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jeudi 10 novembre 2011

Etre parent et aveugle, une seule PMI en France qui a étudié la question et des services sociaux qui menacent

(Message publié avec l'aimable autorisation de son auteur sur la liste des Etats généraux de la Déficience visuelle qui a trait au "social")

Bonjour,

Je suis inscrite depuis peu sur cette liste donc je me présente. Je m'appelle Khadija, j'ai 35 ans et voilà un peu plus de 10 ans maintenant que j'essaie de contribuer même modestement à la vie associative qui concerne les déficients visuels.

Depuis six ans que je suis maman le thème de la parentalité me préoccupe plus particulièrement. En effet, je me suis rendue compte que la parentalité est un thème tabou, que du moins il n'est jamais abordé ni par les associations représentatives des déficients visuels, et encore moins par les pouvoirs publiques. Et pourtant ça concerne tous les handicaps.

La première fois que j'ai pris conscience de cela, c'est quand le PAM 78 a refusé de prendre en compte le fait que je pouvais utiliser ce service pour accompagner mes enfants sur un lieu de loisirs par exemple. Je ne demandais pas la gratuité du transport pour mes enfants, encore moins qu'ils soient considérés comme accompagnateurs, mais j'estime que le prix prohibitif appliqué aux familles composées d'au moins un parent déficient visuel et d'enfants empêche une famille de sortir. Dans mon cas, mon conjoint est malvoyant et par exemple pour un trajet en famille à Paris, le tarif étant le même pour les enfants que pour les parents, nous nous en sortons avec une facture de 240€, simplement inadmissible!! J'ai donc fini par prendre le train pour mes déplacements et on se débrouille très bien.

Autre thème qui touche la parentalité, ce sont bien sûr les infrastructures qui sont largement insuffisantes. En France, seul le Service d'Aide à la Parentalité des Personnes Handicapées (SAPPH) mis en place par Edith Thoueille au sein de l'Institut de Puériculture de Paris existe. A l'occasion de son allocution lors de la conférence nationale du handicap en juin dernier, le Président de la République avait salué le travail d'Edith Thoueille et depuis? rien!! Ah si, depuis, l'Institut de Puériculture a été mis en liquidation judiciaire et aujourd'hui encore on se demande ce qu'il adviendra de ce service. Des repreneurs se sont présentés, mais aucune décision n'a encore été prise.
Ce lieu est pourtant prisé par tous les parents france-îliens qui ont la chance de pouvoir y venir. Les parents de province aussi peuvent y avoir accès mais pour des raisons évidentes, c'est moins facile bien sûr.

Et que trouve-t-on d'aussi exceptionnel au SAPPH? d'abord infiniment de respect de la personne. Là-bas, on se sent parent, et parce qu'on est déficient visuel, on nous propose une attention personalisée si on la souhaite; on rencontre d'autres parents et des groupes de paroles sont créés pour permettre l'échange, le réconfort de ceux qui ne parviennent pas toujours à surmonter les regards extérieurs de la famille, de l'école, de la crèche...; des outils adaptés pour une grossesse et une entrée dans la parentalité optimums, l'échographie tracée en relief, des astuces pour préparer soi-même les biberons, soigner son enfant, porter son bébé pourne pas avoir à traîner une poussette, jouer, raconter des histoires...

Bien sûr, certains d'entre vous ont pu sans l'aide du SAPPH être de bons parents mais ça n'a sans doute pas dû être facile tous les jours.
Et puis après la puériculture nos enfants grandissent et nous nous devons de les suivre; cela veut dire: pouvoir leur raconter des histoires, jouer avec eux à la maison, et plus tard, adapter les livres scolaires, aller au parc sans les perdre de vue et pareil pour les lieux de vacances et j'en passe...

Oui N..., tu as raison nous nous en sortons sans doute mieux que les smicards, mais crois-moi, être parent handicapé visuel est un vrai luxe.
Bien sûr il y a le CESU, mais il n'est accessible qu'à la condition de travailler. Je me suis arrêtée de travailler pour m'occuper de mes enfants; conclusion: l'aide que je prends pour faire des activités de graphisme avec mes enfants ou organiser des sorties ne m'est pas à moitié remboursée.
Pour le livre de CP de mon fils, je l'ai fait adapter pour pouvoir le suivre dans ses devoirs le soir.


Pour les jeux et jouets, tantôt j'ai recours au SAPPH qui nous aide pour cela, tantôt je le fais avec mon aide de vie. Leur raconter des histoires? oui c'est possible, Les Belles Histoires par exemple sont éditées en braille tous les mois pour 54€. Si vous voulez que votre enfant voyant vous suive, vous achetez la version en noir 70€. Si vous voulez d'autres livres, eh bien vous les achetez, les scannez ou les envoyez dans les imprimeries adaptées pour transcription.
Je pense qu'un congé maternité un peu plus long pour les mamans handicapées ne serait pas du luxe car il nous faut non seulement le temps d'apprendre les gestes quotidiens que l'on fait avec nos enfants, mais l'adaptation en crèche ou en halt garderie demande là encore un peu plus de temps pour la maman handicapée, notamment parce que ces structures ne connaissent pas nos handicaps et ont besoin de temps pour mieux nous connaître.

Voilà. (...) Je m'arrête là.
Mais ce que je raconte de ma vie n'est qu'un cas isolé, ce que je veux dire c'est qu'il y a matière à faire pour les parents handicapés, qu'on n'en parle pas assez -et c'est rien de le dire- et qu'il est grand temps que ça change!
Saviez-vous que des signalements sont faits sur le seul motif que des parents arrivent en consultation et qu'ils présentent un handicap? Une maman enceinte et aveugle n'est pas reçue aussi naturellement qu'une maman ordinaire. Il arrive à l'accouchement que les services sociaux viennent s'assurer que les parents aveugles seront effectivement capables de s'occuper de leurs enfants etc etc...

Bon, je m'arrête cette fois.

Khadija

mercredi 9 novembre 2011

Vouloir aller au musée est la névrose des aveugles

...comme si la cécité avait quelque chose de
muséographique.


Dans le livre de mémoires de françois Nourrissier, "à défaut de génie", j'ai
trouvé chez l'auteur la même gêne, doublée d'une verve satirique pour
décrire cette propension, comme les prêtres et les homosexuels sont les
derniers à vouloir du mariage, à être les derniers à souhaiter fréquenter
les musées, en dehors des journées du patrimoine, où tout le monde s'y
précipite parce que c'est gratuit.

Ce que je veux dire par cette provocation, c'est qu'avant que n'émerge
l'audiodescriptiion, l'accès à la culture tel qu'on l'envisageait pour nous
et tel que nous avons nous-même fini par l'envisager, se bornait à visiter
des musées.

Or vous en connaissez beaucoup, vous, des gens qui fréquentent assidument
les musées ? Les aveugles devraient être de ceux-là. Dans l'inconscient collectif et
d'une manière que les déficients visuels avalisent, cela tient au fait qu'on les relègue, tels des oeuvres abstraites ou des bêtes curieuses, dans une espèce d'arrière-monde muséal ou zoologique où ils font des exploits comme des "bêtes de foire, sommés de "faire une performance", à
moins qu'ils ne visitent des musées en touchant le plus possible les oeuvres qu'avec crainte et tremblement, redoutant qu'elles n'en ressortent abîmées, les conservateurs laissent à portée de leurs mains.

Lorsque des "visites tactiles" sont organisées, cela peut atteindre au
cocace. Les aveugles sont parqués derrière des barrières, à portée de mains des
oeuvres, tandis que leurs chiens guident aboient de l'autre côté. Des aveugles derrière la barrière ou de leurs chiens, à hauteur d'hommes, qui sont les animaux ? Une scène digne d'Hervé guibert !

Ah, comme la cécité fait fantasmer ! Des "expériences", toujours des expériences : des photographes qui veulent photographier comme voient les aveugles, des photographes aveugles, des restaurants où l'on dîne dans le noir, servi par des aveugles interrogés par des sociologues qui enquêtent sur la perception des aveugles... Et des aveugles qui se prêtent au jeu, y a-t-il pas quelque chose de morbide à tout ça? En manifestant mon désaccord, je voudrais sensibiliser... les aveugles à ce que cette forme de sensibilisation des "voyants" ne les met pas à leur avantage. Car, dans l'archaïque des perceptions inavouées,
quel que soit l'édulcorant qu'on mette pour le cacher, les aveuggles ont, au
mieux le "troisième oeil" et au pire "le mauvais". Ils voient du noir, donc
ils en broient, donc ils sont messagers de mort. Ca se réveille dans des cas
où un proche est malade, ça aussi, je l'ai vécu. tout à coup, il ne fallait
surtout pas que je vienne visiter.. mon propre père.

Les aveugles ont le troisième ou le "mauvais oeil", donc on les envoie au
musée, ou on joue à être comme eux. Tout ça n'est pas très sain.

Veux-je donc interdire les aveugles de musée? Pas du tout. Mais je ne peux m'empêcher de penser qu'une visite entre amis vaut mieux qu'une "visite tactile", que l'audioguide ne nous fait pas mieux apprécier le château de Versailles, que
toucher ne fait pas tout comprendre, qu'il y a d'excellents descripteurs
parmi ceux qui nous côtoient, que, dans les visites, même guidées,
d'églises, il est rare que le guide ne fasse pas son possible pour qu'un
aveugle qui se trouverait de la partie puisse toucher tout ce qui n'est pas
hors d'atteinte, qu'enfin, les maquettes pourvoient ingénieusement à tout le reste.

Quand on veut s'amuser, on ne va pas au musée!

Les établissements spécialisés en voie de démantèlement, pivot de l'intégration scolaire et sociale des aveugles

(Autre réflexion publiée sur la liste dédiée aux implications sociales de la cécité)


Cher Président,

Vous nous demandez de réveiller cette liste, saisissons la balle au bond.

1. Comment s'informer sur "le plan déficients visuels" ? en quoi consiste-t-il ? Est-il l'oeuvre de M. Gilbert Montagné ou s'est-il affiné depuis la fin de sa mission ?

2. L'intégration sociale des déficients visuels est largement liée à l'existence ou non, dans les villes où ils habitent, de SAVS (Service d'accompagnement à la vie sociale), éventuellement liés à un établissement scolaire situé dans la ville en question. Pour donner un exemple que je connais, celui de X., l'Institut pour déficients sensoriels Y dispose d'un tel SAVS (avec psychologue, assistant social), mais aussi des "rééducateur" (instructeur en locomotion, aide à la vie journalière), qui interviennent au sein du SAVS alors qu'ills devraient relever théoriquement d'une structure médico-sociale, que le directeur craint de créer, de peur que le conseil général ne coupe les vivres du SAVS sans créer la structure médico-sociale, crainte tout à fait fondée puisque dans la grande ville d'à côté, capitale régionale ayant même une vocation européenne, (...) l'agrément a été retiré par le conseil Général pour le maintien du SAVS, ce qui a obligé un professeur retraité du grand établissement qui l'abritait à créer lui-même un SAVS de petite dimension, qui ne peut répondre à toutes les demandes, n'ayant un agrément que pour quinze personnes, lequel est depuis peu passé de quinze à trente-cinq. Il s'avère une fois de plus que la décentralisation a été cause de bien grands maux.

Ne saurait-il être édictées par le législateur, sinon recommandées par le CFPSAA des normes qui contraignent les Présidents de conseils généraux pour agréer et doter correctement les SAVS de toutes les villes abritant un établissement scolaire encore en activité venant en aide à des élèves déficients visuels ? En amont, est-il trop tard pour que le CFPSAA lute encore contre cette logique de décentralisation tous azimuts, qui désintègre la politique d'intégration scolaire et sociale des déficients visuels, selon l'endroit de France où ils ont élu domicile?

3. Ne doit-on pas, de même, procéder à un bilan de l'intégration scolaire ? Est-ce un bien que des élèves soient très tôt intégrés dans des classes "ordinaires", s'ils doivent faire "double apprentissage" et acquérir, en même temps que la maîtrise des outils qui leur sont propres, celle des "fondamentaux" que chaque élève doit savoir ? Est-ce un bien que la systématisation et la précocité de cette intégration et la suppression de l'internat si les élèves font triple ou quadruple journée : le temps scolaire, le temps de ramassage et le temps consacré à leurs devoirs ? Qui a décidé de cette intégration, les parents ou les chefs de quasi "feu" les établissements spécialisés dans la déficience visuelle, dont je n'ai pas entendu un seul ne pas tirer à boulets rouges sur les conséquences désastreuses que la généralisation de ce mode de scolarité fait peser sur la vie de leurs anciens élèves, qu'ils ne font plus aujourd'hui qu'assister ?

