Pages

vendredi 4 mars 2011

La vie, l'existence et l'être

« Au commencement, (...) la vie était la lumière des hommes, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. »


Il y a un ordre ontologique entre la vie, l’existence et l’être, qui semble aller au rebours de ce qu’on en sent généralement. Il est communément admis que « l’existence précède l’essence. En un sens, c’est vrai, mais si l’on ajoute que la vie précède l’existence et que, si l’existence précède l’essence, c’est uniquement d’ordre charnel. La chair, c’est ce qui a séparé la vie de l’être et de l’existence. La chair, c’est ce qui a rendu l’existence sans vie et l’être sans mouvement. La chair, c’est ce qui fait que l’existence n’accède à l’être que par les sens, mais ne saurait accéder à la vie que par le mouvement. La chair, c’est ce qui fait que, puisque j’ai subi quelqu’ankylose qui a enlisé mes membres dans les fourmillements et les scintillements d’une vision troublée, je peux vérifier mon être par ma pensée, mais non pas dire qu’ »au commencement je suis ». « Je pense donc je suis et je sens donc j’existe ; et depuis mon commencement, je vis. Mais comme je ne me souviens pas d’avoir jamais commencé, mon commencement est un commencement sans commencement, et je puis dire que je vis depuis le commencement. J’existe aussi depuis le commencement, puisque je ne me souviens pas d’avoir fait autre chose que sentir, et je ne peux pas plus dater d’après ma mémoire le moment où, commençant de sentir, je suis devenu conscient, que je ne suis en mesure de dater ma naissance autrement que d’après l’autorité de ceux qui m’ont indiqué quel était le jour de mon anniversaire. Je ne puis pas imaginer avoir commencé d’éprouver les sensations une à une comme la statue de condillac, mais je sens bien que, pour que mon existence accède à la vie, il faudrait que je passe de la sensation à l’aventure. La vie est un événement. L’aventure est le choix que je fais dans ma chair de hiérarchiser mes sensations au gré de mes passions. La pensée est d’un ordre plus subtil et appartient au champ de la causalité. Pour que mon existence accède de la vie à l’être, il faudrait que, passant de la sensation à la pensée, j’acquiesce, moi, cause seconde, à l’Image que je suis de la cause première ou cause de soi et que je dise :

« Je sens, donc j’existe ; je pense, donc je suis ; je suis, donc j’acquiesce ».

Pour que j’accède de l’existence à l’être ou des sens à l’essence, il faudrait que je m’accorde d’être le sujet consentant d’une causalité consentie. Pour qu’enfin, l’être accède à la vie, il faudrait qu’il retrouve le mouvement dont l’a alangui la chair qui est flux et reflux de sang dans le dérèglement biologique qui, ici, le fait se tarir et là se coaguler, de sorte que la chair peut se définir comme l’écart, issu de la perte de l’influx de vie, entre la mélancolie et la fixation, entre la dépression et la passion. Mais la vie elle-même ne saurait accéder à l’être sans connaître qu’elle est tombée dans les abysses de son absence. La vie ne saurait accéder à l’être sans reconnaître l’empreinte de la chair qui l’en a séparé en cessant d’y subordonner l’existence. Pour que la vie accède à l’être, il faut qu’elle veuille se penser. Or la pensée est un acte qui excède trop la sensation pour que la vie y parvienne directement. La reconnaissance de l’existence comme première certitude est donc un préalable à la santé mentale. L’existence fait sentir, la vie fait croire et l’être fait penser. La vie n’est pas une certitude comme la foi n’est qu’une force.



Julien WEINZAEPFLEN




--
Vous recevez ce message, car vous êtes abonné au groupe Google Groupes partages-mutuels.
Pour envoyer un message à ce groupe, adressez un e-mail à partagesmutuels@googlegroups.com.
Pour vous désabonner de ce groupe, envoyez un e-mail à l'adresse partagesmutuels+unsubscribe@googlegroups.com.
Pour plus d'options, consultez la page de ce groupe : http://groups.google.com/group/partagesmutuels?hl=fr

La prière rend invulnérable

1. ô vous, jambes ailées de mon âme dont nul ne peut briser l'élan, apprenez qu'il vous faut sauter de montagne en montagne au sein de notre propre coeur, pour devenir, comme dans "le cantique des cantiques", le fiancé de Celui Qui nous précède de val en val, ou même, prophétesse, ô ma pensée, la fiancée du monde pour qui tu supplies vaillamment que ses maux soient allégés parce que tu l'aimes plus qu'il ne t'aime, toi qui le crois indifférent.

2. Maintenant fiancée du monde, ô ma pensée, toi qui médites, et plus encore ô toi mon âme, qui contemples le saint des Saints, vous voilà, parvenues au sommet, tentées de croire que le sommet de vos montées, c'est d'avoir atteint le "plan causal". Si c'est vrai, ce n'est pas pour accroître votre pouvoir sur les choses, ce qui ne serait que régresser jusqu'au caractère accapareur et captatif de l'enfant qui croit que tout est à lui ; ce n'est pas pour vous rendre les phénomènes intelligibles; non, ce n'est pas pour les comprendre si, par "comprendre", vous entendez "englober", "faire le tour d'une question pour vous en approprier les tenants et les aboutissants de la problématique en son elliptique à laquelle, déjà, la réponse a fait défection. La compréhension est un processus de désappropriation désintégrative, visant la contemplation dans la compassion de l'observateur, de ce à quoi il applique les facultés cognitives de son intelligence du coeur.

3. Or autant, mon âme, ma pensée, nous devons gagner en compassion, de même, devons-nous gagner en invulnérabilité. Nous devons escalader les montagnes de notre coeur pour ne plus être la cible des autres et de leurs menées qui font de nous un appareil utilitaire, une grande oreille ou une éponge. Le "roc", c'est ce qui nous rend invulnérables et non pas insensibles. Bâtir notre maison sur le Rocher divin, c'est trouver en nous la pierre angulaire de cette invulnérabilité fondamentale qui nous assure en nous, et peut recevoir le don des larmes, pour autant que, du rocher, Moïse a déjà tiré de l'eau.

4. ô pèlerin de Lourdes, tu comprendras ce que je veux dire, si tu as déjà mis ta main dans le rocher de la Vierge, car tu as vu comme il est crevassé et poli par tant de formes de mains qui sont venues y déposer leurs demandes. Le rocher a épousé les formes des anticlinaux et des synclinaux des mains demanderesses. Je me trouves dans l'émotion quand je suis sous la motion de l'hors-de-moi, lorsque la pierre qui me sert d'assise roule, ou bien est battue, au plus profond du minéral en moi, jusqu'à l'hydratation qui devient humection.

Après tant de rendez-vous manqué de l'universel

(La pensée juive et la philosophie grecque étaient peut-être davantage faites pour se rencontrer que l'hellénisme et le christianisme. La mystique juive et la philosophie grecque nourrissaient en commun le culte de la loi et du concept. Leur rencontre achoppa sur ce que l'Hébreu était une langue à trois mille concepts qui rebondissent à mesure qu'on les soulève et aussi sur ce que la loi grecque ne montrait guère de propension à être écrite. Un homme qu'on pourrait qualifier de "scribe juif des temps modernes" puisqu'il ne veut pas du titre de rabbin, M. Benjamin Duvshani, m'a dit un jour qu'étant donné le poids démographique du peuple juif dans l'empire romain, mieux eût valu que ce fussent les Hébreux au lieu des chrétiens qui eussent fait accéder celui-ciaux grands universaux. Cette remarque me déconcerta d'abord, et je me demandai comment cet accès de la romanité aux universaux ou à l'universalisme aurait pu se faire, étant donné que le judaïsme, tout juridique qu'il est, à l'instar de l'esprit romain, est un territorialisme religieux. Mais, à la réflexion, cela n'était pas de nature à faire problème, et pas seulement parce qu'un peu de nationalisme éloigne de l'universel et que beaucoup de nationalisme en rapproche : les Grecs eux non plus n'étaient pas tellement entichés des "barbares", qui étaient étrangers à ce qu'ils avaient tout de même conscience d'être "la nation grecque", bien que le monde grec se gouvernâ comme un amas de cités dont chacune avait son régime politique et ses loi et qui guerroyait à l'occasion les unes contre les autres. Que les Grecs n'aimassent point les barbares, étrangers à leur culture, n'a pas empêché le Grec de devenir la langue du commerce parlée par tout l'empire romain à l'exclusion du latin qui resta cantonné à la sphère juridique. Est-ce à dire qu'une des limites imparties au désir de s'universaliser d'une nation subjuguée et extrêmement territorialisée, ce territorialisme fût-il religieux dans le cas du judaïsme et le peuple juif voulût-il s'excepter du reste des "nations", soit de n'avoir d'influence que marchande ? Expliquer que la langue grecque d'une part, soit devenue celle du commerce, et que les Juifs d'autre part, aient été réduits à l'usure et assimilé à des financiers, est sans doute commettre un anachronisme historique pour rendre compte du phénomène ultérieur de l'antisémitisme dont il faut bien reconnaître que l'origine en est chrétienne. Le juridisme romain d'une part, qui a abouti à l'extraordinaire codification du droit que l'on sait, et le fait, d'autre part, qu'à la différence de la religion de la Loi que professaient les Grecs, les Juifs avaient inscrit leur Loi dans une lettre et dans une langue, laquelle était sacrée, auraient pu constituer la pierre de touche de la rencontre entre l'universalisme juif dont la religion, quoique d'un monothéisme intransigeant, souffrait bien des accommodements païens dans sa réalité vécue hors la loi, et des rrebonds conceptuels à n'en plus finir d'un côté ; et, de l'autre, la domination romaine qui, quoique s'étendant sur la moitié du monde connu, ne sentait pas avoir touché son but, comme il arrive que tout universalisme politique souffre du complexe de n'être que politique : ainsi, les Etats-Unis d'aujourd'hui veulent-ils importer leur conception de la Démocratie Universelle - la démocratie étant un régime dévolu à de petites cités par les penseurs politiques des Lumières - au monde entier, faute de pouvoir lui proposer une idéologie autre que celle de la réussite et de la gagne ! La domination politique des Etats-Unis d'amérique est sans contenu comme l'était à sa façon l'hégémonie que, progressivement, sut imposer la petite cité romaine à ses conquêtes, d'abord vicinales, puis de plus en plus lointaines. Ainsi Rome était-elle si peu sûre de ses propres coutumes qu'elle tint à respecter celles des provinces qu'elle s'adjoignit, et même elle était si peu sûre de sa langue qu'elle ne sut l'imposer aux contrées qui formaient son empire et qui commerçaient en Grec. L'une des raisons qui auraient pu augmenter la fascination des Romains pour l'Hébreu résidait encore en ceci que la langue même de la Loi avait su se rendre sacrée. Il manquait au latin d'être une langue sacrée, ce qui advint, aut terme du détournement politique qui devait dénaturer l'universalisme chrétien (et qui entretient de nos jours tant de controverses à propos de la messe en latin, langue sacrée de l'Eglise, alors que ce n'était jamais que la langue de l'occupant rendue sacrée pour le flatter, mais il faut dire que les plus grands défenseurs de la messe en latin sont souvent aussi des nostalgiques de l'occupation, ceci expliquant peut-être cela !).

Peut-être le rendez-vous fut-il manqué entre l'hellénisme et le judaïsme parce que leur culte commun de la loi était tout ce qui les rapprochait. Les concepts devaient être aussi fixes dans la pensée grecque que la loi y éprouvait à peine le besoin d'être écrite. Chez les Hébreux au contraire, les concepts étaient mouvants et la loi était fixe. d'autre part, qui n'était pas grec pour les Grecs était barbare et qui n'était pas juif pour les Juifs était grec. La pensée juive avait beau s'être infléchie au contact de la suprématie grecque au point que la traduction des Septantes était devenue le témoignage le plus assuré de l'existence de la Bible hébraïque et que, sous l'influence de l'école d'Alexandrie, une dimension sapientielle avait été introduite dans la chronique prophétique juive, Juifs et Grecs n'en cherchaient pas moins chacun à devenir le pôle d'influence dominant du monde romain, en telle panne de légitimité que la crise devait s'en résoudre dans le culte de la personnalité impériale, seule divinité finalement imposée sous peine de persécution aux nations conquises par une République en déliquescence, qui avait fait de son général en chef celui sur qui reposerait désormais la légitimité du pouvoir, et qui se voyait investi d'une onction sacrale. Ce césarisme ou déposition d'une République entre les mains du chef de son armée devint le mètre étalon de tous les bonapartismes à venir et survécut à travers les âges dans la tendance des constitutions les plus démocratiques à faire, non pas du chef de leur état-major le chef de l'Etat, mais du chef de l'Etat le chef des armées.

