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mardi 13 août 2019

Patrick Buisson ou la versatilité des profondeurs

Commentaire à un billet de Philippe Bilger sur l’union des droites : https://www.philippebilger.com/blog/2019/08/union-des-id%C3%A9es-ou-d%C3%A9sunion-des-personnes-.html

"Cette désunion des personnes révèle cruellement là où le bât blesse : on discute des publics à atteindre, des citoyens à convaincre, libéraux, couches populaires, conservateurs..."

Cher Philippe, J'allais commencer par vous dire que l'union des idées était impossible, tant "les droites" sont multiples par essence dans l'"union" envisagée. Mais les quelques principes que vous mettez en exergue cèdent à ma critique et présentent moins un programme politique qu'une esthétique de la droite, son manuel de savoir-vivre et de civilité à la tête de l'Etat.

Quant à Patrick Buisson qui catalyse cette recherche des publics en l'appuyant sur une recherche des idées qui pourraient à la fois plaire à ces publics, et tout de même reconstruire une nation digne de ce nom et fidèle à ce qui la cimente, c'est un sondeur. Il saute dans les profondeurs entre les concepts qu'il passe en revue comme des obstacles au rythme de la versatilité de l'opinion qui doit se saisir de la communauté d'intérêts entre les "classes inférieures" et la petite bourgeoisie pourréaffirmer une communauté de destin sur la foi de valeurs désertées par la bourgeoisie et chouannement gardées comme leur bien élémentaire, un peu comme le chapelet serait la prière des pauvres, contre la bourgeoisie émigrée, par la plèbe, cette éternelle abandonnée, proie de l'immigration grand-remplaciste et de l'émigration bourgeoise.

Nicolas Sarkozy avait su s'entourer d'hommes intelligents et Patrick Buisson n'était pas le moindre. Entre Henri Guaino et lui, le président à talonnettes était bien encadré. Guaino lui est resté fidèle, lui dont Sarkozy refusait qu'on l'exfiltre de son conseil. Il voulait le garder parce qu'il était "fêlé". Buisson, plein de ressentiment, devait le traiter de "golden boy de la politique".

Mais "le mauvais génie"(?) de la droite avait une boulimie d'activités. Lots de consolation, diriger la chaîne "Histoire" et bâtir des films documentaires ne suffisait pas à le tirer de peine. Les documentaires de Buisson sont à l'image de ses analyses, équilibrés. Ils sont d'une grande exhaustivité historique, exposent tous les faits sans occulter ceux qui desservent la cause embrassée par le documentariste, ce qui nous change et nous sort du journalisme ordinaire, et feignent de n'être pas de parti pris, mais dissimulent leur point de vue comme le levain dans la pâte documentaire.

Cependant l'activisme du documentariste devait lui faire retrouver le cambouis du marigot politique pour y remettre les mains et rechercher dans ces bas-fonds providentiels une nouvelle personnalité sur qui jeter son dévolu et que coacher. C'est ici que les ennuis recommencent pour Patrick Buisson.

Quelle mouche l'a piqué de prendre Wauquiez au sérieux et de s'imaginer que quiconque pourrait durablement croire aux balivernes de ce faux jeton, qu'on prendrait aisément pour un premier de la classe aussi falot que faillot, qui ne serait pas dénué d'intelligence, mais aurait bâti sa réussite en subtilisant les notes de colle des vrais bons élèves tout en les dénonçant quand un mauvais coup ayant été commis, le professeur chercherait un responsable qui se dénonce, sinon il punirait toute la classe...? Première erreur de casting que le choix de Wauquiez par Buisson,l'âme en peine, cherchant à se recycler et voulant trouver de la peine à se donner pour un homme à modeler.

Si ce n'est pas Buisson qui a conseillé à Wauquiez de choisir Bellamy comme tête de liste de la droite aux européennes, ce choix ressemble tellement à un conseil de Buisson qu'on croirait le lui entendre souffler en trompe-l'oeil. Mais bellamy n'est pas à la hauteur des espérances placées en lui par son improbable mentor dont il entraîne la chute pardémission. Comme il a fait se rétamer son camp, Buisson, dont Bellamy incarnait pourtant la ligne, libérale, sociale et conservatrice, renie la ligne et le choix de Wauquiez.

Il revient à ses premières amoures et s'isole dans le bastion lepéniste jamais en mal d'une querelle d'Atrides, hier entre le père et la fille, aujourd'hui entre la nièce émergente et la vieille tante indigne qui ne veut pas se retirer du jeu bien qu'elle ait largement démontré son seuil d'incompétence dans le débat d'entre-deux-tours de l'élection majeure dont elle était l'out-sider. Son instinct ne trompant pas ce limier de Buisson, il choisit d'abord la nièce et sa jeune beauté, d'autant qu'elle aussi incarne sa ligne. Puis il la renie, explique "Le Figaro", elle et lui jouant à contre-emploi.

Dans "La cause du peuple", Buisson expliquait que la reconquête du pouvoir serait l'afaire de cinquante ans. Il reproche à la nièce d'avoir la vue longue et de ne pas avoir une stratégie pour 2022, mais de réunir des personnalités pour plus tard dans un remake de "La droite hors les murs" imaginée, avant Robert Ménard, par "le club de l'horloge".

Il dîne avec la tante et la félicite d'ambitionner de réunir sous sa férule identitaire les blessés de la gauche et les imprécateurs des soupes populaires accusant les étrangers de leur voler leur pain. Il applaudit sa nouvelle jument de retour de théoriser le front des populismes. Il y vient trop tard. Ce front n'était pas sa ligne, mais il était dans sa ligne de mire, puisque cet ancien conseiller de l'ombre de Sarkozy avait approché Mélenchon et que "La cause du peuple" ne cesse de parler le marxien au service du conservatisme que l'auteur appelle "le populisme chrétien", qui serait maintenant, à l'en croire, un simple avatar de la doctrine sociale de l'Eglise.

lundi 5 août 2019

Quelques pourquois économiques

Pourquoi ceux qui investissent dans la pierre préfèrent-ils laisser leurs logements vides que prendre le risque d’avoir des locataires qui leur laissent des impayés ? Pourquoi les écologistes continuent-ils de préférer construire des logements sociaux qu’appliquer la loi de réquisition des logements vides ?

Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il excepté l’investissement sur la pierre de l’abrogation de l’ISF ? Pourquoi ne lui fait-on pas grief de décourager l’investissement patrimonial, comme on a reproché à Roger Quillot qui peut-être en est mort, d’avoirtué l’immobilier en étant soi-disant trop favorable aux locataires ? Pourquoi le président de la République a-t-il donné par là le signe que la politique de la France se fait à la corbeille ?

Pourquoi faut-il reconnaître l’économie de marché au point d’approuver les marchés non seulement dans leur court termisme, mais aussi dans leur manière deprovoquer des crises économiques à chaque fois qu’ils s’affolent et sont pris de psychose collective ? Pourquoi l’actualité fait-diversifie-t-elle pour faire de la psychose une catégorie du politique au détriment de l’analyse qui n’aime pas les chiens écrasés ? Pourquoi la démocratie est-elle « le gouvernement du présent », selon l’heureuse formule de Charles Maurras ?

Pourquoi le capitalisme assume-t-il d’être la nationalisation des pertes et la privatisation des profits ?

Pourquoi la loi de l'offre et de la demande privilégie-t-elle l'offre au point de créer des besoins artificiels et ignore-t-elle la demande de continuer à produire un bien que l'offre veut remplacer ou a transformé en le mettant à jour? Pourquoi feint-on de croire par fidélité à Borjès et à sa "bibliothèqe de Babel" qu'Internet est une bibliothèque universelle et éternelle alors qu'il est soumis à un bug, une panne comme au bon vouloir de ceux qui l'administrent?

Pourquoi la République qui est la chose du peuple doit-elle être présidée et gouvernée par des corps intermédiaires qu'on appelle des "partenaires sociaux"? Pourquoi ne peut-on trouver nulle part une version écrite du "pacte républicain" et pourquoi le contrat social doit-il être non écrit selon Rousseau, alors que "l'expression de la volonté générale" ne fait aucun cas des lois non écrites défendues par Antigone et illustrées par toute l'œuvre de Sophocle?

Pourquoi existe-t-il une bureaucratie libérale dont la Commission européenne est l’emblème, et le libéralisme ne pourrait-il pas mourir de sa bureaucratie ? Si oui, pourquoi la mort du libéralisme ne pourrait-elle pas entraîner la mort du capitalisme ?

Pourquoi Jésus est-Il libéral, comme l’a montré Charles Gave, alors que le libéralisme est la politique du renard dans le poulailler, qui remise la charité au terrier du plan personnel, très loin du politique, mais prétend que les missions régaliennes de l’Etat sont d’assurer la sécurité de la propriété privée ?

Pourquoi le christianisme, qui se prétend la civilisation de la personne, n’assume-t-il pas le préjugé libéral de la libre disposition du corps, qui n’est que la conséquence de la liberté d’adhésion que le Créateur a accordée à la créature et dont Il a fait en quelque sorte une des, sinon la condition du salut ?

Pourquoi la liberté laissée à la créature humaine ne s’étend-elle pas au corps politique, la démocratie ne consistant pas à « mettre la vérité au voix », mais à mesurer le positionnement du corps politique (l’homme est un être positionnel) et son degré d'adhésion, à la fois vis-à-vis de ses conditions actuelles et éventuellement vis-à-vis de la Volonté de Dieu s’il existe et s’il est une Révélation qui permette de la connaître?

jeudi 27 juin 2019

Steve Bannon contre le pape

Ce n'est pas mon affaire d'être, comme steve Bannon, en guerre contre le pape François, à supposer qu'il le soit, comme le résume ou le caricature Frédéric Martel dans cet articl.

Ce n'est pas davantage mon propos de soutenir l'aile conservatrice des cardinaux opposants à François dont je ne connais la plupart que par ouï-dire et dont seule se détache pour moi la figure du cardinal Sarah, que j'avais book-maké, au jeu des papabile, parce que je connaissais sa farouche piété, pour être un des successeurs possibles de BenoîtXVI à l'époque où les traditionalistes, qui font aujourd’hui leurs choux gras de toutes ses interventions, en avaient à peinne entendu parler.

Mais force est de reconnaître que je me retrouve dans beaucoup des critiques que Steve Bannon adresse au pape François.

-Non pas dêtre influencépar la théologie de la libération: je connais trop peu l'Amériqe latine pour savoir qu'en penser, même si un prêtre belge qui l'avait étudiée dans sa thèse de doctorat m'en disait le plus grand bien et que la distance que prenait le Vatican d'alors avec cette théologie n'était due qu'à la sénescence des cardinaux qui manquaient selon lui de connaissance du terrain.

-Est-il vrai que François était guévariste dans l'âme et que le péronisme guévariste était une déclinaison argentine de la théologie de la libération ?

-Pourquoi ce pape, qui n'a jamais caché professer une "théologie du peuple", au point d'avoir envisagé, dans sa première interview à la "Civlita catholica", de transférer l’infaillibilité pontificale au peuple de Dieu, se montre-t-il si anti-populiste en pratique, ou à tout le moins si indiférent aux attendus de ces « classes populaires chrétiennes », dont il n’a certes pas à épouser la xénophobie, mais dont il devrait comprendre que l’identitarisme exacerbé est l’expression déboussolée d’un déclassement ? L’élection de Trump résulte d’une telle incompréhension.

- Pourquoi le pape continue-t-il à polariser l’Église sur la morale sexuelle des hommes sans se montrer capable de faire plus contre les abus sexuels dans l’Église que des discours tantôt tonitruants tantôt déresponsabilisants dans des sommets dédiés, ou de nommer des commissions ad hoc, qui diligentent de vastes « opérations pleurniche » où Steve Bannonnote avec raison qu’il n’est jamais vraiment question de « tolérance zéro » ? Ce discours schizophrénique ne peut que « blesser l’Église » et ce « mea culpa » sur des faits prescrits, qui traite légèrmement les affaires en cours, ne peut être qu’un pétard mouillé.

- Pourquoi le pape a-t-il fait le choix de rallier le camp de Davos, de l’establishment mondialisé et des réchauffistes climatistes en s’engageant à fond pour une écologie qui n’est qu’urbaine sous prétexte d’être intégrale, alors que l’écologie est un dévoiement du culte de Dieu, d’abord partagé avec l’homme par un retour d’humanisme bienvenu porté par Vatican II, aujourd’hui transféré à la planète, l’écologie intégrale voulant, comme l’antinatalisme chinois, se débarasser de l’homme pour sauver laplanète et tourner les yeux de l’homme vers la terre au lieu d’y camper ses pieds en inclinant ses regards vers le ciel ? L’écologie est une idolâtrie manifeste soutenue par la théologie.

