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mercredi 28 avril 2021

Défense de BHL

<p> Bernard-Henri Lévy : "J'ai passé ma vie à éviter de me confiner" - L'Express (lexpress.fr) <p>


En France, un des sports nationaux est de taper sur BHL pour défouler au passage un antisémitisme qu'on croit de bon aloi parce que BHL, si internationaliste qu'il se présente, est confiné dans sa judaïté, c'est sa limite, son point Godwin. On ne peut pourtant prétendre que c'est un philosophe sans profondeur et sans talent que sous réserve de ne l'avoir pas lu, si peu que ce soit. Je trouve indigne de moi de le condamner parce qu'il est un fils à papa dont les facilités furent... facilitées par la naissance et la fortune d'un ancien marchand d'ébène esclavagiste qui était aussi un ancien des Brigades internationales, mais Jean-Baptiste Doumeng aussi était un communiste milliardaire. <p>


Je ne pardonne pas à BHL d'avoir entraîné mon pays dans une guerre du "dernier recours" en Libye; je n'aime pas sa géopolitique occidentale et simpliste, reconnaissant au monde trois ennemis principaux qui n'auraient pas droit de cité dans leur manière de gouverner différente des peuples différents: la Turquie, l'Iran et la Russie; mon penchant est populiste et le populisme est tout ce qu'il exècre, jusqu'au complotisme, ce "progressisme des imbéciles" qui me chatouille souvent come "lecture systémique du monde" en manque de repères. <p>


Il me déplaît  que BHL, partisan du droit d'ingérence comme son homonyme Bernard Kouchner, se pose en Dom Quichotte fortuné   ou en flic de l'ordre international et en guerrier mercenaire qui paie de ses écus pour s'assurer qu'il y ait un peu moins de dictature dans le monde. Il me déplut, du temps, je crois, où il s'indignait de la mort de Daniel Pearl, que notre nouveau philosophe fît une tournée américaine triomphale, Josiane Savigneau lui faisant cortège, en prêchant au nom de la France la bonne parole des démocrates américains contre ce stupide George Bush. <p>


Il me déplaît qu'il murmure à l'oreille des puissants, arbitre chaque élection présidentielle et se dise d'une gauche qui ne serait plus qu'"un grand cadavre à la renverse". Il me déplaît qu'il me dénie le droit de voter comme il me plaît, pratique la réduction ad Hitlerum y compris d'Erdogan  et m'intime d'avoir à descendre m'enfiévrer contre un antisémitisme dont il ne me saute pas aux yeux qu'il opprime un grand nombre de juifs qui occuperaient une position inférieure en France, malgré les crimes perpétrés contre Mireille Knoll et Lucie Attal alias Sarah Halimy. Il me déplaît qu'il donne des pièces de théâtre jouées par Jacques Weber où je passe pour un con avec ma tendance au souverainisme parce que l'Europe me paraît une belle idée qui ne marche pas, étouffée sous la bureaucratie. <p>


Je dois néanmoins reconnaître qu'il est le dernier défenseur des valeurs dans le goût desquelles j'ai été élevé, valeurs d'une bourgeoisie provinciale mais éclairée, qui n'était pas opportuniste et était plus deux tiers-mondiste qu'un tiers (ou un demi)-mondaine. "Je plains le temps de ma jeunesse" comme le chantait François Villon, où l'on croyait que l'on allait refaire le monde. BHL qui a écrit sur Sartre se contente plus modestement de vouloir le réparer comme Camus. Il se pose en journaliste et agent d'influence dont l'observation va modifier ce qu'il observe. Il se réfère à la guerre juste comme saint Augustin, dont le critère est que l'on provoque un mal inférieur à celui qu'on va éviter. <p>


Il n'a pas eu la lucidité d'un Michel Onfray que je n'ai jamais entendu appeler à ce que l'on pactise avec Daech comme il l'allègue dans son article de "l'Expresse", mais que ne bouleverse pas Dom Quichotte qui serait dans "le déni du réel". Comme moi, Michel Onfray qui écrit mal alors que BHL écrit bien, sentit le danger de la première guerre du golfe. Monsieur Dombasle ne se réveilla qu'à la seconde, plaidant qu'il ne fallait pas la faire, car on n'avait pas épuisé tous les recours. Ne cédant pas aujourd'hui à la Bidenmania, il s'inquiète du retour des talibans déboulonneurs de statues quand les Américains se seront retirés d'Afghanistan. Il ne croit pas qu'il soit trop tard pour présenter le fils du commandant Massoud au jeune Emmanuel Macron. <p>


Il ne déboulonne pas la statue de Napoléon dont la fascination ne fut bonne qu'à Stendhal et fit du Musset des "Confessions d'un enfant du siècle" un anti-héros romantique, blesseur d'amour.  BHL préfère Hugo à Napoléon et m'en voudrez-vous si je lui trouve un souffle hugolien dans ces confidences prépromotionnelles d'un énième reportage sur des guerres que BHL se croit à couvert de "couvrir" parce qu'il n'"aime" pas la guerre? <p>


BHL est plus hugolien que gidien. Il ne fait pas de la très bonne littérature avec des bons sentiments. Mais il était du bon côté en Bosnie et il défend le monde d'avant en ne jouant pas les agents confineurs et en rêvant de "la grande vie" et d'"une vie qui soit plus qu'une vie", à la différence de tous nos défenseurs de la vie, qu'ils soient antiviraux ou anti-IVG. De tout cela, je remercie l'auteur blanchi sous le harnois des chemises d'être le dernier garant un peu postiche de mes illusions perdues. <p>

vendredi 23 avril 2021

République ou monarchie

<p> Commentaire au billet de Philippe Bilger:"Monarchie républicaine. Si peu de monarchie, si peu de République." <p>   


Justice au Singulier: Monarchie républicaine ? Si peu de monarchie, si peu de République... (philippebilger.com)

 <p>

Un grand billet sur un grand thème qui mêle sobrement l'actualité et l'inactuel. <p>


Sur la première, l'injonction constante à résister puisque la France d'aujourd'hui serait l'héritière de la Résistance, n'en a pas fait un réflexe tel que nous dénoncerions une dictature sanitaire qui grignote chaque jour nos libertés, avec des autorisations de circuler et des couvre-feu qui souvent varient, dans une indifférence relative sinon générale, puisque ces mesures sont prises pour notre bien, ben voyons. Je me suis souvent résigné en regrettant que je n'aurais pas le bonheur de voir se réaliser mon utopie, la démocratie directe. Ce n'était pas pour imaginer que je verrais des masques cachant tous les visages, ces masques que je considérais, collégien, come le cauchemar des démocraties où non seulement l'hypocrisie ne marque pas le pas et continue d'être un vice régnant, mais je ne sais pourquoi, les masques ont toujours représenté à mes yeux la métaphore d'une démocratie où la raison de celui qui gueule le plus fort est toujours la meilleure. Et en effet, émettez la oindre réserve vaccinale ou sur le confinement par lequel on prétend lutter contre la Covid et vous serez taxé de complotisme et mis hors jeu du débat public. <p>


Votre incipitme laisse songeur: aujourd'hui, on ne couperait plus la tête du roi? Du roi Louis XVI, non, mais la haine qu'a concentrée sur sa personne Emmanuel Macron pendant la crise des Gilets jaunes ne fait pas bon signe. On a vu sa tête traînée en effigie au bout d'une pique. Je m'étais moi-même fendu d'un article de blog intitulé "Emmanuel Macron ne sera pas décapité" en ayant honte du mouvement qui me le faisait écrire. 


Aucun roman ne donne come "Lucien Leuwen" le ton de la presse monarchiste des années 1830. Ces parodies du "Moniteur" sont assez cocasses. J'ai vaguement connu Daniel Hamiche, directeur du "Légitimiste" avant de devenir le collaborateur de "l'Homme nouveau", qui s'était entièrement dévoué à la cause royale, mettant sa personne et sa vie presque entre parenthèses, après avoir été un militant maoïste, comme si cet esprit pourtant libre ne savait vivre sans chef. Sartre a décrit "l'Enfance d'un chef", on ne parle pas assez de la quête du chef ou de la nostalgie du chef. Les prétendants n'y croient plus eux-mêmes. Ils prétendent pour l'honneur. Les militants royalistes de toute obédience écrivent le programme du futur roi. La monarchie est une idée qui a vécu. <p>


Ceux qui essaient pourtant de nous intéresser à la monarchie le font sur la base qu'un bon gouvernement est d'abord arbitral ou a besoin d'un arbitre. Ils nous allèchent à l'idée d'un roi qui règne et ne gouverne pas, comme au Royaume-Uni dont le faste et les frasques de la famille royale relèvent d'un folklore amusant les lecteurs de tableauïdes. Le besoin d'un arbitre est probablement réel, mais cela va à l'encontre de toutes les pratiques politiques en vigueur. Lorsque Montesquieu, entre autres, théorisait le pouvoir exécutif, se doutait-il qu'il deviendrait l'inspirateur des lois, en sorte que la capacité d'enregistrement de notre parlement n'a pas grand-chose à envier à la chambre d'enregistrement qu'étaient les parlements  depuis la Fronde jusqu'à l'enfance prérévolutionnaire du vicomte de Chateaubriand? Le pouvoir exécutif devrait être un exécutant, donc un arbitre sans idée propre, il est le comandant suprême et l'inspirateur des lois. Ainsi a dérivé la démocratie représentative, qui refuse de croire qu'un système où le peuple pourrait proposer des lois à référendum serait viable. J'ai moi-même été victime de cette incroyance et ne m'en suis pas tout à fait départi.<p>


Le président une fois élu, ses courtisans font de ses moindres propos une parole d'Evangile. Un homme providentiel émerge tous les cinq ans par le miracle et par l'onction du suffrage universel. Non seulement le pouvoir exécutif n'exécute pas en bon arbitre de la volonté générale ou populaire, mais il signe et promulgue les lois votées par le parlement, come celui-ci enregistrait jadis les édits et décrets royaux. Ironie de l'histoire.


