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mardi 11 juin 2024

Macron le chaotique et son centrisme disruptif

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mardi-11-juin-2024-6597012

Je n'ai jamais compris ce que #Jean-LouisBourlange est venu faire dans la galère macronienne. J'ai toujours soupçonné qu'étant l'un des hommes les plus intelligents du MODEM, #FrançoisBayrou l'avait envoyé au Parlement pour le surveiller ou lui-même s'était donné cette mission à lui-même. Il quitte le navire avec élégance.
Sous cap, il dénonce la nomination de #GabrielAttal. Un coquin que Macron a nommé en copain pour lui brûler les ailes parce qu'il attirait trop la lumière. Du reste, je serais Gabriel Attal, je me sentirais déshonoré par cette dissolution et je profiterais de mon allocution de ce soir à 20h pour, en me barrant, me tirer du mauvais pas où m'avait entraîné le manager toxique de mon équipe de bras cassés, qui me nommait pour des contrats à durée ultra-déterminée alors que j'avais pour mission de mener des projets de longue haleine.
Macron a toujours joué le centrisme en étant disrupptif, c'est-à-dire en ayant le contraire d'un tempérament centriste. On tombe toujours du côté où l'on penche et en général, on penche et on tombe du côté de son tempérament. La disurption macronienne devait le faire pencher du côté de n'importe quelle solution extrême.
Macron risque de tomber sur un os pour n'avoir pas prévu que Ciotti étant président de LR et sachant que ses militants sont de son côté, il allait prendre acte que les digues avaient sauté entre la droite anciennement classique et le Rassemblement national, après avoir été le héraut d'une primaire de LR où la droite de gouvernement parlait plus durement que le Rassemblement national qui n'est plus un parti d'extrême droite ou s'est ripoliné de manière à ne plus le paraître.
Macron n'est pas un esprit clair, mais sa dissolution de cachet d'aspirine qui saute à l'élastique va clarifier la situation politique française qu'il avait contribué à embrouiller lors de son élection de 2017. La sociologie des droites, la séparation de LR en droite Pradier contre droite Ciotti, vont faire imploser "la droite républicaine". Beaucoup de parlementaires rejoindront Ciotti pour sauver leurs sièges, d'autres s'y refuseront par conviction sans toutefois sauter le pas de "faire une Rachida Dati", mais les électeurs de droite choisiront la ligne Ciotti plutôt que la ligne des indécis.
Raphaël Glucksmann a ripoliné "les deux gauches irréconciliables" en donnant un coup de vieux à celui qui les incarnait pour les avoir théorisées. Il ne peut se résoudreà l'accord qu'il avait pourtant signé pour participer au Front populaire, parce que le gauchissement de son discours social n'était que le leurre du guerrier plein de testostérone à l'idée d'envoyer des soldats se fairetrouer la peau en Ukraine. Les électeurs de gauche se moquent bien des tergiversations de ce "fils de" qui a toujours su se placer et qui n'aurait compté pour rien si papa n'en avait pas fait quelque chose. Les électeurs de gauche voteront "Front populaire" malgré les états d'âme de Glucksmann et son envie de voir l'hôtel Matignon pavoisé devant Laurent Berger. Raphaël Glucksmann n'est pas un faiseur de rois, le président géorgien lui envoie son bon souvenir.
Quant à Jean-Louis Bourlange, il parle déjà de Macron au passé: "Quand on regardera dans l'avenir Emanuel Macron, on verra bien que ce n'était pas le pire président de la Ve République." Il en parle au passé. D'autres qui refusaient d'entendre parler de le destituer le voient déjà démissionner et parmi ces "autres", il y a un de ses principaux ministres en la personne de Bruno Le Maire qui se verrait déjà le remplacer,mais qui n'a réussi ni à "mettre l'économie russe à genoux", ni à "sauver l'économie française". Alors on le renverra lui aussi à ses chères études qu'il regrette tellement d'avoir faites.

Macron n'a rien à perdre, car il s'est perdu lui-même. Il peut perdre son pari, mais aussi le gagner. Mais ses oppositions s'organisent et quand on n'a plus que François Bayrou derrière soi (j'excepte Edouard Philippe), c'est qu'on est en mauvaise posture. 

dimanche 9 juin 2024

Macron dissout comme un cachet d'aspirine

Emmanuel Macron n'a pas perdu ni la tête ni spécialement les élections européennes. C'est un pervers tellement exceptionnel qu'il faut analyser sa réaction en fonction de cette perversité.

Le RN a fait plutôt moins bien que ce que les sondages avaient prévu et Macron a fait mieux que Raphaël Glucksmann. Donc tout allait comme prévu. Mais Macron dissout malgré tout.

Macron dissout, comme le souhaitaient les démagogues de l'extrême droite qui ont demandé depuis toujours aux présidents de la République de faire des plébiscites et de partir s'il les perdait, y compris pour des élections de mi-mandat.


Jacques Chirac aussi avait prononcé la dissolution de l'Assemblée nationale qui lui était favorable en 1997. Et le dessinateur Jacques Faysan avait écrit dans une bulle du "Figaro": "Si j'avais su, j'aurais pas dissolu." La dissolution était dans l'ADN de Chirac dès la fin de son premier mandat de premier ministre sous Giscard. L'entente entre Giscard et Chirac était parfaite, mais Chirac voulait absolument s'affirmer contre Giscard. Chirac dissolvait comme le pastis doit se dissoudre dans l'au. Macron est défoncé, mais ce n'est pas pareil et c'est plus grave.

La dissolution chiraquienne de 2017 n'avait pas plus de sens que la démission de son poste de premier ministre en 1976. En 1997 et sans aucune raison urgente, la dissolution de Chirac, décidée non seulement sur un coin, mais sur un pied de table par Dominique de Villepin, a donné lieu à la victoire de la gauche et de Lionel Jospin qui a inauguré une bonne période climatique pour la France, mais une période de précarité sociale et de fragilité économique.

Emmanuel Macron paraît dissoudre sans raison. Mais ce président est trop pervers pour ne pas savoir ce qu'il fait. Je ne peux pas croire qu'il soit perdu en prenant cette décision. Il sait trop où il va et il est trop machiavélique pour ne pas savoir ce qu'il fait.

Il dissout et n'aura aucune majorité en face de lui. Marine Le Pen est tellement conne qu'elle se voit déjà être en cohabitation avec lui et elle jubile.

Macron dissout, pour quoi faire? Il feint qu'il ne pourra pas se représenter en 2027. Zelensky aussi avait mis une limite à son mandat. Mahmoud Abbas aussi, il n'y a jamais mis un terme et le Hamas en a bien profité, le gouvernement d'Israël aussi. "Félicie aussi" et après? La constitution peut être rétroactive en régime macroniste qui ne respecte rien et joue avec tout.

Macron n'a jamais pensé à interroger le peuple sur ses choix profonds. Il ne peut donc dissoudre qu'en ayant une idée derrière la tête. Il dissout et il sait ce qu'il fait. Macron n'est pas spécialement intelligent, mais il n'est pas bête. Macron ne dissout pas pour se trouver des alliés parmi les populistes. Macron ne dissout pas pour devenir le président des Gilets jaunes. Macron dissout, mais ce n'est pas Chirac. Macron dissout, car il est fou.,  

jeudi 6 juin 2024

Triste Débarquement

Le monde fait peine à voir et ce quatre vingtième anniversaire du Débarquement, où l'occident se réunissait pour le fêter, en est une illustration.

Depuis François Hollande, la Russie est aux abonnés absents des invitations au commémorations alliées. on n'a pas rougi de combattre le nazisme avec Staline, mais poutine est infréquentable. on préfère faire comme sil'Ukraine avait été notre alliée de toujours. L'Ukraine, à la marge des combattants de laquelle figurent des néo-nazis, ce qui n'excuse pas plus l'agression ruse que la riposte disproportionnée de l'armée israélienne ne justifie a posteriori les attaques du Hamas du 7 octobre dernier. Mais une armée qui décide de couper l'eau de toute une population, de la prévenir de ses massacres sans lui laisser le temps de décamper, de tirer sur des hôpitaux ou sur des bâtiments des Nations unies a moins d'excuses qu'un mouvement terroriste.

Netanyahou ne vaut pas mieux que poutine et Mohamed ben Salman vaut moins que lui, mais pour ne plus avoir à acheter de gaz russe, Emmanuel Macron l'a invité à l'Élysée. Paris ne vaut plus une messe, mais la guerre en Ukraine vaut bien une invitation deMohamed ben Salman.

Ce ne sera jamais le moment de reconnaître un Etat palestinien, "on ne reconnaît pas un Etat sur la base d'une indignation, mais au bout d’un processus. Netanyahou reste un interlocuteur pleinement légitime" (dixit notre président), il ne mérite pas une sanction et le refus des compromissions avec poutine vaut bien l’invitation d’un prince arabe tortionnaire pour trouver un autre partenaire commercial.

Il aura fallu 70 ans pour détruire le communisme, sauf pour un quart de l'humanité. Il aura fallu 80 ans pour détruirel’acquis de la guerre : la volonté farouche de ne jamais remettre ça. "Car aujourd'hui la Russie a un peu trahi le message du Débarquement et de la Libération." (Emanuel Macron)

Ce serait une capitulation de négocier quand une guerre est déjà presque perdue. "La Russie continue d'avancer, la Russie continue d'envahir.  La France veut la paix », comment y travaille-t-elle? Pourquoi former des soldats en Ukraine serait-il un facteur d'escalade? Qu'est-ce qui distingue un civil français mort en Ukraine parce qu'il habite en Ukraine et un formateur français de soldats ukrainiens?", demande notre président en oubliant la différence entre civils et militaires.  "Parce que la mort d'un civil n'est pas la même chose que la mort d'un soldat", lui répond Gilles Bouleau avec bon sens.

Le président Macron est rhétoriquement le plus belligène des dirigeants occidentaux. Selon lui, la Russie serait seule à pratiquer la guerre de l'information.

L'extrême droite monte en Europe avec la montée des périls. Sans elle, nous n'aurions pas eu les vaccins européens.

Les centristes étaient censés être des remparts contre les fascismes et leurs guerres. Il ne faudrait pas faire "n'importe quoi" de l'Europe, sauf si on est centriste. 

lundi 3 juin 2024

Les "frexiteurs cachés" ou le Frexit caché?

