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samedi 15 avril 2023

La défaite des syndicats ou la fatalité dans l'erreur?

Posté sur le blog de Philippe Bilger au pied de cet article:


Justice au Singulier: Un président trop pressé et des Sages bien trop sages... (philippebilger.com)


Non seulement les "sages" ou les "singes" (Sylvain) du Conseil constitutionnel se permettent de juger les "conditions du débat" (Marc Ghinsberg) (donc le Conseil constitutionnel est anti-Nupes), en quoi ils montrent le dévoiement et non "la carence politique" (PB) d'une institution   dénaturée par la question prioritaire de constitutionnalité si chère à Jean-Louis Debré et qui ne devrait pas recaser de vieux ministres à la retraite (qu'est-ce que 64 ans pour des gens qui refuseront toujours  de passer la main et de se retirer pour cultiver leur jardin ou écrire leurs mémoires?), mais cette décision prend "les travailleurs" à revers dans tout ce que le texte avait de favorable. Elle recale l'index des seniors et le CDD senior. À ce stade, la défaite des syndicats est donc cuisante et c'est se moquer que de dire qu'il n'y a ni "vainqueur ni vaincu" comme le fait Elisabeth Borne en mangeant son chapeau et promettant qu'on va "accélérer" après avoir souhaité que l'on respecte une période de "convalescence". Mais elle a subi un recadrage en règle et travailler sous Macron, c'est avaler des couleuvres.


Macron se paye encore plus la tête des syndicats vaincus en les invitant, fortune faite, après leur avoir opposé une fin de non recevoir, et en promulguant en toute hâte la loi  qu'ils n'en finissent pas de contester dans la comédie manifestationnaire des "Gaulois réfractaires" (ou dans ce que Félix Nisch appelle la "sinistra comedia de la revolta popularia"). S'il avait eu ne serait-ce qu'une seconde l'intention de les respecter, il aurait attendu de les recevoir avant de promulguer la loi. Un intervenant sur "BFMTV" faisait pièces hier soir à l'illusion qu'il pourrait la promulguer pour ne pas l'appliquer comme Jacques Chirac solda l'opposition des agités professionnels et des mouvements de jeunesse mon(ô)maniaques au contrat utile qu'aurait été le CPE. "Macron n'est pas Jacques Chirac", trancha-t-il.


Sans trouver le président "héroïque" (comme Florestan68) ni me rallier à son panache noir, (comme Patrice Charoulet), moi qui suis un anti-macroniste primaire, secondaire et tertiaire et entends bien le rester, je crois néanmoins que le report de deux ans de l'âge de la retraite n'est que le prétexte à ce feu d'artifices syndical aussi prévisible que celui du 14 juillet, mais qu'il n'en cache pas moins une grogne sociale dont la motivation principale est que les salaires ne seront jamais revalorisés à la hauteur de l'inflation prenant partiellement prétexte de la dangereuse escalade du monde dans la guerre mondiale à laquelle notre président participe en dépit de ses moulinets chinois, comme quoi il faudrait comprendre la position de la Chine face à Taïwan de même qu'il ne fallait pas humilier la Russie, mais à la fin, même si "l'Otan [était hier] en état de mort cérébrale", Macron suit toujours les Américains, il nous a faits le même coup avec la guerre en Ukraine.


Le péché originel de cette réforme des retraites était dans la réforme précédente, conduite par le mentor normal (et normalement renié) de notre "président exceptionnel", la réforme de François Hollande, qui augmenta le nombre de trimestres nécessaire à une retraite à taux plein de telle façon qu'étant donné les carrières hachées, les périodes de formation qui n'ouvrent pas droit à cotisation, ou encore l'âge tardif moyen d'entrée sur le marché du travail, peu nombreux seront ceux qui pourront cotiser un tel nombre de trimestres, sauf les personnes ayant commencé de travailler très jeunes, que le dispositif des "carrières longues" pénalise en les obligeant à travailler davantage que les 43 ans requis pour tous les autres actifs, même si ce désavantage a été corrigé à la marge à la fin de l'examen de la loi pour trouver un accord avec la "droite Pradier". Que l'on ait rendu quasiment impossible l'accès à la retraite à taux plein, voilà la vraie supercherie que cette réforme Macron (II) ne fait que prolonger, démontrant au passage que, face au plein emploi rendu inaccessible par les conditions de travail actuelle (aggravées par l'agriculture industrielle, la désindustrialisation, l'automation (ou le machinisme) et la dévalorisation du travail manuel), nos gouvernants ont fait le "choix du chômage" (pour citer une fois de plus la thèse de l'ouvrage éponyme de Damien cuvillier et Benoît Colomba).


Ce n'est pas l'économie de marché (et encore moins le capitalisme) qui fait problème, mais il y a un problème dans l'économie de marché et dans la gouvernance actuelle du capitalisme financier. En sorte que (Isabelle a raison), si le gauchisme enflammé de la Nupes était conséquent, il devrait être plus anti-libéral qu'(assez anachroniquement) antifasciste, or il a choisi d'être le contraire et plutôt que de risquer le front des populismes, il a voté Macron au second tour. De quoi se plaignent donc Aurélie Trouvé ou Sophie Binet (qui refuse d'être interviewée par "Cnews", c'est bien son droit)? Mais j'oubliais qu'elles se disent fières d'être des "cadres" issues de la lutte contre le CEPE. Qui a manqué de jugeote un jour devra-t-il en manquer toujours? Y a-t-il une fatalité dans l'erreur? 

mercredi 12 avril 2023

Lettre ouverte aux vieux cathos qui veulent quitter l'Église

Posté sur le blog de René Poujol au pied de son article


Quitter l’Eglise catholique ou y rester… | René Poujol (renepoujol.fr)


"Faut-il partir? Rester? Si tu peux rester reste. Pars s'il le faut." (Baudelaire, le Voyage)

J'ai toujours aimé cette citation  et été interpellé par cette question baudelairienne tout en trouvant sa réponse un peu lâche. La question n'est pas si l'on peut rester dans une relation ou dans une situation difficile, mais si on le veut, si on y tient et si oui, pourquoi est-ce qu'on y tient: est-ce par dépendance affective, par besoin de se raccrocher à quelque chose   ou par amour de ce à qui ou à quoi l'on tient? 


Le conseil assez statique de Baudelaire m'a toujours paru dépassé par l'interpellation à la fois plus provocatrice et prête à en découdre de Jésus à ses apôtres, après que son Discours sur le pain de vie eut entraîné pas mal de défections parmi la foule: "Vous aussi, vous voulez partir?" Les apôtres sont bien embêtés, ils restent les bras croisés et Pierre se fait leur porte-parole quand il répond, en désespoir de cause: "A qui irions-nous, Seigneur?" Si j'avais été Jésus, je lui aurais rétorqué: "Et pourquoi veux-tu absolument trouver quelqu'un à qui aller pour t'indiquer le sens de la vie?" "Je donnerai ma voix à celui qui n'ira Pas chercher dans son livre d'idées La vérité." 


https://www.youtube.com/watch?v=52Ww9SVhLm0


Ah, je lui en aurais donné à Pierre,  après qu'il m'aurait répondu son célèbre: "Tu as les paroles de la vie éternelle" censé me prouver son attachement, si j'avais été Jésus. Mais si j'avais été Pierre, je n'aurais certes pas été choqué outre mesure par le discours sur le pain de vie auquel je n'aurais pas compris grand-chose,  mais j'aurais tourné les talons, trouvant la question de Jésus trop abrupte et agressive. Une de mes grandes fiertés est de m'être éclipsé lors d'un chemin de croix où des enfants (du XIXème arrondissement de Paris où j'habitais alors) étaient censés apporter des roses à Jésus pour Le consoler du mal que lui faisaient les pécheurs. Je suis parti tambour battant et me suis trouvé d'accord avec moi-même. 


Dans cet esprit, je pourrais contresigner cette phrase du pape François: "Je n'ai pas peur des schismes" et dans toute cette affaire, il faudrait que les uns et les autres n'aient pas peur de s'affirmer schismatiques en assumant leur envie de partir si elle est irrésistible. Mais les traditionalistes n'oseront jamais quitter cette Romme qui ne serait plus dans Rome et qui aurait perdu la foi parce que, s'ils le faisaient, ils ne sauraient plus à quel saint se vouer et, pire, croiraient avoir mis un doigt dans l'engrenage diabolique, c'est qu'ils sont superstitieux, nos tradis; et les "progressistes" n'ont pas le courage de partir, ce qu'ils auraient au fond voulu faire depuis longtemps sans se l'avouer, parce qu'ils se raccrochent à une institution, quitte à en faire le procès permanent, l'âge venu, procès qu'ils feraient bien de se faire à eux-mêmes, qui n'ont pas eu le courage, du temps de leur folle jeunesse, de faire comme les copains et de trouver autre chose que l'Eglise catholique. Car derrière le besoin de s'accrocher à une institution (et non à une religion qui détient les clefs du paradis), il n'y a pas la peur de déplaire à Dieu qui anime les superstitieux charbonniers transcendentalistes que sont les traditionalistes, il y a un besoin de nouer un lien social et politique et de se référer à la société qui est une alliance de seconde zone par rapport à la société sacrée qui se prétend le Corps du Fils de Dieu. Mais pour nouer un lien social ou politique, nos jeunes-vieux soixante-huitards réfugiés dans le catholicisme de grand-papa auraient pu trouver moins ringard come parti politique que l'Eglise  catholique, ses froufrous, ses orgues et ses pompes. Une Eglise parti unique et stalinien, où il faut toujours admirer le pape régnant et infaillible, ce n'était pas très baba cool pour aller élever des chèvres en se faisant traiter de brebis, et pourtant c'est l'option qu'ont choisie ces "jeunes vieux" qui, l'âge venu, jouent les révoltés du Bounty, sortent du bois en disant qu'ils n'ont jamais aimé ce parti de l'Eglise, osent enfin s'avouer que la question est celle du partir et   pourquoi ils ne la quittent pas. Mais come ils n'osent pas prendre le parti du partir, ils tirent à vue sur leur parti et disent que la corruption y est "systémique" (ils se gargarisent de ce nouveau mot des sociétés complexes) et que leur hiérarchie, qui est devenue un pouvoir faible, n'a jamais été aussi lamentable. 


Ils quittent le navire au moment où il coule et où ils croient n'avoir plus rien à en tirer (et pour eux-mêmes plus rien à perdre), car comment ce navire pourrait-il  les tirer de l'embarras de la mort avec ce trou dans la coque, de n'avoir plus d'idée précise sur le salut personnel, bien que l'affaire des rats qui veulent le quitter, mais qui attendent qu'il coule, soit plus proprement politique et politiquement, l'Eglise est foutue.


Ce qui m'agace dans la posture de cette génération est qu'elle ne se révolte pas contre quelque chose qui en vaut la peine. elle se révolte contre l'homme (pourquoi abuse-t-il, lui qui est abusif?),elle ne se révolte pas contre Dieu: pourquoi laisse-t-Il naître des enfants pour le malheur et qui n'ont d'emblée aucune chance? Pourquoi énonce-t-Il que "celui qui a recevra encore et celui qui n'a rien se fera enlever même ce qu'il a?" Le Dieu qui énonce cette horreur est-Il d'accord avec cela ou l'énonce-t-Il comme une loi de la nature? Et dans ce cas, pourquoi ne combat-Il pas cette loi et laisse-t-Il la nature à ses lois, et lui laisse-t-Il  la même liberté qu'à l'homme? 


La "génération CCBF" (pardon, Anne Soupa) se révolte contre l'homme qui abuse parce que c'est sa nature au lieu de se révolter contre Dieu Qui abuse, ce serait abuser... Quand j'étais pré-ado, j'ai eu, après un athéisme et une conversion précoces, une nouvelle crise de foi où, face à l'Inquisition, à la guerre et au malheur des enfants innocents, je formulai trois hypothèses: soit Dieu est impuissant (mais alors il n'est pas Dieu), soit Il est méchant (et ça me paraissait le plus probable), soit Il n'existe pas (mais je ne pouvais plus y croire). Je préfère encore aujourd'hui ma révolte à celle de cette génération, pas seulement parce que je lui trouve du chien, mais parce qu'elle va à l'essentiel, sans se focaliser sur la turpitude humaine du jour, cet abus de l'homme cruel et plein d'hommerie qui sera toujours le même puisque Dieu ne semble pas l'avoir sauvé en ce monde. 


