lundi 3 avril 2017
Le revenu universel et un regard sur la campagne par le Croissant de lune
Une réflexion personnelle doublée d'un panorama de la campagne vue par la communauté musulmane en France.
Bonsoir mon Torrentiel, c'est un fait pour l'instant que nos voeux concordent comme en 2012. J'ai entendu ce matin à la radio, et j'en suis heureux, j'ai entendu parler d'une campagne de Benoît Hamon sous forme de cars et de militants parcourant la France pour exposer la mesure phare de son projet dans le détail aux gens, parce que la mesure est complexe et méritent d'être bien exposée. Dispose-t-il assez de bons militants intelligents et patients, capables d'exposer à tout un chacun les avantages du revenu universel, toutes ses conséquences imaginables? Moi, je suis d'habitude partisan de ce qu'on apelle la valeur "travail", enfin, mais que faut-il faire si le travail humain se raréfie? J'entrevois, j'imagine à travers cette mesure des situations très diverses, que ça encourage la paresse des paresseux, c'est possible, mais aussi l'initiative de ceux qui veulent agir. Même la concentration démographique en grandes villes ne sera plus aussi pertinente, voire des expériences d'agriculture biologique et retour à la terre en communautés pourront mieux s'expérimenter. Dommage qu'une oeuvre cinématographique de fiction n'ait pas envisagé tous les tenants et aboutissants possibles du revenu universel, je n'arrête pas d'y rêver. Ainsi, celui qui veut la performance dans le travail, il trouvera la performance, mais celui qui veut l'épanouissement dans la vie bucolique et sobre le trouvera aussi, sans que personne ne moque l'autre. Plus question d'assistés ni quoi que ce soit, celui qui travaille travaille par choix et pour lui-même, celui qui travaille moins selon sa constitution et ses aptitudes vivra sans blâme, on se croirait au paradis. Imagines un peu, même les curés percevront ce revenu et vacqueront aux soins des églises, alors que pour l'instant, ils sont aux limites ou au-delà de la pauvreté. Tout ça à condition qu'en même temps, la France fasse promotion dans le monde de normes techniques et sociales aux échanges, voire la promotion de la norme de minimum vital, de santé et d'enseignement partout au monde au lieu qu'aujourd'hui, certains pays ont accès à tous les marchés sans même pas financer l'enseignement primaire à leurs enfants. Ma pauvre Tunisie Verte a préféré perdre son textile plutôt que ses écoles, chez certains émergeants Asiatiques l'instruction primaire est payante et chère mais le textile encore florissant et autres industries qui carburent au sang et à la sueur d'enfants et de femmes.
Est-ce que les minorités confisqueront l'élection? Je disais que, si les choses restent en état, une relative baisse de participation générale fera ressortir les électorats minoritaires qui ne suivront pas autant l'abstention. Elles s'abstiendront moins, enfin, elles partent d'une participation faible mais en hausse, je suppose que cette hausse va continuer encore, ce sont des électorats qui ne sont pas encore arrivés à la moyenne de participation, en soit, sans se distinguer mais en rejoignant la situation générale ces électorats feraient sentir leur véritable poids, c'est une correction, pas une confiscation. D'ailleurs, ça peut aller dans tous les sens, j'ignore quels seront les effets de la crise en Guyane et au-delà dans les autre départements dits d'outre-mer et leurs prolongements en métropole même. Si cette affaire s'envenime et s'étend à d'autres départements, ça peut aussi servir de prétexte à un report. C'est drôle ou pas drôle de constater comment ceux qui ont fait tant et tant avec leur ABCD de l'égalité se réveillent ou affectent de se réveiller juste maintenant, prenant subitement conscience de l'écart et du retard considérable d'investissement. Cet énorme retard ne peut pas s'expliquer sans corruption des élus locaux Guennais, je veux dire par là qu'il est très probable que la gouvernance de Paris a préféré corrompre les élus plutôt que d'investir.
Les flatteries de Macron sont sans effet, justement il y a le précédent de Manuel Valls qui était et se donnait pour pro-Palestinien avant 2012 ou avant son mariage, avant un revirement très complet. Ce qui est plus réel, c'est que Macron s'appuie sur le mouvement Sioniste en France, il est assez étrange que François Beyrou s'en accomode, lui qui est vieille-France et équilibré il me semble. Dans ma famille et ses proches, on s'interroge sur le votte, on réfléchit, Benoît Hamon pour l'instant est préféré, je doute que Mélanchon soit très populaire en milieu d'origine Maghrébine, sa connotation Marxiste compte pour des gens qui pensent encore en ces termes. Sans même pas parler de Lutte Ouvrière dont je n'ai jamais vu la popularité en milieu Arabisant. Récemment, j'ai même lu un article sur les activités de ces militants stupides qui ont conçu l'idée formidable de lutter par propagande internautique contre la religion, puisqu'après, selon eux, on pourrait faire la révolution, ça veut dire que le Grand Soir n'est pas pour tout de suite. C'est quand-même fou que des gens s'imaginent le pouvoir et le droit de reprogrammer les autres, mais ne sommes-nous pas en des temps de dé-ra-di-ca-li-sa-tion?
Je crois moi, que les Musulmans croyants et pratiquants votteront autant qu'en 2012, bien que cette fois-ci, les prédicateurs sont ben obligés de valider l'abstention de ceux qui leur reprochent ce qui est arrivé, l'idée de ne pas se rendre complice des guerres injustes par le bulletin porte à réfléchir. Enfin, il n'y a pas que le bulletin, il y a aussi les impôts, justement, le travail, la consommation. Pour des raisons de conscience, certains qui faisaient promotion du vottent sont nuancés aujourd'hui. Mais il y a d'autres raisons.
Il y a d'autres raisons, les prédicateurs efficaces et populaires sont parfois sous la menace du groupe armé maintenant. Le cas le plus curieux, pas vraiment surprenant mais quand-même, c'est cet imbuvable Rachid Abou Houdeyfa, indigeste et assez ignorant en fait, il était un salafi quiettiste des plus paisibles et inutiles qui soient. Il y a environ un an, il fut soumis à la menace, j'ai tendance à la croire vraie parce que le bonhomme que moi je trouve ignorant est pourtant prédicateur efficace comme un pâne qui prêche bien les ânes. En réaction, il a commencé par publier des contenus contredisant toutes ces condamnations antérieures du groupe armé, poussant la complaisance enfin, la peur le poussant jusqu'à valider des choses anti-canoniques. Puis, entre temps, il s'est rendu au hajj. Puis, peu de temps après son retour, il a lui-même demandé selon ses propres termes à être déradicalisé parlant même de désalafisation. C'est ridicule, ce qui se cache derrière, c'est juste qu'il allait quémander une protection vigilante. Oubliés la musique, plus de singe ni de porc, c'est fini tout ça, un peu comme quelqu'un qui dirait de lui-même, je suis malade mental, faites-moi entrer dans un HP. Cette démarche n'étant faite à coup sûr qu'en contre-partie d'une protection de l'état, il a tout déjugé les marchandises qu'il vendait depuis si longtemps. Quelqu'un a même dit sur son compte, que du moment qu'il se reconnaît malade et bon pour faire les 120 heures de rééducation psychologique, alors tous ceux qui l'ont écouté, comme il les a contaminés devraient le suivre puisqu'il est leur maître.
Le cas de Rachid Abou Houdeyfa ne me suggère pas la compassion, plus honnorable est la conduite du prédicateur Hassan Iquioussan, légitimement efficace et populaire, élève du noble sheik Youssef El-Qaradhawî. Il n'a pas lui quémandé aucune protection publique, ses fidèles ont bien voulu lui financer un garde du corps, rien de moins. Abou Houdeyfa, en 2012, a fait promotion sans réserve ou nuance du votte en faveur du président pâle, Iquioussan quant à lui ne désignait pas de candidat. Aujourd'hui, Tariq Ramadan est pour l'abstention, faut dire qu'après le quincainat lamentable et sanglant d'Hollande, sa recette selon laquelle le votte et la citoyenneté changeraient les politiques de la France et de l'Europe lui est remise sous le nez, les lésions sont trop grandes.
Pourtant, je crois que les Musulmans votteront selon le principe vrai ou faux du moindre mal, pas moins qu'en 2012. Après, si la gouvernance Française reste anti-Musulmane qu'elle soit atlantiste ou russophile ou les deux, il faudra sapper sa dynamique de l'intérieur et la priver au maximum de ressources, il faudra résister, donc réfléchir dès à présents aux moyens les mieux apropriés de résistance.
Croissant de lune.
samedi 1 avril 2017
Mon ralliement climatique à Benoît Hamon
J’ai la chkoumone électorale. Je ne devrais pas l’avouer, car je n’ai jamais voulu porter la poisse aux candidats de ma raison. Le pire est que, si mes candidats ou mes idées ont toujours perdu, je n’ai jamais renié ni regretté les analyses qui me les ont faits choisir. Par exemple, j’ai voté « oui » à Maastricht, persuadé qu’on aurait pu faire une Europe puissance contrepoids aux États-Unis. Mais on a fait l’élargissement avant l’approfondissement, ce qui a rendu notre zone monétaire hétérogène et une source de nivellement par le bas.
Je m’apprête à voter Benoît Hamon, non que j’y croie, mais pour des raisons climatiques - et je suis climato-sceptique -. J’étais persuadé qu’il fallait tout remettre à plat et qu’élire Marine Le Pen aurait pu être un bon signal. Je l’aurais votée, non par xénophobie, mais pour lutter contre le paupérisme et étendre la démocratie directe. Je l’aurais votée tout en suppliant qu’on me retienne de faire un malheur, car je n’ai jamais voulu de mal aux étrangers qui ne sont pas mes ennemis, mais sur qui je ne crois pas qu’il soit de bonne politique de se focaliser, que ce soit par racisme ou par antiracisme. Or j’ai vu Marine Le Pen commencer par prendre la tête d’un parti pour un patriotisme parricide en reniant son père. Puis je l’ai vu mal entourée, mais tant que c’était par Philippot, je pouvais passer outre. Avec Marine Le Pen, on finit par se dire que tous ses défauts sont un détail. Aujourd’hui on nous rappelle que ses meilleurs amis sont des néo-nazis. Marine Le Pen est la candidate pseudo-gaulliste de la nazisphère et ce n’est pas un détail.
Déjà en 2012, j’avais porté mes espoirs sur Montebourg. Montebourg était, dans l’espace médiatique, un crypto-lepéniste. En réalité, il prônait le protectionnisme européen d’Emmanuel Todd, qui l’a transformé en « hollandisme révolutionnaire » avant, toutes affaires cessantes et toute honte bue, de traiter de « catholiques zombies » les Charlie d’un jour, alors que, si Charlie fut la victime des djihadistes, les catholiques ont été la première victime de Charlie. Bref, Montebourg, qui était le seul impétrant de la primaire citoyenne de 2012 ayant une pensée politique, la termina en troisième homme. On croyait alors que la primaire accoucherait du candidat le plus médiocre et Hollande sortit du chapeau. Je n’ai pas pu me résoudre à voter Hollande. J’ai voté Sarkozy qui voulait sortir de Schengen, car je suis contre l’anarchie migratoire, et Sarkozy a perdu de justesse. Dommage !
En 2007, je lui avais préféré Ségolène Royal pour des raisons climatiques que je maintiens, exactement les mêmes qui vont me faire voter Hamon. Ségolène avait beau « parler faux » comme le notait Carla bruni, qui abandonna la gauche pour ne plus entendre Ségolène et mieux se recaser, elle parlait beaucoup et à force de nous saouler, elle finit, malgré la bravitude, par parler bien et presque juste. Elle développa un programme qui aurait revalorisé le SMIC et distingué les grandes entreprises qui n’avaient pas besoin de subventions des petites pour lesquelles elle se proposait de mettre un terme à cette aberration qu’elles étaient plus imposées que les grandes qui faisaient du bénéfice, étaient multinationales et dormaient sur leur matelas mondial, ce bas de laine des ménages modestes. Ségolène promettait encore de gouverner en mère, non pour perpétuer l’ »État nounou » (la fille de général n’avait rien contre les beaux militaires), mais pour développer le côté matriciel, maternel et adoptif de la nation, qui nous adopte si on l’adopte. L’adoption réciproque est une visée plus républicaine ou au choix plus humaine que la dialectique impossible entre intégration et assimilation.
