguer savoir et croyance, on déconstruit la connaissance, non pas au sens d’une déconstruction foucaldienne qui ne consiste à rien d’autre qu’à faire “l’archéologie du savoir” ou, à la manière de Nietzsche, la généalogie des connaissances pour savoir comment les représentations découlent les unes des autres, entreprise honorable. Mais il s’agit de “séquencer” l’esprit des élèves (ainsi l’entendent les instructions officielles écrites dans un jargon innommable), pour qu’avant que la culture ne mette de l’ordre dans leurs idées, toutes les disciplines se confonde dans les méandres de l’interdisciplinarité: ainsi on n’enseignera plus méthodiquement la grammaire, mais on enseignera des points de grammaire dans des séquences de Français au hasard de “prélèvements” réalisés dans des textes. De sorte que l’élève soit incapable d’une pensée structurée et d’un agir qui le soit davantage. Le phare de la pensée des ados de droite, c’est Mila, déscolarisée parce que persécutée après avoir dit (bêtement) que l’islam était de la merde, et la Jeanne d’Arc des ados de gauche est Greta Thunberg, déscolarisée pour faire honte à la génération qui l’a précédée de ne pas avoir suffisamment veillé sur le climat. Les hommes préhistoriques croyaient que les rois primitifs faisaient la pluie et le beau temps. Nos derniers roitelets aiment les écervelé.e.s qui ont tellement perdu l’esprit critique qu’ils croient à pareilles fariboles. Dissolution de la pensée dans “la fabrique des crétins” chère à Jean-Paul Brighelli même si je n’aime pas à parler de la sorte, mais dissolution de l’action, qui fait que les mêmes ne veulent être ni médecin ni manoeuvres et qu’ils ne sont pas industrieux, parce qu’un Etat qui a choisi le chômage et le nivellement par la médiocrité préfère tertiariser le plus clair de ses citoyens-administrés-consommateurs, faire de la Chine l’usine du monde et importer les travailleurs pour faire malgré tout les basses besognes nécessaires plutôt que d’encourager ses enfants à s’orienter vers les métiers de l’excellence intellectuelle ou manuelle pour assurer le bien commun de leur pays. “Le gouvernement du peuple est devenu l’Etat de droit” et l’itinéraire de l’enfant gâté Macron qui rempile dans des conditions que vous décrivez très bien signe la décadence de la bourgeoisie qui, après avoir perdu la bataille des valeurs au point d’adopter celles qui devaient la détruire, ne défend plus aucune valeur qui ne soit fiduciaire, numérique ou technique, en sorte qu’on se demanderait vainement de quoi le progressisme macronien pourrait bien être le nom si l’on n’y répondait par ces trois adjectifs et quelques autres du même acabit, où il faudrait faire une part au casino auquel joue l’économie des spéculateurs et des start-upeurs, ces rois du produit conceptuel et virtuel qui ne se rendent pas compte qu’ils vendent du vent. “Parce que c’est notre projet”… que ce progrès-là. Les Ukrainiens que je vois venir ici, indépendamment de leur malheur et exception faite de la compassion qu’on doit à celui-ci, sont des Russes mal occidentalisés. La perte de notre esprit critique nous a rendus incapables de dresser pied à pied le tableau du quinquennat calamiteux de Macron, ce qui aurait pu être fait par les journalistes et qui aurait dû être fait par son adversaire du second tour lors du débat où elle s’est laissée humilier une fois de plus parce qu’elle n’a pas de colonne vertébrale. Ce qui tient l’édifice est la peur dans la société “phobophobe” où l’on a commencé par critiquer les phobies parce qu’on confondait la haine avec la peur. Puis on a dit que la peur était le contraire de l’amour. Puis on a gouverné par la peur et les apeurés de la peur n’ont pas vu que leurs gouvernements tremblaient ou faisaient semblant de trembler. Ce n’est pas parce que la menace d’un complot permanent fait le fond du paranoïaque que le complot n’est jamais possible et ce n’est pas parce qu’on se sent persécuté qu’il n’y a pas de persécuteur. Quant au populisme qui devrait désigner la démagogie, le mot pris en bonne part devrait être le synonyme de la démocratie, si les populistes en intégrant leur disqualification n’avaient pas flatté ces deux passions tristes que sont la xénophobie et le mépris des élites, qui ne sont pas par définition opposées au peuple, même si l’entre-soi des “sachants” gagne à mesure qu’augmente la distance entre l’usage qu’un utilisateur sait faire de son outil et l’incapacité où il est de décrire comment il est fait, entre la technicité de l’usager improductif et la scientificité de l’ingénieur qui a programmé jusqu’à son obsolescence, loin des moyens de production et des forces productives. De quoi le progressisme macronien est-il le nom? D’un progrès purement matériel et donc immoral.

lundi 16 mai 2022

J'adore Elisabeth Borne

Vous avez aimé Macron I? Bienvenue dans Macron II, un mandat annoncé come différent par le président transformiste et qui commence sous les auspices de la continuité.