L'Europe des lobbys a son lobby frexiteur qui dénonce la logique lobbyiste de l'Union européenne et voudrait imposer par son lobbying la sortie de cet araseur de peuples.
Le "Frexit" est le sujet caché des élections européennes.
Même s'il y a 50 % de chances que mon indécision se porte sur l'une des listes qui porte ce sujet caché, je suis mal à l'aise avec ce sujet caché, car il y a pire que les "passions tristes" ou les "passions ressentimenteuses": ce sont les passions négatives, même si les unes et les autres disent le vrai contre les apparences du bonheur et de l'espérance.
Mais venons-en au fait.
Dans sa conférence de presse du 22 janvier 2024, Emmanuel Macron accusait le Rassemblement national -et en creux la France insoumise, donc l'union (cachée) des "populismes- (le "pouvoir du peuple" qu'est la démocratie a accepté ce mot affreux!)d'être des "frexiteurs cachés".
"Frexiteurs, mais qui a la gueule d'un frexiteur" et qui donc parle de Frexit? Certes, en 2017, aussi bien le RN que LFI avaient dit que, s'ils ne parvenaient pas à négocier leurs conditions avec l'Union européenne, non seulement ils pratiqueraient la politique de la chaise vide, mais ils fileraient à l'anglaise...
Ils faisaient des menaces, rien que des menaces.
Mélenchon soutenait Tsipras ("Il a la classe, notre Tsipras", intitulait-il un de ses billets de blog),
http://www.jean-luc-melenchon.fr/2015/07/07/il-a-la-classe-notre-tsipras-tra-la-la-la-lere/
Pendant ce temps-là, Marine Le Pen essayait de ne pas filer le trop parfait amour avec "les droites européennes" d'Orban, du PIS et des autres, cependant qu'habile, Manon Aubry faisait jouer en interne du Parlement européen le jeu social-démocrate classique des "partenaires sociaux" surexcités et présentait dans la dernière mandature 4000 amendements contre 76 pour Jordan Bardella, la tête de liste en tête de lice.
De son côté, Leila Chaibi, ex-animatrice de Jeudi noir, emportait sur Nicolas schmit, l'insignifiant commissaire à l'Emploi, à l'insertion et aux droits sociaux, une proposition de directive européenne qu'il se serait appropriée, offrant aux travailleurs des plateforme numérique une "présomption de salariat".
L'Europe et les compromissions. "L'Europe est une perpétuelle recherche de compromis", avouait Jacques Chirac, lassé, au soir de la négociation (sauf erreur) du traité de Nice. Les compromis n'ont jamais rendu heureux personne, mais LFI joue la logique du compromis et des compromissions, tandis que les extrêmes droites européennes cherchent à s'unir, non pour imposer une autre Europe des nations souveraines, mais pour créer une autre Europe des xénophobies.
Très peu de Frexit ou de Frexit caché dans tout cela, contrairement à ce qu'affirmait Emmanuel Macron dans sa conférence de presse du 22 janvier.
Mais alors? Est-ce que le Frexit serait le sujet caché des élections européennes?
Et dans la mesure où aucun parti ayant pignon sur rue n'ose plus le revendiquer parce que l'électorat est lâche et qu'on ne doit jamais parler des vrais sujets, Emmanuel Macron s'engouffre dans la brèche et parle des "frexiteurs cachés" en n'évoquant jamais le Frexit transparent et ceux qui le défendent à visage découvert, comme si le président voulait cacher le vrai sujet de ces élections européennes.
Les médias vont jusqu'à dire comme un seul homme: "Plus aucune liste n'ose porter le Frexit sur la "place publique" (sans référence aucune à Raphaël Glucksmann, qui veut que l'Europe de la paix intensifie la guerre en Ukraine.)
Or il y a au moins deux listes qui font leur cheval de bataille du retrait des organes impérialistes, inflationnistes et bellicistes que sont techniquement l'OTan, l'euro et l'Union européenne: la liste de Florian Philippot (liste n° 25) et celle de François Asselineau (liste n° 15). Mais elles n'ont pas le droit de cité en dehors de celui de se présenter en étant invisib[ilisées]. La République les reconnaît, mais ce sont des fake lists, qui doivent ne propager que des fake news...
La République donne le droit de cité à tous les citoyens et le président de la République désigne un sujet, unique objet de toutes les hostilités, et cet ennemi représenté ne doit pas être cité: "Aucun parti n'ose plus revendiquer le Frexit, tant leBrexit qui devait détruire le Royaume-Uni et transférer la City à Paris, qu'on s'en souvienne!, Macron voulait l'accueillir à bras ouvert, le Brexit aurait déçu tous les citoyens britanniques.
Le Frexit est le sujet caché sous les "frexiteurs cachés" des élections européennes, car Macron a tellement peur du Frexit qu'il aurait dit en 2018 à la BBC que, si on proposait le Frexit en référendum au peuple français, le "oui" l'emporterait. On notera que le peuple n'a plus été convoqué depuis dix-neuf ans à se prononcer sur aucun sujet qui ne soit pas de démocratie indirecte et donc de pouvoir personnel. Mais comme la nature a horreur du vide et qu'il a agité le RIC on l'a occupé avec les "Grands débats" de la démocratie participative.

Il n'y a que des "frexiteurs cachés" qui ne revendiquent pas ouvertement le Frexit, ceux qui le prônent à visage découvert sont regroupés de manière invisible pour les yeux dans des "fakelists" qui ne propagent que des "fakenews". 

mercredi 29 mai 2024

Le recouvrement de la foi

J'ai attendu deux jour pour publier ce post. Avant-hier 27 mai, j'ai fêté les quarante ans de mon recouvrement de la foi. M'at-il converti? La preuve que non: samedi dernière, j'inventai ou je découvrai cette blagounette ou devinette:

"Quelle est la différence entre la religion et la rumeur?"

"La rumeur croit en l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme."

"La religion (chrétienn en l'occurrence) croit en l'homme qui a vu l'homme qui a vu Jésus qui a vu Dieu."

Le  recouvrement de la foi m'a-t-il converti? Il a dû transformer mon regard sur le but et le sens de la vie, mais pas mon caractère. Est-il indispensable de se convertir quand on découvre recouvre la foi? Un prêtre de ma ville (le P. Miguel, dont je comprends ainsi le message, mais peut-être est-ce que je le comprends mal en ne voyant pas où il veut en venir) laisse entendre que la conversion est absolument nécessaire, mais que c'est impossible.

C'est impossible: saint Paul est passé de zélote et de persécuteur des chrétiens à zélote du Christ et non persécuteur, mais terreur de ses communautés.

Hier, j'ai lu un article visant à démontrer que tout les néophytes ont tendance à commencer par être dogmatiques.  

https://croireenliberte.wordpress.com/.../pourquoi.../

Je n'ai pas échappé à la règle. Le jour même où je fus transporté par l'Esprit-Saint -et rencontrai l'Esprit-Saint plus que je ne rencontrai Jésus-, mon premier réflexe fut de passer l'après-midi à essayer de me déprendre de ma croyance toute neuve en la réincarnationdont je croyais avoir accumulé des preuves à travers des articles, une émission du "Parcours de l'étrange" et un film sur une régression dramatique dans une vie antérieure où une petite fille remourait brûlée vive de confondre sa vie actuelle et sa vie précédente où elle était morte de cette façon. Je voulais rentrer dans le dogme comme on entre dans le rang et m'y appliquai dard dard. Deux mois après cette expérience, j'écrivais un livre qui servit à une catéchèse, que j'ai enregistré et aussitôt perdu. J'en écrivis un deuxième sur l'itinéraire d'amour que devait représenter la découverte de Dieu dans la transformation du monde et de soi-même, mais je n'arrivais pas à le terminer, d'une part parce que ce livre sonnait faux et d'autre part parce que j'entrai bientôt dans l'adolescence, c'est-à-dire que je perdis ma première enfance spirituelle, entrai dans ce que j'appelle ma seconde enfance et eus mauvaise haleine de ne plus faire une confiance instantanée en l'Esprit-Saint pour préférer croire au diable et avoir peur de lui. On suit plus volontiers ce dont on a peur que ce qui nous transporte. Je partis donc à la dérive. Et voilà comment la vie peut devenir une diablerie.

Si je ne peux ou n'ai pu me convertir, vaut-il la peine que je fête mon retour à la foi? Qu'en reste-t-il aujourd'hui? Elle a toujours été largement allégorique: je crois en un Jésus humainement paranoïaque (il s'est pris pour le Fils de Dieu et tout le monde l'a cru) et dont je ne sais pas, au plan divin, s'Il a existé le premier ou si c'est l'homme qui L'a créé tel un egregor (pourtant je ne suis nullement franc-maçon) pour qu'Il le sauve et Lui fasse du bien. Mais quand bien même cette dernière hypothèse serait la bonne, l'homme peut avoir découvert et développé par intuition le personnage du Christ et la question est insoluble de qui a existé le premier entre la poule et l'oeuf. Je serais plutôt un chrétien feuerbachien, mais Feuerbach me semble le plus grand théologien négatif occidental.

Si je devais  redécrire par écrit mon itinéraire defoi, je ne serais plus un zélote ou un apologète en herbe, mais je relirais tout mon itinéraire et essaierais d'en tirer les enseignements pour mon prochain et pour moi-même. C'est un projet que je médite, outre que je m'y emploie déjà d'une certaine manière dans une écriture de la déconstruction.

Je regrette d'avoir été un athée libre et heureux et que mon retour à la foi ait assigné ma cécité dans son cloisonnement et dans son intériorité prisonnière, mais je ne crache pas sur la religion comme les évangéliques, car la liturgie et la vie sacramentelle m'ont relié à Dieu et ce qui m'émerveille davantage en ce moment, c'est que l'Église, qui est tellement vilipendée par ses ennemis extérieurs et par ceux qui, de l'intérieur, ne rêvent que de la détruire, tant elle les a abusés ou déçus, c'est que l'Église prie pour moi quand j'ai besoin d'être fort dans le combat et qu'elle croit pour moi lorsque ma foi vacille, de même que mon rôle d'organiste liturgique me fait participer dans ma modeste mesure à ce que fait Dieu en descendant dans les sacrements, et me fait accompagner la peine des familles en deuil lorsque je joue un enterrement. 

Quant au dogmatisme, j'ai été surpris de lire dans l'article mis en lien que le christianisme que Paul présentait comme affranchissement d'une loi s'était caractérisé par sa fixation en dogmes dès 40 ou 50 de son premier siècle, avec une ritualisation du baptême et de l'Eucharistie très précoce, si bien que l'affirmation de Michèle Reboul, que j'ai eu le bonheur de rencontrer, n'est pas si naïve, quand elle suppose que Jésus aurait appris à ses apôtres la manière de dire la messe en latin entre la Résurrection et l'Ascension, ce qui en ferait "la messe de toujours"...

C'est que le christianisme dès les temps apostoliques (et nombre d'épîtres apostoliques, y compris celle de saint Jean en témoignent) s'est d'emblée construit contre les faux prophètes et contre les hérésies (le magistral ouvrage de saint Irénée Adverses haereses est là pour en rendre compte.)

On dit parfois que le christianisme est une secte qui a réussi. Une "secte"réussit quand elle agglomère des croyants autour d'une construction dogmatique assez rapide. Cette célérité est déterminée par une raison interne dans le christianisme :il faut un mur porteur à cette Eglise, dont le Christ veut qu'elle ne comprenne pas une pierre où reposer sa tête, pour qu'on y vive à ciel ouvert. La doctrine est ce mur porteur ou cette colonne vertébrale.

Mais (le fait est documenté par la sociololgie des religions) le dogmatisme peut tout à fait laisser subsister une dissonance cognitive au périmètre impressionnant entre les "croyances construites" du groupe et les croyances complètement différentes développées à l'intime du "vraiself" du confessant, qui ne sait pas qu'enadoptant des croyances qui ne sont pas les siennes, il développe un "fauxself" qui lui permet de coïncider avec son "idéal du moi".

Alors et pour lors, je continuerai, non pas à être un croyant de façade, mais à servir cette identification secondaire que me donne le Christ et l'Eglise catholique, quand bien même ils m'empêchent tous les deux d'assumer que je ne suis pas un type bien. et que je ne suis pas assez fort, ni pour le reconnaître, ni pour le devenir.

Je continuerai de servir l'Église parce que ma grand-mère a fait en sorte que j'ai la liturgie dans la peau.