- Pourquoi, géopolitiquement, le pape n’est-il pas capable de défendre prioritairement les chrétiens d’Orient, ne portant pas même une focale sur ces communautés en fuite, et préfère-t-il insister sur « toutes les victimes » des guerres du Moyen-Orient ?

- Comment peut-il ne pas davantage s’insurger contre la politique de Maduro au Venezuela ou faire les yeux de Chimène à Cuba ou à la Chine, assimilantde fait les catholiques chinois à feu « l’Église patriotique » alors que c’est pour avoir refusé ce compromis afin de rester fidèles à Rome qu’ils furent martyrs de cette dictature ?

jeudi 6 juin 2019

Macron dans un trou d'air

La politique déclarative de Macron a du plomb dans l'aile.

-Hier matin, Bruno Le Maire disait qu'il émettrait des conditions à l'alliance Renault-NissanFiat-Chrisler. Résultat: Chrisler retire son offre de fusion.

-La logique du Brexit réussit. L'axe anglo-américain se reconstitue grâce à un traité bilatéral, et le Royaume-Uni comme les États-Unis retrouvent le plein emploi. Macron affirme de son côté que l'Union européenne est seule habilitée à signer un traité avec Trump et qu'il s'opposera à sa signature tant que Trump n'apliquera pas le traité météorologique de Paris sur le climat.

-Il y a 75 ans, les Alliés n'ont pas hésiter à faire alliance avec Staline pour lutter contre Hitler. Les Alliés d'aujourd'hui refusent d'inviter Poutine à la commémoration du Débarquement de Normandi.

-Macron, qui se déclare favorable à l'abolition mondiale de la peine de mort, refuse d'extrader les dihadistes français détenus en Irak, mais ne veut pas non plus que la justice iraquienne les condamne à la peine de mort. Il le fait savoir à l'Irak, la justice iraquienne fait la sourde oreille. Auparavant, Macron avait refusé d'accueillir les migrants de l'Aquarius dans un port français, mais faisait la leçon aux Italiens parce que l'Italie ne les accueillait pas.

-Colomb a fait, puis a quitté Macron. Aujourd'hui, Colomb est soupçonné de détournements de fonds public au bénéfice de son ancienne compagne. "Tu m'aimes, tu participes à mon gouvernement des conflits d'intérêt. Tu me quittes ou tu t'opposes à moi, je te poursuis ou e te fais poursuivre."

Si l'étrange bienveillance médiatique pour le prodige Macron ne se prolongeait pas en dépit du bon sens, on serait dans le Macron bashing. Mais non, ça glisse et Macron ne connaît pas de creux de la vague.

dimanche 2 juin 2019

L'actualité, vecteur de banalisation

Pour Andrew Breitbart, ancien cofondateur du Huffington Post qui a créé l'organe de presse par lequel Steeve Bannon s'est fait connaître, « les lecteurs ne reçoivent pas les informations comme des faits, mais ils en font l’expérience viscéralement, comme un drame permanent. » (Christian Salmon, Mediapart) D’où le fait, que j’avais relevé en son temps dans mon « journal politique », qu’après le viol de « la petite Karine » qui s’était tragiquement terminé par son assassinat, la « petite Karine » avait accédé à une existence qu’elle n’aurait jamais connue sans son viol et sans sa mort tragique. Ce dévoiement fait-divrsiel de l’information en actualité est tragique, précisément. L’actualité est un présent sélectionné à des fins de divertissement, qui fait sortir de la banalité quotidienne pour créer une banalité commune, mortier d’un lien socialdéstructuré par une société atomisée, banalité qui comporte son minimum requis de conscience collective. Cette banalisation banalise le bien et le mal. Je fais partie du "camp du bien" (horrible expression qui se veut péjorative forgée par Natacha Pologny et le co-auteur de leur ouvrage "Délivrez-nous du bien"), la banalisation me donne bonne conscience à peu de frais puisque je condamne le violeur de la petite Karine ou "le boucher de Bagdad" ou de Damas. Mais la banalisation du fait divers ou du scandale créée ce qu'Hannah Arendt appelait "la banalité du mal". Ce n'est pas bien de battre sa femme et ses enfants. Mais s'il y a tant d'hommes qui le font, s'il y a tant de femmes et d'enfants battus, ce qui m'arrive est banal, se dit la victime, et je suis un tortionnaire, un violeur et un harceleur comme les autres, se dit le bourreau.

vendredi 31 mai 2019

Benjamin Constant, la démocratie directe ou le despotisme éclairé?

Mon attention a été attirée sur le discours de Benjamin Constant intitulé "De la liberté des anciens comparée à celle des modernes." Je viens de le lire. On dit de Benjamin Constant qu'il est le père du libéralisme. J'ajouterai volontiers, sur un plan littéraire, que plus que Chateaubriand dont le romantisme a quelque chose de très gaulois et de trop impétueux, il en développpe une version göthéenne, à la fois éprise d'essor individuel et se moquant comme d'une guigne de la mélancolie et des dommages qu'elle cause au héros romantiqus comme à celles sur qui il jette son dévolu. Göthe a en commun avec Flaubert d'avoir d'abord affirmé que Werther comme Madame Bovary, c'étaient eux, avant de renier leurs personnages et pour Göthe, le Sturm ound Rang. Benjamin Constant a fait de même avec "Adolphe." On s'est beaucoup amusé que l'attitude politique de Benjamin Constant avait subi des variations qui ne répondaient guère à son nom. Une constante demeure chez Constant: son goût pour la liberté individuelle. Il faut tirer des leçons de son analyse des conditions d'organisation de la liberté moderne qui datent de 1819. Constant les enchâsse dans une apologie du "système représentatif". Le système représentatif est une découverte des modernes. "Chez les anciens, l’individu, souverain presque habituellement dans les affaires publiques, est esclave dans tous les rapports privés. Chez les modernes, au contraire, l’individu, indépendant dans sa vie privée, n’est, même dans les États les plus libres, souverain qu’en apparence. Sa souveraineté est restreinte, presque toujours suspendue." Il ne s'en ressaisit qu'en de rares occasions, quand il s'agit de contrôler le travail de ses "intendants". Car "Les individus pauvres font eux-mêmes leurs affaires ; es hommes riches prennent des intendants." Les cités antiques étaient des républiques belliqueuses et d'extension limitée. " Toutes les anciennes républiques étaient enfermées dans des limites étroites. La plus peuplée, la plus puissante, la plus considérable d’entre elles, n’était pas égale en étendue au plus petit des états modernes. La division même de l’Europe en plusieurs états, est, grâce aux progrès des lumières, plutôt apparente que réelle." L'individu exerçait une influence dans les cités antiques, lui qui est aujourd'hui "perdu dans la multitude" en aspirant à ne pas être détenu arbitrairement et à jouir de la liberté d'aller et de venir, de s'associer, que ce soit pour exercer le culte de son choix ou des activités conformes à ses inclinations, de commercer et de jouir de ses biens. "La guerre est antérieure au commerce." Tous deux sont des moyens "de posséder ce que l'on désire". L'individu de jadis, quand il était citoyen, servi par des esclaves aussi bien pour les productions mécaniques que pour les productions industrielles, n'entendait pas se laisser voler sa souveraineté. Il nommait et révoquait les magistrats, délibérait de la paix et de la guerre, des lois et des finances publiques. L'individu acceptait la condition qu'y mettait la cité: "que les citoyens soient complètement assujettis pour que la nation soit souveraine, et que l’individu soit esclave pour que le peuple soit libre." "la juridiction sociale était illimitée. Les anciens, comme le dit Condorset, n’avaient aucune notion des droits individuels." Avec cent ans d'avance, Benjamin Constant nous avertit des risques de totalitarisme que court une société qui choisit la démocratie directe. L'influence de l'individu y sera prépondérante, mais il devra renoncer dans son particulier à sa liberté individuelle. Vaut-il mieux se donner des commissaires politiques ou, comme le suggérait Marx, déléguer à des hommes de valeur, bien éduqués et non assujettis au travail productif, manuel, à des hommes qui ne constituent pas à proprement parler une force de travail, le soin d'être nos fondés de pouvoir? Que font les modernes? Ils commercent et ils délèguent. Pourquoi commercent-ils? La guerre est devenue superflue, mais surtout trop dangereuse. "Chez les modernes, une guerre heureuse coûte infailliblement plus qu’elle ne vaut." Il y a une autre raison pour laquelle les modernes préfèrent commercer que s'intéresser à la délibération politique : ils ont moins de loisir, depuis qu'ils ont aboli l'esclavage. Le commerce et ses spéculations créent une très grande activité. Enfin, "le commerce inspire aux hommes un vif amour pour l’indépendance individuelle. Le commerce subvient à leurs besoins, satisfait à leurs désirs, sans l’intervention de l’autorité." "le pouvoir menace, la richesse récompense ; on échappe au pouvoir en le trompant ; pour obtenir les faveurs de la richesse, il faut la servir." Le XIXème siècle commençant sous la monarchie restaurée avait perdu la conscience du tragique de l'histoire, que la Révolution lui avait pourtant fait durement éprouver vingt ans auparavant. Comme les babyboomers, qui avaient connu les années de vache maigre de la Reconstruction, regorgeaient d'optimisme à l'orée des années 70. Emmanuel Mounier, le très renommé fondateur de la revue "Esprit", n'avait pas attendu vingt ans pour parler de la seconde Guerre mondiale comme de "la petite peur du XXème siècle", en des termes que ne lui pardonneraient pas ceux qui y voient "les heures les plus sombres de notre histoire". "Enrichissez-vous", dira Guizot dix ans après que Benjamin Constant eut prononcé cette conférence ou cette "lecture", comme on disait alors. Aujourd'hui, Emmanuel Macron rêvant tout haut que la jeunesse française ambitionne d'être milliardaire sonne creux. Nous n'en pouvons plus d'être "perdus dans la multitude". Mais sommes-nous prêts à payer le prix de la souveraineté si celui-ci est une société de surveillance morale qui abolisse nos chères libertés individuelles? À tout prendre, la surveillance morale est presque préférable à l'exaspération normative en cours et à la société de surveillance préorwellienne par télécrans et objets connectés interposés.