La révolte de cette génération se focalise sur le dernier effet de mode, mais aussi elle ne se montre pas intéressée à mettre du ciel dans sa vie ou d'aller au ciel à l'aide des sacrements dont elle discute s'il faut tout à fait répudier l'Eucharistie et la remplacer par un repas fraternel avec des frères qui devront se signaler parce qu'elle n'ira pas frapper à leur porte dans cette société individualiste et ces "villes de grande solitude". Mais elle trouverait obscurantiste de conjurer l'enfer en ayant un peu peur de Dieu. Cette peur l'honorerait, car elle montrerait qu'elle a un peu le sens de l'incandescence du Dieu transcendant, tout-puissant et tout autre, qui n'est pas dans le Père un Dieu souffreteux. Mais le Dieu de cette génération est politique et sa dissidence théologique s'exprime dans une société laïque et post-démocratique  où cette dissidence  ne risque pas d'en faire des prisonniers politiques. 


Pardonnez-moi de trouver un peu médiocre cette manière de vouloir partir sans oser le faire, sur le mode: "Retenez-moi ou je fais un malheur". Et puis si vous vouliez partir, il fallait le dire plus tôt, il fallait le dire avant, on aurait gagné du temps. Mais le comble est que vous qui avez toujours occupé le devant de la scène ecclésiale prétendiez maintenant vous prendre pour des "périphéries". 

dimanche 9 avril 2023

Les prêtres ont-ils perdu la foi?

Les prêtres sont déboussolés  et ce déboussolage, c'est cela, la crise de l'Eglise, une crise dont on s'est gargarisé pendant des années sans comprendre qu'avant d'être un problème de moeurs cléricales comme on le croit depuis le rapport Sauvé, le noyau de cette crise est de ne plus s'entendre sur ce qu'on appelle avoir la foi ni sur le contenu de cette foi, à la fois commune et déposée et qui peut connaître un développement interne sur un mode immanentiste et créatif (le mot qui fait tant peur aux traditionalistes). A ces deux tendances opposées de la foi s'ajoute la question du tempérament personnel, qui fait que, selon qu'on est plus ou moins inquiet, on est plutôt tendu ou plutôt téméraire, et la foi est aussi une confiance en Dieu qui devrait pousser à la témérité, témérité de dire ses engagements ou de compter sur la liberté des enfants de Dieu qui nous fait avancer avec le Saint Esprit au large de notre conscience droite, et notre conscience n'a rien à craindre si elle est de bonne foi, même si elle se trompe de bonne foi.


Beaucoup de prêtres s'accusent mutuellement de ne plus avoir la foi. J'en ai entendu un (d'origine africaine, car il y a aussi cette différence culturelle, même en Europe occidentale, nouvelle terre de mission)accuser à demi-mots ses confrères européens de ne plus avoir la foi et d'être de faux témoins. Autrefois on se contentait de dire que les prêtres qui ne restituaient pas tout le dépôt de la foi constitué par couches sédimentaires dans des montagnes de documents dogmatiques où nous est expliqué ce que nous devons croire n'étaient pas catholiques... Entre progressistes et traditionalistes, on s'anathématise réciproquement et on s'excommunie allègrement, sans voir que le véritable oecuménisme est celui qui respecte en les décloisonnant toutes les sensibilités spirituelles. Car la ligne de partage est aujourd'hui beaucoup plus spirituelle que confessionnelle et si chacun reconnaît que l'autre est a priori de bonne foi, on devrait pouvoir s'entendre et trouver un but et une destination commune.


Dans ce contexte, le pape a-t-il été fédérateur? Un paradoxe de sa personnalité est qu'il est plein d'Evangile: il est manifestement pétri par la Parole de Dieu, la diffusion en direct de ses messes à sainte-Marthe pendant le confinement a été pour moi un révélateur à cet égard). Il est plein d'Evangile, mais il dit au monde ce que le monde a envie d'entendre. Et comme le monde aime bien que l'on tape sur l'Eglise, il tape sur l'Eglise en invoquant cette notion de cléricalisme à laquelle un prêtre répond très bien, dans l'article de Jean-Marie Guénois qui sert de prétexte à ce billet de blog

(, Comment les jeunes prêtres veulent sortir l’Église de la crise (lefigaro.fr))

qu'il n'a pas suivi le Christ pour prendre un pouvoir quelconque. Les jeunes prêtres disent se sentir mal aimés par ce pape qui les accuse sans cesse de cléricalisme et quand on se sent mal aimé, on n'aime pas bien. Certains prêtres commencent à avouer qu'ils n'aiment guère ce pape. "Autrefois les prêtres ne critiquaient jamais le pape."


Pourquoi François a-t-il déconstruit méthodiquement le pontificat de ses deux prédécesseurs? Cela contribue à empêcher les fidèles de savoir sur quel pied danser.  François agit un peu comme un liquidateur avant inventaire. Réalise-t-il son personnage de la prophétie de saint-Malachie? C'est troublant, dans un monde qui a perdu ses repères. Il ne confirme pas ses frères dans la foi, car il insiste moins sur le dépôt de la foi que sur la vie de foi ou sur la fraternité de vie et d'intercession, il croit plus en la "praxis" que dans la théorie, mais sans la théorie, on marche sur des sables mouvants. Les dogmes sont notre colonne vertébrale. On a besoin d'une colonne vertébrale pour pouvoir se contortionner. 


Je parle bien librement du pape. Dans le même temps, je me permets de signer une pétition appelant à la démission de Luc Ravel, mon archevêque référent de Strasbourg. J'ai des pudeurs de gazelle à me sentir plus téméraire que la Marguerite de Faust ou son interprète la Castafior ne sourient de se voir si belles dans leur miroir. Il y a un point commun entre mes deux "autorisations" de défier l'autorité: je me crois un homme libre. J'aime infiniment cette réplique du frère Luc dans "Des vivants et des dieux": "Laissez passer l'homme libre." Je l'ai citée en la lui appliquant à un de mes meilleurs amis prêtres en train de mourir, qui m'a dit: "C'est incroyable que vous me disiez cela maintenant, car à l'instant même où vous me le dites, Michael Lonsdale est en train de passer sous mes fenêtres pour aller déjeuner au Vauban. (Le P. J.P. Dugué dont je parleactuellement, ce grand gaulliste et ce grand proustien devant l'Eternel, a fini ses jours comme aumôniers des petites soeurs des pauvres avenue de Breteuil (autre paradoxe géographique)).


Je me sens libre de penser depuis longtemps que, selon la proposition faite à l'Eglise par la Constitution civile du clergé, on devrait revenir aux premiers temps de l'Eglise où un évêque était élu par son peuple. Sans doute faudrait-il que cette élection soit validée par le Vatican qui doit rester le référent hiérarchique de l'évêque. La hiérarchie n'est pas un gros mot, l'Eglise est et doit rester une société sacrée. Mais il n'y a pas d'élection sans démission (et pourtant je ne suis pas pour le référendum révocatoire en politique, sauf peut-être s'il était organisé une seule fois et à mi-mandat). Mais nulle part plus que dans l'ordre spirituel, ne doit être mesuré le degré d'adhésion de la volonté du peuple de Dieu à la volonté de Dieu ou à ce qui est censé en émaner des "supérieurs" de ce peuple à qui on ne doit pas l'obéissance aveugle prônée dans l'Imitation de Jésus-Christ. M'associé-je à la protestantisation de l'Eglise catholique en pensant de la sorte? Je ne crois pas et je m'en voudrais si le contraire se était vrai. Car je suis viscéralement catholique et ennemi de la culpabilisation luthérienne. Je ne crois pas que l'Eglise catholique doive être une congrégation de congrégations comme le croient tous les protestants et à tout prendre, je préfère élire ou démettre mon évêque que m'inscrire dans la démocratie participative (ou la démocratie du "cause toujours, ton babil m'intéresse") de nos démarches synodales.


Les changements de paradigme introduits par la modernité et parfois par ses découvertes scientifiques ont rendu difficile de garder la foi dans son expression charbonière si chère à mon coeur d'enfant. ON ne parle plus de Création, mais de big bang, d'évolution créatrice et de création continuée; on ne parle plus de péché originel, mais de "meurtre primitif", de "repas totémique", de "meurtre du père par la horde primitive" ou de complexe d'Oedipe; on ne parle plus de récit, mais de poème de la Création en assumant son côté mythologique dans le "christianisme des Lumières"; on assume la part mythologique de la foi, mais on n'est pas jungien pour autant; on ne parle plus de salut ou de rédemption, mais de guérison; on ne parle plus de paradis, de purgatoire et d'enfer comme de trois états éternellement exclusifs les uns des autres, mais comme de trois états éventuellement consécutifs ou plus volontiers simultanés, y compris dans la vie éternelle. L'épistémè de l'époque a changé, donc ni la foi ni l'expression de la foi ne peuvent rester les mêmes. 


La nuit de la foi n'est plus seulement existentielle. J'admire le héros de "Lourdes" d'Emile Zola (chef-d'oeuvre positiviste auquel Léon Bloy n'a rien compris) ou de "l'Imposture" de Bernanos qui choisissent de rester prêtres même s'ils ont perdu la foi.


Bien sûr que la question fondamentale reste celle de Jésus: "Quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-Il encore la foi sur la terre ?" Ceux qui partent, comme la majorité de Ses auditeurs après le Discours sur le pain de vie, font preuve de courage et les disciples font peut-être preuve de lâcheté en ne relevant pas le défi que leur lance le Christ: "Vous aussi, vous voulez partir?" . Mais rester n'est pas toujours une lâcheté: "Faut-il partir? Rester? Si tu peux rester, reste. Pars s'il le faut", conseille Baudelaire (dans le Voyage). 


Le Fils de l'homme trouvera-t-Il encore la foi sur la terre? Ceux qui restent lui répondent "oui" avec des jambes bringuebalantes.

Bilan de séquence (II) avec les "infréquentables"

Vive les émissions contestataires et protestataires qui sont de véritables baromètres de la pensée critique.  Je relève dans celle-ci ce qui me parle ou les formules qui claquent et glisse entre astérisques mes rares annotations personnelles.

« La pseudo-scientificité de la science économique la pousse à prétendre remplacer la morale. » (A. Soral)

« Une société se juge à la manière dont elle respecte ses vieux. » (Idem)

« Macron est un personnage de rupture et de continuité. De rupture : il fait exploser la classe politique. De continuité : il utilise à ses fins les institutions de la Ve République. (X. Poussard)

« Pour beaucoup de gens de gauche, a gauche est la concession aux bonnes œuvres que le capital fait au social. »(Soral)

« Les syndicats jouent depuis 40 ans la sinistra comedia de la revolta popularia. C’est un jeu de saute-moutons des populations covidées. Une autre comédie est celle du parlementarisme. Tout a été fait pour maintenir le faux suspens du 16-3. Le Parlement, plus personne n’y croit. » » (Félix Nisch)

« La manif, ce sont des pauvres qui défilent pour rien devant d’autres pauvres. » (Soral)

« La montée au créneau d’entreprises commerçantes comme Leclerc ou Super U s’explique par l’interdépendance de ces entreprises de supermarchés vis-à-vis des classes moyennes. » (Youssef Hindi)

« La métamorphose de la lutte des classes ne signifie pas sa suppression. » (A. Soral) « C’est pourquoi je propose de parler de lutte des classes transversales. » *Pour ma part, je relève un appauvrissement volontaire des classes moyennes infériorisées, et qu’on peut de ce fait appeler des « classes moyennes inférieures », qui souffrent de leur déclassement, d’où l’épisode des Gilets jaunes, par rapport auquel cette agitation consécutive à la réforme des retraites est, comme cette réforme elle-même, sans véritable conséquence.*

« On est passé de la liberté d’expression au délit d’opinion. » (A. Soral)

« En juin  2011, Nicolas sarkozy fait passer un décret qui autorise la police à tirer à balles réelles en cas de manifestation violente. En 2011, il n’y a pas de guerre, il n’y a pas encore eu Merah, il n’y a rien. À partir de 2015, onentre dans l’état d’urgence etdepuis 2015, on ne sort plus de l’état d’exception. Plus l’économie se détruit, plus l’Etat se rigidifie. » (Youssef Hindi)

« Nous entrons dans la tragédie, mais nous n’avons plus rien de tragique, car Clio n’a pas revêtu le manteau de pourpre d’Iphigénie. On entre dans la farce et la plus grande de toutes les farces, c’est quand même le parti de Mélenchon, qui maintient la fiction de l’antifascisme. Le monde a changé de nature au sommet.» (Félix Nisch) *La pantomime de la démocratie représentative est peut-être un spectacle cathartique pour maintenir un reste de paix civile ou empêcher la guerre civile de se déclarer dans une société très fracturée.*

*La séquence actuelle est la lutte entre « les exactions des black blocks » et les exaction de Black rock. Les médias* « mettent le focus sur Black rock plus qu’il ne l’ont mis sur les ronds-points qui furent le vrai lieu de la légitimité populaire, *mais ils parlent assez rarement de Black Rock.*

*Je ne sais plus quel intervenant, se donnant des accents de Pierre Laval,  croit judicieux de souhaiter la victoire de la Russie sur l’Otan. Je ne crois pas me comporter en pacifiste en refusant de prendre position dans une guerre mondiale immorale de part et d’autre, d’autant qu’aucune idéologie ne la justifie, mais seulement le nationalisme d’un côté et l’occidentalisme de l’autre.*


C’est parti mon qui-QUI ?! #13 – 49.3, et après ? - #Françaisréveillezvous. - YouTube


 

samedi 8 avril 2023

Du bilan de séquence comme exercice de style

(sur le blog de Philippe Bilger)


Je hais les séquences, elles sont artificielles, mais elles permettent de se poser pour analyser l'état des forces en présence, , comme le dit Achille, elles sont prétexte à une "exégèse tarabiscotée" des "petits grands de ce monde" au pas desquels nos yeux sont futilement attachés (merci Genau, de me faire découvrir Paul Reboux). 


