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dimanche 22 septembre 2019

Les convictions ne sont pas intimes

Pascal aurait dit que l'hérésie, ce n'est pas le contraire de la vérité, mais l'oubli de la vérité contraire. L'abbé de tanoüarn, grand pascalien devant l'Eternel autant qu'un aussi grand publiciste peut l'être (il m'a promu son "meilleur ennemi" dans une dédicace (personnelle) de son meilleur livre ("Délivrés"), je peux bien le piquer un peu), a mis régulièrement cela en évidence dans les écrits de Pascal concernant l'"hérésie", mot qui désigne le choix. Et le commentateur de Pascal d'appuyer cela sur une théorie non seulement du pari ("nous sommes tous embarqués"), mais du choix, qui, pour moi, est indépassable. Selon lui, il n'y a que trois choix possibles: le choix du non choix, majoritaire et médiocre; le choix du moi, romantique, égotique et courageux; et le choix de dieu qui mène à la sainteté. "Décider dans le doute et agir dans la foi", recommandait Jean Guitton.

L'hérésie est un choix dans le doute, le choix d'une idée de Dieu ou le choix d'une idole. Platon disait qu'il y a un ciel des idées. Les phonèmes sont les amis du poète. Pour moi les idées sont des stalactites, elles descendent de la surface du moi dans les archétypes oùprend racine la doctrine. Le pape François, qui manque de profondeur quoiqu'il faille se méfier des apparences, dit ne pas craindre les chismes, car ils sont le fait de personnes "qui mettent de l'idéologie dans la doctrine". La doctrine est unstalacmite, au contraire de l'idéologie. Elle monte des racines du "ça" et du surmoi, de la caverne, du tréfond, vers le mythe, avec sa goutte d'eau au supplice chinois, toujours à la recherche d'une pierre, de préférence calcaire plutôt que granitique, qui vienne y trouver l'imperméabilité indispensable à la sédimentation.

La doctrine monteau ciel du mythe, l'opinion va au ciel des idées. Quant aux convictions, elles s'apparentent aux "vérités de foi" -et la foi n'est pas de l'ordre de la certitude- comme l'opinion hisse son outrecuidance jusqu'au ciel des idées, donc de l'idéologie, qui est d'autant plus croyante qu'elle se croit sachante et connaissante. La foi est reconnaissante, mais elle ne connaît rien. La Révélation n'est pas du tout un livre de science, disait le Père Varillon, ancien ami de Rebattet, que j'ai eu longtemps la bêtise de prendre pour un théologien de second ordre. Les ésotéristes fidéistes ont le tort de vouer un culte à la connaissance et de croire que la connaissance est un horizon de foi alors que ce qui a perdu l'homme, que ce soit mythologique ou non, n'est pas d'avoir transgressé un interdit moral, mais d'avoir voulu manger du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, obligeant Dieu à se situer négativement par rapport à Sa Création et à connaître le mal, Lui qui n'avait trouvée que bon tout ce qu'Il avait fait, car Il était sans malveillance, et si "sapience n'entre point en ame malivole" disait Rabelais, à plus forte raison malivolence n'entre point en sapience. D'où l'on déduit que la pudeur ne vient pas de la nudité qui serait un mal, mais de la honte devant la nudité que la conscience affolée finit par prendre à mal. La nudité est un mal de conscience, qui n'aime pas se voir nue dans sa psyché déformée en miroir. La conscience est la psyché de l'âme, elle n'en est pas le miroir. "Où est le président Félix Faure?" "Il est avec sa connaissance."

L'austère saint Paul apporte de l'eau à mon moulin de conteur fidéiste et mytholâtre, lui qui non seulement fait du christianisme un alégalisme, mais est l'inventeur du slogan de mai 68, "il est interdit d'interdire", quand il proclame: "Tout est permis, mais tout ne convient pas." "La loi met en évidence le péché", il n'y a de morale que conséquentialiste.

Les convictions ne sont pas intimes. Quant à Ludo, (NDLR: Ludovine de la rochère), cette ancienne collaboratrice ou correctrice de la revue "Commentaires" qui avouait ne guère en lire les auteurs, c'est "Brigitte ou le devoir joyeux" (Patrick Rambaud). Pour les sociologues bien-pensants, "La manif pour tous", c'est "les affreux." "Tout est culturel, me disait l'un d'entre eux. Un enfant a appris à s'asseoir sur une chaise." Il n'empêche, la PMA est antibiologique et n'est pas un acte médical. Mais voilà que j'assène des convictions que je crois fondées sur une certaine expérience de la déduction d'un petit d'homme d'une certaine manière de procréer.

Les conservateurs me fascinent parce qu'ils doivent faire du vivant à partir de leur pensée close et presque morte. Les relativistes ont le vivant pour axiome, donc ils bâtissent sur le sable mouvant. Les conservateurs savent qu'on ne bâtit qu'en apprivoisant ce qui paraît résister au mouvement, la fondation du rocher. Il n'y a pas de "mystique du flottement", comme j'en rêvais naïvement dans un poème qui portait pourtant un beau titre, il s'intitulait "Alliance". Dans le plus beau roman de Jean d'Ormesson, "L'amour est un plaisir", qui était aussi le premier qu'il publia après avoir éphémèrement grapillé sa femme à son cousin, Jean d'O se félicitait, à travers le héros qui l'était en miroir de Philippe, son personnage fétiche, d'être "quelqu'un sur qui on ne peut pas compter". Ce qui provoqua le suicide de Gilles -mes deux frères s'appellent Philippe et Gilles, il n'y a pas de hasard, le hasard est la logique de Dieu-, levéritable amant de Bénédicte, la fille qu'il emporta dans des jeux d'eau d'un érotisme sans pareil. On ne peut pas compter sur ce qui flotte, mais on doit compter avec les opinions des autres et on peut compter sur sa foi.

Commentaire posté au pied de ce billet de Philippe Bilger:

https://www.philippebilger.com/blog/2019/09/les-convictions-sont-un-poison.html

mercredi 11 septembre 2019

Une autre page d'amour

@Denis Monod-Broca | 11 septembre 2019 à 13:22 « - l'amour sublime le sexe. Quelle belle "invention" ! Encore faut-il que les mots - "amour" bien sûr, mais aussi "fidélité", "constance", "responsabilité" et quelques autres - aient un sens..."

J'avais écrit dans une chanson:

"Vivre ne laisse riein à désirer,

Aimer est une affaire de volonté."

C’était une chanson qui décrivait l'amour de ma vie que j'avais rencontré, ce qui est rare dans une vie d'homme. Je croyais être à jamais préservé du"Ne me quitte pas." "Oui le bonheur, ça n'arrive pas qu'aux autres" comme disait une publicité pour le loto. Pas plus que le malheur, comme ne le disait pas une non publicité pour l'accidentde parcours ou de voiture.

Deux de mes chansons ont raconté mon histoire avant qu'elle ne n'arrive. Tel est le mystère de la prémonition comprise dans l'écriture. J'avais écrit une chanson facile intitulée: "Des naufrages d'or", où je me félicitais d'être un naufragé. À la fin, j'avais écrit que je ne doutais pas que "d'horribles drames payent nos folies." Je pensais à une de mes ex que j'avais à peine touchée, mais dont je me souviendrai toute ma vie du soupir surle le lit en-dessous de mon lit superposé dans un studio du dix-huitième arrondissement: "Je voudrais être mère. » Soupir. « Tu ne peux pas comprendre." Elle devint mère, ne buvait pas, mois beaucoup, et elle mourut d'un cancer du foie en laissant deux orphelins. Histoire évidemment véridique, car de tels drames ne s’inventent pas.

Lorsque je commençai de me mettre au métier qui tissa l'art de Brassens, j'écrivis une autre chanson facile intitulée: "La fêlure". Je m'y dépeignais comme le romantique dont je ne sais plus quel auteur a dit: "Heureux les fêlés, ils laissent passer la lumière." J'étais fêlé, moi qui voulais emprisonner toutes les peines du monde pour les offrir à mon premier amour quiétait une grande indifférente, étant née sous une bonne étoile, et les consoler dans la musique que j'aurais écrite. Et puis je ne sais pas quelle mouche m'a piqué. J’écrivis un deuxième, puis un troisième couplet où je disais : "

« N'as-tu pas honte, quand il est tard,

Quand tout s'éteint, quand tout se pare

De l'ombre, des nuits le miroir,

Qui te fait voir

Tous ceux que tu as écrasés

Pour te trouver plus haut placé,

Tous ceux que tu as fait souffrir,

Un peu mourir ?

N’as-tu pas honte de tes méfaits,

Du reflet d'un être imparfait,

Qu’as-tu donc fait de ta beauté,

Etre à demi satanisé ?"

Je me disais que ce troisième couplet, c’était pour les autres. Et puis, à 46 ans révolus, il m'arrive ce que je ne croyais pas qu'il pouvait m'arriver. Je me retourne sur ma vie et y découvre un bilan globalement négatif, l'exact contraire de ce que j’aurais voulu faire et de ce que Georges Marchais – je fus le collaborateur musical de son dernier confesseur - croyait déceler dans le communisme, « un bilan globalement positif ». Oh certes,il m'était arrivé dans ma vie d'avoir mauvaise conscience, mais c'était une mauvaise conscience du réveil ou pour examen de conscience, une mauvaise conscience qui s’enfuyait dès le premier café, ce n’était pas une mauvaise conscience panoramique. Tout d'un coup, moi dont mon meilleur ami m’avait dit que, pour bien se connaître, il faut s'apprécier dans sa plus grande qualité, moi qui croyais bien me connaître et qui m'en piquais, moi qui croyais que, de la connaissance de soi, on pouvait déduire Dieu comme le promettait l'oracle de Delphes, moi qui avais envisagé en écrire un mémoire de maîtrise intitulé "Montaigne, platonisme et christianisme" où j'aurais montré comment l'auteur des "Essais" découvrait le Christ dans une vision optimiste et sceptique de lui-même et dans sa connaissance du monde, comme auraient dit les époux Kraft, vulcanologues, moi, le volcan, je me découvrais dans des coins où il n'aurait jamais fallu balayer.

Qu'Est-ce que le purgatoire? Selon François brune, l’auteur des « Morts nous parlent » que j’ai découvert grâce à mon ami Franck et que j’ai brièvement rencontré à la fête de « radio courtoisie » parce qu’il était un sulpicien maudit qui n’avait les faveurs que de Julien Green, selonFrançois Brune donc, ce prêtre qui a « [cartographié] l’au-delà », le purgatoire, c'est de souffrir de la manière dont on a fait souffrir. C'est donc le supplice du miroir. J'en suis au premier stade: moi, l'auteur de "La fêlure", qui n'est pas qu'un ébréchage personnel qui ouvre le cœur, j'en suis à savoir que j'ai fait souffrir et que j’ai fait du mal, bien que me croyant un homme de bonne volonté. Je connaîtrai le second stade du supplice du miroir ou le complet purgatoire le jour où je souffrirai comme j'ai fait souffrir, avant de "connaître comme je suis connu" (Saint Paul, commentant notre condition humaine d'"énigme dans le miroir"). Mais le purgatoire est l'antichambre du ciel. Lepurgatoire est un état, situé dans un temps donné? François Varillon, auteur que je sous-estimais, le Régis des "Deux étendards", complète son homonyme François Brune: "Non. Le temps quantique et relatif admet la succession encore moins que l'éternité. La lumière est toujours du passé qui nous revient. La nature du souvenir est de survenir. La mémoire est toujours involontaire. L'enfer, lepurgatoire et le paradis sont trois états simultanés qui se résoudront, pour ceux qui voudront de la lumière et que Dieu reconnaîtra, dans la Lumière de Dieu et dans la béatitude en Dieu.

"Tout ça, c'est bien joli", me disait mon père, brandissant le te-shirt qu'il m'offrait et où il était écrit: "Je sens que je vais conclure". "Mais ce qui me désole, c'est que tu ne sois pas, comme moi, porté sur le mont de Vénus. Un homme, il baise comme il fume une cigarette." et mon père fumait beaucoup. L'amour et le sexe. Je suis le fils de ce père-là et j’aime qu’il ait séparé les deux.

P.S.:

Je crois que la philosophie d'ensemble de mon père était:

-Il faut amier les gens, mais s'en méfier terriblement.

-Leur faire confiance à condition qu'ils ne mentent pas.

-Et leur mentir, mais jamais sur l'essentiel.

UNE PAGE D'AMOUR

Mon ex devenant mon confident signifierait donc le passage de la passion à la compassion. Cette déperdition vaut mieux que le maintien de la chaleur passionnelle transformée en haine.