Une chanteuse solaire me disait un jour: "Quand tu m'accompagnes, je me sens toujours rassurée." Je lui ai répondu que tout le monde avait quelque chose dans la peau dont il ne pouvait comprendre comment il s'y était glissé. À part moi, je pensais que j'aurais préféré avoir cette chanteuse dans la peau, car elle était charmante, plutôt que la liturgie qui est souvent ennuyeuse. Mais on ne choisit pas ce qu'on a dans la peau.


mercredi 22 mai 2024

Un petit drame animalier

Chez ma mère avec Serge. Nathalie m’a conseillé de l’y amener. Il va y détendre l'atmosphère. Après une conversation assez légère et rigolote, survient un petit drame qui doit contenir le sens de cet après-midi assez sympa où la présence de Serge a évité que la conversation ne roule en banalités et tourne à l’humour.

Survient une corneille qui tombe quasiment dans le jardin. Elle a un pet au casque. Noémie se précipite en demandant à ma mère si elle ne veut pas qu’elle la cherche. « Elle m’aime bien, je l’ai déjà nourrie. C’est un bébé, il est tombé, sa mère l’a regardé tomber, s’en est désintéressée et est partie. » Serge : « Une corneille, quand vous lui faites du bien, elle s’en souvient pendant des années. » Ma mère à Noémie : « Tu n’as pas une cage ou une volière ? » Noémie : « Pourquoi voudrais-tu garder cette corneille coûte que coûte avec nous ? »

Noémie s’active avec une autre voisine pour appeler une téléconsultation vétérinaire à Strasbourg qui leur demande de prendre une photo de la corneille et commeelle n’a rien de visiblement cassé, on n’enverra pas d’ambulance de la SPA. Les hypothèses fusent : a-t-elle une aile cassée ? Est-elle aveugle ? Ne sait-elle pas s’y prendre ? Est-elle paralysée ? A-t-elle un problème neurologique ?»

Moi seul suis resté rivé à ma chaise sans vouloir toucher l’animal, mais tout en m’intéressant à la scène. Je me prépare à regagner mon domicile en taxi. J’ai un coup de barre. Mais j’entends et devine ce qui sera le dénouement de ce petit drame animalier.

Plusieurs corneilles se remettent à voler autour de la scène champêtre, là où une de leurs sœurs d’espèce est tombée parmi les hommes et concentre l’attention de ces gens dans leurs jardins, où ma mère a proposé que l’on mette cet oiseau en cage et où Noémie lui a répondu : « Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux. »

La mère de la corneille ne s’y est peut-être pas intéressée, mais elle a dû ameuter cette petite nuée de congénères voltigeurs pour qu’ils aident son enfant à reprendre son envol. Ou bien la famille élargie des corbeaux et des corneilles s’est-elle autosaisie du sauvetage de la corneille endolorie.

J’ai appris un fait sémantique dans ce morceau d’éthologie : je croyais que corbeau et corneille étaient deux oiseaux très différents.Pas du tout, la corneille est la femelle du corbeau.

Soudain, me racontera Serge le lendemain, lui qui est resté chez ma mère après que je suis monté dans mon taxi, quand la conversation ayant fini de rouler, leur attention a de nouveau été attirée par la corneille mystérieuse et qu’ils ont fixé l’arbre où elle se reposait de ses quasi-chutes ou de ne pas savoir s’y prendre et où elle faisait la sieste d’avoir été trop bien nourrie par Noémie, la branche était abandonnée, la corneille avait suivi la petite bande de ceux qui étaient venus la délivrer des humains et volait de ses propres ailes avec les autres.

 

La Nouvelle-Calédonie n'est pas l'Algérie

Pour comprendre ce qui se passe actuellement en Nouvelle-Calédonie, il faut s'être rendu au moins une fois sur le Caillou, ce qui n'est pas mon cas, non sans que l'envie me manque de visiter ce joyau de la France come je voudrais depuis si longtemps visiter l'Algérie, à la fois par goût pour la civilisation maghrébine et une envie à la Marius de m'embarquer dard dard après avoir vu, sur le marché aux puces de Marseille des bouchers qui faisaient l'aller-retour une fois par semaine de l'Algérie dans la cité phocéenne, munis de leur nombreuse cargaison carnée sur des cargos-villes qui affadissent l'exotisme du voyage.
La Nouvelle-Calédonie n'est pas l'Algérie. Par principe, par préjugé et apriori, je suis hostile à toute forme de colonisation. J'ai été conforté dans cette idée lors du voyage en Guadeloupe que j'ai fait avec ma mère en 1990, l'année de mon bac.Oui, mais la Réunion, la Polynésie française, Mayotte et la Mélanésie-Calédonie, qui paraissent si fragiles sans la France?
Je me souviens que mon père, qui avait gardé un désagréable souvenir des Pieds-noirs et au contraire un souvenir ébloui du beau pays qu'était l'Algérie où il n'avait pas aimé être envoyé faire la guerre et se félicitait d'en être revenu en n'ayant tué personne, avait été retourné dans son a priori pro-kanak par une explication de Charles Pasqua dont la faconde à la Fernandel et l'air roué ne donnaient pas beaucoup de crédit à sa parole. Mais il expliquait que tout peuples premiers qu'ils fussent, les Kanaks ou Mélanésiens avaient été supplantés numériquement (on ne disait pas encore que c'était beaucoup la faute de Pierre Messmer qui voulait rendre irréversible cette suprématie démographique) par une émigration organisée de caldoches qui s'ajoutaient aux vagues précédentes de prisonniers ou d'aventuriers qui cherchaient, sinon fortune, du moins agrément et une vie meilleure dans ce coin de paradis géographique où l'humanité était encore hospitalière.
La France métropolitaine n'a guère été brutale avec la Calédonie. Edgard Pisani, puis Michel Rocard, Lionel Jospin et Édouard Philippe, ont négocié autant qu'ils ont pu. Ils ont ouvert les référendums d'autodétermination qu'ils ont proposés à un préjugé favorable aux indépendantistes qui n'a jamais cessé, au point que c'était à se demander si Emmanuel Macron ne voulait pas se débarasser de la Nouvelle-Calédonie, de son nickel et de ses problèmes de cohabitation.
Quand un pianiste donne un concert, quand un tennisman joue un match, quand un écrivain travaille sur un livre ou quand un observateur enquête, il se donne un point de mire. En 1985, celui de mon père était Charles Pasqua. En 2024, le mien est Nicolas Metzdorf. Je ne le connaissais pas du tout. Je l'ai entendu par hasard sur "Sud radio", puis j'ai suivi surYoutube la discussion générale de la loi portant élargissement du corps électoral de Nouvelle-Calédonie pour les élections provinciales, où près de 23 % des résidents de l'île, bien que de nationalité française, sont empêchés de voter et de participer ainsi aux décisions qui les concernent.
La Nouvelle-Calédonie qui a dit trois fois "oui" à la France, est divisée pour les Mélanésiens entre indépendantistes et loyalistes. Nicolas Metzdorf comme l'ancienne secrétaire d'État Sonia Backès sont de ceux-là. Aujourd'hui présidente de la province Sud, son "énergie convaincante" ("l'Opinion") lui a fait garder l'oreille d'Emmanuel Macron.
Nicolas Metzdorf dit n'avoir jamais eu vocation à devenir député. Il a pourtant choisi d'être un député apparenté à Renaissance. Son loyalisme lui a valu des menaces de mort y compris sur ses proches et pour lui-même, en équivalent d'une fatwa, l'interdiction de revenir sur son île. Il venait de recevoir ses menaces le jour de la discussion générale de la loi qui ne réglait rien, bien qu'elle ait beaucoup cédé aux indépendantistes, repoussant le temps de présence de citoyens français sur l'île de trois ans que demandaient les loyalistes à dix ans que réclamaient les indépendantistes à qui le gouvernement l'accordait, avant de pouvoir se prononcer sur les décisions qui les concernaient.
Nicolas Metzdorf soutenait la loi défendue par le ministre de l'Intérieur bien qu'en n'accédant jamais au principe d'égalité qu'il réclamait, il l'ait trouvé "de plus en plus méchant." L'universalisme républicain et le centralisme jacobin souffrent partout exception malgré leur inflexibilité de façade sur l'indivisibilité républicaine, qui est concordataire en Alsace-Lorraine ou co-gestionnaire avec les tribunaux coutumiers islamistes à Mayotte. En Nouvelle-Calédonie, c'est le droit de vote qui est à géométrie variable. Pourtant, Gérald Darmanin répondait à Jérôme Guedg (que j'estime), qui disait qu'on ne pouvait revenir de Nouvelle-Calédonie que délesté de ses certitudes et avec beaucoup d'humilité quant aux spécificités du Caillou tout en se présentant comme un universaliste républicain, qu'on ne pouvait pas être universaliste, mais.

Maintenant Emmanuel Macron veut passer pour le Zorro de la crise calédonienne en rendant là-bas d'une visite éclair entre deux voyages de 28 ou de 29 heures d'avion (on a beau être président, les distances ne se réduisent pas pour nous). Il vatâcher d'implanter son Edgard Pisani façon Macron. Mais cette visite surprise ne dit rien qui vaille à un Nicolas Metzdorf échaudé par celui au parti duquel il avait pourtant cru bon de se vouloirapparenter: « Le congrès de Versailles ne doit être ni suspendu ni annulé, ceux qui le demandent donnent raison aux casseurs, aux pilleurs, aux émeutiers », écrit-il dans un gazouillis.

Donner raison aux émeutiers, c'est monnaie courante dans la politique de la ville en métropole. La Nouvelle-Calédonie n'est pas l'Algérie, mais la France est peu reconnaissante envers ses loyalistes et ses sharkis. Pierre Messmer n'a jamais vraiment exprimé de regret de les avoirlivrés aux mains de ses bourreaux sur l'ordre du général De Gaulle qui demandait de ne pas favoriser leur exode vers la France qu'ils avaient servie. 

samedi 18 mai 2024

La misère, la souffrance et le malheur

La souffrance et le malheur

Personne ne comprend ce que je vais essayer d'expliquer, mais il est tard et j'ai beaucoup vécu.

Une femme toute simple (elle devait être taxie ou vendeuse) me demande avant-hier si je comprends la différence entre la misère et le malheur. Je lui réponds que je la comprends parfaitement et elle me dit que je suis bien l'un des seuls à qui elle ne parle pas Chinois. J'en discute avecMarie-Noëlle Mulle,r, qui peint des coeurs en bois les yeux fermés, pour moi, ça veut tout dire, c'es tune de "mes" choristes et je lui ai demandé un coeur pour Nathalie, elle m'a dit qu'elle n'en trouvait pas à sa dimension, alors elle en fabriquerait un rien que pour elle.


Et nous reparlons de la distance entre la souffrance et le malheur. Cette distance infinie entre la misère et la souffrance d'une part, mais surtout entre la souffrance et le malheur d'autre part,"(Il y a une distance infinie entre la misère, la souffrance et le malheur", a écrit Simone Weil, en propres termes ou peu s'en faut.), je vais essayer de l'expliquer, c'est redoutable.