Je hais les séquences, mais je n'aime pas qu'un ministre se soit dit "séquentiel" comme l'a fait Jean-Louis Borloo candidatant au poste de second premier ministre de Nicolas Sarkozy, et encore moins "pédago" comme Gérald Darmanin s'est sottement vanté de l'êtrepour briguer je ne sais quelle promotion similaire. Le pédagogisme de ce ministre qui paie beaucoup de sa personne le dispute à celui de son maître, ce banquier philosophe qui se vante, en fait de philosophie, d'être un rhéteur cultivant l'art de persuader et aimant avant tout "convaincre".


Je hais les séquences, mais elles existent, donc posons-nous avec et sur elles et prenons le temps de l'analyse, en bons "convalescents", reposons-nous, faisons le point, tirons un bilan d'étape...


Ce qui me frappe, c'est que tout le monde ressort de cette agitation à la fois rincé et cornerisé, ou plus exactement rencoigné dans sa zone de placard.


Je m'explique. D'Elisabeth Borne, la vapoteuse crapoteuse, se dégage à mes yeux, peut-être à cause de cette cigarette électronique, l'impression d'une compétence fatiguée qui s'use à trop boulonner pour celui qui voudrait la déboulonner comme un fusible. Peut-être y a-t-il un coin perdu en elle qui s'est rendu froid pour éviter de souffrir, mais cette absence de chaleur humaine l'empêche de donner l'apparence d'une vision et de trouver ce qu'en langage post-hollandais on appelle un "cap" ("boîte à outil, boîte à outil", répond le choeur sur l'air du "Parti d'en rire"). Elisabeth Borne n'est pas une "austère qui se marre", c'est une austère qui n'a pas envie de rigoler. J'ignore s'il lui arrive de faire la bamboche. Cette séquence parlementaire où ses ministres Attalicule (qui a plus de repartie que je n'imaginais) et Dussopt ont été plus exposés qu'elle, a néanmoins révélé chez elle (et chez elle seule) des talents d'oratrice que je ne lui soupçonnais pas. Or toute capacité discursive montre une colonne vertébrale. Cette colonne est-elle de gauche comme on l'assure à grands renforts de médias sous prétexte qu'elle fut la conseillère de Lionel Jospin l'humaniste et de Madame Royal (que François Hollande ne devait pas appeler souvent "Joy" comme feu le duc du Maine appelait sa femme, la fille de Louis XVI, car Madame Royal n'est pas une aude à la joie, mais une  froide écolo)? Je doute  qu'Elisabeth Borne soit de gauche, mais j'ai vu cette colonne vertébrale dans son dos et dans le mien. 


Les états d'âme présidentielle nourrissent trop la chronique de ses deux quinquennats pour qu'on s'y appesantisse. Le crime de "lèse-Macron" qu'Elisabeth Borne est censée avoir perpétré en contestant à demi-mots l'autorité présidentielle pourrait lui valoir son éviction. On notera donc la tendance macronienne à chercher des premiers ministres dans le métro pour les renvoyer dans le métro comme Zazie ou comme Zaza.


La Nupes est tellement fatigante qu'on se prend à rêver que Bernard Cazeneuve est de gauche, lui qui est devenu ce qu'il ambitionnait d'être (et était peut-être déjà): un avocat d'affaires, qui se verrait bien reprendre le flambeau du "Hollandais volant" dans "le Vaisseau fantôme" du PS ou de ce qu'il en reste, puisque Manuel Vals (pour lequel il formait les voeux les plus grands lors de la passation de pouvoir des deux premiers ministres) s'est grillé et que M. Cazeneuve ne peut plus lui griller aucune politesse.


Jean-Luc Mélenchon a fait un congrès d'Epinay à l'envers où ce que le communisme n'a jamais supporté à savoir le gauchisme que déserte même un Fabien Roussel, a pris le contrôle de toutes les gauches, y compris du bateau socialiste qu'on croyait ne jamais devoir voguer dans ces dérives, attiré par ces lunes. Un des nombreux paradoxes mélenchonistes est de proposer une société fondée sur "l'humain d'abord" émergeant de la conflictualité au prétexte que la démocratie, c'est le clivage. Or ce n'est pas un clivage conflictuel. C'est la régulation du conflit latent dans le clivage par la recherche du consensus institutionnel et social.


Que penser de Madame Binet? Qu'elle a un drôle de nom et supplée à son manque d'enracinement ouvrier par un accent parisien de second couteau, qui chatouille mon côté populo qui lui aussi est de composition.


Le grand gagnant du moment est l'incontournable Laurent Berger qui est étonné de se voir si souvent cité comme la pythie, si reluqué, tant flatté, tant courtisé, ce qui est vrai depuis que François Hollande en a fait son interlocuteur de prédilection un peu comme Lionel Jospin disait qu'on ne pouvait pas gouverner contre "le Monde". Laurent Berger a fait un grand numéro de "plus radical que moi tu meurs" et "va voir dans les manifs si je suis réformiste!" Mais il a déjà prévenu que, dans six mois ou même avant, il ravalerait son opposition aux 64 ans pour parler "travail" avec Elisabeth Borne. Il n'est pas essoré, mais il est cornérisé.


Cher maître Robert, est-ce parce que la République se veut "démocratique" et "sociale" qu'elle est condamnée à être une sociale démocratie, ou ce que François de Closets a quelque jour appelé une "syndicratie"? 

jeudi 23 mars 2023

Bordeaux brûle-t-il?

Hier soir, j'ai ma mère au bout du fil et elle me dit: "Tu regardes la télé? Tu as vu "Paris brûle-t-il"? Affairé à des occupations  plus nourrissantes, je lui réponds que non. Je quitte mon domicile pour participer à une répétition  de chorale et puis je rentre à la maison. Par réflexe, j'allume "Bfm télé" et là consternation. Ma mère, qui aime souvent exagérer, m'a dit ce qu'elle voyait. Non seulement des incendies ne cessent de s'embraser, mais on a brûlé la mairie de Bordeaux. C'est pour moi l'image la plus frappante. On a brûlée cette mairie comme un incendie a ravagé Notre-Dame. On l'a brûlée à quelques jours de la visite du roi des Angles qui ont valorisé le Bordelais et on se demande si la sous-révolution française ne va pas avoir raison de la monarchie britannique déjà mal en point. 


On ne sait jamais quand finit une émeute et quand commence une révolution, mais on sent que l'heure est grave. Elle est attisée par un Jean-Luc Mélenchon, excité comme une puce ou comme un révolutionnaire d'opérette après avoir inventé la Nupes et avoir battu en une retraite qu'il ne prend pas, ayant largement passé l'âge de le faire, et par une Marine Le Pen qui, sous une apparence froide, poste un tweet ainsi libellé: "La très forte mobilisation aujourd’hui dans les manifestations, notamment dans les villes moyennes, est un signal fort qui confirme l’opposition massive des Français à la réforme des retraites.


Emmanuel Macron ne peut plus gouverner seul, il doit désormais en revenir au peuple." Tweet insignifiant, mais irresponsable dans le contexte actuel, car l'héritière, qui se croit ataviquement appelée à d'autres fonction que celle de première (sic) ministre éventuelle d'une éventuelle cohabitation,  prend date mine de rien quand notre paix civile ne tient qu'à un fil.


La tranquillité d'Emmanuel Macron aurait été de mise si son quinquennat précédent n'avait pas allumé les mèches qui menacent de prendre feu. Les pouvoirs publics se félicitaient que les syndicats aient pris la contestation en main sur ce non sujet qu'est la réforme des retraites et chacun saluait les défilés pacifiques en se réjouissant trop vite qu'on ait évité de revenir aux débordements des Gilets jaunes, car les syndicats sont des corps intermédiaires responsables, mais une grogne incommensurable couvait sou la cendre

 syndicaliste, d'autant plus à même de menacer d'embrasement qu'Emmanuel Macron s'était une première fois moqué des Gilets jaunes, les traitant d'affreux (presque) ) Jojos, les matant, les mystifiant par un Grand débat qui tourna au Grand blabla ou au Grand monologue, disposant à leur intention des cahiers de doléances dont se félicitait le sociologue Bruno Latour récemment disparu, cahiers dont toutes les doléances furent instantanément oubliées dès que le confinement acheva de faire rentrer les Gilets jaunes à la niche pour que pût continuer sans perturbation le déclassement des classes moyennes inférieures auquel avaient applaudi Jacques Julliard et Luc Ferry et qu'avait annoncé Michel Geoffroy.


Emmanuel Macron avait ridiculisé les maires avant de se raviser et de s'en servir comme paillasson de sa reconquête du pouvoir et des esprits. Il renouvela la même erreur avec les syndicats, qui en sont  à devoir adresser une supplique pour être reçus par le président. Il avait ridiculisé les retraités au cours d'un journal de 13h mémorable où il leur avait demandé de faire des sacrifices, car ils avaient trop longtemps vécus pour n'y point consentir. Il prend appui sur ce public pour en faire les soutiens de sa réforme impopulaire. Le cynisme continue as usual. 


Il avait refusé le Ric sous prétexte que le Parlement était plus responsable. Ce Parlement dont on vilipende le casting alors qu'il représente pour la première fois depuis longtemps une photographie fidèle de  notre société, démontre néanmoins la vacuité législative au cours de l'examen d'un texte qui n'a jamais été amendé pour être amélioré, dont sa première lecture n'a pas pu venir à bout, tant le législateur insoumis donnait dans l'insulte et le n'importe quoi,  et qui ressort essoré du Sénat sans que Mélenchon ait des états d'âme ni ne se demande à quoi peut bien servir la France insoumise si son refus d'être une force d'appoint du macronisme la conduit à faire voter des lois qui s'écrivent sans elle et aggravent la condition des travailleurs, comme disait Arlette La Guiller. 


Le PS fait comme s'il avait oublié que le mandat de François Hollande avait été l'antichambre du macronisme et la droite Pradier transforme le devoir philanthropique de la bourgeoisie en ruffinisation sans la vulgarité ni l'insulte à la bouche. Macron clive la société pour régner sans partage. Dans ce mauvais drame, dangereux pour notre convivialité sociale, seule Elisabeth Borne, qu'on présente comme fragile parce qu'elle a craqué une fois, fait preuve de force tranquille et de logique implacable. Une logique dont on a presque besoin face au coup de pied que le président donne à son âne de peuple avec les nerfs duquel il joue alors que le moment rend ce jeu dangereux. Comme si on n'avait pas assez de la guerre en Ukraine et des risques de division que fait courir à notre société le fait de ne plus être qu'une juxtaposition de communautés qui s'ignorent avant de s'opposer et d'intérêts catégoriels qui relient les classes sociales entre elles. 

mercredi 15 mars 2023

La démocratie doit-elle être vigilante?

    La dernière émission "Réplique" voit se confronter Edwy Plenel et Alain Finkielkraut qui se connaissent bien.