Les Grecs se trouvèrent-ils dépités du poids démographique qu'en vinrent à représenter les Juifs, qu'on prétend avoir formés à eux seuls 10 % de la population de l'Empire romain au début de l'ère chrétienne ? Voulurent-ils que leur influence se mît en quête d'un nouvel hameçon pour ne pas diminuer, et se firent-ils "pêcheurs de chrétiens" par calcul, ou ne purent-ils échapper à l'aimantation que ressentait le christianisme pour leur philosophie qu'il prit d'assaut ? Toujours est-il qu'alors que les Juifs et les Grecs auraient pu se rencontrer sur leur culte commun de la loi et des concepts, ce qui rapprocha le christianisme de l'helénisme, au-delà de la nécessité pour le dernier-né d'asseoir sa légitimité sur une philosophie de poids dont l'autorité était consolidée par le poids des ans, tin à leur consensus relatif au désir de fixisme jusqu'à l'éternité des concepts, et à leur commun alittéralisme d'autre part. Le christianisme avait développer une pensée de l'immortalité, d'une vie posthume rétribuant cette vie-ci et donnant de l'ascendant à la sagesse évangélique : les Grecs, qui parlaient de l'immortalité de l'âme, avaient inventé l'éternité. Car ce qui valait pour l'âme ne valait pas pour le cercle des émanations qu'était le monde à la fois pour les présocratiques et pour les néoplatoniciens, étant refermée la parenthèse aristotélicienne d'une conception presque explicitement créationniste, pour laquelle Dieu était "le premier moteur du premier mouvement". Cette dimension de l'éternité manquait-elle au judéochristianisme ? Pas vraiment, puisquune fois qu'il était admis que "Dieu avait créé les ciels et la terre", le récit de la Création ne se prononçait pas s'il se bornait à rapporter la Création de ce monde-ci où il était lu, ou si le géocentrisme, avec l'homme pour intendant, s'étendait à l'échelle de l'univers. Une même incertitude régnant, latente, quant au statut de la Création chez les chrétiens comme chez les Grecs, l'angoisse aporétique s'augmentait d'un double malaise :

- L'aspiration à l'éternité était certes contenue dans la philosophie grecque, mais la religion pleine de dieux de ce peuple bigarré avait beau raconter la naissance du temps et comment, celui-ci mangeant ses enfants, Zeus avait dû l'absorber et prendre le pas, le transformisme exacerbé des dieux grecs effaçait le sérieux requis par une religion qui se mêlait de parler d'éternité et entendait se respecter. Ainsi le jugeait au civil la philosophie, qui avait toutes les peines du monde à ne pas se fâcher de sa religion. Elle dut recourir, pour parer le polythéisme et parler de l'éternité, au concept de l'Un d'où serait émané le monde.

- Du côté chrétien, le discours sur l'immortalité préparait bien les âmes à la Transcendance d'un Dieu sans commencement, mais l'éternité était lésée bien que se trouvant attestée, assurait le kérigme, par la Résurrection du Christ, c'est-à-dire la manière qu'aurait eue le Messie de Dieu et Fils de l'Homme de transcender la mort en perpétuant le Matin qui sortait ainsi inexplicablement du temps cyclique, comme les sept jours de la Création s'ouvraient sur un huitième qui les couronnait sans qu'on sût quoi en faire d'un point de vue calendaire, sinon, sans changer la semaine, de la faire commencer par ce huitième et premier jour en substitution du sabbat par où la spiritualité juive culminait dans le Repos, et de vivre les temps qui séparaient les deux avènements du Christ, le premier où Il était venu s'incarner et le second où Il Reviendrait Juger le monde, comme le Huitième Jour de la Création et "le début des derniers temps". En passant du judaïsme au christianisme, le monothéisme avait quitté la base 10, avec les 9 dieux des Enéades plus le seul Dieu capable de Se les assimiler tous en transcendant la nature, pour la base huit, où la perfection du chiffre 7 retournait à l'unité. On n'était plus dans le :
9+1 comme dans la vision monothéiste antérieure, mais dans le :
7=1, c'est-à-dire dans la perfection revenant à l'unité, dans un parfait retour sur elle-même où 8 serait le chiffre qu'on n'atteindrait jamais, semblable au zéro des ARabes, la rétractation de la perfection culminant cependant, non dans le repos spirituel comme chez les Juifs dont le Dieu exprimait pourtant "LE DEVENIR", mais dans le mouvement perpétuel, atteint paradoxalement par tel excès de fixité que l'homme figurait dans ce système à peu près comme une appoggiature inutile. Le besoin d'éternité se trouvait contrarié, dans l'hellénisme par la préférence donnée à l'immortalité de l'âme à l'imitation de dieux qu'on ne pouvait guère prendre au sérieux, et dans le christianisme parce qu'elle surgissait de manière inopinée et posthume, après la prise de temps qu'avait été la Création, quel que fût l'universalité de son statut : découlant de la Résurrection, l'éternité ramenait à une unité qui, soit était trop factice d'apparaître surcomposée et comme en surplomb, surajoutée, soit se rétractait de telle façon que ce n'était qu'une variante du cyclisme où tout retourne au néant et, ne disons pas au point mort, mais au point Alpha d'où le monde vient sans fin, variante dans laquelle, au surplus, l'omme ne peut jouer aucun rôle réel. Toutefois le christianisme, parce qu'il était ouvertement monothéiste et l'était par hypothèse et non par construction comme la philosophie grecque, qui superposait des monisme à sa mythologie, était-il davantage en mesure de fonder sans médiation l'éternité sur la Transcendance, selon qu'il est de sa nature et même si la Résurrection ne correspondait pas tout à fait à la Vision d'un dieu sans Commencement qui eût de toute manière échappé à la vision parce que trop Eblouissant : la Résurrection y répondait tout de même comme Son Epiphanie, à défaut d'être Son Essence.

En habillant, en faisant habiter l'éternité, le christianisme avait rempli un vide dont souffrait cruellement l'immortalité de l'âme grecque, il était juste qu'à son tour, il fît un emprunt à celle-ci. L'alittéralisme grec et chrétien n'étaient pas au même degré viscéraux : LE CHRISTIANISME ETAIT UN ILLEGALISME alors que l'hellénisme était un légalisme illettré. Sans compter que, si peu lettré que fût le légalisme hellène, il n'en était pas moins imbu de sa langue, et le lettrisme grec était plus parlier, plus disert, beaucoup moins ramassé que l'illettrisme évangélique, Religion du verbe et "enseignement de rue", comme a pu l'appeler Régice Debray (in "DIEU, UN ITINERAIRE, éd. Odile Jacob, 2001). Le lettrisme grec n'explique pas son aversion pour la légalité littéraire, sinon peut-être que celle-ci est tout de même moins absolue que nous le posons là : les cités avaient eu leurs législateurs qui ont écrit ; d'autre part, il se peut que la loi grecque ait eu ce trait commun avec la Foi chrétienne que ses us et coutumes aient été si profondément ancrées dans les coeurs que point ne fût besoin de s'en livrer à de fastidieuses transcriptions, ni sur elle à de longues et pénibles exégèses casuistiques, mieux valant s'intéresser à ce qui en était à l'origine, étude qui, celle-là, à cause de la prédominance de la figure socratique, mais plus encore de la manière d'enseigner à l'académie comme au lycée, en dialoguant ou en marchant, n'avait aucune prédilection pour la chose écrite, du moins en théorie. Si Jésus n'a jamais rien écrit que sur le sable, ce qui est peut-être la plus belle manière de s'enfoncer dans l'écriture, Socrate avoue s'être essayé à quelques vers de mauvaise facture. Dans la bouche de Socrate, on met une infinité de paroles, le corpus socratique ne se déclarant pas apocryphe en principe, contrairement à la tendance chrétienne à canoniser parcimonieusement les Evangiles : le recours aux lettres n'est jamais loin pour exprimer ce qu'est le Verbe.

"Le Verbe", le Logos, voilà le terme dont le christianisme manquait pour imprimer la divinité du Christ d'une manière plus marquante que dans l'affirmation que Jésus Etait le Fils de Dieu, ce qui introduit et transfère le processus de filiation jusque dans la divinité même et va se révéler bientôt problématique, tant par l'extension du chiffre de Dieu Qui en résultera que par la procession divine : que signifie une affirmation comme celle du symbole de Nicée que "le Fils de Dieu est Engendré, non pas créé" ? Et l'Esprit-Saint, procède-t-Il du Père ou du Père et du Fils (cf la querelle du "filioque", à la base principale, avec la déposition par le pape Nicolas Ier du patriarche de Constantinople rétabli dans ses fonctions par son successeurs, du chisme entre orthodoxes et catholiques) ? Le Verbe : l'illettrisme illégaliste chrétien va se saisir de ce mot pour désigner le Christ comme le Sens et la Raison des choses. Sa Vie ne va plus être un chemin, mais le Chemin. La condition humaine ne va plus tant être résumée dans la Sagesse du Christ que s'accomplir dans Son sacrifice. Saint-Jean avait essquissé ce rapprochement, de Jésus au Verbe "Qui était auprès de Dieu" et Etait "la Vie" quand "la Vie Etait la la Lumière des hommes", Saint-Augustin va le systématiser en revenant à l'expression du monothéisme ancienne manière, par un retour au 9+1 du passage par les Eneades : sous sa plume, le Christ va devenir "le Verbe coéternel au Père", c'est-à-dire émanant directement de l'Un.

saint-Augustin va chercher un point d'appui dans le système plotinien des "ENEADES" pour soutenir que LE CHRIST EST LE Sens et le Principe de la Création, sans se douter que le point d'appui qu'il a trouvé aurait tendance à faire imploser la doctrine créationniste qu'il veut imposer, d'un Dieu Unique transférant par amour ses pouvoirs à Son verbe-fils, avec Lequel Il vit en Union Etroite et Parfaite. A la "théologie des avatars" ou "doctrine de la Création par émanation" s'atomisant et dégénérant dans la matière, Saint-Augustin pourra certes emprunter les hypostases par lesquelles Dieu pourra S'expanser comme trinité, mais la connaissance de la réalité divine et la divinisation de l'homme par l'acquisition de pouvoirs suprahumains sont les buts humains de la doctrine à laquelle Saint-Augustin, également promoteur de la notion de péché originel, fait ses emprunts. Or le péché originel serait venu, d'après le récit de la genèse, de la volonté humaine de connaître et de devenir Dieu à la dérobée. Cette dérobade originelle fait vivre désormais l'homme dans la suspicion de toute théologie ou appropriation de pouvoirs innés ou acquis, reçus par dons ou par techniques, appropriation suspecte en laquelle consiste précisément la gnose où le christianisme vient puiser sa méditation sur le verbe. Le christianisme contraignant la religion à l'exotérisme, la gnose l'accusera de vouloir mettre Dieu au secret. Chemin faisant, le christianisme hypostatique aura retrouvé les voies d'un monothéisme élargi, voire il aura dérivé vers le recouvrement réel ou supposé d'un peu de polythéisme thellurique et spirituel. Il aura baptisé les solstices. Les qualités de la nature s'immiceront dans la Grâce qui n'y sera plus superposée comme une contre-nature, comme une antimatière. Il réussira la mue du paranormal en surnaturel. Cela lui fera prêter le flan à se faire accuser d'idolâtrie par les prédécesseurs juifs ou les successeurs musulmans, et en particulier de vouloir attenter à l'Unité Divine en plaçant Dieu sous condition d'engendrement pour finir par livrer Son fils au sacrifice dont Il avait retenu le bras d'Abraham. Les autres "enfants d'abraham" ne peuvent laisser passer le Sacrifice du Christ qu'ils ressentent comme une impiété ; et, s'ils prenaient pour Parole d'Evangile ce qui se trouve écrit dans le Nouveau Testament, ils croiraient s'écrier avec les pierres en vociférant :
"Malheur à celui par qui le scandale arrive !"