Je préfère votre expression "écrire un autre livre" à celle, infiniment rebattue, de "tourner la page" ou de "refaire sa vie". Pas de fin d'un amour sans un chagrin d'amour, au moins pour celui qui souffre le plus de la rupture, peut-être pour l'avoir provoquée, à défaut de l'avoir déclenchée.

La modernité aime la précarité. Elle n'aime pas les institutions et introduit "le contingent au sein de l'absolu", le temps d'une éphémère "éternité". Mais la condition humaine est sinueuse, qui rend la "séparation inéluctable" et parfois nécessaire, malgré nos rêves d'indissolubilité du mariage auxquels s'accrochent les institutions pour consolider les patrimoines. C'est bien le seul exemple où les institutions s'accrochent à nos rêves afin d'en profiter.

Les commandements de Dieu sont impraticables. Quiconque a nécessairement commis l'adultère car il a aimé plusieurs fois. Ces éternités successives ne sont peut-être qu'un seul amour, et pourtant si nous composons avec nos images de l'amour, nous n'aimons pas des images et tout amour est singulier, même une aventure d'un soir. Nous n'avons qu'un seul amour et chaque amour est singulier, comme nous écrivons toujours le même livre dans des ouvrages différents, déployant la même intuition dans une recherche qui s'affine. "Regarde là", nous dit le livre ou la recherche. Et soudain c'est une nouvelle percussion sur notre cœur ou sur notre intelligence. Nous nous répétons, nous tournons en boucle, et pourtant la boucle nous dénoue. Nous dé-nous, au fil de ces répétitions qui nous dé-soi-vent.

Pourquoi l'amour qui naît quand nous sommes en chaleur nous fait-il vivre nos chagrins d'amour dans l'espoir du "retour d'affection"? Pourquoi l'ocytocine vaut-elle mieux que la testostérone? Pourquoi la loi de l'entropie vaut-elle même en amour? Pour que nous nous couvrions de cendres avec un cœur brisé, ébréché, où la brècheaura pratiqué une ouverture bien plus propre à la compassion que la flèche de cupidon. Comme toutes les choses graves, l'amour est soumis à la loi de la gravitation. "Rien n'est grave, mais tout est important", et rien n'est plus sérieux que l'amour.

Écrit en commentaire de ce billet de Philippe Bilger:

Quand les ex sont toujours là...

philippebilger.com

mardi 10 septembre 2019

Le Brexit ou les manoeuvres parlementaires en illusions référendaires

"Cela n’a pas empêché Boris Johnson de réitérer son opposition farouche à un tel ajournement, sous peine d’infliger un «dommage permanent» à la confiance des Britanniques envers la démocratie."

http://www.lefigaro.fr/international/brexit-boris-johnson-persiste-seul-contre-tous-20190910

Boris Johnson n'est pas ma tasse de thé. Son élection par les conservateurs pour réaliser le Brexit particiipe de la trumpisation des dirigeants du monde, qui intervient après l'émergence des dirigeants ambigus (comme le pape François ou Emmanuel Macron), qui fait elle-même suite à celle des dirigeants abdicateurs (Benoît XVI ou François Holllande, lequel était aussi sans relief comme Barak Obama).

Toutefois on peut se poser deux questions:

-Pourquoi les torys, sous l'égide de David Cameron, ont-ils organisé un référendum sur le Brexit si c'était pour freiner des quatre fers si le Brexit était voté? Les partis de gouvernement croient-ils pouvoir lutter longtemps contre le populisme en trompant les peuples par des illusions de référendum?

-Qu'est devenu le Parlement britannique, modèle du régime bicamériste, lui qui a successivement refusé l'accord que lui proposait Teresa May, puis voté contre le "no deal" (la sortie de l'UE sans accord), puis refusé l'organisation d'élections législatives anticipées qui seules auraient permis de sortir de l'impasse? Le Parlement britannique ne serait-il plus à la hauteur?

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/le-regime-parlementaire-britannique-serait-il-depasse-20190906

La seule réponse un peu cohérente que ce roi des parlements a apportée à la mauvaise manière de Bojo de vouloir le suspendre a été de le forcer par une loi de demander un nouveau délai de trois mois pour le Brexit à l'Union européenne. Ce dont bojo pourrait s'acquitter en "demandant à un pays ami" de "refuser tout report" comme le suggère le premier article du "Figaro" mis en lien.

Les Britanniques sont des insulaires qui ont une excroissance de l'autre côté de l'Atlantique, l'Empire nord-américain. En quoi le Brexit leur serait-il défavorable? Et en quoi nous le serait-il, nous qui demeurons siassujettis aux Etats-Unis au point de nommer Sylvie Goulard comme notre commissaire au marché intérieur? À force de ne pas tenir leur promesses parce qu'ils ont peur de la politique que les peuples leur font faire, les gouvernements dits respectables des soi-disants démocraties vont jeter lesdits peuples dans les bras des populistes façon Trump, Bolsenaro ou Salvini, qui sont de mauvais bergers.

lundi 9 septembre 2019

Une certaine idée de la start-up nation

Je lis dans le second Davet-Lhomme sur le hollandisme comme autodestruction, à la fin minée par Macron : « Un texte publié par Guillaume Liegey, le petit prince de la data technologie appliquée à la politique, lui sert [à Macron] de référence : Si les partis étaient des start-up, édité par la revue Policy Network. Le chef fixe la ligne, les troupes s’y conforment, et surtout pas l’inverse. La start-up En marche ! doit supplanter ce PS décidément trop vermoulu. »

On ne dit pas assez que la start-up est une déviance de l’idée de projet, telle qu’elle est apparue dans l’existentialisme sartrien, idée elle-même déviante en ce que le projet n’est pas une orientation de la vie discernée, guidée et vérifiée par la volonté à chaque étape, mais le projet vaut pour lui-même, et chacun doit avoir un projet, serait-il grabataire, aurait-il la maladie d’Alzheimer.

Dans une start-up, l’idée compte plus que sa réalisation, le faire-savoir plus que le savoir-faire, et celui qui a une idée peut certes convoquer des brainstorming pour approfondir son idée, mais il est le seul responsable de l’idée qui domine la start-up, donc il ne s’agit pas que la start-up mette des idées aux voix, car il faut qu’une seule idée soit dans la lumière, et qu’elle émane de l’ingénieur en chef, de celui qui l’a eue. - De fait, en littérature, il n’y a pas eu un seul chef-d’œuvre qui soit sorti d’une intelligence collective. C’est pourquoi je ne crois pas à la vieille lune historico-critique des Évangiles rédigés par les communautés auxquelles ils ont été annoncés et non pas par un seul auteur inspiré. Au mieux les communautés peuvent avoir contribué à les collecter et avoir rafraîchi ou accru la mémoire de l’auteur inspiré. Sans uni(ci)té de l’auteur, pas d’unité littaraire, le texte se disperse. Mais revenons aux biens et aux services. -

Dans la start-up, il faut que l’idée soit un projet qui coure indépendamment de la réalisation de l’idée, dont la réalisation est facultative sans être interdite ni absolument proscrite. Le projet, l’idée, doivent vivre du story telling.

La start-up, c’est du flan. On n’a jamais géré une entreprise en se moquant de ce qu’on y produit. On gère un fonds d’investissement comme ça. Ou unemultinationale, qui peut à loisir acheter et vendre pour produire successivement ce qu’elle vient d’acheter.

La start-up, c’est du flan. Et la start-up nation, c’est du flan au carré.

Un second Davet-Lhomme: un président ne devrait pas provoquer la mort du parti qui l'a porté au pouvoir

Une série en six épisodes a paru dans "Le Monde" sous le titre "PS, sept ans de trahison."

Un second Davet-Lhomm sur la mort du parti socialiste, provoquée par la nullité du quinquennat Hollande et par l'incapacité de celui qui devait le porter. Je me suis souvent demandé pourquoi les socialistes, si prompts au "droit d'inventaire", n'ont jamais voulu l'exercer pour Hollande qui a tué cette mouvance constitutive de la société française. Davet et Lhomme l'ont fait pour eux en se demandant : "Qui a trahi?" tout au long de cette série dont les six épisodes méritent d'être lus, car leur récit, sans être étincelant, est haletant. (Davet-Lhomme, c'est du journalisme à la Giesberg en plus documenté, du journalisme de vidange de carnets, qui ne dit pas tout, pratique un peu trop la rétention d'informations, maise en lâche quand même suffisamment pour être instructif et ne pas dissimuler l'essentiel.)

Mitterrand a enfoncé la France dans un atlantisme sans jovialité. Jospin a redonné du lustre et de l'honneur à l'idée socialiste. Valls qui "veut vivre" s'est exilé ou enfui à Barcelone où il file le parfait amour avec une riche héritière -c'est presque lui qui sort le plus grandi de cette photo de classe-. Hollande et Cazeneuve rêvent d'un "come back". Macron n'est que la prolongation du hollandisme en version méchante à l'intérieur (car Hollande était néocon et méchant à l'extérieur). Macron est l'hologramme du messianisme transhumaniste qui mène la France dans le mur social, sinon économique, malgré (ou à cause du) le Cercle dela Rotonde.

lundi 2 septembre 2019

La tourmente de Moix ou la chute d'un Proust

Je ne suis pas chic, n'appartiens pas au "tout Paris mondain" et pourtant je savais pour Moix. Mais quelque chose me gêne dans tout ce déballage. C'est que peu importe aux yeux des médias que l'histoire familiale de Moix, sur laquelle il a récemment bâti sa réputation de grand écrivain victimaire, soit vraie ou fausse. Il peut à l'envi cracher sur sa famille, tout le monde s'en fout, ça ne défrise pas la presse parisienne ni le service public, à peine cela fait-il les choux gras dans l'Orléanais où habite la famille de l'écrivain qui la perd de réputation, à tort ou à raison. Mais ce qui est impardonnable, même aux yeux de Moix et sauf aux yeux de BHL pour qui l'antisémitisme est impardonnable à la seule exception de Moix, ce sont les "abjections" et les "erreurs de jeunesse" d'un jeune homme de 21 ans qui a continué à fréquenter des écrivains antisémites jusqu'en 2013 pour "failloter" et qui a complètement retourné sa veste au point de défendre inconditionnellement l'Etat d'Israël sur le service public, ou encore de parler d'"universel juif" après avoir éténégationniste et accusé les juifs de nécrophilie.

Moix évacue son frère de son roman, qu'à cela ne tienne, c'est une licence autofictionnelle. Pour défendre son ami dans la panade et à qui BHL ne veut pas qu'on réserve le sort de Brasillach car c'est lui qui l'a fait, Ruquier donnera une leçon de journaliste au rubricard de la PQR et des "chiens écrasés" de "La Nouvelle République du Centre" (le Centre, qu'Est-ce que c'est?): il n'aurait pas dû prendre la parole du père de Moix pour argent comptant. Pas faux. Mais ledit José Moix avance deux faits. "Si j'avais été un père aussi horrible que mon fils le raconte depuis quelques années pour lancer sa carrière, je ne lui aurais pas payé des études jusqu'à trente ans." Cela ne prouve rien. Ruquier ne vérifie pas. "Et Yann ne m'aurait pas demandé de venir lui faire des travaux dans son appartement parisien il y a cinq ans avant, du jour au lendemain, de refuser de me parler." Cela prouve quelque chose et Ruquier ne vérifie pas.Il ne demande pas à Yann Moix si la chose est exacte. Pourtant si elle est avérée, elle est révélatrice.

Yann Moix nous a expliqué dans un livre précédent combien les djihadistes étaient des nihilistes, des ratés et des impuissants. Le négationniste de 20 ans qu'il était et dont il a faitun procès sans appel dans "On n'est pas couché" n'avait rien à leur envier. Pour que sa leçon porte, il aurait dû en parler à l'époque dans son livre et nous présenter ce contre-exemple.