Ségolène a perdu, c’est dommage. Elle aurait assaini le climat du pays. Certes, Sarkozy n’a pas connu de notable blocage, encore moins de troisième tour social, et s’est révélé un président paternel, qui a intériorisé, malgré son amour du bling bling et de l’argent facile et bien qu’il appartînt à la droite des parvenus, la dimension spirituelle et cultuel de son passage à l’Intérieur. C’est pourquoi je l’aurais volontiers réélu contre le vide créé par Hollande, dont Montebourg avait raison, en son temps, de dire à propos de Ségolène que le seul problème de cette purificatrice d’atmosphère était son compagnon. Et cette dernière de préciser, en forme d’avertissement, pendant la primaire de 2012 : « Le bilan politique de Hollande, c’est l’inaction ». Nous n’avions pas besoin d’unChirac (bis). Nous l’avons eu. Pour être patelin, on n’en peut pas moins nuire. Le président débonnaire, qui se disait « normal » avec des « qualités exceptionnelles », pouvait être sincèrement tiraillé par les malheurs du pays. Il pleura beaucoup sur les attentats, mais y trouva occasion pour justifier la politique néo-conservatrice qu’il avait commencée avant eux dans des guerres néo-coloniales. Sur les traces de George bush junior, mais avec les armes lacrymales pour faire passer la pilule, il embarqua la France dans la guerre contre le terrorisme. Le placide Jean-Marc Ayrault ne pouvait pas porter cettepolitique. Elle convenait très bien au matador Valls. Le nommer permettait à Hollande de trahir Montebourg à qui, sur le plan socialiste, il devait son élection, son autre dette ayant été contractée auprès des musulmans de France, qui avaient concrètement voté pour lui et qu’il en remercia bien mal. Il trahit les musulmans stigmatisés comme jamais dans sa « France en guerre ». Le candidat antifinance fit le jeu de la finance en nommant Macron ministre de l’économie pour donner un dernier coup de pied de l’âne à Montebourg et renverser Valls le moment venu. Hollande fut renversé par ses deux créatures et incapable de se présenter à sa propre succession. À force de jouer les uns contre les autres, Hollande créa des monstres qui le défirent. Je regrettai sa défaite, car je suis légitimiste et parce qu’intervenant trois ans après la renonciation de benoît XVI, elle donnait un très mauvais signal : le chef de l’Église et le chef de ce qui restait envers et contre tout la fille aînée de l’Église baissaient tous les deux les bras. Moïse ne tenait plus ses peuples à la nuque raide. Israël serait envahi, le monde était bien malade. Un monde où Trump faisait figure de sauveur paradoxal, isolationniste, presque pacifiste, faisant des démonstrations d’amitié à la Russie, et ses ennemis démocrates mettant à son passif de vouloir mettre fin à la guerre froide.
Hollande est un nuisible sacrificiel. Il y a trois figures sacrificielles en France (je l’ai écrit et je ne le renie pas) : Louis XVI, Pétain (« Je fais don de ma personne à la France » « pour la protéger de l’intérieur des périls qui la menacent, et je ne m’enfuirai pas, je ne me déroberai pas au procès qu’on intentera contre moi dans mon pays pour intelligence avec l’ennemi, tant pis si de gaulle veut m’exfiltrer ! » Il faut relire et comparer les testaments de Louis XVI et de Pétain) et…. François Hollande. Le renoncement de François Hollande marque notre entrée dans un défaitisme assumé. Hollande est, après Mitterrand, ce vichyste de fait, le premier président vichyste par volonté de nuire en passant pour débonnaire. Mais Pétain avait l’excuse de l’Occupation. C’est pour s’occuper que Hollande joua les uns contre les autres en créant des monstres qui le renversèrent.
Son acte le plus dangereux fut de nommer Valls. Personne n’aurait dû miser un kopek sur ce premier ministre dont toute la carrière n’avait été qu’intrigues et incompétence. Personne n’aurait donné un kopek sur la longévité de Valls, mais personne ne le dit. Valls aurait dû tomber, car il avait contre lui, dès le moment où il fut nommé, les catholiques qu’il venait de combattre férocement, les musulmans contre lesquels il n’avait jamais de mots assez durs, et sa majorité quipouvait le renverser à tout moment, car elle ne l’aimait pas et il le lui rendait bien. Les catholiques le rallièrent, les musulmans firent le dos rond et sa majorité fronda légèrement. Loin de le renverser, elle le laissa dire qu’il y avait deux gauches irréconciliables, sans lui faire observer que sa responsabilité n’était pas de les déchirer, mais de les recoudre. Par immaturité et besoin de se sentir en sécurité, il obtint, fait sans précédent, d’être maintenu premier ministre jusqu’à la fin du quinquennat. Puis il démissionna de son propre chef pour renverser le monarque présidentiel et se porter candidat cinq ans avant son heure. Cela joua contre lui,il perdit la primaire. Comme on le laissait tout dire, le soir de la poignée de mains donnée à Hamon, il lui dit entre ses dents : « Je te laisse faire campagne pendant un mois et après, je te dégomme ». Il s’exécuta en manquant à sa parole et en ralliant le traître sain Macron, beaucoup plus intelligent et moins mauvais que lui. Il ne tint pas parole sous prétexte de responsabilité, lui qui n’en avait jamais connu que le nom, qu’il rehaussait d’un tonitruant : « j’assume », son verbe préféré, proféré d’autant plus volontiers qu’il n’avait jamais été en capacité de rien assumer, non seulement parce qu’il n’avait jamais étudié ni travaillé, mais parce que cette incapacité était d’ordre psychiatrique. Valls était bipolaire. Tout le monde le savait et personne ne le disait. Valls était bipolaire comme Strauss-Kahn avait un excès d’appétit sexuel. Valls, qui avait occupé son véritable poste de premier plan, non sous Rocard, mais sous Jospin, avait théorisé les deux gauches irréconciliables après avoir servi l’homme de la gauche plurielle. Il avait théorisé que la gauche pouvait mourir et, pour se donner raison, il l’avait assassinée.
Valls trahit Hamon en agitant la menace de l’élection de Marine Le Pen, la candidate dont le programme était censé être la peur. Or Valls, le bipolaire, répondait à la peur par la peur, après avoir mené une politique sécuritaire et avoir fait voter une loi sur le renseignement qui bridait les libertés individuelles. La trahison de Valls démontre ce que cache le gouvernement par la menace du terrorisme. Hollande, qui l’avait nommé parce qu’il ne vaut pas mieux à cet égard, lui qui, en 2002, parlait de Le Pen père comme de son adversaire « en dehors du cercle de la démocratie », a, qu’il existe ou non un cabinet noir dont il tire les ficelles après avoir promis l’indépendance de la justice et des médias, organisé sa succession comme un véritable encerclement démocratique. Le président par défaut, à qui on laissait entendre à longueur de colonnes que son bilan était tellement désastreux que son camp ne passerait pas, bloqua le passage du camp adverse en organisant ou en profitant de l’affaire fillon, qui reçut la monnaie de sa pièce en étant empêché de faire campagne après qu’il eut demandé au secrétariat général de l’Élysée et à Jean-Pierre Jouyet qu’il fît tomber Sarkozy. En outre, Hollande empêcha que l’on enquêtât sur Macron, car il préférait la victoire du félon de son camp que l’alternance. Hollande se vengea enfin de la gauche qui l’avait frondé en savonnant la victoire de Hamon à la primaire où lui-même n’avait pu concourir.
Le président débonnaire est bien vindicatif. Quant à Valls, puisque les médias ne lui claquent pas la porte au nez et qu’il est entouré d’une clique aussi corrompue et sordide que lui, ces Méadel ou ces Boutih dont je me réjouis pour elle que Najat Vallaud Belkacem n’ait pas jugé bon de les rejoindre, car elle vaut mieux qu’eux, nul doute qu’il trouvera prochainement de nouveaux mauvais coups à faire. Pour l’instant, il se pose en caillou dans la chaussure de Macron, ce Brutus à l’ancienne, à la loyalement déloyale. Que faut-il penser de Macron ?
Hollande était l’homme de la synthèse, Macron est l’homme de l’antithèse, il dit tout et son contraire. Il donne à manger du foin, des roicos aux maos et de Madelin à Robert Hue. Ce jeune époux d’une cougar prétend incarner le renouvellement politique en ayant des cacochymes pour principaux soutiens. Il aime l’argent plus que les gens, ce n’est pas forcément rhédibitoire. On a vu ce que donnait « le candidat qui aime les gens ». Pompidou était un autre banquier Rothschild homme de lettres, mais n’est pas Pompidou qui veut, ce brave Pompidou qui a tout de même assujetti la France à ne pouvoir emprunter à sa propre banque nationale. Macron est un crâne d’œuf, mais sans le grand front ni la proximité aristocratique de Giscard. Car est encore moins Giscard que Pompidou qui veut. Macron ne sera pas Giscard, mais fera moins de mal que Hollande ou que Valls. C’est le candidat de la dérégulation, mais de l’éloignement versus la proximité, des macrostructures administratives, du management, des ronds de cuir, pas de l’absence d’intermédiaire entre le patient ou l’actif et l’agent. La France dont il ne connaît ni la culture ni la géographie (car Brigitte lui fait des plans détaillés, elle ne lui fait pas potasser ses atlas) n’est pas son truc. Mais quand même, récemment, devant le MEDEF, il s’est rendu compte qu’on ne dirigeait pas un pays comme une entreprise. Il n’a aucun relief, mais il ne fera pas grand mal. Ce Jospin sans amour des hommes et ce Rocard sans grand dessein pourrait même faire un minimum de bien, ne serait-ce qu’en étant le premier à faire du Bayrou en actes. C’est déjà pas mal de renouveler la vie politique de la manière dont il essaie de trouver une majorité présidentielle et dont il sélectionne ses candidats aux élections législatives. Il nationalisera l’assurance chômage et fera bénéficier les entrepreneurs de l’assurance contre le risque, c’est justice. Aucun homme politique n’y avait pensé avant lui. Rien que pour ça, je pourrais voter pour lui. Mais ce jeune loup est un flou dur qui n’a subi aucune résistance. Il préfère l’argent aux hommes qu’il ne connaît pas même comme le florentin Lorenzachio, et il n’est charnellement rattaché qu’à l’individualisme dont il est le produit. Macron est le champion de la lutte des classes qui s’est transformée en lutte des minorités et qui aime l’argent comme un indice que je vaux la reconnaissance du droit à la différence que je réclame pour moi. Macron a prouvé qu’il avait du coffre, mais il n’a pas de corps. Il est, comme son nom l’indique, le candidat de la macro-économie. Il n’est pas le candidat de l’extinction du paupérisme ou de la remise à plat que j’espère. Il est même presque le contraire, mais il n’a pas de motifs aussi noirs que ceux dont on charge cette mule.
Il serait donc logique que j’aille chercher mes solutions chez Mélenchon. Je l’ai envisagé. Mélenchon est un populiste et je crois que le populisme est l’essence de la démocratie. Or aujourd’hui on emploie volontairement populisme pour démagogie. Parlant parfois avec les mots du vulgaire, je me suis demandé pourquoi le populiste Mélenchon était incapable de dépasser son antifascisme qui n’a plus de raison d’être depuis que le fascisme a été écrasé par les Alliés, soit depuis soixante-dix ans, le temps qu’a duré le communisme en Union soviétique, pour prendre la tête du front des populistes. J’ai passé sur sa vulgarité et sur ce manque de perspective, qui consiste pour une personnalité politique à reconnaître qu’on a changé de monde, or nous sommes enfin entrés dans le monde d’Après-guerre. J’ai passé sur les contradictions de ce chaviste détestant la monarchie présidentielle et pratiquant le culte de la personnalité. J’ai passé sur la confusion savamment entretenue par lui et ses amies du « domaine des Corbière »(s) (voir article infra), entre l’éducation populaire qui enseigne les principes démocratiques et la démocratie appliquée. J’ai passé sur le fait qu’un tiers des représentants de l’Assemblée constituante de sa VIème république parlementaire dont on n’a pas besoin, étaient cooptés au domaine des Corbière, c’est-à-dire dans son propre parti, des gages étant donnés pour un autre tiers au buzeur Etienne chouard à propos du tirage au sort. L’Assemblée constituante préparatoire à la VIème République de Mélenchon était donc constituée d’un tiers seulement d’élus véritables. J’ai lu quelques-unes de ses analyses logorrhéiques desquelles on sort en se disant qu’on n’y comprend rien, mais qu’on est plus intelligent de les avoir lues. J’ai été ému par sa convergence avec Henri Guaino, qui était le candidat de mon coeur, et du résumé qu’en a donné Mélenchon : « Tous les deux, nous rapportons des principes qui viennent de loin, et nous essayons de les expliquer et de les appliquer. »
Ma première vraie désillusion a été que Mélenchon ne reconnaisse pas que tous les développements qu’il avait faits semaine après semaine pour se persuader que Tsipras avait les épaules pour ne pas céder au trium virat du FMI, de la banque mondiale et de la BCE n’étaient qu’une vaste autosuggestion et qu’il s’était laissé gruger par ce Grec élastique, que je n’avais observé qu’une fois, le jour où ils se porta indirectement candidat à la présidence de la Commission européenne à la faveur des élections du même nom, mais assez observé pour m’apercevoir qu’il savait se montrer accommodant avec ses compétiteurs et qu’il était trop bien introduit auprès d’eux pour leur résister sérieusement. Tout le Tsipras de son discours de capitulation au Parlement européen, trahissant le référendum grec qu’il avait lui-même convoqué, était en germe dans cette mielleuse candidature qui faisait des politesses à Juncker et Guy Verhofstat. Ce que Tsipras n’a pas su faire, Mélenchon pourrat-il le faire ? On ne négocie pas plus en cédant du terrain par entregent qu’en injuriant comme un goujat.
Ma deuxième désillusion est assez récente. Mélenchon était invité chez Bourdin, et une chômeuse de plus de cinquante-cinq ans et de longue durée l’interrogeait sur ce qu’il pourrait faire d’avantageux pour sa situation. Il fit un tunnel de dix minutes où il la méprisa sentencieusement pour ne rien lui répondre, sinon qu’il remplirait le carnet de commandes des entreprises. » Cet étatiste croit-il qu’il lui suffit de lever (avec quel argent ?) un plan d’investissement pour relancer la croissance, mot de la macro-économie que j’évite d’employer d’habitude ? Donc Mélenchon veut revaloriser le SMIC de clopinettes et n’a rien de concret à proposer à une chômeuse de longue durée. J’étais à côté de mon amie qui me dit que jamais, elle ne pourrait voter pour un caractériel pareil.