     Vous aviez aimé l'hôpital malade de ses réformes technocratiques? Macron avait nommé #JeanCastex en plein Coronavirus pour vous récompenser de cet amour, autant dire un des fossoyeurs de l'hôpital public. C'était une carotte donnée aux soignants, car l'homme était aimable. Ils l'ont croqués et se sont sentis récompensés d'avoir été "en première ligne" au pic de  l'"épidémie",  sous les applaudissements de la foule en délire tous les soirs à 20h, car la foule est moutonnière. Un peu plus tard, Castex foutait les soignants non vaccinés dehors pour aggraver le mal de l'hôpital. Mais il avait un accent chantant, l'accent de #JeanLassalle qui faisait tout passer et tout passa. Mais les deux hommes avaient beau être des bergers des Pyrénées, pas des "bergers à l'Elysée" (Macron ne l'aurait pas permis) et #JeanCastex n'était pas #JeanLassalle: quand sa vallée était en danger, #JeanLassalle faisait une grève de la faim;  #JeanCastex préférait aggraver la situation de l'hôpital public, des urgences et des soignants pour éviter les grèves. Il inventa cet adage: "Pour être admis à l'hôpital, soyez malades et vaccinés."


      Vous avez aimé la suppression des petites lignes à la SNCF? Vous adorerez #ElisabethBorne, comme les cheminots qui se réjouissent déjà de négocier avec elle sur la recréation de ces petites lignes à supposer qu'elle ait jamais lieu, car tout de même, le train est plus écologique que la voiture.


      L'écologie, elle l'a découverte en devant sauver le soldat Rugy qui faisait une gastro quand il mangeait du homard en célébrant mai 68 à l'Assemblée nationale (cherchez l'erreur!), puis fut envoyé en renfort du macronisme dans le ministère d'où il sera bientôt évincé par Mme Borne, pour faire oublier la démission de M. Hulot, soupçonné d'être un peu trop entreprenant avec ces dames, surtout quand elles étaient les petites-filles de #FrançoisMitterrand. 


     Autant il pouvait y avoir une continuité entre le management de la RATP et la réforme de la #SNCF, autant on n'a pas senti la fibre écologique d'#ElisabethBorne, aujourd'hui chargée de chapeauter la "transition écologique" de façon "productiviste", pour mêler les deux critères qui ont présidé au choix de cette "première ministre" (sic:  il faut ainsi parler pour que le masculin ne l'emporte jamais, même pas dans la grammaire, préférer la langue inclusive).


      Vous avez aimé la révolution bourgeoise qui permit, à droite comme à gauche, de parler de "faux chômeurs" pendant les déjeuners dominicaux sans se boucher le nez et sans le faire sur le ton transgressif de la confidence un peu honteuse et gênée? Vous avez aimé #LaurentWauquiez fondant la #DroiteSociale en parlant de "cancer de l'assistanat", puis promu au ministère du travail pour y punir les chômeurs refusant plus de "deux offres d'emploi raisonnables", la raison pouvant passer de l'acceptation d'un poste d'ingénieur à celui d'horticulteur, puis sous Macron d'horticulteur à serveur de restaurant à Montparnasse en traversant la rue ou en acceptant un boulot à 150km de chez soi au nom de la flexi-mobilité? Quel mal y avait-il puisque les chômeurs ne sont rien et sont tout juste bons à encombrer les gares? Vous avez aimé les pauvres qu'il fallait "responsabiliser" en cessant de dépenser pour eux un "pognon de dingue"? Vous avez aimé la réforme de l'assurance chômage portée par #ElisabethBorne et basée sur la baisse des indemnisations en même temps que sur la radiation des "faux" chômeurs? Vous adorerez la réforme des retraites et tout ce que fera #ElisabethBorne à qui les syndicats ne font même pas semblant d'accorder un état de grâce.