La démocratie doit-elle être vigilante? Elle doit veiller sur les autres et sur elle-même, elle doit veiller sur la vie de chacun, le plus faible doit être pour elle un "scrupule", mais où doit s'arrêter le curseur liberticide?


Selon Edwy Plenel, l'extrême droite ferait "l'apologie de l'inégalité naturelle". La nature n'est pas égalitaire, la civilisation doit corriger l'inégalité naturelle, mais pas au point d'introduire un standard humain hypothétique ou de courir après un horizon d'égalité inatteignable. "Egalité" que de crimes on commet en ton nom"! J'ai récemment intégré une commission qui veille sur le droit des personnes handicapées. Que de maltraitances on commet au nom de légalité devant la loi!


L'"islamophobie" est admissible comme peur de l'islam ou désamour de cette religion. La dérive intervient quand cette contestation d'une religion se mue en "haine des musulmans". Le phénomène est plutôt rare.


Edwy Plenel développe une espèce de mélenchonisme de bon aloi qui ne pousse jamais jusqu'à la russophilie ou à l'anti-macronisme. Alain Finkielkraut fait croire qu'on peut se placer dans la double défense de l'autochtonie française et de ce qu'il n'est pas excessif d'appeler le sionisme: le conservatisme français comme protection de l'identité juive,  quand elle marque son allégeance inconditionnelle à Israël. Jean Daniel et Elisabeth Badinter pourraient bien être séparatistes.


L'extrême droite n'est évidemment pas aux portes du pouvoir à moins qu'Emanuel Macron ne continue à se moquer de la société française. Mais tous les corps intermédiaires et constitués sont contre l'extrême droite et en démocratie représentative, on ne peut pas gouverner contre les corps intermédiaires ou contre les corps constitués. L'extrême droite est un épouvantail qui favorise l'immobilisme de la démocratie.


Le "grand remplacement" n'est pas une idéologie, mais une constatation démographique. Il ne devient criminogène que s'il s'accompagne d'une volonté de déportation ou de remigration sans accord préalable et avéré des deux parties. Mais énoncer le grand remplacement sans l'accompagner d'une telle volonté est constatif. On peut lui doner le synonyme positif de "créolisation". Et le parallèle  que fait Edwy Plenel entre "la France juive" d'Edouard drumont ou sa revue la "Libre parole" et les idéologies totalitaires qui ont suivi trente ans après reste un sujet d'alerte.


J'aime l'adage d'Edwy Plenel: "l'origine ne protège de rien, seul le présent fait preuve."


La Déclaration universelle des droits de l'homme a une qualité: elle énonce qu'il y a un genre humain, mais elle a deux défauts: elle est déclarative et elle est un catalogue des droits de l'homme qui fait abstraction de ses devoirs.


Edwy Plenel dit que le point commun entre toutes les extrêmes droites (russes, iraniennes, sahoudiennes, israéliennes) est la haine anti-LGBT. C'est certes un point commun (et il ne s'agit pas de nier l'homophobie), mais l'ériger en point commun majeur est un peu ridicule.


Edwy Plenel a raison de demander à Alain Finkielkraut devant son appel au fait divers qui succède à sa mise en exergue de l'islamophobie: "Est-ce que la francophobie ou la blancophobie est le plus grand danger couru en France?" C'en est un, mais ce n'est pas le plus grand, et la mise en oeuvre de solidarités entre ceux qui vivent ensemble sur unterritoire donné est une alternative aux guerres civiles.


Même si le rappel de la condition juive passée, présente et à venir est obsessionnel chez Alain Finkielkraut comme le complexe de persécution est consubstantiel à l'être-chrétien du fait de la béatitude des persécutés, le fait que les juifs doivent quitter la Seine-Saint-Denis ou des écoles des quartiers populaires n'est pas plus anecdotique que le fait qu'il ne reste quasiment plus de chrétiens en Irak ou en syrie. Un exode massif ne saurait être banalisé comme un fait divers.


"Les opinions justes doivent-elles prendre le pouvoir sur les opinions injustes" au risque d'écarter du débat ceux qui ne les professent pas car "on ne discute pas recettes de cuisine avec des anthropophages"? (Jean-Pierre Vernan) "Un débat démocratique, ajoute Edwy Plenel, ce n'est pas mon nopinion contre la vôtre, mon préjugé contre le vôtre, mon identité contre la vôtre." Affirmer cela, c'est nier le rôle de la conviction en démocratie. "Cnews" n'est pas "Radio mille collines", mais son obsession propagandiste xénophobe n'est pas plus saine que la xénophobie autochtophobe des "racisés". On ne doit pas plus blasphémer sur le prophète des musulmans ni souffrir le droit au blasphème qui est un sacrilège aux croyances d'autrui que souffrir le prosélytisme islamiste. On doit manifester une tolérance au prosélytisme salafiste, mais la frontière est parfois difficile à trouver. J'en parle parce que je suis victime de l'un et de l'autre.


Répliques par Alain Finkielkraut sur France Culture (radiofrance.fr) 

mercredi 8 mars 2023

Un paradoxe mélenchoniste dans la violence sociale

J'aime bien que le Parlement ne soit pas consensuel, mais je regrette qu'il se montre caricatural. 


LFI prétend promouvoir une société humaine, mais Jean-Luc Mélenchon n'imagine pas d'en accoucher autrement qu'en aboyant et dans "la conflictualité." 


Il est tellement caractériel que la gifle ddonnée par #AdrienQuatennens à sa conjointe n'est que le prolongement du bras de Mélenchon.


J'omets volontairement d'évoquer les d'honneur d'#EricDupond-Moretti. 


Cette violence qui s'assume n'est pas bon signe, même si elle n'est pas dramatique tant qu'elle en reste là. 

dimanche 26 février 2023

Y a-t-il de l'ordre dans la vie?

 Discussion avec #ClaudeLuçon sur le blog de Philippe Bilger après le billet:


https://www.philippebilger.com/blog/2023/02/le-chaos-soit-mais-l%C3%A9toile-.html?cid=6a00d8341c86dd53ef02b75197a804200c#comment-6a00d8341c86dd53ef02b75197a804200c

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Lui: "À la réflexion, pourquoi chaos ?

Nietzsche n'était-il pas un libre penseur ?

Quelqu'un qui pensait ne pas avoir besoin d'un Dieu, de religion ou de parti politique pour le guider ?

Sa vie n'était-elle pas son problème ? À lui d'en résoudre les problèmes, même les souffrances, en les acceptant comme des défis, et les bonnes surprises comme un plaisir, organiser sa vie en se fixant ses propres règles et lois tout en respectant les autres...

Pas de chaos, pas de fatalisme, pas d'optimisme béat, simplement affronter sa vie et en assumer la totalité sans chercher à être ou trouver une étoile, qu'elle danse ou pas !

Vivre sa vie et la prendre comme sa propre responsabilité, combattre le pire et apprécier le meilleur ?

En bref, vivre sa vie !


Moi:Au fond je me posais la même question en lisant le billet de notre hôte.


"Sa vie (la vie de Nietzsche) était son problème. [...] organiser sa vie en se fixant ses propres règles et lois tout en respectant les autres..."


Ce qui pose la question de savoir si l'anarchie serait un mode de gouvernement viable. J'ai toujours pensé que non, car si nous vivions sous le régime de l'anarchie, me convaincais-je, il n'y aurait ni médecins ni infirmières, et il n'y aurait pas non plus de police, trois métiers essentiels sans lesquels il n'y a pas de vie en société possible. Mais estimer que ces métiers n'existeraient pas en régime anarchique est peut-être sous-estimer la nature humaine, prompte à porter secours et à faire la police.


Donc l'anarchie marcherait peut-être. Mais "organiser sa vie en respectant ses propres règles" et donc en supposant qu'il n'y a ni ordre ni chaos respecte-t-il le mode d'emploi de la vie? N'y a-t-il pas un ordre intrinsèque à la vie? Une hétéronomie (c'est un autre qui me donne sa loi) qui contrarie la chimère de l'autonomie que vous nous exposez sereinement et brillamment?


Je suis personnellement fasciné par le fait que le christianisme paulinien prétend affranchir de la loi. À vrai dire, cet anti-légalisme allant jusqu'à dire que "la loi met en évidence le péché" et qu'on ne peut imputer à personne de péché tant qu'il n'y a pas de loi, est une lubie de saint Paul. Aujourd'hui, les penseurs chrétiens parlent volontiers de "lois ontologiques". Mon illégalisme en prend un coup, mais je crois qu'ils ont raison. Saint Pierre disait déjà des écrits de saint Paul qu'il ne faut pas les lire sans formation, car s'affranchir de la loi peut conduire à toutes les perversions. On n'y a pas manqué en régime chrétien.


Donc il y a un ordre dans la vie. Quant au tohu-bohu dans lequel l'artiste trie pour créer, il relève de l'intime et du psychologique.

jeudi 23 février 2023

Raffarin est à l'Ouest et la planète n'est pas un objet politique

https://www.lepoint.fr/politique/jean-pierre-raffarin-j-appelle-le-president-a-un-choc-reformateur-18-02-2023-2509078_20.php?M_BT=3284321751778#xtor=EPR-6-[Newsletter-LePoint-Politique]-20230223-[Article_5]


"Hegel a dit « L'oiseau de Minerve s'envole au crépuscule ». La sagesse a peu de temps avant la nuit."


Jean-Pierre Raffarin n'est pas méchant. Il n'est pas bête. Sa vision de la République ressemble à celle de Jean-Paul Delevoye quand il en était le médiateur, avant qu'il soit nommé commissaire du gouvernement pour proposer la retraite à points, une réforme plus intelligente et plus ambitieuse que celle actuellement débattue, qui met moins le pays sur la brèche que celle portée par Jean-Paul Delevoye et Édouard Philippe ne l'ont mis dans la rue. 


Jean-Pierre Raffarin a rallié Emmanuel Macron tel un vieux sage au train de sénateur et dont la vision n'imprime pas, mais il donne le la de la tiédeur de la réflexion des élites sursitaires (et non pas sur Cythère, nos élites ne sont pas vénusiennes).  Il n'est pas de ceux dont on peut dire que chaque fois que leur doigt montre la lune, on doit, non pas regarder le doigt avec les "imbéciles", mais regarder de l'autre côté du doigt pour voir où est la lune. Il n'est pas non plus de ceux qui iraient nous la décrocher? CAR IL  n'a pas de goût, c'est un fan de Johnny, d'Edgard Morin et de Greta Thunberg. Sa boussole n'indique pas systématiquement le Sud, il est de ceux qu'on écoute, non de ceux qui s'agitent. Raffarin est un vrai centriste, non pas un intrigant à la Bayrou. C'est un vrai centriste qui a raté la décentralisation qu'il a faite à demie, car un centriste pratique toujours la politique de l'"à moitié", qui est préférable à celle du "en même temps".  


Sa parole est mesurée, avec des raffarinades, qui donnent du "sel" à son enfilage de perles, du "sel", mot cher à Emmanuel Macron dont c'est le seul souvenir de son baptême.  Raffarin n'aboie pas comme Mélenchon, et s'il négocie un "éternel retour" comme Sarkozy, c'est en mode mineur comme Jean Castex. Et en ayant été "tellement jupééo-compatible" comme il l'assurait en 2002 pour se concilier Jacques Chirac bien qu'il trouvât la fonction de premier ministre celle d'un pompier dans "l'enfer de Matignon", qu'il soutientaujourd'hui Édouard Philippe, ex-lieutenant d'Alain Juppé.


Jean-Pierre Raffarin est un centriste, il n'a jamais été un maoïste comme Alain Finkielkraut, mais la scission d'avec le monde occidental de la Chine, premier dépaysement amoureux de ce jeune giscardien pragmatique comme un directeur commercial de chez Jacques Vabre, lui fait beaucoup de peine. Pour un peu ça le rendrait anti-américain même s'il s'exprime avec prudence: "Joe Biden a eu l'intuition excellente de créer un front des démocraties. Mais [...] il a fait de ce premier rendez-vous un rassemblement antichinois. . 