Dans quelle mesure le demi-échec de l'intégration trop précoce ne tient-il pas à ce qu'avant qu'on ait systématisé la présence des élèves en "milieu ordinaire", on a laissé les établissements spécialisés dépendre du ministère de la santé, alors que la scolarité des enfants dépendait du ministère de l'Education Nationale ? Cette double allégeance a-t-elle facilité les choses ? Où en est-on aujourd'hui ? Peut-on envisager sereinement l'avenir des établissements scolaires dans la mesure où la décentralisation fait là encore que chacun essaie de survivre comme il peut, et se sent trop pressuré par les administrations dont il dépend pour que tous puissent ès qualité venir, ne serait-ce que participer à nos Etats Généraux de la déficience visuelle dont ils sont des acteurs de pleindroit ? N'y a-t-il pas nécessité de sensibiliser l'education Nationale à l'importance qu'il y a, pour un déficient visuel, à avoir acquis les bases sans lesquelles il ne pourra s'en sortir et, de ce fait, au devoir qu'a le ministère de préserver et de pérenniser l'avenir des établissements scolaires spécialisés ? N'est-il pas largement nécessaire que l'on explique au ministère qu'il doit davantage s'appuyer sur l'expérience de ceux qui vivent au quotidien la déficience visuelle et de ceux qui connaissent les moyens de la rééduquer plutôt que sur le désarroi des parents qui n'ont pas encore digéré la catastrophe de la nouvelle que leur enfant ne verra pas et qui n'ont pas de compétence en matière de rééducation de la déficience visuelle, qui, au contraire, auraient davantage besoin d'une guidance parentale ?

4. A terme, ne pourrait-on pas envisager que l'avenir des établissements scolaires soit de s'occuper simultanément des enfants et des adultes déficients visuels qui se situeraient dans leur périmètre d'intervention et qui feraient appel à leurs services : transcription, locomotion, assistance sociale ? Ceci serait à la fois une manière de pérenniser leur existence et de faire d'eux une plaque tournante de la connaissance que les déficients visuels pourraient avoir, non seulement des aides techniques qui peuvent suppléer à leur carrence visuelle, mais aussi des uns les autres ? Les établissements scolaires naguère exclusivement réservés à la scolarité et qui deviendraient un endroit pour fédérer les actions associatives et un endroit qui ait une assise étatique, non pas d'où l'etat puisse surveiller ce qui se passe, mais où il puisse voir qu'il se passe quelque chose, pourraient également être des centres de ressource vers lesquels seraient orientées, dans un souci de proximité, les personnes venant de perdre la vue ou leurs familles, qui pourraient informer sur le tissu associatif local ou sur la manière pour un aveugle d'accéder à la culture ou à des soins oftalmologiques. Encore faut-il, pour qu'ils s'ouvrent aux adultes, seule garantie de leur pérennité devant la baisse heureuse des enfants aveugles du fait des progrès médicaux, que ces établissements se réunissent, acceptent de participer à une discussion en commun, accepte aussi de discuter avec les adultes qui, théoriquement, sont sortis de leur giron et ne dépendent plus d'eux.

Pour que les établissements scolaires servent de centres de ressource aux adultes, que les centres régionaux de transcription ne puissent pas (ne veuillent pas, ou n'aient pas les capacités budgétaires et humaines de) se faire les documentalistes des adultes au fur et à mesure que ceux-ci souhaitent disposer d'un document, on en a pris son parti, et ce parti est justifié si en effet il existe des associations qui font cela très bien ; mais le font-elles pour tout ? Ces centres de transcription pourraient aider les "non-voyants locaux" à se voir transcrits tel document administratif ou telle notice dont ils auraient absolument besoin. Avec l'informaticien ou l'Aide à la vie Journalière du SAVS transformé en centre médico-social, les deux structures fondant en une structure unique, le "non-voyant local" pourrait se faire adapter un produit qui lui serait d'un usage courant (télécommande de téléviseur, four, interrupteurs lumineux, synthétiseurs pour les musiciens, table à langer, chambre de bébé...) Mais le rayonnement de l'établissement scolaire qu'il ne faut surtout pas désaffecter pourrait ne pas se limiter au plan local si le centre Régional de transcriptiion, après avoir prêté assistance au "régional de l'étape", contribuait aussi à la diffusion du livre adapté dans la francophonie en conservant ses travaux en mémoire et les rendant disponibles à la demande.

Les bibliothèques de ces établissements pourraient également servir de centres de ressource. Ne pourraient-elle pas devenir des relais où viendraient se documenter les déficients visuels ne vivant pas trop loin de ces établissements ? Pour que les établissements jouent ce rôle de relais, il faudrait, outre leur consentement, que les adultes, le tissu associatif et les pouvoirs publics leur accordent leur confiance et veuillent bien leur assigner ce nouveau rôle de coordonateur (sans pouvoir coercitif) des activités non administratives, liées à la déficience visuelle dans une région donnée. Ne pourrait-on pas mettre d'accord tous ces partenaires pour redonner vie aux établissements scolaires spécialisés en voie de désaffection et en faire les pivots de l'intégration sociale des déficients visuels, d'une manière non concurrencielle avec la MDPH ou les "cap emploi", qui ne sont que des guichets ?

Au-delà du voeu pieux, ne pourrait-on pas constituer, à l'issue de ces Etats généraux, des groupes de travail réunissant des personnes, présentes ou non sur nos forums de discussion et "doléances", mais ayant une réelle envie de militer et se mettant d'accord pour promouvoir tel objectif dont nous finirions par convenir?

En espérant avoir ouvert quelques pistes et en insistant aussi pour qu'il soit apporté des réponses à celles déjà ouvertes par d'autres

J. Weinzaepflen

Pour une accessibilité raisonnée, humaine et priorisée

(des villes, du bâti (ancien ou nouveau), des administrations, aux aveugles et à ceux qui souffrent d'un handicap plus lourd que le leur!

Réflexions personnelles à peine remaniées et publiées, dans leur version initiale, sur un forum dédié aux Etats généraux de la cécité en réponse à quelqu'un qui proposait fort judicieusement que les associations dévolues aux aveugles commencent par se réunir, d'où les lignes liminaires de ce message.


"Chers amis,

Sans doute, mon message est-il hors de propos sur cette liste peu active (NDLR/ (message traitant de l'accessibilité posté sur le forum qui travaille aux implications sociales de la cécité), (...) mais l'impertinence de la position qui va suivre n'est pas aussi évidente qu'il y paraît d'abord.

Inutile de dire que j'adhère à 100 % au message de C. Il a très bien exprimé sa façon de voir les choses, je ne pourrai donc que le répéter en disant que le CFPSAA (NDLR: fédération d'associations regroupant les principales associations d'aveugles (dites associations tiphlophiles) et destiné à les regrouper toutes)doit oeuvrer pour fédérer le maximum d'associations en son sein et que le maximum d'associations doivent être conscientes de l'intérêt de se fédérer au sein d'une structure qui puisse porter notre parole à large échelle. Pour bien faire, il faudrait aussi que les individus puissent avoir d'une manière pérenne voix au chapitre au sein de cette instance fédérative, car il est à peu près impossible par exemple de faire partie de l'AVH (NDLR: Association Valentin Haüy, l'association historique oeuvrant en france "pour le bien des aveugles, mais fonctionnant par cooptation), et, si l'on n'est en contact qu'avec elle, aucune chance que notre avis soit entendu en dehors de circonstances exceptionnelles comme ces etats généraux.

Mais je voudrais faire un pont entre l'accessibilité et le social, puisque C. nous en donne l'occasion. Je n'ai pas demandé à faire partie de la liste qui discute de l'accessibilité, n'ayant à dire que ce que je vais dire ici, mais je serais très reconnaissant à qui fait partie des deux listes de bien vouloir transférer mon opinion sur la liste accessibilité. Si mon message fait réagir, je m'y inscrirai pour discuter avec ceux qui réagiront.

Selon moi, la loi de 2005 a instauré une très mauvaise dynamique en prétendant, à tous les étages, pallier l'aide humaine, qui facilitait notre communication avec autrui, par la mise aux normes du plus grand nombre de bâtiments publics et de la voierie dans les villes qui voudraient bien s'atteler à ce travail toujours à recommencer, politique dépensière, tonneau des danaïdes, qui a affecté des lignes budgétaires à l'accessibilité, là où il était indispensable que l'humain ait des ressources suffisantes.

Nous avons fait preuve d'un égoïsme sans pareil, nous, aveugles, qui avons prétendu avoir un besoin aussi vital que les villes nous soient adaptés que les paralysés, par exemple, et ce à un moment où commençaient de se mutualiser les revendications des personnes handicapées. Nous n'avons pas songé un instant à hiérarchiser les priorités, à nous dire que l'accessibilité était plus prioritaire pour les personnes en fauteuil, tandis qeu, pour nous, c'était l'aide à l'acquisition d'équipements techniques pour tous qui devait être privilégiée par exemple et, à travers cet équipement technique, notre "déficit culturel", qui devait être comblé.

Mais cette volonté d'être autonome en tout temps et en tout lieu a eu un autre effet pervers : c'est que nous paraissons désormais, dans des administrations théoriquement adaptées à nos besoins, absolument illégitimes pour continuer à demander de l'aide à un agent d'accueil.

Je prends un exemple entre mille : vous attendez votre tour dans une mairie pour passer au bureau des passeports. Une voix synthétique débite les numéros des personnes devant passer et le guiché où ils doivent se rendre. Vous êtes bien avancés quand cette voix synthétique annonce votre numéro : vous n'avez pas la moindre idée d'où peut se trouver le guiché où vous êtes attendu et, le temps que vous le trouviez, le temps imparti à ce que le fonctionnaire accrédité puisse attendre que vous soyez parvenu jusqu'à lui, ce temps aura coulé. Qu'aurez-vous gagné à vous passer de demander simplement à quelqu'un de vous amener, le moment venu, auprès de son collègue travaillant au bureau des passeports ? Vous pouvez bien sûr continuer de le faire, s'il reste un agent d'accueil qui ne travaille pas loin de la salle d'attente où vous devez faire la queue pour vous rendre au bureau des passeports. Mais cet agent d'accueil pourra vous répondre qu'il ne comprend pas pourquoi vous avez encore recours à lui, puisque la mairie s'est équipée en prévision de votre venue et que cela a coûté si cher au contribuable municipal.

J'ai vu émergé ce discours du "nous voulons tout, nous avons droit à tout" au début des années 2000. J'ai dit alors à mon entourage amical le plus proche qu'à tout vouloir ainsi, nous allions tout perdre. Je n'ai pas dû attendre longtemps pour être bon prophète. Cinq ans après les années 2000, il y eut la loi de 2005 qui nous octroyait tout, théoriquement, mais qui devait plus que jamais faire de notre vie un parcours du combattant, et cela ne fait que commencer.

Comment expliquer qu'en 1993, lorsqu'edouard balladur a voulu revenir sur l'exception qui consentait que nous n'ayons pas à justifier de l'emploi que nous faisions d'une tierce personne dans le cadre de la perception de l'ACTP (NDLR/ Allocation compensatrice pour tierce Personne), l'AVH, sous l'impulsion de Monsieur Chazal, nous ait fait manifester vent debout contre ce décret et que, douze ans plus tard, ce soit avec une grande résignation, voire en le considérant comme une victoire, que nous ayons accueilli la loi de 2005 qui, sous couvert de tout nous rendre accessible à tous, ne pouvait que nous appauvrir, chacun en particulier ? Il est vrai que, dans l'intervalle, nous avions obtenu de l'Etat de ne pas avoir à rembourser si nous venions à hériter, dans le cas d'un "retour à meilleure fortune".

C'est qu'entre temps, notre mentalité avait changé. Nous étions devenus revendicatifs à la manière des syndicalistes d'aujourd'hui, c'est-à-dire qu'à la fois nous ne pensions plus qu'à nos intérêts catégoriels, dans une dérive individualiste que la notion d'"autonomie" traduit bien, et nous avons accepté des lois valables pour les "classes moyennes" des déficients visuels, mais nous avons oublié notre propre prolétariat.

Nous avons laissé brader l'enseignement spécialisé. Résultat ? C'est double journée pour les bons élèves et ceux qui le sont moins, lesquels n'accéderont jamais au niveau d'étude que la moyenne d'entre nous pouvait atteindre, lorsqu'il existait un minimum de bases à avoir bien acquises avant de partir en intégration. Aujourd'hui, on acquiert ces bases au petit bonheur, dans la fatigue et, certes dans une plus grande ouverture au "milieu ordinaire", mais à quel prix, quel est le coût scolaire de toutes ces mesures, quel est aussi le coût en matière de fatigue ? Comment s'en sortent ceux qui doivent passer d'une classe à l'autre sans avoir acquis les bases de leur propre prise de connaissance du monde, tout en devant savoir communiquer avec ceux qui n'ont jamais appris le braille, ni l'informatique adaptée, ni la cartographie en relief et qui ne connaissent rien à la cécité ? Les aides à la vie scolaires sont-elles la réponse à tout ? N'est-il pas plus hautement probable qu'il en soit de ces élèves moyens comme il en va de nombreux aveugles qui trouvent un emploi dans la "fonction publique" et à qui l'on ne donne, en réalité, rien à faire ?