L'autre source de malentendu qui sortira de ce recours à la gnose et qui ne montrera sa nocivité qu'avec Darwin comme une bombe à retardement d'hérésie, tient au fait que les Pères de l'Eglise n'aient rien trouvé de mieux, pour établir la Création du monde par le Verbe au terme d'un dessein divin transcendant qui élève l'homme, que d'emprunter à des écoles de pensée pour qui la Création est une dégénérescence qui aboutit à une perte d'énergie et d'unité ; n'est le fruit que de l'"expire divin" s'agglomérant en une matière primitivement polluée d'être pesante ; enfin ne saurait émaner d'un Projet à finalité Bienfaisante et Bienveillante quand les éléments qui forment l'atmosphère de la biosphère ne sortent manifestement pas du chaos pour être ramenés vers le haut, mais ne font qu'émaner des gradations-dégradations des divers cycles de l'Immanence. Après le contresens sur la Connaissance de Dieu par dérobade, mauvaise ou bonne selon que l'on se place du point de vue de l'école empruntée d'être emprunteuse ou de celle à qui l'on emprunte, un nouveau contresens est commis, qui porte moins à conséquence sur le moment, mais qui est en réalité beaucoup plus grave, et qui porte sur la nature et la qualification de la Création, cette fois bonne pour le christianisme emprunteur, et mauvaise pour la gnose à qui on emprunte. Le christianisme accusera le judaïsme d'être usurier, mais rejettera son frère aîné dans les "ténèbres extérieures" tout comme, pour ne pas rendre à qui il doit, il condamnera la gnose avant d'être rattrapé par elle à travers la théorie du big bong ou l'émergence du "nouvel âge" qui est une réorientation-orientalisation de sa spiritualité. Quant à la théorie du "big bong", hypothèse scientifique qui n'échappera pas à vouloir s'imposer comme vérité dans la roue de l'optimisme évolutionniste qui avait commencé par se donner pour une hypothèse, cette pensée de la croissance a elle-même oublié d'où elle vient participera par conséquent au contresens, n'ayant garde d'être créationniste à sa façon puisqu'elle n'en aura que pour l'expansion à l'infini de l'univers sans faire la part de ses "expires", et qu'elle sera omnubilée par "la génération" (sous-entendue spontanée), au mépris le plus intact de la corruption - mais qu'est-ce qui pourrait bien s'user dans le miracle permanent de la vie -. Là où la génération spontanée, s'affranchissant de tout vocable créationniste, a peut-être trouvé une expression plus adéquate de ce que veut être toute création en entrant dans la chaîne de la vie et souhaitant être déliée de ses contraintes caténaires, c'est que toute Création aspire à être libre derrière la "spontanéité" de sa "génération (qui est le contraire de la dégénérescence), libre, c'est-à-dire étymologiquement franche (LA VERITE NE VEUT PAS RENDRE LIBRE, MAIS ETRE FRANCHE) et franche de toute dette ou créance : la dette freudienne, la Schuld, celle qui nourrit "le sentiment de culpabilité", la dette qui devient synonyme de créance, l'ancien mot pour dire la croyance ou la crédulité. La Création veut être libre de toute créance ou lecture crédule imposée du monde qui lui est donné. Elle aspire à être inspirée et à devenir inspiratrice, comme cela ne peut suffire au génie d'être déterminé s'il n'est aussi déterminant. En fin de compte, ce qu'il y a de merveilleux au sens propre dans toute religion, même déguisée en science, c'est qu'elle ne peut jamais renoncer à croire au miracle. Celui-ci a beau être l'exception à la règle scientifique, l'accident du miracle n'en est pas moins le fin mot de l'histoire DE L'EVOLUTION DES ESPECES, pour ne considérer seulement que cette dernière hypothèse.

Que conclure de tant de rendez-vous manqués à travers l'histoire et d'autant d'autres, examinés à la dérive de cette note infrapaginale interminable, qui auraient mieux fait de ne pas avoir lieu, mais que la Providence a organisés ou permis, si c'est bien la Providence, Nom emphatique de Dieu à Qui la féminisation fait ici comme un vilain pied de nez, fichue tabagie ! Qui est la Maîtresse de l'histoire et des tribulations humaines dont la marée des peuples semble aller et venir comme pour empêcher l'Homme d'advenir, quelque désir d'universel qui puisse hanter l'humanité ?

Le judaïsme n'a pas réussi à universaliser l'Empire romain, il en errera. Le monde romain s'est laissé prendre empire par l'hellénochristianisme, il en mourra, non sans que le latin y trouve son rang de langue sacrée. L'hellénisme et le christianisme se seront prêtés main forte : dans le christianisme, le monde grec aura trouvé sa revanche politique. L'emprise grecque ne renaîtra jamais de ses cendres géographiques, mais l'Empire qui l'avait subjugué ne s'en remettra pas. Seulement cette revanche aura la saveur d'une vengeance trop ardente pour n'être pas perdue : la langue grecque n'y survivra pas, la philosophie conaîtra une longue éclipse avant de renaître pour ce qu'elle était au Moyen Age, mais en ayant oublié le territoire qui lui avait donné naissance. Philosophes de seconde main, notre ingratitude est de barbarie géographique à l'égard du berceau grec de nos méditations tandis que, sur ce point territorial, le peuple juif, berceau de nos croyances et prières, ne sera jamais errant de mémoire au point de ne plus savoir d'où il vient :
"Si je t'oublie, Jérusalem... !"
Il retrouvera sa terre, la Grèce achèvera de se faire manger la sienne, non par le robuste appétit du vorace Alexandre, mais par l'estomac sans vigueur d'une Europe où elle compte si peu que la Turqui peut lui chiper Chypre sans que cela en fasse un cassus beli contre l'entrée de la Turquie dans cette Europe de la paix, dont une des nations membres peut se faire grignoter par une candidate, sans que l'Union pacifique ne cesse immédiatement les négociations avec la grignoteuse.

Pour réussir son retour en politique, l'hellénisme aura dû détourner l'universalisme chrétien, son catholicisme si l'on veut (le rapprochement vaut ce qu'il vaut) pour en faire une orthodoxie gouvernable à la baguette et au sceptre royal, féodal et patriarcal : ce sera une première dénaturation de cette religion. Le christianisme se proposait comme un contre-monde indifférent au pouvoir, le voici "aux affaires de ce monde" et dans les sphères du pouvoir, il aura beaucoup de mal à s'épurer des péchés qu'on commet toujours à régner, la main trop près de la caisse. Tout compte fait, l'universalisme juif s'est révélé mieux fait pour la politique que l'a jamais été le christianisme qui, en matière politique, n'a donné naissance qu'à une civilisation, la chrétienté, circonscrite sur une ère géographique déterminée, l'Europe, puis l'Occident après la découverte et la conquête du Nouveau Monde. Le christianisme a été détourné de l'Orient d'où il venait pour être promue simple civilisation, certes parmi les plus brillantes, mais mortellement politique comme aurait dit l'autre Valéry (qui n'était pas Giscard d'Estaing), là où la vocation universelle du messianisme juif a influencé, après le pseudodéfunt marxisme dont un quart de l'humanité répandue au pays du Tao flotte encore dans une des stagnations dialectiques, tandis qu'un autre quart au moins en a embrassé la version gramcienne ; après les Tables de la Loi qui, de plus inspirée mémoire, formèrent le premier décalogue, "la déclaration universelle des droits de l'homme" qui, quoiqu'écrite de mains d'homme, constitue pour les temps modernes le deutérodécalogue ou charte du genre humain.

N'était qu'il a les promesses de la vie éternelle, on serait tenté de dire que le christianisme est en train de périr de fixisme, de celui-là même qu'il a emprunté à l'immobilité grecque et qui n'était pas fait pour Son Dieu, rendu par là Insaisissable, Lui Qui S'est approché, Ineffable, Lui Qui S'est Fait Parole, Autosuffisant, Lui Qui a eu besoin des hommes, Statique, Lui Qui a créé le mouvement, de l'aveu même des non moindres des Grecs, Immobile et comme Inanimé, Lui, l'Animateur de Son Oeuvre et le "Dynamisme créateur" du monde (pasteur Gilles Castelno). Les emprunts du christianisme au fixisme éternisant des Grecs académiques aux pensées immortels ont rendu le Dieu des chrétiens presque trop Eternel pour Lui Qui a pris temps pour autant qu'Il A jamais Commencé de créer comme le suggère, un peu métaphoriquement, le premier mot de la Bible, "bereshit". Les emprunts du christianisme à l'hellénisme l'ont peut-être ancré historiquement, mais ne lui ont pas réussi spirituellement. Il faudrait à présent qu'il se ravitaille aux sources hébraïques qui feraient sauter bien des verrous de ses conceptions manquant d'huile et demandant comme à être graissées comme les gonds d'une porte trop vieille qui grince d'étroitesse, même si "JE SUIS LA PORTE ETROITE", dit le Seigneur.

Il y en a eu, des alliances contre nature, avant qu'on puisse seulement espérer et songer par exemple que le christianisme apprenne l'exégèse auprès de son "frère aîné", à quoi il semble encore moins résolu que celui-ci ne paraît empressé de la lui enseigner. Pourquoi la Providence a-t-elle permis tant de coalitions erronnées ? en partie sans doute parce que la vie est un jeu dont il faut sans cesse mélanger, brouiller et rabattre les cartes pour qu'on ne comprenne pas la règle du Jeu et le mot de l'Enigme, ce qui est beaucoup plus indispensable à la "maia-illusion" que de séparer seulement les langues et de supposer que chaque périmètre de civilisation connaîtra son heure de gloire. Mais si la Providence a permis tous ces Babels, tous ces "brouillages (Babel voulant dire brouillage), tous ces ratés, c'est surtout, je crois, parce que la politique est un truc destiné à ne jamais marcher, une machine grippée qui doit toujours tousser, ressortissant à l'impuissance du corps à jamais satisfaire un désir qu'il ne peut que soulager :
"MON ROYAUME EST DE L'AME DE CE MONDE, MAIS IL N'EST PAS DE CE MONDE", aurait pu dire le Christ en Se parodiant pour exprimer que, parce qu'elle est le monde nu, la Création est l'accomplissement du monde. Cela n'empêche pas les utopies politiques d'avoir leurs raisons d'être en tant que tentatives raisonnées et déraillantes de dénuder l'inhumanité du pouvoir, de faire tomber le masque et la carapace des tortues aristoploutotechnocratiques et de renverser les tours d'ivoire où se bunkerisent, braqués et traqués, les potentats détraqués. On dit les utopies des fruits de l'idéologie, électrolyse de l'idée fixe en bloc agglomérée et montant tout droit vers le mythe azuré sans porosité aucune à ce qui est. Et pourtant l'eau qui coule sous les idées comparée au feu qui couve sous les idéologies et plus encore à la dureté du monde fait que les frémissantes utopies ne sont que de frêles esquisses d'espérances auprès de la réalité du coeur, de cette affectivité qui connaît la Justice et dont, aux sentiments, est communiquée la justesse, d'une manière dont le monde n'a pas idée !)

Julien Weinzaepflen

jeudi 3 mars 2011

Une inversion des flux migratoires?

(Extrait du dialogue entre le Torrentiel et un Croissant de lune, partie IV, herméneutique 16)

Envoyé par le torrentiel, le 4 mars 2011 à 8h20

Mon cher croissant de lune,

Ce que tu me décris de la situation lybienne, de cette insurrection en quête de régime sauvagement réprimée, mais dont la victoire est avancée, se reçoit comme une chronique, laquelle ne relève pas du commentaire, ne tombons pas dans cette confusion journalistique. Je m'en tiendrai donc, bien que m'essayant à voir le monde dans ta peau, à commenter la situation française, en te priant de n'y pas voir du francocentrisme, la fin de mon "article" va d'ailleurs te démontrer que je n'ai pas les yeux si peu dessillés.

Le premier remaniement sarkozien, celui de novembre, a laissé à chacun le goût amer d'un Président qui, sous prétexte de professionnaliser ses ministres, en replace certains au niveau de compétence qu'on leur avait attribué et qu'on sentait le leur à l'origine, à l'exemple de Nathalie Kosciusko-Morizet à l'écologie, qui aurait dû être ministre de plein exercice à la place de Jean-Louis Borloo qui a ridiculisé la fonction, dans laquelle, du coup, elle n'arrive plus à se couler. Quant au second objet de ce premier remaniement, il était d'introduire au sein du gouvernement, des cadors de la politique, afin de les faire jouer franc jeu en prévision de la future élection présidentielle. Cadors remis en selle, mais pas toujours à la bonne place : on voyait qu'Alain Juppé n'avait rien à faire à la défence, hormis que cela accentuait son parler militaire, si on avait voulu le rendre plus cassant, outre qu'étant ancien premier ministre, on devait lui conférer le statut de n° 2 du gouvernement (depuis la jurisprudence fabius sous Jospin), comme si la défense, toutà coup, devenait, dans un monde qui se serait fait plus menaçant, la deuxième priorité de l'Etat, pourvu qu'on transposât les jeux de chaises musicales politiques dans la vraie politique. Ce gouvernement est en partie tombé sous la pression de la goutte d'eau d'alliot-Marie qui, en pleine révolution tunisienne, propose l'aide de la police française, puis s'y envole en villégiatures et y passe un coup de fil à ben ali. Un mois plus tard, Sarkozy ne peut rien faire d'autre que rectifier le tir, replacer Alain Juppé dans l'affectation qui lui sied le mieux, quitte à faire encore d'autres accomodements, parce que le poids politique qu'a retrouvé le nouveau locataire du quai d'Orsay, oblige le Président à ne plus faire de son secrétaire général de l'Elysée, Claude guéant, son véritable plénipotentiaire aux affaires étrangères, donc il le place à l'intérieur, logique, tandis que son ami Brice Hortefeux, de mille façons devenu embarrassant, est rangé dans le placard de l'Elysée où il jouira du statut de conseiller privé ou privilégié, attention Carla, ne fais pas d'écart, ne cède pas aux irrésistibles charmes de Brice ! Tout ça n'intéresse que ceux qui aiment la pantomime et regardent la politique à travers le jeu des personnes.