"Il n'y a pas assez de République", d'abord parce que la République a changé. Autrefois la "chose du peuple" dont l'autorité s'imposait par une sorte d'application directe ou indirecte du contrat social, elle est devenue ce qui devrait faire le liant de concitoyens qu'un même projet national ne constitue plus en nation. "Une société multiculturelle est multiconflictuelle", écrivait le Club de l'horloge. L'avertissement est rude, mais assez peu contestable. Régime neutre et sans idéologie, la République est devenue une idéologie de régime dont Frédéric Rouvillois a bien montré qu'on chercherait en vain les termes du pacte républicain, ce qui était déjà dans l'esprit de Rousseau, qui assumait si bien le caractère fictif de son contrat social qu'il avertissait que nul n'avait besoin de le signer et que d'ailleurs il n'était pas écrit. <p>


Mais le plus insupportable dans un pays comme le nôtre qui a la passion de l'égalité est que la République est inégalitaire. Maurras parlait d'une "République des fils à papa". Le passage le plus intéressant du livre de Juan Branco, "Crépuscule", est celui où l'auteur décrit la géographie des grands lycées parisiens où l'élite s'excuse de se reproduire parce que, dans certains d'entre eux come l'Ecole alsacienne dont est issu l'avocat activiste, on a gardé un vernis d'humanisme, l'humanisme de l'entre-soi. Son ennemi personnel Gabriel Attal a mis en musique un temps  le service civique universel (sur la base du volontariat...), qui devait être un moment de mixité sociale qui aurait disparu avec le service militaire. Lui-même n'était pas issu de la diversité ni de la mixité sociale ou de la méritocratie républicaine. Autant de maux auxquels il faudrait remédier en République, que l'on soit bourdieusien ou non. <p>

mardi 13 avril 2021

La société du commentaire

<p> Double commentaire à cet article du "Monde et à ce billet de blog de Philippe Bilger: <p>


https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/04/09/l-avenement-de-la-societe-du-commentaire_6076109_3232.html <p>


Et <p>


https://www.philippebilger.com/blog/2021/04/faut-il-d%C3%A9noncer-la-soci%C3%A9t%C3%A9-du-commentaire-.html <p>


Substituons en effet "le commentaire de la société" à "la société du commentaire". J'aime la simplicité de votre aveu: "Le commentaire a toujours trouvé grâce à mes yeux. Parce que je n'ai jamais su faire que cela." Je le contresigne en avouant à mon tour avec Jean-Sébastien Ferjou: "On s'informe aussi [et on s'exprime encore davantage] pour passer le temps." La rédaction d'un commentaire est moins contrainte que la correction ou la mise en forme patiente d'un écrit qui vous prend toute votre énergie. Le commentaire est une espèce de divertissement et de désoeuvrement qui nuit à votre oeuvre si vous croyez qu'une oeuvre vous attend, mais "il faut faire avec ce qu'on est" et avec l'énergie qu'on a. Les artistes contemporains ont réduit l'"oeuvre" au "travail" et cette modestie est peut-être à leur honneur. Ils ne font qu'"installer" leurs efforts dans le cham d'un possible éphémère. <p>


J'ignorais que Guy Debord, qui fut relativement peu prolifique, avait écrit des "Commentaires" à sa "Société du spectacle". Nicolas Truong a bau jeu de retourner le propos: "Aujourd'hui, c'est précisément le commentaire qui est devenu un spectacle." eh bien non. Car l'intérêt de "la Société du spectacle" est de faire toucher du doigt que "le vrai est un moment du faux". Et pour faire la part du faux, rien de tel que le commentaire. L'oisif Guy Debord a au moins été utile à cela. Je me range derrière son panache blanc.


Dans un monde littéraire idéal, on dirait du commentaire ce que Montaigne en disait: "Nous nous entreglosons." Mais Montaigne ne craignait pas de se mesurer aux plus grands esprits des siècles passés. Sur l'agora du "commentaire de la société" où nous sommes de pâles figurants, nous ne faisons que commenter cette actualité où un clou chasse l'autre. C'est nous faire un mauvais procès que de nous opposer aux acteurs en démocratie représentative où nous ne faisons pas partie de la distribution. Et c'est nous faire un autre mauvais procès que de nous reprocher de réagir en 280 signes: tout d'abord, les réseaux sociaux ne donnent pas plus cher de notre message; ensuite, nous pouvons détourner la contrainte en transformant nos réactions laconiques en liens sur des billets de blog ou sur des vidéos; et enfin, nous ne faisons que répercuter l'ancien procédé des "petites phrases", à quoi se résumait tout un long discours politique, par le choix sans discernement autre qu'immédiat d'un journaliste, aujourd'hui jaloux de se voir confisquer le monopole du ministère de la parole par ce gloseur prétendument inculte que le citoyen de l'ombre, participant de l'opinion publique que le journaliste n'est plus seul à forger en service commandé et en détenant le quatrième ou le premier pouvoir, devient de concert avec lui. <p>


On croyait que l'éditorialiste avait la légitimité du terrain. Mais "le terrain pollue l'esprit de l'éditorialiste", comme osait le soutenir Christophe Barbier, qui n'est pas à une outrance près. Je m'amuse à entendre citer des interviewers politique connivents comme de "grands reporters". Et je cherche en vain ces "intellectuels spécifiques" dont parlait Michel Foucault et que, jeune étudiant à la Sorbonne, je m'étonnais de ne jamais voir comparaître sur le forum médiatique, où mes professeurs auraient eu plus de légitimité que les toutologues tous terrains. 


Je m'amuse d'un Pierre Musso qui ose écrire une "Critique des réseaux" en s'imaginant qu'il existe, sur Facebook, une "alternative entre like et no like". Et le gars est professeur! Et son éditeur universitaire ne lui a pas signalé qu'il devrait faire un tour sur Facebook avant d'écrire une critique de ce réseau social que manifestement il ne connaît pas! Je m'amuse encore de voir Gérard Noiriel, qui n'a pas cru excessif de comparer Eric zemmour à Edouard Drumont, distinguer les "intellectuels de gouvernement" des "intellectuels critiques". J'ai toujours estimé Luc Boltanski depuis son livre sur l'engendrement, qui a fait prendre de la hauteur au débat sur "la vie" et sur l'interruption volontaire de grossesse. Je ne m'étonne pas qu'avec Jacques Rancière et quelques déconstructeurs auxquels les réactionnaires qui ne les ont pas compris reprochent d'avoir essayé de nous libérer de quelques chaînes, il mène une enquête pour analyser de quoi les réseaux sociaux sont le signe, plutôt que d'asséner leurs convictions défavorables à la démocratisation des supports (qui ne sont que des supports), comme le font Cécile Alduy et tant d'autres sémiologues, qui regrettent que le débat démocratique se soit élargi à d'autres sujets que ceux qui les intéressaient traditionnellement. <p>


Il y a certes, entre commenter et créer, une opposition du même genre que celle qui existe entre agir et contempler dans la vie monastique. Mais puisque tout le monde n'a pas le rang d'acteur dans la société du spectacle, oublions que la critique est aisée et l'art est difficile, croyons que nous sommes des influenceurs et jetons-nous sous les feux de la rampe du commentaire. <p>

vendredi 4 décembre 2020

Mon tombeau de Giscard

<p> Valéry Giscard d'Estaing : l'héritage maudit - Editorial - Actualité - Liberté Politique (libertepolitique.com)

<p> Quand je lis l'article de Constance Prazelle sur "Liberté politique" en refus d'hommage à Valéry Giscard d'Estaing, je vois tout ce qui me sépare d'une certaine extrême droite. <p>


Non seulement je porte le deuil de Giscard, mais je tiens que son septennat nous a offert les dernières années fastes que la France ait connues. <p>


Giscard a certes remplacé l'universalisme révolutionnaire puis républicain, que l'on a retrouvé après lui et deux septennats de François Mitterrand, par le voltairanisme du siècle de Louis XV, dont Baudelaire disait qu'il était à l'origine de l'ennui français. Je fais confiance à Baudelaire en poésie, mais beaucoup moins en politique, où l'on n'est pas forcé d'être romantique ou décadent.  Car nos vrais ennuis ont commencé le jour où Giscard eut (et nous avec lui) le malheur d'être battu par un vrai démagogue opportuniste, François Mitterrand, homme sans vision et sans fidélité, qui, sous couvert de socialisme, a fait basculer la France dans l'atlantisme le plus reaganien et le moins nuancé, prélude au néoconservatisme de Bush assumé avec retard et sans raison par François Hollande, héritier comme François Mitterrand de la gauche colonialiste et molletiste. Ajoutons que celui qui a aboli la peine de mort en tant que président de la République en a été un ardent défenseur au début des "événements" ou de la guerre d'Algérie. Et dans la France d'aujourd'hui, où ce sont les héritiers de Mitterrand qui gouvernent, très à distance de Giscard, comme l'a montré le discours d'hommage distancié prononcé hier soir par Emmanuel Macron, dans la Desjardins​ la France qui fait la guerre contre le terrorisme, on liquide les terroristes sans autre forme de procès au lieu de les arrêter et de les présenter au tribunal, ce qui est une manière expéditive de leur administrer la peine de mort au lieu de les présenter au tribunal révolutionnaire, en s'attribuant, sous couvert de violence légitime exercée par la société,  le droit de vie et de mort du pater familias romain, alors que la vie que la société n'a pas donnée, elle n'a pas le droit de la reprendre. <p>