mardi 28 mai 2019

Bilan réactualisé des élections européennes

À chaud, sur Facebook, j'ai proposé l'analyse suivante de ces élections européennes: "Chers amis, Voici mes enseignements de l'élection européenne pour peu que vous leur accordiez un peu de crédit: -Je suis un excellent baromètre pour savoir, non pas pour qui il ne faut pas voter, mais qui fera un score ridicule. J'ai voté Bellamy sans conviction, Bellamy n'a rien fait et n'a marqué personne, contrairement à ce qu'annonçaient les sondeurs, bien que je maintienne que sa position européene était la plus équilibrée et que j'apprenne à qui ne le savait pas (et par conséquent n'est pas un assidu de ma page FB ou de mon blog) qu'en juillet dernier, il avait dîné avec Philippe de Villiers, en marge de l'Université d'été de Renaissance catholique où j'étais -c'est Villiers qui l'a raconté et qui voyait en Bellamy un ami plein d'avenir, non pas comme un tombeur de digues : à à l'époque Bellamy n'avait aucune digue à faire sauter. Bellamy n'était pas encore pressenti par ce stupide crâne d'œuf de Wauquiez pour prendre la tête de listede la droite républicaine aux européennes, ce professeur de philosophie sans brio particulier, conseiller municipal de Versailles, bien que trentenaire, sans enfant et sans carrière, se contentait de dénoncer mollement "la société liquide" au cours des travaux de notre Université d'été, et il n'était pas allé faire la courte échelle auprès de Villiers comme Macron visitant le Puy du fou à la demande de Brizitte pour qui Villiers avait les yeux de Chimène., car Villiers n'a jamais eu de nez, à moins que le nez de Villiers n'ait jamais été fait que pour flairer ceux que devait perdre le Système qu'il détestait. -Le FN-RN n'a pas gagné, mais a perdu sinon des voix, du moins des pourcentages par rapport aux élections européennes de 2014. -Les écolos, sous la présidence de Yannick Jadot et contrairement à ce que disait Daniel Cohn-Bendit, "celui qui a foutu le bordel en France en 68" et dont mon père se demandait toujours pourquoi on lui laissait la parole dans un pays qu'il avait contribué à détruire, a fait une excellente campagne. -Karima Delli vaut beaucoup mieux que Sibeth N'diaie ou Danièle Obono.- en lui souhaitant sa fête ce midi et comme ma mère me manifestait son intention de voter comme moi, Bellamy, je lui représentai qu'elle gagnerait à voter Jadot, car cela lui ressemblait mieux et puis son candidat Jadot ferait mieux qu mon candidat "le Jeunot". -Bayrou se félicite du bon score de Macron et il a parfaitement raison. Le "renouvellement des visages" dont parlait le candidat Macron que Bayrou appelait un hollogramme avant de s'y rallier a bien eu lieu, mais ça changera si peu le sort de l'Union européenne que la liste de Nathalie Loiseaux s'affiliera au parti le plus libéral du Parlement européen, celui-là même qui, de l'aveu même de Bayrou avant la campagne de 2009, faillit désigner Mario Monti à la tête de la Commission européenne, Mario Monti le commissaire, lequel Ernest-Antoine Seillères, alors patron du MEDEF, avait traité de notaire et qui, nommé président du conseil italien en qualité d'expert, participa à mettre dix ans plus tard l'Italie entre les mains de Matteo Salvini, cette résurgence du fascisme. -Sibette Ndiaie, porte-parole ou porte-flingue du gouvernement, s'et comportée en hystéro qui ne relève pas le niveau de Benjamin griveaux, l'hyper-arrogant renversé par les Gilets jaunes d'un ministère sans pouvoir aucun. Celle qui a dit de Simone Veil: "Yes! Elle est deade, la meuf", est un symptome de l'incompétence macronienne. J'avais connu naguère dans deux écoles que j'ai fréquentées deux filles de dissidents gabonais et togolais. Les parents de Sibeth N'diaie étaient juges au Sénégal. Elle qui feint d'avoir grandi dans la Seine-Saint-Denis a grandi à l'ombre d'une valise diplomatique. -Il est déplorable d'avoir assisté à une soirée électorale animée sur France 2 par Mme Publicis et par Laurent Delamêche où sont recyclés des seconds couteaux comme Bernard Tapie dont je pourrais parler pendant des heures, ou comme Jean-Christophe Lagarde ou J.C Cambadélis, l'ex-théoricien de "La Gauche plurielle", qui a fini dans le clivage anticlivant de François Hollande. Moins politique que lui, Jean-Christophe Lagarde dont il a déjà été parlé, mais qui seraplus vite oublié que l'ancien secrétaire trotskiste du PS grandi dans le XVIème à l'ombre de Charlotte de Türckheim, l'ancien maire de Drancy , ce pauvre Lagarde, qui porte le poids UDI d'être aussi l'homonyme de Lagarde MarieChristine ("je suis saoul, saoul, saoul, sous l'escalier!"), pressentie pour devenir successeur (ou sexrice en ce qui concerne l'avocate new-yorakaise) de Jean-Claude (un autre J.C) Juncker, Jean-Christophe Lagarde, qui faisait une mine de déterré ce soir et naguère une publicité monstre rétrospective à propos de Max Jacob et auprès du grand rabbin de Drancy dans une cérémonie organisée par samairie à laquelle j'assistai avec mon frère, et qui n'avait su que dire, pauvre Monsieur le maire ! au moment des attentats de Charlie, sinon qu'il connaissait ses administrés impliqués dans le terrorisme, mais qu'il n'avait rien pu faire pour les prévenir, les empêcher de nuire, car l'État ne l'avait pas aidé, car l'État lui avait fait connaître les limites du clientélisme. Il faudrait que des fausses valeurs comme Lagarde, Cambadélis ou ou Dupont-Aignangnan, dès lors qu'ils ont mis leur poste dedéputé en balance de la candidature européenne, excepté pour Camba qui n'était plus rien, démissionnent de celui-ci, ça me paraîtrait la moindre des "common decency(s)"." À deux jours d'avoir dressé ce petit bilan, je dirais avec Mediapart que Macron est le vainqueur tactique d'une élection pour laquelle il a fait, en promouvant Nathalie Loiseau qui rata son envol pour reprendre un titre du "Figaro", une erreur de casting doublée d'un "échec rhétorique" qui lui est égal puisque Macron est d'une trempe à penser qu'il n'y a que le résultat qui compte. En discutant hier avec mon frère, aussi européen que je suis eurosceptique sans être anti-européen, ne me sentant pas le droit de tuer de mes petites mains l'Europe de Robert Schumann et de Jean-Paul II dont je suis l'héritier de bon gré ou malgré moi, il me semble que l'Europe peut tomber comme un fruit mûr et mourir de sa bureaucratie comme le communisme est mort de son matérialisme athée. L'Europe peut mourir de s'être montée sur un faisceau de fils techniques dont Jean Monnet voulait croire qu'ils la rendrait irréversible. Rien de ce qui est humain n'est irréversible et tout ce qui est humain est réversible. La dignité humaine est de donner aux engagements de l'homme un caractère irréversible. Mais elle ne garantit pas les promesses de ne pas être réversibles et de pouvoir être tenues. Mon frère pense à mon encontre que Macron est en avance sur son temps, car les consciences ne sont paseuropéanisées. Les médias ne racontent pas, ne décrivent pas l'Europe. Il n'y a pas eu de listes transnationales européennes. Cela est vrai. Mais je ne crois pas que Macron soit en avance sur son temps. Il est même en retard d'une guerre. Il a recyclé le vieux monde, le monde d'après-guerre, dont on peut déplorer que Trump et Poutine démontrent qu'il n'est plus de saison, revenant à la confrontation séculaire des nations. Peut-être ces deux dirigeants sont-ils des ombres fugaces. Je crois plutôt qu'ils manifestent des permanences de l'histoire. François-Xavier Bellamy a bien fait le job, pour continuer de parsemer ce commentaire d'anglicismes. Mais il était trop lisse. Il était ridicule d'entendre parler d'agriculture ce jeune philosophe versaillais, qui prétendait à l'équilibre et semblait le poursuivre jusqu'à la posture d'équilibriste. J'ai souvent ironisé sur l'imposture par laquelle Macron, poète-roi de sa propre cité idéale, se donnait en banquier-philosophe. Il a sans doute manqué à FX Bellamy d'être banquier. Ça lui aurait fait gagner en crédibilité.

lundi 27 mai 2019

Ne laissons pas mourir l'Europe!

Voici le commentaire que jepropose à l'article de Koz intitulé "chez nous" en souscrivant globalement à son analyse dont on peut prendre connaissance ici.. Je ne vois pas la nécessité d'être un catholique de droite. J'éprouve la nécessité d'être catholique tout court. Comme un colonel de mes amis, j'aimerais que la civilisation se refonde sur le catholicisme. La civilisation chrétienne m'apparaît comme une ruse de l'histoire, mais une civilisation fondée sur des valeurs chrétiennes est possible. Si pièttre chrétien que je sois et quelque soit le degré de réussite tout relatif auquel je suis parvenu à les incarner dans ma propre vie, ces valeurs sont les miennes. Et puisque droite il y a.... L'insincérité de Wauquiez promut Bellamy pour faire sauter des digues que Wauquiez, naguère repéré par Jacques Barrot et par Alain Minc, aujourd'hui conseillé par Patrick Buisson, ne veut pas faire sauter, allez comprendre. Moyennant quoi la droite a bel et bien "perdu sur les idées des autres". Cette fois-ci, l'enjeu m'a paru de taille et je n'ai pu prendre sur moi, avec mes petites mains, de jeter par-dessus bord l'Europe peut-être chrétienne ou née d'un chrétien, utopie du monde d'après-guerre dont je suis un héritier même s'il est passé de mode, comme en attesteraient Trump et Poutine. Je ne me sens pas le droit de briser l'Europe de mes petites mains, mais peut-être l'Europe tombera-t-elle comme un fruit mûr, si la conscience continue à ne pas s'européaniser, si l'information ne réveile pas un sentiment d'appartenance européen en décrivant ce qui se passe chez les autres. L'Europe pourrait tomber comme un fruit mûr sans besoin de la précipiter dans un nid de fachos. L'Europe pourrait mourir de sa bureaucratie comme le communisme est mort de son matérialisme athée. L'Europe peut mourir si on ne s'avise pas qu'il n'y a pas d'avenir sans protection. L'Europe pourrait mourir du vice technique par lequel Jean Monnet a prétendu la tisser de manière suffisamment complexe pour la rendre irréversible, nous souffla Michel Rocard à un déjeuner du Carrefour libéral et indépendant au Procope en 1999. L'Europe peut mourir. Mais ce n'est pas à moi de faire mourir l'Europe. J'en suis un héritier. Je dois veiller sur l'héritage de Robert schumann et de Jean-Paul II.

vendredi 26 avril 2019

Corps et âme, chair et esprit

Contribution à un dialogue sur le salut de l’âme et la résurrection de la chair sur le forum cahtolique.

-Je me disais en parcourant ce fil que les réflexions sur l'immortalité de l'âme sont dépendantes du rattachement du christianisme à la philosophie antique qui postulait cette immortalité. Rudolf steiner, qui n'est pas une référence chrétienne, y ajoutait le "principe d'innatalité" directement hérité (consciemment ou non chez Steiner) de l'idée d'Origènes selon laquelle Dieu avait voulu et vu chaque âme à l'instant de la Création, ce qui expliquerait que l'homme ne se souvient pas d'être né et de l'instant de sa naissance, et a davantage, par conséquent, la notion de l'éternité qu'il n'a la notion du temps, bien qu'il ne soit pas éternel et que l'âme soit sortie de l'éternité pour être temporelle, même vue et voulue à l'instant de la création, qui est une sortie de l'éternité. L'homme sait-il qu'il va mourir? L'observation de la mort et la philosophie le lui apprennent. Mais l'homme ne se souvient pas d'avoir commencé, il ne se croit pas incohatif. L'homme ne se souvient pas d'être né, c'est pourquoi il lui est si difficile de penser comment il pourrait renaître. (Cf. l'entretien avec Nicodème).

-La traduction latine du mystère de la Passion du christ ne parle-t-elle pas du don de l'âme du christ pour signifier le don de Sa vie? Il me semble que c'est le mot "anima" qui traduit le verset où Jésus dit: "Ma Vie, nul ne la prend, mais c'est Moi Qui la donne." (Traduction issue du cantique: "La nuit qu'Il fut livré".) Jésus ajoute dans l'Evangile de Jean qu'Il a le pouvoir de donner Sa Vie "et le pouvoir de la reprendre ensuite". Que signifie ce pouvoir de reprise? Je ne doute pas que la tradition spirituelle le perçoive comme le pouvoir de ressusciter (or Jésus est ressuscité par Son Père), mais la formulation semble indiquer que telle est la souveraineté du Fils que le don de Sa vie est théoriquement révocable, même s'il ne sera jamais révoqué.

-Vous avez raison de souligner que l'anthropologie chrétienne est ternaire: Corps-âme-esprit. Auprès de l'abbé Laurentin, j'avais risqué une analogie trinitaire où l'âme aurait représenté le Père, le corps le Verbe et l'Esprit l'esprit. L'abbé Laurentin récusa mon analogie, moins pour la manière dont je la conduisais terme à terme que parce que, selon lui, on ne pouvait pas faire d'analogie du Dieu un en trois à partir du "moi",la véritable analogie trinitaire étant sortie de soi, et donc relationnelle ou familiale: le père, la mère et l'enfant. Cela m'a paru (et me paraît encore) un peu étroit, sauf le respect que je dois à la mémoire de ce grand spirituel.

-Selon le Lévitique, "l'âme de la chair, c'est le sang", ce quivalide complètement l'analyse que vous faites des espèces eucharistiques.

-L'anthropologie chrétienne est ternaire, mais il me semble que sa véritable originalité est d'avoir inventé le concept de "chair" et d'avoir isolé la dualité de la chair et de l'esprit de la dualité de l'âme et du corps. Mieux, elle a placé la dyade chair-esprit à l'intérieur de la dyade corps-âme. On peut ajouter à cela l'étrange coïncidence linguistique qui fait que la chair en Hébreu se dit "bazar". La chair, c'est le bazar, ce sont toutes les passions du corps et de l'âme, telles que Saint Paul, mais aussi Jésus, les énumèrent dans deux listes de passions déréglées, dont les références m'échappent à l'instant, mais la nomenclature de Saint Paul se trouve dans l'épître aux Galates. En sorte qu'une hypothèse sur la rédemption est qu'elle ramène ces passions de la chair à l'unité de la vie divine. C'est ce qui me pousse à croire que l'énoncé en Français des paroles du centurion: "Dis seulement une parole et je ("mon serviteur" dans le contexte, ou encore mon âme si l'on traduit mot à mot d'après le latin) serai guéri" donne une bonne image de la Rédemption. Je me suis souvent demandé pourquoi les Evangiles accordaient tant d'importance aux guérisons miraculeuses, qui, si elles sont prodigieuses, ne sont que des manières de remettre à plus tard la maladie et la mort qui devront venir, comme dans la "réanimation" de Lazare. La Rédemption est guérison. Je crois qu'elle doit nous amener à mourir guéris pour être en état de ressusciter et qu'il y a une quasi synonymie entre ressusciter dans sa chair reliée à l'âme et guérir.