Qu'est-ce que le malheur? C'est un truc qui t'arrive tellement fort qu'il n'y a plus personne entre le monde et toi. Il y a un mur, ça s'apparente à l'autisme, mais ça ne circonscrit pas l'autisme. Toi qui te crois "normal" (et tout le monde se croit normal, quelle est la différence entre le normal et le pathologique? René Leriche a mieux répondu que ce médecin féru de sciences humaines inexactes qui se croyait intelligent de Georges Canghillem: Canghillem s'est contenté de citer Leriche sans donner une définition qui dépassât la sienne: "La santé est le silence des organes", C'est ça. La santé, c'est quand tu n'as pas de gargouillis ni de ballonnements. Donc c'est quoi la différence entre la souffrance et le malheur? Disons que toi, le souffrant, le souffreteux, le mélancolique, le romantique, , tu voudrais entrer dans le monde du malheureux et tu essaies de traverser le mur qui sépare le malheur de la souffrance, mais tu n'y arrive pas et tu ne comprends pas pourquoi. Pourquoi le malheureux te rejette-t-il et a-t-il raison de te rejeter(il a raison par définition puisqu'il souffre plus que toi)? "Nous ne sommes pas du même monde, il te dit, "il y a un abîme entre toi et moi" pourrait dire le pauvre Lazare au mauvais riche si ce dialogue avait lieu antemortem. "

Il y a une scelle interjetée entre la souffrance et le malheur, mais la brèche qui se fait naturellement dans cette scelle est le chagrin. J'ai connu le trauma, j'ai connu la souffrance, j'ai vu le malheur de près, mais je ne l'ai pas subi. J'ai essayé de l'appréhender, je ne l'ai pas compris et pour cause: je ne l'ai pas vécu. Mais quand même, mais tant pis, j'ai essayé de le rejoindre.
Le chagrin s'était simplement chargé de me rendre malheureux, j'aurais dû m''en tenir là, ne pas revendiquer davantage de malheur, par romantisme et goût de la mélancolie.

Mais voici le chagrin. Le chagrin pleure et il veut être reconnu par le malheur. Le chagrin est la seule toute petite brèche qui existe entre la souffrance et le malheur.
Mais que dire de la misère? C'est une hérédité sociale de pauvreté qui fait que les parents ne transmettent aucune valeur à leurs enfants parce que personne ne les leur a transmises (la méritocratie républicaine n'est pas pour eux), Même des gens bien disposés come j'en étais pensent que la misère reproduit la misère=invention du quart monde, et la misère fâche tellement tout le monde que l'Evangile (qui est un manifeste d'économie libérale, c'est la seule chose intelligente qu'a dite Charles Gave) appelle les miséreux les pauvres, et n'appelle pas les pauvres les "miséreux". Au contraire, "des pauvres, [il faut que] vous en [ayez] toujours avec vous.")


Pourquoi?

Enfin bref. Si je me définis par rapport à ces catégories que j'ai moi-même inventées, découvertes ou mises en lumière (mais qu'est-ce que la lumière? C'est de l'air qui entre dans des yeux aveugles et comment je crois? Si "Dieu est lumière", j'aimerais donner quelque chose de ce petit air qui entre dans mes yeux à travers ces petits airs que j'ai dans la tête. Maisz je ne sais pas si je crois, je ne sais pas ce que je fais.) si donc j'essaie de savoir si je suis malheureux (je n'en suis pas digne),, miséreux (ça va encore !) ou simplement ultra-torturé (et ça, c'et sur!), je suis un souffrant souffreteux et pathologiquement compassionnel qui aurait voulu offrir toutes les peines du monde à ma première petite amie Stéphanie qui ne les connaissait pas, car c'était une petite fille heureuse, sauf qu'elle avait du chagrin, sauf qu'elle avait perdu la vue, sauf qu'elle devait vivre dans un internat stupide, lugubre et méchant chaque semaine du lundi au vendredi. Mais son bonheur apparent, rural et bourgeois rendait amoureux d'elle, à l'idée que rien ne lui suffisait, même pas d'être chouchou des profs, même pas qu'on lui accroche son manteau avec plaisir parce qu'elle était petite alors qu'elle nous traitait d'imbéciles. Quand on a tou, on n'a rien. Ma poupée avait du chagrin. Et J'étais trop bête pour le comprendre et pour voler vers elle, la prendre dans mes bras (elle m'aurait donné une claque) et tenter de la consoler. Ma poupée avait du chagrin, C'est toujours ma poupée, elle peut me traiter tous les jours d'imbécile. Je l'adore, quarante ans après. Pourquoi? Juste à ce niveau-là, parce que c'est moi, pas parce que c'était elle. D'"elle et moi", il n'y en aura jamais qu'entre Nathalie et moi.Je n'adorerai réciproquement que mon bébé Nathalie, mais je continue d'adorer toutes les femmes que j'ai aimées, car j'ai compris de quoi elles soufraient. Elles étaient petites, mais elles avaient un très grand bobo. J'aurais dû lui souffler dessus. Elles avaient un très grand bobo, mais Nathalie avait très mal. 

jeudi 16 mai 2024

Faut-il cracher sur les dissidents européens?

On nous explique de plus en plus que les Français seraient de moins en moins hostiles au Frexit. C'est-à-dire que, contrairement à l'analyse assez lâche que j'ai faite il y a deux ou trois semaines sur ce fil, sans être des activistes de l'activation de ce débat, ils ne pensent pas qu'il faille attendre que la bureaucratie européenne fasse tomber l'Union européenne (et non pas l'idée européenne) comme un fruit mûr pour la ramasser.

J'ai un temps pensé m'abstenir à ces élections. Je pense que ce n'est pas digne. Si je persiste dans mon intention pas tout à fait assurée de voter pour un candidat frexiteur (alors que le Frexit est le débat interdit en Europe et malgré le fait que je vis en Alsace qui devrait être le centre de gravité de l'Europe intégrée commeelle a été un des noyaux du MRP, mais je ne veux pas pousser plus loin "le paradoxe de l'enracinement" que j'ai décrit ailleurs), je dirais que:

-Je ne comprends pas comment #Jean-FrédéricPoisson pour prendre un élu expérimenté ou #Pierre-YvesRougeyron dans le monde métapolitique peuvent aliéner leur sort à celui de #FlorianPhilippot dont la légende disait qu'il travaillait, au contraire de #MarineLePen alors que toutes ses interventions sur les réseaux sociaux montrent qu'il est obsédé par le buz et les happenings et ne produit en termes idéologiques qu'un salmigundi complotiste conglomérant son idée fixe anti-européenne avec ses analyses lucides covidosceptiques ou antivax.

-Comme il s'en vante, #FrançoisAsselineau a le mérite de la persévérance et de la naïveté (il a été tout étonné que Charles Pasqua puisse l'avoir traîné dans l'impasse de sa vraie fausse candidature à l'élection présidentielle de 2002). Mais plus que d'autres, il fait de la politique avec une idée fixe, qui n'était pas sa passion carriériste ou administrative originelle, du temps où il faisait une carrière administrative financière et diplomatique. Il a le double défaut d'être très susceptible et de vouloir faire de la politique avec une idée fixe.

Mais peut-on toujours faire la fine bouche à l'encontre des dissidents et de ceux qui ont le tort de penser avec quelques coups d'avance, c'est-à-dire d'avoir prévu ou d'expliquer avant que la majorité puisse le comprendre que l'Europe qui s'est construite pour la paix va vers la guerre, que l'Union européenne au lieu d'être une idée, est devenue un "machin bureaucratique" qui ne peut que tomber du fait de sa complexité, qu'elle est un obstacle à la démocratie et est une façon de faire taire les citoyens sous l'exaspération normative qui les empêche de respirer?

Doit-on cracher sur les dissidents européens pour masquer son refus de choisir entre des gens qui ne savent pas s'unir et privilégier l'intérêt national à une stratégie d'union? 

mercredi 15 mai 2024

Raphaël Enthoven, LFI et la politique à contre-emploi

RaPhaël Enthoven a traité dimanche soir sur "BFM" LFI de "premier parti antisémite de France". Raphaël Enthoven est le philosophe du spectacle, un enfant gâté dont l'ouvrage "le Temps gagné" est un exercice d'ingratitude envers un père qui lui a permis d'avoir une enfance dorée en dépit de certains accès de violence qui n’avaient rien à envier à ceux du compagnon lacanien de sa mère, le parfait héritier qui, fort de l'amitié de son père pour BHL, commence par épouser la fille du commandeur avant de la délaisser pour la future femme de Nicolas sarkozy, puis s'amourache d'Adèle Van Reeth  qu'il fait nommer directrice de "France inter". Cet homme que j'ai entendu pour la première fois animer une excellente émission sur Marx dont il tirait le bilan en positif et en négatif, qui a le mérite de citer abondamment et à bon escient est aussi un philosophe qui vous bloque sur Twitter dès que vous avez le malheur de le contredire. Un philosophe qui ne supporte pas la contradiction n'envoie pas un bon signal. Il se fait à bon marché l'arbitre des élégances, trouvant transgressif de comparaître à la réunion jadis organisée par Robert Ménard du temps où il s'intéressait à l'union des droites et faisant la fine bouche à ce qui devrait être sa famille politique dont la direction a été temporairement récupérée par la France insoumise et son leader caractériel, dont le parler cru et dru ne cadre guère avec le snobisme du philosophe du spectacle qui aurait pu en cosigner l'éloge avec Frédéric Rouvillois. 

Il n'empêche que Jean-Luc Mélenchon entretient un curieux rapport avec le judaïsme. Son trotskisme devrait lui avoir fait contracter une dette envers ce peuple et ses menées émancipatrices dès que le messianisme des Hébreux quitte son territorialisme littéraliste pour comprendre que la promesse de la terre est une allégorie qui doit le faire accéder à un universalisme humaniste.

Il me revient une anecdote qui mérite d'être relatée et dont je ne me suis jamais expliqué comment elle a été passée sous silence. On n'a pas détecté ce quasi-dérapage.

Il y a quelques années il était l'invité de l'émission "des Paroles et des actes" où Jacques Attali lui donnait la réplique. L'évolution de cet adepte du marché prêt à chercher la croissance avec les dents et à mettre Emmanuel Macron en orbite après avoir été le conseiller de François Mitterrand du temps où il était le plus économiquement irréaliste est un sujet en soi, mais Jacques Attali avait depuis longtemps revêtu les habits du réaliste diseur de bonne aventure ("Brève histoire de l'avenir) de l'économie de marché. Il étrille très courtoisement Jean-Luc Mélenchon qui contient sa colère et est prêt à le dégommer en lui assénant une remarque acerbe dans le genre: "Il se prosterne devant le marché, le". Il articule le phonème "j" par où l'on voit qu'il allait dire le "juif" avant de se reprendre et de conclure : "le socialiste", ce qui venait d'autant moins à point nommé que Jacques Attali tenait un discours rien moins que socialiste.

Mais élargissons la focale. Il y a un mystère LFI qui fait que les jeunes émeutiers sont toujours excusés et qui pourrait faire parler d'islamo-gauchisme si on les assignait à résidence identitaire de faire cause commune avec les Palestiniens en les soutenants comme les pays arabes ont soutenu la Palestine comme la corde soutient le pendu, Palestiniens ne franchissant jamais la reconnaissance de leur État aux Nations unies par veto américain et décimés à Gaza après que le Hamas a attisé la volonté génocidaire d'un Netanyahou qui ne survit politiquement que par son soutien aux colons et son alliance avec l'extrême droite israélienne que les israélites de France ont longtemps interdite aux démocraties européennes en même temps qu'ils soutenaient les indépendances. Entre temps les nostalgiques du fascisme et des régimes autoritaires ont viré leur cuti et se sont tournés en zélotes de l'israélo-droitisme au nom de leur hostilité aux islamo-gauchistes, hostilité qui ne s'explique pas par ce qui pourrait relever d'une islamophobie résiduelle (une peur de l'islam bien compréhensible en ce que cette religion est intrinsèquement guerrière et que la révélation coranique repose sur la geste guerrière du prophète Mohamed), mais par une vraie haine des musulmans.