Raffarin ose rêver à mi-voix d'une Europe non otanienne: "Quand les peuples européens ont peur de la guerre, ils se tournent vers les États-Unis, ce qui renvoie à plus tard le programme de défense et de souveraineté européenne mais aussi son indépendance politique", que cet Européen de toujours n'a pas contribué à construire, car il n'a pas eu la seule bonne intuition qu'ait eue Macron au plan européen, qui ne fut pas son discours plein de foucades de la Sorbonne, lequel n'est pas un morceau d'anthologie pour tous ceux qui savent lire, mais faillit être de proposer que l'on construise l'Europe de la défense indépendamment des divergences de la politique étrangère et de sécurité commune, ce qui nous aurait permis de moins dépendre de l'Otan naguère "en état de mort cérébrale" et nous aurait fait voir venir en cas de tension internationale imprévue comme la guerre en Ukraine ou les tensions sino-américaines, qui demeurent moins fortes que le retour de la guerre froide avec son goût de réchauffé.


Raffarin n'aurait pourtant  pas eu besoin de l'éloignement de son rêve  de rapprochement sino-européen pour se recentrer sur l'Europe dont il se serait bien vu présider la commission après avoir été le premier ministre le plus consensuel et le plus réparateur de Chirac l'immobile.  Raffarin était un Européen à la manière de Robert Schumann et de tous les démocrates chrétiens qui ont cru que l'on pouvait construire en dehors des peuples cette utopie évangélique et technocratique. L'Europe se donnait pour mission d'« Équilibrer le monde et incarner la paix  », qui aurait pu s'y opposer? Mais cette utopie a vécu: l'Europe qui s'est construite sur le compromis et la compromission prétend aujourd'hui se refonder contre l'ours russe qu'elle envisageait un temps d'intégrer et pour être le bras civil de l'Otan à l'occasion de la guerre en Ukraine.


La boussole de Jean-Pierre Raffarin n'indique pas systématiquement le Sud, mais voici par où il a retenu mon attention en proférant une énormité qui prouve qu'il a toujours été un peu à l'Ouest: "L'Europe doit choisir un axe stratégique qui lui confère un leadership spécifique pour lequel elle sera respectée dans le monde. Pour moi, ce choix stratégique devrait être le consensus des sociétés civiles autour de « la planétisation », de la planète comme objet politique." 


La planète comme objet politique: Raffarin a trop lu les penseurs de la French theory. Il veut que l'Europe de l'humaniste apporte son concours à "la mort de l'homme" pour l'émergence de la terre comme objet politique décentré et neutre au nom du mondialisme. Il veut changer le monde pour les beaux yeux de Greta qui va se frotter les mains parce que sans lui décrocher la lune, Raffarin lui aura rendu la terre. Greta va retrouver la "positive attitude" de Lorie qui avait tant émoustillé Raffarin sur le plateau de Michel Drucker. Greta, ce symbole de la génération confinée qui ne rêve plus de changer le monde, il ne faudrait pas abuser, mais bien plutôt de "s'empêcher", va retrouver le sourire. 


"La planète" est le formidable alibi de "la mort de l'homme" après que l'homme eut été celui de "la mort de Dieu". Avec elle, nos démocraties vont  retrouver les illusions de la "royauté primitive" qui croyait faire la pluie et le beau temps tout en se niant comme démocraties à travers le choix d'un objet décentré de soi (la démocratie est un régime narcissique), de soi par qui la charité bien ordonné arrive de soi au "soi". Je commence à comprendre pourquoi l'Eglise catholique a si longtemps parlé de "salut individuel". La condition en était le salut des âmes. Aujourd'hui "il faut sauver la planète" et non nos âmes, jusqu'où ne sommes-nous pas descendus! Raffarin est l'astronef qui m'aura fait comprendre que la question de Soral avait un sens "La planète comme objet politique", on croirait lire du Hervé Rissen dans le texte, mais du Hervé Rissen ancienne manière.


Il faut être écervelé comme Jean-Pierre Raffarin ou comme "les jeunes du monde entier" pour "descendre dans la rue" (ce que font aussi les syndiqués et les militants de la France insoumise) en croyant qu'on "[défend] l'humanité" en "[défendant] la planète" sur laquelle on n'a aucune prise. Le planétisme n'est pas un humanisme, c'est le contraire. Jean-Pierre Raffarin est à l'Ouest et "la planète" est la négation de l'objet politique et de l'objet démocratique. 

mercredi 22 février 2023

La prière de Sédric Kahn

J'ai regardé hier soir "la Prière" de Sédric Kahn diffusé par "Arte", une manière indirecte et rare de saluer l'ouverture du carême où entrent les chrétiens qui respectent le calendrier grégorien. 


https://www.allocine.fr/film/fichefilm-250819/streaming/


Ce film n'est pas un film parodique. Il n'escamote pas la réalité que vivent les croyants quand ils prient. Il cite la liturgie telle qu'elle est et ne la réinvente pas en la bêtifiant, l'ignorant ou feignant de ne pas connaître leur sujet quand ils montrent des croyants, même si la communauté vousoie Dieu et utilise des traductions bibliques assez hébraïsantes, bayardisantes ou chouraquisantes, ce qui dénote plutôt un intérêt pour les psaumes et le texte biblique. 


Où Sédric Kahn est-il allé chercher le modèle de la communauté dont il s'est inspiré? Ne serait-ce pas à Pellevoisin où la communauté Saint-Jean avait créée une maison aussi dure (à défaut d'être sûre), et où un de mes amis a fait un passage contraint  dont il est revenu en en disant pis que pendre, ou plutôt en n'ayant pas aimé son expérience, et en n'ayant pas été convaincu ni déplacé dans son goût pour les stupéfiants.


Quel est le propos de ce monachisme à ambitions thérapeutiques dont on se demande s'il ne s'apparente pas aux thérapies de conversion et qui détourne la règle "Prie et travaille" au service d'un espoir de rédemption personnelle qui ne peut certainement pas être le ressort d'une vocation monastique, si elle peut être la conclusion heureuse d'une expérience de vie monastique?


Ce propos est-il de démontrer qu'il n'y a qu'une amitié virile et violemment intrusive qui puisse faire sortir de la violence de la toxicomanie? Qu'on ne sort d'une habitude extrême que par un autre extrême. Que, puisque la toxicomanie est une forme d'incarcération, il n'y a qu'en se mettant volontairement dans une autre prison qu'on parvient à se libérer?


Mais une telle retraite au long cours dans une chartreuse ne ressemble-t-elle pas  à celle du "Désespéré" de Léon Bloy qui n'en reviendra pas moins imprécateur asservissant la fille qu'il a tirée des rues, Véronique, qui coupera ses cheveux et se fera édenter pour n'être plus pour lui un objet de désir?


La prière à laquelle on s'astreint pour espérer guérir, tant l'addictologie est une science inexacte et une médecine balbutiante, où tous les mantras sont bons pour que les gens s'en sortent, n'a-t-elle pas le même effet que la drogue? Ou les meilleurs orants ne sont-ils pas les drogués, comme s'en abuse un des héros de "Feu follet" de Drieu la Rochelle, sur lequel je suis tombé par hasard avant de partir faire ma première cure il y a trois ans?


Et quelle est la valeur de la foi enseignée dans ces lieux-là? Elle n'a pas prétention à convertir tous les membres de la communauté, mais leur fait approcher qu'on peut croire en pratiquant comme l'appétit vient en mangeant. Ou qu'il faut croire pour comprendre au lieu de comprendre pour croire. Mai la foi du héros, Thomas, relève plutôt de l'expérience libératrice d'une prise de parole publique à partir de la "parole de Dieu", vecteur du chemin de guérison escompté dans cette communauté. Thomas reprend espoir quand il se met à faire la lecture au milieu de ses "frères". Thomas prend la parole en s'appropriant si bien cette "parole de Dieu" qu'il connaît presque par coeur tous les psaumes, se félicite le prêtre qui l'accompagne. C'est que les psaumes véhiculent tous les sentiments humains et peuvent être mobilisés pour mettre des mots sur tous les états d'âme, mais des mots que la liturgie décide pour nous au moment où l'on prie, car on ne dit pas en commun n'importe quel psaume en priant la liturgie des heures. Thomas s'approprie donc une parole qui lui permet de dire publiquement qu'il ressent quelque chose et met du baume sur ses maux.


Il connaît deux miracles durant son "incarcération" volontaire. Le premier relève du conte de fée et lui permettra de "faire une fin" à laquelle on a du mal à croire. Il tombe amoureux de la fille des amis que la communauté compte dans le village et qui partage son amour. Elle l'exhorte à rester dans cette communauté tout en n'étant pas dupe de la dureté du chemin qu'on y propose, mais Thomas ne peut que mourir s'il s'en écarte et ne va pas au bout de l'expérience. Y rester est une question de vie ou de mort et de se reconstruire avant de retrouver sibylle qui n'attend que lui, thomas a bien de la chance. Ses retrouvailles finales avec Sibylle le feront déserter le chemin du sacerdoce, le monde est rassuré, mais il l'avait pris pour de mauvaises raisons, parce que servi par un miracle qui démentait par contraste une autre règle de la communauté.


Dans la communauté, on n'a jamais le droit de se retrouver seul, mais Thomas se retrouve seul en montagne. Il appelle ses camarades et court à perdre haleine dans les rochers pour ne pas les perdre de vue. Mais ceux-ci ne cherchent pas la brebis égarée et Thomas se brise une jambe dans sa chute. Sa jambe est réparée en une nuit, c'est le miracle, mais ses camarades l'ont à peine cherché, c'est le démenti de la règle et la déconvenue, une sorte d'assomption de solitude sur laquelle le film ne s'appesantit pas, c'est une de ses apories.


Le prêtre qui l'accompagne n'a pas forcé Thomas à entrer au séminaire, mais je me demande ce que penseront de lui ses compagnons s'ils apprennent qu'il a déserté le chemin du sacerdoce qui lui ont fait un pont d'or d'amitié et de reconnaissance quand il les a quittés pour s'engager sur ce chemin. Pas sûr qu'ils aient à son égard la même mansuétude que soeur Myriam, figure équivoque de fondatrice de la communauté, célébrée et adulée devant laquelle Thomas se prosterne pour prier avec elle, mais qui le gifle parce qu'il n'ose pas lui avouer qu'il n'est pas heureux et qu'il ne prie pas vraiment quand il prie. Soeur Myriam le ramène sur un chemin de vérité, preuve qu'elle n'est pas sectaire, mais la fascination qu'elle exerce sur lui ne lui permet pas de refuser l'affront de la gifle. 


Si "la Prière" s'est voulu un film à thèse, justifiant la violence des thérapies de conversion par la violence de l'intoxication, sa force est de nous donner les moyens de ne pas en être convaincus. 

lundi 20 février 2023

Où en est le synode?


https://www.youtube.com/watch?v=dGvL8JDZSdg


"À quoi est censée s'opposer une Église synodale? ", interroge Philipe Maxence. Il me semble que c'est à une Église pyramidale. Et la même question peut être posée sur la mise en avant tout à fait disproportionnée du mot de "cléricalisme". À quoi s'oppose le cléricalisme? Au "laïcardisme"? Il peut naturellement y avoir une corruption ou un exercice abusif du pouvoir clérical et pyramidal. L'Église catholique n'en reste pas moins une triple pyramide:


-Elle nous raconte l'histoire dans laquelle nous sommes inscrits depuis la Création du monde jusqu'à l'Apocalypse.


-Elle relie entre eux les vivants et les morts.


-De la base au sommet, du simple laïc au pape, l'Église est une société sacrée, donc hiérarchique ou hiérarchisée, question d'étymologie.


Qu'y a-t-il de plus savamment construit qu'une pyramide? Et nous voudrions contester exagérément cette merveille conjointement inventée par l'esprit humain et par l'Esprit saint parce qu'il y a des abus de pouvoir? Mais quand il ne reste plus que du pouvoir à partager, on peut craindre pour l'avenir de l'institution. 


Institution ô combien ferment de civilisation. J'aime à dire pour m'opposer à l'esprit du temps que je me sens souvent plus catholique que chrétien. Chrétien, il m'arrive d'avoir des doutes, y compris sur la personne du Christ. Mais catholique, je crois avec l'Église et cette foi me protège, m'empêche de désespérer ou de trébucher dans mon espérance et me fait continuer d'avancer.


Les évangéliques attaquent souvent l'esprit de religion. Ils se trompent. Quand François a accédé au souverain pontificat,  je voulais croire en sa promesse d'un "catholicisme évangélique": cela vaut bien les promesses du renouveau charismatique qui sont en train de faire "pchit". Certes, le pape est plein d'Evangile et ses commentaires quotidiens de l'Evangile sont très riches. Cela a été ma découverte du confinement. Mais la limite du catholicisme évangélique pris au sens confessionnel est de s'opposer à cet esprit de religion qui nous tient ensemble (à défaut de nous faire toujours "marcher ensemble".)