Ne serait-il pas possible de se demander si l'on n'est pas allé trop loin, si la loi de 1975 ne convenait pas mieux à notre situation que la loi de 2005 ? Certes, on ne pourra pas abroger cette dernière pour revenir à celle-ci, mais il y a tout de même des choses que l'on pourrait faire : par exemple, exprimer nos besoins par ordre de priorité ; et lors même que l'accessibilité en demeure une, qu'est-ce qu'il est indispensable que nous demandions tout de suite et qu'est-ce qui est secondaire ? Qu'est-ce qui nous paraît prioritaire et qu'est-ce qui peut attendre ? Le CFPSAA ne pourrait-i pas poser la question en ces termes ? Puisqu'il fait partie du Comité consultatif des Personnes Handicapées, ---- ne pourrait-il pas nous sensibiliser à quel point nous sommes nantis par rapport à d'autres et combien nous ne devons pas, par simple altruisme et souci du "collectif", nous montrer un peu moins gourmands ? A ceux qui ont participé à l'une des manifestations du collectifs "ni pauvre, ni soumis", n'a-t-il pas sauté aux yeux que des gens qui ne peuvent même pas bouger n'ont même pas les moyens de payer les services d'une aide humaine, indispensable à leur vie quotidienne, tandis que nous nous plaignons parce que toutes les villes n'ont pas à tous les carrefours des feux sonores et des bandes de vigilance pour la traversée des passages cloûtés? ?

De plus, n'est-il pas capital, enfin, que soient consultés, de préférence à l'expertise des professionnels de l'aide à l'autonomie des non-voyants qui ne vivent pas la cécité dans leur chair et qui parlent en véritables experts et ingénieurs de l'accessibilité, les principaux intéressés impliqués dans cette problématique avant toute prise de décision d'amélioration de l'accessibilité de tel bâtiment public, de tel feu ou de telle rue ? Les personnes impliquées dans l'accessibilité ne se doivent-elles pas, à leur tour, de consulter les déficients visuels qui vivent dans le lieu dont elles veulent améliorer la qualité de vie ? A cet effet, ne se doit-on pas, dans toutes les municipalités où c'est possible, de se connaître, d'organiser des groupes de parole, pour que la dynamique de ces états généraux ne s'épuise pas quand sera terminée la journée du 26 novembre 211, mais qu'elle s'étende à une connaissance mutuelle des acteurs visibles et invisibles du terrain, qu'ils s'y déplacent seuls ou accompagnés ?

Voilà quelques réflexions dont le désordre apparent me semble néanmoins couvrir un large spectre de la manière d'aborder les choses qui nous concernent en relation, à la fois avec le milieu dit ordinaire, avec ce qu'il est réaliste de demander et ce que nous devons savoir attendre, nous qui avons désappris la patience; en relation aussi avec nos concitoyens dont nous ne devons pas négliger qu'à trop vouloir ne pas avoir besoin d'eux, nous finirons par être coupés du monde, et avec nos collègues handicapés dont il serait temps que nous portions un peu plus concrètement le souci...

En espérant que ces réflexions ne braqueront personne, mais feront un peu réagir...

J. weinzaepflen"

vendredi 4 novembre 2011

Pour un rapport alternatif des aveugles aux médias et réciproquement, quelques éléments

Cher Monsieur Mantel,

Votre memorendum est des plus intéressants, tout à la fois concis et
circonstancié. Voici les quelques idées qui m'ont personnellement arrêtées,
éventuellement assorties d'un petit commentaire, les citations entre
astérisques comme d'habitude :

*"Diffusion par internet :
En même temps que la diffusion hertzienne, les films audiodécrit pourraient
facilement être accessibles en podcast ou en "replay" sur les sites
Internet des chaînes, et ceci sans coût supplémentaire."*

C'est en effet une fameuse bonne idée, d'autant plus que les sites internet
des chaînes sont relativement immédiatement accessibles, à ceux, bien sûr
qui sont équipés pour y accéder. Il en va autrement des sites de pod-casting
et, à plus forte raison, des sites de téléchargement de musique en ligne.
Mais je crois qu'un autre groupe travaille à faire des propositions dans le
domaine de l'accessibilité du net, sur laquelle j'ai personnellement
tendance à être assez pessimiste. Car quand sera-t-il notamment quand les
courriels seront remplacés par la discussion instantanée, si cela arrive un
jour, et quand sera généralisé l'usage du web 1.0.

"* - Les audiodescriptions pourraient également être diffusées par les
radios nationales, avec l’établissement par exemple d’un créneau horaire
mensuel et être présent sur les podcasts des sites des radios."*

C'est tellement vrai que l'audiodescription n'est pas autre chose en fin de
compte qu'un "film radiophonique" adapté au cinéma, et qu'il ne faut jamais
perdre de vuela prépondérance du médium radiophonique dans l'usage des
déficients visuels, prépondérance qui n'est pas prête de s'éteindre, sauf si
la Radio Numérique terrestre fait disparaître les transistors, et si son
développement ne fait pas l'objet de la vigilance des techniciens présents
dans nos milieux pour que la radio nous demeure un médium facile à utiliser.

Selon moi, la seule radio publique qui pourrait, presque par définition,
être ouverte à la présence de l'audiodescription, sur ses antennes, serait
"france culture", dans la mesure où cette radio donne chaque année lecture,
un mois durant, de scénarios primés lors d'un festival qui leur est dédié.
L'audiodescription serait un prolongement naturelle de cette lecture de
scénarios, bien qu'il faille tenir compte que "france culture" a
radicalement changé de politique, depuis que les pièces radiophoniques ne
sont plus appelées des dramatiques, mais des fictions.

"France inter", médiat plus immédiat, si je puis me permettre ce raccourcis,
pourrait également être intéressé, d'autant que, depuis la mort de Patrice
galbaud, les "tréteaux de la nuit" ont du mal à trouver ce qui pourrait les
remplacer.

Mais je crois qu'un autre prolongement de votre idée pourrait concerner la
création d'une antenne nationale spécifiquement consacrée à la lecture
radiophonique, antenne sur laquelle l'audiodescription trouverait toute sa
place. Cette idée peut paraître saugrenue à qui l'entend énoncer pour la
première fois, mais je crois qu'elle serait à creuser, d'autant qu'il faut
tenir compte de la baisse du temps consacré à la lecture parmi la
population en général et que "france culture" ou "France inter" constituent
d'excellents produits d'appel vers des livres, mais que beaucoup s'en
tiendront aux commentaires qui en auront été donnés, mais ne se reporteront
jamais aux originaux. Lecture d'oeuvrres patrimoniales et, moyennant
indemnisation des éditeurs, lecture aussi d'oeuvres conçues plus récemment,
n'étant pas ouvertes à la balado-difusion pour ne pas attenter
outrageusement à la propriété intellectuelle.

*" - Pour le cinéma, les films audiodécrits devraient être annoncés sur
les serveurs vocaux du type "Allociné"."* J'ai bien peur que ce service
vocal n'existe plus et ignore à quoi cela tient. Dans le prolongement de
cette proposition, ne pourrait-on pas envisager la création d'un serveur
vocal des programmes de télévision, dont la construction pourrait être à la
fois télématique et humaine, et dont l'usage pourrait être soumis si
nécessaire à la souscription d'un abonnement.

"*- Pour les DVD, un logo en braille devrait être gravé sur la pochette. Dés
l'insertion du disque un menu vocal pourrait donner la marche à suivre pour
sélectionner simplement la piste de l'audiodescription."* Où en est-on dans
l'avancée de l'accessibilité des DVD ?


Un site Internet dédié à l'audiodescription :-
*Tous les acteurs du secteur seraient tenus de lui communiquer leurs
programmes. Cela permettrait également de répertorier les audiodescriptions
disponibles et d'éviter d'audiodécrire plusieurs fois les mêmes films. *

Nous nous trouvons exactement dans la même problématique que pour ce qui
concerne la mutualisation de l'adaptation d'ouvrages par les différentes
associations qui sont présentes dans ce secteur. Si un site Internet et une
institution existaient, non seulement pour recenser en aval d'une façon
fréquemment mise à jour le fonds de chaque association, mais pour avertir
chaque association de qui est en train d'adapter quoi, on éviterait bien des
doublons. Seulement, les associations sont rétives à mutualiser leurs
efforts. En aval, la Banque de donnée de l'Edition adaptée existe certes ;
mais beaucoup d'associations se refusent à lui communiquer le fruit de leur
travail. En amont, je crois que seule une institution contraignante pourrait
inciter les associations à plus de bonne volonté. Mais la tradition
française veut que l'etat se défausse sur les associations.

"- *- Les films du patrimoine devraient tous être audiodécrits. "*
Encore une fois, combien je suis d'accord avec vous ! Le patrimoine doit
être accessible en priorité. Mais on a l'air d'être plus obnubilé par
l'adaptation des oeuvres présentes que par le rattrapage de celles du passé.
"*L'accessibilité du cinéma devrait faire partie des missions de la
Cinémathèqe Française par exemple."* Ici, vous rejoignez les propositions
que M. Théry affecte, dans le cadre du braille, à la bibliothèque Nationale.
Nous sommes dans la même logique vertueuse de cessation de désaffection de
ce qui concerne les déficients visuels à l'Etat. En fait-on beaucoup pour
les personnes handicapées ? Si oui, certainement pas dans le cadre du
ministère de la culture. Comme Francis Perez le souligne assez souvent, il
n'y a pas à proprement parler de budget du livre numérique ou du film
audiodécrit.

"- *Régulariser le statut de l’audiodescripteur"* entre dans une optique de
professionalisation qui n'a rien que de très sain et qui va dans le sens de
ce que je soulignais sur la liste dédiée au social, à savoir que, ni les
déficients visuels, ni ceux qui travaillent pour eux, ne peuvent continuer
indéfiniment à le faire bénévolement. Cette revendication va-t-elle de paire
avec une diminution programmée des ressources nécessaires à la simple vie
courante des déficients visuels ? Pas si le salariat de cette forme
particulière de participation à l'accroissement de la culture des déficients
visuels est financé par le ministère qui a vocation à le faire. Les
audiodescripteurs doivent en effet bénéficier du droit d'auteur, d'autant
plus qu'être autodescripteur pourrait devenir un débouché supplémentaire des
métiers du cinéma. D'autre part, la diminution des ressources vitales du
déficient visuel n'est pas nécessairement au bout de la revendication d'une
meilleure reconnaissance de son statut professionnel si l'on découple la
logique de compensation du handicap, et la décompensation que nous
subissons aujourd'hui, du simple fait de travailler. Il y a là encore une
exigence de justice que nous devons porter haut. Une société de chômage de
masse ne peut pas accepter, même d'un pint de vue budgétaire et comptable,
que les associations concentrent une énergie dont la valeur n'est pas
financièrement reconnue.

Je suis également favorable à une "participation des déficients visuels qui
en auraient le talent à la rédaction des audiodescriptions, mais plus
encore, non seulement à une *critique des audiodescriptions*, sur le site
dédié à l'audiodescription dont vous proposez la création, mais même à une
critique du cinéma avant audiodescription par les déficients visuels. Je
m'explique. Vous soulignez à juste titre que les déficients visuels sont
souvent cinéphiles. Eh bien, l'expérience m'a montré que, lorsque vous allez
regarder un film en compagnie de personnes voyantes, vous en ressortez
souvent avec des impressions différentes de celles de ceux avec lesquels
vous êtes sortis, et vos approches se complètent. Je suis persuadé qu'une
critique ès qualité, produite par des déficients visuels des films de cinéma
hors audiodescription, produirait des résultats tout à fait étonnants. On
devrait en faire l'essai dans la presse spécialisée. Si quelqu'un avait des
contacts avec "télérama" ou "les cahiers du cinéma", ce serait une
expérience à leur proposer. Mais pour pérenniser l'expérience, rien de tel
qu'un espace dédié à de la critique de cinéma hors audiodescription sur le
site consacré à celle-ci. Je prends le pari que la presse pourait bientôt
recruter les deux ou les trois meilleurs talents qui s'exerceraient sur ce
site.

L'"*audiodescription des documentaires"* serait, j'allais dire préférable à
celle des pièces de théâtre données sur une scène de théâtre. Je précise, à
l'intention de ceux qui n'aiment pas que l'on oppose les choses, que cette
opposition est dialectique et n'a pour seul but que de faire comprendre le
malaise, que je ne crois pas dissipé, que l'on peut éprouver à porter un
casque dans un théâtre, qui nous coupe de l'aspect théâtral de la
représentation. Comment pallier ce malaise ? Peut-être en proposant à ceux
qui l'éprouvent comme moi une audiodescription résumée et qu'ils pourraient
consulter après avoir assisté à la pièce. A l'intention des braillistes,
cette autodescription réduite pourrait leur être donnée sur support papier
au même titre que le programme, et ils pourrraient la consulter avant comme
après la pièce.