C’est alors que je me suis penché sur Hamon pour voir ce que donnerait la comparaison. Au début, je lui reprochais d’être le candidat de la gauche dans les nuages, non qu’il serait d’une gauche irréaliste ou économique (je n’ignore pas que c’est le candidat LVMH), mais post-humaine, ne pensant qu’entre la révolution numérique et la transition énergétique, tarte à la crème dont se gavent toutes les oies du capitole urbanistique. Assurément, Hamon n’est pas le candidat de la ruralité, ni de l’éducation, ni de la sécurité, ni de la liberté d’expression, ni de toutes ces choses que j’aime. À peine l’est-il davantage de la démocratie participative : les citoyens auront plus leur mot à dire dans la VIème République de Hamon que dans celle de Mélenchon, mais je préfère le référendum d’initiative populaire de Marine Le Pen au 49.3 citoyen de Hamon. Hamon est un candidat climatique. C’est un retour à la préhistoire et à la royauté primitive mondialisée que nos politiques croient faire la pluie et le beau temps et influer à coups de directives carbone sur le réchauffement climatique s’il est vraiment à craindre. La climatologie ne vaut en politique que si elle apporte un peu de psychologie qui pacifie la société. Or le revenu universel est de ces mesures concrètes, qui ne sont certes pas propres à stimuler le réveil civique ou démocratique, mais qui peuvent favoriser concrètement la situation de ces millions de travailleurs pauvres, souvent obligés par la bureaucratie capitaliste à ces nouvelles formes d’appartements collectifs qu’on appelle les colocations. C’est la première fois que la gauche socialiste s’occupe un peu de précarité. Même Jospin avait accepté de se résigner à n’en pouvoir mais. Hamon se dit en mesure de revaloriser beaucoup plus concrètement la situation d’un smicard avec son revenu universel que Mélenchon avec ses moulinets de fier à bras dégagiste portant balai et ses effets de tribune d’orgueilleux bretteur. C’est ce moment que choisissent les médias pour trouver Mélenchon électoralement beaucoup plus bankable que Hamon, le prétendu incapable. On ne croyait plus que la gauche dans les nuages viendrait au secours de la précarité. Cela se produit et les médias devenus libéraux ne font plus aucun crédit à cette gauche. Pire, ils mentent. Pendant la primaire, Hamon avait dit que le revenu universel concernerait dans un premier temps seulement les jeunes de dix-huit à vingt-six ans. Il élargit l’assiette à quelque dix-huit millions d’actifs, et les médias choisissent ce moment pour dire qu’Hamon, qui proteste mollement, en a rabattu sur le revenu universel.
Or Hamon ne se contente pas du revenu universel. Tandis que Fillon nous explique que rien ne vaut, pour lutter contre le chômage, que d’augmenter le temps de travail pour en partager moins et de réduire le nombre de fonctionnaires sans créer d’emploi privé, Hamon pense enfin l’automatisation. Il renoue avec le Bernanos de LA FRANCE CONTRE LES ROBOTS ou avec ce pourfendeur du machinisme qu’est Jacques Ellul, pour adosser ce complément de revenu applicable dès janvier 2018 à la moitié de la population active, non pas à une réduction obligatoire de la durée du temps de travail, mais au choix inconditionnel offert au salarié du temps partiel contre l’obligation du chômage technique imposée par le grand patronat au nom de la délocalisation et de la restructuration des entreprises.
Pour ces deux raisons climatiques et parce que, pour être le candidat LVMH, Hamon n’en est pas moins bon homme, je voterai pour qu’il assainisse l’atmosphère. Tout Mélenchon est dans Hamon et plus encore. Mais on pardonne à Valls d’avoir assassiné le parti socialiste comme à Mélenchon de ne pas se retirer en étant certain que la gauche n’a aucune chance d’accéder au second tour s’il se maintient pourvu qu’Hamon ne passe pas. Le résultat de toutes les primaires a toujours été soufflé par « le système ». Malgré sa bonne foi, Hamon a été choisi par « le système » pour que la gauche humaniste et populaire soit détruite. Le populiste Mélenchon est dans son rôle quand il déteste l’extrême droite ; il ne l’est plus quand il se rend complice de la destruction de la gauche populaire. Hamon est donc le candidat le plus antisystème. Je voterai donc pour Hamon pour des raisons climatiques et par amour du peuple.
dimanche 19 mars 2017
Mélenchon Le Pen, un comparatif
Réponse à Catherine Greff. (dans les commentaires de cette publication Facebook d'#Orlando Furiosi: https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10210978695136059&id=1614487078&refid=52&__tn__=C).
Bonjour, Orlando et Madame @Catherine greff, que je n'ai pas l'honneur de connaître. Une question pour commencer: c'est quoi, le fascisme? J'en entends parler depuis des lustres et je ne sais pas ce que c'est, vraiment pas, ce n'est pas une question ironique, c'est une vraie question. Le fascisme est un totem qu'on ne prend même pas la peine de définir. C'est un repoussoir. D'accord, je devrais lire le livre de Marc Lasare pour en apprendre davantage. C'est à mon programme à court ou moyen terme. Maintenant, Mélenchon. Je l'ai écouté l'autre jour sur RMC mettre 10 mn à répondre à une chômeuse qu'il a prise de très haut avant de finir par lui dire qu'il ne savait pas quoi lui répondre, mais qu'il allait "remplir les carnets de commande". Ah bon, c'est lui qui remplit les carnets de commande? Parce qu'il va mobiliser 100 milliards dans un plan d'investissement? 100 milliards dont personne ne lui demande où il compte les trouver. Son programme social est la copie conforme de celui de Le Pen (pour qui je me retiens de voter, et je ne promets pas de ne pas le faire), à la xénophobie près, qui n'est pas un détail, pas plus que le fait que des nazinostalgiques sont les meillerus amis de Marine Le Pen ne constitue pour moi un détail, et j'emploie le mot à dessein, pour y mettre toute la charge symbolique dont il est à présent porteur. La xénophobie est grave. Mais la situation de notre pays est grave aussi. Entre deux maux graves, je ne sais lequel choisir de soigner en priorité. Or il me semble que le programme de Mélenchon et celui de Le Pen est le bon, à pas mal de mesures près chez l'un et chez l'autre. Pour Mélenchon, je suis comme Orlando, je crois que c'est un homme du XIXème siècle. Entre les programmes de Hamon et de Mélenchon, la situation d'un travailleur pauvre sera meilleure avec le revenu uiversel de Hamon qu'avec la faible revalorisation du SMIC de Mélenchon. Donc ne faut-il pas choisir l'out-sider de gauche si la priorité est de lutter contre Le Pen ou simplement d'améliorer la situation du pays, sachant que, pour le reste, le programme de Hamon est entièrement dans les nuages. La gauche de Hamon a le bon goût de la gauche plurielle, mais est la gauche post-humaine d'après la révolution numérique et d'après l'automatisation du travail. Mélenchon veut sortir de la Vème République, la belle affaire! La modifier suffirait amplement. Pour la changer, il envisage de convoquer une assemblée constituante dont la moitié des constituant serait tirée au sort, ce qui mettrait sur le même plan des gens qui ont réfléchi à ces changements et d'autres qui n'ont aucune idée sur le sujet. On substituerait donc la République des incompétents à la République des experts, pour parler comme @Jacques Attali. Mélenchon est fasciné par le tirage au sort depuis qu'@Etienne chouard l'a remis au goût du jour. Il estime que ce qui est valable pour les jurys d'Assises est transposable à la politique. Il ne voit pas la différence entre la décision impartiale touchant un individu impliqué dans une affaire criminelle et la décision politique. Mélenchon est encore plus irréaliste et moins démocrate que Le Pen pour trois raisons. Premièrement, Mélenchon, imbu de dégagisme, prône le référendum révocatoire pour assurer l'instabilité politique à tous les niveaux. C'est le même qui veut durcir les conditions de licenciement des travailleurs. En face, Marine Le Pen propose le référendum d'initiative populaire. La deuxième raison est sa stratégie européenne. Il veut négocier, ne rien obtenir et claquer la porte sans référendum. Le Pen veut négocier, ne rien obtenir, puis organiser un référendum, où il lui sera signifié que les français ne veulent pas sortir de l'Union européenne ni de l'euro, mais que cette monnaie soit plus homogène et que l'Union européenne ne soit plus organisée par des bureaucrates contre les peuples. La raison institutionnelle à présent pour laquelle Mélenchon est moins démocrate que Le Pen. Il n'envisage même pas de conclure son processus constituant par un référendum. Nous changerions donc de République sans référendum. La VIème République commencerait de façon très démocratique. Mais votre avis, je le sens déjà, est que Mélenchon ne dissimule pas, tandis que Le Pen va nous emmener sans préavis vers une dictature. C'est un procès d'intention. Les régimes fascistes et nazis avaient des origines socialistes. de même qu'il y avait des résistants issus de la famille maurrassienne. Maurras lui-même voyait au contraire en Pétain une "divine surprise". L'échiquier politique est complexe. Vous dites enfin que vous n'imaginez pas Le Pen laisser une Assemblée déciderà sa place. Eh bien moi, ce serait plutôt de nature à me rassurer. Le parlementarisme est une chambre d'enregistrement clientéliste qui coûte très cher, pour amender les lois à la marge. De plus, du point de vue de Marine Le Pen, le référendum lui permettrait de gouverner sans remporter les législatives, ce à quoi elle ne parviendra jamais, si tant est qu'elle ait une chance infime d'être élue présidente de la République ce coup-ci.
samedi 18 mars 2017
La sélection naturelle ou la grâce désélectionnée
« La philosophie institutionnelle fait comme si darwin n’avait jamais publié en 1859 l’origine des espèces qui coupe en deux l’histoire de la pensée occidentale et sans lequel Nietzsche, qui ouvre l’ère philosophique nouvelle, n’aurait jamais pu proposer sa vision du monde. » Oui, le darwinisme coupe en deux la pensée occidentale. Et à ma connaissance, les seuls à l’avoir dit avant Onfray – ou avec autant de force que lui - sont les témoins de Jéhovah. Je me souviens d’un de leurs opuscules dont toute l’introduction était consacrée à cette révolution copernicienne, ferment absolu de déchristianisation comme le christianisme avait été « un ferment de décomposition de l’Empire romain », anticipait Celse sur Néron (s’il attribua aux chrétiens le sac de Rome) ou sur Julien l’apostat qu’en drôle de paroissien, je respecte, moi qui crois avec Julien et avec celse que le christianisme est une religion antisociale, anticulturelle, antihistorique, et ne l’en aime que mieux. Le darwinisme a déchristianisé en profondeur la pensée occidentale. Le christianisme a beau essayer de s’ya dapter, il ne sera pas sélectionné. Darwin a déchristianisé notre vision du monde, je le crois avecOnfray et les témoins de Jéhovah, alors que le darwinisme demeure une hypothèse dont la vérification repose sur très peu de fosciles. Le darwinisme n’est qu’une hypothèse inesthétique. J’écris cela en m’en gargarisant et en encourant les foudres de tous ceux qui voudront m’objecter qu’en science, la notion d’hypothèse n’équivaut pas à celle de croyance. J’écris cela en esthète et comme un dilettante qui n’y connaît rien, et ne prétend pas jouer dans la cour des savants. Mais une chose me saute aux yeux, à mesure que j’essaie de fréquenter plus sérieusement les penseurs de mon temps : tous dépendent du darwinisme. Le darwinisme est sous-jacent au nietzschéisme, au freudisme, à l’Histoire qui suivrait la préhistoire, comme il fut sous-jacent au nazisme. Et le darwinisme est une doctrine. Cette hypothèse est une idéologie. Serge de beketch avait référencé avec un grand à propos tous les dogmes de la religion de remplacement du christianisme. L’évolution y tenait lieu de genèse et le complexe d’Œdipe de péché originel. Ce qui caractérise une religion est de ne pas souffrir qu’on ne l’enseigne pas. Or toute école qui s’autoriserait à enseigner le créationnisme ou simplement « le dessein intelligent » se verrait taxée d’obscurantisme. Le darwinisme est un catéchisme aussi sourcilleux que les Droits de l’homme. Une disposition méconnue de la déclaration universelle des droits de l’homme que René Cassin imagina de décalquer du décalogue de l’aveu même d’André chouraqui, stipule que l’éducation est non seulement plus une obligation qu’un droit (on le voit avec l’obligation scolaire. Or qu’est-ce qu’un droit obligatoire ?), mais que’au sein de cette obligation, quiconque s’aviserait d’enseigner des principes contraires aux droits de l’homme se mettrait au ban de la communauté internationale. L’antihumanisme théocratique des religions révélées est donc contraire à la bienveillance obligatoire, mais totalitaire de l’humanisme démocratique et rationnel.