"Le seul qui ne partage pas son pouvoir et ne le soumet pas à la synodalité est François", note l'abbé Célier. Extérieurement c'est sans doute vrai. C'est du reste une des surprises du pontificat dont la première allocution avait semblé dégrader le ministère pétrinien au rang d'épiscopat de la ville de Rome, qui n'est plus la ville-monde. François avait semblé vouloir oublier la fonction pontificale, mais il aime faire le pape. 


Voilà pour l'extérieur. Mais son premier article à la "Civita catholica" avait relevé ce que le livre de Jean-Pierre Moreau édité par "Renaissance catholique" dénonce en termes polémiques: le pape voudrait transférer son infaillibilité au "sensusfidei" du peuple catholique au nom de sa "théologie du peuple" qui ne me paraît pas être un prolongement de la théologie de la libération, car le péronisme était un conservatisme. Ce transfert de l'infaillibilité du pape au peuple de Dieu me paraît être le sens profond de la synodalité appelée de ses voeux par François.


Les extraits lus dans cette émission montrent que le synode est écrit en galimatias. Et il y a comme le dit l'abbé Benoît un "nombrilisme" de "l'Eglise qui se regarde faire Eglise"d'autant plus mal venu quand on déplore "l'autoréférentialité" d'une Église qui cesse par là même d'être christocentrique, comme le lui demandait Benoît XVI, qui a remis le Christ au centre de l'Eglise comme François essaie de remettre l'Evangile au centre de sa démarche. 


Mais il n'y a de "conversion" qu'au Christ et certainement pas de "conversion écologique" qui est un renversement de perspective, ou de "conversion vers une Eglise synodale."L'Eglise est le moyen et non le but et je n'irais pas jusqu'à invoquer ici l'adage ignatien selon lequel les moyens sont indifférents...


J'entends bien qu'on ne parle pas du salut dans le document du synode continental, mais je veux croire qu'il est induit et penser que le reproche est caricatural. Pourtant ce que pointe le P. J.F. Thomas le fonde: "les points essentiels qui sont constamment relvés [dans ce document] ne ressortissent pas à la vie spirituelle: c'est le cléricalisme, la place des femmes, le sexisme, la tension global-local, la transparence, la formation à la synodalité. On ne parle pas ici de problèmes théologiques, pas de spiritualité, pas de mission et pas d'annonce du salut." 


Les trois premiers thèmes énumérés me font dire que l'Eglise a toujours épousé les valeurs bourgeoises de son temps alors qu'elle ne devrait pas être mondaine. Mais ce faisant elle  a toujours été en retard d'une guerre. Le féminisme et l'écologisme sont devenus tellement outranciers qu'ils ne peuvent être que sur le déclin.


Cela dit, le moderne que je suis malgré tout (un moderne qui voudrait garder la foi du charbonnier), considère comme un progrès l'insistance mise sur l'universalité du salut et que la ligne de partage se soit déplacée, dans l'interprétation de la parabole de l'ivraie et du bon grain, pour dire qu'une personne n'est jamais totalement de l'ivraie ou du bon grain, mais que ce champ mêlé, c'est la personne elle-même qui, tout en les laissant grandir ensemble de peur de tout arracher ou d'éteindre la mèche qui brûle encore, doit cultiver son champ de manière à brûler les germes de zizanie qu'est l'ivraie et cultiver le bon grain pour donner "trente, cinquante et cent" épis "pour un" germe. 

samedi 18 février 2023

Jean-Luc Mélenchon a tout faux

Jean-Luc Mélenchon a cornérisé la Nupes: alors qu'il n'est plus député, il a prétendu dicter au groupe LFI et à même à ses alliés leur façon de réagir. Alors qu'il prétend le servir, il s'est mis à dos le front syndical qui demandait aux députés de discuter le texte et surtout l'article 7 pour accompagner leurs protestations. Il a offert de belles jooutes verbales, mais a montré les limites et l'impuissance du parlementarisme dont il voudrait faire l'alpha et l'oméga de sa VIème République. En se plaçant dans une logique d'obstruction systématique, maximaliste et hors sujet, il contraint le texte qui sera issu de la commission mixte paritaire à être plus dur que celui qu'il aurait pu amender. Son tropisme antifasciste plus fort que son anti-macronisme l'empêche de faire le front des populismes et de porter ses idées dans la loi. À Montpellier, il se vantait de s'être déjà "mangé sept réformes des retraites" et d'en connaître tous les arguments. Il jouait donc volontairement pour perdre sa bataille contre le gouvernement. Mais surtout, il n'a fait preuve d'aucune "imagination au pouvoir". Il s'est focalisé sur le refus du report de l'âge de la retraite rendu inévitable par l'allongement de l'espérance de vie pour être incapable d'envisager que partir à la retraite et être renvoyé à ses foyers ou à sa solitude peut être aussi désocialisant que d'exercer un boulot pénible qui nous a cassé le dos. Il n'a pas imaginé un modèle de réduction et de partage du travail tout au long de la vie pour que les anciens ne soient pas mis au rancard. Il n'a jamais présenté une articulation du travail bénévole et du travail rémunéré dans une société du plein emploi. Il s'est accroché au mythe d'une augmentation de la productivité augmentée qui pourrait compenser le ratio diminuant des actifs cotisant pour les retraités. Il a prétendu que l'automatisation et que la machine était au service de l'homme. Et il a fait de ses députés Nupes et surtout Lfi des clones de lui-même, ayant son caractère et sa violence et devant obéir au doigt et à l'oeil de ce leader massimo prétendant détester le pouvoir personnel.

vendredi 17 février 2023

Dialogue de l'ombre avec Michel Houellebecq

Michel Houellebecq, histoire d’une dérive – Libération (liberation.fr)


Quel parcours que celui d'un homme qui se trouve, d'emblée, à la croisée d'une politique qu'il surplombe en dandy fatigué sans passé, sans mémoire, avec un vague désir d'avenir, et qu'il va anticiper, de roman en roman, non pas tant par leurs intrigues (bien qu'il ne faille pas s'y tromper, car l'écriture de Houellebecq ne tient pas au corps) que par la date de parution de ceux-ci: le 11 septembre pour "Plateforme" où il est question d'un attentat islamiste et à la veille du 7 janvier 2015 pour "Soumission", où les attentats contre "Charlie hebdo" laissent Paris hébété comme l'est Houellebecq qui ne s'en laisse pas conter malgré ses petits airs de ne tenir à rien, et continue de jouer les prophètes: Zemmour est le "petit héros de la droite bourgeoise" (je pense comme lui, donc je valide, et pourtant toute cette droite a mordu à l'hameçon et s'est faite avoir, jusqu'à la droite aristocratique). Ses oracles sont sertis dans une écriture blanche et sans effet, dépouillée jusqu'au naturel, détachée, comme la langue des signes, celle des coïncidences, des synchronicités et des champs magnétiques, qui nous rappellent qu'il y a énigme, mais qui ne nous donnent pas la clef, et qu'il y a signes linguistiques, mais c'est un vocabulaire sans traduction, un "système en équilibre" et une syntaxe qui se soutient, comme la terre qui ne repose sur rien. 


La langue des signes est celle de l'absurde, celle de l'anti-pentecôte ou de la simple préfiguration, celle des sourds qui ne veulent pas entendre ce que le réel veut leur dire ou celle du réel qui ne veut pas se faire entendre, et avant tout celle de la psychanalyse: la mauvaise interprète et moralise, la bonne pense que l'événement découle d'associations d'idées comme nos pensées, que l'histoire est inconsciente et structure le langage du monde que nos rêves organisent, non dans leur désir idéalisé, mais dans leur foutraquerie dégentée.


Houellebecq est un nihiliste qui prédit, un artiste contemporain qui  choisit un sujet, se documente et le dépeint dans un reportage grimé en installation.


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Sophie des Déserts: "On dirait parfois qu’il se rêve en président plaidant, au nom du peuple, pour une démocratie directe, à la Suisse, plus d’interventionnisme en économie, moins en matière de mœurs, très remonté contre la loi sur la fin de vie, mais tout de même «réservé» sur l’abolition de la peine de mort…" Je pense comme lui en inversant les deux derniers articles.


Houellebec en audio:

https://www.youtube.com/watch?v=V_6JYQrpuyU (et les suivants):


"C'est la modernité en elle-même qui génère son autodestruction et c'est troublant. On a un phénomène pour lequel les mots de "nihilisme européen" ne suffisent pas. Je voulais vous dire ça, mais je n'ai pas la clef de l'énigme: pourquoi, à partir d'un certain niveau de développement, on s'autodétruit?"

Michel Onfray (MO): "Quand la volonté s'épuise dans une civilisation, on ne fait plus d'enfants."

MH: "C'est au Japon qu'est apparue l'incapacité de sortir de l'univers virtuel. Soit on trouve un autre moyen de faire des enfants en dehors de la sexualité, soit on disparaît."


Épisode 2: 


https://frontpopulaire.fr/fpplus/grand-format/videos/houellebecq-onfray-la-conversation-episode-2-creolisation-et-grand-remplace_vco_19341207


"La créolisation" est le mot d'Édouard Glissant que Jean-Luc Mélenchon a choisi pour ne pas parler de "grand remplacement." 

MH: "Il n'y a pas de volonté organisatrice derrière tout cela. La vérité est que personne ne contrôle rien."



Episode 3:

https://www.youtube.com/watch?v=TTjBGXW4HBk


Israël peut-il être une réserve d'Indiens pour lutter contre la fin de l'Occident? Et le dernier des colonisateurs? Quel universalisme sous le territorialisme juif (le judaïsme n'est pas qu'un universalisme territorial, il propose aussi une manière spirituelle d'aller vers les promesses de la terre, et le sionisme n'est laïque qu'en ce qu'il hâte la reddition par Dieu de la terre d'où le peuple fut dispersé en lui forçant la main pour la lui rendre.) Faire d'Israël la dernière réserve d'Indiens occidentaux en pays arabe est aussi farfelu que d'avoir imaginé un président musulman qui proposerait de refaire l'empire romain sur une base musulmane, puisque les trois monothéismes sont censés s'être emparés de cet empire pour le dénaturer.


MH: "Je soutiens Israël pour des raisons morales. Il y a une différence de fond entre attentats aveugles et assassinats ciblés. Quand on a un doute moral, il ne faut pas aller au fond des choses, il faut examiner les moyens employés. Les Palestiniens emploient des moyens immoraux, les Israéliens emploient des moyens nettement plus moraux. Ça clôt le débat pour moi." 

Pas sûr que la différence ne se réduise pas à ce que les assassinats ciblés sont perpétrés par un Etat militariste et militarisé quand les  attentats aveugles sont le fait de commandos paramilitaires faute d'avoir pu s'organiser ou être reconnus en États.


MO: "La création d'Israël est un dommage de guerre." 

Mais le dommage d'une guerre européenne en pays arabe.


Épisode 4:

https://frontpopulaire.fr/fpplus/grand-format/videos/houellebecq-onfray-la-conversation-episode-4-islam-islamisme-guerre-civile-_vco_19539217


""Soumission" est une anticipation modérée. Le mouvement woke n'existait pas encore à l'université. J'ai souvent dit que je n'étais pas réactionnaire parce que je croyais tout retour en arrière impossible. Les salafistes ont réussi à retourner plus loin que le XIIIème siècle auquel aimeraient revenir les nostalgiques [de la chrétienté]. Les talibans gouvernent leurs pays. S'il y avait un régime théocratique, je préférerais qu'il soit catholique que musulman."

Par attachement personnel, je dirais la même chose. Mais je suis trop modéré, trop pleutre ou trop incapable de choisir pour ne pas ajouter que je ne souhaite ni l'un ni l'autre.


MO: "Il faut être prêt à tuer pour construire une civilisation." 

L'Occident n'a plus cette énergie. Il a une énergie morbide, il n'a plus d'énergie mortifère. Nous arrivons à la fin de cette ruse de l'histoire qu'était la civilisation chrétienne. La dernière "idée chrétienne devenue folle" de l'Occident, c'est qu'il connaît son déclin et y consent. Moi qui me dis un catholique occidental, je suis occidental parce que catholique, et un catholique de mon siècle qui consent à mon déclin, qui me retrouve dans l'Occident parce qu'il est décliniste et non plus conquérant, un catholique qui préfère être morbide que mortifère, mais qui regrette de ne pas avoir assez aimé la vie et qui sais aujourd'hui qu'on ne l'aime jamais assez. Car aime la vie et tu seras un bon vivant et un bon compagnon qui voudra et fera le bien d'autrui, aime-toi et tu aimeras ton prochain. 