Mais on n'insistera jamais assez sur le fait que les images d'un
documentaire se voulant moins subjectives que celles du cinéma, destinées à
produire et appeler des sensations particulières, le documentaire plus encoe
que le film devrait faire l'objet d'audiodescription. C'est une proposition
que je crois lire pour la première fois sous votre plume, qui m'est certes
bien venue à l'esprit et à l'idée, mais jamais jusqu'à la formulation.

En m'excusant à mon tour d'avoir été beaucoup trop long

J. weinzaepflen

Pour une vue d'ensemble des problématiques touchant l'audiodescription

Par Laurent Mantel

Bonjour,
Je me permets d'intervenir au sujet de l'audiodescription pour
essayer de rassembler les idées qui ont déjà été données par les
précédents intervenants et apporter les miennes.
J'avais participé en tant qu'audiodescripteur, aux réunions de la
commission pour la promotion de l'audiodescription, organisées par la
DIPH en 2008 . J'avais essayé de faire un certain nombre de
propositions concrètes et souvent peu coûteuses en traitant le sujet
dans sa globalité.
La DIPH a été dissoute peu après et ce travail est resté sans suite.
Je vous le livre aujourd'hui, en vous priant de m'excuser pour sa
relative longueur, même si j'ai tenté de clarifier au maximum les
idées. Toutes vos remarques sont les bienvenues.

POUR UN BON DÉVELOPPEMENT DE L’AUDIODESCRIPTION
Trois grands axes : l’accessibilité, la production, la qualité.

L’accessibilité : simplifier, normaliser, vocaliser.
Produire et diffuser de l'audiodescription est évidemment inutile si
le public concerné n'a pas la possibilité pratique d'accéder aux
programmes ni de s'informer de leur existence.
La télévision est sans doute le média le plus utilisé par les
personnes déficientes visuelles. Il s'agit, dans un premier temps,
qu'un effort particulier soit réalisé pour rendre la TNT accessible.
En ce qui concerne les salles de cinéma, le nouvel équipement en tout
numérique des salles à levé les obstacles techniques.

Accessibilité du matériel de réception:
- Toutes les chaînes devraient adopter le même système de menus et
diffuser l'audiodescription aussi bien en HD qu'en SD.
- Pour le matériel futur, il est indispensable d'établir une norme
pour rendre le matériel de réception de la TNT accessible aux
déficients visuels grâce à un système de vocalisations des menus et à
des télécommandes simplifiées (Il suffirait, par exemple, qu'un
bouton facilement repérable sur la télécommande soit affecté au
changement de langue qui s'effectuerait par pressions successives).
- Les box internet et TNT adaptées pourraient également être dotées
d'une prise casque qui permettrait à la personne déficiente visuelle
d'écouter la piste audiodescription sans gêner le reste de la famille.
Cette norme s'appliquerait aux téléviseurs, aux décodeurs TNT, aux
Box et aux décodeurs des fournisseurs d'accès à internet ainsi qu'aux
lecteurs de DVD.
Rappelons que la vocalisation est une technologie aujourd'hui bien
maîtrisée et bon marché.

- Le matériel existant ne doit néanmoins pas être oublié. Il existe
dans le commerce, à prix très raisonnable, des télécommandes
adaptables à toutes les marques. Il serait possible d'étudier le
paramétrage de l'une d'elles pour qu'elle pilote avec un seul bouton
le menu langue de la plupart des appareils TNT existants.

Diffusion par internet :
En même temps que la diffusion hertzienne, les films audiodécrit
pourraient facilement être accessibles en podcast ou en "replay" sur
les sites Internet des chaînes, et ceci sans coût supplémentaire.
- Les audiodescriptions pourraient également être diffusées par les
radios nationales, avec l’établissement par exemple d’un créneau
horaire mensuel et être présent sur les podcasts des sites des radios.
- Les audiodescriptions en version purement sonores pourraient être
vendues en téléchargement sur les principaux sites de musique en
ligne (Itunes, Fnac.com où outres) ou diffusées en streaming sur les
radios internet (comme Deezer par exemple).

Diffusion en salle de cinéma :
Les nouveaux équipements de projection numérique permettent
aujourd'hui de diffuser une piste son avec l'audiodescription,
lorsqu'elle existe (à condition que les distributeurs aient pensé à
l'inclure dans leur fichier!) Il s'agit maintenant que les salles
s'équipent d'un émetteur et de quelques casques pour pouvoir
accueillir le public déficient visuel à n'importe quelle séance sur
les films audiodécrits.
Il faudrait normaliser la fréquence de diffusion en salle ou utiliser
un système grand public, comme le Bluetooth par exemple. Cela
permettrait au spectateur déficient visuel de recevoir
l'audiodescription à l'aide de son téléphone portable équipé d'un
casque ou à l'aide d'un petit récepteur dédié. Cela éviterait aux
salles de cinéma de devoir acheter et entretenir un stock de casques
pour une utilisation occasionnelle.

Information du public:
Un gros effort est à faire dans ce sens auprès des chaînes de
télévision qui communiquent très peu et dont les programmes ne sont
pas accessibles aux déficients visuels. L'audiodescription peut
facilement être annoncée en voix off lors des spots de présentation
des programmes, par exemple.
Pour le cinéma, les films audiodécrits devraient être annoncés sur
les serveurs vocaux du type "Allociné".
Pour les DVD, un logo en braille devrait être gravé sur la pochette.
Dés l'insertion du disque un menu vocal pourrait donner la marche à
suivre pour sélectionner simplement la piste de l'audiodescription.

Information par internet :
Un site officiel de l'audiodescription, financé par le ministère de
la culture, indépendant des différents acteurs du secteur, pourrait
collecter et diffuser toutes les informations concernant les
programmes de télévision, de cinéma, de théâtre et tous les
évènements culturels audiodécrits. Tous les acteurs du secteur
seraient tenus de lui communiquer leurs programmes.
Cela permettrait également de répertorier les audiodescriptions
disponibles et d'éviter d'audiodécrire plusieurs fois les mêmes films.

La production de l’audiodescription :
Rationaliser pour économiser :
l'audiodescription devrait se faire dés la postproduction des films
en assujettissant les aides publiques à l'obligation de réaliser leur
audiodescription (comme c'est le cas depuis peu pour le sous-titrage
pour les sourds et malentendants). Cette audiodescription pourrait
alors servir aussi bien pour la diffusion en salle, le DVD et la
diffusion télévisuelle et par internet.

Rappelons que d'importants moyens financiers publics, de l'état, des
départements, des régions et des villes, viennent aider la production
et la diffusion du cinéma. Il serait légitime qu'une partie de ces
fonds publics servent à assurer l'accessibilité des films à tous les
publics.
- Les films du patrimoine devraient tous être audiodécrits.
L'accessibilité du cinéma devrait faire partie des missions de la
Cinémathèqe Française par exemple.

Sensibiliser les professionnels:
Parallèlement, il est important de mener une politique dynamique
d'incitation et d'information auprès des producteurs et des
diffuseurs de films.
En effet, l'audiodescription est actuellement desservie par une
mauvaise image auprès des professionnels, beaucoup pensent qu'elle
est très compliquée à mettre en oeuvre avec des coûts difficiles à
maîtriser. Il est regrettable d'ailleurs que la charte de
l'audiodescription aille dans ce sens en annonçant : "Il est
difficile de chiffrer le temps de travail nécessaire à une
audiodescription…".
Il s'agit au contraire de clarifier le processus de l'audiodescription:
- En donnant des informations précises sur les coûts et les délais
que les professionnels expérimentés de l'audiodescriptions sont
parfaitement à même de fournir.
- En invitant des professionnels de la production et de la diffusion
(producteurs, réalisateurs, chaîne de télévision, distributeurs,
exploitants) et des représentants de leurs organisations
professionnelles afin qu'ils puissent s'informer et nous faire part
de leurs attentes et de leurs propositions.
-En régularisant le statut de l'audiodescripteur. Exiger une
audiodescription de qualité professionnelle passe par la possibilité
pour les professionnels talentueux et confirmés qui se consacrent à
ce métier de gagner leur vie normalement. En ce qui concerne les
droits d'auteurs, par exemple, nous sommes en contact depuis
plusieurs années avec la SACD pour mettre en place un contrat type.
Nous souhaitons que ce projet finisse par aboutir. L'auteur qui
travaille pour le public déficient visuel ne doit pas être considéré
comme un sous-auteur par les institutions chargées de défendre ses
droits.

La qualité
Pour protéger la qualité des audiodescriptions, il est aussi
fondamental de donner la parole aux utilisateurs et de faire émerger
une véritable activité critique, comme celle qui a accompagné le
développement du cinéma et la télévision. De nombreux déficients
visuels sont passionnés de cinéma et très compétents en matière
d'audiodescription, d'autres pourraient être formés.
Il faudrait leur fournir un espace d'expression dans le site internet
officiel de l'audiodescription.
Cette expression critique pourrait également trouver sa place dans
les sites de la presse spécialisée (comme Télérama par exemple…) et
les sites liés au handicap.

Inclure les personnes déficientes visuelles au processus de création.
Les personnes déficientes visuelles sont encore aujourd'hui
cantonnées à un simple rôle de consommateurs passifs. La création de
l'audiodescription gagnerait en qualité en faisant participer des
personnes déficientes visuelles formées et talentueuses à l'écriture
des audiodescriptions en collaboration avec des descripteurs voyants.
Cela s'est déjà fait et le résultat est excellent. La production
d'audiodescription a un rôle d'exemple à jouer en matière de réelle
d'intégration.

Quotas de diffusions :
Des quotas de diffusion d'émissions audiodécrites sont en train
d'être imposés aux télévisions.
Nous souhaitons que ce ne soient pas des quotas uniquement
quantitatifs (nombre d'heures d'émission) mais des obligations par
genre de programme en privilégiant les films de fiction et les
documentaires les plus importants. Certains programmes, en effet, ne
nécessitent pas, ou très peu d'audiodescription.

Quotas d'heures, mais aussi quotas financiers
l'accroissement du nombre d'heures d'audiodescription commence à
entraîner une concurrence effrénée entre les différents prestataires
et commence à se traduire par une braderie de la qualité en cherchant
à faire baisser les coûts par tous les moyens (emploi de personnes
non qualifiées, réduction du temps de travail nécessaire,
délocalisation, etc…).
Il faut rappeler que le CSA a mis en place, depuis de nombreuses
années, des quotas concernant la production de film français. Ce
système associe un nombre minima d'heures de programme à une somme
minimale qui doit être investie pour financer ces programmes par
chaque chaîne de télévision (en pourcentage de leur chiffre
d'affaires ), ceci afin d'éviter les dérives des productions bidons à
coûts dérisoires qui ont aussitôt vu leu jour lorsque ces minima
financiers n'étaient pas encore imposés par la loi.
(Voir lien : http://www.csa.fr/infos/controle/
television_quotas_production.php )
Le seul moyen de protéger la qualité de l'audiodescription est
d'imposer une logique similaire à la production de films français. Ce
qui est valable pour le public "voyant" doit l'être pour le public
des déficients visuels.

Laurent Mantel

Une formidable discussion sur le bonheur

(en écho à l'article qui précède, écrit le 1er novembre dernier, fête de la béatitude)

hier soir, dîner avec notre amie Thérèse (un prénom désuet pour une amie de notre âge).

Nous avons parlé du bonheur et de la faculté de changer.

Sur le bonheur, je trouvais que les béatitudes exprimaient très bien quelle était sa nature : à la fois un état d'âme où peut filtrer la joie même à travers les larmes, les tribulations, les persécutions et les traumatismes, une sorte decapacité résiliente avant la lettre, et une tournure d'esprit propre à se placer dans un bon rapport à la vie : pauvreté, c'est-à-dire ouverture de coeur, pureté, c'est-à-dire transparence, et disposition pacifique.

Thérèse me reprit sur mon premier terme d'état pour lui substituer celui de capacité, capacité à (et non étatdans lequel) laisser filtrer la joie intérieure à travers les larmes, etc.

En choeur, Nathalie et moi lui avons répondu que cette capacité, on l'avait ou on ne l'avait pas. Ce disant, nous tenions à affirmer que nous croyions l'avoir et que cela consistait en une ouverture de coeur et d'esprit.

Thérèse a trouvé cette affirmation quelque peu désespérante et nous a dit :

"Mais alors, quel espoir de changement pour ceux qui ne l'ont pas ? Tu vas encore me répéter ta vieille antienne que tu n'as jamais vu quelqu'un changer!"

J'ai un peu réfléchi et je lui ai répondu :

"c'est vrai que ça fait des années que nous avons cette discussion, toi et moi. Mais je voudrais la faire avancer ce soir, tu m'y pousses. Je crois que la seule chose qui peut amener quelqu'un à une disposition au bonheur telle que définie précédemment, c'est de ne pas se nier, de ne rien nier de ce qu'il est. De ne rien nier pour pouvoir, le moment venu, le changer.