Consolons-nous, Onfray écrit un peu plus loin (toujours au chapitre I de la troisième partie de COSMOS) que Darwin a découvert après Celse qu’ » il existe une fraternité naturelle, une compassion instinctive » et « que la fraternité des animaux contribue à l’évolution des espèces et à la sélection des individus les mieux adaptés ». La sélection naturelle n’est pas incompatible avec la fraternité, nous voilà rassurés ! Si j’étais disposé à croire darwin, ce serait sur la base d’un argument comme celui-ci. Car je me suis demandé depuis longtemps (pas seulement depuis cette calamiteuse campagne électorale), en observant les écuries présidentielles, comment il se faisait, alors que nous sommes mégalomanes, que des seconds couteaux mettent tant d’abnégation à favoriser la carrière de gens qu’ils n’aimaient pas et qui aspiraient à les dominer, à régner sur eux et à les écraser après les avoir pressés comme des citrons. Comment peut-on devenir militant au service du « meilleur d’entre nous « ? Ou comment un penseur comme Jean guitton a-t-il pu croire sérieusement que Jacques Chirac avait un destin providentiel, comme le rapporte Bernard billaud ? Ou pour sortir du marigot politique, pourquoi l’histoire aboutit-elle toujours à sélectionner des personnages et des grands noms, quand bien même on voudrait faire de l’histoire des mentalités, de l’histoire alternative ou de l’histoire des « anonymes » (sic) pour rompre avec ce caractère aristocratique de la postérité ? Comment la culture sélectionne-t-elle arbitrairement des monuments et des inscriptions (les citations) au fronton de ces monuments, ces grands morts à qui il vaut la peine de consacrer sa vie ? Pourquoi, malgré nos aspirations démocratiques, ne pouvons-nous sortir de l’aristocratie ? Pourquoi avoir intériorisé qu’abolirait-on les privilèges de la naissance, on ne peut s’affranchir de ceux de la renomée ? Comment passe-t-il pour évident que l’égalité devient de l’égalitarisme quand on cherche plus loin que l’égalité des chances ? Or la chance fait partie du talent, on en revient à la naissance : on a plus de chance et de relations quand on est bien né, et le talent paraît se transmettre de génération en génération dans notre système de cooptation dynastique, qui ne repose pas seulement sur un abus de position dominante. Il arrive que la valeur se transmette, et la prestance, et les manières, et l’atavisme, et thomas Dutronc ou Alexandre Brasseur qui sont des sosies de leur père.
Bien. La sélection naturelle est une donnée fraternelle. Je travaille volontairement à la gloire de celui à qui je donnerais volontiers mon ânesse et mon droit d’aînesse. Pourquoi ? Michel Onfray a une réponse : le darwinisme est sans métaphysique. On doit donc l’opposer à Péguy pour qui tout homme porte une métaphysique patente ou latente. Nietzsche n’a pas de métaphysique et c’est mieux ainsi. Les généalogies de Nietzsche sont tellement dures qu’on ne renonce à mettre Hitler dans sa postérité, ce qu’il est manifestement, qu’à condition de croire que Nietzsche s’est réellement affranchi de la causalité. Pas de causalité, pas de métaphysique ? C’est à voir . Mais pour Michel Onfray, il faut renoncer à toute métapsychique, toute téléologie, tout spiritualisme, et opter résolument pour une ontologie matérialiste. Or, pourquoi le matérialisme s’opposerait-il au spiritualisme ? En quoi le fait que la pensée soit matérielle empêcherait-il qu’elle soit spirituelle ? En quoi le fait que l’esprit serait localisé empêcherait-il qu’il soit transcendant à sa localisation cérébrale ? En quoi le fait qu’on puisse situer l’âme, ou décrire ses opérations, empêcherait-il qu’on ait une âme ? Pourquoi les pudeurs de teilhard ou de son disciple Gustave Martelet voulant à tout prix dégager l’esprit de la sphère mortelle ? – L’évolution est une pensée sans corrosion. L’usure lui est une insulte. Elle ne sait pas penser la corruption. C’est la pensée de la génération qui prend son temps pour s’adapter et devenir spontanée. - Michel ONfray n’a-t-il pas de métaphysique ? Son refus du ciel commande sa fascination du sous-sol. Il est à la recherche des forces tellurriques, cette végétation de l’esprit en reptation, ce vitalisme végétatif qui est est l’essence du néo-paganisme ? C’est pourquoi Michel ONfray avait peut-être raison de traiter Manuel valls de crétin, mais Manuel Valls l’a bien démasqué en le disant proche d’Alain de Benoist.
Koz toujours, un néo-catholique de la bonne conscience
Erwan Le Morhedec a posé une question que je m’étais posé moi-même sous une autre forme : je me demandais si on peut être chrétien et voter Front national. Aujourd’hui je me contente de me retenir de le faire. La question s’est déplacée. Le Front national n’est plus seulement désigné comme l’expression de la xénophobie ou anathématisé comme le héraut du fascisme, il porte la question identitaire. J’aime le souverainisme du front national, Le Morhedec déteste son identitarisme. Moi aussi. Mais quand je le vois avoir une haine visible pour la haine ordinaire qu’il suppose à son contradicteur, Laurent dandrieu, emblème des identitaires pour les besoins de la polémique, quand je le vois par ailleurs se satisfaire de ne rien faire pour les migrants lointains qu’il trouve plus pauvres que nos pauvres, ses prochains, parce que « nous sommes les riches du monde » (Le morhedec est aveugle à ses prochains parce que son regard est globalisé), je me dis que Le Morhedec symbolise ce catholicisme de la bonne conscience, qui pense qu’il lui suffit de dénoncer en avouant son impuissance sans s’affliger outre mesure de ne pas être un bon samaritain pour avoiraccompli sa mission et être quitte avec le bon dieu. À l’en croire, il s’agit de ne pas tout laisser dire sans s’inquiéter de tout laisser faire sous prétexte qu’on ne peut pas être partout : « Je suis plus utile dans les mots », se console-t-il, ayant fait de son indignation vertu et s’en parant sans savoir si dieu ne l’appelle pas à s’occuper concrètement des migrants venus d’ailleurs ou des pauvres d’ici, plutôt, comme il était dit dans cette interpellation que je n’ai jamais oubliée, de s’entendre reprocher un jour : « J’avais faim et vous avez discuté de ma faim, ou j’étais un étranger et vous avez discuté de mon statut de migrant ».
Je ne comprenais pas qu’Yves-Marie adeline ait reproché aux évêques dans un de ses écrits de beaucoup citer l’Evangile. (Il était alors traditionaliste et les traditionalistes sont catholiques sans être apostoliques). « c’est bien la moindre des choses, lui répondais-je intérieurement. Or il avait raison. Le Morhedec est un catholique de la bonne conscience qui cite beaucoup l’evangile : »Je préfère regarder la poutre qui est dans mon œil », assure-t-il et se rassure-t-il. Mais on le voit âpre à rabaisser sans charité son interlocuteur. Son âpreté est tout amertume et le contraire de la virilité.
Dans le même genre de distinctions que je voudrais subtile entre charité virile et âpreté amère, j’ai beaucoup aimé cette note de Philippe Bilger dont les articles deviennent de meilleur en meilleur : « La timidité vient de l’orgueuil et ne doit pas dégénérer en arrogance qui vient de la vanité ».
vendredi 17 mars 2017
Primauté de la fraternité
Pour une révolution des droits de l'home qui mettrait la fraternité au centre du tryptique.
La tâche de l'homme paraît être de redistribuer l'égalité que le destin et la naissance paraissent se plaire à partout contrarier. Les droits de l'homme sont purement "opposables" et déclaratifs.
ils paraissent avoir intériorisé la distinction entre
le droit et le fait en faveur de celui-ci, pour mieux écarter le droit en ce qu'il a de positif, et en ceci, les droits de l'homme, bien qu'ils ambitionnent le statut de norme universelle, ont le caractère des lois d'exception, qui commencent toujours par énoncer une règle en termes absolus dans leur premier article, avant d'énumérer les exceptions dérogatoires à l'application de celle-ci. C'est pourquoi les droits de l'homme supportent la contradiction qui paraît s'élever entre eux. Mais la principale de ces contradictions n'est pas où on la situe généralement, de l'égalité à la liberté, elle est de la fraternité aux deux autres.
- En principe, l'égalité entre en conflit avec la liberté. En réalité, la liberté et l'égalité s'équi-librent. L'équilibre est la réalisation présumée d'un idéal de normalité et de santé. Or cette vie "dans le silence des organes" (selon la formule de René Leriche) confond la paix et la sérénité, et déréalise l'exercice conjoint de la liberté et de l'égalité, qui devrait aboutir à la paix des braves sous l'arbitrage de la justice. Mais la justice comme la perfection et la solution ne sont pas de ce monde phénoménal et problématique. La poursuite de l'égalité perpétue l'état de tension et de rivalité, et justifie même en amont le désir mimétique. Elle peut avoir lieu en parfaite convergence avec la liberté,
- Dans la mesure où ce qui est libre est franc, et l'égalité vise à affranchir ce qui est encore dans les fers. Je ne vois pas que la liberté soit jamais prise au piège de l'égalité, puisque la liberté est socialement bornée par le non-empiétement sur "l'espace vital" d'autrui, est téléologiquement subordonnée à la vérité, si on admet le caractère absolu de celle-ci, ce que nous contestons ; Mais quand même le sujet voudrait-il s'émanciper de la tutelle de l'Autre ou du Vrai, la liberté resterait subordonnée aux bornes ontologiques assignées à son exercice, , qui ne sera jamais franc des limites et des lois de la nature ou de la matière (le sujet est libre de choisir de mettre son doigt dans la prise, mais non pas de choisir de ne pas être électrocuté s'il le fait). - La seule loi naturelle est matérielle, et est constituée par ces limites matérielles. Elle n'est pas moralement normative, mais est d'une intransigeance d'autant plus rigide de n'être pas morale. Car la morale joue à savoir ce qu'il faut interdire pour que l'homme ne soit pas licencieux, mais avec une tartuferie que fait rougir la licence et avec un faux air sententieux qui donne licence morale, beaucoup plus efficacement et dans une transgression beaucoup mieux partagée que la licence poétique -. En dehors des résistances de la matière et sans compter les souffrances de la vérité, la liberté ne peut être prise qu'à son propre piège métaphysique, lorsqu'un libertarisme la rend liberticide en énonçant des sentences telles que :
"On les forcera d'être libres" ou "Pas de liberté pour les ennemis de la liberté !"
- La liberté et l'égalité vont doncde paire, sauf à mal les entendre. Il n'en est pas de même de la fraternité sous le régime et le contrôle de l'égalité qui occupe le centre du tryptique, comme la vertu pour les grecs tenait le milieue entre deux attitudes opposées et également intempérantes... Il n'est pas innocent, étant doné la possibilité de cette analogie, de l'égalité des Droits de l'homme à la vertu antique, que la tension vers l'égalité se soit accompagnée, sous la convention, d'un idéal de vertu politique, de vertu et de pureté … - Par convention, les hommes naissent libres et égaux en droit, mais allez appliquer la convention…
- - En apparence, l'égalité vise à la fraternité, puisque deux hommes qui bénéficient des même droits ont tout lieu de se sentir des frères. Mais la poursuite intempérante de l'égalité entraînant celle de la rivalité, les hommes deviendront frères au prix de ce qui a constitué de tout temps la perversion de la fraternité, à savoir le fratricide, entraîné par la jalousie qui s'élève entre les frères. "Des frères, oui, mais des frères ennemis !"
- - L'égalité conduit certes à la fraternité, mais dans l'esprit du fratricide, entretenu sans trêve par l'égalitarisme légaliste et rivalitaire.
- - Conséquence de ce qui précède : L'égalité n'est pas contraire à la liberté, mais conduit la fraternité dans l'impasse du fratricide.
- - Et la liberté n'est pas contraire à l'égalité, mais la fraternité lui est contraire, puisqu'elle prétend obliger la liberté au point de faire naître un sentiment favorable, or il n'y a rien qui s'en laisse moins imposer et compter que les sentiments. Donc rien n'est plus contraire à la liberté que l'injonction fraternitaire, sauf à présumer atteindre un point d'équilibre Qui serait une espèce de neutralité extraémotionnelle, et qui instituerait pour ainsi dire la fiction juridique d'une fraternité vidée de toute substance. Car la fraternité vise au sentiment d'être frères et la liberté ne veut pas se faire imposer ni commander ses sentiments.
- La fraternité et la liberté étant les deux pôles opposés entre lesquelles voudrait s'interposer l'égalité vertueuse, n'ont d'autre ressource que de se pourchasser l'une l'autre. Mais toute vertu qui croit tenir l'équilibre ou le milieu entre deux réalités adverses est conduite à préférer l'une et à occulter l'autre. Comme on est ici dans une construction juridique et que la fraternité ne se décrète pas, l'égalité incline plutôt du côté de la liberté, bien que cette égalité libertaire puisse aisément s'avérer liberticide.
- La fraternité est donc la véritable intruse du tryptique égalitaro-centré dont la liberté est, au pire, le pôle duel. La seule manière de diminuer l'intrusion est de placer la fraternité au centre dutryptique. Cette centralité de la fraternité préférée au centralisme égalitariste, aurait en outre l'avantage de ne pas maintenir l'homme dans une situation pernicieuse d'antagonisme permanent, qui aurait la violence pour seule solution de continuité. Il est paradoxal que, dans la configuration actuelle du paradigme des droits de l'homme, privilégiant la dualité liberté/égalité au détriment de la fraternité qui devient l'oubliée du tryptique, comme il arrive dans toute construction ternaire, parce que le système ternaire choque la dualité, la bipolarité et le caractère dialectique de la raison humaine ; il est paradoxal que ce qui est visé soit le pointd'équi-libre, lequel est d'autant plus inatteignable, introuvable et instable que la poursuite de l'égalité entraîne une redistribution permanente du rapport de forces. Si la fraternité était au centre du système, elle pourrait permuter le droit de l'homme avec lequel elle voudrait être accouplée et celui qu'elle préférerait occulter et aimerait mieux faire discrètement oublier. En d'autres termes, avec la fraternité au centre, la distraction d'un autre droit de l'homme est commutative alors que la liberté ne peut aller de paire qu'avec l'égalité discrétionnaire, de même que l'égalité ne peut être couplée qu'avec la liberté.