Moix n'écrit pas sans talent. "Orléans" est le deuxième livre censé être "La recherche" de l'enfant battu de ce Marcel Proust en herbe et qui prenait pour modèle le poursuivant de la mémoire involontaire, même si le chemin de Moixcomme écrivain se voulait entièrement chronologique au contraire de celui de Proust, bâti sur les réminiscences. Si Moix n'a pas été battu, il a beaucoup d'imagination dans une époque qui n'en a plus du tout. Quoi qu'il en soit, la valeur du roman de Moix est démonétisée par rapport à celle du roman mondain à clefs de Proust, car les personnages du roman sont sortis du bois et en ont appelé à la justice, sous l'égide d'Emanuel Pierrat, grand avocat littéraire qui joue ici le rôle d'Ernest Pinard poursuivant "Madame Bovary". (Le victimisme est un bovarysme.) Christine Angot n'est pas Marguerite Duras. Mais que se serait-il passé si Pierre Angot, l'incestueux présumé, ou bien son fils Philippe éclaboussé par l'écrivain, avait ainsi crié au loup? Le genre autofictionnel aurait rempli les colonnes d'un "Paris match" d'un nouveau genre qui reste encore à inventer et dans lequel les happy few auraient étalé leurs blessures d'enfance, tellement plus scabreuses et irrémissibles que nos bobos si banals d'anonymes en mal de reconnaissance.

mardi 13 août 2019

Patrick Buisson ou la versatilité des profondeurs

Commentaire à un billet de Philippe Bilger sur l’union des droites : https://www.philippebilger.com/blog/2019/08/union-des-id%C3%A9es-ou-d%C3%A9sunion-des-personnes-.html

"Cette désunion des personnes révèle cruellement là où le bât blesse : on discute des publics à atteindre, des citoyens à convaincre, libéraux, couches populaires, conservateurs..."

Cher Philippe, J'allais commencer par vous dire que l'union des idées était impossible, tant "les droites" sont multiples par essence dans l'"union" envisagée. Mais les quelques principes que vous mettez en exergue cèdent à ma critique et présentent moins un programme politique qu'une esthétique de la droite, son manuel de savoir-vivre et de civilité à la tête de l'Etat.

Quant à Patrick Buisson qui catalyse cette recherche des publics en l'appuyant sur une recherche des idées qui pourraient à la fois plaire à ces publics, et tout de même reconstruire une nation digne de ce nom et fidèle à ce qui la cimente, c'est un sondeur. Il saute dans les profondeurs entre les concepts qu'il passe en revue comme des obstacles au rythme de la versatilité de l'opinion qui doit se saisir de la communauté d'intérêts entre les "classes inférieures" et la petite bourgeoisie pourréaffirmer une communauté de destin sur la foi de valeurs désertées par la bourgeoisie et chouannement gardées comme leur bien élémentaire, un peu comme le chapelet serait la prière des pauvres, contre la bourgeoisie émigrée, par la plèbe, cette éternelle abandonnée, proie de l'immigration grand-remplaciste et de l'émigration bourgeoise.

Nicolas Sarkozy avait su s'entourer d'hommes intelligents et Patrick Buisson n'était pas le moindre. Entre Henri Guaino et lui, le président à talonnettes était bien encadré. Guaino lui est resté fidèle, lui dont Sarkozy refusait qu'on l'exfiltre de son conseil. Il voulait le garder parce qu'il était "fêlé". Buisson, plein de ressentiment, devait le traiter de "golden boy de la politique".

Mais "le mauvais génie"(?) de la droite avait une boulimie d'activités. Lots de consolation, diriger la chaîne "Histoire" et bâtir des films documentaires ne suffisait pas à le tirer de peine. Les documentaires de Buisson sont à l'image de ses analyses, équilibrés. Ils sont d'une grande exhaustivité historique, exposent tous les faits sans occulter ceux qui desservent la cause embrassée par le documentariste, ce qui nous change et nous sort du journalisme ordinaire, et feignent de n'être pas de parti pris, mais dissimulent leur point de vue comme le levain dans la pâte documentaire.

Cependant l'activisme du documentariste devait lui faire retrouver le cambouis du marigot politique pour y remettre les mains et rechercher dans ces bas-fonds providentiels une nouvelle personnalité sur qui jeter son dévolu et que coacher. C'est ici que les ennuis recommencent pour Patrick Buisson.

Quelle mouche l'a piqué de prendre Wauquiez au sérieux et de s'imaginer que quiconque pourrait durablement croire aux balivernes de ce faux jeton, qu'on prendrait aisément pour un premier de la classe aussi falot que faillot, qui ne serait pas dénué d'intelligence, mais aurait bâti sa réussite en subtilisant les notes de colle des vrais bons élèves tout en les dénonçant quand un mauvais coup ayant été commis, le professeur chercherait un responsable qui se dénonce, sinon il punirait toute la classe...? Première erreur de casting que le choix de Wauquiez par Buisson,l'âme en peine, cherchant à se recycler et voulant trouver de la peine à se donner pour un homme à modeler.

Si ce n'est pas Buisson qui a conseillé à Wauquiez de choisir Bellamy comme tête de liste de la droite aux européennes, ce choix ressemble tellement à un conseil de Buisson qu'on croirait le lui entendre souffler en trompe-l'oeil. Mais bellamy n'est pas à la hauteur des espérances placées en lui par son improbable mentor dont il entraîne la chute pardémission. Comme il a fait se rétamer son camp, Buisson, dont Bellamy incarnait pourtant la ligne, libérale, sociale et conservatrice, renie la ligne et le choix de Wauquiez.

Il revient à ses premières amoures et s'isole dans le bastion lepéniste jamais en mal d'une querelle d'Atrides, hier entre le père et la fille, aujourd'hui entre la nièce émergente et la vieille tante indigne qui ne veut pas se retirer du jeu bien qu'elle ait largement démontré son seuil d'incompétence dans le débat d'entre-deux-tours de l'élection majeure dont elle était l'out-sider. Son instinct ne trompant pas ce limier de Buisson, il choisit d'abord la nièce et sa jeune beauté, d'autant qu'elle aussi incarne sa ligne. Puis il la renie, explique "Le Figaro", elle et lui jouant à contre-emploi.

Dans "La cause du peuple", Buisson expliquait que la reconquête du pouvoir serait l'afaire de cinquante ans. Il reproche à la nièce d'avoir la vue longue et de ne pas avoir une stratégie pour 2022, mais de réunir des personnalités pour plus tard dans un remake de "La droite hors les murs" imaginée, avant Robert Ménard, par "le club de l'horloge".

Il dîne avec la tante et la félicite d'ambitionner de réunir sous sa férule identitaire les blessés de la gauche et les imprécateurs des soupes populaires accusant les étrangers de leur voler leur pain. Il applaudit sa nouvelle jument de retour de théoriser le front des populismes. Il y vient trop tard. Ce front n'était pas sa ligne, mais il était dans sa ligne de mire, puisque cet ancien conseiller de l'ombre de Sarkozy avait approché Mélenchon et que "La cause du peuple" ne cesse de parler le marxien au service du conservatisme que l'auteur appelle "le populisme chrétien", qui serait maintenant, à l'en croire, un simple avatar de la doctrine sociale de l'Eglise.

lundi 5 août 2019

Quelques pourquois économiques

Pourquoi ceux qui investissent dans la pierre préfèrent-ils laisser leurs logements vides que prendre le risque d’avoir des locataires qui leur laissent des impayés ? Pourquoi les écologistes continuent-ils de préférer construire des logements sociaux qu’appliquer la loi de réquisition des logements vides ?

Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il excepté l’investissement sur la pierre de l’abrogation de l’ISF ? Pourquoi ne lui fait-on pas grief de décourager l’investissement patrimonial, comme on a reproché à Roger Quillot qui peut-être en est mort, d’avoirtué l’immobilier en étant soi-disant trop favorable aux locataires ? Pourquoi le président de la République a-t-il donné par là le signe que la politique de la France se fait à la corbeille ?

Pourquoi faut-il reconnaître l’économie de marché au point d’approuver les marchés non seulement dans leur court termisme, mais aussi dans leur manière deprovoquer des crises économiques à chaque fois qu’ils s’affolent et sont pris de psychose collective ? Pourquoi l’actualité fait-diversifie-t-elle pour faire de la psychose une catégorie du politique au détriment de l’analyse qui n’aime pas les chiens écrasés ? Pourquoi la démocratie est-elle « le gouvernement du présent », selon l’heureuse formule de Charles Maurras ?

Pourquoi le capitalisme assume-t-il d’être la nationalisation des pertes et la privatisation des profits ?

Pourquoi la loi de l'offre et de la demande privilégie-t-elle l'offre au point de créer des besoins artificiels et ignore-t-elle la demande de continuer à produire un bien que l'offre veut remplacer ou a transformé en le mettant à jour? Pourquoi feint-on de croire par fidélité à Borjès et à sa "bibliothèqe de Babel" qu'Internet est une bibliothèque universelle et éternelle alors qu'il est soumis à un bug, une panne comme au bon vouloir de ceux qui l'administrent?

Pourquoi la République qui est la chose du peuple doit-elle être présidée et gouvernée par des corps intermédiaires qu'on appelle des "partenaires sociaux"? Pourquoi ne peut-on trouver nulle part une version écrite du "pacte républicain" et pourquoi le contrat social doit-il être non écrit selon Rousseau, alors que "l'expression de la volonté générale" ne fait aucun cas des lois non écrites défendues par Antigone et illustrées par toute l'œuvre de Sophocle?

Pourquoi existe-t-il une bureaucratie libérale dont la Commission européenne est l’emblème, et le libéralisme ne pourrait-il pas mourir de sa bureaucratie ? Si oui, pourquoi la mort du libéralisme ne pourrait-elle pas entraîner la mort du capitalisme ?

Pourquoi Jésus est-Il libéral, comme l’a montré Charles Gave, alors que le libéralisme est la politique du renard dans le poulailler, qui remise la charité au terrier du plan personnel, très loin du politique, mais prétend que les missions régaliennes de l’Etat sont d’assurer la sécurité de la propriété privée ?

Pourquoi le christianisme, qui se prétend la civilisation de la personne, n’assume-t-il pas le préjugé libéral de la libre disposition du corps, qui n’est que la conséquence de la liberté d’adhésion que le Créateur a accordée à la créature et dont Il a fait en quelque sorte une des, sinon la condition du salut ?

Pourquoi la liberté laissée à la créature humaine ne s’étend-elle pas au corps politique, la démocratie ne consistant pas à « mettre la vérité au voix », mais à mesurer le positionnement du corps politique (l’homme est un être positionnel) et son degré d'adhésion, à la fois vis-à-vis de ses conditions actuelles et éventuellement vis-à-vis de la Volonté de Dieu s’il existe et s’il est une Révélation qui permette de la connaître?

jeudi 27 juin 2019

Steve Bannon contre le pape

Ce n'est pas mon affaire d'être, comme steve Bannon, en guerre contre le pape François, à supposer qu'il le soit, comme le résume ou le caricature Frédéric Martel dans cet articl.

Ce n'est pas davantage mon propos de soutenir l'aile conservatrice des cardinaux opposants à François dont je ne connais la plupart que par ouï-dire et dont seule se détache pour moi la figure du cardinal Sarah, que j'avais book-maké, au jeu des papabile, parce que je connaissais sa farouche piété, pour être un des successeurs possibles de BenoîtXVI à l'époque où les traditionalistes, qui font aujourd’hui leurs choux gras de toutes ses interventions, en avaient à peinne entendu parler.

Mais force est de reconnaître que je me retrouve dans beaucoup des critiques que Steve Bannon adresse au pape François.

-Non pas dêtre influencépar la théologie de la libération: je connais trop peu l'Amériqe latine pour savoir qu'en penser, même si un prêtre belge qui l'avait étudiée dans sa thèse de doctorat m'en disait le plus grand bien et que la distance que prenait le Vatican d'alors avec cette théologie n'était due qu'à la sénescence des cardinaux qui manquaient selon lui de connaissance du terrain.

-Est-il vrai que François était guévariste dans l'âme et que le péronisme guévariste était une déclinaison argentine de la théologie de la libération ?

-Pourquoi ce pape, qui n'a jamais caché professer une "théologie du peuple", au point d'avoir envisagé, dans sa première interview à la "Civlita catholica", de transférer l’infaillibilité pontificale au peuple de Dieu, se montre-t-il si anti-populiste en pratique, ou à tout le moins si indiférent aux attendus de ces « classes populaires chrétiennes », dont il n’a certes pas à épouser la xénophobie, mais dont il devrait comprendre que l’identitarisme exacerbé est l’expression déboussolée d’un déclassement ? L’élection de Trump résulte d’une telle incompréhension.

- Pourquoi le pape continue-t-il à polariser l’Église sur la morale sexuelle des hommes sans se montrer capable de faire plus contre les abus sexuels dans l’Église que des discours tantôt tonitruants tantôt déresponsabilisants dans des sommets dédiés, ou de nommer des commissions ad hoc, qui diligentent de vastes « opérations pleurniche » où Steve Bannonnote avec raison qu’il n’est jamais vraiment question de « tolérance zéro » ? Ce discours schizophrénique ne peut que « blesser l’Église » et ce « mea culpa » sur des faits prescrits, qui traite légèrmement les affaires en cours, ne peut être qu’un pétard mouillé.