Forçant sur mon cas personnel, je lui ai dit :

"tu vois ? On dit toujours que les alcooliques sont dans le déni. Or je n'ai jamais nié ête aveugle et alcoolique, pour être cumulard..."

"Oui, m'a répondu thérèse, mais en t'affirmant poivrot (c'était mon propre terme en fait, le paradoxe est que tu cèdes à te définir selon l'image que les autres te renvoient, c'est-à-dire que, non seulement tu adoptes une identité limitative, mais tu adoptes ce qu'en sociologie, on appelle l'"identité pour autrui."

Pour être en capacité d'être heureux et de changer, ne pas se nier et ne pas se renvoyer comme un écran noir dépersonnalisé, l'image que projettent de nous les autres, qu'ils nous renvoient en négatif, notre "identité pour autrui".

Pour une réhabilitation iconoclaste du discours misérabiliste en matière de handicap

Chère C,

Votre message est très émouvant et combien véridique.

Il pose, derrière la difficulté de trouver des psychologues spécialisés dans la perte de la vue, toute une série de questions.

Commençons par creuser celle de savoir s'il se pourrait que des professionnels spécialisés soient les mieux à même d'envisager ce qu'un de mes amis aujourd'hui disparu appelaitplaisamment (et tristement) le "deuil d'oeil".

Je crains que des professionnels du "deuil d'oeil" n'aient une vision extrêmement stéréotypée des étapes par lesquelles chacun devrait passer pour "accepter" son handicap visuel, si tant est que cette acceptation puisse jamais être totale.

Les professionnels de la rééducation de la déficience visuelle ont en général beaucoup de certitudes et d'idées préconçues.

Il n'y aurait qu'une manière de pratiquer la locomotion, que des recettes pour pratiquer la vie journalière, que certaines méthodes qui auraient fait leur preuve dans la rééducation fonctionnelle.

Ces mêmes professionnels sont plus souvent considérés comme experts de l'accessibilité et du conseil auprès des pouvoirs publics que les déficients visuels eux-mêmes.

Autrefois, il existait ce qu'on appelait la guidance parentale. Des parents ayant un enfant qui venait de perdre la vue et qui l'auraient relativement bien assumé venaient guider des parents qui se trouvaient dans cette même situation et seraient encore sous le choc.

Il Devrait exister identiquement une forme de guidance entre nous.

Cela voudrait dire que le tissu local des municipalités, des associations, des institutions spécialisées, des SAVS dans les villes où toutes ces structures existent accepte de nous mettre en rapport, et d'organiser entre adultes des groupes de parole pour, avant de penser à militer, simplement nous connaître et partager nos expériences.

L'existence de ces groupes de parole au plan local ne devrait cependant pas dispenser le CFPSAA s'il veut bien se donner cette charge de travail (mais nous pourrions l'y aider) de faire passer auprès des ophtalmologues qui connaissent l'aspect clinique de la déficience visuelle, mais pas du tout (ou très rarement) à qui l'on doit s'adresser quand on vient de perdre la vue, le minimum d'informations nécessaires sur les grandes institutions existant au plan local et national.

Ceci me paraît de toute première nécessité, car les aveugles ou les malvoyants à qui l'on vient d'annoncer qu'ils vont le devenir ou le sont irréversiblement devenus sont lâchés dans la nature avec le poids de cettte nouvelle.

Mais votre message soulève aussi un point sur lequel on n'insistera jamais assez : c'est qu'on se doit d'être handicapé et heureux ou de faire comme si, d'être handicapé et d'avoir réussi. On ne peut se montrer que si on est dans ce cas, que si on est un modèle.

Or pour des vitrines de cette réussite, combien de solitude ? combien de personnes âgées qui ne se reconnaîtront jamais "passibles" de quelqu'apprentissage que ce soit ou fréquentation du milieu de la déficience visuelle et qui ne sortiront plus jamais de chez elles qu'accompagnées ? Combien d'aveugles encore qui vivent avec un handicap associé, une maladie mentale, psychique ou que sais-je ? Il y en a beaucoup, beaucoup, et le dire paraît transgresser un tabou.

Dans mon entourage amical très proche, j'ai quelqu'un qui a le statut de Majeur Protégé et n'a plus aucune prise sur sa vie, ni le ressort pour en reprendre le contrôle. C'est un parisien qu'on a exilé en Normandie et qui, depuis une dizaine d'années, est baladé de sanctuaire en famille d'accueil, de famille d'accueil en appartement thérapeutique, sous la guidance d'un curateur et de médecins qui ne connaissent rien à la cécité. Lorsque j'ai demandé à plusieurs associations ou structures de faire quelque chose pour lui, on m'a répondu que c'était un cas trop lourd, quelqu'un de trop mutique et de trop compliqué, qu'il n'entrait pas dans le moule, etc.

A quoi a-t-il servi que la sociologie ait introduit le critère de "situation de handicap" pour faire si peu de cas de la personne ?

Enfin, je crois qu'à côté du discours triomphaliste,
il ne faut pas avoir peur de donner droit de cité au discours misérabiliste.

Le terme peut paraître choquant, mais je l'assume.

Il faut en finir avec la notion d'autonomie. Personne ne dépend jamais que de lui-même.

Il faut même réhabiliter la notion de pitié. On a passablement oublié que, pour Rousseau, le premier ressort qui distinguait le sauvage de l'humain relié à son semblable était "la pitié naturelle". D'ailleurs, quel est le contraire d'une société qui sait avoir pitié sinon une société impitoyable ! Impitoyable à force d'autonomisme qui, en fait d'intégrer les individus, les isole.

Il faudrait même, dans l'idéal, arriver à porter la conviction que les handicapés ne sont pas une valeur ajoutée pour la société, mais stimulent la gratuité du regard qu'elle doit avoir sur l'humain.

Il faut surtout arrêter de se leurrer.

La plus grande névrose des handicapés, c'est de vouloir à tout prix aller au musée.

Des raouts où des handicapés font des performances au milieu de personnes valides ne convainquent qu'eux-mêmes et ne flattent que la fibre narcissique de ces performeurs, qui en viennent à oublier de mettre en avant le coéquipier qui leur a permis de réaliser leur exploit.

A force de gommer le droit à la différence, on finit par ne plus parler que de ça et par susciter, chez les autres, les valides entre guillemets, un appitoiement d'autant plus malsain qu'il constitue une invitation pour les autres à s'éloigner puisque nous sommes censés tellement bien savoir tout faire par nous-mêmes que nous n'avons besoin de personne, au point que la présence de quelqu'un blesserait nos compétences.

Il faut aussi avoir le courage de poser cette question : sur la frange d'entre nous qui pouvons être considérés comme nous étant insérés socialement, combien l'ont fait hors du milieu des personnes handicapéées ?

Ces idées ne sont guère dans l'air du temps, mais elles révèlent l'autre face de la réalité du handicap.

Pas plus qu'on n'est obligé d'être handicapé et heureux, on ne doit, par principe, être handicapé et combattif.

Le mot de "handicap", que certains ont voulu supprimer, évoque une course d'obstacles. Il y a des gens qui n'ont pas envie de courir. Sachons en tenir compte.

Merci, chère C, de m'avoir permis de dire ces choses que j'ai sur le coeur depuis très longtemps, et que ceux qui seront choqués par mes propos, avant de juger leur auteur comme dépressif ou défaitiste, mesurent sur eux-mêmes s'il ne leur arrive pas de penser tout cela, mais surtout se rappellent que la qualité d'une société humaine se juge à la capacité qu'ont ceux qui ont pu se hisser de savoir regarder vers le bas, vers plus malheureux ou moins bien loti que soi.

Cordialement

Julien weinzaepflen

Accueil et soutien psychologique des personnes venant de perdre la vue ou d'apprendre qu'elles ont une maladie de la vision

Par c.d.

Bonjour,

Et l'umain dans tout ça?
Sur la majorité des groupes concernant ces Etats Généraux, je lis pas mal de choses intéressantes, mais l'essentiel est du matériel, des moyens de compensation, les galères de ceux qui cherchent du boulot et ceux qui essaient de s'y maintenir...

Mais le côté psychologique, l'aide, le soutien qu'on peut apporter à une personne qui est amenée à perdre la vue en cours de vie, comme c'est de plus en plus souvent le cas maintenant, qu'est ce qui est fait? Qu'est ce qui existe?
Je parle du tout début, lorsqu'on sort de chez l'ophtalmo et qu'il vous annonce que ça y est, vous allez devenir aveugle, qu'il vous faudra beaucoup de courage, mais qu'il vous salue et vous pousse gentiment dehors parce que le patient suivant attend, lui!
Quand on sort de là, on va voir qui? On fait quoi?

Evidemment, si j'évoque cela, c'est qu'il y a du vécu personnel là-dedans...

Pourtant j'étais déjà dans le milieu associatif de la déficience visuelle, ça ne m'étais pas un monde totalement inconnu, et pourtant je n'ai pas trouvé d'aide, alors quelqu'un qui n'y connait rien, je n'ose même pas imaginer dans quel marasme il doit se retrouver...

Si j'insiste sur le versant psychologique, en tant que soutien, accompagnement dans le cheminement de la perte de vision, dans l'acceptation du processus de deuil, dans la mise en mots de notre ressenti, colère, angoisse, abattement, révolte, questions, remises en cause... c'est parce que j'ai trouvé, pour ma part, que sur le plan compensation technique, tout cela est plutôt bien rôdé. En tant que malvoyante avec une vision stabilisée, j'avais pu apprendre le braille, débuter l'informatique avec du matériel grossissant et même avoir un chien-guide, parce que je savais que la perte de vue m'arriverait un jour ou l'autre, sans savoir quand au juste.
Je me sentais plutôt d'attaque sur ce plan-là, même si tout n'est pas prévisible avant, il faut ajuster et s'adapter au fur et à mesure.
Par contre, plus je sentais ma vision diminuer, plus je me sentais mal, moins je comprenais ce qui m'arrivait, moins je me sentais en confiance, en sécurité... Dans ma tête ça n'allait pas du tout!!!

J'ai cherché, auprès des Associations locales que je fréquentais à l'époque, j'ai exprimé ce malaise, j'ai demandé à trouver quelqu'un de compêtent dans le domaine qui pourrait m'aider à franchir ce cap... Rien! Si, à part des "Nous aussi on a des problêmes, si on s'apitoie tous sur notre sort, on n'avance plus!", ou des "les autres y arrivent bien alors pourquoi toi t'y arriverais pas, arrête un peu de t'écouter!"
Pour d'autres, pas question d'en parler, comment ils avaient vécu cette période-là, comme si c'était une honte d'avoir été mal dans sa peau...
J'ai pu trouver une personne, hors de ma ville, qui se proposait de m'aider psychologiquement, maleureusement, mon attente était uniquement une aide sur la perte de vision, la vie sans voir, et non une psychanalyse de fond, j'ai cessé les entretiens, somme toute assez onéreux. A part cette personne, aucune autre forme d'aide, débrouille-toi dans ton coin Céline!

Depuis, je suis toujours dans l'Associatif, j'ai juste changé d'Assos ou pris pas mal de recul vis à vis de certaines autres, quand je constate, toujours maintenant, qu'on ne sait pas accueillir, qu'on ne sait pas écouter la parole de celui qui vient, complêtement perdu, complêtement paniqué à l'idée de ne plus voir bientôt ou de savoir qu'il a une maladie évolutive.
A cette personne, on va lui parler paperasse, Allocations, ordinateur, braille... alors qu'il a tout simplement besoin, dans un premier temps qu'on le rassure et discute avec lui, avant d'aborder toute démarche.
Quand je suis là, j'essaie d'établir le contact, quelques uns osent rappeler mais la plupart non.
Le plus triste est que ces personnes, par la suite, on ne les voit plus revenir, il n'y a aucdune suite. Pourquoi donc???
Il me semble que de savoir qu'il y aura tout ça à faire, apprendre, acheter, très vite en plus, parce que la maladie n'attend pas pour certains, au lieu de se sentir rassurés, accueillis, entourés, écoutés, les personnes ont plutôt très peur de tout ce qui les attend et préfèrent fuir cette réalité qu'ils se sont pris en pleine face.

Evidemment, des mois, des années après, on les recroise, après qu'ils aient fait un parcours cahotique, d'ami qui voulait aider, en professionnel du social qui ne connait pas forcément le secteur du handicap visuel.