Mais j'y pense: #ElisabethBorne ne peut pas ne pas être adorée puisque c'est une femme et une femme adorable, gentille, affable, chaleureuse, issue d'une de ces minorités visibles (plus de la moitié de l'humanité) et opprimées qui n'ont accédé au sommet de l'exécutif que deux fois en près de 65 ans de Vème République. Je fais amende honorable et entonne à son intention l'hymne féministe de Franck Michael, "Toutes les femmes sont belles", qui fait un tabac dans tous les EHPAD, où je ne doute pas qu'on souhaite la bienvenue à #ElisabethBorne en s'applaudissant de sa nomination. Je m'en applaudis également, car j'essaie de garder un reste et un vernis d'éducation, mais j'assure mes arrières en me promettant de voter pour la gauche plurielle aux législatives qui viennent, quelles que soient mes réserves sur Jean-Luc Mélenchon qui passera la main et ne sera jamais nommé premier ministre, puisqu'il ne concourt pas à la députation. 

jeudi 12 mai 2022

Mélenchon ou le coup d'Etat caractériel d'une union désespérée de la gauche

Personnellement, je n'ai jamais douté que Mélenchon était un caractériel, pas plus que je ne me suis imaginé que voter Marine Le Pen au second tour de la présidentielle comme je l'ai fait soit faire autre chose que choisir le choléra contre la peste, même si je trouve que, depuis qu'il a gagné l'élection présidentielle, #EmmanuelMacron, faute d'être devenu un nouveau président pour un nouveau peuple, fait preuve d'une certaine élégance, ce qui n'engage à rien, voire d'une certaine vision européenne présentée avec une autre allure . 


Je trouve Mélenchon génial d'avoir idolâtré Mitterrand pour lui avoir fait, vingt-cinq ans après la gauche plurielle injustement renvoyée à ses chères études, un coup de Jarnac ou un congrès d'Epinay à l'envers (ou un coup de Latché promis à Anne Pingeot et finalement rentré dans le trousseau patrimonial de sa famille légitime).


Je ne me fais aucune illusion sur le caractère d'autocrate de l'idolâtre Mélenchon ni sur sa personnalité de caractériel à probables crises de violence qui ne doivent (ou ne peuvent presque) pas être que des emportements verbaux, tant le type se déchaîne", se contrôle mal alors que "l'Avenir dure longtemps" comme aurait dit Louis Althusser, qui aurait pu être son vieux maître s'il avait été un peu plus jeune.  


Ou pour le dire plus politiquement, je me fais peu d'illusions sur sa capacité à être "élu premier ministre" au lendemain des prochaines élections législatives, même si sa formule est trop injustement moquée: c'est toujours le chef de la majorité législative qui a imposé sa personnalité ou son poulain au président de la République cohabitant qui nomme certes à la lettre le premier ministre, mais na jamais contrarié le choix du gagnant, n'eût-il pas concouru pour lui-même, comme Balladur; et le mérite serait d'autant plus grand si Mélenchon construisait une coalition cohabitante en deux temps, trois mouvements, plus vite que "la Gauche plurielle", qui eut tout le temps dessiné entre l'élection de Chirac et la nomination de Jospin pour se faire et se refaire, mais si "Chirac n'avait pas dissolu" comme disait Jacques Faisan, la "gauche plurielle" ne serait jamais revenue aux affaires. ..


Je ne me fais aucune illusion sur la liberté d'opinion au sein de "la France insoumise" dont le leader (sic) se fait pourtant le chantre de la liberté d'opinion et de l'hostilité envers le pouvoir personnel. Mitterrand son idole s'est aussi parfaitement adaptée au costume de la cinquième République contre laquelle il ne lutta pas seulement en écrivant "Le coup d'Etat permanent", mais en s'entourant d'une multitude de juristes qui ne couvrirent ensuite que les moeurs de cour de ce monarque républicain. 


Je ne me fais aucune illusion qu'en Mélenchon, ne sommeille une sorte de dictateur vénézuellien à la gouaille avinée.


Et pourtant je voterai tel une dupe pour son candidat des NUPES (nouvelle union populaire écologiste et sociale), d'abord par cohérence intellectuelle et j'y tiens beaucoup; ensuite parce que Mélenchon a beau nous promettre qu'il va raser gratis, il a le mérite de nous faire rêver, le blaireau, la barbe! Il a beau être le représentant imberbe d'un improbable humanisme caractériel, j'ai envie de parier sur son côté humain, d'où mon vote à contre-sens ou à contre-courant comme je l'ai toujours fait, mais je ne suis pas un homme du monde: j'ai mon petit côté mondain, mais je suis un piètre prévisionniste.


Enfin, je vois qui le défend et qui l'attaque au sein de son ancien camp politique. L'attaque #FrançoisHollande, dont il a mis à nu toutes les turpitudes par insuffisance et incompétence. S'indignent contre lui #ManuelValls et #BernardCazeneuve qui quitte le navire du PS en claquant la porte de la cale, tandis que son ami ex-premier ministre #ManuelValls  est trop nerveux pirate pour se faire recaser sans se faire recaler (j'ai dit pirate et non corsaire, VAlls n'a pas le sens du bien commun). 