Supposons que la diplomatie française soit rétablie d'écaire, ce que le temps confirmera ; Sarkozy, inoccupé, n'a qu'à revenir à ses vieux démons : quel os donnera-t-il à ronger aux Français, voire se donnera-t-il à ronger à lui-même ? Le débat sur "l'identité nationale" a lamentablement et foireusement échoué, Sarkozy l'a retiré, alors que ç'aurait pu être un débat digne de renan, s'il avait été bien mené et que le forum n'en eût pas été les préfectures. Mais les sondeurs assurent que Marine le Pen est "la petite bébête qui monte". Sarkozy imagine donc de rejouer le débat sur l'"identité nationale" en le transformant en "débat sur l'islam", au cas où l'on n'aurait pas compris que le débat précédent avait pour but de stigmatiser l'immigration à travers l'islam, synonymie dérivative qui semble mieux seyante à je ne sais quel communiquant imbu de villiérisme et qui n'a pas vu l'échec de villiers, puisque le conseil de procéder à cette dérivation a été dispensé simultanément dans la "maison le Pen" et dans la "maison Sarkozy", de quoi te donner raison sur un plan métapolitique, quand tu craignais une alliance entre Nicolas Sarkozy et Marine le Pen, alliance dont je te disais qu'elle ne saurait être envisagée, en quoi le CRIF m'a confirmé, qui se moque que Marine ait remplacé Jean-Marie : c'est la même maison, ce sont les mêmes idées, Marine est mal payée d'avoir adhéré à l'association "France-Israël" présidée par l'avocat Gilles-William Goldnadel, qui n'a jamais caché ses sympathies personnelles pour le Front, bien qu'il ne le juge pas assez libéral à son goût.

Bon. Nous écopons d'un débat sur l'Islam. Au plus mauvais moment ? Métapolitiquement toujours, on pourrait dire que le moment pourrait n'être jamais meilleur, si l'on s'avisait de faire de l'Islam, non pas un objet d'injonctions, non pas un repoussoir servi au "racisme ordinaire" du Français qui ne réfléchit guère, mais de sujet de connaissance. Car enfin, quel est le Français qui connaît vraiment l'Islam. Quel est celui qui a lu le coran ? Moi qui te parle, je ne l'ai pas fait, ce que je me reproche, mais je n'ai pas non plus lu intégralement la bible, et je suis tellement plongé dans l'actualité que je n'ai le temps, pour ainsi dire, que de lire le Coran de l'intérieur, comme mon théologisme mystique me fait lire la Bible de l'intérieur, quand je n'ai pas le temps de me plonger plus avant dans les textes. Or il n'est pas avancé, par les organisateurs du débat sur l'Islam, qu'on fera aucunement ce travail didactique. Au contraire, dans le cadre de la distinction oiseuse incessamment servie par la classe politique entre "l'Islam de France" (accepté) et "l'Islam en france" (boycotté), Jean-françois Copé avertit que l'UMP préconisera (ah bon ? Un débat, ce n'est pas une connaissance ou une réflexion, ce sont des opinions et des préconisations ?) que les prêches dans les mosquées ne seront plus autorisés à être prononcés en Arabe. Sans blague ! Ils ne seront plus prononcés dans la langue du coran qui leur donne une saveur pour ceux qui la parlent. Ils seront parlés en français, sans doute parce que le BSRI (qui a remplacé les Renseignements Généraux, si je n'ai pas écorné le cigle, manque d'interprètes et qu'on ne va tout de même pas former des gens à parler l'Arabe, leur payer des études aux "langues O", vous vous rendez compte de ce que cela coûterait au contribuable ? Les prêches dans les mosquées ne seront plus parlés en arabe, histoire, colatéralement, allez savoir, Monsieur Copé, que les Français, à qui ils deviendraient accessibles, ces Français dont vous avez désagrégé l'identité, se convertissent un peu plus vite, non pas que l'Islam s'associe à la recollecte du sens, mais en l'absence de sens, pourquoi pas la conversion à l'Islam pour ceux que vous avez déracinés de l'intérieur, vous faisant les auxiliaires de l'accélération de l'histoire et du consumérisme économique ?

Un débat sur l'Islam posé dans ces termes sarkoziens, "abuseurs" de peuple, qui aurait pu être le bienvenu, posé dans les termes métapolitiques que j'annonçais, va ici révéler ses effets calamiteux. Car on a changé le chef de la diplomatie, on dit avoir pris la mesure de la libération en marche du monde arabe qui épouse nos valeurs. Or on commence par vexer le même monde arabe en annonçant qu'on va surveiller ses flux migratoires, qu'il ne va pas s'agir qu'il afflue massivement dans la "vieille Europe". Mais, en plus de le vexer, de redouter son affluence, on en remet une couche contre sa religion, cette religion qui est d'une influence, d'un poids non négligeable dans son soulèvement actuel.

Quant aux flux migratoires considérés en eux-mêmes, tu dis la France à l'heure des choix. Tu entrevois les effets court-termistes d'une fuite des arabes loin de violences qu'ils redoutent, comme a été, ni plus, ni moins, l'exode français, à mesure que les Allemands gagnaient du terrain et que les Français cherchaient à se réfugier. Où je ne peux pas complètement donner tort à nos politiques, c'est de redouter que ce court-termisme de l'immigration qui est sans exemple, ne fasse pas davantage un précédent présentement, où il faudra un certain temps pour que les régimes nouveaux révèlent leur vraie nature. Si celle-ci se montre bonne à leurs peuples, certains immigrés reviendront, mais beaucoup se seront installés, or on n'arrive déjà pas à accueillir ceux qui sont là, qui ne font que participer à la crise à l'oeuvre dans nos "sociétés". Pierre Morville, dont j'ai lu un article ce matin, expliquait que l'un des facteurs qui a pu précipiter le soulèvement partout en même temps dans le monde arabe, pouvait tenir à ce que la redistribution de certains avoirs financiers par les immigrés au bas de l'échelle sociale arabe autochtone, s'était atténuée, du fait que les immigrés ont été parmi les victimes les plus exposées du chômage consécutif à la crise financière. D'autre part, on ne peut pas dire que les flux migratoires, s'ils arrivent à destination dans le faux Eldorado européen, ne soient une chance pour le relèvement de vos pays, pour lequel il faudra l'effort de tous. On ne peut jamais encourager une population à fuir à long terme. Si l'on reprend l'analogie avec l'exode en France, une fois que le sort en fut malheureusement jeté, les Français, malgré l'occupation, regagnèrent leurs foyers. Mais si les ressortissants de ta nation se précipitent chez ceux que tu ne serais pas loin d'appeler les anciens occupants des pays qui la composent, je ne gage pas qu'ils en reviennent de si tôt, non pas que ces nations vers lesquelles ils émigrent les retiennent prisonniers, mais que ce n'est pas la pente naturelle des phénomènes migratoires, dont les migrants n'ont pas fait un si long voyage pour en revenir, sitôt qu'ils auront senti la probabilité que le vent du boulet ait retombé, ce qui, si ce n'est que de l'ordre du simple probable, or il faudra longtemps à ces révolutions pour indiquer leur sens, ne les encouragera pas à revenir construire leur pays, qu'ils ne soient d'abord assurés d'y retrouver un niveau de vie minimum et décent, et que leur vie ne soit pas menacée par le fait de pouvoir être assimilés à des déserteurs par tels de leurs compatriotes. La durée est d'ailleurs l'alliée du sens. Inévitablement, pour l'instant, succède à la destitution des anciens tyrans une période d'instabilité. Cette période d'instabilité est celle dont les aspirants à l'immigration actuels se font les observateurs. Et, quand ils aspireraient à revenir, souhaiteras-tu toi-même leur retour ? N'auras-tu pas tendance à dire qu'ils se seront comportés comme des rats qui auront quitté le navire au moment où il remontait des flots ?

J'ai bien aimé que tu m'écrives, à l'occasion d'une brève réponse que je n'ai pas mise en ligne, que ce que tu souhaitais à la limite, c'était l'inversion des flux migratoires ; c'était, non seulement que les arabes, une fois confirmée leur libération, ne voyagent dans le monde que pour y prendre du plaisir, mais que ce à quoi aspirait ta nation, c'était que s'y trouvent attirés les talents, dans ce qui pourrait passer pour une "inversion des flux migratoires", qui aurait l'avantage de rendre le phénomène plus homogène, plus équilibré, moins unilatéral. Mais, dans un monde où les peuples sont bien gouvernés, les citoyens se trouvent attirés moins à partir qu'à rester, et à ne voyager que pour, par leurs voyages, former leur jeunesse, se constituer une expérience de la réalité cosmopolite du monde multiethnique. Souhaitons toi et moi que l'un des effets du "printemps arabes" soit de permettre à tous nos pays d'arriver à cet état d'équilibre. Mais chaque chose en son temps. Nous n'en sommes pas là. Nous en sommes encore à supposer que les phénomènes migratoires sont le résultat inévitable de la révolution des transports. Nous en sommes encore à attribuer un caractère matériel et correctif de la précarité, aux déplacements de population, qui parfois peuvent provoquer d'un pays à l'autre, de véritables transferts de population, capables de les dénaturer comme ils ont dénaturé ta Palestine.

Dieu nous fasse revenir à l'harmonie des peuples

Ton Torrentiel en quête du sens des révolutions arabes, moyennant une connaissance minimum de l'Islam, au lieu des faux débats stigmatisants, à l'heure où, s'il faut se repentir de quelque chose, c'est de la xénophobie, de la peur de l'étranger du fait de sa méconnaissance

Insurrection en quête de régime

(suite du Dialogue entre le torrentiel et un croissant de lune, partie Iv, chronique 18)

Envoyé par le Croissant de lune, le 4 mars à 0h12

Bonsoir Torrentiel.


Ce jour, le tyran de la vaste Lybie, a tenté d'en imposer, sans succès notable, de faire accroire au monde qu'il émerge de sa léthargie militaire. Il a en vain tenté de reprendre des terminaux pétroliers, des villes portuaires, comme Bréga, mais ce fut sans succès. Il a tenté de réinvestir une localité qui lui fut reprise au bout de moins d'une heure. Il se dit que ce qui lui reste d'officiers fidèles, il les tient par contrainte, gardant leurs familles ottages. En fait, on aurait pu croire à la supériorité militaire du gouvernement, qui se voit opposé un peuple en arme peu organisé. C'est qu'en fait, en Lybie, il n'y eut jamais d'organisation ni d'ordre. L'homme est paradoxalement, un tyran plus ou moins anarchiste, brouillon dans toutes ses affaires. Pour qualifier la situation Lybienne, Hazmi Bchara emploi le terme de "non-régime". Au lieu que dans d'autres capitales, on entendait le slogan: "Le peuple veut la chute du régime", certaines fois, les Lybiens ont au contraire scandé: "Le peuple veut créer un régime." Très étrange cette non-gestion Lybienne, situation dont on dit qu'elle s'apparente davantage aux expériences Africaines qu'aux expériences Arabes proprementdites. Tout est à l'avenant de cette autocratie anarchique, ses effets s'étendent jusque dans les forces armées. Ce modèle aura malheureusement conforté et servi d'exemple aux Africains, qui ne crurent pas devoir créer plus d'ordre que le colonel. Dictature idéologique, des slogans, des symposiums et du vide. Le discours à l'extérieur, ce fut le panarabisme, ou le panislamisme, le parti-pris pour la révolution mondiale. A l'intérieur, ce fut un maintien, voire une agravation du tribalisme, alors même que le phénomène tendait naturellement à s'atténuer, n'étant plus, politiquement du moins, aproprié au temps présent. Tandis que des dictateurs constructeurs ont lutté contre le phénomène tribal, il lutta, lui, pour le maintien de cet ordre basique du tribalisme, contre l'évolution naturelle vers la situation de société civile citoyenne et nationale. Voilà que d'eux-mêmes, les Lybiens veulent avoir un état comme tout le monde, se sentir égaux et libres, citoyen d'une entité cohérente, dont le fonctionnement soit réglé par la loi. Voilà ce que veulent nos peuples. Certains sont brimés par des états trop forts, ou des états privatisés et pillards, où le droit est lettre morte, d'autres sont dépossédés par une situation dans laquelle les tribus sont inégales, et inégal le partages des investissements et des biens du pays. Les Lybiens insurgés, créent, malgré leur peu de connaissance, l'embryon d'un état, où le dernier mot revienne au droit.