Je croyais que les Associations, dans leur ensemble s'occupaient aussi de l'humain, d'abord et surtout.
Mon expérience perso et celle de pas mal d'autres personnes avec lesquelles j'ai pu en discuter, parce que je ne cache pas par quelles difficultés je suis passée avant d'arriver oû j'en suis maintenant, tendent à montrer que les premiers temps, il faut sacrément se débrouiller tout seul après une telle annonce, qu'il faut aller soi-même à la pêche aux infos pour essayer de comprendre comment il faut s'y prendre pour avancer avec ce nouveau handicap.
Après on constate que pas mal de personnes ne font pas partie des grandes Assos, ce sont toutes celles qui n'ont pas eu la chance d'y être écoutées, accompagnées, accueillies, orientées afin que leur mal-être ou leur questionnement sur eux-même soit pris en compte avant toute chose.
être conseillé sur les démarches c'est bien et c'est important, sur le matériel aussi mais pas comme ça, de but en blanc!

D'accord, maintenant existent quelques services types REMORA, quelques établissements pour aider la personne à retrouver son autonomie, mais avant d'être prêt à franchir le cap de tout ce travail, tous ces nouveaux apprentissages, ne vaut-il pas mieux aussi, et parrallélement, être aidé et au clair avec soi-même?

Perdre la vue ou être atteint d'une maladie de la vision fait très peur à une majorité de personnes voyantes, pourquoi, dans le milieu de la déficience visuelle oublie t on qu'on ne peut accepter cet état de choses comme si ça allait de soi?
parlons-en entre nous, sachons écouter celui ou celle qui ne va pas bien, qui doute, ou pour qui la période est difficile à maitriser parce que sa vue s'en va beaucoup plus vite que prévu.
Me concernant, je ne peux en parler qu'avec un petit nombre de personnes, toutes celles qui ont pu ou su prendre du recul justement.
J'ai la chance d'avoir trouvé une psychologue, pas du tout dans le domaine de la déficience visuelle, mais qui sait trouver les mots et aime apprendre en retour elle aussi.

Je souhaite à chacun de pouvoir trouver une telle personne s'il en a besoin.

Excusez-moi pour la longueur de ce mail, mais on parle si peu de ce sujet-là.

C.

Les Etats généraux de la déficience visuelle

Cette manifestation est une grande nouveauté dans le monde de la déficience visuelle.

Elle est organisée par le CFPSAA, fédération qui s'efforce de regrouper la plupart des associations les plus représentatives du milieu très fermé que j'aime appeler "la glaucosphère (ou monde des aveugles).

La manifestation se tiendra le 26 novembre et réunira environ huit cents personnes. La ministre de la solidarité roseline Bachelot et certains candidats déclarés à l'élection présidentielle y sont annoncés.

Ce n'est pas vraiment en cela que l'initiative est novatrice. On sait bien à quoi s'en tenir à propos de la foire aux promesses. Là où innovation il y a, c'est dans le fait que les associations dites représentatives de la déficience visuelle ont la plupart du temps parlé au nom des aveugles sans mandat de leur part. Ils ont aligné des certitudes, encourageant au fond l'etat à ne s'intéresser à la déficience visuel qu'à titre compensatoire et à se défausser sur les associations pour le reste. Associations dont la plus grande, l'association valentin Haüy (ou AVH) est structurée de telle manière qu'il soit à peu près impossible d'en faire partie. Les aveugles n'en sont que les usagers, jamais une assemblée générale ne s'est réunie où nous ayons été invités, nous étions donc sous une sorte de tutelle pratique, et une chappe de plomb nous interdisait de participer à nos combats autrement que pour approuver dans des manifestations bruyantes ce que nos délégués non mandatés avaient décidé qu'ils devaient être.

Aujourd'hui, la parole se libère, on commence à s'intéresser à ce que pensent réellement les principaux intéressés, les non-voyants eux-mêmes, aussi bien de la cécité comme "handicap" physique ou technique que comme handicap social.

Est-ce à dire qu'il faut attendre de cette manifestation que l'écho de ce qui sera porté par chacun remonte dans sa diversité véritable vers les pouvoirs publics? Je crains qu'on n'en soit pas encore là. Ceux qui sont chargés de dresser le compte rendu de ce qui se sera échangé ne sont autres que ces mandataires autoproclamés qui partent pourtant louablement à la recherche d'un mandat authentique. De plus, il fait partie de l'exercice que beaucoup d'idées soient échangées à l'occasion d'une telle libération de la parole. Toutes ne sont pas destinées, malheureusement, à trouver une application immédiate et directe. Pour que l'on passe directement de l'énonciation à l'application, il faudrait que l'implication de ceux qui parlent s'étende à l'application des idées qu'ils promeuvent. J'espère être de ceux qui auront cette exigence éthique vis-à-vis d'eux-mêmes et dont l'enthousiasme ne sera pas purement verbal et ne durant qu'un souffle, le temps d'une manifestation solennelle et sans lendemain.

En attendant, je me permettrai de répercuter çà et là sur ce blog les échanges que j'aurai trouvés les plus pertinents. Si telle personne dont j'aurai répercuté la position souhaite que je supprime son message ou son nom de ce blog ou souhaite y préciser sa pensée, elle est naturellement la bienvenue, et tout droit de réponse lui est acquis par avance. Je répercuterai évidemment ma réaction à ses positions en ne me prenant nullement à mon tour pour un miroir de pertinence. Ce que je publierai en le trouvant pertinent ne sera que le miroir de mon aspiration à ce que le discours touchant la cécité soit moins triomphaliste et que les préconisations pour la pallier soient plus humaines et plus diversifiées. Un peu d'humanité dans ce monde de "performances"!

mardi 1 novembre 2011

La chute des bourses par le réveil des peuples

George Papandreou appelle son peuple à référendum pour valider (sic) la cure d'austérité que veut lui imposer l'Union européenne pour apurer sa dette en paupérisant son peuple.

Merveilleuse nouvelle, l'europe se libère, c'est le premier signe visible de sa ressaisie tant espérée.

Les grecs se ressaisissent par leur génie propre : le recours à la démocratie, la parole rendue aux peuples!

C'est la consternation dans les milieux européens. Les marchés n'en reviennent pas.

La réponse de "l'Europe libre" au "printemps arabe" au moment où l'Union européenne voulait se vendre aux chinois, qui seraient entrés dans son capital, non conttents de ne pas faire l'objet du moindre protectionnisme.


Houra !

dimanche 30 octobre 2011

Le migrant absolu

Du Croissant de lune:


"Bien, Torrentiel, t'en fais pas pour ma France à moi, elle n'est pas si lésée. Je l'ai grondée sèchement et injustement, mais elle m'a pardonnée. Ma France est féminine, englobante et maternelle, comme toute la France, en définitive. Donc, très encline à pardonner, ce dont il faudrait pas trop abuser! T'inquiètes donc pas pour elle. Au contraire, c'est elle qui m'englobe, tellement que les gens, notament, les artisans et autres, lors des travaux, s'adressent à elle, comme à la responsable du foyer. Elle a quand-même ce qu'elle veut, en général. Sa vie n'est pas si creuse, elle s'accomplit! Quelques années de plus que moi, bien jeune d'apparence, mais tellement maternelle! C'est bien cet aspect que je n'ai pas assez développé, concernant la France et l'église. Car, la féminité seule ne résume pas tout.


Puisque la féminité, du moment qu'elle est vraie, ne soulève pas d'objection en toi, je la développerai dans un autre chapitre, où il sera question de l'église, matière à laquelle je ne voulais pas trop toucher. Ce n'est pas crainte de la féminiser, seulement, mais je craignais, de dire, sur le compte de l'église, certaines choses, qui, à moi-même, sont pénibles à entendre. Hélas! C'était un chapitre promis, je le rédigerai, mon Dieu, je ne sais pas quand. Sur cette affaire de féminisation pure et simple, je mesurai mal, en mesurant sur moi-même. Me disant, que si j'étais Français de souche, je n'aimerais pas entendre pareille chose. Mais, évidemment, ça n'a pas de sens, et m'a contrarié. Voilà en partie, pourquoi, mes contributions touchant à ce sujet, ont été mal ordonnées.


Voici une chose qui va peut-être t'étonner. Quand j'étais plus jeune, je donnais beaucoup de temps au Groupement des Intellectuels aveugles et amblyopes (GIAA) , au siège de Bordeaux, ou, des fois, je copiai en braille, même des choses en Allemand, sans rien comprendre, on me dictait lettre à lettre, j'en ai fait des choses! Vois que ton Croissant de lune, sait rendre des services. Je me pris même d'amitié avec un séminariste qui tenait la boutique, pendant son temps d'objecteur de conscience. Toujours attiré par l'église, toute ma vie. Je suis un immigré absolu, parce que j'aime tout ce que vous avez de spécifique et de plus central, je veux être dedans et dehors en même temps. Cet amour, a pour ainsi dire, façonné ma vie! Je suis un fils de l'immigration, amoureux de ceux qui l'accueillent. Prends le terme de migrant, sans rien de péjoratif, tu trouveras que c'est ce qu'il y a de plus proche de moi, sinon quoi d'autre? En vrai, je vous aime trop, et je vous fiche jamais la paix.


J'oubliais de t'annoncer une nouvelle dans ma vie. Vanessa, nièce de ma femme, que nous avons élevé depuis que je suis arrivé ici, vient d'emménager à C..., où elle travaille depuis quelques mois. Je suis heureux de cette réussite, notre foyer lui a permis de mener à bien sa scolarité et formation, jusqu'à travailler dans un métier qui lui convient. C'était pas gagné d'avance! Le jour où elle fut reçue aide-soignante, j'ai tenté de faire comprendre à son grand-père, que ce serait une bonne idée, si nous nous côtisions pour lui faire une bonne dotation, en cadeau, après sa réussite. Il entend haut, mais, en plus, il a l'oreille sélective. Je suis revenu d'autres fois à la charge, rien à faire. Il ne lui céda pas plus qu'une petite somme, 200 euros, alors qu'il est plein aux as. Une autre tante, pourtant dans la gêne, fut plus généreuse que lui. L'avarice Normande, c'est pas rien! Ce serait moi qui fait payer la France, ben, voyons!


Figures-toi que j'ai une autre perversion que ce que je t'ai transmis une fois, qui t'a fort déplu. Je fais un simulacre de vol. Non pas que je vole rien du tout, non, mais tout ce que j'ai, je me plais à m'imaginer, l'avoir pris indûment à la France. Ouais, c'est dingue! Il me plaît d'imaginer la chose ainsi, pour mieux jouir de mes avoirs. N'est-ce pas l'état d'esprit d'un migrant? Cet être qui entend, quand bien même on ne dirait rien, qu'il prend quelque chose à ceux du pays, finit par l'intégrer mentalement. Soit il en souffre, ou bien, au contraire, s'il est tordu comme moi, il en jouit. Oui, même l'air que je respire, est meilleur parce que je vous le vole. Entends-tu cela? Je crois bien qu'un psi, se perdrait dans mes méandres. Ce n'est pas moi seul, qui est comme ça. La différence, c'est que je vis ces choses à l'extrême. C'est dingue, mais je vole la France, et elle me pardonne tout le temps, sans s'apercevoir de mon forfait! Génial, comme idée, non? La vie me plaît comme ça. C'est qu'en plus, j'ai l'impression d'avoir raison, dans le fond. Je préfère penser, que la France m'accueille, plus ou moins malgré elle, si grande est sa générosité. Je préfère penser qu'elle n'est pas totalement consentante à mon amour, mais se livre et s'offre, mue de compassion, mue de son esprit de pardon. Je préfère penser qu'elle ne me donne rien, que je ne lui donne surtout rien, mais que tout ce que j'ai, je le lui arrache, puis, elle pardonne et consent. Ouais, mon Dieu que c'est jouissif! En fait, je voudrais au moins, par simulacre, être mauvais, pour mieux vivre la bonté de la France. Comme je suis pervers! dépréciation de moi, complexe d'infériorité? savoir.


Ma France, est bien heureuse, ce soir. Son aînée est arrivée, avec son gars et les jumelles. Nous les aurons jusqu'à la fin des vaccances. Allez, je ne suis pas maltraitant!

Rodomont pervers et sauvageon."


Du torrentiel:

"Pas pervers, sauvageon sans doute, méandreux encore plus que moi, si c'est dieu possible, vivant à l'extrême les causes extrêmes et les grands écarts, ce que les tiens vivent sans pouvoir le nommer, volant, qui sait, violant la France et attendant qu'elle te pardonne, ce que tu sais bien qu'elle fera, c'est bien ainsi que je te vois.

Quelques notations courtes à l'orée de la nuit (qui, pour moi, pour ainsi dire, aura duré toute la semaine, j'aurai annulé tous mes rendez-vous et n'aurai rien été foutu d'écrire) :

Je préfère nettement, de beaucoup, le terme de migrant à celui d'immigré. Il y a une différence essentielle, exilique, que je ne saurais développer par des mots, mais que je perçois par mes sens.


Est-ce que j'aime à entendre que la France est féminine ? Quel est mon "genre" (attention, pas d'homosexualité latente connue sous cette question), mais qu'y puis-je si le christianisme n'est pas une religion mâle, âpre, vaillante, guerrière, ce qui est tout à fait pour satisfaire à mon pacifisme assoupi qui attend le baiser du prince pour me réveiller, s'il n'est pas trop tard, et me faire réagir, dans mon corps, à mon mal ?