Hollande, Cazeneuve et Valls ont prospéré sur le deuil national, qu'ils ont assimilé au terrorisme sans jamais remettre en cause leur stratégie en Syrie, ni le fait qu'ils interdisaient aux djihadistes français de combattre aux côtés des tombeurs de Bachar, comme eux-mêmes au nom de la France, et comme Fabius qui nous représentait, et disait que cet homme (Bachar) "ne méritait] pas d'être sur terre(. Car les néocons comme HOllande, FAbius, Cazeneuve ou Valls  avaient des idées très libres sur qui devait vivre et qui devait mourir), mais voulaient aussi faire refroidir le climat, nous dit-on, qu'il fallait rendre plus tempéré en assassinant tous ses ennemis.


Lionel Jospin en revanche, qui a été injustement démis par une vague lepéniste à laquelle je n'aurais pas dû participer en 2002 au nom de la démocratie directe (et je le regrette),a reconnu l'un des premiers (et sans arrière-pensée contrairement à Ségolène Royal), que Mélenchon avait su s'imposer, non pas nécessairement du fait de son score au premier tour, mais par sa tactique du "vote efficace" qui ne devait pas être confondu avec le vote utile, comme le leader naturel de la nouvelle "gauche plurielle" qui reste l'avenir de la gauche et, je crois, à ce stade, de la France.


https://www.lepoint.fr/politique/la-verite-sur-m-melenchon-11-05-2022-2475239_20.php


Est-ce que "Le Point" envoie une boule puante à Mélenchon à la veille des législatives en attendant que Gernelle, le condisciple de Macron à l'ENA, reprenne avec lui sa complicité comme il l'a fait le lundi qui suivit le premier tour de cette élection présidentielle, ou comme #Mediapart le fit à deux jours de l'élection présidentielle de 2017? Sans doute "le Point envoie-t-il une boule puante légèrement conservatrice avant de grincer en se pinçant tout au long du quinquennat futur.


Mélenchon aurait varié sur l'enseignement catholique, l'accuse le journal de l'ami du président, mais au fond, quelle importance? Sur l'Europe, il a soutenu les mêmes idées que #MarineLePen sans qu'on lui fasse jamais grief de vouloir quitter l'Europe ou renégocier les traités: "L'Europe, tu la changes ou tu la quittes", avait dit Mélenchon un peu comme Le Pen Bécassine, c'est sa cousine. Variante cinq ans plus tard: "Tu lui désobéis." Tout ça est du pareil au même.


Mélenchon a été ridicule d'avoir titré un de ses principaux articles: "Il a la classe, notre Tsipras" pour défendre le premier minstre grec qui s'est soumis comme personne aux velléités de la troÏka qui étouffa son pays. Quiconque l'avait entendu défendre sa candidature à la présidence de la Commission européenne sur toutes les chaînes de l'Union ne pouvait que s'attendre à ce que ce pâtre grec trahisse les ambitions de rendre à son pays la dignité endettée de sa gestion souveraine moyennant un référendum consultatif à la Chirac version 2005.


Je me souviens d'un Mélenchon tellement antireligieux qu'il osait attaquer le Dalaïlama au Tibet au nom de son mépris du monachisme et d'un maoïsme résiduel, se combinant en un fond de sauce assez rance avec le trotskisme entriste de sa jeunesse, si tant est que quiconque soit capable de dire ce que recouvrait le trotskisme chez les militants ayant quitté l'activisme pour entrer en activité politique. Seul Krivine a dû rester à peu près pur, paix à son âme!


Je n'aime pas le robespierrisme de Mélenchon, car le robespierrisme est un terrorisme, qui a un lien avec l'islamisme prophétique, qui s'est imposé par la force en un siècle à la moitié du monde connu, à l'exemple du monde romain qui y a mis plus de temps, mais exactement comme les guerres napoléoniennes ont essayé d'imposer avec moins de succès, pas tout à fait circonscrit à l'Europe, l'idéal révolutionnaire.


Je n'aime pas le castrisme ou le guévarisme mélenchoniste, mais je reconnais qu'il est dans la tradition sartrienne, beauvoiriste et danièle-mitterrandienne, ah ce charmant "vieux" atlantiste que Mélenchon a tant aimé pour le renier sans "droit d'inventaire", puis pour l'imiter avec plus de culot que n'en aura jamais Jospin, qui piqua une crise de thiroïde le jour où il se dit fier d'avoir des communistes dans son gouvernement. Mais Mélenchon n'a pas mangé son chapeau comme Cambadélis, analyste de la gauche devenu par inconséquence hollandienne premier secrétaire du parti socialiste. Et c'est à l'honneur d'#OlivierFAure d'avoir rompu avec les fossoyeurs du parti socialiste dont son mentor Hollande et Valls le menteur!