C'est un régime d'impuissance. Les échecs d'aujourd'hui, le sabre de l'Islam, a cru pouvoir les commenter, comme de simples tentatives pour effrayer les insurgés et non pas comme des combats sérieux. Autrement dit, on a voulu simplement vous faire peur. Que de niaiseries! En revanche, les insurgés, s'expriment comme l'autorité de référence. Ils ont ce jour adressé des ultimatums aux deux localités pétrolières portuaires, encore tenues par cette bande. Ils les ont sommé de se rendre sans combat, sous peine de traduire en justice quiconque sera trouvé les armes à la main! D'ici peu de temps, on s'accorde à dire que la capitale seule, sera encore captive. Le drame est que la bande du tyran, y dispose de tout, y compris des vivres. On espère que les échecs de ce jour, et d'autres, porteront les forces contraintes de rester fidèles, de tenter quelque-chose pour mettre fin au cauchemar! Si Dieu veut, une issue se présentera, qui mettra fin à tous ces doutes et périls. Le Vénuswélien Chavez, a proposé son entremise, il se dit aussi qu'un asile serait proposé par Abou-Dabi, ou encore en Serbie. Byzare, ces amitiés Serbes, il a tâté de tout.


Saches que l'un des fils d'El-Kaddafi, footballeur professionel, a joué au club de la Juventuze, où son père a déversé, très libéralement, une participation notable au capital du club! Voilà où vont les trésors de la Nation! Le fils du panarabiste joue en Italie, son père y met notre argent, et il n'est pas le seul à faire ainsi, tandisque pas un club, pas une sélection nationale de nos pays n'est jamais bien allé au-delà de la troisième place en coupe du monde. Or, l'argent existe, les talents aussi! Comme on doit se moquer de nous, et en faire des gorges chaudes! Tels financent des clubs étrangers, d'autres achètent des haras où le pursang Arabe, cheval de prix, est entraîné en pays froid, d'autres hantent les casinos, s'ofrent des courtisanes, subventionnent des artistes étrangers, alors que nos jeunes sans espoir, s'ils ne franchissent les frontières, se donnent et se livrent à des femmes d'âge, se prostituent par nécessité! Paraît qu'en Tunisie, ces dames seraient sifflées dans les rues; à présent, ces cougueurs, on en verra bientôt revenir avec des plaintes et calomnies. Voilà bien de quoi serrer le coeur, tandis qu'on voit, que le seul fait d'exprimer sa volonté, permet au peuple Turc, d'attirer à lui, les investissements, les techniques, de cultiver sa terre avec profit, de faire fumer les usines, de cuire et manger son pain en repos. Il a suffi pour cela, qu'il fît bonne chasse à la corruption et aux incuries, pour que la Turquie passe de l'état de quasi banqueroute, vers une prospérité très enviable, en 10 ans seulement! Il fallut que ce soit toi, Torrentiel, qui m'aprenne qu'une partie notable de la production Française de cinéma, est propriété d'un Tunisien (Tarek Ben Amar), je ne l'imaginais pas!


Tes Français qui craignent nos révolutions, apréhendent sans doute les vagues de migration, c'est sûrement vrai, à court terme. Pourtant, si les changements sont crédibles, s'il y a retour à la paix publique, qui peut nier que nos pays sont des gisements de croissance? Débarassés des pillages et corruptions, mais plus encore, des incuries de gestion, nos pays sont éligibles à une saine prospérité. Pourquoi l'homme Arabe serait-il pauvre pour toujours? Le Turc fut plus pauvre encore, le voilà prospère, qui parcourt le monde, diversifie ses placements et créations, capte les marchés, les ressources financières ou premières. L'Arabe afranchi de la peur, et bientôt si Dieu veut, de cette vile oisiveté, ne voyagera plus que pour son bon plaisir et on fera de lui mille et un comptes. Le Français craint toujours quelque chose. On lui sert des débats, sur lesquels pour l'instant, personne n'a rien saisi de substantiel, on l'amuse et on l'abuse, c'est pour lui aussi que sonne l'heure des choix!


Croissant de lune.

Des vieux malentendus de l'ingérance

(suite du dialogue entre le torrentiel et un croissant de lune, partie IV, herméneutique 15)

Envoyé par le torrentiel, le 3 mars 2011 à 7h49

Bonjour, mon croissant de lune,

"Insondable complexité des relations humaines"...

En effet...

Est-il nécessaire de revenir, en guise d'introduction, à l'amour que peut ou non éprouver un arabe envers une américaine, en dehors de visées qui lui permettraient d'obtenir un visa ou une "green card" ? Oui quand même. Car, si tu fais revêtir à tout amour une dimension politique, tu condamnes l'histoire des capulet et des Montaigu, de roméo et Juliette, à se reproduire indéfiniment. Tu trouveras qu'en ce cas, comme il s'agit d'un drame shakespearien, cela ne fera jamais qu'apporter la preuve que shakespeare a su mettre en scène les archétypes immémoriaux de l'humanité. Mais j'oubliais : tu convaincras Shakespeare de l'irrémiscible péché d'être le plus anglais des anglais. Ta condamnation ira-t-elle jusqu'à ne pas reconnaître la puissance archétypale de ses tragédies ? Je n'ose penser que tu en sois là, quel que soit ta rancoeur à l'endroit des anglosaxons. Mais redevisons sérieusement, la situation ne se prête pas au lancer de pierres à la légère. A la fin de la seconde guerre mondiale, te souvient-il, dans ce terrible mouvement d'épuration qui a suivi la libération, de ces femmes tondues pour avoir accordé, quelquefois pour des raisons d'amour, d'autres fois pour des motifs véniellement plus vénaux, quelques privautés du sexe et du coeur à des soldats allemands ? Rétrospectivement, je ne sache pas un honnête homme que ces faits n'aient indigné, comme un acte de vengeance relevant du plus pur sadisme, si l'on peut comprendre, a contrario, que l'on juge un collaborateur coupable de trafics, rompu au marché noir, et a fortiori un écrivain, coupable d'avoir galvanisé ces mouvements collaborateurs. Mais sans doute es-tu à présent agacé que ma grille de lecture, pour juger de ces faits d'amour d'une "érotique du métissage" araboaméricaine, revienne au critère d'appréciation qui se déduisent sans cesse de la remanducation continuelle de la shoah, comme nous nous repaissons avec morbidité, de méditations sur la Passion du Christ, où nous nous faisons fort de faire comme si nous avions été forcément à la place des bourreaux, sans imaginer un seul instant que nous aurions pu porter une main secourable au christ, en Sa Passion. Que n'avons-nous un regard moins sélectif et ne savons-nous nous émouvoir de la nakbah autant que de la shoah et de la Passion du christ, qui sont dans une continuité, comme toutes les catastrophes historiques, qui ont abouti à des pertes humaines suppliciées, comme est celle que traverse la Lybie à ce jour. Que j'aie des oeillaires, bien sûr ; et pourtant, l'amour n'est pas d'abord un fait patriotique. Je sais qu'il t'est difficile d'être d'accord avec moi, toi à qui il arrive d'appeler ton épouse "france". Je ne dis pas que la dimension patriotique ne joue pas dans l'amour ; si elle y joue un rôle, c'est pour le compliquer. La politique complique l'amour ; mais, ne t'en déplaise, il n'est pas certain que l'"érotique du métissage" soit à même de dissiper le mystère de l'amour, par exemple ce "mystère arabe" dont je t'ai parlé pour l'occidental moyen que tu croyais sans peur et acquis à ta cause, ce "mystère arabe" qui s'épaissit, à la lumière de ce récent sondage où, quand on demande l'opinion des Français sur les révolutions arabes, 69 % d'entre eux avouent qu'elles leur font peur. Ils n'auraient pas dit ça à propos des révolutions de l'Europe de l'Est, au sujet desquelles j'ai déjà établi un parallèle avec les révolutions arabes lors d'une de mes contributions récentes. Cette peur tient bien entendu pour une part à l'abâtardissement d'un individu qui ne sait plus savourer la liberté, quand elle est recouvrée par un de ses frères humains. Mais elle tient aussi au fait que nos relations n'ont jamais trouvé l'équilibre. Elles sont sans doute déséquilibrées par tout ce que tu incrimines l'occidental d'avoir fait contre toi ; elles le sont aussi par ce que les jeunes déracinés de ta nation font contre l'autochtone en le traitant plus bas qu'un chien, par exemple en le traitant de "souchien" ou d'"enculé de sa race", cet autochtone qui ne se rebiffe pas, qui se contente de baisser les yeux et d'avoir peur. Elle tient à ce que, pour que nous accédions à l'Union euroarabe que tua ppelles de tes voeux, il faudrait remettre les compteurs à zéro, solder le passé, "laisser ouverte la porte du pardon", selon le mot de qui tu sais, en gardant simplement l'esprit vigilant de part et d'autre, pour que le passé ne se reproduise pas.

Restons encore un peu dans nos perceptions différentielles de l'histoire. Qu'as-tu contre l'américain au point que ta république islamique héritée de l'iman Kohmeini n'a cessée d'appeler les Etats-Unis "le grand Satan" ? Ou, pour décliner ma question en deux autres qui te la rendront plus acceptable et moins choquante, qu'as-tu contre l'amérique, que je ne puisse avoir moi-même ? Ou bien encore, qu'as-tu contre l'américain moyen ? L'Américain moyen est un brave type ou une brave fille, qui sont très peu au fait de ce que trame l'administration de leur etat, parce que celui-ci les entretient dans un climat de "confort inculturel" qui leur tient lieu de confort intellectuel. C'est ce sourire du yankee qui n'est plus un cowboy qui fait que, moi qu'il a également bombardé peut-être plus que ne l'ont fait les Allemands à l'occasion du débarquement de Normandiie, moi qu'il a, non seulement bombardé, mais qu'il a voulu rayer de la carte en tant que france, je n'arrive pas à lui en vouloir, parce qu'il le faisait pour mon bien, en m'apportant des cigarettes et du chocolat, en me libérant pour la seconde fois, tu vois le truc ? Tu me diras peut-être que, si je ne lui en veux pas, jusqu'à ce qu'il m'arrive d'oublier qu'il a détruit dresde, Hiroshima et Nagazaki, c'est aussi parce qu'il a gagné la guerre, lui et son matérialisme désinvolte, lui et son plan Marshall qui m'a reconstruit, lui et sa "soft ideology" qui fait semblant de ne pas en avoir, lui et son cinéma dont je me gave tous les jours quand je vais dans les salles obscures, parce que mes gouvernants n'ont pas su négocier en mon nom, même pas la préférence cinématographique européenne ou la sauvegarde de "l'exception culturelle française", "mais le fait que, par des accords garantis au plus haut niveau, l'invasion du cinéma américain est gravée dans le marbre et n'est pas le fait du hasard. Le cinéma est l'un des plus vastes lieux de propagande. Serais-je la proie d'une propagande par l'hypnose ? C'est possible. Mais quand même : bourrage pour bourrage de crâne, dans quel état serait ma conscience si ce n'étaient pas les alliés, mais l'autre fou qui avait gagné la guerre ? J'en mènerais encore moins large moralement, conviens-en. Et toi de même ; car, contrairement à ce que l'opinion européenne a comme définitivement intériorisé, Hitler ne désirait pas outre mesure liquider les Juifs en les tuant. Il n'a imaginé la "solution finale", pour autant qu'il ait employé l'expression, ce sur quoi l'historien Edouard Husson émet des doutes, que parce qu'il a été acculé par l'avancée des alliés. A l'origine, Hitler n'aurait pas été défavorable au sionisme : "Chacun chez soi". J'ai l'insigne déshonneur (mais en amitié non plus qu'en amour, il n'y a véritablement de déshonneur) d'avoir eu un véritable ami, l'un de ceux qui vous donnent à manger quand vous n'avez plus rien, qui était des idées d'Hitler. Sur les juifs, il me disait que ce que pensait le parti nazi du début des années 1990, c'était que ce problème était du ressort d'arafat. Mais à l'origine, Hitler n'était nullement contre le sionisme, si ça pouvait débarrasser l'Europe des Juifs, c'est ainsi qu'il pensait. Toi dont le sionisme est devenu le principal ennemi, mystère sur lequel il faudra là encore que je te dise ce que j'en comprends, si c'était l'autre qui avait gagné la guerre, soit il aurait favorisé le sionisme, soit il aurait laissé régler le problème aux Palestiniens, mais, dans tous les cas, ç'aurait été une hécatombe pire que celle qui a surgi de la victoire de la guerre par les Alliés. Soutiendrais-tu que l'on pourrait comparer cette fiction d'hécatombe à celle que nous vivons ? Je ne saurais te suivre sur ce point, mais la question vaut d'être posée.