Dans cette reconfiguration du paysage politique qui tient de la régression historique, chacun joue à contre-emploi. Le bloc central qui prétend être sage et avoir tiré les leçons de l'histoire verse dans ce qui pourrait nous mener à une Troisième guerre mondiale et qui pour l'instant est une guerre des nerfs, une Drôle de guerre où le facteur déclenchant se fait attendre sans qu'on puisse exclure qu'un des protagonistes ne perde ses nerfs. Les populistes parlent populo à un moment où le peuple a abandonné le langage grossier. Les uns parlent de paix sur un ton tellement agressif  qu'on ne voit pas comment ils pourraient en être les artisans. On le voit d'autant moins qu'ils ne comprennent les rapports de force au sein de la société que dans la conflictualité. Les autres ont l'air de désirer la guerre civile qu'ils prétendent redouter. Les populismes de droite et de gauche parlent sur le même ton, même si leur différence de fond est abyssale, les uns étant islamo-gauchistes quand les autres sont israélo-droitistes, comparaison que j'ai faite avant de découvrir que Paul-Marie Couteaux l'avait servie à Éric Zemmour en même temps que je relevais cette opposition dont aucun terme de l'alternative n'est préférable à l'autre. Les nations occidentales font dissociété et reprochent à la Russie, non pas d'avoir des vues invasives sur le reste du monde (Poutine n'est pas Hitler), mais de ne pas se résoudre à ce qu'on ne respecte pas son aire de civilisation. 

lundi 6 mai 2024

Emmanuel Leclercq, un combat de gratitude

https://www.philippebilger.com/blog/2024/04/entretien-avec-emmanuel-leclercq.html#comments

Cher Philippe,
Un regret pour commencer: c'est le prisme un peu "CNews" à travers lequel vous appréhendez le parcours et la personnalité d'Emanuel Leclercq: vous l'assignez à résidence en parlant de ses "origines préoccupantes" et vous insistez sur le fait qu'il aurait pu "mal tourner" alors que non, puisqu'il est un héritier décalé à la Moïse, sauvé, non pas des eaux, mais des détritus tel un diamant dans la boue, non par la fille de Pharaon, mais par "mère Teresa en personne" et confié à des parents adoptifs qui vont jouer à plein leur rôle en s'oubliant pour se mettre au service de son histoire et de celle de ses frères et soeurs.
Ëtre sauvé après un trauma originel apporte en dépôt un trésor inestimable. C'est une rédemption d'avant les échecs personnels qui garantit mieux que la rédemption d'après coup qu'est en partie la rédemption chrétienne, qui cautionne le baptisé, mais dans la nuit.
On a beaucoup reproché à mère Teresa (et je n'ai pas été le dernier à le faire) sa charité aux extrêmes: le mourant, l'enfant des poubelles d'un côté et ses liens avec des riches de l'autre, pour faire avancer ses causes. Mais le peuple indien lui sait gré de ses actions, c'est un premier indice de la fécondité de son apostolat. Elle les a menées dans le doute sur le sens de ces actions, dans la nuit de la foi, second mérite. Et puis j'ai le témoignage d'un ami qui allait régulièrement déjeuner à Paris chez les soeurs de mère Teresa rue de la Folie-Méricourt et qui me répétait très souvent combien leur accueil était réellement inconditionnel. Un indice faible est qu'elles ne privaient pas de vin les indigents. Chacun se servait à la fortune du pot et la régulation se faisait naturellement, par et dans la confiance.
J'ai écrit plus haut qu'Emmanuel Leclercq était un héritier décalé. Je m'explique sur cette formule qui ne se veut pas offensante. Tout d'abord, il doit apprivoiser un décalage. On le lui fait ressentir à plusieurs reprises au cours de sa vie à travers son professeur principal qui veut faire de lui un groom d'hôtel, puis à travers son directeur de thèse qui le lâche, puis ses référents de séminaire qui font de même. Ëtre sauvé a priori pour être lâché ensuite, dans sa descente aux enfers, il a dû se dire: "tout ça pour ça".
Une explication qu'il vous donne me parle en particulier: au séminaire, ses maîtres de théologie lui disent que la théologie n'est pas l'art de se poser des questions, mais de recevoir la Parole de dieu. Il ne fait pas bon être "l'enfant des pourquois" en théologie, mais la femme réceptacle, autre infantilisation de la figure féminine, infantilisation à la sainte Thérèse de Lisieux où l'enfant n'est pas le rebelle espiègle qui n'en fait qu'à sa tête, mais celui qui se précipite dans les bras de son père. La théologie pose plus de questions qu'elle n'apporte de réponses, encore faut-il qu'elle veuille se les poser.
Emmanuel Leclercq doit apprivoiser un décalage et c'est un héritier décalé, parce que l'adoption propose un héritage indirect et que, pour assumer cet héritage, il faut lui concilier son décalage. L'héritage est réel, même au sens que Pierre Bourdieu donne à ce terme. Il provient de la bonne volonté des parents qui ont fait le choix de transcender une stérilité apparente par une fécondité qui est un sport de combat. Mais comment faire entrer sa propre histoire dans cette bonne volonté parentale et faire de tout ce capital, actif et passif, un exercice de gratitude? C'est tout le défi qu'a relevé Emmanuel Leclercq et aussi celui que lui ont lancé oblativement ses parents adoptifs: "Considère chaque épreuve comme une preuve, tu dois faire tes preuves, tu es capable de faire quelque chose, donc tu dois réussir". Mais "pour réussir il faut t'épanouir, merci d'exister, il faut travailler bien qu'il n'y ait rien à faire (adage ésotérique), il faut se connaître et s'apprécier dans sa plus grande qualité (définition de la connaissance de soi dans l'acceptation donnée et trouvée par mon meilleur ami.)
Ce double message est l'aporie d'Emmanuel Leclercq. C'est l'aporie du décalage, c'est l'aporie du handicap, à laquelle je m'oppose à titre personnel: la personne décalée ou handicapée n'est pas corvéable à merci à l'enfer de la preuve. Son combat le plus difficile est de faire accepter son décalage.
Emmanuel Leclercq n'a pas résolu cette aporie, mais on n'est pas forcément en mesure de résoudre toutes ses contradictions. C'est pourquoi il veut, c'est tout à son honneur, "démocratiser la philosophie" à la manière d'un Michel Onfray dans ce qui était son Université populaire fondée après le "séisme politique" de 2002. Pour lors il démocratise l'éthique, il cherche une "sagesse pratique" avec Paul Ricoeur, il décline les applications de la prudence dans le soin et dans d'autres domaines.

L'éthique est une épreuve nécessaire, mais c'est une épreuve dans la preuve. Je souhaite à Emmanuel Leclercq de comprendre qu'il a été trop éprouvé pour avoir encore quelque chose à prouver, pour avoir encore à faire ses preuves. Il n'a pas de dette à payer ni de reconnaissance de dette à honorer. Il a reçu gratuitement, il peut donner gratuitement. Abandonné, puis sauvé à l'origine, il peut se donner par surcroît s'il veut, s'il est assez fort. En attendant et quoi qu'il choisisse, merci à lui d'exister. 

lundi 22 avril 2024

Le prêtre, cet homme précaire




Posté au pied de l'article de René Poujol intitulé: "Faut-il encore prier pour les vocations" et disponible ici:


1. La remarque de Dominique Bargiarelli ("à quoi donc ça peut servir de prier car enfin on prie pour la paix ou les uns pour les autres" et ça ne marche pas) se voudrait polémique, mais pose une vraie question.

À quoi sert de prier pour la paix à Jérusalem en disant qu'elle est déjà advenue alors qu'on ne voit que trop clairement qu'il n'en est rien et que la prière a seulement un effet performatif?

La réponse du jésuite à René étudiant ne me satisfait pas: "ça ne sert à rien et c'est justement pour ça qu'il faut le faire." C'est un peu comme un prof à qui son élève demanderait à quoi servent les maths ou la grammaire et qui lui ferait pareille réponse démotivante que celle d'un de mes profs de maths quand on se plaignait de ne pas comprendre ses explications: "Il n'y a rien à comprendre, il y a à apprendre." "Mon enfant, la grammaire et les mathématiques servent à structurer ton esprit", voilà un début de réponse. De même, le parent qui dit à son enfant: "tu comprendras plus tard" lui dit une vérité au risque de l'humilier.

J'écris depuis un monastère de la Drôme. "À quoi sert la liturgie des heures?" "À faire que la vie des moniales soit régulière et selon l'ordre." La dernière fois que j'étais ici, lamie que je suis venue voir était malade. Les soeurs ont continué de prier comme si de rien n'était. Moi qui étais très sceptique de voir mon amie embrasser la vocation religieuse, je croyais pourtant l'entendre dans le choeur. Je me disais: "Elle a trouvé sa voix", avant d'apprendre qu'elle venait justement de faire un malaise vagal. Pourquoi les soeurs continuaient-elles de chanter comme si de rien n'était et de dérouler la liturgie, cette "action du peuple", dont "the show must go on", pour informer les esprits qui constituent l'Église.

"The show must go on". Les Grecs aussi se récitaient leur double épopée homérique et ainsi des Romains qui, quelle qu'épreuve qu'ils traversent, étaient persuadés qu'ils étaient promis à une "happy end". comme nous, avec la Résurrection du Christ, dont une conversation avec un retraitant intéressé par le bouddhisme nous a fait formuler qu'elle nous fait vivre dans l'espérance bien plus qu'elle ne relève d'une foi à strictement parler. Tant mieux si je crois que le Christ est ressuscité, mais la foi n'est pas de l'ordre de la certitude, tandis qu'il y a une "Certitude de l'espérance" (André Wartelle, André Berthier) qui me fait "m'emparer de la force de la Résurrection du christ" (François Durwell) pour traverser les ravins de la mort en moi et aimer la vie en remerciant Dieu de me l'avoir donnée et même rendue en Son fils.

À quoi sert de prier? À se rejoindre au point d'intercession. Le point d'intercession "est le point d'intersection où se rejoignent tous les êtres", car "c'est dans le silence que les coeurs se causent."

À quoi sert de prier? À s'épuiser ou bien à épouser les combats inconnus que se livrent nos frères quand ils luttent contre eux-mêmes, pour guérir, pour porter secours ou pour le bien d'eux-mêmes ou de quelqu'autre qu'ils portent en leur coeur?

Et le prêtre n'est-il pas une figure du même type?

On veut abolir la fonction, mais on ne parle que boutique.

On veut abolir la fonction sous prétexte que le baptême en donnerait la dignité ou les prérogatives. Peut-être, mais il ne le fait pas de façon suffisamment significative.

Le prêtre est significativement "mis à part" pour produire du sacré, et le sacré est une séparation. Le sacrement n'est pas un signe, il touche au symbolique et au magique, n'en déplaise à ceux qui voudraient mettre de l'uniformité dans tout. Le sacré n'est pas signifiant ni significatif, il est symbolique et magique. J'ose cette provocation au pied d'un billet sur la vocation.

