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mercredi 11 février 2026

"Touche pas à Jack Lang"!

Je me souviens d’avoir appris que François Mitterrand était gravement malade par mademoiselle Marguerite, une éducatrice qui ne payait pas de mine et surtout n’avait pas celle d’être une lectrice du Crapouillot. Et je me souviens comment, n’ayant pourtant jamais été prévenu contre les rumeurs, je me suis récrié intérieurement, tout en ne croyant pas à la malhonnêteté de mademoiselle Marguerite qui ne pouvait qu’avoir été bernée par ses bonnes fréquentations qui avaient de mauvaises lectures.

 

Je me souviens comment j’ai appris l’existence de Mazarine Pingeot par une étudiante de la Sorbonne qui avait été en classe avec elle devant un amphithéâtre bondé dans lequel nous ne parvenions pas à entrer, et je me souviens de ma sidération qui doutait davantage de l’honnêteté de l’étudiante que de celle de mademoiselle Marguerite, et qui mettait cette révélation sur le compte du besoin de tromper notre attente.

 

Je me souviens qu’en déjeunant dans un couvent de Dominicains, le fils d’un des compagnons de captivité de François Mitterrand prétendit qu’il avait dû son évasion à la connivence qu’il établissait non avec les capos, mais avec les gardiens allemands du camp et je me souviens de m’être interdit de contester l’avis de ce fils de déporté tout en éprouvant le sentiment étrange de percevoir comme un honneur de recevoir une telle confidence, que le fils du témoin transmettait à la volée sans interdire à ses récipiendaires de divulguer son témoignage.

 

Je me souviens qu’étudiant esseulé qui passait des nuits entières à « faire du réseau » téléphonique sans jamais rencontrer la moindre femme depuis mon studio de Colombes où mon assuétude à ces réseaux me faisait payer des factures astronomiques qui me plaçaient sous la dépendance de mes propriétaires qui ne me voulaient pas que du bien, j’avais ouï dire que Jack Lang était impliqué dans des affaires sordides de pédophilie où on parlait de la mort d’un enfant, mais mon interlocuteur m’assurait que l’État s’interdisait de soulever ce couvercle, devant la puissance de Jack Lang et je me souviens d’avoir mis un mouchoir sur cette révélation que j’étais hors d’état de  vérifier.

 

Je me souviens de la chute de François Mitterrand, qui  ne pouvait opposer à la pugnacité d’un Jean-Pierre Elkabbach particulièrement efficace et pertinent, que l’agressivité en mettant en avant le contexte de la France occupée, qui ne devait pourtant pas bénéficier au maréchal Pétain « faisant don de sa personne à la France » et je me souviens de m’être demandé confusément pourquoi les socialistes n’en voulaient pas à leur héros d’être passé, au nom de la raison d’État, de médaillé de la francisque à médaillé de la Résistance et de la Cagoule au parti socialiste.

 

Je me souviens de m’être vu modérer un commentaire sur le blog de Philippe Bilger où j’avais table ouverte pour avoir fait écho à ces rumeurs sur Jack Lang qu’on n’avait apparemment pas le droit de diffamer à la différence de nombre de vraies ou de fausses valeurs de ce monde sur qui c’était open bar pour en dire n’importe quoi.

 

Je me souviens que François Mitterrand était marqué à la culotte par Catherine Nay parce qu’il arrivait en retard à tous ses rendez-vous pour manifester son irrespect de ses hôtes quand la ponctualité est la politesse des rois et pour n’avoir jamais d’argent dans sa poche, histoire de se faire payer ses menues consommations et ses ortolans adorés, oiseaux interdits de chasse dont le régalaient ses obligés.

 

Je me souviens que la même accusation avait été lancée par Marie Delarue dans les Aventures de Lang de Blois contre Jack Lang et surtout contre sa femme Monique Buczynski qui n’avait pas assez de petite mesquinerie pour ne jamais payer ses dîners fins et y faire inviter ses filles afin qu’elles deviennent aussi influentes que leurs parents, soit qu’elle fît passer ces dîners en notes de frais, soit qu’elle se fît inviter à tour de bras par ceux dont le ministère de la Culture servait de mécène.

 

J’ouïs dire depuis quelques jours que Jack Lang et sa fille Caroline qu’on dit frustrée d’avoir vécu dans l’ombre de sa sœur Valérie qu’elle adorait pourtant, ont copiné avec Jeffrey Epstein, que Jack Lang trouvait un homme charmant, passionné d’art, de culture et  d’expositions ; que Jack lui a demandé de lui prêter sa voiture pour se rendre en banlieue parisienne ; que Caroline lui a demandé de lui prêter sa maison pour se reposer de ses fatigues ; qu’elle a monté avec lui une société off shore où elle n’a pas investi le premier liard et que, bien qu’elle prétende ne l’avoir vu qu’une quinzaine de fois, elle s’est vu coucher sur le testament d’Epstein à hauteur de 1 % de sa fortune, 5 millions de dollars sur 500 millions, Jeffrey ayant de l’affection pour elle parce que c’était une maman solo.

 

Je me souviens que Luc Ferry fit allusion à Jack Lang se faisant exfiltrer du Maroc après une affaire de pédophilie, allusion pour laquelle il se fit brocarder, car il la disait connue du tout-Paris et qu’on s’ingénia à faire passer pour mettre en cause Philippe douste-Blazy pour être l’auteur de l’infraction.