"Insondable complexité des relations humaines", il en va de même de l'identité des nations ! J'ai dit que les etats-Unis nous avaient libéré deux fois. En fait, au Traité de Versailles, ils n'ont fait que nous démanteler toi et moi, l'Autriche-Hongrie et l'Empire ottoman, tout cela au nom du droit donné à de petites nations, ferments de divisions, d'exister en tant qu'entités politiques, non pas en fonction d'une volonté désagrégative, mais parce que le Président wilson, sur lequel Freud n'avai pas tari de colère, avait des idées généreuses, dont il ne voyait pas qu'elles pourraient subir le même genre de retournement historique que tu accuses mon injonction d'amour d'avoir connu. Les 14 propositions du Président Wilson n'allaient pas sans qu'à la fois, il fût permis à l'allemagne de renaître de sa défaite, et qu'il fût commandé par le traité de Versailles que l'allemagne serait surveillée et démilitarisée. Lorsqu'Hitler a remilitarisé la Rhénanie, violant le traité de versailles, l'europe et le monde ont laissé faire, dans un esprit prémünichois. La surveillance des nouvelles entités que wilson, inspirateur du traité de Versailles, instaurait dans la région du monde où bat le coeur de ce que tuappelles le précarré de ta nation, s'est traduite, come les frontières qu'il traçait étaient fort indécises, par la mise en place du mandat britannique, dont on sait aujourd'hui l'empire calamiteux de sa gestion racketteuse de la région, qui commençait à se révéler un puits d'"or noir", que l'Occident estimait avoir grand besoin de se faire acheminer, car il était plus équipé en supports techniques dont cet "or noir" était le carburant, que les pays possesseur des gisements d'"or noir", qui en discernaient davantage l'intérêt que pourrait leur procurer ce qu'on appelle aujourd'hui la "rente pétrolière", rente que le mandat britannique leur a en majeure partie pillé, sans les acclimater eux-mêmes à une utilisation massive du pétrole, en quoi le mandataire britannique se serait sans doute montré bon prince, mais bon prince qui aurait joué contre ses intérêts.

Les Etats-Unis de wilson, voyant s'enfoncer leurs alliés naturels, la Grande bretagne et la france, dans la nasse d'une "guerre de tranchée" qui n'en finissait pas de secouer le monde entier, furent appelés ou intervinrent en arbitres, contrairement à la vocation que s'était fixée le "may flower", qui tenait pour l'isolationnisme de ces terres du "nouveau monde", qui ne voulaient pas s'immicer dans les affaires des autres Etats. Comme cette immiction n'était pas naturelle, mais qu'à chaque fois, les etats-Unis se retrouvèrent en position de force pour imposer leur règlement du conflit parce que leur intervention y avait été décisive, il en résulta que le règlement que les Etats-Unis proposèrent, entre bonnes intentions et volonté de profiter de l'aubaine, fut constamment déséquilibré. Les Etats-Unis ont assujetti l'Europe par le "plan Marshal" sans lequel elle n'aurait jamais pu se reconstruire. Ils ne vous ont fait bénéficier d'aucun "plan Marshal", mais se seraient volontiers accommodés d'un règlement pacifique avec vous des conditions de vente à leur avantage, de la manne pétrolière, si ce que tu appelles "l'élément sioniste" n'était entre temps venu jouer les trouble-fêtes, rencontrant progressivement un soutien des Américains, qui n'était nullement acquis dans ce qui a précédé la naissance d'Israël et qui, n'étant pas acquis à ce moment-là, pourrait très bien se retourner si les circonstances devenaient moins favorables à Israël, mon espoir personnel n'étant pas que ce soutien se retourne jusqu'à vouloir "rayer Israël de la carte", comme Israël se plaint d'être le seul Etat au monde à connaître l'évocation de ce sort, mais à rééquilibrer les relations entre Israël et ses partenaires. Comment ? C'est une vaste question, pour laquelle, si je voulais émettre un avis décisif et de quelqu'intérêt, il me faudrait avoir toutes les cartes en mains, et je ne suis pas le seul à devoir avouer mon impuissance, mais cette impuissance n'est pas une fatalité, il faudrait travailler à ce rééquilibrage et pouvoir l'imposer, en changeant suffisamment les rapports de force pour que celui-ci devienne de lui-même nécessaire, car un des traits de la puissance américaine ou de ce qu'il en reste, me diras-tu sans doute avec emmanuel todd, est de mener une politique pragmatique, pragmatisme qui participe peut-être à ta désaffection de cette puissance, car une politique sans dessein est assurément une politique du non sens.

L'Amérique t'a infiltré de ses mercenaires, elle t'a bombardé plus récemment que moi, tu n'y as rien gagné, je comprends que tu sois moins enclin à lui pardonner que, me sentant dans ses petits papiers, je ne sens porté à le faire. Elle t'a bombardé et envoyé ses missionnaires et ses mercenaires, les premiers moins intelligents, me dis-tu, que les missionnaires des religions bien établies par l'ancienneté, qui avaient collecté la culture des peuples qu'ils évangélisaient, et n'achetaient pas des conversions à prix d'argent, ce dont je voudrais être sûr, pisque c'est l'accusation que tu profères souvent à 'lencontre des évangélistes, pour lesquels tu me dis manifester d'autant moins de respect que c'est un prosélytisme nouveau et qui ne parie pas sur l'intelligence, qui profite de sa puissance financière et qui donne dans la surrenchère spectaculaire. Je te ferai observer que tu n'es pas toujours beaucoup plus indulgent pour les religions d'ancienne extraction, ainsi ne fais-tu pas beaucoup de cadeaux aux coptes, dont le patriarcat s'est à tes yeux mal comporté, je n'en disconviens pas a priori, je ne dispose pas des éléments susceptibles d'infirmer ou de confirmer tes informations.

Toutefois, pour fréquenter quelques évangélistes, il est vrai, enracinés, non dans le pentecôtisme qu'ils abominent, mais dans l'ancienne religion luthérienne qu'ils veulent garder dans la fidélité de son premier suc, courant auquel appartient entre autres le poète dont je t'ai envoyé la plaquette que j'ai réalisée pour lui, je tiens de celui-ci, homme extrêmement fouineur et cultivé, et qui a eu la chance de fréquenter en sa vie quelques esprits lumineux de ce temps, qu'il s'est trouvé parmi les évangélistes quelques ethnologues de premier plan, qui n'ont jamais pensé que la solution de l'évangélisation pût passer par des solutions brutales, d'autant moins que l'un de ces ethnologues, dont ce poète était l'ami, affirmait qu'il avait retrouvé maintes traces de ce qu'il appelait le "Logos Spermaticon", c'est-à-dire d'une révélation concordante avec celle de la Bible quoique ne s'y insérant pas, n'y appartenant pas et en divergeant sur des points non capitaux, comme s'il y avait la bible, arbre central de la Révélation générale, et les révélations privées ou particulières, par lesquelles Dieu continue à parler merveilleusement en tous les temps de l'histoire humaine.

Deuxième fait que je voudrais porter à ta connaissance en espérant par là t'apporter un peu de baume au coeur : j'ai eu il y a deux jours une conversation avec le pasteur de ce tout petit temple de luthériens évangélistes, où il m'arrive, à sa demande, d'accompagner le culte. Je lui demandai, mi par curiosité et mi parce que j'avais besoin de l'éclairage d'un de mes correligionnaires, fût-il d'une confession différente de la mienne, ce qu'il pensait des événements actuels, dont je lui disais que j'y étais immergé jusqu'au cou, en n'étant pas sûr de bien les comprendre, ce qui me posait des problèmes de conscience, et en n'étant pas sûr, par-dessus le marché, que l'intérêt que je témoignais pour eux ne me détournait pas de celui que je devais accorder à ma Révélation-Source. Il me répondit qu'en l'état actuel, il était incapable de prévoir l'issue de ces révolutions, qui ne sauraient s'enraciner que moyennant un travail historique à long terme ; que la tolérance mettrait du temps à s'instaurer dans des sociétés dont on ne pouvait que se réjouir qu'elles fussent en train de recouvrer leur dignité ; qu'il lui paraissait impossible, à ce moment de l'histoire, d'espérer convertir un musulman, qui ne pouvait être, à cette heure, accessible qu'à une rancoeur compréhensible. Difficile travail de la mission et quasi inconvertibilité de la majorité des musulmans, constituant, pour ce pasteur, un aveu méritoire et déchirant, parce que la Mission est la raison d'être de l'évangéliste, qui ne transige pas avec le fait que l'on ne puisse se sauver que par le Nom du christ, comme nous, catholiques, qui sommes devenus plus libéraux et qui pensons qu'on peut également se sauver à travers les lumières qui émanent des vérités qui, dans les autres religions, sont le reflet de la Lumière divine. Le catholicisme a abdiqué son adage anathématisateur : "Hors de l'eglise, point de salut" ! L'évangéliste, non, mais il remet l'impossibilité où il se trouve historiquement de porter son message entre les Mains de la Providence, tout en confessant que, s'il en est ainsi, les arguments que vous émettez valent, à savoir que le croisérisme, sous sa forme historique, a été cause d'une rancoeur qui peut avoir la vie dure. Sur ce que je lui faisais valoir que l'intention initiale des Croisades n'était pas illégitime, que le chrétien voulût, non seulement venir se recueillir sur le Tombeau du christ, mais que celui-ci ne soit pas aux mains des infidèles, selon la manière dont le christianisme ne pouvait que s'exprimer dans un contexte de chrétienté, il me dit qu'il ne partageait pas mon avis. Je lui répliquai que les pillages et les massacres dont s'étaient rendus coupables les croisés, relevaient du détournement de l'intention en des actes licencieux et transgressifs, comme il n'arrive que trop que l'homme se révèle incapable de faire coÏncider ses intentions avec leurs résultats, il me répartit que le Christ avait énoncé un excellent critère de jugement des actions humaines, opposable dans toutes les situations, lequel était qu'il fallait juger un arbre à ses fruits, ce qui l'amenait à conclure rétrospectivement et en bon Réformé que les Croisades n'avaient pas été bénies de dieu, puisque le fruit des Croisades était manifestement pourri, devvenues un obstacle à l'évangélisation, et ayant durablement infesté d'une haine inexpugnable les relations christianomusulmanes (ou islamicochrrétiennes). Je lui demandais enfin quel rôle il lui semblait que l'eglise pouvait jouer en pareil temps : faire en sorte que le conflit ne sembrase pas, être une force d'interposition qui, au risque de prendre des coups, essaie de retenir le bras, tant des juifs que des musulmans, pour ne faire renaître les fléaux, ni de l'antisémitisme, ni de l'oppression subie par les musulmans. Ce pasteur, d'obédience luthérienne, donc allemande, de préciser qu'il ne se sentait nullement sioniste. Nous ne pouvons qu^être le bras désarmé entre ces deux communautés, montrant par l'exemple de notre "amour du prochain" qu'il était plus que temps de faire un pont. Nous n'avions en cela que des coups à prendre, c'était un travail de longue, de très longue haleine, comme de purification de notre "amour du prochain" que nous devions enfin exercer gratuitement. Il nous faudrait le faire sans édulcorer notre foi et en étant en mesure d'en rendre compte à qui nous en demanderait. Voilà, j'espère, un évangéliste selon ton coeur. En tout cas, son discours m'a profondément revigoré et réconforté.