Le contresens de l'Église sur la vocation est de l'avoir ramenée à des états de vie. Une vocation est beaucoup plus qu'un état de vie, c'est le sens d'une vie en même temps que c'est l'expression la plus singulière et la plus aboutie de la personne. Plutôt que de limiter la vocation à quelques états de vie, l'Église devrait mettre un point d'honneur à permettre à chacun de trouver sa vocation.

Mais on préfère se rabattre sur le fonctionnalisme, qui pour ne plus vouloir prier pour que Dieu nous donne de saints prêtre parce qu'il y aurait plusieurs manières d'être moissonneurs; qui pour vouloir pérenniser le modèle périmé d'un "Deus ex machina" de sa petite église autocéphale ayant barre sur tout, pilotant des projets pastoraux et se comportant en chef d'entreprise au lieu de se consacrer (sic) à la cure d'âme. Les prêtres administrent les sacrements comme ils administrent la machine Eglise. La fonction paraît enviable.

On peut aimer ou non les traditionalistes. Ils ont raison quand ils limitent l'infaillibilité pontificale lorsque le vicaire du Christ s'exprime ex cathedra sur un dogme de foi. Le canon de l'Eglise ajoute "sur les moeurs" et je ne comprends pas. Notre pape anticlérical François fait dire à son préfet du dicastère pour la doctrine de la foi, lis-je ce jour dans "la Croix", qu'il n'aime pas cette limitation de l'infaillibilité pontificale, comme si le pape n'était pas assisté par l'Esprit dans le gouvernement ordinaire de l'Église. Quelle est la posture la plus cléricale?

Le prêtre n'est pas un "alter Christus" et il n'agit "in persona Christi" que quand il produit du sacré, du symbolique, du magique, du mystérieux, du miraculeux.

Un mot sur la sociologie du clergé. Pourquoi favorise-t-on l'éclosion des vocations bourgeoises ou des fils de"rois nègres" quand jamais on ne voudrait d'un pauvre ayant eu l'expérience de la rue qui se mettrait au service de ses frères? Mgr Rouet cité dans ce billet voulut faciliter l'éclosion d'une telle vocation au sacerdoce d'un homme fragile. On l'en a empêché.

Enfin à quoi sert un prêtre? À faire écran entre nous et nos péchés quand nous nous présentons devant Dieu. C'est à peu près ce que dit l'épître aux Hébreux quand elle parle du Christ, unique grand prêtre, que le sacerdoce baptismal et (si Philippe Jorand y tient), le "ministère sacerdotal" ne font que refléter. Il faut donc des prêtres pour les pécheurs et des prêtres qui supportent les pécheurs, mais non pas des prêtres pécheurs, abuseurs qui , en se moulant dans la pâte humaine, relativisent le péché. Il faut des prêtres pour les pécheurs, mais non pas des prêtres pécheurs. Certes, tous les baptisés ont la vocation d'être de tels prêtres. Mais est-ce à la portée du premier venu, qu'il ait ou non reçu l'onction du baptême? Pas de moi certainement, qui suis "un cloaque d'impureté".

Et qu'est-ce qu'un prophète? C'est un homme qui impulse et qui redresse.

Comment un prêtre qui s'éloigne du péché et un prophète qui le redresse en impulsant une autre dynamique font-ils pour devenir roi, dans l'acception à la fois joyeuse, valorisante, ambitieuse et ministérielle de ce terme? Ce mystère est trop grand pour moi, que mon frère accuse de me percevoir comme un "roi symbolique". 

mercredi 17 avril 2024

Une société sans échappatoire?

"Dans les années 30, le tabac augmente", chantait Michel Sardoux qui faisait de cette augmentation du prix du tabac un des ingrédients de la crise de 1929.

Dans notre époque de sinistrose, nous avons des préoccupations plus hygiénistes. Toutes ne sont pas à jeter aux orties.

J'entends dire à l'instant que la Chambre des Communes du Royaume-Uni s'apprête à adopter une loi pour une "génération sans tabac" revenant à interdire à vie aux personnes nées après 2009 de pouvoir acheter du tabac.

Je n'imagine pas que les interdictions à vie soient très efficaces ni ne puissent entraîner une prohibition totale du tabac qui, sous sa forme cigarette, n'apporte rien de bon à l'organisme que du goudron et des compléments addictogènes.

Mais là où la démarche britannique me paraît plus intelligente que l'aveugle politique d'intimidation française, c'est qu'elle cible une génération pour l'empêcher de tomber dans l'addiction.

Une variante française pourrait être, au lieu d'augmenter le tabac pour toutes les générations sans distinction, de le rendre quasiment inaccessible à la génération de ceux qui ont quatorze ou quinze ans à travers des prix prohibitifs.

Mais on préfère pratiquer une augmentation indiscriminée pour les tabaco-dépendants comme pour ceux qui ne souffrent pas encore de dépendance tabagique.

Reste à savoir, comme le relevait tout à l'heure #OlivierTruchot sur #RMC, si l'injonction paradoxale ne consistera pas à interdire le tabac pour permettre l'usage du canabis.

Les addictologues prétendent qu'on ne doit jamais remplacer une dépendance par une autre. Sans doute est-ce vrai dans un monde idéal. Je crois que c'était #WilliamLovenstein qui aimait populariser l'adage selon lequel il n'y a pas de société sans drogue. J'ajouterais que s'il y a une poésie sans drogue, il n'y a en effet pas de société sans drogue. Il y a la pipe à eau et le narguillé dans les sociétés musulmanes dépourvues de tabac ou d'alcool. Et à supposer qu'une société sans drogue soit possible ou même désirable, je ne crois pas qu'il puisse y avoir de société sans échappatoire. 

lundi 15 avril 2024

Un drone dans le désert

Tout le monde s'accorde à dire que la diplomatie persane est une diplomatie intelligente rompue par 2500 ans d'expérience du pays zoroastrien devenu malheureusement une République islamique.

Quel est l'intérêt de l'Iran d'envoyer des drones sur Israël, question d'autant moins complotiste que l'Iran assume et revendique son geste en assurant qu'il a été "plein de retenue"?

Un geste à la façon des massacres du Hamas qui va faire plus de mal que de bien aux populations que l'Etat et l'organisation islamique sont censés défendre, car les experts de plateau ont beau nous persuader du contraire, il est évident que la riposte disproportionnée d'Israël va encore frapper.

Pour la bonne bouche, l'Etat persan etpost-zoroastrien est un meilleur ami des Palestiniens que les Etats arabes qui passent leur temps à exciter "la rue arabe" à propos de ce conflit sans jamais rien faire pour la reconnaissance de la Palestine.

Et pour la bouche amère, les Etats-Unis ont prévenu Israël de l'offensive iranienne. Ils ont prévenu la Russie de Poutine qu'un attentat islamique s'organisait contre elle à Moscou en mode Bataclan. Et ils ont prévenu les personnes de confessionjuive de ne pas se trouver dans le Wall trade Center, assuraient les contestataires de la "version officielle" des attentats du 11 septembre, mais là, ça glisse.

Pour moi, il était impossible que la "version officielle" soit fausse, car un Etat voulait nécessairement le bien de ses civils. En l'occurrence, quel bien l'Iran entend-elle retirer de l'envoi de ces drones contre des cibles non civiles israéliennes? Je cherche à comprendre. 

samedi 13 avril 2024

Jean-Pierre brouillaud, un globe-trotteur aveugle, voire plus si spiritualité

C'était avant-hier soir. J'y étais. À la 

    librairie 47° Nord à Mulhouse. 


Langue des signes: je suis invité à cette 

    conférence par mon amie EvelyneLamon, présidente du Raph 68, fédération d'associations et d'établissements liés au monde du handicap dans le Haut-Rhin, à l'origine de la plateforme "Handiconsulte", qui permettra de pallier s'il se peut la défaillance médicale et le moins-disant de soins que subissent les personnes "en situation de handicap" (que j'aime cette périphrase!). 


Handicap. Le premier dispositif Handiconsult du Grand Est à Mulhouse (lalsace.fr)


J'invite mon copain David au titre de la 

    retape, sans savoir ce qu'il pouvait penser de cet écrivain qu'il n'avait 

    probablement pas lu, comme moi. 


Miracle de la "langue des signes": il 

    vient de lire ses deux livres récemment rendus accessibles sur la 

    bibliothèque Eole des livres audio. 


Je m'étais comporté vis-à-vis de David 

    comme un "agent du hasard". Mais le hasard n'existe pas.


Commençons par parler de 

    l'auteur.


Qui est-il? 

    Pirouette: "Si j'étais une femme, je me draguerais; si j'étais aveugle, je m'appellerais Brouillard; si j'étais écrivain, je m'appellerais Brouillon; mais comme je suis un peu les quatre, je m'appelle Brouillaud".


Où peut-on le découvrir?


https://www.youtube.com/channel/UCe_Beg7gSXE-HtqNUEFP_iA


Il a publié trois 

    ouvrages:


Géographie mon 

    amour (c'est son opus le plus récent)


https://l-illusion-du-handicap.com/2023/02/geographie-mon-amour-une-poetique-du-voyage.html


https://www.babelio.com/livres/Brouillaud-II-Aller-voir-ailleurs--Dans-les-pas-dun-voyageur-/794903


https://www.amazon.fr/Voyages-coq-l%C3%A2me-Par-del%C3%A0-visible/dp/2919513222


Mais il met aussi en scène et en vidéo ses 

    poèmes et ce que j'ose à son insu appeler des "carnets démentiels", en 

    mémoire de mon ami de plume, Yann Guirec, qui, comme lui, écrivait ses impressions sur 

    une tablette de poche et du papier journal quand il "dépeçait" dans une 

    chambre d'hôtel une "fille de joie" qui n'a jamais été "de petite vertu". 

    Jean-Pierre Brouillaud envoyait deci delà ses impressions à des amis qui les 

    ont conservées, ce qui nous vaut son dernier opus.


Moi, les voyages, ça ne 

    m'intéresse pas plus que ça, je les fais "Autour de ma chambre", comme 

    Xavier de Maistre, le frère aveugle du grand Joseph. Je l'ai dit au 

    conférencier. Pourtant nous nous sommes immédiatement plu et reconnus, je 

    crois. Moins que n'ont été séduit, dans un coup de foudre intellectuel et 

    spirituel immédiats, d'abord mon ami David, autre voyageur aveugle solitaire qui se 

    prend parfois à regretter de "faire du tourisme" et de ne pas avoir 

    l'audace de la "belle étoile" (mais poser une comparaison, c'est vouloir 

    résoudre une équation). 


Mais le plus foudroyé est sans doute Renaud Obino, 

    directeur adjoint de l'institut pour déficients sensoriel et dysphasiques le 

    Phare à Illzach. C'est lui qui a convaincu Evelyne Lamon, d'inviter notre auteur. L'événement s'est 

    concrétisé près de trois ans après que Renaud Obino ait émis le souhait d'organiser une rencontre 

    autour de Jean-Pierre Brouillaud. 


Le directeur adjoint du Phare et le collaborateur du Raph68, Elvis Cordier, ont fait chorus pour poser à l'auteur des 

    questions plus intelligentes les unes que les autres, dont la question 

    "incipit", que l'auteur refusait de se voir soumettre. Ne me demandez 

    pas ce qu'elle était, mais elle nous a immédiatement emmenés dans le voyage 

    intérieur.