 

Je remarque que commencent à émerger deux affaires qui mettent un nom sur les allégations que ma naïveté d’étudiant m’interdisait ne fût-ce que de considérer si elles pouvaient être vraies : l’affaire du Coral et l’affaire dite de la table de verre, soulevées avec beaucoup de circonspection par Florence Beneux, qui fait état des pressions incroyables subies par le juge Salzmann pour étouffer cette affaire,

 

Tout ce qu'il faut savoir sur les affaires de Jack Lang - Beneux/Castelnau/Langlois

 

pressions qui ne doivent pas être imputables au seul Jack Lang quand le département de la justice américaine se voit contraint de « retirer un document de 52 pages reliant Jack Lang à Jeffrey Epstein », car ce document « n’est pas le seul à avoir disparu. Pam Bondi, procureur général des États-Unis, et Todd Blanche, son adjoint, ont fait savoir le 5 février dans un courrier adressé à des juges fédéraux de New-York avoir «temporairement retiré des milliers de documents de la bibliothèque Epstein du ministère de la Justice pour un examen plus approfondi». »

 

Un document de 52 pages reliant Jack Lang à Jeffrey Epstein a été dépublié par la justice américaine

 

Ce retrait se fait « En dépit de la loi qui  imposait [au département de la justice américaine] la publication de tous les documents en sa possession avant le 19 décembre », loi votée à l’unanimité moins une voix par le Congrès américain au grand dam de Donald Trump qui a vu une de ses promesses électorales faites au camp MAGA se retourner contre lui.

 

Je remarque que, dans les milieux bien informés, pour ne pas diffamer Jack Lang, on di qu’» il a la malchance » que son nom soit cité dans pas mal d’affaires de pédophilie ou de pédopornographie impliquant des artistes, des intellectuels et des hommes politiques sans jamais que le ministre ne soit cité à comparaître, jugé ou condamné.  Dans la sphère intellectuelle, cela va de la pétition pour une sexualité libre entre enfants et adultes, à la reconnaissance et à l’exploration de la sexualité infantile ou au développement du « petit prince » qui sommeille en chaque enfant prôné par l’ancien ministre de la Culture et de l’éducation nationale. Malchance qui va de pair avec une capacité tout aussi systématique à passer à travers les mailles du filet des scandales : les affaires où le nom de Jack Lang fait l’objet de possibles incriminations disparaissent mystérieusement les unes après les autres.

 

Ce n’est pas que les complotistes aient toujours raison, mais je remarque qu’un certain nombre de leurs allégations sont confirmées. Les #EptsteinFiles n’ont longtemps été remontés que par la sphère Maga ou par Alain Soral. La chute de Jack Lang a été souvent annoncée et ceux-là même qui l’annonçaient n’étaient pas certains de la voir arriver. On a cru un instant qu’une justice immanente nous la ferait voir avant sa mort ou si ce n’était pas sa chute, obligerait Jack Lang à « s’expliquer point par point », comme il assurait vouloir le faire et puis finalement non : une fois de plus, le dossier est dépublié, même si le Parquet national financier (mais seulement celui-ci) a ouvert une enquête préliminaire. Encore, l’enrichissement personnel dont la famille Lang pourrait avoir été bénéficiaire ferait-il pâlir d’envie Marine Le Pen à qui l’on promet l’inégibilité pour avoir abusé du Parlement européen pour un peu plus qu’une différence de vue concernant le point de savoir si un assistant parlementaire devait pouvoir faire de la politique au service du parti politique de  son député ou travailler uniquement pour le Parlement européen. Mais il ne s’agit pas de réhabiliter Marine Le Pen contre Jack Lang.

 

Bilans comparés de François Mitterrand et de Jack Lang. Pour le premier, promesses de changement, abolition de la peine de mort, puis politique de rigueur, sujétion à la politique américaine de Reagan, opposition à la réunification allemande, Première guerre du golfe, allégeance aux putschistes ayant formé le projet de renverser Mikahil Gorbatchev, puis adoption du traité de Maastricht sous la promesse d’une Europe puissance intégrant la Russie désoviétisée pour faire contrepoids à la puissance américaine avec un euro qui aurait fait concurrence au dollar. Pour Jack Lang, radios libres presque toutes rachetées par de grands groupes audiovisuels, don d’un canal disponible à un ami de François Mitterrand, esclavagiste réputé des taxis parisiens ; acceptation sous la contrainte de TV Berlusconi, instauration de la fête de la musique passant de chacun sortant avec son instrument à une institutionnalisation équivalente à celle des radios libres, où il faut se faire enregistrer par les municipalités pour sortir son violon, fête du cinéma, acquiescement à tous les grands travaux du pharaon Mitterrand, courtisanerie effrénée, soutien démagogique à tous les mouvements montants, institutionnalisation du RAP et de toutes les expressions de la révolte surtoutquand elles émanent de la jeunesse, mise en coupe réglée de la culture subventionnée à grands frais, officialisation d’un art ayant vocation à faire disparaître toutes les expressions archaïques et travaillées des disciplines artistiques ancestrales réputées patrimoniales et désormais réservées aux artistes amateurs.

 

Julien Dray devenu chroniqueur à CNews après avoir dénoncé la dérive de TF1 en TFHaine ayant favorisé l’avènement de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2002 avait inventé la main jaune et le slogan : « Touche pas à mon pote » en fondant « SOS racisme ». Pour services rendus à la cause de François Mitterrand qui nous avait fait passer de l’ombre à la lumière, ses réseaux ou des réseaux adjacents semblent avoir imprimé dans le marbre judiciaire l’injonction : « Touche pas à Jack Lang », encore plus inviolable que Pierre Berger ou que l’abbé Pierre.  Mais au moins ces personnages et même Jeffrey Epstein étaient-ils généreux. Jack Lang se montra généreux en devenant un mécène avec l’argent du contribuable. 

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