- Pourquoi le pape a-t-il fait le choix de rallier le camp de Davos, de l’establishment mondialisé et des réchauffistes climatistes en s’engageant à fond pour une écologie qui n’est qu’urbaine sous prétexte d’être intégrale, alors que l’écologie est un dévoiement du culte de Dieu, d’abord partagé avec l’homme par un retour d’humanisme bienvenu porté par Vatican II, aujourd’hui transféré à la planète, l’écologie intégrale voulant, comme l’antinatalisme chinois, se débarasser de l’homme pour sauver laplanète et tourner les yeux de l’homme vers la terre au lieu d’y camper ses pieds en inclinant ses regards vers le ciel ? L’écologie est une idolâtrie manifeste soutenue par la théologie.

- Pourquoi, géopolitiquement, le pape n’est-il pas capable de défendre prioritairement les chrétiens d’Orient, ne portant pas même une focale sur ces communautés en fuite, et préfère-t-il insister sur « toutes les victimes » des guerres du Moyen-Orient ?

- Comment peut-il ne pas davantage s’insurger contre la politique de Maduro au Venezuela ou faire les yeux de Chimène à Cuba ou à la Chine, assimilantde fait les catholiques chinois à feu « l’Église patriotique » alors que c’est pour avoir refusé ce compromis afin de rester fidèles à Rome qu’ils furent martyrs de cette dictature ?

jeudi 6 juin 2019

Macron dans un trou d'air

La politique déclarative de Macron a du plomb dans l'aile.

-Hier matin, Bruno Le Maire disait qu'il émettrait des conditions à l'alliance Renault-NissanFiat-Chrisler. Résultat: Chrisler retire son offre de fusion.

-La logique du Brexit réussit. L'axe anglo-américain se reconstitue grâce à un traité bilatéral, et le Royaume-Uni comme les États-Unis retrouvent le plein emploi. Macron affirme de son côté que l'Union européenne est seule habilitée à signer un traité avec Trump et qu'il s'opposera à sa signature tant que Trump n'apliquera pas le traité météorologique de Paris sur le climat.

-Il y a 75 ans, les Alliés n'ont pas hésiter à faire alliance avec Staline pour lutter contre Hitler. Les Alliés d'aujourd'hui refusent d'inviter Poutine à la commémoration du Débarquement de Normandi.

-Macron, qui se déclare favorable à l'abolition mondiale de la peine de mort, refuse d'extrader les dihadistes français détenus en Irak, mais ne veut pas non plus que la justice iraquienne les condamne à la peine de mort. Il le fait savoir à l'Irak, la justice iraquienne fait la sourde oreille. Auparavant, Macron avait refusé d'accueillir les migrants de l'Aquarius dans un port français, mais faisait la leçon aux Italiens parce que l'Italie ne les accueillait pas.

-Colomb a fait, puis a quitté Macron. Aujourd'hui, Colomb est soupçonné de détournements de fonds public au bénéfice de son ancienne compagne. "Tu m'aimes, tu participes à mon gouvernement des conflits d'intérêt. Tu me quittes ou tu t'opposes à moi, je te poursuis ou e te fais poursuivre."

Si l'étrange bienveillance médiatique pour le prodige Macron ne se prolongeait pas en dépit du bon sens, on serait dans le Macron bashing. Mais non, ça glisse et Macron ne connaît pas de creux de la vague.

dimanche 2 juin 2019

L'actualité, vecteur de banalisation

Pour Andrew Breitbart, ancien cofondateur du Huffington Post qui a créé l'organe de presse par lequel Steeve Bannon s'est fait connaître, « les lecteurs ne reçoivent pas les informations comme des faits, mais ils en font l’expérience viscéralement, comme un drame permanent. » (Christian Salmon, Mediapart) D’où le fait, que j’avais relevé en son temps dans mon « journal politique », qu’après le viol de « la petite Karine » qui s’était tragiquement terminé par son assassinat, la « petite Karine » avait accédé à une existence qu’elle n’aurait jamais connue sans son viol et sans sa mort tragique. Ce dévoiement fait-divrsiel de l’information en actualité est tragique, précisément. L’actualité est un présent sélectionné à des fins de divertissement, qui fait sortir de la banalité quotidienne pour créer une banalité commune, mortier d’un lien socialdéstructuré par une société atomisée, banalité qui comporte son minimum requis de conscience collective. Cette banalisation banalise le bien et le mal. Je fais partie du "camp du bien" (horrible expression qui se veut péjorative forgée par Natacha Pologny et le co-auteur de leur ouvrage "Délivrez-nous du bien"), la banalisation me donne bonne conscience à peu de frais puisque je condamne le violeur de la petite Karine ou "le boucher de Bagdad" ou de Damas. Mais la banalisation du fait divers ou du scandale créée ce qu'Hannah Arendt appelait "la banalité du mal". Ce n'est pas bien de battre sa femme et ses enfants. Mais s'il y a tant d'hommes qui le font, s'il y a tant de femmes et d'enfants battus, ce qui m'arrive est banal, se dit la victime, et je suis un tortionnaire, un violeur et un harceleur comme les autres, se dit le bourreau.

vendredi 31 mai 2019

Benjamin Constant, la démocratie directe ou le despotisme éclairé?

Mon attention a été attirée sur le discours de Benjamin Constant intitulé "De la liberté des anciens comparée à celle des modernes." Je viens de le lire. On dit de Benjamin Constant qu'il est le père du libéralisme. J'ajouterai volontiers, sur un plan littéraire, que plus que Chateaubriand dont le romantisme a quelque chose de très gaulois et de trop impétueux, il en développpe une version göthéenne, à la fois éprise d'essor individuel et se moquant comme d'une guigne de la mélancolie et des dommages qu'elle cause au héros romantiqus comme à celles sur qui il jette son dévolu. Göthe a en commun avec Flaubert d'avoir d'abord affirmé que Werther comme Madame Bovary, c'étaient eux, avant de renier leurs personnages et pour Göthe, le Sturm ound Rang. Benjamin Constant a fait de même avec "Adolphe." On s'est beaucoup amusé que l'attitude politique de Benjamin Constant avait subi des variations qui ne répondaient guère à son nom. Une constante demeure chez Constant: son goût pour la liberté individuelle. Il faut tirer des leçons de son analyse des conditions d'organisation de la liberté moderne qui datent de 1819. Constant les enchâsse dans une apologie du "système représentatif". Le système représentatif est une découverte des modernes. "Chez les anciens, l’individu, souverain presque habituellement dans les affaires publiques, est esclave dans tous les rapports privés. Chez les modernes, au contraire, l’individu, indépendant dans sa vie privée, n’est, même dans les États les plus libres, souverain qu’en apparence. Sa souveraineté est restreinte, presque toujours suspendue." Il ne s'en ressaisit qu'en de rares occasions, quand il s'agit de contrôler le travail de ses "intendants". Car "Les individus pauvres font eux-mêmes leurs affaires ; es hommes riches prennent des intendants." Les cités antiques étaient des républiques belliqueuses et d'extension limitée. " Toutes les anciennes républiques étaient enfermées dans des limites étroites. La plus peuplée, la plus puissante, la plus considérable d’entre elles, n’était pas égale en étendue au plus petit des états modernes. La division même de l’Europe en plusieurs états, est, grâce aux progrès des lumières, plutôt apparente que réelle." L'individu exerçait une influence dans les cités antiques, lui qui est aujourd'hui "perdu dans la multitude" en aspirant à ne pas être détenu arbitrairement et à jouir de la liberté d'aller et de venir, de s'associer, que ce soit pour exercer le culte de son choix ou des activités conformes à ses inclinations, de commercer et de jouir de ses biens. "La guerre est antérieure au commerce." Tous deux sont des moyens "de posséder ce que l'on désire". L'individu de jadis, quand il était citoyen, servi par des esclaves aussi bien pour les productions mécaniques que pour les productions industrielles, n'entendait pas se laisser voler sa souveraineté. Il nommait et révoquait les magistrats, délibérait de la paix et de la guerre, des lois et des finances publiques. L'individu acceptait la condition qu'y mettait la cité: "que les citoyens soient complètement assujettis pour que la nation soit souveraine, et que l’individu soit esclave pour que le peuple soit libre." "la juridiction sociale était illimitée. Les anciens, comme le dit Condorset, n’avaient aucune notion des droits individuels." Avec cent ans d'avance, Benjamin Constant nous avertit des risques de totalitarisme que court une société qui choisit la démocratie directe. L'influence de l'individu y sera prépondérante, mais il devra renoncer dans son particulier à sa liberté individuelle. Vaut-il mieux se donner des commissaires politiques ou, comme le suggérait Marx, déléguer à des hommes de valeur, bien éduqués et non assujettis au travail productif, manuel, à des hommes qui ne constituent pas à proprement parler une force de travail, le soin d'être nos fondés de pouvoir? Que font les modernes? Ils commercent et ils délèguent. Pourquoi commercent-ils? La guerre est devenue superflue, mais surtout trop dangereuse. "Chez les modernes, une guerre heureuse coûte infailliblement plus qu’elle ne vaut." Il y a une autre raison pour laquelle les modernes préfèrent commercer que s'intéresser à la délibération politique : ils ont moins de loisir, depuis qu'ils ont aboli l'esclavage. Le commerce et ses spéculations créent une très grande activité. Enfin, "le commerce inspire aux hommes un vif amour pour l’indépendance individuelle. Le commerce subvient à leurs besoins, satisfait à leurs désirs, sans l’intervention de l’autorité." "le pouvoir menace, la richesse récompense ; on échappe au pouvoir en le trompant ; pour obtenir les faveurs de la richesse, il faut la servir." Le XIXème siècle commençant sous la monarchie restaurée avait perdu la conscience du tragique de l'histoire, que la Révolution lui avait pourtant fait durement éprouver vingt ans auparavant. Comme les babyboomers, qui avaient connu les années de vache maigre de la Reconstruction, regorgeaient d'optimisme à l'orée des années 70. Emmanuel Mounier, le très renommé fondateur de la revue "Esprit", n'avait pas attendu vingt ans pour parler de la seconde Guerre mondiale comme de "la petite peur du XXème siècle", en des termes que ne lui pardonneraient pas ceux qui y voient "les heures les plus sombres de notre histoire". "Enrichissez-vous", dira Guizot dix ans après que Benjamin Constant eut prononcé cette conférence ou cette "lecture", comme on disait alors. Aujourd'hui, Emmanuel Macron rêvant tout haut que la jeunesse française ambitionne d'être milliardaire sonne creux. Nous n'en pouvons plus d'être "perdus dans la multitude". Mais sommes-nous prêts à payer le prix de la souveraineté si celui-ci est une société de surveillance morale qui abolisse nos chères libertés individuelles? À tout prendre, la surveillance morale est presque préférable à l'exaspération normative en cours et à la société de surveillance préorwellienne par télécrans et objets connectés interposés.

