"Le 31 du mois d'août", alors que la rentrée des classes ou la saison nouvelle n’avait pas dit son premier mot, le marronnier du jour fut de parler de l’élection présidentielle et des candidats en lice en leur donnant une couverture inversement proportionnelle aux problèmes des Français et au message que ces candidats qui n’ont pas l’ombre d’une idée voudraient faire passer en occupant le terrain.
De ce point de vue, la palme médiatique de l’invité le plus insignifiant est sans doute à décerner à France Info qui n’a pas trouvé de politicienne plus inspirée que Valérie Pécresse qui, après avoir fait le score que l’on sait lors de sa propre candidature à l’élection présidentielle par défaut de 2022 où elle pérorait qu’Emmanuel Macron avait « cramé la caisse ! » (on appréciera la vulgarité du propos), a commencé par dire qu’il fallait tous se ranger derrière Sébastien Lecornu pour parer au plus pressé et que la France écope d’un budget cette année. Elle a déploré qu’il soit trop tard pour organiser une primaire de la droite après l’avoir appelée de ses vœux et elle a soutenu Bruno Retailleau du bout des lèvres de façon tellement discrète qu’on voyait qu’elle était la première à ne pas croire en son propre soutien.
Au passage, la présidente de la région Île-de-France qui demandait à ses électeurs de lui rembourser ses frais de campagne parce que la droite de gouvernement qu’elle emmenait ne faisait tellement plus le poids que l’État ne serait plus en mesure de lui rembourser ce qu’elle avait avancé puisqu’elle avait réuni moins de 5 % des suffrages exprimés, a révélé qu’elle avait passé l’été dans le Limousin plutôt que de diriger sa région. Elle s’en est naturellement prise à Marine Le Pen, car elle n’a pas du tout la même vision du « Grand remplacement » (expression qu’elle a employée dans son poussif premier meeting) que la candidate qui porte une proposition de loi qu’elle juge irréaliste, visant à interdire le port du voile dans l’espace public français. Et de se féliciter pour faire contrepoint ou bonne mesure que l’Arabie saoudite se joigne au Qatar pour financer le « Grand remplacement » par le divertissement. Elle le jure ses grands dieux, le Disneyland saoudien verra le jour, tout est signé, même si les ayants droit japonais du manga qui servira de fil conducteur au futur parc d’attractions font la fine bouche.
J’ai l’air de tirer sur l’ambulance Pécresse, mais que dire du choix piteux d’Édouard Philippe de débattre avec François Hollande, l’homme dont tout citoyen français normal (sic) voudrait qu’il ait la décence de se retirer de la vie politique après son mandat calamiteux ? Que dire de la non-représentativité de Bruno Retailleau de la droite qu’il prétend incarner en ne faisant qu’outrepasser ce que disait naguère le RN sans vouloir discuter avec lui, même pas le bout de gras qu’il n’a pourtant pas eu de scrupule à partager avec Emmanuel Macron en participant à ses gouvernements post-dissolution pour faire du Sarkozy sans le souffle et sans aucun résultat ? Comment ne pas se désoler de la dynamique qui porte peu ou prou un Gabriel Attal sachant peut-être participer aux « débats superficiels » demandant de la répartie, mais qui n’en prétend pas moins tromper le chaland électoral en se faisant passer pour l’arriviste qui a découvert sur le chemin de Damas des différents contrats d’intérim que lui signait le président que l’École alsacienne et le piston ne l’avaient pas empêché de découvrir qu’il avait les Français au cœur ? Que dire de Laurent Wauquiez savonnant comme à son habitude la planche de son camp politique ? Comment qualifier la campagne du RN où Jordan Bardella fait semblant de concourir pour Marine Le Pen en se disant candidat à Matignon et en parlant comme s’il était, lui, le principal porteur du projet du parti ? RN qui seul, et bien qu’il ait tout renié, paraît converti au calme après la tempête pour apaiser le pays en avançant des recettes somme toute à ce jour parmi les plus réalistes de ce qu’on entend débiter par tous ceux qu’on n’a cessé d’essayer ?
Les plus sensibles au charme féminin se laisseront berner par la nouvelle pépite de Vincent Bolloré qui veut mettre en avant Sarah Knafo après avoir essoré Zemmour. Ces électeurs séduits oublieront que tous les candidats Bolloré sont des agents de la guerre civile. De l’autre côté de la société polarisée, on fera l’impasse sur la schizophrénie du discours « Humain d’abord » d’un Jean-Luc Mélenchon violentiste et toujours aussi caractériel, dont les seconds rôles ne veulent surtout pas dépareiller par rapport à l’original cacochyme favorable à la retraite à 62 ans excepté pour lui-même.
Bref, cette nouvelle saison présidentielle s’ouvre comme un théâtre d’ombres où pas un candidat ne paraît porter une idée et cet éparpillement façon puzzle est imputable à l’action nuisible d’Emmanuel Macron qui l’a souhaité et provoqué, en méprisant et en divisant le pays comme il ne l’a jamais été ! Triste rentrée politique où les morts presque simultanées de Philippe Bouvard et d’Édouard Balladur semblent signifier à la France qu’un certain esprit français « marqué par la gentillesse », comme disait Claude Guéant, est parti avec eux et aura beaucoup de mal à revenir.
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