Sans préjuger de ton développement sur l'Eglise, la france me semble femme et l'eglise mère, bien que, dans toute femme vraiment féminine, il y ait une mère qui sommeille. Toute femme vraiment féminine est maternante.

Sur ce, je retourne me coucher.

Ton torrentiel orphique adepte de Morphée."


Du Croissant de lune:

"Mon Torrentiel que je chéris.


Donc, comme ça, la nuit d'il y a sept jours (NDLR: première rencontre physique du torrentiel et du croissant de lune dans une hostellerie pour aveugles et tiphlophiles où nous nous trouvions par hasard en même temps, cette rencontre eut lieu le 15 octobre au soir vers 23h), aura laissé des traces et de la fatigue en toi? Au point de transformer toute ta semaine? Pas vraiment surprenant, puisque moi-même, j'ai subi pareille chose. Pourtant, tu m'as trouvé ascétique, pas assez costaud, t'en souviens-tu? Vrai, mais doué c'une certaine résistance physique, qui, chez l'Arabe, n'est pas strictement assise sur ses aptitudes les plus apparentes. Notre Ibnou-Khaldoun, recommandait aux cités, de forger de solides alliances avec les tribus Bédouines du voisinage, qui leur servent de réserve militaire. Il atribuait au Bédouin une importante résistance, alors qu'en même temps, il le décrit comme famélique, et il dit des Arabes qu'il nomme "ensauvagés", qu'ils n'ont rien de trop! Ma stature, serait assez conforme, si je peux m'en flatter, à ce descriptif, assez mince mais encore assez puissant quand-même! Sur le régime alimentaire, par lui-même, notre prophète faisait promotion de frugalité! On lui attribue cette parole, "Le croyant mange avec un intestin, l'incrédule mange avec sept intestins".
Après cette nuit, je fus d'abord revigoré, puis abattu. J'accusais un grand coup de fatigue, mais je parvins à soutenir et à faire face. Maintenant, je ne pense pas avoir rien changé dans ma semaine, mais attention, des fois je présume, et une méchante crève pourrait me saisir un jour prochain, si je ne prends pas un repos suffisant. Sur d'autres plans, tu dois être surmené et tiraillé par d'autres choses, et, même en étant, comme tu me dis, plus méandreux que toi, si possible, je croirai volontiers que tu es plus tourmenté. Je crois bien que tu soufres plus, pauvre Torrentiel. Ton mal et ton angoisse, transparaissent et parviennent jusqu'à moi, sans que j'en saches toutes les raisons. Que le sort te soit favorable, Dieu te sauve.

Depuis un certain temps, tu fais de fréquentes allusions aux possibles états de déchéance, tu me parlais du Lum-pen, certaine fois, et sans aprofondir la question, je sens bien que la chose tend à te concerner toi-même. Puissais-je me tromper, et que Dieu te vienne en aide. Nul conseil à donner, en semblable occurrence, sans rien savoir. Mais, anticipes, voire, tranches les questions difficiles, anticipes et arbitre vers ce qui mène à une vie plus solide, ce qui éloigne des écueils. Toi seul, sait mieux que personne, ce qu'il faut faire. Comme j'aimerais, Torrentiel que je chéris, t'infuser la moitié de ce qui nous séparerait en santé, en force et en toute chose. Sois assuré de la sincérité de mes voeux et prières, puisse le sort et l'action t'être favorables.


(...) Le séminariste que j'ai connu au GIAA, à Bordeaux, c'est qu'il était objecteur de conscience. C'était dans les années 80, au temps du service militaire. Les objecteurs devaient, en remplacement, exercer un service, dans un cadre associatif. Il y eut ce séminariste, fils de militaire, puis, après lui, il y eut un autre fils de militaire objecteur de conscience, qui préparait une licence d'histoire, et qui doit être enseignant, à cette heure. J'étais alors au chômage, logeant encore chez mes parents. J'allais à l'association, j'y passai presque des journées entières. J'étais bénévole dans une autre, également, je faisais pas mal de choses. Au groupement, les dames patronesses bénévoles qui nous encombraient toute la journée, les quelques maris qui venaient, étaient d'une droite assez incisive, je dus raser souvent les murs, n'osant pas toujours répondre, moi, l'immigré, à certaines assertions. La vie est comme ça, hélas. Dans ces années-là, Rodomont ne se nommait pas Rodomont, n'osait pas se découvrir autant qu'aujourd'hui. En ce temps-là, l'Arabe n'était pas encore le plus fort, même pas sur la cour de récréation, ou tout juste cela commençait-il à venir. (NDLR: je m'en souviens. Au cours des mêmes années, j'ai eu des condisciples arabes, je ne m'en apercevais même pas. Ils n'étaient ni moins forts, ni plus forts que nous, ils étaient fondus dans notre masse, ils étaient intégrés, le communautarisme n'existait pas bien qu'on eût commencé de nous bourrer le crâne avec l'injonction de ne pas être racistes, ce qui ne nous serait pas venu à l'idée. L'arabe n'était ni fort, ni faible, il était invisible dans une france dont il faisait partie). Les choses sont mouvantes et changeantes, qui tremble un jour se dresse le lendemain. (NDLR: je ne crois pas que les arabes tremblaient. Ils étaient des arabes au milieu des Français, voilà tout, Arabes chez eux, élèves à l'école, enfants parmi leurs amis.)

Puis, j'ai participé à l'animation d'émissions en langue Arabe, dans des radios associatives, et je me repens d'avoir participé à des trucs anti-racistes, comme le MRAP, où, très vite, je découvris l'instrumentalisation sioniste. Beaucoup de souvenirs. Je connais la France sous toutes les coutures, moi! Toujours la bonne et la mauvaise France, très imbriquées l'une dans l'autre, rien d'elle ne m'est étranger. Je me demande bien si je ne voue pas à la France, un sentiment qui relève de l'idolâtrie. Est-ce que je ne l'adores pas comme une déesse? Savoir.


Mes tourments sont différents, nos peines sont distinctes. Il est vain de comparer ni le mal ni le bien de chacun.

Est-ce que je coupe mon épouse de ma famille? Non, pas quand-même tant que ça! Depuis que je la connais, nous sommes allés une fois en Tunisie, deux fois à Bordeaux, puis j'y retournai seul, les autres coups. Mes parents sont venus et ont séjourné ici, il y a longtemps de ça. J'ai reçu ma soeur Najla et son mari Frank, le Basque. Mon petit frère Mehdi, est venu, au temps où il était avec cette noble Bretonne, A.-M, quand la chose était encore nouvelle. Mais voilà, mes proches parents promettent parfois de venir, puis, ça tombe à l'eau. Je ne m'entend pas parfaitement avec toute ma famille, comme beaucoup de gens. La distance est une excuse que je ne te servirai pas, trop facile. Bien vrai, que je trouve le contact du Français, relativement plus aisé, cet homme est si simple et transparent!


Entre le migrant et l'immigré, on peut, en effet, entrevoir quelques différences. Le migrant est agissant, un acteur, un sujet. Il migre et peut encore migrer. L'immigré est une catégorie, il est vrai, un peu trop Francisée, domestiquée, sédentarisée, une sorte de classe sociale dont on se préoccupe, dont on a souci, ou qu'on veut endiguer. Le migrant est un acteur, la qualité d'immigré est un état. En ce sens, je préfère me nommer migrant. Notre prophète le fut lui-même, s'en allant à Médine, où, dit-il, des étrangers l'ont protégé mieux que les siens. Avant cette migration, qui n'est que le second hégire, le prophète permit aux Croyants qui le supliaient, de s'en aller pour l'Abyssinie, afin de se soustraire aux persécutions incessantes des Mekkois, et ne pas abjurer. Ce fut la première hégire ou migration, en ce pays où régnait un roi, qui, semble-t-il, entretenait avec le prophète, des relations épistolaires et autres, et qu'on dit être converti en secret. De manière plus générale, le fait de migrer, de voyager, est une chose ordinaire et naturelle pour l'Arabe d'attavisme Bédouin. On constate d'ailleurs, que les migrations sont plus le fait des populations d'Afrique du Nord, marquées par le Bédouinisme, que, proportionellement, du moins, le cas des gens de l'égypte longue, sédentaires et terriens.


Du moment, que la problématique de la féminisation ne t'insupportes pas, j'y reviendrai. Seulement, comme promis, quand je parlerai de l'église, Torrentiel, il n'y aura pas que ça, hélas. J'aurais à développer d'autres choses, peut-être moins plaisantes. J'évitai de trop le faire. En vrai, tu relèveras sans peine, que le Musulman ne raille pas tant que ça, certains travers. Pas même après ce qu'a fait votre pape, en certaine conférence. Il y eut des mouvements de rue, certes, mais pas de railleries et moqueries faciles, qui eussent été pourtant à portée de main! Si nous étions vraiment anti-Chrétiens, autant qu'on le prétend, nous en dirions pis que pendre, il y aurait de quoi! Enfin, sois-en conscient, quand-même: sauf exception, les Musulmans ne vous raillent pas. Mieux que ça, ils ne supportent pas les railleries déloyales sur votre compte. Le Musulman, reste, jusqu'à présent, par la colère ou la grâce de Dieu, un homme assez droit et rigoureux. Mais j'y reviendrai une autre fois.


Bien sûr, la France est féminine et maternelle, sinon, comment nous soufrirait-elle autant? Est-ce que je la viole et que je la vole? En simulacre, seulement. J'aime bien qu'il en soit ainsi, et voire son sourire pardonnant. En vrai, je suis trop loyal, pour exercer des vrais violences et abus, comme bien tu penses. Des Arabes volent, c'est bien vrai. Violent-ils? Possible, bien que la chose me semble incertaine. Le viol dans ce pays aux moeurs si douces et faciles, me semble inaproprié. Quel besoin d'avoir au péril de sa liberté, ce qu'on peut avoir légalement et sans trop de peine? Quant à ceux qui agressent et se plaisent à le faire, leurs abus sont lâches. Plus que l'Arabe, le blac, abuse trop souvent de sa force, et de façon plus claire. Les gens du voyage font ainsi, comme ceux de l'Est. Des violences Asiatiques, et leurs prédations, sont moins visibles mais plus profondes. Ils sont assez forts, sans doute, pour intimider jusqu'à la critique. Si l'Arabe est capable de violence, il est accessible aux reproches, impressionnable, accepte les leçons dont certains autres se moquent!


Mais il faut ajouter autre chose. Le gars de couleur, l'Arabe surtout, s'il n'exerce pas de violence, quand il est loyal et droit, il se croit un devoir de protection, au contraire. Cette fonction joue plus qu'on ne croit. En vrai, il n'y a pas souvent des bagarres rangées de rue, opposant des gars de couleur à des autochtones. Les bandes sont plus mélangées que ça. L'Européen subit ou bénéficie d'une certaine protection physique, sans laquelle, à mon avis, les violences et agressions seraient plus nombreuses. Tout se passe comme si, du moment que l'autochtone n'est pas du tout bagareur, il est déloyal de le frapper! Au lieu de m'envisager comme voleur et violeur, il est plus juste de voire en moi, un protecteur! Cela suppose que l'autochtone, ait, en effet, intégré mentalement, une certaine assymétrie dans le rapport à la violence, lui-même étant plus bénin et pacifique, tandis que le migrant est plus bagareur. Et en effet, ça va carément jusque-là!

Pour l'illustrer d'une anecdote, voici. Je soignai un jeune homme blanc, dont les parents étaient revenus de Martinique. Il m'a parlé des pressions voire des menaces de violences que les noirs exercent contre les gens si sympathiques, de Métropole, avec des critiques et reproches désagréables. Eh bien, même là-bas, il m'a dit que des camarades noirs, le protégeaient. Revenu en Métropole, en région Parisienne, avec ses amis Blancs, ils ont plus ou moins le même souci, avec aussi le même genre de protection. Puis, cela porte, en effet, le Blanc autochtone de cet âge, à des comportements divers, pour éviter ces situations. Il affirme sa réprobation de la violence, dit qu'il n'aime pas la bagare, etc. Mais, curieusement, ces situations n'en feront pas un raciste, puisque son réflexe, est au contraire, d'opposer une certaine non-violence à ses éventuels contempteurs. Comme c'est compliqué!
Sérieusement, je crois que la vie de l'Européen, le Blanc, l'autochtone, sa vie est transformée, voire bouleversée, du seul fait de la présence des autres, qui peuvent être des amis protecteurs comme des ennemis prédateurs. Il faut ajouter, pour être juste, que l'Arabe, muni d'une certaine doctrine, exercera sa protection sans faillir trop à la justice. Beaucoup de développements en perspective.