- - Si la fraternité, occupant le centre systématique, choisissait d'oublier la liberté et de s'apparier à l'égalité, elle mettrait l'accent sur la priorité que doit constituer, dans l'ordre des devoirs, le fait pour le frère le mieux loti d'aider son frère le moins nanti à se hisser dans l'ascenseur social. Si elle privilégiait la liberté, ce qui serait paradoxalement plus naturel du fait de l'opposition de la fraternité et de la liberté vis-à-vis de l'égalité, elle convertirait se devoir en une volonté d'accompagnement, et se ferait l'auxiliatrice de la conquête de la liberté de ceux qui sont encore chargés de chaînes, sans toutefois accéder à toute inflation revendicative émises au nom de l'égalité par les personnes accompagnées au titre de la fraternité. En d'autres termes, la fraternité et la liberté ne prétendraient pas que le frère le moins nanti parviendrait au niveau auquel a eu la chance d'atteindre le mieux loti ; elles n'aideraient pas celui-là à se hisser exactement jusqu'à celui-ci, mais elles l'aideraient à se hisser au-dessus de sa condition, n'étant pas nécessairement sauf le rapport de forces et des positions initiales, et sans que soient davantage flattées l'envieuse convoitise de rivaliser de celui qui aurait un retard à ratttraper. Dans ce cas de figure, la fraternité et la liberté ne seraient pas obligées d'oublier l'égalité, tant il reste vrai que l'affranchissement est le seul combat qui puisse théoriquement réconcilier nos trois valeurs déclaratives. Se subordonnant l'égalité, la fraternité tempérerait le totalitarisme suborneur de l'égalité vindicative et revencharde. Attendu qu'on occupe toujours une position dans une fratrie, la fraternité respecte par position, contre l'idéalisme égalitaire, l'égalité de position dont est forcée de s'accommoder la conquête de l'égalité en vertu du principe de réalité. La fraternité n'attente donc pas de front et par principe à l'ordre public des sociétés organiques et naturelles, toute société ordonnée étant aussi hiérarchisée, comme le réclame encore la dimension sacrale de l'organicité sociale. Elle ne rend donc pas nécessaire a priori que la conquête de l'égalité se déroule dans le cortège macabre qui suit les épisodes révolutionnaires. Couplée à l'égalité, elle réinstaurerait au contraire une sore de révolution permanente où le mieux loti d'entre les frères remettrait à flots le moins nanti, en lui faisant volontairement reddition, le cas échéant, des biens dont il l'aurait lésé.
- - Que si la liberté venait à répudier la fraternité, la fraternité n'aurait qu'à faire comme si, sans oublier la liberté, en la gardant en toile de fond, mais en agissant en faveur de la liberté par-dessus ses prérogatives. La primauté et la centralité de la fraternité sont d'autant plus souhaitables qu'étant auxiliatrice et médiatrice par nature, elle respecte, non seulement l'ordre naturel et organique des sociétés, mais encore la dimension déclarative du tryptique juridique. La fraternité ne met pas la main sur, elle reconnaît la distance irréductible de l'être et de l'autre, distance qui est la seule autonomie de tout être, ainsi que le crie le Corps semi-Glorieux du ressuscité :
"Noli me tangere", ne me touche pas, cesse de me tenir, ne t'approprie pas ma personne, n'essaie pas de me posséder, ne mets pas la main sur moi, ne te permets pas d'avoir un contact avec moi si j'ai peur du contact, respecte mon tabou de te tenir pour interdit, puisque c'est ma liberté de ne pas vouloir de toi pour mon frère, comme c'est ta liberté de me tenir pour le tien", ce plaidoyer antifraternitaire de la liberté qui a peur du contact constituant sa lettre de répudiation de la fraternité. Où l'on voit à nouveau que la liberté est par sa nature foncièrement plus opposée à la fraternité qu'à l'égalité, alors qu'il n'y a aucune opposition de principe de la fraternité à l'encontre de la liberté. Autrement dit, la liberté peut avoir peur de la fraternité, le contraire n'est pas vrai : la fraternité n'a rien à redouter de la liberté.
- Il n''y a que dans une seule conjonction que les droits de l'homme sont harmonieusement répartis : c'est dans celle de la trinité – LA SOCIETE EST TOUJOURS UNE ALLIANCE DE SECONDE ZONE -
"Liberté dans le Père, Egalité dans le Fils, Fraternité dans l’Esprit ?
Liberté, Egalité, Fraternité des Personnes divines ?
Communion trinitaire dans la liberté, l'égalité, la fraternité?" (un certain Denis, sur l'espace cybernétique du métablog) Si dieu Est Trinité comme le pensent les chrétiens, les droits de l'homme correspondent à… l'identité de dieu ; et, en suggérant de mettre la fraternité au centre dutryptique, soit la grande oubliée des droits de l'homme comme le Saint-Esprit est le grand Oublié de la trinité, on convoque "l'esprit des droits de l'homme" en plein coeur de "l'âge de l'esprit".
- Toutefois, si on prend la précaution d'ajouter que, pour René cassin, les droits de l'homme étaient une profanation volontaire et positive, quoique ne s'intégrant pas dans le droit positif, des Tables de la loi mosaïque, succédant aux lois noachides, alors on est amené à reconnaître que les droits de l'homme sont un universel judéo-chrétien. La fraternité peut-elle normaliser cet universel au-delà de son territorialisme d'origine ? Ce serait du néocolonialisme que de ne pas en référer à nos frères avant d'en décider...
"Dans la « modernité », on a cherché à construire la fraternité universelle entre les hommes, en la fondant sur leur égalité. Peu à peu, cependant, nous avons compris que cette fraternité, privée de la référence à un Père commun comme son fondement ultime, ne réussit pas à subsister. Il faut donc revenir à la vraie racine de la fraternité. ("LUMEN FIDEI", 54).
La psychanalyse a bien fait de nous rendre notre enfance, mais elle a commis une erreur de conséquence contre les structures élémentaires de la parenté en postulant que le meurtre primitif s'était commis de la horde des frères à l'encontre du père. La Bible nous renseigne avec plus de probabilité lorsqu'elle présume que l'histoire a commencé par un fratricide. Ce n'est pas après le meurtre du père suivi de sa divinisation, c'est de toujours que chacun des frères a cherché à nucléariser la famille autour de lui, dans une relation qu'il noyauterait et qui serait de lui tout seul avec les seuls, ses parents. C'est par conséquent de toujours que deux frères ont été de trop dans une famille, ont cherché à s'éliminer pour récupérer tout l'amour familial, l'élimination mutuelle constituant certainement le positionnement primitif et indifférent de tous les membres de la fratrie. Car on est toujours pris en sandwiche tant qu'on n'a pas attiré à soi l'intégralité de l'amour familal, héritage qui ne souffre pas l'indivision. Maurras ne notait pas sans pertinence que tout héritage qui entre dans l'indivision ne fait que des déshérités. C'est pour éviter la dispersion des héritages en lots que naquit le droit d'aînesse. Si meurtre du père il y eut de la part de la fratrie coalisée en horde primitive, le caractère primitive de cette horde ne peut être que secondaire, car cette coalition résulte d'une construction a posteriori où la fratrie s'aperçoit qu'elle a un ennemi commun : le père, déjà gros d'un potentiel de divinisation, que son sacrifice ne fera qu'aggraver, après "le repas totémique", lequel n'est qu'une construction supérieure et probablement mythique du cannibalisme en amour dévorant des frères contre le père saturnien. On ne peut supposer qu'il n'en soit pas allé ainsi que dans une tribu clanique, c'est-à-dire hors de toute logique familiale, à condition d'intégrer que le clan fait peu de cas du caractère du géniteur et que la notion de père n'y existe pas vraiment, Le père étant toujours déjà le totem du clan, avant même son ingestion éventuelle par ce dernier. Et c'est aussi parce que l'histoire a commencé par un fratricide que la fraternité est le plus difficile des commandements et la partie immergée des droits de l'homme.
Les patriarches de la Bible n'ont cessé de promouvoir et de transgresser le droit d'aînesse, depuis le meurtred'abel, commis parce que Dieu transgressait ce droit naturel selon caïn, outre que sa jalousie était excitée par la préférence manifestée au sacrifice de son frère, jusqu'au vol de bénédiction commis par le cadet Jacob, le jumeau talonneur d'Esaü sorti avant lui du ventre de rébéca, auprès de leur père Isaac, vol dont procéderont "les enfants d'Israël", après qu'Isaac lui-même fut pris dans unconflit de préséance, où il ne peut être le premier des enfants d'abraham qu'à condition qu'on introduise, à l'occasion de sa naissance, la distinction entre enfant naturel et enfant légitime, distinction qui tomberat sous Jacob pour répartir les lots des fils d'Israël : Jacob aura tendance à privilégier les enfants de l'amour qui ne sont pas nés d'un "vouloir de chair", mais il faudra attendre saint-Jean pour que l'expression soit seulement employée et qu'ele trouve une résonnance dans notre civilisation, à travers le concept d'enfant désiré. Israël naît d'une transgression du droit d'aînesse ; l'islam apparaît apparemment pour le rétablir et faire rentrer Ismael dans ses droits ; or à peine a-t-il rendu justice à Ismael que l'islam nie à son tour le droit d'aînesse en réclamant une parfaite égalité entre les frères.
("La création tout entière est réceptacle, symbolisée par la lettre beith en Hébreu, "Temple, Maison". Elle est donc féminine par rapport à Dieu (Qui vient féconder). Beith donne bath, qui est la fille. Nous sommes la fille enceinte du père, d'où l'interdit de l'inceste. Le rapport père-fille est sacré, il nomme un Mystère profond, c'est le père qui engendre la Création, laquelle est féminine. Nous sommes amenés à considérer ce rapport père-fille, tellement sacré qu'il est exclusif." (Philippe dautet, "LE CHEMIN DE L'HOMME SELON LA BIBLE" (Desclée de Brouwer, 2009)
La spiritualité nuptiale, non celle du mariage, mais celle des épousailles de l'âme avec dieu, me fascine et elle me gêne. Elle me fascine parce qu'elle réalise un idéal unitif, dont ce qui me gêne est qu'il passe à travers moi. Pour le dire autrement, le mariage suppose l'altérité. Or un mariage avec dieu à l'intérieur de soi peut dériver vers le narcissisme ou le cloisonnement dans une intériorité dévoyée car autoérotique, ce qui est du pareil au même, car l'autoérotisme est une déclinaison du narcissisme. Or comment expliquer qu'au gré des Evangiles et des analogies, Jésus Se présente tour à tour plus "l'epoux" du cantique, mais un maître qui rentre de noces qui ne sont pas les siennes. Comment le comprendre, au-delà de la multiplicité des analogies et des images ?
samedi 11 février 2017
L'universalisme de l'Incarnation
Hier soir, ma fiancée et moi avons beaucoup parlé du dialogue des religions. Nathalie a commencé cet échange dans un syncrétisme qui est bien dans son caractère conciliant. Tous, disaient-elle, devraient reconnaître que nous avons le même dieu. A quoi je lui ai répondu qu’outre que notre image de dieu variait significativement selon les confessions religieuses, on ne pouvait pas faire fi de toutes ces coutumes, par quoi les religions nous relient certes à Dieu au-delà, mais en-deçà et ici-bas à des cultures et à des civilisations. L’islam est une épopée religieuse qui ne s’est jamais départie de la violence, depuis la geste prophétique jusqu’à nos jours. Nos religions devraient dialoguer sans viser à tomber d’accord, sommes-nous convenus. Nous ne devons pas renoncer à nos vérités culturelles, ou plutôt à la manière dont l’Histoire a sédimenté que nos identités religieuses sont autant d’approches de la vérité de Dieu. Nous ne devons pas tomber d’accord pour être des frères.
Nous voudrions nous inscrire dans le dialogue islamo-chrétien. Le pis est que nous le voulons à un moment où nous nous posons tous les deux la question du vote Le Pen. Comme quoi ce vote n’est pas toujours xénophobe. Mais comme, dans une République qui refuse d’admettre que la démocratie, c’est le clivage, et qui la transforme en mimèsis, on ne peut plus argumenter, on ne peut pas le faire comprendre.
Le dialogue islamo-chrétien se porte mieux que les Amitiés judéo-chrétiennes. Peut-être que la condescendance de la charité chrétienne l’aborde de façon plus dépassionnée, car le christianisme ne dépend pas de l’islam, quand l’islam dépend de nous. L’islam nous reconnaît par définition, quand nous pouvons reconnaître l’islam par charité. Le dialogue islamo-chrétien est assymétrique.
Les Amitiés judéo-chrétiennes se développent sur un trop vieux fond de repentance et de culpabilité pour ne pas s’abîmer dans des concessions excessives. Les chrétiens ont à se repentir du mal que leur civilisation dans sa ppartie germanique, c’est-à-dire luthéranisée, puis paganisée, a fait aux juifs. A condition de ne pas oublier que l’antichristianisme talmudique précède l’antisémitisme chrétien. Celui-ci s’est développé avec Saint-augustin qui bouclait la boucle du triomphe du christianisme en faisant des juifs les bibliothécaires de la Révélation chrétienne. Luther précède Hitler et le luthéranisme est un augustinisme allemand. Le jansénisme aurait pu être un calvinisme capitalistique (et sans doute l’a-t-il été à travers le caractère bourgeois de la révolution française qui fait de la propriété un droit sacré), mais il s’est développé un siècle plus tard que le luthéranisme dans un peuple parlant une langue classique, qui ne pouvait que tempérer les excès de cet augustinisme plus littéraire que politique.