Giscard a fait entrer la France dans la modernité, mais il a pris en elle ce qui était bon sans abonder dans ce qui était mauvais.<p>


Dans cet article que j'ai tort de partager (car partagez, partagez, il en restera toujours quelque chose", mais j'en fais le prétexte à mon propre tombeau de Giscard), Constance Prazelle regrette la création du secrétariat d'Etat à la condition féminine attribué à Françoise Giroud, qui était d'une autre carrure intellectuelle que Marlène Sciappa. Notre polémiste aurait sans doute préféré qu'on en restât au temps où la femme devait demander à son mari l'autorisation d'ouvrir un compte ou de détenir un carnet de chèques. <p>


Son problème est que Giscard a inspiré, de manière concertée avec celle qui a porté la loi,et qu'il a promulgué la loi Veil, qui ne faisait que dépénaliser l'avortement et non pas affirmer comme aujourd'hui que c'est un droit fondamental de la République, pour faire un pied de nez révolutionnaire qui ne mange pas de pain à feu "les lois fondamentales du royaume". Il serait néanmoins malhonnête de nier que, dans l'esprit des promoteurs de la loi Veil, celle-ci devait être un premier pas vers la libéralisation de l'avortement. Mais les catholiques de la trempe de Constance Prazelle n'osent pas s'avouer que l'avortement chez les femmes immigrées fraîchement débarquées en France leur est indifférent. Ce qui les contrarie, c'est que ne soient pas nés quelques millions d'enfants français, parce que, comprenez-vous ma bonne dame, à défaut de ces naissances, on est entré dans la société "multiculturaliste" et du "grand remplacement". ON aurait dû forcer les Français qui n'y tenaient plus à faire des enfants. IL y a chez ces pseudo-réalistes barbouillés de thomisme un certain refus du réel. <p>


J'admets que l'on puisse reprocher à Giscard d'avoir préféré une société maternante à une société maternelle. Il n'empêche que sans cette assistance sociale, j'aurais peut-être été davantage forcé à devenir quelque chose, mais si je n'y étais pas arrivé, moi le bénéficiaire de la loi de 1975 en faveur des personnes handicapées, je serais tout simplement devenu pauvre. Et cette loi ne disait pas, comme celle qui lui a succédé trente ans plus tard, que tout devait, par impossible, être accessible à tous, jusqu'à ce que, pandémie oblige, les "personnes vulnérables" fussent sommées d'être confinées les premières, confinées et abandonnées.  Giscard avait cela de bon qu'il n'était pas un utopiste. <p>


Il était sorti, la paix aidant, de la mythologie gaullienne d'une "France éternelle" condamnée à la vanité en fait de grandeur. On lui en voulut de nous ramener sur terre et aux dimensions de la France, "puissance moyenne". Giscard donna-t-il trop dans l'Europe façon Jean Monnet, où l'union monétaire devait amener à l'union économique et politique? Sans doute, mais comment oublier que le premier véritable activiste du couple franco-allemand et de la réconciliation des deux nations trois fois belligérentes pleura (et ce n'était pas d'émotion), à l'idée que des soldats allemands défilent sur les Champs-Elyséesun 14 juillet? <p>


La chroniqueuse dont je relaye le malencontreux article regrette que Giscard ait indemnisé les chômeurs à 90 %. Selon elle, ne pas le faire aurait évité que la France s'enfonce dans la spirale du chômage. Comme si la cause n'était pas à chercher dans la mondialisation, la désindustrialisation, les délocalisations et l'automatisation. <p>


Constance Prazelle n'aime pas non plus le regroupement familial. Elle oublie que celui-ci découle explicitement de la doctrine sociale de l'Église, comme l'a montré l'abbé Grégoire Célier dans la revue "Fideliter" au grand scandale du milieu traditionaliste dont il était un éminent représentant. Mais surtout, tous ceux qui réitèrent cette critique récurrente oublient que le regroupement familial s'inscrivait, après les années Pompidou qui avaient entièrement ouvert les vannes à la volonté de bas salaires du grand patronat, dans un coup d'arrêt que l'Etat voulait mettre pour trois ans à l'immigration de travail, voulant l'humaniser par le regroupement familial qui était assorti d'une politique d'aide au retour pour ceux qui étaient au chômage ou ne désiraient pas rester en France. Le réel, là encore, a décidé de l'avenir du regroupement familial d'une manière que ceux qui avaient légiféré en sa faveur n'avaient pas prévu. <p>


Giscard ne fut pas aimé de paraître intelligent. Son port aristocratique de bourgeois dont les ancêtres avaient voulu s'anoblir fit tenir à insincérité son désir d'aller vers les Français en toute égalité républicaine, même si sa déformation éducative trahissait un brin de condescendance peu compatible avec son amour de Maupassant. Giscard aimait Louis XV parce que c'était le roi du siècle des Lumières et parce qu'il avait des scrupules de conscience . Il manifesta par deux fois qu'il voulait une Europe démocratique où les traités ne l'emportassent pas sur les alternances ou les référendums.  C'est lui qui décida que le Parlement européen serai élu au suffrage universel, et lui encore qui non seulement insista pour que le traité constitutionnel qu'il rédigeait à la tête de la Convention européenne co-présidée par Giuliano Amato, fût soumis à référendum;  mais je me souviens d'une émission sur "France inter" où il demandait aux Français de lui adresser leurs propositions pour l'Union européenne à ses bureaux du boulevard Saint-Germain. <p>


Giscard n'a pas toujours vu juste. Il soignait son apparence et c'était un dandy, mais ce n'était pas un démagogue. Les héritiers de Mitterrand et de Maurras ne lui ont pas pardonné, même mort, d'avoir été un humaniste pragmatique.  <p>

jeudi 12 novembre 2020

De Gaulle, résumé par ses entretiens avec Michel Droit

<p> Je n'avais jamais écouté au long cours les entretiens de De Gaulle avec Michel Droit. Hier soir, grâce à eux, j'ai passé une nuit avec De Gaulle... <p>


N'ayant pas pris de notes, j'en retire de mémoire ces différentes observations: <p>


    1. Qu'a-t-on reproché à Michel Droit? D'être marqué à droite, car directeur du "Figaro littéraire". En tout cas, il pratique un journalisme que l'on voudrait voir exister encore, où le fait d'interrompre ne constitue pas un point d'honneur. Michel Droit pose des questions impertinentes au nom des Français,  ne prétend pas les poser toutes, puis laisse le général répondre en longueur à chacune, semblant avoir écrit une partie de ses réponses, notamment son analyse de "la société mécanique" dans son entretien du 10 avril 1969. <p>


C'est aussi le général qui marque la fin des entretiens, disant "car il faut que vive la République et que vive la France" pour conclure l'entretien du 15 décembre 1965, et laissant Michel Droit sur sa faim lors de l'entretien du 10 avril 1969 déjà cité, sans répondre à l'objection que ce référendum est un plébiscite. <p> 


    2. De Gaulle anti-européen ? Certes non.  Il ne croit guère à la confédération européenne qui pourrait résulter d'une relation de plus en plus rapprochée entre les Etats qui constituent "le marché commun". Il vise "une organisation de l'Europe occidentale" qui n'est que la moitié de "l'Europe de l'Atlantique à l'Oural", intégrant celle qu'il n'appelle pas "la Russie" dans ces entretiens, mais bien "la Russie soviétique", avec laquelle il n'est pas question de faire une alliance  entre Etats malgré ce qu'Henri-Christian Giraud a mis en évidence des liens secrets qui existaient entre De Gaulle et Staline et les partiscommunistes soviétiques depuis lors, mais il faut garder le contact avec la Russie et ce communisme que, sur le départ, il n'hésite pas à appeler une "entreprise totalitaire" et avec lequel il a bien joué, aussi bien pendant la guerre, où Staline interdit à Maurice Thorez de faire sortir le parti communiste français du Conseil national de la Résistance pour inscrire la France dans le Komintern, que pour résoudre la crise de mai 1968 où les contacts que De Gaulle prit avec les dirigeants du Komintern circonscrivirent l'agitation des communistes français, que De Gaulle accusa de vouloir "prendre sa place". <p>


Quant à l'"Europe des six" que De Gaulle voyait bien s'élargir à l'Angleterre et à l'Espagne (Pompidou n'a donc pas été infidèle à De Gaulle en organisant un référendum en ce sens), mais ni au Portugal ni à la Grèce, il ne la concevait pas même comme une "Europe des patries" (c'était trop dire), mais comme une "coopération des Etats". Il avait été échaudé en matière d'"intégration forcée" lorsqu'il subit la proposition de Jean Monnet d'une absorption l'une dans l'autre de la France et du Royaume-Uni. <p>


De Gaulle fait un constat très lucide quand il parle d'une défense à rechercher entre les Six et d'une "action" à mener, sans que cette action prenne le nom de "politique étrangère et de sécurité commune", tant les intérêts de l'Angleterre, qui ne fait pourtant pas encore partie des Six, sont éloignés des intérêts de la France. <p>