Je n'étais pas 

    en reste. Jean-Pierre trouvait qu'on devait faire pièce au mot de "handicap" 

    pour lui substituer celui de "différent". Je ne suis pas contre. Mais j'ai 

    rappelé que l'ANPEA (association nationale des parents d'enfants aveugles) 

    avait également préconisé cela au plan national. Tout en éditant une revue 

    qui s'appelait "Comme les autres" sans voir l'oxymore. 


Selon moi, le droit à la différence masque une 

    indifférence au droit des autres, mais ça n'engage que 

    moi.


Que nous a dit 

    Jean-Pierre? Qu'il ne s'est pas rendu compte qu'il était devenu aveugle, 

    jusqu'au jour où, après un premier passage en école spécialisée d'où on 

    l'exfiltre pour "réunion en baisodrome", il "atterrit" à l'Institution 

    nationale des jeunes aveugles (INJA). Là, ce sont les élèves qui se servent 

    eux-mêmes à la cantine. Partout ailleurs on le servait, et on masquait ainsi 

    son passage de l'autonomie à l'infirmité. Un gars veut lui servir sa soupe: 

    "Puisque tu es miraud, je te sers." Il aurait pu lui tendre son assiette, il 

    lui a tendu son poing pour le lui mettre dans sa gueule, car c'est une 

    révélation qu'il lui fait. 




Jean-Pierre ne savait pas nommer sa cécité. Moi non plus. J'ai appris vers mes trois ans que j'étais aveugle, quand on refusa de faire droit à ma réponse affirmative à la question: "Tu vois?" J'en ressortis vexé, car j'avais l'impression de parfaitement comprendre à quoi se référaient ceux qui voulaient me montrer quelque chose, raison pour laquelle je répondais "oui" à la question "tu vois". 


Jean-Pierre  refuse cette révélation, il se cabre, il se braque, 

    il casse tout, et il fera une énième fugue pour aller dépasser ça avec les 

    hippys dans le vaste monde, au début en revendiquant une sorte de 

    marginalité, jusqu'au jour où il découvre...


qu'il est tout, que tout est lui, qu'il est 

    un dans la conscience universelle. Que celui qui refuse la différence refuse 

    l'autre en lui-même et donc se refuse à lui-même. Même si des fachos sont 

    venus un jour demander à cet homme aux cheveux longs issu de la beat 

    generation: "Qu'est-ce que tu penses d'Hitler?" "Rien, mais c'est 

    une honte pour l'humanité" et ils lui ont "niqué" son deuxième oeil!" Bravo, 

    les gars!


La révélation de 

    cette conscience unitive lui est arrivée une fois, et puis elle s'est 

    retirée, un peu comme le Dieu des transports peut devenir assez rapidement 

    le Dieu des sécheresses. Des va-et-vient qui sont aussi ceux du pénis ou de 

    la vulve. Ceux de l'avant et de l'après l'amour. L'amour n'est-il pas une 

    mystique? 


"Lorsque vos 

    yeux regardent, vous ne regardez pas avec vos yeux, car vous ne faites pas 

    attention à vos yeux qui regardent, donc vous faites attention à votre 

    attention, et c'est avec votre attention que vous regardez." ON dirait du 

    Simone Weil. 

Variante 

    personnelle d'hypermnésique: la mémoire n'est pas une qualité d'affection, 

    mais seulement une tension d'attention.

Pour Jean-Pierre, "la mémoire est un palais 

    déformant."Pour moi aussi.


Le reste, je 

    vous le laisse découvrir auprès de Jean-Pierre, sur ses blogs, sa chaîne YouTube, 

    dans ses livres et ses spectacles. Merci à lui pour sa 

tant de  générosité! 

jeudi 4 avril 2024

La sainte Russie de Dostoïevski et le nihilisme européen

La sainte Russie du conservateur Dostoïevski contre le nihilisme européen.

Péroraison du réquisitoire d'Hypolite Kyrilovitch au procès de Dimitri Karamazov: "Ne faites donc pas souffrir la Russie et son attente. Notre troïka fatale court peut-être bien au grand galop au-devant de sa perte et depuis longtemps, dans toute la Russie, il y a des hommes qui tendent les bras [les progressistes] et en appellent à arrêter ce galop frénétique, impitoyable. Et si, pour le moment encore, les autres peuples s'écartent devant notre troïka lancée à toute bride, peut-être n'est-ce pas du tout par respect envers elle comme le voulait le poète, mais seulement par effroi, cela remarquez-le. Par effroi, et peut-être par dégoût à son égard, et c'est encore bien s'ils s'écartent, parce qu'ils sont bien capables, allez savoir, de ne plus s'écarter, mais de se dresser comme un mur infranchissable devant cette vision au grand galop, et ce sont eux qui arrêteront la course folle de notre portement pour se sauver eux-mêmes. Eux-mêmes, et la culture, et la civilisation. Ces voix inquiètes de l'Europe, nous les avons déjà entendues, elles commencent déjà à s'élever. Ne succombez pas à leur tentation. N'accumulez pas leur haine grandissante par un verdict qui justifierait le meurtre du père par son propre fils." Autrement dit: "ne cédez pas à leur clémence moins romaine que faustienne. Bientôt elle décrétera la mort de Dieu. Restez conservateurs."

Sur ce, Dostoïevski invente de procéder à un micro-trottoir narratif pour enregistrer les réactions des auditeurs à ce réquisitoire fiévreux qui a néanmoins réussi à "[finir] sur une pathétique.""La Troïka, tiens, vous vous souvenez. Là-bas, ils ont des Hamlet, nous, pour l'instant, nous n'avons encore que des Karamazov", des Karamazov qui "ne vivent que du moment présent", comme les Européens d'aujourd'hui qui s'imaginent être devenus bouddhistes parce qu'ils reprennent leur souffle dans le moment présent pour méditer, et soutirent de ce moment présent de quoi se soutirer de leur angoisse. Or les Karamazov en vivent frénétiquement, quand les Hamlet restent capables de se demander "ce qu'il en sera là-bas", quand bien même ils imagineraient, comme l'Aurélie (et non l'Ophélie) des "Années d'apprentissage", que l'issue est dans le coup de poignard ou comme Dimitri arrivé à un certain point de sa trajectoire, que l'issue aux terreurs de sa conscience criminelle, pour lui "qui a tué son âme", "est dans le pistolet", pour se délivrer maintenant, mais après? Le "Hamlet de là-bas" a engendré les parlementaires anglais qui calculent.

"C'est au libéralisme qu'il [le procureur] faisait du pied." Faisait du pied ou faisait les pieds? "Nous tiens, on va fermer Kronstadt et on leur livre plus notre blé. Où est-ce qu'ils le prendront?
-Mais en Amérique. Maintenant, c'est l'Amérique.
-Mon oeil!"

La voix de Dostoïevski fait encore vibrer les jeunes Russes, même les plus dissidents. Je sais une jeune femme qui regrette que Poutine fasse perdre du temps à son pays pour qu'éclose "l'âme russe" en dehors de toute violence inconsidérée. Elle hait la guerre en Ukraine, mais vibre à Dostoïevski, quand nos matérialistes attermoient devant l'inflation qui nous sanctionne plus que nos sanctions ne sanctionnent la Russie, car nous nous montrons incapables, ne fût-ce que de voler leurs avoirs pour ne pas entrer nous-mêmes en économie de guerre.

Marx disait avec mépris que le dernier pays où mettre en application son système était la Russie. Pourtant, bien avant Marx et extérieurement à la course des Russes les plus méprisés par Dostoïevski au libéralisme européen, c'est en Russie que naissait le socialisme le plus idéaliste. Socialiste gâché deux fois au moins: par l'assassinat du tsar Alexandre II qui, si le scénario du film "Katia" rediffusé dimanche dernier dit vrai, ne se serait pas contenté d'abolir le servage, mais aurait couronné la tsarine dans sa jeune épouse morganatique pauvre en adossant l'empire russe à une constitution. Mais de jeunes terroristes trop pressés, qui ne savaient pas ce qui se tramaient dans le palais du tsar, n'ont pas cru Katia et ont tué le tsar, retardant de cinquante ans les réformes attendues et les soumettant à la vindicte du communisme encore en herbe.

"Car beaucoup de gens croient saisir un effet d'opportunité qui se révèle dévastateur, car il devance la réforme et cueille le fruit avant qu'il ne soit mûr. C'est vrai dans les familles, c'est vrai dans les nations", me commentait hier mon frère avec qui j'en discutai.

Lequel a déniché un concile russe datant du début des années 2000, où il est écrit que si le soldat russe est amené à perpétré des masacres (on n'y évoque pas notre notion ugstinienne ou thomiste de "guerre juste"), le soldat russe doit s'abstenir de combattre. Au début de la guerre ukrainienne, mon frère en a écrit au pape François et est déçu que sa missive soit restée lettre morte. Car enfin on ne discerne pas dans les mots de ce concile la soumission FSbiste de l'Eglise orthodoxe russe. On était pourtant au début du poutinisme qui promettait certes un retour à la foi, mais après avoir "poursuivi les Tchétchènes jusque dans les waters."

Est-ce que la diplomatie vaticane est trop avertie pour ne pas savoir que Kyril, rencontré par François à Cuba (comme les circonstances se heurtent!) est inféodé à l'Etat russe ou n'est-elle pas assez subtile pour avoir lu les mots de ce concile?

François a fait ce qu'il a pu en détournant l'injonction de Fatima de "consacrer la Russie seulement aux coeurs immaculés de Jésus et de Marie." Il a associé l'Ukraine à sa consécration. Et puis il a proposé sa médiation, et puis il a appelé les deux peuples à se parler, et puis il a appelé au cesser-le-feu. mais apparemment, ce n'était pas encore assez ou ce n'était pas ce qu'il fallait! 

mercredi 3 avril 2024

Nicolas Sarkozy, antécédent de Donald Trump...

Je ne sais pas pourquoi je me suis demandé aujourd’hui quel était l’antécédent de Donald Trump et pourquoi je me suis désolé que ce ne soit pas Jean-Marie Le Pen, sur lequel j’avais écrit en 2002 un « Journal politique » que je ne désespère pas de corriger et de publierun jour. J’aimerais tellement que tout vienne de France… Mais non. JMLP est un solipsiste insolite produit par le génie français. Donald Trump est un patron de night-clubs et de casinos pouvant être récupéré par les évangélistes américains. Ces deux populismes sont fondamentalement différents. Le populisme américain n’a pas besoin d’aimer le peuple américain, il n’a besoin que de faire corps avec son rêve ou avec sa « way of life ». Le populisme français à la sauce frontiste s’est lui-même défini comme un exercice de tribun de la plèbe, c’est-à-dire qu’il est inconsistant et impuissant. Le populisme africain qu’on voit émerger au Sénégal au jour où j’écris ces lignes paraît procéder d’un véritable amour du peuple.

 

Mais je n’oublie pas ma question d’origine : quel est l’antécédent du trumpisme ou à quoi et à qui peut-il être comparé en France ? Il me semble que « Sarko l’amerlo » comme on l’appelait avant qu’il ne devienne président de la République était un trumpiste avant la lettre. Tellement intuitif qu’il a rebaptisé son parti »les Républicains » avant que Donald Trump ne transforme le parti républicains à son image « énergéticienne », comme disait Tony Blairà propos de Nicolas Sarkozy.  