Pierre Palmade, Olivier Dussopt, Jean-Luc Mélenchon, Adrien Quattenens, le monde et moi, violence à tous les étages!

L’affaire Pierre Palmade défraie la chronique. J’ai écouté mardi dernier une émission des GG (Grandes gueules) où une drôle de bonne femme, Kaouther ben Mohamed, ancienne éducatrice spécialisée souffrant de beaucoup de neuropathies, n’ayant jamais touché une goutte d’alcool de sa vie ni aucune drogue, mais disant avoir accompagné beaucoup de dépendants, décrivant bien ce qu’était leur vie après qu’ils aient renoncé au produit qui les stupéfiait, le combat de toute une vie, tomba à bras raccourcis  sur Pierre Palmade à qui elle ne trouvait aucune circonstance atténuante en trouvant indécent que sa sœur se soit chargée de dire sa honte avant sa sortie de réanimation et la garde à vue qu’il est en train d’affronter, déféré après la mise en examen qui lui a été notifiée. Et la meute des GG de hurler avec les loups.

 

Ce que j’en pense ? Deux choses. La première revient à la réaction qui fut la mienne au moment de l’affaire Merah. Je me retrouvai dans ce que dit une femme, elle aussi interviewée par RMC et qui s’exclama : « Évidemment que les victimes sont à plaindre, mais Merah lui aussi est un pauvre petit. » Et la deuxième, c’est que la honte de Pierre Palmade n’est pas feinte. L’accident qu’il a provoqué est une tragédie, pour la famille qui se retrouve avec un bébé qu’une femme douce et gentille a perdue, aux dires de son avocat, pour l’autre enfant défiguré, pour son père entre la vie et la mort, et pour Pierre Palmade qui se lèvera tous les jours en pensant à cet accident et dont la vie va continuer sans raison, confrontée au supplice du miroir. Sa vie n’a plus de sens, je sais de quoi je parle.

 

Et comme derrière deux choses il y en a toujours une troisième, ça me rappelle que la désintoxication ne marche pas. Pierre Palmade a apparemment cherché à s’en sortir et à se désintoxiquer. La persistance de son intoxication ne fut-elle pas ce qui mit fin à son drôle de mariage avec Véronique Samson ? Elle-même, où en est-elle ? Mais non, les cures de désintoxication ne marchent pas et l’addictologie quoi qu’elle en ait est une médecine balbutiante qui propose de la relaxation à des toxicomanes en mal de sensations fortes, qui ne prend jamais le problème à la racine, qui traite leur part blessée, mais pas leur part blessante, qui ne les met jamais en face de leurs actes, qui les prend comme s’ils étaient une page blanche, une page vierge et leur fait croire qu’ils peuvent raisonner comme si leur passé n’était pas chargé ou comme si leur casier judiciaire était vierge. Je sais de quoi je parle, j’en ai fait et je crois que je n’en ferai plus de si tôt, même si je ne veux ni insulter l’avenir ni figer mon existence. Peut-être changerai-je de braquet dans une phase ultérieure dema vie, mais je n’y suis pas prêt. Et pourtant tout devrait me porter à l’être. Je n’ai jamais été dans le déni et je connais le supplice du miroir.

 

L’autre fait d’actualité est le foin qu’on fait autour de la réforme des retraites. Mélenchon et la France insoumise se mettent en scène jusqu’au ridicule. La réforme n’est pas bonne, mais leur riposte ne vaut pas mieux. Ils illustrent un parlementarisme à la papa, ravi de son impuissance, sur fond de culture marxiste de bas étage où demander à la moyenne des gens de travailler deux ans de plus équivaudrait à leur voler deux ans de vie parce qu’on meurt au travail, et de sortir des statistiques prouvant que six cents personnes meurent chaque année d’un accident à leur poste de travail, sans compter les maladies professionnelles. Cela vaut à Aurélien Saintoul de traiter d’ »assassin » un Olivier Dussopt qui paraît, ou bien se droguer lui-même, ou bien être au bord du burn out. Difficile à croire que son mélange d’arrogance, de tristesse et d’égarement dans les détails ne soit le fait que de la grippe, comme il l’a fait entendre ce matin sur RMC.

 

Est-ce qu’Olivier Dussopt est l’ »assassin » de ces six cents malheureux morts à leur poste de travail, comme l’en accuse Jean-Luc Mélenchon dans son marxisme devenu primaire de prétendu grand intellectuel qui « ramène des éléments venus du fond des âges » pour les faire résonner dans l’histoire immédiate, comme il convenait avec Henri Guaino que c’était l’attitude d’un homme politique qui avait le sens de la profondeur historique, s’attachant à une cause, car il se pourrait bien que « la vie n’ait pas de sens », disait-il hier soir au meeting de Montpellier 


Le 7 mars, on bloque tout ! - Meeting à Montpellier - YouTube


où ce septuagénaire explique à des trentenaires ou des quadras que travailler deux ans de plus serait une calamité pour leur santé et risquerait de leur faire perdre la vie comme à ces six cents martyrs du travail que Mélenchon assume d’imputer à Olivier Dussopt, car Mélenchon l’aboyeur assume le dérapage d’Aurélien Saintoul et dit qu'il ne faut jamais s'excuser.

 

On ne peut se persuader de la responsabilité d’Olivier Dussopt que si l’on adopte la vision d’un Édouard Louis qui accusent tous les politiques d’avoir « tué son père » dans un tout petit livre assez poignant et qui parle bien de tous les membres brisés du corps de son père à force d’avoir travaillé en usine avec des cadences favorisées par les politiques, mais établir une responsabilité directe entre de mauvaises conditions de travail et la brisure des corps d’une part, et ce que voudraient explicitement des politiques entièrement complices du « capitalisme » d’autre part, me paraît abusif et régressif. 


Ou pour le dire avec le fait du jour, assimiler directement Olivier Dussopt à Pierre Palmade n’est peut-être pas macropolitiquement incorrect (au sens d’inexact), mais il y a, entre ces deux hommes, la distance qui existe entre un meurtrier direct et celui qui, en voulant exercer le pouvoir, a accepté le meurtre par procuration de la détention de la violence légitime en tant que dépositaire de la force publique et commanditaire de ceux qui l’exercent, les policiers pour « le principal », mais les détenteurs du « capital » pour l’ »intérêt », capitalistes comme Bernard Arnault qui « [feraient] de l’argent en dormant » et que l’État n’empêche pas de nuire en la personne d’Olivier Dussopt, de Gabriel Attal qui se révèle plus élastique et plus habile que je ne m’y attendais dans sa défense de la réforme, car il est sans pathos, et bien sûr au premier plan d’Emanuel Macron, que Mélenchon accuse pour la énième fois d’être un « banquier d’affaires ».

 

Je n’ai écouté qu’une fois les débats parlementaires comme je l’ai fait hier pour la réforme des retraites. La dernière fois c’était pour le débat autour de « la Manif pour tous », mais je crois n’avoir pas loupé les deux épisodes parlementaires les plus intéressants de cette dernière décennie. Ce parlementarisme impuissant est l’essence de la VIème République désirée par Jean-Luc Mélenchon. Il ne donne pas envie d’y courir. Il faut pourtant lui laisser que ce sont de belles heures de joutes verbales, comme celui qui  accompagna la protestation de « la Manif pour tous » sous François Hollande, la première manifestation réprimée dans une violence policière de masse, exercée contre les conservateurs qu’on n’attendait pas dans la rue, qui y étaient donc illégitimes et qu’on pouvait par conséquent mater sans état d’âme.

 

Mais l’impuissance de ce parlementarisme d’obstruction et de joutes répétitives quoique théâtralement bien montées réduit à néant la dénégation qu’on oppose à la démocratie directe. Les députés votent en un temps record, sans parfois qu’ils aient eu le temps de regagner leur place, dans un scrutin qui se clôt en une seconde et le plus souvent à main levée pour ou contre des amendements qu’ils n’ont pas lus et on voudrait nous faire croire que le citoyen régulièrement consulté dans des référendums en saurait moins que ces élus à qui le président de séance est obligé de redire que le gouvernement ou la commission ont émis un avis favorable ou défavorable pour ou contre ces amendements pour qu’ils se déterminent en conscience disciplinée.

 

Emmanuel Macron nous était présenté comme le ministre qui adorait convaincre les parlementaires et ç’aurait été en dépit de lui que Manuel Valls ulcéré aurait fait passer sa « loi Macron » au moyen du 49-3. Ça s’est sans doute passé ainsi en effet, et Valls en volant la politesse à Macron l’a sans doute privé de séduire les parlementaires qu’il était entrain de retourner comme une crêpe.  Mais le jeune coq a bien appris la leçon et non seulement sa première ministre (sic) abuse du 49-3 et maintenant du 47-1, mais Olivier Dussopt (toujours lui) ose affirmer en pleine face à Jérôme Guedj (qui est un député pénétré de ce en quoi il croit, ayant fait la bringue avec Jean-Luc Mélenchon et avec Édouard Philippe et dont je sais de source sûre et directe qu’il suit très attentivement ses dossiers), après une espèce d’inversion accusatoire où il prétendait qu’il « perdait les pédales » et « voulait se refaire la cerise », que lui, Olivier Dussopt, membre de l’exécutif, n’avait pas de compte à lui rendre quant à la manière dont il établissait les chiffres qu’il mettait sur la table (les 1200 euros dont il avait fait croire que personne n’aurait une retraite moindre) et qu'il n'avait qu'à consulter sur l'étude d'impact. C’est-à-dire que le gouvernement d’Emmanuel Macron préfère le théâtre parlementaire au fait de faire face à la démocratie directe, le préfère, le tolère, mais ne le supporte pas et depuis qu’Emmanuel Macron y compte une majorité relative, il ne cesse de le menacer de dissolution.

 

Quant à Jean-Luc Mélenchon qui s'est mis à dos le front syndical en refusant de faire retirer ses amendements au groupe de la France insoumise et qui dirige son mouvement politique depuis son refus de rempiler au poste de député (il a refilé sa circonscription comme la direction exécutive de son « mouvement gazeux » à Manuel Bompard), il bougonne, grommelle, aboie, insulte, a couvé des clones hystrioniques dans ce moule injurieux, jappeur et postillonnant, et dans « l’Emission populaire» 


LES MACRONISTES PERDENT LA TÊTE - EMPOP 14 FÉVRIER - YouTube


que j’ai écoutée par hasard, ses jeunes lieutenants tout sourire dénoncent la brutalité de la politique d’Emmanuel Macron tout en ne comprenant pas qu’on trouve quelque chose à redire à leur violence verbale, car les mots ne sont que des mots, et il faudrait nécessairement opposer la violence à la brutalité.

 

En sorte que le soutien qu’accorde Jean-Luc Mélenchon à Adrien Quattenens n’a rien d’anecdotique : à travers la gifle qu’il a avoué avoir donnée à sa compagne, gifle dont dans un monde normal, on ne devrait pas avoir à connaître, car il s’agit d’une dispute conjugale, Adrien Quattenens a néanmoins reproduit la violence de son mentor, dont je me suis souvent demandé devant ses fulminations permanentes comment il aurait pu ne pas en venir aux mains avec les femmes qui avaient partagé sa vie. Il dit qu’il s’emporte comme un méditerranéen qui parle avec les mains et a le verbe haut, mais ses emportements sont des explosions, et il paraît impossible qu’il ne joigne pas le geste à la parole. Donc Adrien Quattenens à travers sa gifle, n’a pas dérapé en frappant sa femme, il a franchi la ligne jaune dont les traits sont à peine marqués et qui va du geste à la parole. Il a imité et « réalisé » Mélenchon en montrant qu’il n’est pas possible de pratiquer la violence verbale ou la violence psychologique sans en venir à la violence physique.