Les Amitiés judéo-chrétiennes filent un mauvais coton parce qu’elles croient devoir se prosterner devant le judaïsme, jusqu’à faire du christianisme une simple ramification qui croirait avoir déjà trouvé un Messie facultatif. Le christianisme ne doit pas céder au judaïsme jusqu’à en faire une voie parallèle et non substitutive de l’Alliance divine. La négation de la théologie de la substitution est une impasse. Les Juifs n’ont pas davantage à reconnaître le Messie s’ils ne le veulent pas que les chrétiens ne doivent avoir honte du christ. Ce n’est pas parce qu’il y a des aspects irréconciliables dans nos deux religions que juifs et chrétiens ne peuvent pas être des frères.
Pour dialoguer à parts égales et sans hypocrisie, les juifs doivent se laisser interpeller par le fait que le christianisme est une histoire juive qui a réussi et qui désormais les protège. La civilisation chrétienne, cette ruse de l’Histoire, a servi de dhimitude pratique aux juifs, du jour où elle a compris tout ce qu’elle leur devait. Nous devons tous nous laisser interpeller par le fait que la promesse divine de donner à Abraham un héritage de nations aussi nombreuses que les étoiles du ciel a été tenue, à l’hyperbole près. L’élection de ce petit peuple à peine reconnu par l’archéologie de la plus haute Antiquité est tellement attestée qu’elle fait vivre spirituellement trois milliards d’humain, ceux que nos frères musulmans appellent des croyant des trois religions du Livre.
Il y a des limites à l’antisémitisme. Cette phrase à l’emporte pièces est provocatrice, mais dévidons les vérités qui ressortent de cette provocation.
Certes, le monde d’Après-guerre a voulu donner leur revanche aux Juifs. De là est né non seulement l’Etat d’Israël capté de façon laïque, mais aussi l’influence majorée dans un monde démocratique d’un peuple de représentants, d’un petit « peuple élu » dans toutes les sphères de la domination symbolique mondiale. Seulement nous ne pourrons jamais aller au-delà de cette dénonciation de la surreprésentation des juifs dans les sphères de la domination. C’est déjà véhiculer un préjugé blessant selon eux. Mais il ne faut pas céder à l’intimidation de l’époque de faire la guerre aux préjugées. Lorsqu’il a écrit son DICTIONNAIRE DES IDEES REÇUES, Flaubert n’a jamais prétendu qu’elles étaient fausses, mais qu’elles étaient assommantes oureçues de manière à être banalisées, à être intégrées avec le ridicule de Monsieur Homais. Tous les préjugés ne sont pas faux. Que les juifs soient « un peuple d’élite, sûr de lui » et non seulement « dominateur », mais dominant est vrai. Cette domination contribue d’ailleurs au mystère de l’élection du peuple juif.
Nous pouvons exciper de ce préjugé qu’on pourrait penser antisémite parce que nous avons mis 70 ans à sortir du monde d’Après-guerre, comme la sainte russie a mis 70 ans à sortir du communisme. Seulement nous ne devons pas aller au-delà. Nous n’avons pas le droit d’être antisémites. Nous n’avons pas le droit de détester les juifs. Nous en dépendons et nous en descendons. Le juif est non seulement le frère aîné du chrétien, au risque de passer pour le fils aîné de la parabole de l’enfant prodigue ou pour Ezaü comme le disait saint-Augustin. Ce n’est peut-être pas encore son « frère aimé » comme l’espérait Jean-Paul II. Pour qu’on en arrive là, il faut que notre amour soit tout à fait exempt d’hypocrisie, et on flatte nécessairement celui dont on redoute la domination. Le juif est plus que le frère du chrétien, il est son père dans la foi. Et le chrétien, cet enfant de la « religion du fils », doit avoir le culte du père. Il doit garder le commandement qui l’enjoint d’honorer son père. Lui, l’olivier sauvage, doit se souvenir qu’il est greffé sur l’olivier franc. La greffe doit honorer son greffon.
L’islam et le christianisme, ces deux histoires juives qui ont réussi, sont deux oliviers sauvages. Partout ils étendent leurs feuilles. A eux deux, ils recouvrent la presque moitié de l’humanité, et de l’humanité qui domine le monde ou la symbolique de la communauté internationale. Mais ils ne cesseront d’être sauvages que s’ils reconnaissent dépendre des quelques 60 millions de représentants de l’olivier franc. La gloire des oliviers sauvages (expression qui me fait penser au rôle de Benoît XVI, le pape qui a prononcé le discours de Ratisbonne, dans la prophétie de Saint-Malachie, «la gloire de l’olive) n’ira pas sans la gloire de l’olivier franc.
Il ne nous est pas malaisé à nous, chrétiens, dereconnaître cette dépendance des fils vis-à-vis de nos pères dans la foi qui invoquent si souvent « le dieu de nos pères », d’abord parce que nous sommes les adeptes de la religion du Fils dont nous nous ressentons les membres ; ensuite parce qu’avant que Saint-Augustin n’ironise sur nos pères dans la foi, Saint-Paul nous a avertis qu’il ne saurait être question de nous réjouir aussi longtemps que le salut qui vient des juifs ne sera pas un salut pour les juifs. Et Saint-Pierre a employé des mots qui auraient dû préserver l’Eglise d’accuser les juifs de déicide, car il a dit que les responsables de la mort du christ étaient tous les hommes. Il a repris à son compte en ne l’ayant pas entendue cette Parole du christ qui demandaient de pardonner à ses bourreaux, « car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Cette Parole a été connue si tôt dans l’Eglise que le premier martyr, Etienne, l’a aussi partiellement prononcée : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché ! »
Les chrétiens ont à rougir de tout un passé antisémite mortifère à grande échelle. Les musulmans n’ont pas ce passé. Aussi sont-ils présentement moins préservés contrela tentation de l’antisémitisme. Ils se posent aussi comme une religion de la désaffiliation, qui a du mal avec la notion de paternité divine. Le Coran explique l’engendrement de Jésus comme la Bible ne l’a jamais fait, mais les musulmans ne veulent pas l’appeler fils de Dieu. Ils appellent Verbe ce qu’ils décrivent comme Fils. « Dieu dit : « Sois et Jésus fut », dit le Coran. Donc ils ne peuvent pas immédiatement reconnaître que les juifs sont leurs pères dans la foi. A peine parviennent-ils à admettre que, si la Bible des juifs ne leur avait pas révélé l’existence d’abraham, ils ne l’auraient jamais apprise. Les musulmans ne consentent, ni à descendre, ni à dépendre. L’arabité ne veut pas (et c’est ethniquement compréhensible) se rendre à la captation laïque d’une part de la terre que les Romains d’abord et les Anglais ensuite ont nommé Palestine, d’un nom qu’ils se sont appropriés.
Musulmans et chrétiens pourraient aimer les juifs au nom de la condamnation du fratricide. Personne n’a le sens de la fraternité comme les musulmans. Mais l’Islam s’est élevé comme la revanche du frère aîné indûment délégitimé. Du moins la chair de l’homme ne comprend pas la délégitimation d’Ismael. L’islam la nie et défend ses droits. Mais défendant Ismael que Dieu a partiellement déshérité en raison d’un Mystère spirituel, l’Islam réalise la prophétie, où Dieu disait à Agar que son fils serait le chef d’une grande nation, mais qu’il s’opposerait à tous ses frères et que tous ses frères s’opposeraient à lui. Un ami musulman m’a dit qu’il préférait brûler le monde entier plutôt qu’ilne le nie. Et le monde entier est en guerre contre l’Islam. Sinon le monde entier, du moins ce qui domine dans le monde. L’islam a la passion de la fraternité, mais c’est une passion égalitaire. L’islam a inventé les droits de l’homme et Robespierre le terrorisme…
Le christianisme se croit à l’abri du fratricide parce que les chrétiens affirment être la descendance d’Abel. Les musulmans ont été imprégnés du récit génétique. Mais ils n’ont pas fait d’Abel un héros de la même envergure qu’Ismael parce que, dans leur passion de l’égalité, ils n’ont pas compris pourquoi le sacrifice d’Abel avait trouvé grâce auprès de Dieu alors qu’Ismael avait été rejeté. Le christianisme est une religion de cadets. Les chrétiens ont entendu Dieu dire à caïn : « Le sang de ton frère monte de la terre et crie vers moi. » Les chrétiens sont devenus des civilisateurs comme caïn, qui s’en excusent soit en pleurant aBel, soit en croyant qu’ils sont devenus Abel.
En ce moment, Marine Le Pen bat le rappel du patriotisme. Je trouve cette notion étonnante, pour ne pas dire anachronique, dans notre société d’individus. Nous que consomme notre désir, nous nous croyons trop grands pour donner notre vie. Nous qui voulons prendre soin de nous, croyons que rien ne la dépasse. Car nous sommes des individus maternés. Nous avons remplacé le clanique par le clinique. Nous avons adopté le point de vue de notre mère pour qui rien ne vaut notre vie. Pourquoi donc en appeler au patriotisme auprès d’individus qui ont tué le père pour se placer dans la position fötale, alors que le nationalisme aurait mieux rendu compte de notre positionnement ? Le patriotisme en appelle à la terre des pères, à la terre et aux morts, à la terre et au sang. Le nationalisme se revendique de cet événement, « nascor », je suis né, le ventre parturiant de ma mère m’a fait naître, on a voulu de moi, j’ai grandi dans une matrice. Le nationalisme est matriciel. Le patriotisme réclame des gardiens du patrimoine. Il n’y a pas de place pour des peuples nouveaux qui viendraient se disputer un héritage que nous détiendrions du droit du sang. Le patriotisme ne reconnaît qu’un peuple de la terre et du sang. La matrice qui fait grandir et naître reconaît que plusieurs peuples peuvent s’adopter mutuellement et partager leurs héritages. Mieux, la nation désigne la gens et donc le peuple, là où le patriotisme ne met l’accent que sur la terre.
Pourquoi donc parler du patriotisme quand on veut en appeler au peuple ? Parce que d’obscurs experts en détournement des mots ont inventé la fable selon laquelle le patriotisme serait honorable alors que le nationalisme serait la guerre. Ce sont les mêmes qui ont reproché à emmanuel berl d’avoir fait que le maréchal Pétain se réclame « de la terre et des morts ». Il en est allé de l’inversion du patriotisme et du nationalisme de la même façon que le sujet, ce qui est jeté sous et donc soumis, l’esclave, est passé maître en philosophie, et a passé pour le maître, l’individu, sujet de droit, l’individu autonome, presque prescripteur et édicteur de sa propre loi ontologique.
« Un peu de nationalisme éloigne de l’universel, beaucoup de nationalisme en rapproche », fait-on dire à Maurras. Au contraire, si le patriotisme ne reconnaît que de la terre et du sang qui crie dessous la terre pour réclamer vengeance, le patriotisme, c’est la guerre. A moins que…
Il n’y ait pour commencer libération de la dette du sang. « Le sang de ton frère crie de la terre vers moi », a dit Dieu à caïn. Il n’a pas dit qu’il a crié vengeance. Et quand bien même l’aurait-Il sous-entendu, caïn, après avoir esquivé : « Suis-je le gardien de mon frère ? », comme son père adam au souffle du jour de la première faute, prend peur : « Marque-moi d’un sceau pour éviter que quelqu’un ne me tue, à l’appel du sang de mon frère qui crie vengeance contre moi », supplie-t-IL Dieu Qui vient de l’exiler. Et Dieu le marque de ce sceau.
« Et puis, me dit ma fiancée Nathalie, la patrie, c’est le Père et le Sang du Christ », Celui dont l’Esprit a accepté de prendre sur Lui toute vengeance. C’est sans doute une variante de ce qu’Henry de Lesquen appelle « l’universalisme de l’Incarnation », dans une formule sibylline, tant qu’on n’en a pas trouvé une explication comme celle-là. La terre et le sang ne crient plus vengeance, ainsi l’a voulu l’Esprit du christ, mais la terre veut être cultivée là où a été versé le sang des morts, qui veulent chanter avec ceux qui la cultivent. En cela peut consister « l’universalisme de l’Incarnation » en toute patrie.
Il y a donc un certain patriotisme à défendre nos pères dans la foi. Il y a des limites à l’antisémitisme. N’est-ce pas, M. de Lesquen ?
jeudi 2 février 2017
Le domaine des Corbières ou de quelques traits peu rassurants de la démocratie sous Mélenchon
Le « dégagisme » paraît le trait dominant de la démocratie mélenchonienne. « Qu’ils s’en aillent tous » sauf moi, paraît dire le leader de « la France insoumise » qui, au hasard d’un meeting où il était mieux costumé que les autres, a découvert des vocables comme « les belles personnes » ou « les importants ». Le « dégagisme » est certes une des composantes massives du populisme. Mais ceux qui anticipent sur cette poussée révolutionnaire usent d’un remède qui ne sera pas seulement impuissant à empêcher que la Révolution, quand ele rentre dans l’ordre, ne remplace toujours une aristocratie établie par une aristocratie de commissaires politiques qui, si elle s’allie à la première en anticipant sur sa chute, n’en constituera que mieux une caste de pillards autrement appelés des oligarques. C’est ainsi que les anciens communistes ont investi la douma dans l’ex Union soviétique et que, plus loin de nous, la noblesse d’empire s’est alliée avec les émigrés sur le retour pour faire de la restauration, ce régime de la charte, un mixte concussionnaire qui n’a dû son salut qu’à une fuite en avantde régime en régime jusqu’aujourd’hui, tous régimes de cooptation.