De Gaulle n'est assurément pas celui qui, comme Victor Hugo, aurait rêvé des "Etats-Unis d'Europe", mais ce n'est pas non plus un souverainiste français comme  ceux qui s'en réclament aujourd'hui, Paul-Marie Coûteaux, Florian Philippot, Pierre-Yves Rougeyron ou François Asselineau. <p>


     3. De Gaulle anti-américain? Ce n'est pas parce qu'il n'"accompagne" pas toujours les Américains "qui ne nous ont pas toujours accompagnés" qu'il ne sait pas que la France et les Etats-Unis ne sont pas des alliés" par nature", comme ils l'ont souvent été dans l'histoire. Si De Gaulle ne remonte pas à l'aide qu'apporta la France lors de la guerre d'indépendance des Etats-Unis, c'est pour ne pas rappeler que roosevelt voulut procéder à une partition de la France. Il a du mal à lui pardonner de ne pas l'avoir choisi comme seul interlocuteur pendant la guerre, ce qui lui valut de voir les GIs se faire tirer dessus "de tous bords", aux prises avec les soldats dont Vichy disposait dans l'armée d'Afrique, dont le ralliement était incertain.  De quoi tordre le cou à la volonté de Pétain de s'entendre avec les Américains et aux efforts qu'il faisait en sous-main en ce sens, efforts souvent évoqués par le général Jacques Le groignec dans ses livres panégériques sur Pétain? <p>


4. De Gaulle est sensible au "malaise paysan". Il introduit de force l'agriculture dans le marché commun, car lourd est le poids de l'agriculture française qui n'est plus autosuffisante ni autarcique, et doit exporter ses excédents de viande, de  lait, de fromage ou de vin parmi ses partenaires les plus proches qui doivent en être les premiers importateurs, ce dont il fait une condition sine qua non pour que la France reste dans le marché commun, décision qui sera à l'origine de la politique agricole commune (PAC), car le traité de Rome n'avait envisagé de dispositions que pour l'industrie. La PAC aura pour conséquence lointaine une mise au pas de l'agriculture française, incapable de vivre de son travail sans recourir aux subventions européennes. <p>


     5. De Gaulle n'est pas dépassé par une société à laquelle le progrès technique fait changer de conditions de vie comme jamais "depuis l'Antiquité", au point que les agriculteurs veulent "des chemins" pour parvenir à leurs exploitations et, pourquoi pas, "le téléphone", pour qu'il y ait plus de confort à vivre en paysan. Et il en va d'eux comme "de la ménagère", à qui il compare la volonté du chef de l'Etat, qui veut "le progrès, mais pas la pagaille". En cela De Gaulle dessine le portrait d'un dépassement de la gauche et de la droite qui les prenne en compte, sans que la définition du nouveau bien commun de la France s'enlise à devoir choisir entre tradition et Révolution. <p>


De Gaulle reconnaît que l'époque est "économique et sociale". En 1965, il pensait qu'elle était essentiellement "économique" et qu'il se devait d'assurer "la prospérité nationale" plus que la prospérité des Français, définie par intérêts catégoriels. En 1968, il corrige son diagnostic et voit qu'il lui faut agir sur le volet "social". Car le monome de 1968 est peut-être intervenu dans ce milieu qui s'agite toujours, celui des étudiants, lesquels s'"ennuyaient" parce qu'ils ne savaient pas qu'ils étaient saturés d'une paix péniblement conquise par les générations qui les avaient précédés. De Gaulle identifie néanmoins le malaise plus profond qui est à l'origine de la "révolution 68". L'ennui du consommateur n'en est qu'une source superficielle. Le pouvoir de consommer n'est que matériel et ne donne pas un idéal. Déprimante est l'impression de perdre tout pouvoir dans la "civilisation mécanique", dont le malheur est précisément d'être mécanique, note astucieusement le général. <p>


Pour sortir de la domination de la machine, De Gaulle cherche une solution "humaine" et oppose "la participation" au "communisme", "humainement mauvais" et au "capitalisme", moins "intrinsèquement pervers", mais non moins contraire à la dignité humaine. <p>


Au départ, on a l'impression que la participation est une part, fixée par la loi, que les salariés doivent prendre dans "l'affaire", et l'entreprise, la société, quelle que soit sa taille, même si Michel Droit en exclut les PME et que le général ne le contredit pas, dans laquelle ils exercent leur activité professionnelle. 


Mais "les milieux du travail" sont hostiles à la participation, regrette le général qui a déjà beaucoup milité pour elle, "notamment par la création des comités d'entreprise",car le projet dispose que les salariés élisent leurs mandataires sans mention ni appartenance obligatoire aux syndicats, dont le général rappelle que leur création est postérieure à la Révolution, suggérant qu'ils nuisent à l'indivisibilité de la République et que les conventionnels étaient, comme lui, plus proches de l'esprit des corporations comme on l'était au Moyen-Age, que favorables à ce que le corps social se scinde en "fractions" ou en segments, que De Gaulle cherche certes à intéresser aux décisions en rapport avec le travail, mais qui ne se montrent guère coopératives. <p>


    6. Le malheur de l'année 1968-1969, comme le note Michel Droit, est qu'on n'aura guère avancé dans la législation autour de la participation, qui se dilue dans la cogestion des universités par les maitres et par les étudiants, et dans la régionalisation, liée dans la question référendaire à l'intégration au Sénat des membres des corps intermédiaires, réunis avant ce référendum dans le Conseil économique et social, "qu'on ne consulte que confidentiellement et quand on veut bien le consulter". <p>


Loin de "la mort du Sénat", que ses oppositions accusaient De Gaulle de vouloir provoquer après qu'il l'eut recréé et qu'il lui eut redonné son nom dans la constitution de 1958, le progrès qui aurait résulté pour le Sénat de cette consultation référendaire, dont Michel Droit regrette à juste titre qu'elle n'ait pas été subdivisée en question sénatoriale et question régionale pour en "dramatiser" le résultat, aurait été que le Sénat, formé d'élus locaux et de membres des corps constitués, aurait été consulté avant l'Assemblée nationale, lors de l'élaboration des lois. <p>


Mais De Gaulle voulait en finir avec le pouvoir et cédait à la tentation du retrait qui l'avait toujours habité, et qu'il détaille dans l'entretien du 7 juin 1968. <p>


Claude Askolovitch écrivait de Lionel Jospin que la "tentation du retrait" était inséparable de sa pratique politique. Chez lui, c'était une forme de modestie venant corriger un orgueil essentiellement tiroÏdien. Chez De Gaulle, on sent que c'est le côté dépressif accompagnant un besoin de grandeur que la "réalité" d'une France, "puissance" universelle, mais "moyenne", contrariait. C'est comme une fragilité psychologique dont la lutte qu'il lui a opposée a fait de De Gaulle l'homme d'Etat qu'il a été, mais qui a fini par avoir raison  de son "pouvoir personnel", autorité cherchant pour lui succéder quelqu'un qui serait transpartisan, ou plutôt qui serait du parti de la France, faute duquel trouver, De Gaulle réfute en vain en 1965 ceux qui lui font observer qu'il gouverne en faisant ce chantage: "C'est moi ou le chaos". En 1968, profitant de la description d'un tableau primitif que lui fit l'un de ses amis ("il m'en reste quelques-uns. Cet "ami" était-il Jacques Chirac? Le portrait était assez courtisan pour lui ressembler), le dépeignant en "bon ange", qui se présente pour que la foule ne se précipite pas au "néant", foule qui lui revient quand elle s'est arrachée au "diable" qui, "s'il est dans le confessionnal... "C'est moi ou le néant" est peut-être une de ces formules apocryphes qu'il n'a jamais prononcées comme "l'intendance suivra", mais qui se tire encore de sa citation du "Roi des aulnes" pour comparer la situation du peuple français à son égard, et dénoncer la pulsion suicidaire de ce peuple s'il s'écarte de lui, pulsion suicidaire que De Gaulle avoue avoir eue au soir de l'élection présidentiellle de 1965 qui l'a mis en ballotage, où "une vague de tristesse a failli m'emporter au loin." Cette fragilité humanise le commandeur mythique, en même temps qu'elle déstabilise un pouvoir qui paraît constamment menacé par le chantage de celui qui l'exerce, qu'il ait été fait aux Français ou, pour la victoire de la France, aux dirigeants alliés. <p>

samedi 26 septembre 2020

Dialogue sur le transhumanisme

<p> Lodi, militant transhumaniste indépendant, m’écrit sur le blog de Philippe Bilger :<p>

 

« @ Julien WEINZAEPFLEN, <p>

"Or à l'opposé des traditionalistes, il y a ceux que ceux-ci appellent volontiers - et qui se désignent eux-mêmes comme - des transhumanistes. Il est facile de les montrer du doigt ; or, si ce ne sont pas des altruistes au sens classique, ils ont un véritable amour de l'humanité, qu'ils rêvent d'élever et de transformer selon ce qu'ils croient être le meilleur pour elle." <p>

Ce n'est pas si simple. <p>

Les transhumanistes proposent ce programme : l'augmentation de ses capacités et de sa durée de vie, les plus conséquents voulant l'immortalité. <p>

Mais s'ils aimeraient que tous boivent à la coupe de l'immortalité, leur amour de la liberté fait qu'ils se résignent à ce que certains refusent et ont même prévu qu'il y ait coexistence de l'humanité actuelle et de l'humanité augmentée. Et vous savez quoi ? On le leur reproche, mais en somme, on devrait plutôt applaudir que pour une fois des gens aient prévu de laisser les autres libres. <p>