 

Le drame du moment dans lequel nous sommes gouvernés est qu’il y a de la violence à tous les étages, une violence longtemps refoulée et qui revient, à la fois par la guerre extérieure qui menace d’escalade en guerre mondiale, par la violence sur le ton des « amis du peuple » qu’on appelle populistes et par la violence sur le fond de ceux qui mènent le peuple avec brutalité. Violence cristallisée dans l’accident que son inconscience d’être dans un état où il ne maîtrisait plus rien, donc que son inconscient a fait provoquer à Pierre Palmade, fils d’un obstétricien mort en revenant de couche quand Pierre Palmade avait huit ans et qui aujourd’hui tue involontairement un bébé à naître de sept mois parce qu’il ne s’est jamais remis de cet accident qui a bousillé sa vie. Violentisation générale quand le beau programme est de ne pas « entrer dans la violence », programme que m’avait proposé Nathalie et que je n’ai pas su appliquer, même si je ne suis jamais passé de la violence psychique à la violence physique, mais l’une ne vaut pas mieux que l’autre, et que je ne me sois pas aperçu que j’étais psychologiquement violent quand il en était encore temps me donne aujourd’hui des remords. Mais les remords viennent du démon, il faut être avec la vie qui nous assure qu’elle a du sens en continuant de couler en nous

          

lundi 6 février 2023

François Hollande ou le contraire de la langouste

Justice au Singulier: Entretien avec François Hollande (philippebilger.com)


Que retenir de cet entretien? Je citerai pour commencer cette définition plutôt inattendue que François Hollande donne de la politique:


« La politique, c’est une pensée, ce sont des idées, c’est la recherche d’une compréhension de la société et du monde. Come il n’y a plus de pensée, la politique [est en état de] faiblesse".


Pourquoi cet effort de pensée et cette compréhension de la société n'ont-ils pas suinté de l'exercice du pouvoir de François Hollande? Parce qu'il n'a pas été un prof, un militant associatif ou un homme de terrain, mais un homme de cabinet et d'appareil. François Hollande  a cherché la société et ne l'a pas trouvée parce qu'il a confondu la tactique avec la pensée politique. Il n'est pas anodin qu'il associe celle-ci aux discours qu'on inscrivait sur les murs de l'Assemblée nationale quand ils étaient remarquables. Pour lui, c'est tout un de penser et de discourir. François Hollande était un bon orateur à l'Assemblée nationale. Il se voyait comme le "prochain" président, parce qu'il potassait bien ses discours. Mais quelle était sa vision? Il était le président du "cap", de la "boîte à outil", du "choc de simplification", du "pacte de responsabilité" qui braquait ses jumelles sur la courbe du chômage. La politique est pour lui un graphique ou une monographie.


Il croit que la politique est une pensée, mais la raison d'être des partis se borne selon lui à "faire émerger des talents". Donc la politique a beau ne pas être une affaire de personnes et le déclin des partis politiques  être préjudiciable à la démocratie plus qu'aux militants et aux "nostalgiques de cette histoire", ne regrette-t-il pas davantage la disparition des courants que la disparition des partis proprement dits et lui-même ne s'est-il pas forgé des convictions au demeurant toujours modérées que pour arriver au sommet du cursus honorum en endossant un costume trop grand pour lui, raison d'être du procès en illégitimité dont il déplore qu'il lui ait été fait dès le début de son mandat, sous-entendu sans lui laisser aucune chance? Il a eu la chance d'arriver lui-même, mais pour arriver à quoi? Et d'arriver en aimant les gens comme Chirac, mais en craignant de bouleverser les équilibres d'une société qu'il considérait comme trop fragile pour oser la fracturer et la forcer un peu, comme si la démocratie, ce n'était pas le clivage, mais le consensus, et le lieu d'émergence de personnalités talentueuses, simples, humbles et normales, pour exercer un mandat dont sa modestie n'avait pas rougi de dire en son temps qu'il supposait des "qualités exceptionnelles", dont il ne doutait pas d'être doté.


Mais l'ancien président est lucide. Devant Philippe Bilger qui se pâme de se trouver en face d'un personnage historique qu'il trouve "extrêmement doué" (et c'est son mot de la fin), l'ex complimenté n'est même pas sûr d'occuper comme Chirac "un paragraphe dans l'histoire", il sait que ce que l'histoire retiendra de lui, c'est d'avoir été le président "de la crise terroriste" et du discours larmoyant et traumatisé du 13 novembre un peu après minuit, un homme que j'ai appelé pour ma part "le président du deuil national", car incapable de tracer un horizon positif; un homme doux sans doute, mais fasciné par la guerre au point de la voir dans la guérilla et d'être loin de regretter d'avoir, par son obstination en Syrie, excité explicitement les enragés du Bataclan. Il explique au contraire que c'est quand Obama n'a pas respecter la "ligne rouge" qu'il avait tracée à Bachar El-Assad de ne pas employer contre son peuple d'armes chimiques (la question reste disputée), que c'est parce qu'Obama n'est pas intervenu en Syrie à ses côtés que Vladimir Poutine s'est cru autorisé par la faiblesse de l'Occident à envahir l'Ukraine. 


François Hollande croit que ce sont les crises qui font que le chef d'un parti devient le président de tous les Français. Il aime les opérations spéciales et la force de frappe d'un Occident sans idéologie et croit qu'elle suffit à s'opposer aux extrémistes et illibéraux du monde entier. Sa douceur est dangereuse. Car elle a donné lieu de croire à Emmanuel Macron qu'on pouvait faire une guerre contre un virus à travers laquelle on préférerait le masque au visage, le télétravail à la présence physique, on isolerait les personnes fragiles sous prétexte de leur venir en aide et on changerait la société. 


La guerre de Hollande n'a pas eu lieu, mais le grand recet de Macron s'est fait sans que la main du jeune président ait tremblé. Au point que j'ai entendu cette conclusion prodiguée  par un médecin de terrain, vendredi dernier, dans un colloque consacré au handicap: "Plus le handicap est lourd, plus la dépendance est grande et plus la prise en charge s'affaiblit."


On dit qu'une langouste est dure à l'extérieur et molle à l'intérieur. On disait que Chevènement était une langouste. François Hollande est le contraire d'une langouste. 


"Dis-moi qui t'entoure et je te dirai qui tu es". François Hollande a couvé Emmanuel Macron. "Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte" et déjà le mépris altier de Macron perçait sous la bonhommie doucereuse de Hollande. 

dimanche 5 février 2023

François Hollande en précommentaire

François Hollande va être "soumis à la question" par Philippe Bilger. 


Justice au Singulier: François Hollande avant la question ! (philippebilger.com)


Avant qu'il ne me retourne comme une crêpe, je publie ce bilan de son mandat:


François Hollande en précommentaire.


En 2002, lorsque Lionel Jospin quitte inopinément la vie politique, ne pouvant supporter  la présence au second tour de Jean-Marie Le Pen, François Hollande, bombardé cinq ans plus tôt premier secrétaire de son parti par la nomination de son ancien candidat à l'élection présidentielle et premier secrétaire au poste de premier ministre, se retrouve à la tête d'une majorité qui se demande ouvertement s'il a la capacité de gouverner la France. François Hollande vit mal ce premier épisode méprisant et dix ans plus tard, un alignement des planètes le fait prendre sa revanche: Dominique Strauss-kahn a été arrêté en plein vol et a vu ses ambitions menotées; une querelle de dames venait de secouer le parti socialiste, l'une d'elles était l'ancienne compagne de François Hollande, chalenger malheureuse de Nicolas Sarkozy, qui fit dire à Arnaud Montebourg que le parti socialiste était la proie d'un problème de couple et la France allait le devenir, car après l'improbable candidature de Ségolène Royal poussée par les militants du parti socialiste et regardée de haut par tous les gens qui savent ce que gouverner veut dire, la sphère qui préside aux ambitions partisanes au-delà du désir militant et avait intronisé DSK avant sa chute, préempta "Monsieur 3 %" comme elle avait naguère préempté Jacques Delors, sans doute pour ne pas reprendre un ticket perdant avec Ségolène Royal ou ne pas faire face à la radicalité présumée cassante de Martine Aubry. 


Voilà François Hollande en lice et mis en selle et partant favori de "la primaire citoyenne" et quelle que soit la qualité de sa formation, François Hollande, aussi énarque qu'un autre,  apparaissait, du fait de son inexpérience, de son côté tacticien et hâbleur, de son inaptitude à trancher signalée le premier par Claude Allègre, comme incapable de gouverner un pays aussi peu maléable, et à ce point réfractaire et clivé qu'est la France aux mille clans et brigues, vis-à-vis de qui les divisions du parti socialiste sont de la petite bière en fait de potion magique, pays qu'il voulait sincèrement réparer, après le mandat de Nicolas Sarkozy qui l'avait fracturé, à l'en croire.


François Hollande érailla sa voix, fit des meetings à la Mitterrand qu'il imitait mal, fit une déclaration d'amour aux gens et d'hostilité à "la finance" dont il était de notoriété publique pour les gens à moitié informés comme je suis qu'un de ses représentants l'accompagnait en la personne d'Emmanuel Macron qui perçait déjà sous son mentor avant qu'il ne le nommât secrétaire général adjoint de l'Élysée, puis ministre de l'Économie.


Par gentillesse, François Hollande commença par montrer une incapacité comme directeur des ressources humaines. Il choisit bien le premier de ses premiers ministres et choisit le suivant au plus mal, mais dès son premier gouvernement, il recycla tous les éléphants dont les trompes se poussaient du col et tous les gens d'appareil des partenaires de sa majorité en prenant garde de ne vexer personne et en se posant, par goût de la normalité,  comme un primus inter pares au lieu de s'imposer en président. 


Puis un journal exhuma que, conseiller de François Mitterrand qui faisait des moulinets gauchistes avant d'être rattrapé par la rigueur, il avait par goût du canular écrit dans "le Matin de Paris" que la meilleure chose qu'aurait à faire le parti socialiste parvenu au pouvoir, c'était une politique de droite. Ses commettants l'avaient choisi parce qu'ils connaissaient son tropisme social-libéral et que son projet, qui promettait de "réenchanter le rêve français" tout en revenant aux 3% de déficit budgétaire pour être d'équerre avec le traité de Maastricht, était celui qui faisait le moins de vagues et le moins rêver. Il le mit à exécution et se prit au jeu de la politique qu'il préconisait vingt-cinq ans plus tôt dans "le Matin de Paris". 


Il semblait avoir peu d'idées à l'international et, soit qu'il voulût se donner un genre de dur ou une tête de Turc, soit qu'il fût impressionné par les postures martiales de Manuel Valls qui le mordait au mollets, tel un "roquets" plus fabiusien que rocardien, il donna dans un néo-conservatisme qui alla jusqu'à surenchérir sur sa version américaine et n'obtint pas que le congrès mandatât l'armée des États-Unis pour aller faire la guerre en Syrie aux côtés de François Hollande, dont le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius en personne, disait que le président syrien "ne méritait pas d'être sur terre". Cela nous valut les attentats du Bataclan, bien que la France et les djihadistescombatttissent contre le même ennemi, mais celle-là entendait punir ceux-ci quand ils rentraient de leurs camps d'entraînement où ils apprenaient à décapiter les koufars et à préméditer des attentats contre des puissances européennes dont ils demeuraient des ressortissants. François Hollande imagina de les déchoir de leur nationalité comme la loi le lui permettait, mais il n'envisageait pas d'y recourir, voulut faire voter une loi qui le stipulait expressément, on s'en formalisa, la discussion tourna à l'aigre, fit beaucoup de bruit médiatique et s'éternisa, Manuel Valls se fit le VRP de la déchéance de nationalité, Christiane Taubira démissionna et le néo-conservatisme de François Hollande s'inclina sous les foucades laïcistes de l'ancien maire d'Évry, qui ne valaient pas celles de Vincent Peillon.


Le laïcisme couva la guerre de religion qui n'a pas encore éclaté au déclin de la civilisation occidentale qui semble s'être donnée le mot pour s'autodétruire, institution par institution, en cassant son modèle social et les jouets, ou plutôt les trésors de la Reconstruction tels qu'ils avaient été savamment imaginés, après le rationnement qui fait aujourd'hui son retour en force, par le Conseil national de la Résistance. La faiblesse de François Hollande ne put pas limiter la casse et nous mit sous le joug de son continuateur, qui assume cette autodestruction et cette régression sous couvert de progressisme en ne se donnant même pas la peine de cacher qu'il méprise son peuple ni les apparences de la bonhommie qui chez François Hollande était réelle, mais accusait un manque d'autorité qui aurait dû le retenir de prétendre à plus qu'il ne pouvait, et devrait aujourd'hui le contraindre à plus d'humilité, car quoi qu'il nous coûte, il écrit des livres, les dédicace et les vend en refaisant le match et le monde comme si son quinquennat n'avait pas été calamiteux, comme s'il avait été un bon président et comme si son élection ne nous avait pas ouverts à quinze ans de malheur public.