La cooptation est l’autre trait qui ne rassure pas dans la démocratie de Mélenchon qu’on voit à l’œuvre. D’abord son parti de gauche, puis son projet de 6ème République, maintenant sa France insoumise sont portés par quelques figures médiatiques, dont les plus incontournables sont le couple que forme à la ville Raquel Garrido et Alexis corbière. Ce n’est pas que les deux êtres qui le composent soient le moins du monde antipathique. Mais pourquoi sont-ils toujours là ? Pourquoi apparaissent-ils dans toutes les instances dirigeantes des mécanos formés par Mélenchon ? Et surtout, pourquoi parlent-ils faux ? Pourquoi parlent-ils peuple ou comme Jean-Luc Mélenchon alors qu’on entend très nettement que le recours aux expressions favorites de leur chef est forcé et sent à plein nez les « éléments de langage » ?
Le caractère incontournable de la figuration dans toutes les instances mélenchonistes d’un certain nombre de personnalités, dont l’économiste Jacques Généreux, le bien nommé, montre que l’élection dont se prévalent ces instances est truquée. La démocratie selon Mélenchon, c’est un tiers de cooptation, un tiers de tirage au sort et un tiers d’élection.
Autre curiosité, le candidat de la 6ème république prétend tour à tour qu’il va convoquer une Assemblée constituante et rentrer chez lui, ou mettre en œuvre un programme clés en mains qui lui demandera du temps. Il ne peut assurément pas faire les deux choses à la fois. Par définition, on ne sait pas ce qui ressortira d’une Assemblée constituante. Un peu comme les royalistes qui assignaient au roi le programme qu’il devait suivre pour gouverner dans l’intérêt de la France, Mélenchon, se posant non seulement comme celui qui convoquera l’Assemblée constituante, mais comme le chef d’un parti qui en aura préparé les documents de travail, voudrait bien qu’il en ressorte une république parlementaire tempérée par le référendum d’initiative populaire, qui fait que ce qui a toujours été mal nommé le pouvoir exécutif n’aura plus l’initiative, mais surtout par le mandat impératif, grâce auquel on pourra à tout moment destituer un élu dont on estimera qu’il ne tiendra pas ses promesses. Une sorte d’instabilité garantie, obligeant, devant le mécontentement que suscite l’action de chaque élu, qu’il soit très prometteur ou avare de lendemains qui chantent, que tout représentant de la nation gouverne de façon démagogique pour se maintenir en poste, dans un climat de surenchère, de méfiance et de guerre civile constamment alimenté.
On peut déjà le dire, la démocratie mélenchoniste n’aura pas seulement échoué à endiguer la cooptation, elle n’aura pas seulement favorisé une caste de commissaires politiques qui auront tôt fait de devenir oligarques. Sous prétexte de gouvernement du peuple, elle instaurera le gouvernement de la méfiance. Le peuple sera invité à se méfier des « sachants ». Or je ne sache pas que le gouvernement des ignorants vaille mieux ! Ou comme le répondait Jacques Attali à Claude Goasguen qui l’accusait d’appartenir à «la République des experts, « je préfère appartenir à la République des experts qu’à la République des imbéciles. »
Ce gouvernement par la méfiance est taillé sur le caractère de Mélenchon, un peu comme la constitution de 1958 était couturée sur la stature de deGaulle. Mais Mélenchon est plus Chavez que de Gaulle. Et cette façon de gouverner est-elle viable ? Sans lui préférer celle des Attali et des Macron.
samedi 21 janvier 2017
Le monde d'Après-guerre?
Je me risque à prendre date en déclarant que l'élection de Trump nous fait entrer dans le monde d'Après-guerre, oui, dans le monde que l'on n'attendait plus d'après la seconde guerre mondiale, dont la sortie nous aura pris 72 ans, et dans une Histoire où l'espèce humaine peut continuer d'écrire après Auschwitz parce qu'il y a eu le goulag, les Khmers rouges, le Rwanda...
Le caractère imprévu de cette élection à laquelle elle ne voulait pas croire oblige l'Europe à penser soudainement ce monde d'Après-guerre: elle a pu longtemps s'en abstenir, protégée qu'elle se sentait par le transatlantisme, qui la sommait de rester unie.
L'Europe a perdu son utilité du point de vue de la paix à l'intérieur de ses frontières: les guerres qui la menacent sont désormais extérieures, et l'opposent à une autre ère de civilisation qui voudrait prendre sa revanche sur l'hégémonie occidentale.
Elle n'a jamais réussi à s'organiser en Europe de la défense. La pression que Trump mettra pour neutraliser l'OTAN pourrait l'obliger à créer une CED (bis) ou à perdre son sens en tant qu'Union européenne. Car le sens de l'UE n'est pas d'être un marché commun. Il n'est pas non plus de niveler par le bas des économies hétérogènes. Il n'est plus de s'élargir, y compris à des pays non européens, il est de s'approfondir.
Si le monde sort de l'Après-guerre à compter de l'élection d'un président américain d'origine allemande, l'ironie voudra que ce soit lui qui nous sorte de l'Europe allemande, cette Europe que nous aurons construite contre le mal que nous aura fait une Allemagne ouvertement offensive, qui se sera retournée en imposant son réalisme économique ou la qualité de son industrie, tout en détruisant le charbon et l'acier que l'Europe se promettait de protéger dans son acte de naissance.
L'Allemagne était devenue la caution sans frontière maritime de l'Europe transatlantique. Le brexit et un président américain d'origine allemande renouent avec une permanence géopolitique, qui fait de la grande Bretagne l'origine et désormais le prolongement de l'Empire américain, à moins que les Etats-Unis ne soient la continuation de l'Empire britannique par d'autres moyens, un Empire qui prétend désormais ne plus vouloir imposer sa pax americana.
C'est un mur de berlin qui tombe, sans tomber par le déclin de l'Amérique, dont l'économie est fragilisée, sinon condamnée, par sa dette, qui est aux mains des Chinois à l'égard desquels Trump ferait bien de se montrer plus prudent.
C'est un mur de Berlin qui tombe et dont ceux qui nous gouvernent ne désiraient pas la chute. Même les intellectuels héritiers des partisans d'une union avec la Russie soviétique sont stupéfaits de se retrouver nostalgiques de cet ancien maître dont ils adoraient détester la domination, quoique les intellectuels français aient toujours été fascinés par la culture américaine.
La chute de ce mur de Berlin nous fait entrer dans le monde de la souveraineté et de la multipolarité, du non alignement généralisé. Il ne faut pas être paresseux pour penser ce monde-là. Et il faut le penser subito.
mardi 17 janvier 2017
Peut-on être catholique et identitaire?
Le débat fait rage autour du livre d’#Erwan Le Morhedec, IDENTITAIRES, LE MAUVAIS GENIE DU CHRISTIANISME.
Les lignes qui suivent proposent une réponse à son article publié ici :
http://www.koztoujours.fr/identitaire-le-mauvais-genie-du-christianisme?subscribe=success#blog_subscription-3
Essayons de raisonner avec ordre.
1.Votre livre pose avant tout un problème d'opportunité. A l'heure où nous sommes tant en recherche de nous-mêmes et où il s'agit de s'aimer soi-même pour aimer son prochain, l'urgence était-elle d'accabler les identitaires dont certains sont ou se disent chrétiens, ou de chercher avec eux à tracer le périmètre de qui nous sommes? Je ne peux pas m'aimer si je ne cerne pas qui je suis. De même, j'aime Dieu Qui se dérobe ("Je ne te dirai pas qui je suis, dit-Il en substance à Moïse au buisson ardent) parce qu'Il nous a aussi révélé qu'Il était Amour et Lumière.
Ou pour développer la même idée par un autre prisme, l'apostasie menace notre foi, concédez-vous. Nous devons lutter contre l'apostasie. Or nous ne pouvons ni renier ni défendre ce que nous ne connaissons pas.
2. Dans votre article, vous en venez à imaginer qu'un jour, nous autres catholiques d'après la chrétienté, nous autres post-croisés, nous serons mis en demeure de prouver que notre religion n'a rien à voir avec la violence commise en son nom du fait des identitaires qui seraient nos djihadistes. Une sorte de "pas d'amalgame" transféré de l'islam au christianisme, comme si l'islam n'était pas intrinsèquement, depuis la geste prophétique jusqu'à aujourd'hui et malgré la mystique de qualité attachée à cette religion, une épopée violente. La violence du christianisme est toujours extrinsèquement chrétienne. Le Christ roi n'est pas un chef politique. Il a manié l'épée de la Parole et commandé que l'on remette l'épée au foureau. L'Autel n'a pas de glaive.
3."Le pape n'est pas le défenseur de la chrétienté", assénez-vous. Il doit cependant bien défendre les brebis qu'il est chargé de faire paître. S'il ne peut pas les défendre, si la chrétienté est un gros mot, autant dire que le christianisme ne peut pas promouvoir une "politique de civilisation". Pas plus contre le "gender" ou contre "le mariage pour tous" que pour le "monde nouveau" du CCFD, terre solidaire. Car une civilisation suppose toujours une identité qui se définit par position et par opposition, en positif et en négatif, en pour et en contre. C'est pourquoi j'ai toujours été gêné par la réquisition d'une "civilisation de l'amour", qui me paraît une contradiction dans les termes. La civilisation chrétienne, autre traduction de la chrétienté, me paraît une ruse de l'histoire.
Y a-t-il une civilisation chrétienne? Voilà une question qui vaut d'être posée, elle et quelques autres que vous semblez aborder dans votre livre que je me promets (et vous promets) de lire.
4. En voici une liste non exhaustive: peut-on être catholique et voter pour le front national, catholique et libéral, catholique et filloniste - Fillon passant à tort ou à raison pour le candidat antipauvre et les catholiques se posant en défenseurs des pauvres-, catholique et avocat d'affaire -ce qui est votre cas. vous pouvez l'être à la manière de l'intendant habile qui se fait des amis avec l'argent trompeur sans aimer cet argent-, être paÿen et chrétien? A toutes ces questions, j'aurais tendance à répondre que non, mais une tendance demande réflexion. Je me bornerai à cerner la dernière question puisqu'aussi bien, elle fait l'objet de votre livre. Il me semble qu'on ne peut plus être païen et chrétien après le fascisme puisque la revendication de paganisme bat assez ouvertement le rappel d'un retour à la barbarie. Dans ce monde post-chrétien (puisque nous abusons décidément du préfixe "post"), il me semble que nous devons être judéo-chrétiens, ce qui exclut que nous soyons pagano-chrétiens.
5. Trois mots encore. Le premier sera pour adresser une question supplémentaire à Jacques, un des premiers commentateurs de ce billet, qui vous écrit: « Merci d’être un des rares témoins du fait que si le conservatisme est compatible avec le catholicisme, le rejet ou la haine de l’autre ne le sont pas.» Mais encore? Connaissez-vous un conservatisme qui ne soit pas captatif? J'irai plus loin. Tout un discours de droite, tenu de Philippe de Villiers à Patrick Buisson, vise à théoriser un populisme conservateur, qui serait une récupération salvatrice, assurée par les classes populaires, des valeurs séculaires abandonnées par la bourgeoisie comme autrefois par l'aristocratie, cet abandon aristocratique étant une des "régularités" foucaldiennes. Or ce populisme conservateur me paraît une chouannerie, c'est-à-dire une escroquerie intellectuelle d'une eau plus sale, à tout prendre, que l'escroquerie identitaire. "Les bleus" étaient pour la plupart des paysans qui faisaient la guerre au nom de leurs "messieurs" partis à "la chasse à la perdrix" (pour reprendre une chanson chouane), en émigration, et qui les avaient abandonnés.
6. Quant à la civilisation, considérée indépendamment de la question de savoir si le christianisme est capable d'en générer une ou si c'est la ruse de l'histoire au moyen de laquelle il est entré dans le monde, elle est le versant humain de la vertu de religion. Pas plus que la France n'est qu'un paysage, il n'existe de foi sans religion et partant sans civilisation. La religion relie, en haut, à Dieu et, et en bas, à une civilisation. Votre foi dans le Verbe incarné n'est pas hors sol. Elle n'existe pas indépendamment d'une civilisation dont il faut un tant soit peu défendre l'identité.
7. Enfin, l'identité a-t-elle un bien-fondé spirituel? Dans la Bible, Dieu se définit à la fois comme éternellement le Même et éternellement Insaisissable, y compris, semble-t-il, à Lui-même, mais en tout cas à nous: "Noli me tangere", "cesse de me tenir". "Identité" vient de "idem". L'identité, c'est donc la similarité. Nous ne devons pas être identiques à nous-mêmes, mais ressemblants à Dieu. Cette Ressemblance contient néanmoins un désir de se fixer dans une fidélité à ce qu'on est au plus profond de soi-même. Aimer, c'est se fixer en se déplaçant pour devenir celui qu'on aime. C'est rester soi-même et se laisser entraîner.
mercredi 11 janvier 2017
Trois expériences estudiantines en "intégration"
TROIS INCLUSIONS UNIVERSITAIRES A VINGT ANS DE DISTANCE
(Témoignage rédigé à la demande de M. Jacques BERMONT)
Déficient visuel licencié en lettres et titulaire d’un CAPES dont j’ai perdu le bénéfice, j’ai connu deux expériences estudiantines : la première entre 1990 et 1993, à l’université Paris 4 Sorbonne, à l’issue de mon baccalauréat, la seconde entre 2013 et 2015, d’abord à l’université Lille 3 puis à l’université Paris 3 Sorbonne nouvelle, pour une reprise d’études suivie d’une réorientation.