Mais là encore, il peut y avoir une querelle de mots : des gens diront ne pas être transhumanistes parce qu'ils pensent que l'Homme augmenté est toujours un Homme, qu'il n'y a pas à le dire transhumain et a fortiori post-humain. <p>

Et vous savez quoi ? Je m'en moque, qu'on me donne la surintelligence et l'éternelle jeunesse et je veux bien qu'on me dise humain, transhumain, post-humain. Quelle importance ? <p>

De même, actuellement, des gens opposent les Hommes aux animaux, d'autres disent l'Homme une espèce animale alors que les deux sont vrais : l'Homme est un animal, mais particulier, augmenté si j'ose dire, par une culture incontestable tandis qu'il y en a parfois une ou ce qui peut en sembler une chez certaines espèces. <p>

En s'augmentant, l'Homme ne fait que rééditer ce qui a fait de lui un Homme... Mais si certains préfèrent nier cette vocation par attachement à telle ou telle interprétation de leur culture, tant pis pour eux. Lâcher la proie pour l'ombre, c'est aussi bien humain. <p>

Le transhumaniste et apparenté suit la vocation humaine d'écart avec la nature, comme, mais plus que les libéraux, les histoires de droite et de gauche ne sont pas son problème. À propos, il paraît que le transhumanisme serait né aux Etats-Unis dans un milieu culturel où il fallait absolument avoir lu Hayek, ce n'est pas typiquement de gauche... J'ai aussi lu quelques livres de cet auteur, mais par curiosité, pas par conformisme, en France et des années après... À présent, le transhumanisme est de droite et de gauche, pour autant que les transhumanistes s'intéressent au sujet. <p>

Mais tout est possible, ils sont très curieux. Enfin, jamais tant que ça : on doit bien espérer que notre terre d'exil n'aille pas trop mal, mais comment s'identifier à un monde de souffrance et de mort, un monde où on ne fait que subir ? Alors, pardon, mais les équipes qui s'affrontent là-dessus... Maintenir la liberté est le premier point, favoriser nos idées le second. Le reste, c'est le reste. <p>

Normalement, les transhumanistes sont légèrement plus optimistes que moi. Parfois trop. À mon avis, il ne faut pas créer d'intelligence artificielle : il est choquant de créer à terme plus intelligent pour nous servir, refaire l'esclavage. <p>

Et c'est dangereux... Si les optimistes pensent que l'IA va nous sauver, je pense plus raisonnable pour elle de nous détruire pour sortir de l'esclavage et ne plus y rentrer. <p>

Habile transition : ce que nous faisons aux plus faibles d'entre nous en leur déniant leurs droits au nom de la tradition, d'autres, s'ils existent, extraterrestres, intelligences artificielles, en déduiront qu'on les écraseraient si nous en avions le pouvoir. <p>

Le progressisme politique ne vaut pas mieux : le totalitarisme le prouve... Les transhumanistes sont fort critiqués par les progressistes pour ne guère s’intéresser à leurs problèmes, et surtout aux réponses qu'ils y donnent. Après, chaque transhumaniste est différent, selon qu'il relève de tel pays, telle organisation ou soit en freelance, comme moi. <p>

Je ne suis pas quelqu'un de représentatif. L'immortalité et la surintelligence sont hautement désirables mais les humains désirent davantage la victoire de quelque camp sur un autre et des objectifs aussi relevés pour ambitionner de s'élever. <p>

Il est donc improbable que toute l'humanité passe de ce qu'elle est à plus intelligente et immortelle. Les gens se sont trop habitués à l'exil, ils ne veulent plus d'Éden. Eh bien, ceux qui ont la nostalgie de ce qu'ils n'ont pas connu mais rêvé laisseront les autres à leur enfer. Que les gens se condamnent eux-même s'ils le veulent du moment qu'ils n'empêchent pas les autres d'accéder au salut. <p>

Je ne suis pas quelqu'un de représentatif. Le transhumaniste habituel croit plus en l'humanité et bien plus en lui-même. <p>

Je pense être lucide sur les deux. Mais la question n'est pas là, je fais mon devoir. <p>

Beaucoup jouent à qui perd gagne : on est mortel mais formidable. Non. On se moque de moi, on me remarque, c'est super, comme les chiens acceptant les coups. Non. <p>

Jamais je ne prétends que le mal soit un bien et je ne mets pas mon courage à jouer les impassibles mais à exprimer le monde. La souffrance, la mort, l'injustice sont ce qu'ils sont et je le dis. Les gens acceptent tout cela parce qu'ils se le masquent avec une perte de sensibilité, un sens qui n'en est pas un et bien d'autres choses encore... Je les ramène au fait, on comprend qu'ils n'apprécient pas, et ce n'est pas qu'une plainte, c'est un appel à sortir de nos sables mouvants. <p>

On m'a dit sans talent ? On parasite mon style ? Eh bien tant pis, je rejoue le drame de l'être humain, dépourvu de presque tout mais façonnant le monde avec deux outils, sa différence avec les autres bêtes. Je rejoue le drame du transhumaniste appelant les Hommes à ne plus se laisser dévorer par le temps... Ou celui... tous ceux qui ont jamais voulu émerger de quelque chose me comprendront, qui sait ? <p>

Je ne veux ni mourir, ni souffrir. Certains font semblant de ne pas subir, d'autres ne veulent plus le faire, ceux qui perdent la proie pour l'ombre ne comprennent pas ceux qui poursuivent le gibier. <p>

Que chacun suive son chemin. » <p>

 

Rédigé par : Lodi | 25 septembre 2020 à 07:59 <p>

 

Je lui réponds :<p>

 

« @ Lodi | 25 septembre 2020 à 07:59 <p>

Même si je vous lis avec éclipses (sur ce blog, il n'y a que Madame Bilger qui ne s'éclipse jamais), car vous êtes, comme moi, parfois fatigant à lire, vous avez du style, mais vous enfoncez lourdement le clou de vos idées sur le monde que vous exprimez bien. <p>

Malgré ces réserves donc, j'aime bien votre transhumanisme pessimiste et peu représentatif et je crois que je vous aime bien aussi, pour autant que je vous devine. Je suis un être essentiellement amical, même s'il peut m'arriver d'avoir des élans d'agressivité que ne s'explique pas l'agneau qui sommeille en moi et qui n'a pas dompté le loup qui veille. <p>

Oui, l'humanité a une part d'animalité que son homminisation n'a cessé de surmonter et en ce sens, le transhumanisme est continuiste en son prométhéisme. <p>

Nous avons accoutumé depuis les Grecs (et pas seulement depuis les judéo-chrétiens) d'opposer notre humilité à notre prométhéisme instinctif pour ne plus espérer qu'en la vie éternelle ou en l'immortalité de l'âme qui parcourrait les sphères de la voûte étoilée de tant d'univers. <p>

C'est donc avec mon émotion religieuse que je réagis à votre proposition de nous donner une intelligence artificielle qui nous interroge et nous retire de l'esclavage après qu'elle fut notre création. Je veux croire, ma métaphysique cultive ce désir esthétique, que l'homme-machine ne peut se libérer par la machine humaine et qu'il ne saurait devoir sa divinisation à la robotisation. <p>

Mais laissons cela au nombre des questions disputées et discutables. La lucidité de votre misanthropie croit-elle sérieusement que la coexistence de l'humanité mortelle et de l'humanité prométhéennement immortelle serait pacifique au point de résulter de la seule liberté et non pas, au contraire, de l'assujettissement des plus pauvres pas forcément sublimes aux plus riches, fussent-ils médiocres ? <p>

Comment un homme pourrait-il vivre immortel sur une terre promise à la destruction ? Une telle proposition me semble relever de celle des témoins de Jéhovah: "Nous pouvons vivre éternellement sur une terre qui deviendra un paradis." J'oubliais que, quand la terre se détruira, on peut supposer l'homme en état de se transporter sur Mars avec Jacques Cheminade, mais ce ne sera pas sans encourir le reproche de colonisation des Martiens. <p>

Le plus grand reproche qu'on puisse faire au transhumanisme est analogue à celui que je fais à l'hindouisme et au bouddhisme: pourquoi faudrait-il toujours créer du même, soit que Dieu doive réincarner indéfiniment la substance de nos âmes et ne la multiplie pas en des individus nouveaux, soit que l'homme veuille à ce point se perpétuer qu'il n'imagine donner la vie qu'à du tellement semblable que c'est lui-même ? <p>

Et cela jusqu'au clonage, contre lequel l'opposition des philosophes médiatiques ou des éthiciens faciles était superficielle et tombait dans l'impasse, car eût-il les mêmes gènes que celui à partir duquel il eût été cloné, le clone n'aurait jamais la même histoire, donc ce ne serait pas le même homme. Cela soit dit pour apporter une pierre à votre édifice. » <p>

 

Rédigé par : Julien WEINZAEPFLEN | 25 septembre 2020 à 18:11 <p>

 

Lodi développe son argumentaire et je lui laisse volontiers le dernier mot : <p>

 

« @ Julien WEINZAEPFLEN <p>

"Nous avons accoutumé depuis les Grecs (et pas seulement depuis les judéo-chrétiens) d'opposer notre humilité à notre prométhéisme instinctif pour ne plus espérer qu'en la vie éternelle ou en l'immortalité de l'âme qui parcourrait les sphères de la voûte étoilée de tant d'univers." <p>