"Insondable complexité des relations humaines", avoue que nous avons bien erré tous les deux ! Toi et moi sommes tombés d'accord, dois-je te le rappeler ? Sur le fait que la menace d'une ingérance étrangère s'éloignait, si ce n'est sous la forme d'une protection aérienne : "gel des vols en Lybie" comme "gel des avoirs", détention des ressources pétrolières par les insurgés, donc signe décisif que le colonel Kadhafi serait obligé de capituler, que c'était une question de jours, il fallait espérer pas de mois, car alors, ce serait un bain de sang. Notre ami algérien qui m'envoie bon nombre d'articles, fut le premier à s'étonner dans un courriel privé qu'il m'adressa, de l'absence d'évocation obamienne de la situation lybienne. De fait, la voix de celui qui se croit encore le grand manie-tout du "bureau oval", ne mit pas moins de huit jours à se faire attendre et entendre. Pour une fois, les autres chancelleries l'avaient précédé. Les interventions obamiennes regardant les révolutions précédentes n'avaient guère été brillantes :
"L'egypte doit, la Tunisie doit..."
Par sa voix, la diplomatie américaine ne se reconnaissait pas très reconnaissante envers les dirigeants qu'elle avait sustentés, leur parlant sur un ton qui aurait révélé leur véritable nature de valet, moins à qui en doutait, qu'à qui ne se rappelait pas qu'au lendemain de son élection, dans un aveu d'hégémonisme confondant de cynisme puéril, William Jeferson clinton avait proclamé :
"L'amérique continuera à guider le monde", comme si le monde avait demandé aux Etats-Unis d'être son guide et comme si cette position de Clinton devait apaiser, au cas où elle existerait, l'inquiétude du monde de ne plus être sous tutelle. Obama, sans y prendre garde, emprunte au même registre rhétorique. La première réaction par laquelle il se manifesta fut pour dire que "le régime lybien aurait à rendre des comptes" du sang qu'il versait de son peuple. A bon entendeur, ça voulait dire qu'il "devait" rester en place, mais il auraient des comptes à rendre. Dans une deuxième phase de ce qu'on prit pour la suite de l'hésitation obamienne, mais qui se révéla activiste , pendant laquelle les esprits sages, comme se révéla être Dominique de villepin en cette nouvelle occurence, , voulurent limiter l'interventionnisme de la "communauté internationale" à un blocus aérien qui protégerait les insurgés, phase durant laquelle toi-même écrivais qu'il semblait que les américains avaient renoncé à intervenir militairement, Obama disposait ses arsenaux militaires autour de la Lybie. D'où vint que le mouvement ne fut pas vu des journalistes de l'Algézira ni de personne ? Il y a deux jours, on sut que tout était en place pour, le cas échéant, intervenir, spectre que redoutent de concert le tyran et ses insurgés, qui pourraient bien se réunir si tel était le cas, et manoeuvres dont on ne peut pas dire qu'au moins de bouche, les chancelleries européennes l'aient approuvées, l'inamical Alain Juppé, qui a perdu le vernis diplomatique qu'il avait su montrer durant les deux ans où il exerça la fonction de ministre des affaires étrangères, n'en défendant pas moins une position villepinochiracquienne (n'oublions pas que Villepin avait été son collaborateur à la même époque), disant qu'une intervention étrangère serait du pire effet, ne saurait se déclencher du jour au lendemain, sans avoir obtenu l'aval du conseil de sécurité et que, si elle avait lieu, on devait bien savoir que ça nous placerait dans une situation où on "ferait la guerre" ! Ca faisait plaisir, tout de même, d'entendre que, pour une fois, les choses étaient appelées par leur nom. On ferait la guerre, que ne s'est-on exprimé aussi clairement avant le déclenchement de l'opération "tempête du désert" au début 1991 ! Ca aurait fait réfléchir le vulgum pecus belligerens de l'opinion publique des Européens pacifiques, et ça aurait évité à l'Irak, comme tu le dis fort justement, de se désagréger pour des raisons qui ne sont rien moins qu'intrinsèques aux divisions plus générales des sociétés du monde arabe. De son côté, Kadhafi a beau jeu de se remonter le moral en disant qu'une "intervention étrangère" et, soyons clairs, américaine, créerait une situation à l'irakienne, voire encore pire que l'Irak : ici, on reconnaît l'effet des exagérations dont notre orateur est coutumier.

Et cependant, pourquoi ces atermoiements de l'administration américaine, qui n'a jamais montré autant de précipitation, à réunir ses arsenaux militaires à proximité de l'Iran ? Allons-nous laisser aux Etats-Unis le bénéfice du doute ? Les Etats-Unis veulent-ils réellement protéger des populations civiles que Kadhafi massacre sans état d'âme ? Mais comment les protéger si on les bombarde, ce qui ne fait qu'ajouter du massacre au massacre, et comment intervenir sans bombardement ? Nous ne sommes plus habitués à des manifestations d'ingérance proportionnée, si bien qu'on en vient à se demander si elles ont jamais existé ! Ou bien, banalement, Obama veut entrer en Lybie pour s'y établir un tant soit peu durablement, comme en afghanistan, comme en Irak, peut-être pour y connaître quelque chose d'un "bourbier afghan", ou d'une anarchie irakienne que provoquera sa présence, mais non sans s'assurer ce qu'il recherche avant tout: que la manne pétrolière ne puisse lui échapper ? Obama est-il vraiment rassuré que la majorité des gisements soit sous le contrôle des insurgés ? Le pétrole... On est bien loin d'avoir fermé les robinets... C'est le motif qu'on continue à donner aux ingérances états-uniennes dans quasiment toutes les guerres et, au vrai, le pétrole n'est jamais loin. Quand les Etats-Unis, sous l'ère Clinton, ont voulu faire croire qu'ils se donnaient un motif purement moral avec la YOugoslavie, l'expérience n'a pas été très concluante;

Et en même temps, l'ingérance reste un problème moral. Peut-on laisser une guerre civile aussi meurtrière et meurtrière en peu de jours sévir sans organiser la moindre intervention ou ingérance ? L'ingérance aérienne, très bien : elle interdirait le transport des mercenaires, mais elle n'empêcherait pas Kadhafi de massacrer les Lybiens (on compterait déjà 6500 morts à ce jour). Tu entrevois une solution par l'entremise égyptienne. C'est où ton idéalisme a tendance à te perdre. Car crois-tu l'armée égyptienne capable, sur le front intérieur, de veiller à ce que la révolution ne dégénère pas sur son territoire, et de demander au conseil de sécurité de l'ONU, qui, prudenciellement, ne peu la considérer que comme la gardienne assez peu légitime d'un régime encore fragile, de veiller au règlement lybien, même si l'egypte y serait légitime en tant que "mère des patries", rôle qu'elle a jouée dans un temps si lointain des civilisations que cela ne veut pas dire qu'elle puisse le faire éternellement, et singulièrement à ce moment plein de périls de sa propre histoire, où de régler le problème lybien pourrait l'unir et la galvaniser comme la diviser et la fragiliser ? L'egypte est-elle prête à prendre ce risque ? ? Cela ne me semble pas très réaliste, cependant qu'elle et plus encore la Tunisie sont submergées par des vagues migratoires, pour lesquelles la Tunisie au moins supplie "la force étrangère" de lui venir en aide, qui veut le faire, non pas en évitant une catastrophe humanitaire, mais en rapatriant ces migrants d'où ils viennent. Tu vois l'Egypte confrontée en même temps, sur le plan intérieur, à cet afflux de réfugiés que sa propre pauvreté ne sait pas comment accueillir, sur le plan politique et social, à l'organisation de l'après-Moubarak et enfin sur le plan international au règlement d'un conflit militaire qui a lieu hors de chez elle ? Tu me diras que ça n'a pas dissuadé les troupes issues de la Révolution française, mais elles avaient un an de convention derrière elles, c'était la France qui était attaquée et non un pays tiers, et l'on dit même que la victoire de valmy aurait été truquée. Bref, les situations se suivent et ne se ressemblent pas. Tout ce que j'entrevois, pour qu'on ne laisse pas la situation actuelle plonger dans le cahos, serait que la "force étrangère", comme tu l'appelles, pour éviter une catastrophe humanitaire, fasse ce qu'elle sait faire : envoyer la "croix rouge" et des organisations humanitaires, triées sur le volet par l'egypte et la tunisie pour leur honnêteté éprouvée et reconnue, que ces organisations pénètrent en Lybie, qu'elles organisent l'accueil des réfugiés en tunisie et en egypte, qu'elles les nourrissent et organisent leur vie là-bas, le temps que ça se tasse. Je comprends que tu craignes pour la confiscation du caractère exclusivement arabe du mouvement qui relève le monde arabe. Mais la sagesse n'a jamais interdit d'appeler à l'aide, quand on est submergé. La sagesse et peut-être la sagesse immanente, qui ne doit pas complètement laisser croire à la révolution arabe qu'elle ne doit son salut que si l'arabie débordée règle ses problèmes en parfaite otarcie. Il va de soi qu'il faudrait surveiller que les menées de ces organisations ne dépassent pas le mandat qui leur serait confié, et que des organisations telles que le Secours Islamique devraient compter au nombre des ONG participantes. Le fait qu'on ne l'exclue plus du concert des ONG dans une situation qui concerne une zone d'influence islamique serait un gage qu'on a au moins pris la mesure du ressaisissement qui se passe à l'occasion de ces révolutions arabes, troublées par le fait qu'un tyran oppose une résistance inattendue, mais le vent de ces révolutions ne pouvait pas balayer les tyrans comme au pays des bisounours ou des "trois petits cochons", même si Julie clarini-Nafnaf a, à son tour, après les rumeurs internautiques colportées, pour ce qui nous concerne, par notre correspondant algérien, relayé l'impact qu'aurait eu, dans les révolutions égyptiennes et tunisiennes, le livre de M. Jim sharp, Président de l'Institut Albert Einstein.

§Ce que tu m'écris du retour dans son village de ce guide Rached El-Ganouchi qui, longtemps exilé, de retour au pays, après y avoir reçu un accueil plutôt froid des Tunisois, m'évoque, je ne sais pourquoi, le personnage légendaire mis en scène par Kahlil Gilbran dans"Le prophète". El-Mustapha s'en retourne dans son pays après avoir longtemps résidé dans une ville dont il était la lumière muette et qui, avant de partir, veut entendre ses derniers oracles pour que la cité vive en paix et selon son exemple. Peut-être, depuis son village, aimé des siens, revenu de là où l'el-Mustapha de gilbran n'était pas encore parti, pourra-t-il tenir des propos qui feront mouche. Faut-il qu'il suscite un candidat à l'élection présidentielle ? Le premier ministre tout nouvellement investi n'a-t-il pas fait une sage proposition, en préconisant de réunir, avant l'organisation de toute élection présidentielle, une Assemblée constituante à l'islandaise, et même à la française, quand la révolution aurait encore pu ne pas basculer dans la terreur ? L'inquiétant vu d'ici est que, malgré le caractère libéral de cet homme d'Etat rappelé au service de son pays, aussi bien à cause de son grand âge que parce qu'il fut l'un des dignitaires du bourguibisme, tous les opposants ne peuvent guère plus le voir en peinture que son prédécesseur, et démissionnnent les uns après les autres du gouvernement d'Union Nationale, de même que nos constituants français n'ont pas fait l'effort de rester jusqu'au bout dans des dispositions qui favorisent ce que tu appelles "le gouvernement par la concorde" préconisé par l'Islam. Puissent les Gardiens de la Révolution jouer ici et là tout leur rôle ! Puissent-ils garder la flamme de la liberté et surveiller les intentions de l'étranger, s'il est avéré qu'il soit décidé à jouer encore une fois un rôle nocif. Une fin de non recevoir opposée à Barak Obama signifierait que le monde ne lui permet plus de dire à chaque nation ce qu'elle "doit" faire, pour se mettre en accord avec celui qui n'a jamais été institué leur maître. Puissent toutes les nations lui envoyer ce message !

Torrentiel pris dans les tribulations arabes

Du spectre d'une intervention étrangère et du guide tunisien

(extrait du dialogue entre le torrentiel et un croissant de lune, partie IV, chronique 17)

Envoyé par le croissant de lune, le 2 mars 2011 à 23h45

Bonsoir Torrentiel.