mardi 28 mai 2019

Bilan réactualisé des élections européennes

À chaud, sur Facebook, j'ai proposé l'analyse suivante de ces élections européennes: "Chers amis, Voici mes enseignements de l'élection européenne pour peu que vous leur accordiez un peu de crédit: -Je suis un excellent baromètre pour savoir, non pas pour qui il ne faut pas voter, mais qui fera un score ridicule. J'ai voté Bellamy sans conviction, Bellamy n'a rien fait et n'a marqué personne, contrairement à ce qu'annonçaient les sondeurs, bien que je maintienne que sa position européene était la plus équilibrée et que j'apprenne à qui ne le savait pas (et par conséquent n'est pas un assidu de ma page FB ou de mon blog) qu'en juillet dernier, il avait dîné avec Philippe de Villiers, en marge de l'Université d'été de Renaissance catholique où j'étais -c'est Villiers qui l'a raconté et qui voyait en Bellamy un ami plein d'avenir, non pas comme un tombeur de digues : à à l'époque Bellamy n'avait aucune digue à faire sauter. Bellamy n'était pas encore pressenti par ce stupide crâne d'œuf de Wauquiez pour prendre la tête de listede la droite républicaine aux européennes, ce professeur de philosophie sans brio particulier, conseiller municipal de Versailles, bien que trentenaire, sans enfant et sans carrière, se contentait de dénoncer mollement "la société liquide" au cours des travaux de notre Université d'été, et il n'était pas allé faire la courte échelle auprès de Villiers comme Macron visitant le Puy du fou à la demande de Brizitte pour qui Villiers avait les yeux de Chimène., car Villiers n'a jamais eu de nez, à moins que le nez de Villiers n'ait jamais été fait que pour flairer ceux que devait perdre le Système qu'il détestait. -Le FN-RN n'a pas gagné, mais a perdu sinon des voix, du moins des pourcentages par rapport aux élections européennes de 2014. -Les écolos, sous la présidence de Yannick Jadot et contrairement à ce que disait Daniel Cohn-Bendit, "celui qui a foutu le bordel en France en 68" et dont mon père se demandait toujours pourquoi on lui laissait la parole dans un pays qu'il avait contribué à détruire, a fait une excellente campagne. -Karima Delli vaut beaucoup mieux que Sibeth N'diaie ou Danièle Obono.- en lui souhaitant sa fête ce midi et comme ma mère me manifestait son intention de voter comme moi, Bellamy, je lui représentai qu'elle gagnerait à voter Jadot, car cela lui ressemblait mieux et puis son candidat Jadot ferait mieux qu mon candidat "le Jeunot". -Bayrou se félicite du bon score de Macron et il a parfaitement raison. Le "renouvellement des visages" dont parlait le candidat Macron que Bayrou appelait un hollogramme avant de s'y rallier a bien eu lieu, mais ça changera si peu le sort de l'Union européenne que la liste de Nathalie Loiseaux s'affiliera au parti le plus libéral du Parlement européen, celui-là même qui, de l'aveu même de Bayrou avant la campagne de 2009, faillit désigner Mario Monti à la tête de la Commission européenne, Mario Monti le commissaire, lequel Ernest-Antoine Seillères, alors patron du MEDEF, avait traité de notaire et qui, nommé président du conseil italien en qualité d'expert, participa à mettre dix ans plus tard l'Italie entre les mains de Matteo Salvini, cette résurgence du fascisme. -Sibette Ndiaie, porte-parole ou porte-flingue du gouvernement, s'et comportée en hystéro qui ne relève pas le niveau de Benjamin griveaux, l'hyper-arrogant renversé par les Gilets jaunes d'un ministère sans pouvoir aucun. Celle qui a dit de Simone Veil: "Yes! Elle est deade, la meuf", est un symptome de l'incompétence macronienne. J'avais connu naguère dans deux écoles que j'ai fréquentées deux filles de dissidents gabonais et togolais. Les parents de Sibeth N'diaie étaient juges au Sénégal. Elle qui feint d'avoir grandi dans la Seine-Saint-Denis a grandi à l'ombre d'une valise diplomatique. -Il est déplorable d'avoir assisté à une soirée électorale animée sur France 2 par Mme Publicis et par Laurent Delamêche où sont recyclés des seconds couteaux comme Bernard Tapie dont je pourrais parler pendant des heures, ou comme Jean-Christophe Lagarde ou J.C Cambadélis, l'ex-théoricien de "La Gauche plurielle", qui a fini dans le clivage anticlivant de François Hollande. Moins politique que lui, Jean-Christophe Lagarde dont il a déjà été parlé, mais qui seraplus vite oublié que l'ancien secrétaire trotskiste du PS grandi dans le XVIème à l'ombre de Charlotte de Türckheim, l'ancien maire de Drancy , ce pauvre Lagarde, qui porte le poids UDI d'être aussi l'homonyme de Lagarde MarieChristine ("je suis saoul, saoul, saoul, sous l'escalier!"), pressentie pour devenir successeur (ou sexrice en ce qui concerne l'avocate new-yorakaise) de Jean-Claude (un autre J.C) Juncker, Jean-Christophe Lagarde, qui faisait une mine de déterré ce soir et naguère une publicité monstre rétrospective à propos de Max Jacob et auprès du grand rabbin de Drancy dans une cérémonie organisée par samairie à laquelle j'assistai avec mon frère, et qui n'avait su que dire, pauvre Monsieur le maire ! au moment des attentats de Charlie, sinon qu'il connaissait ses administrés impliqués dans le terrorisme, mais qu'il n'avait rien pu faire pour les prévenir, les empêcher de nuire, car l'État ne l'avait pas aidé, car l'État lui avait fait connaître les limites du clientélisme. Il faudrait que des fausses valeurs comme Lagarde, Cambadélis ou ou Dupont-Aignangnan, dès lors qu'ils ont mis leur poste dedéputé en balance de la candidature européenne, excepté pour Camba qui n'était plus rien, démissionnent de celui-ci, ça me paraîtrait la moindre des "common decency(s)"." À deux jours d'avoir dressé ce petit bilan, je dirais avec Mediapart que Macron est le vainqueur tactique d'une élection pour laquelle il a fait, en promouvant Nathalie Loiseau qui rata son envol pour reprendre un titre du "Figaro", une erreur de casting doublée d'un "échec rhétorique" qui lui est égal puisque Macron est d'une trempe à penser qu'il n'y a que le résultat qui compte. En discutant hier avec mon frère, aussi européen que je suis eurosceptique sans être anti-européen, ne me sentant pas le droit de tuer de mes petites mains l'Europe de Robert Schumann et de Jean-Paul II dont je suis l'héritier de bon gré ou malgré moi, il me semble que l'Europe peut tomber comme un fruit mûr et mourir de sa bureaucratie comme le communisme est mort de son matérialisme athée. L'Europe peut mourir de s'être montée sur un faisceau de fils techniques dont Jean Monnet voulait croire qu'ils la rendrait irréversible. Rien de ce qui est humain n'est irréversible et tout ce qui est humain est réversible. La dignité humaine est de donner aux engagements de l'homme un caractère irréversible. Mais elle ne garantit pas les promesses de ne pas être réversibles et de pouvoir être tenues. Mon frère pense à mon encontre que Macron est en avance sur son temps, car les consciences ne sont paseuropéanisées. Les médias ne racontent pas, ne décrivent pas l'Europe. Il n'y a pas eu de listes transnationales européennes. Cela est vrai. Mais je ne crois pas que Macron soit en avance sur son temps. Il est même en retard d'une guerre. Il a recyclé le vieux monde, le monde d'après-guerre, dont on peut déplorer que Trump et Poutine démontrent qu'il n'est plus de saison, revenant à la confrontation séculaire des nations. Peut-être ces deux dirigeants sont-ils des ombres fugaces. Je crois plutôt qu'ils manifestent des permanences de l'histoire. François-Xavier Bellamy a bien fait le job, pour continuer de parsemer ce commentaire d'anglicismes. Mais il était trop lisse. Il était ridicule d'entendre parler d'agriculture ce jeune philosophe versaillais, qui prétendait à l'équilibre et semblait le poursuivre jusqu'à la posture d'équilibriste. J'ai souvent ironisé sur l'imposture par laquelle Macron, poète-roi de sa propre cité idéale, se donnait en banquier-philosophe. Il a sans doute manqué à FX Bellamy d'être banquier. Ça lui aurait fait gagner en crédibilité.

lundi 27 mai 2019

Ne laissons pas mourir l'Europe!

Voici le commentaire que jepropose à l'article de Koz intitulé "chez nous" en souscrivant globalement à son analyse dont on peut prendre connaissance ici.. Je ne vois pas la nécessité d'être un catholique de droite. J'éprouve la nécessité d'être catholique tout court. Comme un colonel de mes amis, j'aimerais que la civilisation se refonde sur le catholicisme. La civilisation chrétienne m'apparaît comme une ruse de l'histoire, mais une civilisation fondée sur des valeurs chrétiennes est possible. Si pièttre chrétien que je sois et quelque soit le degré de réussite tout relatif auquel je suis parvenu à les incarner dans ma propre vie, ces valeurs sont les miennes. Et puisque droite il y a.... L'insincérité de Wauquiez promut Bellamy pour faire sauter des digues que Wauquiez, naguère repéré par Jacques Barrot et par Alain Minc, aujourd'hui conseillé par Patrick Buisson, ne veut pas faire sauter, allez comprendre. Moyennant quoi la droite a bel et bien "perdu sur les idées des autres". Cette fois-ci, l'enjeu m'a paru de taille et je n'ai pu prendre sur moi, avec mes petites mains, de jeter par-dessus bord l'Europe peut-être chrétienne ou née d'un chrétien, utopie du monde d'après-guerre dont je suis un héritier même s'il est passé de mode, comme en attesteraient Trump et Poutine. Je ne me sens pas le droit de briser l'Europe de mes petites mains, mais peut-être l'Europe tombera-t-elle comme un fruit mûr, si la conscience continue à ne pas s'européaniser, si l'information ne réveile pas un sentiment d'appartenance européen en décrivant ce qui se passe chez les autres. L'Europe pourrait tomber comme un fruit mûr sans besoin de la précipiter dans un nid de fachos. L'Europe pourrait mourir de sa bureaucratie comme le communisme est mort de son matérialisme athée. L'Europe peut mourir si on ne s'avise pas qu'il n'y a pas d'avenir sans protection. L'Europe pourrait mourir du vice technique par lequel Jean Monnet a prétendu la tisser de manière suffisamment complexe pour la rendre irréversible, nous souffla Michel Rocard à un déjeuner du Carrefour libéral et indépendant au Procope en 1999. L'Europe peut mourir. Mais ce n'est pas à moi de faire mourir l'Europe. J'en suis un héritier. Je dois veiller sur l'héritage de Robert schumann et de Jean-Paul II.

vendredi 26 avril 2019

Corps et âme, chair et esprit

Contribution à un dialogue sur le salut de l’âme et la résurrection de la chair sur le forum cahtolique.

-Je me disais en parcourant ce fil que les réflexions sur l'immortalité de l'âme sont dépendantes du rattachement du christianisme à la philosophie antique qui postulait cette immortalité. Rudolf steiner, qui n'est pas une référence chrétienne, y ajoutait le "principe d'innatalité" directement hérité (consciemment ou non chez Steiner) de l'idée d'Origènes selon laquelle Dieu avait voulu et vu chaque âme à l'instant de la Création, ce qui expliquerait que l'homme ne se souvient pas d'être né et de l'instant de sa naissance, et a davantage, par conséquent, la notion de l'éternité qu'il n'a la notion du temps, bien qu'il ne soit pas éternel et que l'âme soit sortie de l'éternité pour être temporelle, même vue et voulue à l'instant de la création, qui est une sortie de l'éternité. L'homme sait-il qu'il va mourir? L'observation de la mort et la philosophie le lui apprennent. Mais l'homme ne se souvient pas d'avoir commencé, il ne se croit pas incohatif. L'homme ne se souvient pas d'être né, c'est pourquoi il lui est si difficile de penser comment il pourrait renaître. (Cf. l'entretien avec Nicodème).

-La traduction latine du mystère de la Passion du christ ne parle-t-elle pas du don de l'âme du christ pour signifier le don de Sa vie? Il me semble que c'est le mot "anima" qui traduit le verset où Jésus dit: "Ma Vie, nul ne la prend, mais c'est Moi Qui la donne." (Traduction issue du cantique: "La nuit qu'Il fut livré".) Jésus ajoute dans l'Evangile de Jean qu'Il a le pouvoir de donner Sa Vie "et le pouvoir de la reprendre ensuite". Que signifie ce pouvoir de reprise? Je ne doute pas que la tradition spirituelle le perçoive comme le pouvoir de ressusciter (or Jésus est ressuscité par Son Père), mais la formulation semble indiquer que telle est la souveraineté du Fils que le don de Sa vie est théoriquement révocable, même s'il ne sera jamais révoqué.

-Vous avez raison de souligner que l'anthropologie chrétienne est ternaire: Corps-âme-esprit. Auprès de l'abbé Laurentin, j'avais risqué une analogie trinitaire où l'âme aurait représenté le Père, le corps le Verbe et l'Esprit l'esprit. L'abbé Laurentin récusa mon analogie, moins pour la manière dont je la conduisais terme à terme que parce que, selon lui, on ne pouvait pas faire d'analogie du Dieu un en trois à partir du "moi",la véritable analogie trinitaire étant sortie de soi, et donc relationnelle ou familiale: le père, la mère et l'enfant. Cela m'a paru (et me paraît encore) un peu étroit, sauf le respect que je dois à la mémoire de ce grand spirituel.

-Selon le Lévitique, "l'âme de la chair, c'est le sang", ce quivalide complètement l'analyse que vous faites des espèces eucharistiques.