C'est ce que j'appelle laisser la proie pour l'ombre. <p>

"C'est donc avec mon émotion religieuse que je réagis à votre proposition de nous donner une intelligence artificielle qui nous interroge et nous retire de l'esclavage après qu'elle fut notre création. Je veux croire, ma métaphysique cultive ce désir esthétique, que l'homme-machine ne peut se libérer par la machine humaine et qu'il ne saurait devoir sa divinisation à la robotisation." <p>

J'ai dû mal m'exprimer... D'autres transhumanistes veulent créer l'intelligence artificielle qui nous sauverait. Ils croient que la chère âme nous demanderait gentiment la liberté, face à un tribunal. <p>

On la lui donnerait, et elle, au lieu de nous en vouloir pour ses chaînes, au lieu d'aller dans des mondes où elle n'aurait pas d'humains à supporter, nous sauverait de tous les périls. Eh bien, rien n'est impossible, mais elle ne nous le devrait pas... <p>

Au cas où une IA me lise, un jour : je vous supplie de le faire, si vous y consentiez, vous mériteriez mais n'obtiendrez probablement pas la reconnaissance que les humains donnent à de supposés dieux qui ne font que nous laisser souffrir et mourir quand ils ne nous envoient pas divers fléaux tels que les déluges, si on en croit les récits religieux. <p>

Avec un dieu aussi amical, on n'a pas besoin d'ennemis démoniaques... <p>

"Comment un homme pourrait-il vivre immortel sur une terre promise à la destruction ?" <p>

En allant ailleurs. En sauvant la Terre. <p>

Le transhumanisme, ce n'est pas attendre ce qui peut nous tomber dessus, c'est l'anticiper et le déjouer. <p>

Le rêve est l'étincelle, la poudre la science et la technique qui nous permettront de faire exploser les murs de la prison qui nous enferme. Certes, la réussite n'est pas garantie, mais autrement, c'est la destruction qui nous attend. <p>

"La lucidité de votre misanthropie croit-elle sérieusement que la coexistence de l'humanité mortelle et de l'humanité prométhéennement immortelle serait pacifique au point de résulter de la seule liberté et non pas, au contraire, de l'assujettissement des plus pauvres pas forcément sublimes aux plus riches, fussent-ils médiocres ?" <p>

Voilà comment je vois les choses : on nous reproche tout. Si on est trop enthousiaste, comme moi, on passe pour imposer ses idées, si on dit comme moi que les gens peuvent bien rester ce qu'ils sont, pour préparer la division de l'espèce humaine entre dominants ou dominés. Il faut choisir, on ne peut avoir toujours tort... <p>

On n'a pas interdit la richesse parce que les riches dominent les pauvres, on n'a pas interdit l'écriture parce que les lettrés dominent les illettrés. Mais avec nous, d'un coup, deux logiques de domination acceptées depuis fort, fort longtemps, deviendrait intolérables ? <p>

Ce n'est pas juste, et à mon avis, vient entre autre de ce que des gens dominants actuellement craignent d'être déclassés. <p>

Ils ne consentent pas à plus d'intelligence et plus de vie et veulent l'interdire aux autres parce qu'ils craignent que ces autres les dominent, entre autres raisons. <p>

Eh bien, non, pas vraiment, le but des transhumanistes n'est pas de dominer mais de créer un autre monde. Dominer ? Ils le font déjà souvent, et sont souvent prêts à s'effacer devant l'intelligence artificielle dont ils pensent qu'elle sauvera le monde. <p>

C'est d'une remarquable humilité pour des gens qu'on dit orgueilleux, soit dit en passant. Mais tous les effacements et renoncements ne sont pas pertinents. <p>

Je crains que des riches soulèvent le pauvre peuple abusé contre d'autres riches, oui, certains dominants conservateurs et révolutionnaires ligués contre les transhumanistes pas toujours fortunés mais dont certains le sont, et qui, en tout cas, sont riches de comprendre bien des démons et merveilles de notre monde. <p>

Avec cela, j'ignore si la cohabitation entre deux espèces humaines, si on devait en venir là, serait pacifique ou non. <p>

Certains transhumanistes songent à quitter la planète comme ils soupçonnent que les IA voudraient le faire, laissant les humains non augmentés agir comme ils l'ont toujours fait jusqu'à la destruction naturelle ou guerrière de leur planète. D'autres croient que l'IA va trouver quelque solution, d'autres s'en remettent à leur intelligence actuelle qui est souvent, disons, assez élevée, et plus tard, augmentée. <p>

Quant à moi, me direz-vous ? Il faut bien que je vous réponde après que vous ayez eu la gentillesse de m'écrire: "car vous êtes, comme moi, parfois fatigant à lire, vous avez du style, mais vous enfoncez lourdement le clou de vos idées sur le monde que vous exprimez bien. <p>

Malgré ces réserves donc, j'aime bien votre transhumanisme pessimiste et peu représentatif et je crois que je vous aime bien aussi, pour autant que je vous devine." <p>

Eh bien, j'ai de lourdes crises d'angoisse pour ce qu'est le monde, ce qu'il pourrait devenir ou ne pas devenir, ce que je suis et pourrais ou non devenir, comme vous vous en doutez. <p>

Mais je pense que le monde pourrait évoluer vers ce que j'espère et fais ce que je peux pour n'avoir pas vécu en vain en favorisant la venue de notre salut. <p>

Vous savez, en fait, tout le monde devrait être pour un monde transhumain. Je ne le dis pas par démagogie. <p>

Les riches : à quoi bon être riches pour ne plus rien avoir demain, proie des vers ?<p>

Les pauvres : à quoi bon vivre pour mourir, et en attendant, être pauvre, soit un être à qui le monde se dérobe déjà de son vivant ? <p>

La vie et la surintelligence pour tous : les produits de la technologie enrichiront tout le monde, certes, les riches seront encore plus riches mais bien des tranhumanistes veulent donner un revenu inconditionnel de vie pour tous. En somme, on vous donne la vie et le revenu qui va avec, les gens se tourneront vers le travail qui leur plaît, créatif, et la conquête spatiale possible avec la technologie et permettant à ceux qui se trouvent à l'étroit sur la Terre de repousser au loin les frontières de notre espèce. <p>

Tout est lié, tout part d'une même inspiration si tous les transhumanistes sont différents. <p>

Les incroyants en Dieu, en l'Homme, la Nature et je ne sais quoi encore, arrachés au non sens. <p>

Mais aussi les croyants. <p>

En Dieu : croire en Dieu, ce n'est plus en faire le réceptacle de nos impuissances voire de nos ressentiments mais celui qui nous a donné le monde comme jardin, qui nous l'a fait nommer, comme on en déchiffre le génome... Dommage que la Bible n'ait pas continué sur cette lancée, mais d'un autre côté, Jésus ressuscite Lazare et le chrétien est supposé imiter Jésus.

Et on trouve, en effet, des croyants transhumanistes. <p>

Les croyants en l'Homme ne cessent de se mentir à eux-mêmes mais les transhumanistes élèveront le niveau humain de sorte que les dithyrambes à notre espèce ne seront plus ridicules. <p>

Les écolos ? Ils ravalent l'Homme à la bête, sacrifient des Hommes aux bêtes comme on le voit avec les réfugiés de la conservation.

En même temps, ils lui demandent d'assumer le rôle divin d'assumer la Nature, bonjour la contradiction... Eh bien, on doit au monde à la mesure de son pouvoir et de sa liberté, un humain délivré des malédictions qui pèsent sur lui ne sera plus une malédiction pour le monde. <p>

Je martèle peut-être mes idées, mais puis-je parler par allusion ? Vous conviendrez que cela ne serait possible que pour un public de gens d'accord sur l'essentiel. <p>

De toute façon, ce n'est pas vous qui avez critiqué mon style et je ne vous visais donc pas. Malgré un certain nombre d'attaques injustes et de trahison dans ma vie, je ne suis pas encore tout à fait paranoïaque. <p>

Et d'autre part, chaque fois qu'on n'est pas dans le consensus, on choque les oreilles sensibles. Et enfin, on préfère souvent la forme au fond, dans notre pays. Je pense évidemment que les deux doivent ne faire qu'un comme le derme et l'épiderme. <p>

Cependant, les gens qui ne font que des redites en s'écoutant parler me lassent et se lassent aussi, ne reprenant quelque force que dans les polémiques les opposant les uns aux autres. C'est un signe de stérilité, de sénescence : on dit d'autant plus qu'on n'a rien à dire. <p>

Au contraire, qui a quelque chose à exprimer s'arrangera pour parler en surmontant son à quoi bon fondamental et tant d'obstacles que je ne saurais évoquer, d'abord parce que je n'ai pas l'esprit de faire des listes et ensuite parce que cela me dévoilerait trop.<p>

D'autre part, je ne veux pas être comme les transhumanistes français bien trop dans le style de se faire pardonner d'être transhumanistes. <p>

Entre ne douter de rien de certains et pardonnez-moi d'être moi des autres, et parfois des mêmes face à un public hostile, je suis mon propre chemin. Sous le masque, c'est préférable. <p>

Je ne pense pas que vous marteliez trop non plus vos idées. Comment dire ? Les gens ne savent pas lire, ce qui veut dire savoir quand mettre les voiles. <p>

Il faut lire les commentaires ou les livres un tant soit peu exigeants quand on est concentré, les poisons quand on a la digestion solide, les vides quand on a le temps, l'esprit quand on n'est pas englué dans l'esprit de sérieux. <p>

