J'énumère donc ici quelques Jalons sur mon chemin de Pâques de cette année chaotique sur le plan mondial, mais ici je ne vais pas parler du monde, et pourtant je ne vais pas non plus parler que de moi.
1. J'ai d'abord accompagné deux chemins de croix en me révoltant à chaque fois avec une intensité différente: "Si on en faisait autant pour tous ceux qui souffrent! Ça fait un peu moins de 2000 ans (puisque nous sommes en 2026 et qu'au plus tôt, Jésus aurait été crucifié un peu avant l'an 30 de notre ère) qu'on se penche sur les souffrances du Christ qui ne cesse de nous reprocher de ne pas nous intéresser à Lui alors qu'on se penche à peine sur la souffrance de nos compagnons de vie et nous passons sans la voir, contrairement à ce que dit ce cantique: "C'est Toi qui souffres sur nos croix et nous passons sans te voir." Et Jésus, qui a pourtant inventé la parabole du Bon samaritain, nous reproche notre indifférence sur le mode dont les Impropères du Vendredi saint établissent un dialogue très malsain du type: "Moi, je ne t'ai fait que du bien et toi, tu ne m'as fait que du mal." Il faudrait que la liturgie catholique en finisse avec ce dolorisme et revoie cette copie rituelle.
Cette langueur du chemin de croix "qui n'a rien de biblique", me répartissait un camarade à qui je m'en ouvrais, "en particulier s'agissant des trois chutes de Jésus ou de Véronique", un autre que j'invitais à l'office du Vendredi saint la déplorait en trouvant que cet office avait été beau, mais trop long. "Je ne sais pas ce que tu en penses, ajoutait-il. Mais quand Jésus meurt, il faudrait le laisser mourir en paix." Il appliquait le respect dû
aux morts au respect dû à la mort de Jésus. Or de crainte que nous n'édulcorions la foi chrétienne jusqu'à "un christianisme sans la croix" comme le redoutait Paul vI, notre regard se focalise sur "le crucifié", comme celui des femmes qui venaient oindre son corps d'aromates et qu'interpelle l'ange au chapitre XXVIII de saint Matthieu dont les visions m'auront le plus accompagné cette année: "Vous cherchez Jésus, le crucifié."
Or Un prêtre accompagné le dimanche des Rameaux a peut-être répondu à ma question sur la préséance de la souffrance de Jésus sur toute autre souffrance en y réfléchissant lui aussi: "En quoi ce supplice particulier de Jésus concerne-t-il l'ensemble du cosmos? Parce qu'Il a récapitulé tout le chemin par lequel nous devons passer, non pas à notre place, mais de manière que nous puissions l'emprunter derrière Lui, sous Sa conduite, à Sa manière."
2. #OlivierDelacroix vient de publier un livre intitulé "le Syndrome de l'imposteur." Nathalie a beaucoup témoigné auprès d'Olivier Delacroix que je trouve par ailleurs un imposteur en ce qu'il fait de la psychologie sans être psychologue et que ça le conduit à en faire à la serpe. Ce n'est pas une raison pour moi de le traiter d'imposteur, d'autant que je souffre du même syndrome que lui. Je me sens illégitime à être organiste, illégitime à être un acteur liturgique, illégitime à parler de la foi autrement que sur un mode apophatique parce que je crois que l'expérience de la foi est intransmissible, illégitime à être disciple de Jésus-Christ puisque je ne suis pas converti, ayant un désir de conversion qui ne va pas jusqu'à une volonté de me convertir (or on parle du désir de conversion, mais on ne parle jamais de conversion de désir comme on parle du baptême de désir).
Or à la fin du récit de la Passion dans l'Évangile selon saint Matthieu, les chefs des prêtres saisissent Pilate de leur crainte que, si nul ne monte la garde devant le tombeau du Christ, Ses disciples ne viennent voler Son corps et ne prétendent qu'Il est ressuscité. Pilate leur accorde une garde. Matthieu dont il est de bon ton de dire qu'il exagère les conséquences physiques de la Passion du christ affirme qu'un tremblement de terre a effrayé la garde, qu'un ange a roulé la pierre et n'a parlé qu'aux femmes de ce qui était en train d'arriver, que les gardes allèrent raconter l'événement aux chefs des prêtres et se sont laissés circonvenir par eux en taisant le récit de la résurrection. "15 Les soldats prirent l'argent et se conformèrent aux instructions reçues. Et ce récit des événements s'est propagé parmi les Juifs jusqu'à aujourd’hui."
Matthieu a raconté les événements de manière à entretenir la suspicion et à ouvrir dans l'esprit des sceptiques, des contemporains de Jésus à nos jours, une enquête que j'ai toujours trouvé vaine: quelles sont les preuves matérielles de la Résurrection du Christ? Me parle beaucoup plus que Jésus a, comme Olivier Delacroix ou comme moi, dû souffrir du syndrôme de l'imposteur, et qu'Il l'a assumé jusque dansSa Résurrection.
3. C'est une des manières dont je répondrai à la question qui m'a assailli les années précédentes: en quoi la résurrection me concerne-t-elle et à laquelle j'ai eu beau répondre par deux fois en citant la réponse qu'y apportait Benoît XVI, cette réponse ne m'a pas suffisamment parlé au coeur pour que ma conviction ait été à même de se l'approprier voire simplement de la retenir, une autre piste de réponse pouvant se trouver dans celle évoquée ci-dessus sur le Christ cosmique qui détruit la mort et nous ouvre le chemin de la résurrection. Je trouve un peu faibles les interprétations qui assimilent la résurrection du Christ à toutes nos renaissances, qui sont pourtant des préfigurations ou desretentissements concrets de la Résurrection.
Mais une autre personne m'a ouvert cette semaine à cette dimension que la résurrection nous permet véritablement d'avoir question à tout et transpose au plan théologique ces deux intuitions de Karl Jaspers découvertes pendant mon année de philo: "En philosophie, les questions sont plus essentielles que les réponses et il faut se reporter aux mots d'enfants."
Nous n'aurons pas assez de toute une vie pour méditer sur la Résurrection du Christ parce que nous n'aurons pas assez de toute une vie pour ressusciter."
La seule chose que nous puissions en dire revient à parler de la manière dont la Résurrection nous parle de nous-mêmes et du Christ. C'est ainsi que les disciples d'Emmaüs se sont éveillés à la Parole de Dieu. Saint jean, "le disciple que Jésus aimait", qui se désigne tout à coup dans son Evangile comme "l'autre disciple" parce qu'il court plus vite que Pierre qui, quand il s'est rendu au tombeau tout seul, s'est contenté d'être étonné et de rentrer chez lui (Lc 12-12), saint Jean court plus vite que Pierre et mentionne: "Il (je) vit et il crut." À la différence de saint Thomas? Pas tant que ça. "Tant que je ne mettrai pas mes mains dans Son côté, non, je ne croirai pas.
-Tu ne croiras pas en Jésus?
-Si, j'y croirai puisque je L'ai vu, mais je ne croirai pas en Sa Résurrection."
Jésus lui a dit: "Parce que tu as vu, tu crois. Heureux celui qui croit sans avoir vu."
Pour croire à l'aveugle? Non, pour voir un tout petit quelque chose et décider d'entrer dans le mystère. C'est peutêtre cela, croire et vivre la Pâque, c'est accepter que la Pâque soit le mystère de toute une vie.C'est pourquoi il est vain de déplorer que la majorité des catholiques ne croient pas en la résurrection du Christ. Ils y croient nécessairement puisqu'ils en vivent.
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