-Au sein de la dyade chair-esprit, l'esprit est vie comme l'âme est vie au sein de la dyade corps-âme. Le corps est mortel comme la chair mène à la mort. Quand Jésus s'incarne, Il se fait chair et donc passions de la chair, afin de mener celles-ci vers la résurrection à travers sa mort. Jésus est donc Passion(s) dès son Incarnaition. Une étrange confusion fait que le langage de la psychologie parle d'âme (la psyché) alors qu'elle étudie l'esprit. Pourquoi le choix de ce terme grec pour traduire la réalité de l'âme? Il est beaucoup plus fort que le terme "anima", qui est un principe d'animation. Il semble suggérer que l'âme est le miroir de Dieu. L'esprit qu'étudie la psychologie a quelque chose de cognitif et de mécanique. Il résout par la pensée l'énigme dans laquelle l'âme se voit dans le miroir avant de "connaître comme elle est connue". (Saint Paul). Mais si l'on fait sortir l'esprit du langage psychologique pour le ramener dans lelangage anthropologique, il est possible qu'il soit une sorte de principe de neutralité, par lequel l'homme ne se voit pas en Dieu comme il en va de l'âme, mais voit la vie en Dieu, pour ainsi dire objectivement, en s'extrayant du conflit des torts et des raisons qui viennent des passions de la chair, des points d'accord et des points aveugles, mais par une sorte de raison pure inaccessible à l'homme. L'âme voit Dieu comme un "je" et l'esprit voit la vie comme un "on".

-Reste un mystère à éclaircir. Certains ont dit ici que les corps des damnés ressusciteront pour une "résurrection de jugement" ou de "damnation". Que penser de l'hypothèse selon laquelle l'enfer serait la seconde mort et la disparition dans le néant d'une créature de dieu qui a refusé sa Grâce et ses lois de la vie? Qu'Est-ce que la damnation?

L’ensemble du dialogue est consultable depuis ce message :

https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=866308

Où en est le catholicisme?

Analyse du débat organisé par Frédéric Taddeï et réunissant Guillaume Cuchet, Yann Raison Ducleusiou, Paul Piccarreta et Véronique Margron et qu’on peut visionner ici :

https://www.youtube.com/watch?v=Pjk-wt1uRfs

L'émission de Frédéric Taddeï ne mettait pas aux prises trois chrétiens de gauche contre un seul catholique de droite, mais bien plutôt trois catholiques conservateurs et Véronique Margron. À cela près qu'il y a des nuances dans le conservatisme de Guillaume Cuchet, qui sait se garder à bonne distance de son objet d'étude, quitte à passer, en bon chercheur, pour un peu froid et cynique , de Yann Raison Ducleuziou qui dissimule mal son admiration pour les catholiques contre-révolutionnaires qu'il observe sans qu'on puisse savoir s'il est des leurs, et de Paul Piccarreta qui, en tant que directeur de la revue "Limite", passe son conservatisme au prisme de l'écologie intégrale.

On pourrait affiner le clivage entre les protagonistes de l'émission, non en reconstituant sempiternellement le clivage droite-gauche, mais en séparant les "évangélistes", Véronique Margron et Paul Piccareta, des "religieux", Guillaume Cuchet et Yann Raison Ducleuziou. Les premiers essaient de "vivre ce qu'ils célèbrent" (Véronique Margron) ou de "vivre les Actes des apôtres" (Paul Piccarreta). Ils pensent que l'Évangile est la raison d'être du catholicisme et qu'il faut être beaucoup moins fasciné par l'histoire du catholicisme qu'imprégné par les richesses insondables que nous donnent la Parole de Dieu (Paul Piccareta).Les seconds interrogent la valeur sociale du catholicisme,considéré aussi bien à titre culturel comme un facteur identitaire, que comme une doctrine et une prédication pouvant donner une colonne vertébrale à l'existence humaine.

Je me permets une incise à ce stade de l'analyse, sous la foorme de la question que m'a toujours posée le refus par les évangélistes du rôle du religieux, au profit de la nécessité d'"accepter Jésus-Christ comme seigneur et Sauveur personnel", c'est-à-dire d'avoir foi en lui. Un catholique ne renierait pas la nécessité d'avoir la foi, mais ajouterait que cette foi s'incarne dans l'Église et que la religion a pour fonction de structurer doctrinalement en même temps qu'elle nous relie, à la fois à l'Église des vivants et des morts, cultuellement à Dieu, et culturellement aux hommes, à commencer par ceux qui partagent nos croyances, permettant un brassage social, bien loin de la lutte des classes. Il y a donc un clivage entre les religieux et les antireligieux parmi les intervenants de cette émission.

Ce clivage se complique quand il s'agit d'aborder la question culturelle. Pour Paul Piccarreta se plaçant dans le sillage de Jean-Piere Denis, il est bon que le catholicisme se vive comme une contre-culture. Le cardinal Lustiger pensait déjà qu'il fallait qu'il se constitue en contre-société. Véronique Margron n'envisage pas ainsi sa vie religieuse, même si elle reconnaît vivre"un peu différemment" du reste de la société. Yann Raison Ducleuziou note que le catholicisme décline en termes de construction personnelle, mais se renforce en termes de construction collective. Il en prend à témoin la stupeur nationale qui a suivi l'incendie de Notre-Dame. Véronique Margron lui emboîte le pas en disant que le catholicisme est un des derniers remparts contre la société marchande, pour laquelle tout s'achète et tout se vend. Une vie catholique exprime qu'il y a plus que soi-même (définition que l'on donnait jadis au patriotisme et qui sert de base à toute espèce de militantisme), un certain goût du bien commun et la nécessité de vivre avec les autres.

Pourquoi le catholicisme décline-t-il en termes de construction personnelle? Dans "Comment notre monde a cessé d'être chrétien", Guillaume Cuchet a émis une hypothèse. Dès lors que la pratique devient optionnelle, l'appartenance au catholicisme n'est bientôt plus qu'un souvenir. Et la pratique devient optionnelle si l'on ne prêche plus sur les fins dernières. Il ne suffit pas de donner un "sens à la vie" comme le souhaite Véronique Margron. S'il n'y a plus rien à craindre, il n'y a plus rien à espérer. D'où ces deux questions qui me taraudent depuis longtemps presque à l'intime: comment font les prêtres pour donner leur vie en pensant qu'il n'y a rien à craindre au point qu'on ne peut qu'espérer? Et comment ne désespèrent-ils pas de la donner, voyant que les hommes sont nécessairement déviants, ne sauraient pratiquer intégralement les commandements ni la Volonté de Dieu, sont pécheurs et peu réformables?

mardi 23 avril 2019

La détestation de Sarkozy et l'amour de Macron

Commentaire au billet de Philippe Bilger intitulé « Emmanuel Macron cherche l’amour ! » et disponible ici :

https://www.philippebilger.com/blog/2019/04/emmanuel-macron-cherche-lamour-.html

Emmanuel Macron ou l'amour vache! Il cherche à être aimé en se rendant impopulaire, ou en déclarant le soir de son élection qu'il servira les Français avec amour tout en faisant la politique du citoyen-machine et en perpétuant les représentations de l'ancien monde sous prétexte d'un renouvellement de génération issue de la même classe sociale d'héritiers favorisés et de bourgeois au pouvoir.

"On pouvait détester Nicolas Sarkozy, mais son être n'empêchait pas d'appréhender sa politique." De quel droit pouvait-on détester Nicolas Sarkozy? Pourquoi tant de personnalités se sont-elles livrées sans vergogne à cette même détestation qu'elles reprochent aujourd'hui aux Gilets jaunes à l'encontre d'Emmanuel Macron? Peut-être parce que Nicolas Sarkozy incarnait dans sa personnalité cette vérité de la démocratie qu'elle est le clivage. Nicolas Sarkozy était clivant parce que si la République est indivisible, la démocratie, c'est le clivage. N'étant plus président, Sarko l'Amerlo a donné à son parti le nom de "Républicain(s)", mais il était le dernier visage d'une certaine pratique, certes beaucoup trop personnelle, du pouvoir démocratique. Première hypothèse.

La droite pouvait secondement détester Nicolas Sarkozy parce que la singularité du personnage et ses traits de personnalité obligeait cette "famille politique", la seule du spectre partisan français à se désigner de la sorte, à opter pour l'individualisme réactionnel, alors que la droite se posait comme garante et conservatrice du minimum, si j'ose dire syndical ou vital, du bien commun cimentant une société ou une nation. La victoire de Nicolas Sarkozy signifiait la légitimation d'une ambition s'étant intériorisée, ou ayant rencontré une certaine intériorité au ministère des cultes. On entrait avecc ce personnage dans une égocratie républicaine, ou dans une dérive égotique justement dénoncée en son temps par François Bayrou. Les deux présidents suivants, successeurs de Nicolas Sarkozy n'ont fait qu'accentuer cette dérive, fût-ce en se déclarant "normal" pour le premier jusqu'à être insaisissable au "moi fuyant comme le fut François Hollande. Paradoxalement, cette normalité s'accompagna d'un néoconservatisme et d'un atlantisme tout molletistes et socialistes, doublés d'un rigorisme autoritariste contre les gens inoffensifs ou les Français moyens se disant eux-mêmes "bien élevés", les manifestants pour tous, ces prédécesseurs des Gilets jaunes, tandis que la petite délinquance, prédécesseur fonctionnel des casseurs politisés qui escortent aujourd'hui les Gilets jaunes, était libérée de prison et ne devait plus, malgré Charlie, le Bataclan et d'autres attentats islamistes venant souvent au bout d'un parcours de petite délinquance, purger sa peine à l'ère de la "contrainte pénale" de Christiane Taubira, stratégie aujourd'hhui prolongée par Nicole Belloubet ou par l'impunité des blac blocks, ces derniers casseurs qu'on n'a pas le droit d'interdire de manifester, dixit le Conseil constitutionnel présidé par Laurent Fabius.

La droite s'était autorisée à détester Nicolas Sarkozy qui fit entrer le pouvoir présidentiel dans l'ère du narcissisme. Or sa personnalité présentait des traits passionnants alors que celle d'Emmanuel Macron est simplement passionnelle, avec tout le cortège de séduction qui s'y attache et brouille les pistes, réduisant l'interprétation de ce quinquennat à dépister le président au lieu de dépister sa politique.

"Un chef d'État digne de ce nom ne devrait pas chercher à être aimé", décrète Michel Schneider. Ceci me semble un truisme psychanalytique. J'ai gardé de mon enfance, un peu enfouie en moi, l'idée que l'amour doit rester une catégorie du politique, ne serait-ce que pour entretenir le minimum d'utopie dont notre idéalisme a besoin. Il me semble que ce qu'on désigne aujourd'hui inélégamment comme le "vivre-ensemble" (autant parler de convivence !) qui doit nous faire "faire nation" (sic) ne saurait s'instaurer sans que les politiques nous fassent aimer leur politique et nous fasse aussi un peu nous aimer les uns les autres. Ségolène Royal l'avait compris et exprimé en propres termes, ce qui la fit moquer et traiter de Jeanne d'Arc, mais me fait persister à penser que cette "mère" de famille qui entendait ériger sa maternité en trait de pouvoir ou en argument électoral, quitte à devenir la chef de l'État nounou, aurait été plus "climatiquement correcte" que Nicolas Sarkozy et ses successeurs, tour à tour insaisissable et passionnel, mais toujours égotiques. À eux trois, ces présidents marquent le triomphe de l'individualisme dans cet art du bien commun que demeure la politique.

mercredi 10 avril 2019

Lettre à Véronique Lévy

Chère Véronique Lévy,

Je réagis à votre prestation dans l’émission de Bernard Antony en notant ce qui m’a marqué dans le verbatim de cette émission et en le commentant au besoin, sans préjuger si mes commentaires ont de l’intérêt ou non, mais en voulant réagir à vos propos, car je crois avoir rendez-vous avec vos livres.