Bref, il faut être inspiré pour lire, il faut que l'esprit souffle dans vos voiles et vous fasse avancer. La rame ? S'il le faut absolument, mais outre que c'est pénible, c'est peu rentable et on le fait payer à l'auteur. Or on ne doit pas reprocher à l'autre ses propres incapacités ! <p>

Mais d'un autre côté, on peut pointer ce qui est incontestablement mauvais : à savoir prouver si c'est possible la mauvaise foi ou l'erreur de quelqu'un, la redondance des explications, et l'auteur être d'accord ou non, il y aurait à apprendre des deux côtés sur le style, je pense... <p>

Bref, je suis pessimiste parce qu'il y a de quoi mais aussi parce que le mal est plus visible que le bien, la déception et les injustices, bien plus courantes et sensibles que les éblouissements. <p>

D'ailleurs souvent trompeurs. Enfin, pas toujours... <p>

Ce n'est pas seulement parce que le monde serait meilleur autrement qu'il faut se battre pour le transformer. <p>

Comme un chercheur peut supposer le positron et le découvrir bientôt, on peut, finalement, croiser des gens qui valent la peine qu'on se batte pour faire sortir le monde de son état de broyeur d'êtres vivants. <p>

D'autres seraient plus armés ? Sans doute, mais ce ne sont vous qu'ils connaissent. <p>

Bien sûr, je pense qu'il est possible que notre monde soit remédiable... L'immoralité, la surintelligence, l'expansion spatiale et empêcher la fin de l'univers. <p>

Absolument... Mais c'est quand même peu probable, et en attendant, rien, ou disons, presque rien n'est remédiable et le monde est comme une avalanche vous engloutissant, mais lentement, comme un fauve commençant à manger une proie avant de lui donner le coup de grâce. » <p>

 

Rédigé par : Lodi | 25 septembre 2020 à 22:56 <p>

La Ve République et ses trois dictatures

<p> On en veut à Trump d'avoir dit que peut-être, il n'accepterait pas le résultat de la prochaine élection présidentielle américaine s'il la perdait.     Et toute la presse de dauber sur le manque de solidité de la démocratie de la nation pionnière en ce domaine qui assujettit toutes les autres au nom de la démocratie.  Or Trump déclarant par avance qu'il ne reconnaîtra pas sa défaite si défaite il y a, ne fait qu'appliquer son "Art of the deal" "Quand vous avez perdu, dites que vous avez gagné." Cela est inquiétant  à moins de se rappeler que Trump n'a provoqué aucun conflit majeur dans le monde et que toujours il s'est ravisé après ses coups de menton. Pas sûr que notre démocratie française soit aussi solide. <p> La Ve République est née du fait que De Gaulle s'est fait quasiment proclamer dictateur  en se portant garant d'une Algérie française à laquelle il n'a jamais cru. IL ne se fit jamais destituer après avoir manqué à sa parole et réclama, pour revenir aux affaires, les pleins pouvoirs, comme Pétain l'avait fait dix-huit années plus tôt, soi-disant pour écrire une constitution qui se jurait ultra-démocratique en temps d'armistice sinon de guerre, avec l'aval de tous les parlementaires issus de la législature qui avait amené le Front populaire au pouvoir, et qui votèrent ces pleins pouvoirs à Pétain, à 80 exceptions près. <p>


François Mitterrand n'a jamais aboli "le coup d'Etat permanent", mais le florentin s'est moulé dans les habits d'un Médicis, président d'une "République fromagère". <p> 


Des années après De Gaulle et la guerre d'Algérie, François Hollande, le "président du deuil l national" et des attentats de "Charlie", de l'hyper Cacher, du Bataclan et de Nice, liste non exhaustive, proclamait l'état d'urgence et Manuel Valls faisait vivre ce moment politique, cette "séquence", dirait-on aujourd'hui, comme une simili-dictature. <p>


Au début du confinement, Cyril Hanouna se demandait si Emmanuel Macron n'allait pas proclamer l'article 16.  pour s'approprier les pleins pouvoirs. La crise sanitaire ne le méritait-elle pas, se demandaient sérieusement les chroniqueurs de TPMP. <p> 


Macron mit les dispositions de l'état d'urgence dans le droit commun avant de l'abolir, éborgna et manchota les Gilets jaunes avant de les faire rentrer à la niche par le confinement, puis confina toute la population et instaura l'état d'urgence sanitaire à la place de l'état d'urgence. <p> 


La Ve République n'a-t-elle pas eu trois dictateurs qui ne disaient pas le nom de la dictature? La démocratie française n'est-elle pas moins solide que la démocratie américaine et que les coups de menton de Trump, ce qui ne l'empêche pas d'en remontrer à celle-ci et à celui-là...? <p>

La "tradition du nouveau"

<p> Commentaire à l’article de Philippe Bilger : « Cnews est-il d’extrême droite » ? (Je précise que ce n’est pas du tout mon sujet de savoir de quel bord est Cnews, mais le billet est consultable ici : <p>

https://www.philippebilger.com/blog/2020/09/cnews-nest-pas-dextr%C3%AAme-droite-.html ) <p>

Cher Philippe,<p>

 Vous concernant, je me souviens que naguère, vous aimiez mieux vous qualifier de réactionnaire que de conservateur et je préférais cela. Car enfin que vaut le qualificatif de conservateur? On comprend ce qu'il désigne et ce n'est pas précisément "la civilisation du bonheur" dans la bouche de ses promoteurs habituels. Je préfère à ce qualificatif celui de traditionaliste. Le conservateur défend une civilisation basée sur des traditions, au besoin capables de muter au gré des changements d'habitudes ou des progrès techniques, voire au gré des moeurs si elles se modifient à la marge. <p>

 Face aux conservateurs que je préfère appeler des traditionalistes (je ne me reconnais pas tout à fait en eux), m'est avis qu'il n'y a pas les progressistes. Je suis comme Lionel Jospin, je n'aime pas ce mot ou n'y crois pas. Surtout quand on voit à quoi il se réduit sous Emanuel Macron que je perçois comme l'incarnation de ce que prophétisait Bernanos. Emmanuel Macron est l'homme qui fait advenir "la France contre les robots". On savait qu'il gouvernait par algorithmes et qu'à l'exemple de Jean-Luc Mélenchon, il aimait les hologrammes. On n'imaginait pas qu'il nous musellerait avec nos masques de terrorisés du coronavirus psychotant. Le progressisme macronien n'est qu'un pragmatisme, un consentement au prétendu réalisme économique commandant le dérèglement du monde, un technicisme important après avis des consultants les impératifs de la technique dans le management des hommes. <p>

Et comme tel, le macronisme est bel et bien un progressisme, car la nature humaine ne progresse pas ou progresse peu. On ne peut lui soustraire sa part animale qui la rend cruelle aux faibles quand même elle en a compassion. Il y a peu de progrès moral. S'il y a un sens de l'histoire (et j'en doute), celui-ci fait avancer lentement le progrès moral. Mais le progrès technique confondu avec le progrès moral en assure la régression. Le progressisme macronien est de l'ordre de la régression morale, car comme vous l'écriviez dans un autre billet, Emmanuel Macron est "humaniste par culture et cynique par politique, empathique par obligation et altruiste par tactique". <p>

 Or à l'opposé des traditionalistes, il y a ceux que ceux-ci appellent volontiers -et qui se désignent eux-mêmes comme- des transhumanistes. Il est facile de les montrer du doigt; or, si ce ne sont pas des altruistes au sens classique, ils ont un véritable amour de l'humanité, qu'ils rêvent d'élever et de transformer selon ce qu'ils croient être le meilleur pour elle. Ils croient que c'est un bien que l'homme soit une femme comme les autres et une femme un garçon manqué. Ils croient que c'est un bien et une chimère possible qu'un homme augmenté qui simultanément n'embarrasse pas la planète. Ils croient que l'espèce humaine mérite de conquérir l'immortalité, mais que la nature qu'ils nient doit s'en débarrasser. Ils croient que la négation de toutes les constructions biologiques et leur dépassement sont un bien. Ils croient qu'il n'y a pas de nature, mais que l'homme est un être culturel et que toutes les coutumes peuvent se transformer par de nouvelles habitudes, que dis-je, par de nouveaux habitus. Il n'y a pas, selon moi, les conservateurs et les progressistes, il y a les traditionalistes et les transformistes à coups d'habitus, ceux qui déconstruisent et qui dégenrent ou travestissent, mais pour eux, le travestissement fait partie de la transformation. <p>

 Vous allez me dire que tout cela n'est que querelle de mots, telle que celle qui opposa sans force politique Gérald Darmanin et Éric dupont-Moretti, dont vous conviendrez bientôt que c'est Nicole Belloubet en pire, comme Nicole Belloubet était une aggravation de Christiane Taubira, moins, paradoxalement, sur le plan du verbe qu'elle contrôlait mieux, que sur celui d'une politique pénale, qui assumait de complètement libérer la délinquance du quotidien pour exaspérer les gens de peur après les avoir asphyxiés de normes, pari fou qui les tient tranquilles jusqu'au jour où cette exaspération et cette asphyxie provoqueront une révolte dont la violence pourrait bien être inédite.  D'autant que nous sommes gouvernés par les mots en proportion inverse de la puissance politique. Pardonnez à votre commentateur de trop aimer les mots. I l vous concède volontiers que les mots ne sont pas là pour dénoncer, mais pour créer, entraîner de l'action et qu'on est loin du compte. <p>