Ma première expérience s’est déroulée, si je puis dire, à l’ancienne. Je sortais de deux années d’intégration dans le privé, très bien accompagné par un SESAD. Je suis arrivé à la faculté sans beaucoup m’inquiéter si des aménagements étaient prévus pour moi, pariant qu’il n’en existait pas. Je savais vaguement que l’Institut national des jeunes aveugles (INJA) transcrivait les sujets d’examen pour ses anciens élèves reconnus dépendre de son service de transcription. C’est la seule mesure que je demandai au chancelier de l’Université. Cela me fut accordé, mais La mise en place de la mesure se fit après une prise de bec assez épique avec la directrice du service des examens. Mais dès lors qu’une routine s’était installée et dans la mesure où je ne demandais rien d’autre, le suivi se faisait régulièrement. J’étais noyé dans la masse des étudiants, et on tenait si peu compte de mon handicap que j’ai appris l’existence d’un congrès où étaient réunis des étudiants déficients visuels en passant avec un appariteur devant l’endroit où ce congrès se déroulait. J’étais relativement vexé de ne pas y avoir été convié, dans la mesure où d’anciens condisciples connus dans l’enseignement spécialisé y participaient ; mais comme je ne faisais rien pour me signaler comme aveugle, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même.
Je n’ai pas le souvenir d’avoir lu les polycopiés que nous distribuaient les professeurs, mais les lit-on jamais ? Je ne fréquentais pas la bibliothèque de la Sorbonne. Mais il existait à Paris l’association des auxiliaires des aveugles qui nous rendaient deux types de service : elle mettait à notre disposition des lecteurs à raison de deux fois par semaine. On pouvait excéder cette faible quotité pour peu qu’on devînt ami de l’un d’entre eux, ce qui m’est presque toujours arrivé, mais deux fois de façon plus marquante. Les auxiliaires des aveugles pouvaient aussi nous enregistrer des ouvrages. Avec mes lecteurs, j’avais l’habitude de me rendre, soit dans un lieu que les secrétaires de l’UFR (unité de formation et de recherche) de littérature française mettaient gracieusement à notre disposition, soit à la bibliothèque sainte-Geneviève où nous pouvions nous tenir près de la salle de bibliothèque, assis à une table qu’on nous avançait, sur un lieu de passage. Pour compléter mes besoins de lecture, j’empruntais les ouvrages au programme à la bibliothèque Braille de l’association valentin Haüy (AVH) quand ils figuraient à son catalogue. L’ennui était que la bibliothèque ne possédait qu’un exemplaire de chaque ouvrage, et il n’était pas rare que je le lise beaucoup plus tard que le moment au cours duquel nous l’étudions. Les ouvrages étaient volumineux, je portais lourd. (La RECHERCHE DU TEMPS PERDU DE Proust comportait cent trois volumes, les trois livres des ESSAIS de Montaigne en comportaient quarante-sept. Je les cherchais par séries. Il était impossible de revenir sur des passages d’un livre qu’on était en train de lire. Ma lecture s’en ressentait, trop imprécise pour être universitaire. Je manquais de curiosité pour chercher des ouvrages en éditions bilingues : Français-latin, Français-Allemand. Je ne travaillais qu’avec les deux associations que j’ai citées. Je n’ignorais pas que d’autres existaient, mais je n’avais pas l’idée de m’adresser à elles. Je vivais seul, bénéficiais d’une aide familiale assez restreinte (ma mère et ma tante avaient bien entrepris de m’enregistrer LES MEMOIRES de Saint-Simon), ma famille habitait Mulhouse et moi la banlieue parisienne, je n’avais pas d’auxiliaire de vie, il m’aurait été difficile d’assurer une correspondance avec davantage d’associations. Rétrospectivement, j’y aurais certainement gagné.
J’ignore même s’il existait un « relais handicap » à la Sorbonne. Je ne crois pas, car le peu de personnes qui étaient dans ma situation et avec qui il m’arrivait de suivre des cours avait l’air de se débrouiller comme moi.
Mon système a montré ses limites quand je suis arrivé en maîtrise et quand j’ai, un an plus tard, tenté de passer une équivalence en philosophie. A la Sorbonne, on lisait en Français et en grec. Je ne savais pas lire le Grec. Quant à mon mémoire de maîtrise, je l’avais placé sous la direction d’un spécialiste de Montaigne dont je ne me doutais pas à quel point il était pointilleux. J’avais beau lui avoir proposé un sujet très général, qui nécessitait, pensais-je, peu de bibliographie secondaire, sa formation de chartiste ne concevait pas, non seulement que je méconnaisse cette bibliographie, mais que je n’étudie pas les variantes entre les quatre éditions des ESSAIS de Montaigne. Une telle quantité de lecture ne m’était pas possible avec le dispositif qui m’était consenti par les Auxiliaires des aveugles, même amélioré par l’amitié avec les lecteurs. Ce mémoire, que j’avais l’intention de taper à la machine (je ne possédais pas d’ordinateur, n’avais pas appris l’informatique et n’avais pas adressé de demande à l’AGEFIHP pour bénéficier des cinquante mille francs qu’elle attribuait pour un tel équipement), était mort-né.
Ma seconde expérience était le fruit d’une volonté de me resocialiser. Trop d’années passées à penser le monde dans ma chambre, à écrire en soliloquant, à entretenir l’espoir d’être publié sans achever un seul ouvrage, m’ont convaincu de me désédentariser et de me réimmerger dans « le monde réel ». Ma compagne et moi avions migré à Mulhouse et étions ouverts à reconfigurer notre mode de vie, elle restant à Mulhouse et moi faisant des allers-retours entre Mulhouse et Lille, ville où elle avait des attaches et dont j’aimais l’état d’esprit.
Je suis parti en prospective avec l’idée de reprendre mes études où je les avais laissées, avec un débouché professionnel possible à travers le CAPES. Courant juillet, j’ai visité la faculté et son « relais handicap ». On m’y a promis monts et merveilles. On m’a fait miroiter la possibilité d’un tutorat étudiant pour accompagner mes études. Je me suis dit que l’absence d’aide humaine institutionnalisée avait fait terminer les précédentes dans un cul-de-sac. Entre temps, je m’étais mis à l’informatique, beaucoup d’ouvrages étaient numérisés, la bibliothèque numérique francophone adaptée (BNFA) et Gallica existaient, je partais donc gagnant, persuadé que j’avais toutes mes chances…
C’était sans compter une première déconvenue personnelle. Au premier cours de didactique, je réalisais que la plupart des filles de ma promotion aimaient faire classe, aimaient le tableau noir, comme si elles allaient continuer de jouer à la poupée avec des élèves. J’ai réalisé alors que je détestais l’idée même de classe, ce regroupement non affinitaire d’élèves, et de faire classe : je n’avais aucune présence physique, je n’étais pas bon acteur.
Lorsqu’un peu plus tard, j’ai rencontré le médecin au cours de la visite médicale qui devait décider de la manière dont le « relais handicap » allait me seconder, j’ai appris, dépité et stupéfait, que je n’avais pas droit à un tutorat étudiant, que les textes étaient très clairs et qu’un aveugle comme moi ne pouvait y prétendre. Que ne me l’avait-on fait savoir avant ! Le « relais handicap » s’engageait tout juste à transcrire (très mal) mes sujets d’examen et à aménager les conditions dans lesquelles je les passerais : salle séparée, tiers temps, secrétaire. J’en étais donc au même point qu’à la Sorbonne, avec des effets d’annonce dues à l’air du temps et à la loi de 2005, qui ne débouchaient sur rien de concret. Pis encore, je n’avais droit au financement d’aucun matériel. L’AGEFIHP n’assurait plus l’équipement de personnes non professionnelles. Les étudiants devaient s’adresser à la MDPH (maison départementale des personnes handicapées) Le service de médecine préventive de Lille 3 avait demandé et obtenu une délégation de compétence de la MDPH dans le domaine universitaire. L’intention était louable : les étudiants n’auraient pas à attendre que la MDPH instruise leur dossier, ce qui pouvait prendre plusieurs mois. Mais comme la dotation du « relais handicap » était faible, le parti avait été pris de ne pas assurer de financements en dehors de cas médicaux très lourds. Le « relais handicap » tenait aussi à prévenir les étudiants qui dépendaient de lui qu’il ne les accompagnerait pas dans les salles de cours.
Il ne leur faisait pas non plus visiter la faculté.
L’ESPE (école supérieure de l’enseignement et du professorat) s’était proposée, via ma professeure de didactique, de suppléer aux carences de matériel qui étaient les miennes, voire de déléguer un assistant d’éducation qui m’aurait servi d’auxiliaire de vie étudiante (l’Université de Mulhouse met à la disposition de ses étudiants en situation de handicap un auxiliaire de vie scolaire…). Renseignements pris, la chose n’aurait été possible qu’à compter de mon intégration dans l’Éducation nationale en qualité de professeur stagiaire.
Les courriels rendaient plus facile la communication avec les professeurs. Presque tous faisaient preuve de bonne volonté et acceptaient de me transmettre une version numérique des polycopiés qu’ils distribuaient. Mes relations avec mes camarades de promo étaient inexistantes. Je croyais avoir touché le fond à la Sorbonne, ce fut bien pire à Lille. Pourtant je n’étais plus sauvage et j’étais prêt à faire les efforts nécessaires pour que les relations soient spontanées. Aucune coopération en dehors des cours ne s’avéra possible, jamais de travail en commun. Lorsqu’à la fin de l’année, me voyant admis au CAPES dans le premier quart des candidats au concours, l’étudiante la plus prompte aux prises de parole et à s’inscrire pour faire des exposés me dit que j’avais donné à tous une leçon de vie, je me suis retenu de lui répondre que ça me faisait une belle jambe.
Au bout de six mois de cette vie lilloise, je me suis rendu à l’évidence qu’il fallait me réorienter. Sans doute aurais-je dû rapidement prendre contact avec le bureau du recrutement de l’Académie de Lille pour préparer mon intégration au sein de l’Éducation nationale afin de faire de l’enseignement alternatif. J’ai eu le tort de supposer que je n’y trouverais pas d’interlocuteur, ce qui n’était pas déraisonnable au regard du peu de relations que nous avions avec le ministère, qui devrait repenser sa gestion des ressources humaines : il n’est pas étonnant que tant d’enseignants démissionnent.
Ayant toujours voulu faire des études qui soient au confluent de la littérature et du droit et après avoir pris conseil auprès du CIO (centre d’informations et d’orientation) de Lille 3, j’optai pour une licence professionnelle d’écrivain public, conseil en écriture, qui était dispensée à Paris 3, à raison de deux journées de cours par semaine, ce qui me permettait de garder un pied à terre à Lille, éventuellement pour rattraper les UV de master que je n’avais pas passées, et de pouvoir vivre entre trois villes.
La vie auprès d’étudiants plus âgés, expérimentés, aguerris, souvent en reconversion professionnelle, habités par une fibre sociale, fut le jour et la nuit par rapport à ce que j’avais connu à Lille, où ceux qui se préparaient à s’engager dans le métier d’enseignant le faisaient généralement à l’issue d’une scolarité sans encombre et d’une vie sans heurts. Tout me plaisait, de l’enseignement à la croisée des lettres, du droit, et de la sociologie à l’ambiance qui régnait entre nous. J’étais parfaitement intégré dans la promotion. J’allais jusqu’à suivre des cours d’informatique avec tout le monde. J’avais l’intention de les actualiser et de les compléter avec un centre de formation à distance en informatique adaptée, qui ne m’aurait pas été financé par l’Université, mais qui, étant la création d’un militant de la cause, était très peu onéreux.
Le « relais handicap » de Paris 3 était dans une vraie démarche d’accompagnement. Il ne se contentait pas de transcrire (très bien) des sujets d’examen, mais il numérisait aussi des ouvrages à la demande. Il était prêt, le cas échéant, à transcrire des polycopiés.
J’ai dû mettre un terme à cette formation, ma compagne étant atteinte d’une compression médullaire qui la paralysait, allant jusqu’à nécessiter son alitement pendant trois mois, et donc ma présence à ses côtés. C’est à regret que je n’ai pas pu mener cette licence professionnelle à son terme.
Julien WEINZAEPFLEN
mardi 10 janvier 2017
Grandeurs et petitesses de la pensée Yann Moix
Yann Moix paraît un écrivain malade et médicamenté. Se succèdent chez lui des idées très justes et des idées reçues. IL s’est « judéophilisé », et sa judéophilie est devenue sa clé universelle de lecture
Quand il dit que « commémorer le terrorisme, c’est commémorer notre impuissance », il pointe l’indigence de la politique du « deuil national » qu’a incarnée Hollande et qui aurait marqué a présidentialisation de François Hollande ou la seule grandeur du quinquennat. Mais c’est aussitôt pour ajouter que les terroristes ont envahi notre esprit. Le terrorisme n’a envahi que l’esprit de ceux qu’ilfascine.
L’Etat d’Israël est issu d’un terrorisme qui a réussi. Clement Atlee et Hary Truman ne se sont résolus à le reconnaître que par lassitude, parce que les attentats de l’IRGOUN démoralisaientles les Britanniques et parce que l’influence des juifs américains devenait prépondérante.
Baser toute une politique sur le terrorisme, c’est faire comme les nazis contre les résistants. Notre propre lutte contre le terrorisme à travers #jesuisenterrasse cumule la défense américaine de notre « way of life » et le refus de revenir à l’antidéfaitisme pétainiste.
Quelques sottises de Yann Moix :
- Les djihadistes ne sont pas des nhilistes, mais des rienistes.
- Yann Moix aurait adoré "le quart d'heure de célébrité" d'Andy warol. Il le méprise à présent que les djihadistes s'en emparent.
- L’anarchie serait une idéologie et pas l’islam. L'identité religieuse, même formatée en "alertes Internet", est plus importante pour l'homme que sa manière de consommer (ou way of life) ou ses conditions économico-sociales. Mais le retour du religieux est une régression insupportable pour les progressistes.
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