(NDLR: l'émission est référencée ici et peut être écoutée moyennant un envoi de 5 euros par an à "Radio Courtoisie", la station émettrice)

https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=2323601821221437&id=1746106215637670&p=3&av=100001042556388&eav=AfZ6JAwkz2yPCbQNs8DEBpprPX6jcZlMDTvmDkpbuOErbHfUOgh-tp0xhR-iSDUS08E&refid=52&_ft_=mf_story_key.2323601821221437%3Atop_level_post_id.2323601821221437%3Atl_objid.2323601821221437%3Acontent_owner_id_new.1746106215637670%3Athrowback_story_fbid.2323601821221437%3Apage_id.1746106215637670%3Astory_location.4%3Astory_attachment_style.share%3Apage_insights.%7B%221746106215637670%22%3A%7B%22role%22%3A1%2C%22page_id%22%3A1746106215637670%2C%22post_context%22%3A%7B%22story_fbid%22%3A2323601821221437%2C%22publish_time%22%3A1554090967%2C%22story_name%22%3A%22EntStatusCreationStory%22%2C%22object_fbtype%22%3A266%7D%2C%22actor_id%22%3A1746106215637670%2C%22psn%22%3A%22EntStatusCreationStory%22%2C%22sl%22%3A4%2C%22dm%22%3A%7B%22isShare%22%3A1%2C%22originalPostOwnerID%22%3A0%7D%2C%22targets%22%3A%5B%7B%22page_id%22%3A1746106215637670%2C%22actor_id%22%3A1746106215637670%2C%22role%22%3A1%2C%22post_id%22%3A2323601821221437%2C%22share_id%22%3A0%7D%5D%7D%7D%3Athid.1746106215637670

-« Si Dieu est vivant et non pas mort, la Trinité est la vie intime de Dieu. »

« Il est préférable de parler de Verbe que de Fils, car le fils est un anthropomorphisme. De plus, les musulmans comprennent mieux le langage du Verbe.
- En effet, réagit Cécile Montmirail,lorsqu’en faisant de la catéchèse à des petits musulmans, je leur parlais de fils de dieu, ils avaient l’impression que Dieu pour avoir un fils avait dû forniquer, ce qui représentait une abomination à leurs yeux.

- Le Fils renvoie au mystère de la génération, alors que, dans la Trinité, il est Fils par engendrement éternel. »

Tarek Oubrou avait promis d’écrire un livre sur la Trinité dans l’islam. Je ne sais pas où il en est ni s’il a tenu parole. Mais, sur celle d’une infirmière qui me soignait à Lariboisière, j’ai entendu la plus belle définition de l’engendrement du Verbe-Fils par le Père dans l’éternité. C’est le Coran qui la donne en disant : « Soi et Jésus fut. » Jésus et non pas la lumière comme dans la genèse.

- « L’Esprit est l’inspire et l’expire de Dieu par lequel tantôt Il envoie son verbe créer et dans le monde, tantôt son verbe qui est de Lui revient vers Lui, et ce mouvement d’inspire et d’expire, de va-et-vient qui est amour est l’Esprit. » Cette approche me paraît beaucoup plus parlante que l’idée traditionnelle selon laquelle l’Esprit est l’Amour du Père et du Fils. Car l’Esprit permet de laisser s’exprimer cet amour en dehors de lui-même, au point de « planer sur les eaux » pour créer le monde (la Création est l’âme du monde et le monde est la chair de la Création. La Création est le fruit d’un Dieu qui est esprit.)


- Vous pensez que l’Incarnation est le plus grand mystère du christianisme. "Il est encore plus difficile d’en parler que de la Trinité." En effet, en quoi l’Incarnation ne serait-elle pas une théophanie comme les autres ?

- Le seul homme que j’aie entendu récemment oser exprimer cette évidence théologique qui tient de l’enfance et qui préserve la beauté du Mystère de Noël alors que nous ne cessons de dire que Pâques est le point culminant du christianisme est Henry de Lesquen. Ne prêtons attention qu’aux éclairs d’intelligence donnés aux hommes par l’Esprit sans faire cas de la réputation de tel ou tel. Vous avez un autre point de convergence avec lui. Vous dites en effet : « Je fais une différence entre le peuple de la première Alliance et la synagogue. » Henry de Lesquen précise qu’après l’ascention du Christ et la Pentecôte, le judaïsme s’est scindé en deux branches : le judaïsme des pharisiens qui ont composé le Talmud et le judaïsme apostolique des chrétiens, qui rendent témoignage au Christ.

- « Peuple élu ne voulait pas dire peuple privilégié, mais témoin, pour se dessaisir de ce témoignage et l’offrir au monde entier. C’est ce que fait Jésus sur la Croix et c’est ce que fait l’Église. » La Shoah dont vous parlait votre frère, le célèbre BHL, ne saurait comme vous le dites « constituer une identité religieuse « . Si elle est « scandale pour les juifs » et pour tout homme comme tout génocide et aussi à un titre spécifique, elle configure le peuple juif en dépit qu’il en ait à « Jésus-Christ-Israël » (selon l’intuition du cardinal Lustiger dans « LA PROMESSE ») et est « le Golgotha du monde ». Le peuple juif et l’Église ont vocation au martyre, c’est-à-dire au témoignage, il y a de leur faute en ce qu’ils ont mésinterprété la Parole de Dieu en injonctions génocidaires, des Amalescites pour les juifs et, en contexte chrétien, à travers l’expulsion des juifs d’Espagne ou le fait que le plus grand lieu de pèlerinage du Moyen-Age, dans l’Europe chrétienne, ait été placé sous l’égide de Santiago de compostella, de saint Jacques le matamore, celui qui matait les Maures ou les mettait à mort. Encore faut-il ajouter à cette vocation au martyre que l’Église et le judaïsme ont également vocation au dialogue. L’Église a vocation au dialogue externe, au dialogue interreligieux, au dialogue qui précède le martyre en cas de persécution, qui ne combat pas par l’épée et ne passe pas par les armes, mais ne se rend pas aux armes par lesquelles sont passés les martyrs sans avoir défendu la foi, en des termes qui lui et qui leur seront inspirés par le Défenseur en Personne, l’Esprit-Saint, le Paraclet, défenseur et consolateur. Quant au judaïsme, il a vocation au dialogue interne, à la manducation de ses textes de référence pour les lire aux éclats et faire cadeau de son exégèse à ses amis dont «l’olivier franc ». Dans cette manducation interne, je ne comprend pas que la lecture rabbinique privilégie à ce point la Thora au détriment des prophètes.

- Vous faites bien de parler de « récréation par le oui de Marie », au triple sens où la Création est un mystère féminin, mais aussi récréatif, et où Marie recréée par son retour à l’adhésion originelle, à l’amour primordial de la vie « qui était lumière des hommes », et qu’elle choisit en aimant la vie qu’elle va donner au Verbe éternel. Nous ne sommes pas tous égaux devant l’amour de la vie. Marie parce que notre mère rouvre la voie vers cette égalité.

À titre récréatif, je note qu’au moment de l’émission où vous parliez de Marie, cette « figure qui rassemble » comme le dit un de mes amis prêtres, vous disiez : « Nous reviendrons à là (sic), d’où nous n’aurions jamais dû partir. » À là, Allah. Allah est le nom sous lequel les musulmans (dont vous faites bien de rappeler qu’ils pratiquent une sorte de théologie apophatique) et les chrétiens d’Orient désignent communément Dieu. Comme si, par un jeu d’homophonies, Allah était un Nom de présence, voire de Chekina.


- « Dieu est l’être qui se dit par le Verbe. » Car si l’être ne se disait pas, il resterait une abstraction. Jésus a dit à Josépha Ménindez : « J’ai soif des âmes. » Je ne sais d’homme qui n’ait soif de son âme. J’ai ainsi connu un grand pécheur idéologique (il était nazi), en qui je sentais régulièrement remonter le souffle ontologique de Platon qu’ilaffectionnait. Mais l’être était chez lui comme du vent qui soufflait sur la pierre de son totalitarisme athée et cruel. Car l’être doit exprimer l’âme à travers un agir. Autrement, l’appel de notre âme reste purement ontologique. Il en va de même de Dieu Qui agit en parlant et dont même le silence est parole.

- « Chaque cellule du corps est un hymmne à l’amour. » Une révolution copernicienne du christianisme est d’avoir isolé la dualité de la chair et de l’Esprit et de l’avoir placée à l’intérieur de celle de l’âme et du corps. La chair n’est pas le corps et l’esprit n’est pas l’âme. La chair est le corps et l’esprit blessés. Et l’esprit est le corps et l’âme réparés, régénérés, rénovés, guéris.

- « Depuis le péché originel, il y a un retrait forcé de Dieu. » Ce retrait n’est pas le tsimtsoum. Dieu se retire parce que l’homme s’est caché de Lui.

« Le péché nous fait perdre le fil. Le Verbe s’incarne pour venir nous chercher, pour nous ouvrir le ciel, pour nous rapatrier vers son cœur. » Je préfère que le péché nous fasse perdre le fil à l’idée qu’il nous fasse rater notre cible. Le P. Michel-Marie Zanotti-Sorkine affirme que nous serons jugés sur nos intentions et Neal-Donald Walsh, cette sorte de Platon américainqui a le mercantilisme de sa nation, renchérit que « seul Dieu peut faire coïncider Ses intentions avec leur résultat. » Bref, seul Dieu échappe à la loi de l’hétérotélie.

Nous avons du mal à nous reconnaître pécheurs parce que nous avons tendance à identifier le niveau moyen de notre humeur et une certaine équanimité dans laquelle nous agissons assez bien avec l’idéal du moi. Or l’instant dans lequel nous ne sommes pas mal et que nous appelons le bonheur nous fait oublier tous les instants où nous avons fait du mal.

LE péché originel ne procède pas d’un interdit que Dieu aurait donné à l’homme de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal pour devenir intelligent, mais consiste presque inversement dans l’obligation qu’a faite l’homme à Dieu, en mangeant de ce fruit, de connaître le mal, Lui Qui, ayant tout créé, contenait le mal en puissance, mais ne voulait pas avoir à en connaître, et ne pouvait pas faire autrement si sa créature identifiait le mal, Lui Qui n’a rien fait qui fût mauvais. Comme vous le dites, Nietzsche voulait être "par-delà le bien et le mal". Or l’affranchissement de la loi que nous apporte le Christ nous place "au-delà du bien et du mal". Il faut toujours mettre en rapport la phrase de Dostoïevski: "Si Dieu n'existe pas, tout est permis" avec celle de Saint Paul, pour qui il ne fait pas de doute que Dieu existe et qui n’est pas loin d’avoir inventé le : « Il est interdit d’interdire » de mai 1968 : "Tout est permis, mais tout ne convient pas."

- « Comment êtes-vous arrivée au Cœur du christianisme et surtout du Christ, alors que ma mère qui s’est convertie depuis longtemps se plaint de n’avoir jamais senti ces choses ? » vous demande Cécile Montmirail. «Parce que je suis allé très loin dans l’autre sens, très loin dans la violence, « répondez-vous en substance, « moi qui étais une enfant angoissée », et vous qui n'hésitez pas aujourd’hui à dédier une lettre à Émilie König la djihadiste. Pourquoi Dieu laisse-t-il les gens s’enférer loin de Lui ? « On fait quoi quand on n’a pas la foi ? », m’interpellait un dénommé Thierry sur le blog de l’abbé de Tanoüarn. « Il ne tient qu’à vous de retrouver l’Esprit-Saint dont vous ne sentez plus la motion », m’assuraient des évangéliste comme je regrettais devant eux que l’adulte que j’étais devenu avait tué le feu de l’Esprit en lui, cet Esprit qui avait convertil’enfant que j'avais été, tombé dans l’athéisme de trop bonne heure et ayant trop tôt retrouvé la foi. S’il ne tenait qu’à moi, j’aurais retrouvé le Saint-Esprit depuis longtemps, mais je ne mène pas une vie morale adéquate qui me permettrait d’en éprouver la sensation. Or la foi est une grâce. « Je ne comprends rien à ce que tu me dis », se fâchait une tante à l’agonie auprès de la mère de cette même évangéliste qui me disait qu’il ne tenait qu’à moi de réveiller l’Esprit en moi. « Je ne sais pas pourquoi tu as la foi et pourquoi je ne l’ai pas alors que je voudrais croire », ajoutait-elle. Pourquoi la foi n’est-elle donnée qu’à « ceux à qui le Fils veut bien [la] révéler » ? La foi est un scandale si elle est affaire de prédestination comme cette évangéliste le soutenait, et si les élus peu nombreux sont, à être élus, prédestinés de naissance.