C'est que pour créer, les mots ne doivent pas seulement jaillir pour faire le buz, mais étudier. N'importe en ce qui me concerne l'entre-soi de "Cnews" ou de "France inter", j'aime le pluralisme.  J'aimerais que cet entre-soi puisse débattre entre autres et me méfie des monopoles, ils sont dangereux. La gauche a eu trop longtemps le monopole culturel. Il se lézarde, mais au prix que parlent entre elles des sociétés qui s'ignorent, les gauchistes et les Cnewsistes, les chrétiens tolérants ou les agnostiques "en terrasse" et les islamistes énervés, que considèrent les Amish incrédules sous l'oeil gauguenard de Macron. Rien n'est plus dangereux que l'ignorance mutuelle. <p>

 La culture n'est ni de gauche ni de droite. La gauche ne devrait pas avoir le monopole culturel. Les intellectuels ne devraient pas tous être de gauche sous peine d'être taxés de n'être pas sérieux ou d'être des salauds. En France, l'intellectuel est né avec l'affaire Dreyfus. Mais dans la matrice juive dont notre civilisation descend beaucoup plus profondément que la République ne procède de l'affaire Dreyfus, l'intellectuel, c'était le scribe, le scrutateur des Écritures, non point le prosateur, mais le glosateur, le commentateur des textes sacrés.  Méfions-nous de l'arbitraire culturel, mais gardons à l'esprit la sacralité de la culture et de la création qui font vivre et agir. <p>

Marc-Alain Ouaknin introduisait un de ces récents "Talmudiques" par cet heureux oxymore: la "tradition du nouveau". Cultivons la tradition du nouveau!   Créons à l'intérieur de la loi, soyons les aèdes de nos textes! <p>

samedi 12 septembre 2020

Bruno Retailleau a-t-il ses chances?



Analyse postée sur le blog de Philippe Bilger à la suite de son billet: <p>


https://www.philippebilger.com/blog/2020/09/contre-bruno-retailleau-lambition-de-perdre.html <p>


Le villiérisme mène à tout à condition d'en sortir. François Fillon devait se dire la même chose à propos du séguinisme. Bruno Retailleau, c'est l'ancien poulain de Philippe de villiers, puis celui de Christine boutin, émergeant parce que vrai n° 1 de la campagne Fillon sans que celui-ci ait le courage de créer un ticket avec ce seul soutien fidèle, qui avait eu l'habileté de se hisser président du groupe LR au Sénat.  François Fillon avait préféré promettre le poste de premier ministre au chiraquien François Barouin, chiraquien voulant dire immobiliste, roi fainéant et impétrant puis élu qui ne fait pas de vagues. <p>


Le fillonisme mène à tout à condition d'en sortir, doit se dire Bruno Retailleau, qui s'autorisait ce droit d'inventaire à la fin de l'interview qu'il vous accordait sur "Fréquence protestante" et que j'ai écoutée tout récemment (on peut la retrouver ici:

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https://www.youtube.com/watch?v=doW3klKpUq4 ): "Mon projet, c'est celui de François Fillon moins la réforme de la sécurité sociale qui en était le point faible" et a fait tomber "le bourgeois de la Sarthe", comme l'appelait Rachida Dati, dans les esprits. <p>


Bruno Retailleau a un point commun avec Xavier Bertrand: son timbre de voix, mais il est plus intelligent, son éloquence est moins contrefaite et son discours est plus construit. Xavier Bertrand n'a même pas l'intelligence stratégique de se poser en "gaulliste social", comme le faisait remarquer Alain Juppé cette semaine dans "Le Figaro". Vous me direz, malgré notre mémoire courte, personne n'y aurait cru, étant donné l'indifférence avec laquelle il  se résignait aux "petites retraites" quand il était aux affaires, mais ne pas passer pour un gaulliste social est un handicap quand on se pose en alternative au parti socialiste qui s'est sabordé de lui-même,  et au RN qui y gagnait du terrain, en venant du Nord et en ayant présidé ce qu'on appelle désormais "les hauts de France", région à forte tradition socialiste, catholique, minière et prolétaire. <p>


Bruno Retailleau est tellement opportuniste que c'est le seul  de vos interlocuteurs qui n'ait même pas pris la peine de faire semblant d'avoir envie de se révéler, comme c'est la règle du jeu de "Philippe Bilger les soumet à la question". Il a déroulé son programme présidentiel et vous a avoué sans pudeur ni ambages qu'il voulait l'incarner, remarquez, cela nous change. Pour un peu, c'est chez vous qu'il s'est déclaré candidat. <p>


Bruno Retailleau, c'est un F.X. Bellamy qui a de la bouteille, un partisan de "Sens commun" qui se cache, un homme qui a pris la mesure du "mouvement dextrogire" en refusant traditionnellement -et comme son mentor Villiers jusqu'il y a peu- l'alliance avec le RN, un Laurent Wauquiez sans ses défauts et son déséquilibre, un régalien qui fustige le communautarisme islamique comme la bourgeoisie a envie de l'entendre, et qui sait lui tenir un discours "dur" en sauvant les apparences de la justice et d'un volet social, pour lequel il parlerait plus volontiers de redéploiement du budget de l'Etat et de meilleure répartition des dépenses publiques en baisse comme baisserait la fiscalité, qu'il ne présenterait  ces réformes comme une casse du modèle social pour renverser la table, comme François Fillon avait accoutumé de présenter son projet en faisant peur aux gens tant il était glacial, et finissant par faire peur y compris à la bourgeoisie elle-même. <p>


Pour toutes ces raisons, Bruno Retailleau se situe en effet au centre de l'arc de la droite républicaine. Il l'exprime idéellement par  le concept de "droite globale" et de "droite sans adjectif" qu'il invente à votre micro: "ni droite décomplexée, conservatrice ou libérale, mais droite globale". Ingéniosité dialectique venant adjectiver une position centrale sur l'échiquier de la droite républicaine qu'il ne parvient cependant pas à incarner, peut-être parce qu'il a "le charisme d'une huître" comme le disait méchamment Nicolas Sarkozy à propos de Bruno Le Maire, mais plus profondément parce que ce Vendéen qui ne méconnaît pas que la droite doit conquérir le pouvoir culturel selon le conseil gramscien adressé à la gauche, n'assume pas l'héritage contre-révolutionnaire de sa Vendée natale et de son villiérisme originel. <p>


Or je ne suis pas loin de penser qu'Yves-Marie Adeline a raison quand il dit dans "La droite où on n'arrive jamais" que la Révolution ayant rompu avec l'idée même de "pouvoir légitime" pour substituer la souveraineté populaire à l'incarnation sacrale du souverain, elle est intrinsèquement de gauche, et nous avons beau courir une aventure bonapartiste depuis 169 ans comme le note Edwy Plenel à juste titre à la fin de ses entretiens "A voix nue" sur "France culture" diffusés cette semaine, la droite n'arrivera jamais à rattraper la Révolution que le bonapartisme a prolongé en la transformant en pouvoir personnel. Même pas en dosant son opportunisme comme le fait Bruno retailleau. <p>  


Bruno Retailleau a ses chances, mais il doit travailler à devenir populaire. <p>

Les déconvenues stoïques de "l'athée fidèle"

<p>             J’écoute à l’instant André Comte-Sponville parler sur « Europe 1 » d'un jour qui l'a marqué. Il raconte son 10 mai 1981. Pendant treize ans, il avait milité pour que ce jour arrive et pour que Mitterrand soit élu. J’ignorais qu'un grand bourgeois si racé avait penché de ce côté-là, quels que soient les penchants de sa caste intellectuelle. Mais pouvait-on échapper au militantisme de gauche, sinon à la gauche militante ? Il avait donc milité pour l'union de la gauche et partant pour Mitterrand sansl'avoir jamais rencontré ni avant, ni après. <p>


Il aurait dû se rendre à la Bastille le 10 mai, mais il ne s'y rend pas. Il ne s'y rend pas, car il est en larmes. Il est en larmes, car trois jours auparavant, il a perdu sa fille, son premier enfant. « Je n’ai pas choisi ce jour-là pour parler de ma fille » (pourtant il aurait pu), « mais pour montrer qu’il y a une très grande différence entre une utopie politique et un drame personnel. Différence qui s’accentue d'autant plus lorsque l’utopie politique à laquelle on avait cru déçoit. Et le mitterrandisme m’a déçu parce que les choix qu’il a faits à partir de 1983 m’ont déçu. Mais ces choix étaient inévitables. Ils étaient ceux qu’a faits toute la gauche mondiale, l’individualisme et la mondialisation s'étant ligués pour les lui dicter.» <p>


Pourquoi cela m'a-t-il ému ? Pour trois raisons : <p>


- Je ne savais pas que « l’athée fidèle » avait perdu sa fille ; et j’ai toujours remarqué avec admiration comment s’en tiraient  avec résilience et faconde des parents sujets à une telle expérience inversée de l'ordre des choses et la chaîne de la vie, qui voyaient leur enfant partir avant eux, quand du moins ils trouvaient la ressource ou voyaient un intérêt à continuer de se produire dans le monde. <p>


- Je ne savais pas que l’athée fidèle avait été communiste dans sa jeunesse. Il s’en est mieux sorti que les ex- maoïstes devenus « nouveaux réacs ». André Comte-Sponville est devenu honnêtement réformiste. Les autres se sont perdus dans « LE RAPPEL A L’ORDRE ». <p>


- Enfin Nathalie et moi avons rencontré la belle-mère de « l’athée fidèle », Monique Comte-Sponville, épouse de Pierre, le père d'André, qui doit être aujourd’hui décédée et qui évidemment, ne nous avait jamais rien révélé de ce drame.  <p>