-L'anthropologie chrétienne est ternaire, mais il me semble que sa véritable originalité est d'avoir inventé le concept de "chair" et d'avoir isolé la dualité de la chair et de l'esprit de la dualité de l'âme et du corps. Mieux, elle a placé la dyade chair-esprit à l'intérieur de la dyade corps-âme. On peut ajouter à cela l'étrange coïncidence linguistique qui fait que la chair en Hébreu se dit "bazar". La chair, c'est le bazar, ce sont toutes les passions du corps et de l'âme, telles que Saint Paul, mais aussi Jésus, les énumèrent dans deux listes de passions déréglées, dont les références m'échappent à l'instant, mais la nomenclature de Saint Paul se trouve dans l'épître aux Galates. En sorte qu'une hypothèse sur la rédemption est qu'elle ramène ces passions de la chair à l'unité de la vie divine. C'est ce qui me pousse à croire que l'énoncé en Français des paroles du centurion: "Dis seulement une parole et je ("mon serviteur" dans le contexte, ou encore mon âme si l'on traduit mot à mot d'après le latin) serai guéri" donne une bonne image de la Rédemption. Je me suis souvent demandé pourquoi les Evangiles accordaient tant d'importance aux guérisons miraculeuses, qui, si elles sont prodigieuses, ne sont que des manières de remettre à plus tard la maladie et la mort qui devront venir, comme dans la "réanimation" de Lazare. La Rédemption est guérison. Je crois qu'elle doit nous amener à mourir guéris pour être en état de ressusciter et qu'il y a une quasi synonymie entre ressusciter dans sa chair reliée à l'âme et guérir.

-Au sein de la dyade chair-esprit, l'esprit est vie comme l'âme est vie au sein de la dyade corps-âme. Le corps est mortel comme la chair mène à la mort. Quand Jésus s'incarne, Il se fait chair et donc passions de la chair, afin de mener celles-ci vers la résurrection à travers sa mort. Jésus est donc Passion(s) dès son Incarnaition. Une étrange confusion fait que le langage de la psychologie parle d'âme (la psyché) alors qu'elle étudie l'esprit. Pourquoi le choix de ce terme grec pour traduire la réalité de l'âme? Il est beaucoup plus fort que le terme "anima", qui est un principe d'animation. Il semble suggérer que l'âme est le miroir de Dieu. L'esprit qu'étudie la psychologie a quelque chose de cognitif et de mécanique. Il résout par la pensée l'énigme dans laquelle l'âme se voit dans le miroir avant de "connaître comme elle est connue". (Saint Paul). Mais si l'on fait sortir l'esprit du langage psychologique pour le ramener dans lelangage anthropologique, il est possible qu'il soit une sorte de principe de neutralité, par lequel l'homme ne se voit pas en Dieu comme il en va de l'âme, mais voit la vie en Dieu, pour ainsi dire objectivement, en s'extrayant du conflit des torts et des raisons qui viennent des passions de la chair, des points d'accord et des points aveugles, mais par une sorte de raison pure inaccessible à l'homme. L'âme voit Dieu comme un "je" et l'esprit voit la vie comme un "on".

-Reste un mystère à éclaircir. Certains ont dit ici que les corps des damnés ressusciteront pour une "résurrection de jugement" ou de "damnation". Que penser de l'hypothèse selon laquelle l'enfer serait la seconde mort et la disparition dans le néant d'une créature de dieu qui a refusé sa Grâce et ses lois de la vie? Qu'Est-ce que la damnation?

L’ensemble du dialogue est consultable depuis ce message :

https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=866308

Où en est le catholicisme?

Analyse du débat organisé par Frédéric Taddeï et réunissant Guillaume Cuchet, Yann Raison Ducleusiou, Paul Piccarreta et Véronique Margron et qu’on peut visionner ici :

https://www.youtube.com/watch?v=Pjk-wt1uRfs

L'émission de Frédéric Taddeï ne mettait pas aux prises trois chrétiens de gauche contre un seul catholique de droite, mais bien plutôt trois catholiques conservateurs et Véronique Margron. À cela près qu'il y a des nuances dans le conservatisme de Guillaume Cuchet, qui sait se garder à bonne distance de son objet d'étude, quitte à passer, en bon chercheur, pour un peu froid et cynique , de Yann Raison Ducleuziou qui dissimule mal son admiration pour les catholiques contre-révolutionnaires qu'il observe sans qu'on puisse savoir s'il est des leurs, et de Paul Piccarreta qui, en tant que directeur de la revue "Limite", passe son conservatisme au prisme de l'écologie intégrale.

On pourrait affiner le clivage entre les protagonistes de l'émission, non en reconstituant sempiternellement le clivage droite-gauche, mais en séparant les "évangélistes", Véronique Margron et Paul Piccareta, des "religieux", Guillaume Cuchet et Yann Raison Ducleuziou. Les premiers essaient de "vivre ce qu'ils célèbrent" (Véronique Margron) ou de "vivre les Actes des apôtres" (Paul Piccarreta). Ils pensent que l'Évangile est la raison d'être du catholicisme et qu'il faut être beaucoup moins fasciné par l'histoire du catholicisme qu'imprégné par les richesses insondables que nous donnent la Parole de Dieu (Paul Piccareta).Les seconds interrogent la valeur sociale du catholicisme,considéré aussi bien à titre culturel comme un facteur identitaire, que comme une doctrine et une prédication pouvant donner une colonne vertébrale à l'existence humaine.

Je me permets une incise à ce stade de l'analyse, sous la foorme de la question que m'a toujours posée le refus par les évangélistes du rôle du religieux, au profit de la nécessité d'"accepter Jésus-Christ comme seigneur et Sauveur personnel", c'est-à-dire d'avoir foi en lui. Un catholique ne renierait pas la nécessité d'avoir la foi, mais ajouterait que cette foi s'incarne dans l'Église et que la religion a pour fonction de structurer doctrinalement en même temps qu'elle nous relie, à la fois à l'Église des vivants et des morts, cultuellement à Dieu, et culturellement aux hommes, à commencer par ceux qui partagent nos croyances, permettant un brassage social, bien loin de la lutte des classes. Il y a donc un clivage entre les religieux et les antireligieux parmi les intervenants de cette émission.

Ce clivage se complique quand il s'agit d'aborder la question culturelle. Pour Paul Piccarreta se plaçant dans le sillage de Jean-Piere Denis, il est bon que le catholicisme se vive comme une contre-culture. Le cardinal Lustiger pensait déjà qu'il fallait qu'il se constitue en contre-société. Véronique Margron n'envisage pas ainsi sa vie religieuse, même si elle reconnaît vivre"un peu différemment" du reste de la société. Yann Raison Ducleuziou note que le catholicisme décline en termes de construction personnelle, mais se renforce en termes de construction collective. Il en prend à témoin la stupeur nationale qui a suivi l'incendie de Notre-Dame. Véronique Margron lui emboîte le pas en disant que le catholicisme est un des derniers remparts contre la société marchande, pour laquelle tout s'achète et tout se vend. Une vie catholique exprime qu'il y a plus que soi-même (définition que l'on donnait jadis au patriotisme et qui sert de base à toute espèce de militantisme), un certain goût du bien commun et la nécessité de vivre avec les autres.

Pourquoi le catholicisme décline-t-il en termes de construction personnelle? Dans "Comment notre monde a cessé d'être chrétien", Guillaume Cuchet a émis une hypothèse. Dès lors que la pratique devient optionnelle, l'appartenance au catholicisme n'est bientôt plus qu'un souvenir. Et la pratique devient optionnelle si l'on ne prêche plus sur les fins dernières. Il ne suffit pas de donner un "sens à la vie" comme le souhaite Véronique Margron. S'il n'y a plus rien à craindre, il n'y a plus rien à espérer. D'où ces deux questions qui me taraudent depuis longtemps presque à l'intime: comment font les prêtres pour donner leur vie en pensant qu'il n'y a rien à craindre au point qu'on ne peut qu'espérer? Et comment ne désespèrent-ils pas de la donner, voyant que les hommes sont nécessairement déviants, ne sauraient pratiquer intégralement les commandements ni la Volonté de Dieu, sont pécheurs et peu réformables?

mardi 23 avril 2019

La détestation de Sarkozy et l'amour de Macron

Commentaire au billet de Philippe Bilger intitulé « Emmanuel Macron cherche l’amour ! » et disponible ici :

https://www.philippebilger.com/blog/2019/04/emmanuel-macron-cherche-lamour-.html

Emmanuel Macron ou l'amour vache! Il cherche à être aimé en se rendant impopulaire, ou en déclarant le soir de son élection qu'il servira les Français avec amour tout en faisant la politique du citoyen-machine et en perpétuant les représentations de l'ancien monde sous prétexte d'un renouvellement de génération issue de la même classe sociale d'héritiers favorisés et de bourgeois au pouvoir.

"On pouvait détester Nicolas Sarkozy, mais son être n'empêchait pas d'appréhender sa politique." De quel droit pouvait-on détester Nicolas Sarkozy? Pourquoi tant de personnalités se sont-elles livrées sans vergogne à cette même détestation qu'elles reprochent aujourd'hui aux Gilets jaunes à l'encontre d'Emmanuel Macron? Peut-être parce que Nicolas Sarkozy incarnait dans sa personnalité cette vérité de la démocratie qu'elle est le clivage. Nicolas Sarkozy était clivant parce que si la République est indivisible, la démocratie, c'est le clivage. N'étant plus président, Sarko l'Amerlo a donné à son parti le nom de "Républicain(s)", mais il était le dernier visage d'une certaine pratique, certes beaucoup trop personnelle, du pouvoir démocratique. Première hypothèse.

La droite pouvait secondement détester Nicolas Sarkozy parce que la singularité du personnage et ses traits de personnalité obligeait cette "famille politique", la seule du spectre partisan français à se désigner de la sorte, à opter pour l'individualisme réactionnel, alors que la droite se posait comme garante et conservatrice du minimum, si j'ose dire syndical ou vital, du bien commun cimentant une société ou une nation. La victoire de Nicolas Sarkozy signifiait la légitimation d'une ambition s'étant intériorisée, ou ayant rencontré une certaine intériorité au ministère des cultes. On entrait avecc ce personnage dans une égocratie républicaine, ou dans une dérive égotique justement dénoncée en son temps par François Bayrou. Les deux présidents suivants, successeurs de Nicolas Sarkozy n'ont fait qu'accentuer cette dérive, fût-ce en se déclarant "normal" pour le premier jusqu'à être insaisissable au "moi fuyant comme le fut François Hollande. Paradoxalement, cette normalité s'accompagna d'un néoconservatisme et d'un atlantisme tout molletistes et socialistes, doublés d'un rigorisme autoritariste contre les gens inoffensifs ou les Français moyens se disant eux-mêmes "bien élevés", les manifestants pour tous, ces prédécesseurs des Gilets jaunes, tandis que la petite délinquance, prédécesseur fonctionnel des casseurs politisés qui escortent aujourd'hui les Gilets jaunes, était libérée de prison et ne devait plus, malgré Charlie, le Bataclan et d'autres attentats islamistes venant souvent au bout d'un parcours de petite délinquance, purger sa peine à l'ère de la "contrainte pénale" de Christiane Taubira, stratégie aujourd'hhui prolongée par Nicole Belloubet ou par l'impunité des blac blocks, ces derniers casseurs qu'on n'a pas le droit d'interdire de manifester, dixit le Conseil constitutionnel présidé par Laurent Fabius.

La droite s'était autorisée à détester Nicolas Sarkozy qui fit entrer le pouvoir présidentiel dans l'ère du narcissisme. Or sa personnalité présentait des traits passionnants alors que celle d'Emmanuel Macron est simplement passionnelle, avec tout le cortège de séduction qui s'y attache et brouille les pistes, réduisant l'interprétation de ce quinquennat à dépister le président au lieu de dépister sa politique.

"Un chef d'État digne de ce nom ne devrait pas chercher à être aimé", décrète Michel Schneider. Ceci me semble un truisme psychanalytique. J'ai gardé de mon enfance, un peu enfouie en moi, l'idée que l'amour doit rester une catégorie du politique, ne serait-ce que pour entretenir le minimum d'utopie dont notre idéalisme a besoin. Il me semble que ce qu'on désigne aujourd'hui inélégamment comme le "vivre-ensemble" (autant parler de convivence !) qui doit nous faire "faire nation" (sic) ne saurait s'instaurer sans que les politiques nous fassent aimer leur politique et nous fasse aussi un peu nous aimer les uns les autres. Ségolène Royal l'avait compris et exprimé en propres termes, ce qui la fit moquer et traiter de Jeanne d'Arc, mais me fait persister à penser que cette "mère" de famille qui entendait ériger sa maternité en trait de pouvoir ou en argument électoral, quitte à devenir la chef de l'État nounou, aurait été plus "climatiquement correcte" que Nicolas Sarkozy et ses successeurs, tour à tour insaisissable et passionnel, mais toujours égotiques. À eux trois, ces présidents marquent le triomphe de l'individualisme dans cet art du bien commun que demeure la politique.

mercredi 10 avril 2019

Lettre à Véronique Lévy

Chère Véronique Lévy,

Je réagis à votre prestation dans l’émission de Bernard Antony en notant ce qui m’a marqué dans le verbatim de cette émission et en le commentant au besoin, sans préjuger si mes commentaires ont de l’intérêt ou non, mais en voulant réagir à vos propos, car je crois avoir rendez-vous avec vos livres.