Comment atteint-on au cœur à moins d’être allé loin dans l’autre sens ? « Ce ne sont pas les bienportants qui ont besoin du médecin, mais les malades. » « Plus on est tombé bas, plus on est reconnaissant d’avoir été relevé. » (Christian Bobin) « À ceux qui ont beaucoup aimé, il sera beaucoup pardonné. »

- « L’Église doit continuer à se battre pour le salut des âmes », mais elle ne doit pas se battre dans le champ politique comme pour être une dernière fois du côté du manche et avoir un bras qui s’étend vers Dieu et l’autre vers le pouvoir et non pas vers les hommes. Car si elle se bat dela sorte, elle va faire « la guerre sans l’aimer » comme dirait encore votre frère.

- « L’abbé Pierre est une [figure de ce combat de l’Église et] une incarnation de la sainteté », non seulement parce qu’il fut la voix des sans voix (sur ce plan-là, il aurait mieux fait de leur apprendre à parler en public), mais parce qu’il n’a pas tellement transigé avec les puissants. Le jour où on lui a donné la légion d’honneur (qu’il n’avait pas demandée), il a cassé la coupe de Champagne qu’on lui tendait pour montrer que ce hochet était une honte tant qu’il y aurait autant de pauvreté. Il n’aurait pas dû laisser Martin Hirsch, l’ancien directeur de cabinet de Bernard Kouchner, devenir le responsable de sa fondation pour s’ouvrir une belle carrière de ministre et de directeur de l’APHP, mais plutôt former un « homme de la rue » à lui succéder et à représenter les siens. Mais il est surtout saint parce qu’il a avoué ses faiblesses et des « liaisons passagères » dans le livre de Frédéric Lenoir, « MON DIEU, POURQUOI ? », mettant l’Église au défi de reconnaître saint un homme qui a avoué un manquement moral au sein de sa vie consacrée, pour confesser ses péchés et signifier que la conversion n’est jamais acquise, jamais aboutie, jamais achevée. L’abbé Pierre est encore une incarnation de la sainteté parce que, dans ce même ouvrage, il révélait que, lorsqu’il adorait le Seigneur, il pensait à la relation singulière que Celui-ci nouait avec toute personne à laquelle Il pensait préférentiellement et en l’appelant par son nom : « Nathalie ! », citait-il en exemple. En prononçant ce nom, ce Dieu adorant l’homme fait le contraire de ce que fait Marie-Madeleine quand elle reconnaît le Seigneur dans le jardinier devant le tombeau vide. Le Seigneur l’appelle « Marie, mais Marie, après l’avoir appelé « Rabbouni », veut mettre la main sur l’Être qu’il est, ce qui l’oblige à se récrier : « Cesse de me tenir, noli me tangere, l’être est, Je Suis insaisissable. » Marie veut mettre la main sur l’être quand le Seigneur adorant veut toucher un cœur. L’âme adore Dieu, car Il est dans la contemplation de sa créature. Il y a peu à parier que la créature humaine puisse adorer Dieu bien au-delà de ce narcissisme dans lequel elle regarde Dieu la regarder.

- « L’Église doit combattre pour le salut des âmes. » C’est pourquoi « un chrétien ne doit pas laisser faire », or il doit aussi laisser faire. Car de même que Jésus « ne juge personne », nul n’a institué le chrétien juge de ce monde et moins encore accusateur de ses frères, surtout après que l’Église a si longtemps refusé de transiger sans miséricorde avec la médiocrité humaine, qui forme une part importante de cette nature. Le chrétien ne doit empêcher de laisser faire que ce qui est criant, que ce qui crie vers Dieu. Sous ce rapport il doit défendre l’innocent, mais il doit avant tout « vivre de telle façon qu’à sa seule façon de vivre » il donne envie de Dieu.

-« Jésus dans l’Évangile nous demande presque l’impossible ». En effet, Il nous demande d’être parfaits comme son Père céleste est parfait. Il nous demande de n’avoir jamais désiré qu’un seul être. Et le plus difficile n’est pas qu’Il nous demande d’aimer ou de « pardonner à nos ennemis », mais selon moi qu’Il nous demande de nous combattre nous-mêmes et non pas d’aimer notre ennemi intérieur, mais de le ramener à Lui. C’est en cela que l’Église doit être guerrière, pour entraîner au combat spirituel et non pas pour être le bras désarmé dubras séculier.

« Les droits de l’homme sont là pour signifier en creux les reliques d’un christianisme sans le Christ. » À cela on peut objecter que le Christ est le Fils de l’Homme, c’est-à-dire le modèle parfait d’humanité, auquel Dieu nous propose de ressembler pour retrouver Sa Ressemblance. Il y a certes une manière descendante dont Dieu S’est communiqué à l’homme pour que l’homme cherche Dieu. Mais il y a aussi une manière ascendante dont l’homme peut remonter à Dieu via l’Humanité du Christ et à travers le modèle accompli d’humanité qu’Il représente, Lui Qui est le Fils de l’Homme. L’homme qui aime Dieu pour Lui-même et non pas à partir de soi-même n’observe pas l’ordre de la nature et se met en certain danger de maladie spirituelle, même si la santé n’est pas le critère essentiel de la sainteté. Dieu peut convertir par le songe et par la rationalité de nos aspirations. Le siècle des Lumières n’est pas le siècle de la raison comme il l’a prétendu, mais le siècle de l’entendement, donc le siècle de la rationalité émotionnelle. C’est pourquoi il a tendance à instituer une dictature de la bienveillance. Cette dictature peut être à rejeter dans la disjonction des effets de la bienveillance et des intentions qu’elle se propose. La malédiction hétérotélique frappe la bienveillance. Mais ce n’est pas parce que les effets de la bienveillance ne coïncident pas avec ses intentions qu’il faut vouer les droits de l’homme aux gémonies. Ce n’est pas parce que les droits de l’homme ne se réfèrent pas à Dieu qu’ils sont des « droits de l’homme sans Dieu », même si la formule de Jean Madiran est une très belle trouvaille rhétorique.

- Il n’y a pas de « vice de la tolérance », car avant d’être « une forme de relativisme » qui conduit à « tolérer le mal », la tolérance part étymologiquement de l’idée qu’il faut se « supporter les uns les autres », comme l’énonce Saint Paul. Il faut se supporter les uns les autres comme Dieu soutient la Création. l’Église par sa tolérance doit soutenir les hommes dans leur pèlerinage sur la terre, dans leur marche vers le salut.

- C’est pourquoi la République n’a pas à redevenir chrétienne. Car tout arbre se juge à ses fruits et non à ses racines. Si un arbre qui a de mauvaises racines ne pouvait produire de bons fruits, l’homme qui a commis le péché originel ne pourrait être sauvé. Le royaume des Francs a peut-être lavé le sang de la barbarie dans l’eau du baptême, mais la personne humaine n’est pas une invention du Moyen-Age où l’on ne se souvenait jamais du prénom d’un paysan même baptisé. La personne est physique et non morale ou politique. Et si c’était le cas, la République en tant que bien commun comme le dit Jean Bodin, et en tant que régime neutre, demeurerait une chance, une planche de salut. Car elle permettrait de mesurer par la démocratie le degré d’adhésion d’un corps politique à la Volonté de Dieu. À sa manière, la République est un providentialisme démocratique. Ne vous laissez pas récupérer trop unilatéralement par les contre-révolutionnaires qui sont trop heureux de vous avoir dans leur camp et de vous séparer des vôtres.

Veuillez agréer, chère Véronique Lévy, mes respectueux et déférents hommages.

Julien WEINZAEPFLEN

samedi 6 avril 2019

Les élections isréaliennes

Depuis les « printemps arabes », on ne parle plus guère de la vie politique intérieure israélienne de peur de jeter de l’huile sur le feu. Or nous sommes à deux jours d’élections législatives en Israël. En voici un sommaire état des lieux :

Droitisation de la société israélienne :

- Les Sépharades votent Likoud depuis 1977, car ils ont été discriminés par les travaillistes. Les juifs américains votent démocrate, contrairement à la droite évangélique américaine qui vote républicains, et contrairement aux membres les plus influents de la communauté juive française. Le Likoud fait aujourd'hui alliance avec les partis populistes ou d'extrême droite européenne, les mêmes auxquels les travaillistes israéliens interdisaient hier de gouverner en Europe. Le #National-sionisme dénoncé par #AlainSoral a une réalité.

- Le « droitisme » des religieux est traditionnel.

- Netanyahou s’allie avec « Force juive », l’ancien parti du rabbin Meir Kahane. Une caricature de ce parti propose de « jeter les Palestiniens à la poubelle » selon Christine Ockrent dans « Affaires étrangères ». Les « fidèles de Kahane » sont des sortes d’Anders Breivik ou de terroriste de Nouvelle-Zélande. Ils « ne se sont pas contentés de mots haineux, ils ont également pris les armes. En 1982, un des fidèles [de Kahane] a ouvert le feu sur des musulmans priant à la mosquée Al-Aqsa, tuant quinze personnes ; en 1994, son disciple Baruch Goldstein assassine vingt-neuf personnes dans le Caveau des patriarches à Hébron. (…) Cela n’empêche pas le petit-fils du rabbin d’être aujourd’hui soupçonné de mener un groupe clandestin de colons responsables d’une vague récente d’attaques de Palestiniens en Cisjordanie, dont la lapidation d’une mère de neuf enfants. Cette dernière action, qualifiée de « terroriste » par le service secret de sécurité Shin Bet, n’a pas soulevé la moindre condamnation de la part de Force juive… ni du premier ministre. (Voir :

https://www.mediapart.fr/journal/international/210219/pour-sauver-son-poste-netanyahou-s-allie-avec-le-pire-de-l-extreme-droite-israelienne )

- Netanyahou, plombé par des affaires qui le concernent lui-même, sa femme et ses proches, affaires à peine évoquées par Christine Ockrent dans l’émission « Affaires étrangères » qu’ele consacre ce jour aux élections israéliennes, est talonné par Benny Gantz, un ancien chef d’état-major. Un autre chef d’état-major a déjà dirigé Israël en la personne d’Ehoud Barak. Rabin l’aurait été aussi. Sharon était un général victorieux et jusqu’auboutiste. L’état-major en question fait campagne contre « Bibi roi d’Israël ». Pour lire un portrait de Bibi Gantz, voir ici :

https://www.mediapart.fr/journal/international/040419/en-israel-benny-gantz-veut-convaincre-qu-il-peut-remplacer-netanyahou?onglet=full

- Netanyahou est mouillé dans trois affaires : « le dossier 1000 » (corruption par un milliardaire hollywoodien), le « dossier 2000 » (couverture favorable dans le « Yediot Aharonot contre des facilités) « et le « dossier 4000 », présumé trafic d’influence du même genre. « Faible consolation pour lui, il échappe à toute inculpation dans le « dossier 3000 » où certains de ses proches sont soupçonnés d’avoir reçu des commissions illégales dans l’achat de sous-marins allemands pour la marine israélienne. » « Tous [les « chefs de gouvernement » israéliens], depuis vingt ans, ont été poursuivis à un moment ou à un autre, et l’un d’entre eux, Ehud Olmert, [a même été] emprisonné, mais après avoir perdu son poste. » ((Thomas Cantaloub, Mediapart) Sans parler de Moshe Katsav, président israélien de 2000 à 2007, qui a dû démissionner car accusé de viol comme Jacob Zuma en Afrique du Sud, devant laisser sa place à Shimon Perez. (Voir ici :

https://www.mediapart.fr/journal/international/280219/la-justice-israelienne-annonce-la-procedure-d-inculpation-de-netanyahou-en-pleine-campagne

- Le gendre de Trump, Jared Kushner, a une fondation en Israël qui finance des colonies en Sisjordanie.

- L’espoir ouvert par les accords d’Oslo « s’est fracassé » (Christine Ockrent) « et le nombre de colons a quadruplé depuis cette époque. » Tous ces journalistes nous expliquaient que le processus d’Oslo serait irréversibles comme l’appartenance à l’Union européenne (rien n’est plus dangereux que l’irréversibilité en politique), et que Trump ne serait jamais élu.

- Christine Ockrent déplore qu’"aujourd’hui, il n'y a toujours pas de mariage civil en Israël, Israël n'est pas un Etat laïque". Les mêmes nous assuraient qu'Israël était le seul Etat laïque et la seule démocratie dans la région. Qui sont les auteurs de #Fakenews ? Les journalistes français, mais certainement pas Denis Charbit, qui a toujours rendu compte honnêtement de la réalité israélienne dans des livres pourtant lus et promotionnés par ces mêmes journalistes.