La question grave de l'ingérance étrangère en Lybie, fut, ce jour, l'objets de maintes analyses, de nombreux développements. Il en ressort que cette affaire diviserait déjà le peuple et les rangs des insurgés. Il y eut des demandes en ce sens, qu'on dit hémaner des villes encore captives, mais il hémanerait de ces mêmes villes, des rejets et refus! On est allé jusqu'à dire que le Conseil National Transitoire récemment auto-proclamé, lequel est demandeur d'une forme d'ingérance aérienne, se permet des initiatives intempestives, sans consultation profonde et authentique, sans écoute attentive du peuple. Certains font valoir que la victoire sur l'ancien régime est à portée du peuple et dans ses possibilités. Les autres en conviennent, tout en objectant que le coût humain risque d'être élevé. Mon voeu profond est qu'une voie moyenne soit trouvée, laquelle serait l'intervention et l'aide de l'égypte longue. Si je mesure sur moi, je ne vois pas quelle serait l'objection majeure. Que l'égypte longue porte un secours fraternel à la vaste Lybie, ce serait faire vivre l'esprit même de l'Arabité, concrétiser la restauration graduelle de la souveraineté Arabe. L'égypte est de nous et nous sommes d'elle, l'égypte a seule, en gisement et en germe, la force organisatrice qui nous manque. Dieu fasse que le peuple de la vaste Lybie s'accorde sur ce terme. L'égypte, sur cette base, devrait susciter un mandat particulier de l'ONU, de la Ligue et de l'OUA. Ainsi mandatée, elle opèrerait sur deux faces, proposerait une issue au tyran et ses proches, et, s'il s'obstine, l'égypte opèrerait des survols qui devraient suffire à dissuader les restes de l'aviation Lybienne non encore retournée. Comme le régime ancien ne semble plus disposer que de mercenaires, des sommations leur seraient faites, par tractes largués ou autrement, d'avoir à rendre les armes, sous peine de bombardement. Il est probable qu'ils s'exécutent. Si malgré cette démonstration, le tyran s'obstine dans ses fortifications, il faudrait en faire le siège. L'exclusion aérienne dont on parle tant, serait, d'après les commentateurs, dans les cordes de l'égypte, si elle opère par simples survols, sans autre action que défensive. Le simple survol et patrouille sur les zones insurgées, suffirait à les garantir des attaques. Des patrouilles sur la frontière Sud, et celle d'Algérie, dissuaderait l'arrivée de nouveaux mercenaires. Devant ces dispositions, pourvu qu'elles soient clairement exposées, les insurgés seraient consentants et les défections iraient vite, dans ce qui reste de force au tyran. Probable qu'il jugera à propos de saisir la planche de salut. Voilà les voeux que je forme, très préférables aux autres scénarios, propres à garder la Lybie Arabe, dans l'unité et la souveraineté, tant il est vrai qu'obéir aux injonctions fraternelles de l'égypte, n'est pas en soi déshonnorant ou contraignant!


Une nouvelle Tunisienne m'émeut. Le guide Rached El-Ganouchi, après un séjour de plus d'un mois, dans la capitale, depuis son retour d'exil, a hier, gagné sa ville natale, Hamma, dans le Sud, où il compte résider jusqu'à ce que le terme de sa vie ne l'atteigne. C'était émouvant d'entendre ce vieillard, se louer de ne pas finir ses jours sur la terre étrangère. On lui fit bon accueil dans sa ville, contrairement à une certaine froideur, que les officiels de Tunis croyaient devoir lui marquer. En fait, plus le temps passe, plus les esprits changent à cet égard. La minorité de laïcard et de libéraux Tunisois, masquent l'âme profonde de ma Tunisie verte, qui, peu à peu, réaprend à penser par elle-même. Ce ne fut du reste qu'hier, que la formation politique Nahda, signifiant renaissance, fut légalisée. Aux touts débuts, le guide avait promis un candidat présidentiel, personellement, je suis réservé sur l'opportunité de cette initiative. Mieux ce serait de n'avoir aucun candidat, et de jouer l'arbitrage. Aux parlementaires, en revanche, on aurait meilleurs résultats, au lieu que dans le cas contraire, l'échec prévisible aux présidentielles aurait un impact négatif et démobilisateur. Apaisé, je me réjouis de voir, ce digne vieillard, finir ses jours, parmi un peuple qui l'aime, et consacrer le peu de forces qui lui restent à des études et travaux. Que Dieu lui dispense bonne vieillesse et bonne fin.


Croissant de lune.

Du droit imprescriptible à la contestation

(Suite du dialogue entre le Torrentiel et un croissant de lune, partie IV, herméneutique 14)

Envoyé par croissant de lune, le 2 mars 2011 à 0h57

Mon Torrentiel!


Il est salutaire que tu ne soufres pas, sans répartie, aucune injuste flagellation. Ma règle est la justice, je m'y rends sans effort. Je réponds là, seulement, aux débats autour de l'ingérance. Les autres questions, je te promets de les reprendre après ce week-end, mais il y a du vrai! Comme tu es un homme juste, je le crois, il ne serait pas équilibré que nos échanges puissent donner l'impression que l'un flagelle plus que l'autre. Il en va souvent ainsi, dans ce genre d'échanges, l'Européen subit plus de reproches qu'il n'en fait, c'est un écueil. Il y a fréquemment cette assymétrie entre l'Européen et l'Arabe, je dois en convenir. Ce serait très long, d'analyser les causes et les ressorts de cette assymétrie, ça va loin, même sans hostilité. On a l'impression que souvent, l'un sera le réceptacle, et l'autre plutôt l'émetteur. Quoi qu'il en soit, saches bien, Torrentiel, que tu as, pour moi, l'identique pouvoir d'émettre et de reprocher! Profondeur et complexité insondable des rapports humains.


Sur l'histoire de la femme Américaine, j'ai à peine l'envie de m'excuser. Tous les goûts sont dans la nature, mais enfin, comment un Arabe vit-il quotidiennement avec telle épouse, j'ai du mal à me le représenter. Les guerres injustes sont là, présentes. Tout récemment en Irak, il y eut des évènements et tueries! Des Irakiens sont sortis contre l'occupation et l'administration corrompue, nécessairement, puisque vivant sous protection étrangère. Le prétendu ministre, leur a défendu de sortir, au nom de la démocratie! Une tuerie s'en suivit, au nom de la démocratie, voilà l'Amérique, qui forme ses serviteurs à son image. Comme en effet, je suis très sensible à la chair et au sang Arabe, comme l'Amérique nous tient pour une vile poussière, je me vois mal dans les bras d'une Américaine, pardon! Je crois que la chose est tout simplement malsaine, je parle du point de vue du conjoint Arabe. Mesures bien sur toi, l'Amérique a tué des millions, tues tous les jours, directement ou indirectement. L'Amérique développe des formes sans cesse nouvelles de torture et de terreur, qu'elle en inflige directement, ou au travers de ses valets. Diras-tu que la situation Irakienne tient aux contradictions Arabes intrinsèques? Ce serait se payer de paroles. L'Irak violé, c'est le pays de la corruption optimale, des prisons connues et des prisons secrètes, qu'elles soient au-dessus du sol ou souterraines. La force étrangère est la cause de cet état de fait, or, les autres entités Arabes, nos pays, sont à peine plus libres, des Iraks en puissance. Je pense que l'Arabe ne doit pas partager la vie conjugale avec le fils ou la fille d'un pays qui a toutes les chances de verser notre sang. Maintenant, chacun fait comme il veut. On a le droit de remarquer, que cette démarche est maladive. Je suis à peu près sûr, que nul ne connaît une Américaine, que pour y gagner un visa ou une facilité quelconque, faut pas se la raconter sur l'amour, non plus!


Voyons les nouvelles Lybiennes. J'aprouve que l'O-N-U, prononce l'exclusion aérienne, l'interdiction de tout vol, dans le ciel Lybien. J'aprouve cette interdiction en droit, qui rend illégales les arrivées de tels ou tels, des pays voisins, éventuellement mercenaires. Elle ne rend pas illégal l'usage de l'arme aérienne, celle-ci l'est déjà, en situation de répression, tant que des rebels ou insurgés ne disposent pas d'aviation. A l'heure présente, et même lorsque se tint le Conseil de Sécurité, sur ce sujet, j'ignore ce qu'il en est, en pratique, et si le régime ancien dispose encore de forces aériennes fidèles et obéissantes, et ce dont disposent, relativement, les insurgés. Il est très possible que la situation soit équivalente, ou à peu près. Mais à supposer qu'elle ne le soit pas, et que le régime en voie de déchéance, soit en mesure d'utiliser cette arme redoutable, même dans ce cas, je tiens juste pour l'exclusion de droit, et non pour la concrétisation de cet ordre, par une quelconque main étrangère. Le régime est en voie de déchéance, c'est une affaire de temps. Possible que ce soit coûteux, à moins que des pourparlers emportent l'adhésion du colonel, qu'une quelconque résidence lui soit atribuée, avec sa famille et ses proches, en égypte, l'homme n'étant pas, il me semble, de ceux qui aimeraient finir leur vie, dans l'exil Sud-Américain. Je crois cette sollution vraissemblable, puisque lui-même, sait bien, que de toute sorte, il a perdu la partie.


Supposons qu'il en soit autrement, qu'il ait encore une supériorité aérienne et qu'il en fasse l'usage meurtrier. En quoi consisterait l'exclusion concrète? D'après un responsable Américain, il faudrait détruire les défenses Lybiennes, les repérer et les bombarder à haute altitude, si ce n'est faisable par des missiles tirés de loin. De toute sorte, il faudrait des explosifs puissants, les défenses anti-aériennes, se trouvant souvent fortifiées et sous-terraines. Ces bombes causeraient des dégâts immenses dans les zones habitées, où les défenses se trouvent certainement, comme ailleurs. Il faudrait cela, avant de pouvoir patrouiller dans le ciel Lybien. Il me semble clair, aussi, qu'il faudrait s'assurer des défenses, dont disposent les insurgés eux-mêmes, du fait du risque de retournements. Il y en aurait presque à coup sûr, devant pareil spectacle. Si je mesure sur moi, je n'aimerais, certes pas, voir bombarder massivement la Lybie, ni abattre nos avions, par nul étranger! Division des Lybiens, et de l'ensemble Arabe, voilà ce qui s'en suivrait! C'en serait fini de nos révolutions, du fait de cette alternative! La réaction contre-révolutionnaire aurait beau jeu de montrer, pièces et preuves en main, à quoi mèneraient les mouvements.


L'engrenage, en matière militaire, est une suite qu'on doit juger comme probable! Rien ne dit, en effet, que si on débute ainsi, les évènements s'enchaînant, on n'aille plus loin: des invasions peuvent très bien commencer de la sorte. L'Arabe libre ne veut pas de ce pain-là! Moi, je ne veux pas avoir à remercier en quoi que ce soit, l'Amérique, sommet de la tyrannie. Voilà ce qu'entrevois notre Hazmi Bchara, très clairvoyant dans ces matières. L'hypocrisie Américaine est évidente, puisqu'eux-mêmes ont eu recours à des mercenaires, qui ont réduit la résistance de Falluja, en Irak, ville martyre, notamment, par l'usage aérien. Mesures sur toi, et perçois le monde, aussi, par ma peau et mes sens. L'homme Occidental est éligible à la bonté, il a de la justice en lui, mais ses dirigeants et ses élites le formatent tout autrement, que selon ses voies et ses pentes. En fait, le croisérisme est contre-nature. Le suprématisme de vos gouvernants est tellement incarné en eux, qu'il est à peine conscient! Tu veux que je les crois cette fois-ci! Je ne vois pas pourquoi.


Si Dieu veut, une issue se produira, sans effusion de sang. Dans le cas contraire, c'est aux Lybiens de poursuivre jusqu'au bout l'oeuvre de libération. Si l'extrémité les contraint, il leur appartient de faire appel au secours de l'égypte, pays frère, qui doit agir dans les deux sens, offrir l'asile ou brandir le bâton. On pense que c'est dans ses cordes militaires, il faudrait que l'O-N-U le désigne comme instrument unique. Certains disent que l'égypte se trouve paralysée, par suite de sa situation politique non encore certaine, peut-être aussi du fait des opportunités qui s'ofriraient à un ennemi, toujours aux aguets. Enfin, l'action de l'égypte, serait vécue comme légitime, comme un acte de justice, avec l'assurance, que l'égypte peut dénouer le conflit, sans être en mesure de rien imposer aux Lybiens. Au demeurant, sois témoin que, quoi qu'il arrive, les insurgés n'ont pas appelés l'Occident à leurs secours, loin de là!


Si l'Occident veut nous porter secours, que donc, il manifeste son soutien dans les rues des capitales. On ne sait pourquoi, tes Marxistes ou altairs, ne brûlent pas le pavé en notre faveur. Aurions-nous le tort d'être Arabo-Musulmans? Le croisérisme travaille-t-il à leur insu, ces crypto-Chrétiens? Enfin, ce jour, faut le reconnaître, "l'Humanité" publie un article qui relaye le voeu des insurgés de se libérer par eux-mêmes. "L'Humanité" salue sans le savoir, la grandeur du combat sacré. Certains ont demandé aux Occidentaux et aux autres, de faire usage de leur capacités de brouillage, sur les communications du régime. Il y a déjà le gel des avoirs, et qu'on se souvienne que les ressources pétrolières sont sous maîtrise des insurgés. Il est du reste probable, sauf s'il y a des réserves d'importance, que la capitale et le peu de villes restées fidèles, soient mal ravitaillées et approvisionnées.


Assez de sang et de soufrance, Dieu veuille inspirer au guide Kaddafi, que la Lybie est plus grande que lui, que son peuple lui est supérieur, que la Nation est au-dessus de sa personne, que la générosité et la sagesse pénètrent son coeur. Que les Américains en soient pour leurs frais, qu'ils repartent bredouilles, que l'élan de nos peuples se poursuive jusqu'au triomphe final des causes justes. Dieu sauve ma Nation.


Croissant de lune.