(NDLR: l'émission est référencée ici et peut être écoutée moyennant un envoi de 5 euros par an à "Radio Courtoisie", la station émettrice)

https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=2323601821221437&id=1746106215637670&p=3&av=100001042556388&eav=AfZ6JAwkz2yPCbQNs8DEBpprPX6jcZlMDTvmDkpbuOErbHfUOgh-tp0xhR-iSDUS08E&refid=52&_ft_=mf_story_key.2323601821221437%3Atop_level_post_id.2323601821221437%3Atl_objid.2323601821221437%3Acontent_owner_id_new.1746106215637670%3Athrowback_story_fbid.2323601821221437%3Apage_id.1746106215637670%3Astory_location.4%3Astory_attachment_style.share%3Apage_insights.%7B%221746106215637670%22%3A%7B%22role%22%3A1%2C%22page_id%22%3A1746106215637670%2C%22post_context%22%3A%7B%22story_fbid%22%3A2323601821221437%2C%22publish_time%22%3A1554090967%2C%22story_name%22%3A%22EntStatusCreationStory%22%2C%22object_fbtype%22%3A266%7D%2C%22actor_id%22%3A1746106215637670%2C%22psn%22%3A%22EntStatusCreationStory%22%2C%22sl%22%3A4%2C%22dm%22%3A%7B%22isShare%22%3A1%2C%22originalPostOwnerID%22%3A0%7D%2C%22targets%22%3A%5B%7B%22page_id%22%3A1746106215637670%2C%22actor_id%22%3A1746106215637670%2C%22role%22%3A1%2C%22post_id%22%3A2323601821221437%2C%22share_id%22%3A0%7D%5D%7D%7D%3Athid.1746106215637670

-« Si Dieu est vivant et non pas mort, la Trinité est la vie intime de Dieu. »

« Il est préférable de parler de Verbe que de Fils, car le fils est un anthropomorphisme. De plus, les musulmans comprennent mieux le langage du Verbe.
- En effet, réagit Cécile Montmirail,lorsqu’en faisant de la catéchèse à des petits musulmans, je leur parlais de fils de dieu, ils avaient l’impression que Dieu pour avoir un fils avait dû forniquer, ce qui représentait une abomination à leurs yeux.

- Le Fils renvoie au mystère de la génération, alors que, dans la Trinité, il est Fils par engendrement éternel. »

Tarek Oubrou avait promis d’écrire un livre sur la Trinité dans l’islam. Je ne sais pas où il en est ni s’il a tenu parole. Mais, sur celle d’une infirmière qui me soignait à Lariboisière, j’ai entendu la plus belle définition de l’engendrement du Verbe-Fils par le Père dans l’éternité. C’est le Coran qui la donne en disant : « Soi et Jésus fut. » Jésus et non pas la lumière comme dans la genèse.

- « L’Esprit est l’inspire et l’expire de Dieu par lequel tantôt Il envoie son verbe créer et dans le monde, tantôt son verbe qui est de Lui revient vers Lui, et ce mouvement d’inspire et d’expire, de va-et-vient qui est amour est l’Esprit. » Cette approche me paraît beaucoup plus parlante que l’idée traditionnelle selon laquelle l’Esprit est l’Amour du Père et du Fils. Car l’Esprit permet de laisser s’exprimer cet amour en dehors de lui-même, au point de « planer sur les eaux » pour créer le monde (la Création est l’âme du monde et le monde est la chair de la Création. La Création est le fruit d’un Dieu qui est esprit.)


- Vous pensez que l’Incarnation est le plus grand mystère du christianisme. "Il est encore plus difficile d’en parler que de la Trinité." En effet, en quoi l’Incarnation ne serait-elle pas une théophanie comme les autres ?

- Le seul homme que j’aie entendu récemment oser exprimer cette évidence théologique qui tient de l’enfance et qui préserve la beauté du Mystère de Noël alors que nous ne cessons de dire que Pâques est le point culminant du christianisme est Henry de Lesquen. Ne prêtons attention qu’aux éclairs d’intelligence donnés aux hommes par l’Esprit sans faire cas de la réputation de tel ou tel. Vous avez un autre point de convergence avec lui. Vous dites en effet : « Je fais une différence entre le peuple de la première Alliance et la synagogue. » Henry de Lesquen précise qu’après l’ascention du Christ et la Pentecôte, le judaïsme s’est scindé en deux branches : le judaïsme des pharisiens qui ont composé le Talmud et le judaïsme apostolique des chrétiens, qui rendent témoignage au Christ.

- « Peuple élu ne voulait pas dire peuple privilégié, mais témoin, pour se dessaisir de ce témoignage et l’offrir au monde entier. C’est ce que fait Jésus sur la Croix et c’est ce que fait l’Église. » La Shoah dont vous parlait votre frère, le célèbre BHL, ne saurait comme vous le dites « constituer une identité religieuse « . Si elle est « scandale pour les juifs » et pour tout homme comme tout génocide et aussi à un titre spécifique, elle configure le peuple juif en dépit qu’il en ait à « Jésus-Christ-Israël » (selon l’intuition du cardinal Lustiger dans « LA PROMESSE ») et est « le Golgotha du monde ». Le peuple juif et l’Église ont vocation au martyre, c’est-à-dire au témoignage, il y a de leur faute en ce qu’ils ont mésinterprété la Parole de Dieu en injonctions génocidaires, des Amalescites pour les juifs et, en contexte chrétien, à travers l’expulsion des juifs d’Espagne ou le fait que le plus grand lieu de pèlerinage du Moyen-Age, dans l’Europe chrétienne, ait été placé sous l’égide de Santiago de compostella, de saint Jacques le matamore, celui qui matait les Maures ou les mettait à mort. Encore faut-il ajouter à cette vocation au martyre que l’Église et le judaïsme ont également vocation au dialogue. L’Église a vocation au dialogue externe, au dialogue interreligieux, au dialogue qui précède le martyre en cas de persécution, qui ne combat pas par l’épée et ne passe pas par les armes, mais ne se rend pas aux armes par lesquelles sont passés les martyrs sans avoir défendu la foi, en des termes qui lui et qui leur seront inspirés par le Défenseur en Personne, l’Esprit-Saint, le Paraclet, défenseur et consolateur. Quant au judaïsme, il a vocation au dialogue interne, à la manducation de ses textes de référence pour les lire aux éclats et faire cadeau de son exégèse à ses amis dont «l’olivier franc ». Dans cette manducation interne, je ne comprend pas que la lecture rabbinique privilégie à ce point la Thora au détriment des prophètes.

- Vous faites bien de parler de « récréation par le oui de Marie », au triple sens où la Création est un mystère féminin, mais aussi récréatif, et où Marie recréée par son retour à l’adhésion originelle, à l’amour primordial de la vie « qui était lumière des hommes », et qu’elle choisit en aimant la vie qu’elle va donner au Verbe éternel. Nous ne sommes pas tous égaux devant l’amour de la vie. Marie parce que notre mère rouvre la voie vers cette égalité.

À titre récréatif, je note qu’au moment de l’émission où vous parliez de Marie, cette « figure qui rassemble » comme le dit un de mes amis prêtres, vous disiez : « Nous reviendrons à là (sic), d’où nous n’aurions jamais dû partir. » À là, Allah. Allah est le nom sous lequel les musulmans (dont vous faites bien de rappeler qu’ils pratiquent une sorte de théologie apophatique) et les chrétiens d’Orient désignent communément Dieu. Comme si, par un jeu d’homophonies, Allah était un Nom de présence, voire de Chekina.


- « Dieu est l’être qui se dit par le Verbe. » Car si l’être ne se disait pas, il resterait une abstraction. Jésus a dit à Josépha Ménindez : « J’ai soif des âmes. » Je ne sais d’homme qui n’ait soif de son âme. J’ai ainsi connu un grand pécheur idéologique (il était nazi), en qui je sentais régulièrement remonter le souffle ontologique de Platon qu’ilaffectionnait. Mais l’être était chez lui comme du vent qui soufflait sur la pierre de son totalitarisme athée et cruel. Car l’être doit exprimer l’âme à travers un agir. Autrement, l’appel de notre âme reste purement ontologique. Il en va de même de Dieu Qui agit en parlant et dont même le silence est parole.

- « Chaque cellule du corps est un hymmne à l’amour. » Une révolution copernicienne du christianisme est d’avoir isolé la dualité de la chair et de l’Esprit et de l’avoir placée à l’intérieur de celle de l’âme et du corps. La chair n’est pas le corps et l’esprit n’est pas l’âme. La chair est le corps et l’esprit blessés. Et l’esprit est le corps et l’âme réparés, régénérés, rénovés, guéris.

- « Depuis le péché originel, il y a un retrait forcé de Dieu. » Ce retrait n’est pas le tsimtsoum. Dieu se retire parce que l’homme s’est caché de Lui.

« Le péché nous fait perdre le fil. Le Verbe s’incarne pour venir nous chercher, pour nous ouvrir le ciel, pour nous rapatrier vers son cœur. » Je préfère que le péché nous fasse perdre le fil à l’idée qu’il nous fasse rater notre cible. Le P. Michel-Marie Zanotti-Sorkine affirme que nous serons jugés sur nos intentions et Neal-Donald Walsh, cette sorte de Platon américainqui a le mercantilisme de sa nation, renchérit que « seul Dieu peut faire coïncider Ses intentions avec leur résultat. » Bref, seul Dieu échappe à la loi de l’hétérotélie.

Nous avons du mal à nous reconnaître pécheurs parce que nous avons tendance à identifier le niveau moyen de notre humeur et une certaine équanimité dans laquelle nous agissons assez bien avec l’idéal du moi. Or l’instant dans lequel nous ne sommes pas mal et que nous appelons le bonheur nous fait oublier tous les instants où nous avons fait du mal.

LE péché originel ne procède pas d’un interdit que Dieu aurait donné à l’homme de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal pour devenir intelligent, mais consiste presque inversement dans l’obligation qu’a faite l’homme à Dieu, en mangeant de ce fruit, de connaître le mal, Lui Qui, ayant tout créé, contenait le mal en puissance, mais ne voulait pas avoir à en connaître, et ne pouvait pas faire autrement si sa créature identifiait le mal, Lui Qui n’a rien fait qui fût mauvais. Comme vous le dites, Nietzsche voulait être "par-delà le bien et le mal". Or l’affranchissement de la loi que nous apporte le Christ nous place "au-delà du bien et du mal". Il faut toujours mettre en rapport la phrase de Dostoïevski: "Si Dieu n'existe pas, tout est permis" avec celle de Saint Paul, pour qui il ne fait pas de doute que Dieu existe et qui n’est pas loin d’avoir inventé le : « Il est interdit d’interdire » de mai 1968 : "Tout est permis, mais tout ne convient pas."

- « Comment êtes-vous arrivée au Cœur du christianisme et surtout du Christ, alors que ma mère qui s’est convertie depuis longtemps se plaint de n’avoir jamais senti ces choses ? » vous demande Cécile Montmirail. «Parce que je suis allé très loin dans l’autre sens, très loin dans la violence, « répondez-vous en substance, « moi qui étais une enfant angoissée », et vous qui n'hésitez pas aujourd’hui à dédier une lettre à Émilie König la djihadiste. Pourquoi Dieu laisse-t-il les gens s’enférer loin de Lui ? « On fait quoi quand on n’a pas la foi ? », m’interpellait un dénommé Thierry sur le blog de l’abbé de Tanoüarn. « Il ne tient qu’à vous de retrouver l’Esprit-Saint dont vous ne sentez plus la motion », m’assuraient des évangéliste comme je regrettais devant eux que l’adulte que j’étais devenu avait tué le feu de l’Esprit en lui, cet Esprit qui avait convertil’enfant que j'avais été, tombé dans l’athéisme de trop bonne heure et ayant trop tôt retrouvé la foi. S’il ne tenait qu’à moi, j’aurais retrouvé le Saint-Esprit depuis longtemps, mais je ne mène pas une vie morale adéquate qui me permettrait d’en éprouver la sensation. Or la foi est une grâce. « Je ne comprends rien à ce que tu me dis », se fâchait une tante à l’agonie auprès de la mère de cette même évangéliste qui me disait qu’il ne tenait qu’à moi de réveiller l’Esprit en moi. « Je ne sais pas pourquoi tu as la foi et pourquoi je ne l’ai pas alors que je voudrais croire », ajoutait-elle. Pourquoi la foi n’est-elle donnée qu’à « ceux à qui le Fils veut bien [la] révéler » ? La foi est un scandale si elle est affaire de prédestination comme cette évangéliste le soutenait, et si les élus peu nombreux sont, à être élus, prédestinés de naissance.