Éric Schol : « Aujourd'hui, Bibi est "le dernier homme politique israélien de stature internationale." Hier les mêmes prétendaient que c'était un jeune loup américain sans beaucoup d’envergure ni d'avenir.

lundi 18 mars 2019

Un contrepoint radical à l'opinion commune sur la crise sexuelle dans l'Église catholique

Sur le blog de l'abbé Philippe Laguérie: https://blog.institutdubonpasteur.org/Ordinations-d-hommes-maries Que je commente ainsi: Article décisif et beaucoup plus enrichissant que bien des échanges que j'ai eus à ce sujet sur Le forum catholique avec des traditionalistes de stricte obédience comme vous l'êtes. Il critique bien moins mgr Wintzer lui-même que, en pratique, la formation des hommes mariés ordonnés diacres qui sont dans le même cas de figure que les hommes mariés dont l'archevêque de Poitiers envisage l'ordination. Mais surtout il va, à l'aide d'arguments frappants, aux antipodes de cet os à ronger que donne Rome aux chrétiens déboussolés avec ce nouveau péché de "cléricalisme" qui serait, sinon la cause du vice des prêtres abuseurs, mais celle de l'omerta. Selon vous, c'est au contraire parce qu'on a volé le sacré à tous les étages aux ministres sacrés qu'ils en arrivent au viol, notamment de l'enfance, c'est-à-dire à la désacralisation par excellence, au scandale innomable pour lequel il faudrait qu'une meule fût attachée au cou de qui le commet et qu'on le noyât, dit le Seigneur, qui lève ainsi toute ambiguïté sur le "Laissez venir à Moi les petits enfants." Sur le ton laconique et viril qui vous caractérise, vous faites pièces au fait que les apôtres furent mariés en disant (et c'est certainement votre argument le plus intéressant) que c'est Jésus et Sa mère qui ont inventé le célibat et la virginité en les proposant sous la forme du "comprenne qui pourra" et pas explicitement d'abord à ses ministres. Quatre observations pour finir, d'inégale importance et qualité: 1. Michel Onfray (recopiant certes Celse) ne soupçonnne pas saint Paul d'homosexualité, mais d'impuissance. L'hypothèse ne prend pas concernant l'apôtre, du moins ne prend-elle pas chez moi. 2. Le terme "dégradation" est bien plus propre que celui de "réduction à l'état laïque". L'Église n'a pas ou ne devrait pas plus avoir le pouvoir de désordonner que celui de débaptiser (ce qui n'est pas sans poser de problèmes au civil, au passage, car cela l'assimile à une secte au regard de l'État). La vogue de "débaptisations" actuelles a pour vrai nom apostasie. 3. Si mgr Wintzer tient à relever cette qualité des prêtres de "justiciables comme les autres", il y a comme une sécularisation de leur espérance de justification. 4. Vous faites bien de noter cette différence essentielle entre les prêtres et les pasteurs, qu'on oublie généralement de remarquer, que les pasteurs sont avant tout des prédicateurs, alors que les prêtres doivent surtout pratiquer la cure d'âme, même s'ils ont oublié le langage "animiste". 5. En se plaçant dans l'optique de sacralisation que vous leur proposez ou rappelez, les évêques seraient, comme vous le notez, beaucoup plus armés pour punnir des prêtres se rendant coupables de manquement graves à la sacralité de leurs ouailles qu'ils ne le sont dès lors qu'ils envoient des hommes ayant reçu une vocation exceptionnelle pour vivre comme tout le monde au milieu de tous.

samedi 9 mars 2019

LE PARADIS PERVERS OU LA MORALITÉ BLESSÉE

En commentaire de cet article : http://ab2t.blogspot.com/2019/03/un-entretien-paru-dans-present.html J'avais ce soir une discussion avec une amie. Je lui disais: "Quel malheur que l'éducation d'un enfant commence par le valoriser, par lui faire croire que c'est super qu'il ait gagné la course, avant de le civiliser par les valeurs de l'Évangile, qui a donné la civilisation chrétienne par une ruse de l'histoire, et de le persuader que les premiers sont les derniers, donc qu'il ne doit plus avoir l'esprit de compétition. L'enfant tombe de haut. Ses parents qu'il va décevoir ont commencé de perdre toute crédibilité. Il tombe de son piédestal égocentrique et se sent floué comme après le mensonge du Père Noël duquel il devrait découler pour lui qu'il ne doit pas non plus croire en dieu, que c'est la même supercherie, si l'enfant ne savait distinguer d'instinct qu'un conte et légende n'est pas de même nature qu'un symbole de foi. "D'autant que le narcissisme est le paradis perdu de l'innocence de l'âme", concluai-je. "Oui, mais un paradis pervert, le paradis d'après la chute", me répondit mon amie. Je l'applaudis pour cette réponse. Enivré de pouvoir m'aimer moi-même en toute bonne conscience, je n'y avais jamais réfléchi. L'homme est un être à la moralité blessée. La "morale sans le péché originel" qui sait ce qu'est "une sexualité bien comprise" est présomptueuse et croit que l'homme maîtrise. Mais l'homme ne maîtrise rien. Si la maîtrise de soi existe, elle est comme la patience, non pas ma qualité principale, mais un fruit de l'Esprit-Saint.

LES NUANCES

En commentaire de ce billet : https://www.philippebilger.com/blog/2019/03/la-perversion-de-la-globalit%C3%A9-la-facilit%C3%A9-de-la-fuite.html Cher Philippe, Je ne parlerai pas de ceux qui quittent les plateaux, sinon pour mettre mon grain de sel dans votre galerie de portraits: - Depuis la dernière élection présidentielle, Nicolas Dupont-Aignan essaie de compenser son crypto-lepénisme amidonné ou son lepénisme bourgeois par des traits de langage un peu crapuleux. - Il n'y a qu'un intellectuel juif avec lequel tout le monde semble se donner carrière d'être antisémite: c'est BHL. BHL est beaucoup moins omniprésent et beaucoup plus intelligent qu'Alain Finkielkraut ou a fortiori Eric Zemmour. Il a certes tendance à clouer le bec de tous ceux qui ne partagent pas sa vision européiste et d’ingérence mondialiste en les accusant d'antisémitisme. Du moins sa conception du monde a-t-elle du poids, du fond, de la pertinence, de la cohérence et de la conséquence, quand Zemmour n'est qu'un petit garçon agité et Finkielkraut un brillant commentateur torturé par l'histoire. Mais passons. Il y a peut-être une "volupté des considérations totalitaires", mais le risque inverse n'est pas négligeable, de se "perdre dans ses nuances". Il me semble, pour tout vous dire, que vous le courez assez souvent, notamment dans votre précédent billet. Parce que je me pique de nuances,je vous soumets l'anecdote que voici. Un jour, je demande à mon meilleur ami: "Qu'est-ce que tu penses de moi ?" Il me répond: "Veux-tu vraiment entendre ma réponse ou est-ce que tu me poses la question pour le plaisir de la question ?" "Non non, j'aimerais vraiment le savoir." "Je pense que tu es perdu dans un labyrinthe et que tu te complais dans ce labyrinthe où tu es perdu. Autrement dit, tu ne cherches pas l'issue". C'est la rançon du labyrinthe et des nuances qui ont pour elles, puisqu'il faut être nuancé, de nous éviter d'être binaires. Mais chaque fois que je pense au risque de s'égarer dans ses nuances sous prétexte qu'"en philosophie, comme le dit Karl Jaspers, les questions sont plus essentielles que les réponses", me revient cet incipit de la chanson de Bruel "Alors regarde !": "Perdu dans tes nuances, ta conscience au repos." Celui qui ne s'abandonne pas à "la volupté des considérations totalitaires" donne du repos à sa conscience parce qu'il est intellectuellement scrupuleux, ne veut pas être manichéen et oublie que la "complexité" a pour corollaire que les systèmes complexes sont indémontables. Ceci dit, moi aussi, je préfère les issues tâtonnantes aux dogmes opposables. Je crois même que, pour notre démocratie et notre France à la croisée des héritages, l'issue est sur la ligne de crête où ceux-ci s'affrontent, et doit synthétiser le meilleur de nos matrices.

L’INVENTION DU SURNATUREL

Dans une joute sur « le forum catholique » avec un certain Luc de Montalte avec qui j’ai déjà ferraillé, celui-ci m’accuse de témérité en m’envoyant cette citation remarquable : « L'éclaircissement de cette différence doit nous faire plaindre l'aveuglement de ceux qui apportent la seule autorité pour preuve dans les matières physiques, au lieu du raisonnement ou des expériences, et nous donner de l'horreur pour la malice des autres, qui emploient le raisonnement seul dans la théologie au lieu de l'autorité de l'Écriture et des Pères. Il faut relever le courage de ces timides qui n'osent rien inventer en physique, et confondre l'insolence de ces téméraires qui produisent des nouveautés en théologie. Cependant le malheur du siècle est tel, qu'on voit beaucoup d'opinions nouvelles en théologie, inconnues à toute l'antiquité, soutenues avec obstination et reçues avec applaudissement ; au lieu que celles qu'on produit dans la physique, quoique en petit nombre, semblent devoir être convaincues de fausseté dès qu'elles choquent tant soit peu les opinions reçues : comme si le respect qu'on a pour les anciens philosophes était de devoir, et que celui que l'on porte aux plus anciens des Pères était seulement de bienséance ! Je laisse aux personnes judicieuses à remarquer l'importance de cet abus qui pervertit l'ordre des sciences avec tant d'injustice ; et je crois qu'il y en aura peu qui ne souhaitent que cette [liberté] s'applique à d'autres matières, puisque les inventions nouvelles sont infailliblement des erreurs dans les matières que l'on profane impunément ; et qu'elles sont absolument nécessaires pour la perfection de tant d'autres sujets incomparablement plus bas, que toutefois on n'oserait toucher. De la Préface au traité du vide, d’un certain Pascal. Vous êtes de ces téméraires qui préférez les lumières de votre raison en des sujets où elle ne suffit Pas. » Son message est consultable ici : https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=863358 Je lui réponds ceci ici : https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=863359 Cher Luc, Étant donné le nombre d'occurrences du mot "insulte" ou de l'adjectif "insultant" dans les messages de vous que je lis par hasard, je vais commencer par vous "insulter": vous êtes un perroquet intelligent. Le choix de votre citation est remarquable. Donc, "autorité" dans les choses morales ou théologiques et "invention" dans la physique. Soyons honnêtes, invention non de la nature, mais dans la description de la nature. On peut présumer que l'attitude de votre auteur de prédilection, philosophe d'avant le siècle des Lumières mais d'après le scepticisme d'un Montaigne et le "doute méthodique" d'un Descartes que Pascal a pratiqués l'un et l'autre, peut s'expliquer par différents motifs: -Un désintérêt pour la grâce qui fait qu'on convient de n'en parler qu'à l'aide d'arguments d'autorité. -Mais non, cette hypothèse est ridicule étant donné celui dont nous parlons, l'apologète ou le pamphlétaire de la grâce, qui se trouve être aussi le petit télégraphiste de la probabilité... Reprenons notre sérieux, car Blaise le parieur ne mettait pas les rieurs de son côté... Il faut envisager une autre hypothèse: -Il se pourrait que Pascal, dont la constitution n'était pas robuste et qui était assez migraineux comme votre cher Lesquen (nous retombons dans nos classiques et cela vous manquait!) ait été un physicien génial (il était remonté enfant et tout seul aux raisons de la géométrie euclidienne), mais un théologien un peu couard (pardonnez ma témérité, mais Pascal n'était pas un "esprit fort"!), qui avait besoin du recours à l'argument d'autorité, car il manquait de finesse ou n'était pas assez poétique dans les choses spirituelles. -Je ne peux jamais longtemps garder mon sérieux avec vous.- J'y reviens. La citation que vous m'opposez se réfugie dans l'autorité de l'Écriture et des Pères, comme si la foi s'imposait et come si l'Église faisait autre chose que de "proposer à croire". La foi est un don de dieu et un don ne s'impose jamais. Par conséquent la foi est un pari existentiel et ne relève pas de la certitude physique, bien qu'elle relève du besoin vital. La foi ne relève pas du même genre de certitude que la science. C'est pourquoi Pascal évite d'en parler scientifiquement. Mais plus encore, le Pascal qui a de la chair prouve par ses écrits que la foi est pour lui un pari existentiel. Come lui, vous et beaucoup de liseurs (intervenants sur ce forum) cherchez à vous rassurer en étant des encyclopédies vivantes du magistère de l'Église, comme si la foi était la loi. Vous n'entendez pas Saint Paul qui vous dit qu'elle est le contraire. La loi convient à la foi pourvu que cela lui convienne (car "tout est permis, mais tout ne convient pas"), et parce qu'il convient d'être sérieux et conséquent avec Dieu, de ne pas se moquer de Lui, de ne pas Le mettre à l'épreuve, de ne pas invoquer Son Nom en vain. Mais par la foi, même la loi, "tout est grâce". Cela, Pascal devrait vous l'avoir appris.