 

Le trumpisme repose sur un culot démagogique inouï : »Même quand j’ai perdu, je dois dire que j’ai gagné », le persuadait l’avocat qui l’a le plus influencé avant de le lâcher. C’est le summum de la dénégation. Nicolas Sarkozy était un peu dans cette manière de fonctionner, qui émaillait ses interviews de questions moins oratoires que dialectiques et rhétoriques, et destinées à amener les journalistes dans son giron.

 

Le trumpisme est un antisionisme, croyaient les soraliens. Erreur fatale : c’est un likoudisme multilatéral et pragmatique. C’est un anti-atlantisme, croyaient-d’autres et sur ce point, ils avaient raison. C’est une apologie, non pas de l’isolationnisme, mais du multilatéralisme.

 

Au contraire, le parti démocrate américain est intrinsèquement néo-conservateur. « L’Amérique continuera à diriger le monde », se réjouissait Bil Clinton à l’orée de son mandat. « L’Amérique » que Donald Trump voulait plus grande « est de retour » « pour diriger le monde », prévenait Joe Biden en guise de bonne nouvelle pendant la campagne qui l’a fait élire.

 

Donald Trump n’aurait pas déclaré la guerre à la Russie. Nicolas Sarkozy non plus. C’est sur ce point qu’il a cessé de cautionner le macronisme. Nicolas Sarkozy était aussi russo-réaliste que son ex-premier ministre François Fillon. Ce n’est pas lui qui aurait accepté que Vladimir Poutine ne soit pas invité pour commémorer le soixante-dixième anniversaire du Débarquement de Normandie.

 

À l’opposé, François Hollande s’est montré d’emblée néo-conservateur et on peut se demander pourquoi. Je n’ai pas la réponse, mais j’observe que François Mitterrand nous a engagés corps et bien dans la Première guerre du golfe. Jacques Chirac a refusé la logique qui consistait, entre la première en 1991 et la deuxième en 2003, à y engager la France au nom de la cohérence entre les deux « séquences » et on tient ce retrait pour son plus grand acte politique.

 

François Hollande s’est montré néo-conservateur jusque dans son néo-colonialisme centre-africain ou malien. Emmanuel Macron s’inscrit dans la suite de François Hollande sur la conflictualité politique (« nous sommes en guerre », a-t-il répété comme lui). On pourrait donc croire qu’il parle le même langage. Mais justement, ce qui distingue l’apparente hésitation macronienne du néo-conservatisme assumé de son prédécesseur, c’est le langage.  Emmanuel Macron feint de parler le langage du multilatéralisme, mais est tout aussi néo-conservateur ou néo-colonialiste que le président qui l’a formé et promu. Mais son double langage et cette différence entre les intentions et les paroles dans un monde qui va vers des populismes qui aiment le peuple et ne méprisent pas les autres nations l’ont démonétisé. Emmanuel Macron déclarait que l’Otan était en état de mort cérébrale tant que Donald Trump était au pouvoir. Joe Biden a trouvé un moyen de ressusciter l’Otan dans la guerre en Ukraine et Emmanuel Macron a mordu à l’hameçon. Que dira-t-il quand et si Trump sera réélu, tellement Harpagon que l’OTAN ne lui paraît pas une donnée stratégique de sécurité, mais que, menace-t-il, si les alliés ne payent pas, il soutiendra et encouragera Poutine à les attaquer ?

 

La France s’est construite comme une sociale-démocratie conflictuelle, contrairement à l’Allemagne, mais n’a jamais été une démocratie directe. Les Gilets jaunes ont déploré cet état de fait. Le philippisme (du nom d’Édouard Philippe) cherche à refonder la droite sur la sociale-démocratie municipale et corporative. La démarche est honorable, mais elle est anachronique. Quand nous sortirons de la guerre d’Ukraine, les démocraties devront se refonder sur un populisme qui aime le peuple sans être xénophobe. La droite philippiste est d’un légitimisme suranné.Mais Édouard Philippe a le mérite d’être un honnête home, contrairement au président qui l’a mis en selle. 

lundi 1 avril 2024

Europe et souveraineté

ÉLECTIONS EUROPÉENNES : PEUT-ON SAUVER LA FRANCE ? | PAUL-MARIE COUTEAUX | GÉOPOLITIQUE PROFONDE (youtube.com)

 

Je suis de loin #MikeBorowsky depuis qu'il a créé "la Gauche m'a tuer" et je trouvais cette lettre quotidienne aux multiples articles assez souvent ridicule. Je ne m'exprimerai pas sur l'évolution de cette personnalité ni sur les différents avatars de ses aventures médiatiques. Il m'arrive de suivre deci delà ses entretiens de "Géopolitique profonde". Ce soir, je voulais le faire en raison de son invité, #Paul-MarieCouteaux (PMC), dont j'ai parlé dans un post récent et qui, lui en revanche, m'intéresse beaucoup, car même s'il a beaucoup erré dans les arcanes des partis politiques, c’est un analyste sérieux et conséquent, qui est à l'origine de l’importation du mot de "souverainistes" pour qualifier les personnes attachées à l'indépendance nationale.

J'ai regretté récemment (sur ma page Facebook et sur le blog de Philippe Bilger) son "déclinisme" qui le rend enclin (sic) à parler de "disparition de la France", notamment dans un livre intitulé "Traité de savoir-disparaître". Mais ce déclinisme est contrebalancé par beaucoup de lucidité. Il fut le premier à mesurer en profondeur ce que le soutien de l'Union européenne à l'OTAN dans la crise yougoslave disait du changement en cours à travers le titre d'un autre de ses livres : "l'Europe vers la guerre". Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie sous la poussée otanienne, l’Union européenne ne se cache plus de se développer en vue d’une guerre et non pour la paix continentale. Mais Paul-Marie Couteaux qui rappelle que Poutine n'est ni Hitler ni Staline a raison de ne pas maximiser le risque de troisième guerre mondiale causé par l'escalades et les coups de menton des otaniens contre la Russie et qu'un observateur de géopolitique n'ayant pas son expérience comme j'en adopte la posture a tendance à dramatiser.

A ce stade, Paul-Marie Couteaux pense comme moi, bien que pour des raisons différentes (il est royaliste, dit en citant Jean Bodin qu’ »il n’y a pas de république possible sans un roi pour la couronner » et ne croit pas beaucoup aux élections en général) que le mieux à faire le 9 juin est sans doute de s'abstenir.

Mais ce n'est pas le point de vue le plus intéressant de son propos. L'introducteur de la notion de "souverainisme" définit la souveraineté comme un trépied comprenant l'indépendance nationale, la supériorité de l'Etat au sein de la nation et la souveraineté culturelle, avec l'affirmation d'un substrat déterminé comme socle de la nation : la France est un pays de culture chrétienne. S'ils acceptent ce postulat, on peut accueillir beaucoup d'immigrés pourvu qu'on les intègre et pourvu aussi que ce soit encore possible dans l'état de notre Etat et de notre société.

 

Mais Paul-Marie Couteaux a encore raison de dire que ce troisième élément du trépied a pour synonyme l'identité qui est culturelle et n'est pas essentiellement ethnique et qu'en ce sens, il n'y a pas d’opposition entre "souveraineté" et "identité".

 

Faut-il sortir de l’Union européenne ? Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, ce n’est pas une bonne question. Bientôt « l’Europe tombera comme un fruit mûr » et il ne faudra pas s’imaginer qu’on aura préparé une riposte à la dérive qui nous emporte, mais il faudra être là pour ramasser la société en deuil et en miettes et trouver avec elle des solutions nouvelles qui ne sont pas écrites.  C’est ce qu’ont fait Soljenitsine en Russie ou Lech Walesa en Pologne », affine #FrançoisMartin (vers la 36ème mn). »Quand le pays n’a plus confiance et ne voit plus le sens, les gens ne travaillent plus, intriguent, bidouillent et le pays ne peut faire que tomber. Mais est-ce que, quand il va tomber, nous serons là pour nous porter à son secours ? »

 

Comme #PhilippeHerlin, je crois qu’on ne doit pas « compter sur la violence en politique ». Faut-il néanmoins « penser les termes de la violence » ? « La prise du pouvoir est toujours le résultat d’un duel. » (François Martin) Je ne crois pas en la violence révolutionnaire ou terroriste qui ne donne que de mauvais fruits. Mais il faut reconnaître que cet État nous fait violence, cet État et les dirigeants ambigus du monde, qui pullulent depuis une dizaine d’années dans tous les pays et jusqu’au Vatican.

 

« Les gens en général préfèrent être en paix avec leurs voisins qu’en paix avec leur conscience. » (Timour Kouran) Ils préfèrent mettre des masques blancs que montrer que sous le masque, ils ont une peau noire. Ils préfèrent voter dans l’isoloir comme leurs voisins que comme leur conscience. Mais que quelqu’un leur montre que la peau est noire ou que le roi est nu et cela peut changer.

 

En marge de ces considérations importantes, PMC tient de Marie-France Garaud qu’au soir de la victoire du « oui » du traité de Maastricht (qui n’est pas une victoire à la majorité des inscrits), Pasqua et Séguin sablaient le Champagne : « Ouf ! On a perdu. » Ça ne m’étonne pas. Je réécoutais récemment le débat Mitterrand-Séguin à la Sorbonne à la veille du traité de Maastricht et ce qui m’a frappé comme la première fois (où je l’écoutais avec mon ami Franck qui me disait : « Tu ne crois pas que Philippe Séguin a l’étoffe pour devenir un jour président de la République ? » ? Question qui m’étonna, car il la tirait de son propre fonds), c’est l’absence de conviction de Séguin qui m’a à nouveau frapé. Il ne s’oppose que sur des vétilles et sur des « il est à craindre que », adosséés à un très grand respect de la fonction présidentielle occupée alors par François Mitterrand, qui, s’il n’a jamais rien compris à ce qui secouait la politique étrangère en profondeur (cf. sa bourde monumentale après le coup d’Etat qui manqua de renverser Gorbatchev ou son opposition à la réunification allemande), s’est longtemps opposé aux institutions de la Vème République jusqu’au jour où il endossa le costume présidentiel, et les a qualifiées de Coup d’État permanent, ce que le gaulliste PMC confirme : « De Gaulle n’est pas devenu président de la République à la suite d’élections, mais à la suite d’un coup d’État. » Il est rare de l’entendre proféré par un gaulliste, il est vrai assez loufoque pour proférer hors contexte que « le massacre de la saint-Barthélémy avait sauvé le royaume de France », comme mon père avait dit un soir de cuite à Ibiza pour fâcher ma mère protestante qu’ »à la Saint-Barthélémy, on n’en avait pas tué assez. ».

 

« Coup d’État salvateur », précise-t-il. Je n’en suis pas sûr. Beaucoup de ceux qui font parler De Gaulle oublient qu’il ne s’est jamais opposé par exemple au traité de Rome et peut-être ne le fallait-il pas en effet à l’époque. Mais la Vème République est un régime présidentiel et il fallait instaurer un exécutif fort et transférer le parlementarisme au référendum qui, si le régime n’avait pas été présidentiel, n’aurait pas été plébiscitaire. De plus, mon idéalisme politique qu’on peut accuser d’immaturité comme mon pacifisme qui ne transige pas souvent se refuse à croire qu’aucun coup d’Etat puisse être salvateur. Le précédent égyptien faisant renverser Mohamed Morsi par le maréchal Al-Sissi à la grande joie de toutes les chancelleries occidentales n’est pas de nature à me faire changer d’avis.