Eh, alors, mon protégé, tu n'as encore rien répondu à mes considérations sur l'Amitié? C'est demain qu'on votte en Tunisie. Allez, quelques mots, s'il te plaît. Tu veux des migrants moins bagareurs, sois donc toi-même plus juste. Tout se tient!


Rodomont, protecteur de la France.

Le sabre et le goupillon (II), le goupillon...

Du torrentiel:

Croissant de lune,

Que me parles-tu de sabre, à moi qui ne suis que le goupillon ! J'ai l'air de plaisanter, mais vais-je dégoupiller ? Encore une fois, le propos est plus sérieux qu'il n'en a l'air.

Je vais probablement émailler ce message de considérations symboliques, voire de problématiques personnelles, mais le fond n'en conservera pas moins quelque vérité supérieure universelle, comme ce que tu me disais du sabre de rodomont.


Pour commencer, on recherchait naguère, comme tu sais, l'alliance du sabre et du goupillon, de l'armée, gardienne de la nation et de l'eglise, du Trône et de l'autel. Nous avons désavoué cette alliance depuis la révolution, mais le désaveu vient de plus loin.

Il était en germe dès l'amour courtois, où le chevalier combattant devait dégainer son sabre dans de cruels tournois, mais surtout ne pas en faire usage auprès de la dame dont il se déclarait le chevalier servant fidèle inconditionnel. L'amour courtois a renforcé l'enfant de chrétienté dans l'emprunt platonique de la relation amoureuse non consomée, comme le mariage annulé de ne pas l'être. Mais moins il y avait d'amour et plus s'ouvrait le mariage.


Troisième image : la force de samson était dans ses cheveux. Il a suffi d'une nuit où son amour baissait la garde pour que dalila la lui dérobe. Il la recouvrera miraculeusement pour massacrer sans tempérance les Philistins surpris. Lorsque je tombai amoureux pour la première fois, je m'étais mis sous la garde d'une amie très mystique, qui me représenta la fille que j'aimais comme une véritable dalila, qui allait dérober sa force tigniacière au chevelu Samson que j'étais, et allait, non le castrer, mais le décapiter (il était entendu que je n'étais qu'une tête...) de sa faculté d'exercer la fonction de juge ou de prêtre, prêtre sans sabre à dégoupiller, ne disposant que d'un goupillon pour asperger le peuple d'eau bénite.

Asperger pour bénir. Bénir en jetant de l'eau avec mon goupillon. C'est-à-dire, en quelque sorte, devenir un éjaculateur précoce. Un éjaculateur onaniste.


Qu'est-ce que la bénédiction ? C'est la recherche d'une protection dont on prétend disposer au moyen d'un rite. Mais d'un rite auquel il manque en effet l'adjuvant matériel. Il faut avouer que la religion de l'Incarnation se trouve étrangement la plus désincarnée de toutes.


Dernier focus : l'islam qui te structure et vertèbre refuse que Dieu ait une Image de fils. Pour ma part, j'ai un très grand problème avec la filiation. C'est que j'ai été trop fils. Lorsque mon père était gravement malade, ce qui dura deux ans, mes frères et moi essayâmes de gérer ses affaires au mieux. Nous nous croyions obligés par ses ordres à y mettre l'ordre qu'il n'y avait jamais mis et quelque mal que nous nous donnions, nous n'y parvenions pas. Nous avions des déjeuners homériques au cours desquels chacun donnait sa façon d'envisager de sortir du labyrinthe. Nous n'étions jamais d'accord sur rien, l'essentiel étant sauf. J'en vins un jour à dire à mes frères que, si nous étions ainsi, c'était que chacun de nous représentait un tiers de notre père. Je ne me souviens plus si nous en tombâmes d'accord. Je crois plutôt que cette parole glissa sur eux. Mon frère aîné était trop occupé à ressembler à notre père et le cadet, très engagé dans sa psychanalyse, à ne pas lui ressembler, sans du tout être capable d'envisager sa mort physique, contrairement à mon frère aîné et moi, mais en ne voulant pas moins le tuer symboliquement. La preuve en fut qu'il fut le plus acharné à vouloir se défaire au plus vite de l'héritage que notre père nous laissait, au motif que chacun de nous avait sa vie et devait la construire, martelait-il. Voilà comment la filiation avait dégénéré en cette triade ou en cette trinité de frères que nous étions face à notre père.


Quant à la psychanalyse, elle est un retour dépravé de la notion de péché originel, qui peut-être ne pouvait produire qu'une dépravation de ce genre. Il est à noter que Freud croyait en une "dette collective" et s'en rapportait au sentiment qui constituait le tabou dans toutes les observations anthropologiques. Il avait simplement déplacé la raison de cette dette à un parricide, du fratricide en lequel la genèse avait toujours cru en discerner l'origine. Les psychanalystes dans leur ensemble ont complètement oublié la croyance de freud dans le péché originel exprimé sous forme de "dette collective" de la première "horde". Ils n'en ont pas moins assuré la résurgence pratique de cette antique croyance dans l'impossibilité qui fut bientôt celle de l'enfant post-chrétien d'honorer ses parents. Non seulement il cessa de les honorer, mais il se mit à les accuser, et cette accusation devint systématique, et le passage obligé pour que l'enfant grandisse. L'ingratitude fut de règle. Il en résulta une impossibilité à peu près totale de fécondité de la génération qui intériorisa au maximum cette accusation parentale. Cette génération, soit au propre ne sut plus faire des enfants, soit au figuré se trouva démunie de tout savoir relatif à leur éducation et à la transmission en général. Ce retour inversé du péché originel tourrna à l'échec de la filiation.


Mais la filiation telle que nous l'avions conçue était en réalité vouée à l'échec bien avant que le péché originel auquel nous ne croyions plus nous revînt en boomerang. Dans le développement interne et patristique du christianisme, il se produisit ceci : alors que le Christ dans l'evangile n'avait jamais cessé d'affirmer qu'Il etait le fils de l'homme, nous en fîmes le fils de Dieu, non que nous nous trompâmes nécessairement dans l'affirmation doctrinale de cette filiation processionnelle, mais nous tînmes à ajouter ce codiscile que Jésus, fils de dieu, fils de Marie, comme tu dirais, fut "engendré, non pas créé". Là encore, l'affirmation eût pu tenir s'il se fût agi de la contenir à une génération spontanée de l'amour du Père commençant de se projeter ; si, par Fils, on avait entendu le verbe, ce que le Coran exprime très bien du reste, tandis qu'entre le christ-fils et le christ-verbe, il manque un maillon de la chaîne dans la révélation chrétienne, le prologue de Saint-Jean nous affirmant qu'"au commencement était le verbe", ce qui nous prive de toute dimension temporelle propre à asseoir l'idée de génération au sein de la nature divine, tandis que les Evangiles de Saint-Mathieu et de Saint-Luc nous dressent la généalogie de la nature humaine du fils sans qu'il soit question de L'appréhender comme Verbe consubstantiel au Père. Le coran, en récusant cette notion de fils, n'en instaure pas moins une génération puisque Dieu dit :
"sois et le verbe fut".
Au contraire, nous tînmes à préciser que ce que nous entendions par "engendré, non pas créé", ne touchait aucunement la Génération au sein de la nature divine, notion que nous n'allâmes pas explorer, mais regardait uniquement la manière dont l'esprit avait couvert de son ombre la Vierge Marie pour donner naissance au fils.

La religion de l'Incarnation tenait donc, en ce qui concernait le Fils de l'Homme, à faire abstraction des conditions normales de la génération et de la filiation humaines. Il importait à la fois que le Verbe Incarné, fils de l'Homme, ne soit pas le fils d'un homme, et que ce qui regardait Sa génération fût amputé de tout aspect charnel ou sexuel, comme si, dans le sexe, résidait tout le mal, alors qu'on aurait pu tout à fait considérer que Jésus était le Fils de la Vierge Marie, mais d'une façon qui n'absolutisait pas l'abstention de rapports sexuels à la source de la génération, mais qui insistait sur le caractère merveilleux de cette naissance unique en son genre.

Moyennant quoi, la filiation, châtrée de ce qu'elle avait de sexuellement humain et qui devenait ici déprécié, en était réduite à ce que la langue hébraïque faisait du bar, du fils : la cible de son père, la flèche qui devait être lancée dans la direction qui avait été celle de cet archer, d'où l'insistance de Jésus à dire qu'Il ne venait faire que la volonté de son Père, qu'Il n'était, en somme, porteur d'aucun message personnel, mais que, puisque Son Père n'entrevoyait aucune alternative à Sa mort pour sauver le genre humain, Il se rendait à cette sentence, ce que le genre humain retourna au Père de ce frère sacrifié, non pas en Lui portant secours pour que ce sacrifice ne fût pas consommé ni n'advînt (que se serait-il passé si le genre humain avait porté secours au fils de l'homme), mais en retournant ce sacrifice du fils en un meurtre du Père. Voilà où en est arrivée la chrétienté châtrée, dépolitisée, dont la force était dans des cheveux qu'on pouvait couper en quatre, désaffiliée, déshonorant son dieu, se déconstruisant sans même y prendre garde, par un travail sans doute nécessaire de purification, non plus de ses sens, mais de sa Foi.


Ce risque de blasphème que je prends, à te dire tout cela, fait partie à mon sens, de cette purification nécessaire de la Foi, en même temps qu'elle s'inscrit dans ma "lutte (personnelle) avec l'ange", dans cette relation à dieu qui n'est nullement de soumission, mais de combat, où le même qui débite ces insanités se fait voleur de la bénédiction de son père et a besoin, pour la voler, de la protection de sa mère, Rebeca, qui couvre ce dol fait à ce père aveugle.

Est-ce à dire que, toi qui offres ta protection au juge échevelé que je suis ou à la france que je prétends représenter, tandis que je voudrais t'offrir ma bénédiction par le goupillon de mon enseignement de l'universel désincarné, je vais répondre favorablement à ton offre ? J'aurais pourtant besoin, sous ta protection, de faire prendre une cure de virilité à ma foi en phase de purification. Est-ce à dire à l'inverse que toi, tu te sentiras le moins du monde redevable de recevoir la bénédiction de quelqu'un comme moi qui te semblera ne tenir que des propos jaculatoires ? La vérité est que nous ne sommes, ni toi, ni moi, prêts à consentir que j'ai besoin de ta protection et que tu as besoin de ma bénédiction. Je crois en la force qui est dans mes cheveux et tu crois qu'est suffisant l'enseignement contenu dans ta loi. Plus exactement, tu crois qu'une loi suffit à être le tout d'une sagesse. Je crois, moi, que la sagesse n'est rien sans l'érection de la liberté comme valeur cardinale. La liberté de l'esprit qui ne se peut rendre à la loi qu'une fois qu'il aura retrouvé sa liberté de corps au terme de la réincarnation de la religion de l'Incarnation, de la religion qui assume au plus haut point le paradigme de l'Incarnation.

Que nous n'y soyons pas prêts n'empêche pas que, si nous ne devenions conscients que de cela, nous nous préparions à faire cause commune, ou du moins à assurer une coexistence plus harmonieuse entre nous.

"Je ne te lâcherai pas que tu ne m'aies bénni", dit Jacob à l'ange de dieu.
Jacob se mue actuellement dans la peau d'Ismael, qui s'est toujours senti le maudit, l'errant du monde, le "mis à part" de ses frères, au point de préférer détruire le monde que le monde refuse de le reconnaître (souviens-toi que j'emprunte ces propos à l'un de tes messages antérieurs).

Si je te réponds que je te bénis, tu me répartis que cela ne me coûte rien, étant doné que ma bénédiction n'est que jaculatoire, l'agitation d'un goupillon sans sabre. Et d'ajouter :
"Je ne recevrai ta bénédiction que si tu acceptes ma protection."
Sachant bien que je ne suis pas protégé pour avoir le pouvoir de bénir, je te rétorque cependant que je ne veux pas être protégé, car je crains que par là, tu ne veuilles me soumettre.

"Je ne te bénirai que si tu renonces à me soumettre", te dis-je, sans tout à fait décliner ton offre de protection.
C'est ce que, pour l'instant, je ne sais si tu veux m'accorder.

Convenons de ne pas nous soumettre, même par retour de bâton ou de houlette. Tu me vois sans houeltte, moi qui t'ai soumis, et tu me vois, qui refuse de me soumettre. Sois plus grand que moi : accepte de ne pas rendre le mal pour le mal, et ne veuille pas me soumettre, dépasse-toi en ayant la satisfaction de m'avoir dépassé. Dépasse-toi en faisant en sorte que nous entrions dans un rapport de réciprocité, et je te rendrai tout ce que tu voudras, dans ma bénédiction jaculatoire et enseignante, autant que la justice le permettra.

Ton torrentiel ayant le pouvoir de bénir dont le pouvoir des clefs salue son protecteur éventuel, auquel il propose les clauses négociables d'un pacte de bonne intelligence, sans allégeance mutuelle inconditionnelle