vendredi 8 mars 2019

La crise sexuelle de l'Église n'est pas un complot divin

Réponse au billet de l'abbé de Tanoüarn intitulé "Un complot contre l'Église?" et consultable ici: http://ab2t.blogspot.com/2019/03/un-complot-contre-leglise_7.html Cher abbé, Heureux de vous retrouver sur ce blog même si vous y écrivez parce que l’heure est grave. Quelques réflexions poil à gratter comme au bel autrefois : « La mauvaise conscience est aussi dangereuse que la bonne », je crois en savoir quelque chose, mais il n’est pas vrai que la repentance de l’ »Église du jubilé » « n’a convaincu personne » ni que « ce repentir [d’aujourd’hui] doit concerner ceux qui ont péché, en tant qu'ils ont péché. » Car individualiser le repentir dans l’Église, c’est nier le péché originel. Ne nous en déplaise, nous sommes autant solidaires des « bourreaux » s’ils sont des nôtres que des victimes à qui doit aller premièrement l’élan de notre cœur, mais notre prière doit se répartir équitablement entre les uns et les autres, d’autant que, s’il faut absolument individualiser notreréaction, nous sommes tous des bourreaux et des victimes en puissance. La crise qui secoue l’Église n’a rien d’un « complot de Dieu ». Il y a quelques années, j’avais dénoncé vigoureusement que Benoît XVI mette tellement l’accent sur la pédophilie dans l’Église qu’on finissait par croire qu’il n’y avait plus que de la pédophilie dans l’Église. L’énergie que le précédent pape a mise à s’emparer de cette question et à essayer de nettoyer les écuries d’Augias n’est certainement pas étrangères aux raisons qui ont provoqué son départ ou sa démissiion. Le moins qu’on puisse dire est que l’attitude de son successeur est ambiguë. Elle oscille entre indignations vertueuses qui pleurent avec les victimes, convocation d’un sommet sur les abus sexuels sur les mineurs et, dans le discours de conclusion de celui-ci, banalisation de la pédophilie dans l’Église qui, loin d’être envisagée dans ce qu’elle a de spécifique, est ramenée à la « banalité » de la pédophilie familiale et mondiale, elle-même insérée à son tour dans l’ensemble des abus qu’on inflige à l’enfance, comme celui des enfants soldats. L’Église s’engage, entre autres, par la voix du pape, à lutter contre le tourisme sexuel, dont on ne voit pas en quoi ça la concerne. Ces attermoiements pontificaux sont très conformes à l’ »en même tempsisme » des gouvernantsactuels, de Trump à Macron. Ou, pour parler comme François, ces réactions qui jouent de l’effet de balancier sont contaminées par la maladie atrocement mondaine du gouvernement de l’injonction paradoxale. Or l’injonction paradoxale est le mode dont se fait tantôt plaindre et tantôt craindre le pervers narcissique. Lorsque j’ai compris l’affaire Barbarin que je soutenais d’abord, je me suis acharné à flétrir son inaction, non pour ne pas avoir dénoncé des faits dont il a eu connaissance beaucoup plus tôt qu’il l’a prétendu comme en atteste, par exemple, Isabelle de Gaulmin (que vaut un État où il existe des crimes de non dénonciation ?), mais pour ne pas avoir mis ce prêtre hors d’état de nuire et pour avoir continué à lui confier une charge pastorale jusqu’en2015. Quelle volée de bois vert n’ai-je pas essuyé, en particulier de la part des « liseurs » du forum catholique ! N’importe. Aujourd’hui, le cardinal Barbarin démissionne et ne doit pas démissionner. Sinon, pourquoi ne pas exiger la démission du pape comme le fait mgr Carlo Maria Vigano en faisant assaut d’accusations outrancières ? Faut-il que le Père Pierre Bignon ait raison du cardinal Barbarin ? Non. Le cardinal Barbarin doit affronter la tempête aux côtés de ses diocésains et non pas quitter le navire que ses défauts de gouvernance ont fait tanguer. Car l’enjeu est de se demander ce qu’a de spécifique la pédophilie dans l’Église et quel en est le terrain favorable. Trois caractéristiques résument à mon sens la question : - Les prêtres n’ont droit à aucune sexualité active, ce qui est invivable quand on vit dans le siècle. L’Église peut-elle se satisfaire d’imposer une discipline qui fait qu’on ne puisse s’en sortir que par l’hypocrisie ? - Le célibat des prêtres n’est qu’un aspect de ce défaut d’activité sexuel. Il faut sans doute y mettre un terme. Mais il faut avant tout remédier au « trouble dans le genre » par lequel un prêtre, individu de sexe masculin, est configuré à un Corps, l’Église, entité de sexe symboliquement féminin car épouse du Christ. Ce « trouble dans le genre » fait que la véritable origine de la pédophilie dans l’Église est l’homosexualité de beaucoup de prêtres,comme le disent les non conformistes, homosexualité latente à laquelle le cléricalisme qui devrait être l’ennemi selon François (Gambetta ?) fait honteusement diversion dans ces relations abusives où « l’abus de position dominante » ne joue qu’un rôle mineur... Il faut affronter ce « trouble dans le genre » et mettre de l’ordre à la conception sexuée que l’Église se fait d’elle-même, ce qui exige des débats de qualité entre les catholiques.

jeudi 7 mars 2019

Pensées suscitées

Par: http://blocnotesdepatricecharoulet.blogspot.com/ et les "varia" du 6 mars 2019: -« La vie me sied mal. » (Chateaubriand) À moi aussi, François-René. Dans le Deutéronome, notre Dieu me demande de la choisir pour que je vive et parce qu'il me l'a donnée. Je consens à la recevoir, mais j'ai du mal à la choisir, car je sais mal l'aimer. J'aime mieux vivre que je n'aime la vie. Tout le monde n'est pas à égalité devant l'amour de la vie. Pourquoi Dieu nous demande-t-Il à tous de la choisir pour être bénis, sans considérer quel capital d'amour de la vie nous avons reçu à la naissance? -Je pourrais facilement être "platiste", car pou rmoi, la vérité est esthétique. La vérité doit être en rapport avec le beau, donc avec l'idée que je me fais du beau. Si rien n'est absolu, la vérité ne saurait être quantitative, car l'absolu est une quantité infinie. Si la vérité n'est pas absolue, elle doit être relative. La vérité est relative, car c'est une question de relation. La vérité est relative, raison de plus pour qu'elle soit qualitative. Et si la vérité est qualitative, elle est d'autant plus esthétique. Car le beau est une certaine qualité du réel. -La démocratie tocquevillienne, qui a fait primer l'égalité des conditions sur la décision quantitative "Un homme, une voix" (je n'aime la quantité que dans la décision), était destinée à favoriser successivement la lutte des classes et la lutte des minorités. -Je suis en train de lire "Voyage au centre du système" d'Alain Minc, où cet énarque qui a "défroqué" de l'inspection des finances pour travailler d'abord dans le privé, puis influencer les acteurs économiques et politiques, décrit admirablement "le système" dans lequel il a évolué. Il ne parvient pas à me le faire aimer, mais en montre la cohérence -en quoi c'est un bon portraitiste-, et en cultive la nostalgie. Il déteste le populisme, ce qui n'est pas mon cas, mais je comprends qu'il ne parvienne pas à concevoir qu'un patch-work idéologique théoriquement beaucoup plus indigent que n'était le marxisme tellement dialectique et tellement construit, ne soit un ennemi aussi redoutable du système politique dans lequel il dominait et voulait faire dominer "le cercle de la raison". La quatrième de ses zones de confluence est le monde intellectuel. -"L'Arabie saoudite est un Daech qui a réussi." Pour une fois je suis d'accord avec Zemmour. -L'exemple d'Onfray pour improuver l'égalité est stupide. Un chaudronnier n'est pas un chirurgien. -Le même auteur affirme qu'"Hulot est un rigolo". Il faudrait le faire confirmer par tous ceux qui ont signé son pacte écologique en 2007 en leur demandant pourquoi ils ne l'ont pas appliqué. Dans ce pacte, figurait le développement du ferroutage. Macron a démantelé la SNCF en sous-traitant les petites lignes ferroviaires aux "cars Macron" dont toutes les compagnies ont fait faillite. Hulot a oublié son propre pacte écolo, puisqu'il est devenu le ministre de Macron, le contre-ferrouteur. Ses états d'âme ultérieurs doivent être appréciés à l'aune de ce premier reniement. -"L'en-même-tempsisme" est le gouvernement de l'injonction paradoxale, donc du pervers narcissique. -"La crainte de l'adjectif est le commencement du style." (Claudel) Alain Breton, directeur de la librairie Racine, m'avait recommandé de me méfier de l'adverbe. Un roccoco ne se méfie d'aucune forme verbale et cautionne formellement toutes les idées que ces formes peuvent véhiculer. Le mal est dans l'intention, mais les mots n'en sont que le premier dévoiement. Autre est la trace, autre l'âme. -"Le président du CRIF est un Kalifat judaïque". (Henry de Lesquen) - "La religion catholique est le poème qui me satisfait le plus." (Barrès). "L'Eglise catholique, c'est la fabrique à névroses, elle est là pour ça!" (Sollers, qui est devenu catophile avec l'âge, comme pas mal de maoïstes...) -"Je ne puis que vous parler en mon nom et ce nom n'est rien." (Bernanos, 1941) Le passage du judaïsme au christianisme est celui de la religion de la loi (nomos) à celle du Nom: "Quiconque invoquera le Nom du Seigneur sera sauvé": les Actes des apôtres citant le prophète Joël pour parler du Nom de Jésus, substitut exotérique du tétragramme).

vendredi 1 mars 2019

Algérie, toute révolution est un risque, mais le statu quo est indigne

Croissant de lune, Nous devrions faire le point sur la situation algérienne. J'aimerais partir du fait que Boualem Sansal n'offre aux Algériens que la solution d'avoir un grabataire pour président pour lutter contre le retour des islamistes et de la décennie sanglante. Me revient quand je lis sa position la chanson de Renaud "Balle sur l'ambassade ! Quelques vieux malades, Imbéciles et grabataires Se partagent l'univers." Boualem Sansal oublie que, si on n'avait pas dénié la victoire du FIS aux élections municipales de 1992, la décennie sanglante n'aurait probablement pas eu lieu et le GIA ne serait pas devenu le bras armée du FIS. La démocratie est presque toujours la solution et la révolution présente toujours un risque. Sansal prend à longueur d'écrits son peuple pour un enfant immature. L'algérie mérite mieux que ce qu'est devenu Bouteflika, eût-on peur de ce que sont devenus les "printemps arabes", qui désespèrent de la capacité des sociétés islamiques à se démilitariser. À cet égard, l'indépendance de l'Algérie n'a pas tenu ses promesses pour le peuple algérien. Mais il ne faut jamais désespérer de l'avenir, il n'y a pas de fatalité. La France s'est fendue hier soir d'un communiqué qui attend de prendre date. On se serait cru en plein exercice du pouvoir de Michèle Alliot-Marie. Je ne crois pas que Bouteflika se maintiendra au pouvoir. Si mon hypothèse se vérifie, sa carrière sera en deux cycles de grandeur et de décadence : grandeur du plus jeune ministre des affaires étrangères qui avait la particularité de disparaître des mois durant en France où Giscard qui s'y connaissait supposait qu'il se livrait à des parties fines, puis décadence de Bouteflika devant s'exiler d'Algérie à cause de ses malversations et de son détournement, entre autres, de l'argent de l'OLP ; puis à nouveau grandeur du Bouteflika de la "concorde civile", puis décadence d'un président qui se fait soigner en France et en Suisse et qui, victime d'un AVC, ne sait pas se retirer, parce qu'il veut mourir président et incarner l'Algérie jusque dans sa mort, ou plus modestement assurer une stabilité à son pays, à son clan et de l'Algérie pour le reste du monde ? J'appréhende la situation de trop loin et c'est une énigme pour moi. Je ne me souviens pas non plus pourqoi l'on disait au moment des printemps arabes que la déstabilisation de l'Algérie aurait des conséquences trop dangereuses pour que quiconque puisse en prendre le risque. Les Algériens de France que je co nnais oscillent entre l'enthousiasme de voir tomber leur président momie et la peur de l'aventurisme politique. Le successeur de Bouteflika ne semble que pouvoir émerger spontanément de la séquence qui va suivre ou appartenir à son clan, sinon avoir déjà exercé le pouvoir sous ce président. Que t'en semble ? Veux-tu que nous chroniquions les événements d'Algérie ? Nous entendons-nous assezz bien pour recommencer cete ancienne entreprise de longue haleine ? Fraternité du torrentiel