Comment atteint-on au cœur à moins d’être allé loin dans l’autre sens ? « Ce ne sont pas les bienportants qui ont besoin du médecin, mais les malades. » « Plus on est tombé bas, plus on est reconnaissant d’avoir été relevé. » (Christian Bobin) « À ceux qui ont beaucoup aimé, il sera beaucoup pardonné. »

- « L’Église doit continuer à se battre pour le salut des âmes », mais elle ne doit pas se battre dans le champ politique comme pour être une dernière fois du côté du manche et avoir un bras qui s’étend vers Dieu et l’autre vers le pouvoir et non pas vers les hommes. Car si elle se bat dela sorte, elle va faire « la guerre sans l’aimer » comme dirait encore votre frère.

- « L’abbé Pierre est une [figure de ce combat de l’Église et] une incarnation de la sainteté », non seulement parce qu’il fut la voix des sans voix (sur ce plan-là, il aurait mieux fait de leur apprendre à parler en public), mais parce qu’il n’a pas tellement transigé avec les puissants. Le jour où on lui a donné la légion d’honneur (qu’il n’avait pas demandée), il a cassé la coupe de Champagne qu’on lui tendait pour montrer que ce hochet était une honte tant qu’il y aurait autant de pauvreté. Il n’aurait pas dû laisser Martin Hirsch, l’ancien directeur de cabinet de Bernard Kouchner, devenir le responsable de sa fondation pour s’ouvrir une belle carrière de ministre et de directeur de l’APHP, mais plutôt former un « homme de la rue » à lui succéder et à représenter les siens. Mais il est surtout saint parce qu’il a avoué ses faiblesses et des « liaisons passagères » dans le livre de Frédéric Lenoir, « MON DIEU, POURQUOI ? », mettant l’Église au défi de reconnaître saint un homme qui a avoué un manquement moral au sein de sa vie consacrée, pour confesser ses péchés et signifier que la conversion n’est jamais acquise, jamais aboutie, jamais achevée. L’abbé Pierre est encore une incarnation de la sainteté parce que, dans ce même ouvrage, il révélait que, lorsqu’il adorait le Seigneur, il pensait à la relation singulière que Celui-ci nouait avec toute personne à laquelle Il pensait préférentiellement et en l’appelant par son nom : « Nathalie ! », citait-il en exemple. En prononçant ce nom, ce Dieu adorant l’homme fait le contraire de ce que fait Marie-Madeleine quand elle reconnaît le Seigneur dans le jardinier devant le tombeau vide. Le Seigneur l’appelle « Marie, mais Marie, après l’avoir appelé « Rabbouni », veut mettre la main sur l’Être qu’il est, ce qui l’oblige à se récrier : « Cesse de me tenir, noli me tangere, l’être est, Je Suis insaisissable. » Marie veut mettre la main sur l’être quand le Seigneur adorant veut toucher un cœur. L’âme adore Dieu, car Il est dans la contemplation de sa créature. Il y a peu à parier que la créature humaine puisse adorer Dieu bien au-delà de ce narcissisme dans lequel elle regarde Dieu la regarder.

- « L’Église doit combattre pour le salut des âmes. » C’est pourquoi « un chrétien ne doit pas laisser faire », or il doit aussi laisser faire. Car de même que Jésus « ne juge personne », nul n’a institué le chrétien juge de ce monde et moins encore accusateur de ses frères, surtout après que l’Église a si longtemps refusé de transiger sans miséricorde avec la médiocrité humaine, qui forme une part importante de cette nature. Le chrétien ne doit empêcher de laisser faire que ce qui est criant, que ce qui crie vers Dieu. Sous ce rapport il doit défendre l’innocent, mais il doit avant tout « vivre de telle façon qu’à sa seule façon de vivre » il donne envie de Dieu.

-« Jésus dans l’Évangile nous demande presque l’impossible ». En effet, Il nous demande d’être parfaits comme son Père céleste est parfait. Il nous demande de n’avoir jamais désiré qu’un seul être. Et le plus difficile n’est pas qu’Il nous demande d’aimer ou de « pardonner à nos ennemis », mais selon moi qu’Il nous demande de nous combattre nous-mêmes et non pas d’aimer notre ennemi intérieur, mais de le ramener à Lui. C’est en cela que l’Église doit être guerrière, pour entraîner au combat spirituel et non pas pour être le bras désarmé dubras séculier.

« Les droits de l’homme sont là pour signifier en creux les reliques d’un christianisme sans le Christ. » À cela on peut objecter que le Christ est le Fils de l’Homme, c’est-à-dire le modèle parfait d’humanité, auquel Dieu nous propose de ressembler pour retrouver Sa Ressemblance. Il y a certes une manière descendante dont Dieu S’est communiqué à l’homme pour que l’homme cherche Dieu. Mais il y a aussi une manière ascendante dont l’homme peut remonter à Dieu via l’Humanité du Christ et à travers le modèle accompli d’humanité qu’Il représente, Lui Qui est le Fils de l’Homme. L’homme qui aime Dieu pour Lui-même et non pas à partir de soi-même n’observe pas l’ordre de la nature et se met en certain danger de maladie spirituelle, même si la santé n’est pas le critère essentiel de la sainteté. Dieu peut convertir par le songe et par la rationalité de nos aspirations. Le siècle des Lumières n’est pas le siècle de la raison comme il l’a prétendu, mais le siècle de l’entendement, donc le siècle de la rationalité émotionnelle. C’est pourquoi il a tendance à instituer une dictature de la bienveillance. Cette dictature peut être à rejeter dans la disjonction des effets de la bienveillance et des intentions qu’elle se propose. La malédiction hétérotélique frappe la bienveillance. Mais ce n’est pas parce que les effets de la bienveillance ne coïncident pas avec ses intentions qu’il faut vouer les droits de l’homme aux gémonies. Ce n’est pas parce que les droits de l’homme ne se réfèrent pas à Dieu qu’ils sont des « droits de l’homme sans Dieu », même si la formule de Jean Madiran est une très belle trouvaille rhétorique.

- Il n’y a pas de « vice de la tolérance », car avant d’être « une forme de relativisme » qui conduit à « tolérer le mal », la tolérance part étymologiquement de l’idée qu’il faut se « supporter les uns les autres », comme l’énonce Saint Paul. Il faut se supporter les uns les autres comme Dieu soutient la Création. l’Église par sa tolérance doit soutenir les hommes dans leur pèlerinage sur la terre, dans leur marche vers le salut.

- C’est pourquoi la République n’a pas à redevenir chrétienne. Car tout arbre se juge à ses fruits et non à ses racines. Si un arbre qui a de mauvaises racines ne pouvait produire de bons fruits, l’homme qui a commis le péché originel ne pourrait être sauvé. Le royaume des Francs a peut-être lavé le sang de la barbarie dans l’eau du baptême, mais la personne humaine n’est pas une invention du Moyen-Age où l’on ne se souvenait jamais du prénom d’un paysan même baptisé. La personne est physique et non morale ou politique. Et si c’était le cas, la République en tant que bien commun comme le dit Jean Bodin, et en tant que régime neutre, demeurerait une chance, une planche de salut. Car elle permettrait de mesurer par la démocratie le degré d’adhésion d’un corps politique à la Volonté de Dieu. À sa manière, la République est un providentialisme démocratique. Ne vous laissez pas récupérer trop unilatéralement par les contre-révolutionnaires qui sont trop heureux de vous avoir dans leur camp et de vous séparer des vôtres.

Veuillez agréer, chère Véronique Lévy, mes respectueux et déférents hommages.

Julien WEINZAEPFLEN

samedi 6 avril 2019

Les élections isréaliennes

Depuis les « printemps arabes », on ne parle plus guère de la vie politique intérieure israélienne de peur de jeter de l’huile sur le feu. Or nous sommes à deux jours d’élections législatives en Israël. En voici un sommaire état des lieux :

Droitisation de la société israélienne :

- Les Sépharades votent Likoud depuis 1977, car ils ont été discriminés par les travaillistes. Les juifs américains votent démocrate, contrairement à la droite évangélique américaine qui vote républicains, et contrairement aux membres les plus influents de la communauté juive française. Le Likoud fait aujourd'hui alliance avec les partis populistes ou d'extrême droite européenne, les mêmes auxquels les travaillistes israéliens interdisaient hier de gouverner en Europe. Le #National-sionisme dénoncé par #AlainSoral a une réalité.

- Le « droitisme » des religieux est traditionnel.

- Netanyahou s’allie avec « Force juive », l’ancien parti du rabbin Meir Kahane. Une caricature de ce parti propose de « jeter les Palestiniens à la poubelle » selon Christine Ockrent dans « Affaires étrangères ». Les « fidèles de Kahane » sont des sortes d’Anders Breivik ou de terroriste de Nouvelle-Zélande. Ils « ne se sont pas contentés de mots haineux, ils ont également pris les armes. En 1982, un des fidèles [de Kahane] a ouvert le feu sur des musulmans priant à la mosquée Al-Aqsa, tuant quinze personnes ; en 1994, son disciple Baruch Goldstein assassine vingt-neuf personnes dans le Caveau des patriarches à Hébron. (…) Cela n’empêche pas le petit-fils du rabbin d’être aujourd’hui soupçonné de mener un groupe clandestin de colons responsables d’une vague récente d’attaques de Palestiniens en Cisjordanie, dont la lapidation d’une mère de neuf enfants. Cette dernière action, qualifiée de « terroriste » par le service secret de sécurité Shin Bet, n’a pas soulevé la moindre condamnation de la part de Force juive… ni du premier ministre. (Voir :

https://www.mediapart.fr/journal/international/210219/pour-sauver-son-poste-netanyahou-s-allie-avec-le-pire-de-l-extreme-droite-israelienne )

- Netanyahou, plombé par des affaires qui le concernent lui-même, sa femme et ses proches, affaires à peine évoquées par Christine Ockrent dans l’émission « Affaires étrangères » qu’ele consacre ce jour aux élections israéliennes, est talonné par Benny Gantz, un ancien chef d’état-major. Un autre chef d’état-major a déjà dirigé Israël en la personne d’Ehoud Barak. Rabin l’aurait été aussi. Sharon était un général victorieux et jusqu’auboutiste. L’état-major en question fait campagne contre « Bibi roi d’Israël ». Pour lire un portrait de Bibi Gantz, voir ici :

https://www.mediapart.fr/journal/international/040419/en-israel-benny-gantz-veut-convaincre-qu-il-peut-remplacer-netanyahou?onglet=full

- Netanyahou est mouillé dans trois affaires : « le dossier 1000 » (corruption par un milliardaire hollywoodien), le « dossier 2000 » (couverture favorable dans le « Yediot Aharonot contre des facilités) « et le « dossier 4000 », présumé trafic d’influence du même genre. « Faible consolation pour lui, il échappe à toute inculpation dans le « dossier 3000 » où certains de ses proches sont soupçonnés d’avoir reçu des commissions illégales dans l’achat de sous-marins allemands pour la marine israélienne. » « Tous [les « chefs de gouvernement » israéliens], depuis vingt ans, ont été poursuivis à un moment ou à un autre, et l’un d’entre eux, Ehud Olmert, [a même été] emprisonné, mais après avoir perdu son poste. » ((Thomas Cantaloub, Mediapart) Sans parler de Moshe Katsav, président israélien de 2000 à 2007, qui a dû démissionner car accusé de viol comme Jacob Zuma en Afrique du Sud, devant laisser sa place à Shimon Perez. (Voir ici :

https://www.mediapart.fr/journal/international/280219/la-justice-israelienne-annonce-la-procedure-d-inculpation-de-netanyahou-en-pleine-campagne

- Le gendre de Trump, Jared Kushner, a une fondation en Israël qui finance des colonies en Sisjordanie.

- L’espoir ouvert par les accords d’Oslo « s’est fracassé » (Christine Ockrent) « et le nombre de colons a quadruplé depuis cette époque. » Tous ces journalistes nous expliquaient que le processus d’Oslo serait irréversibles comme l’appartenance à l’Union européenne (rien n’est plus dangereux que l’irréversibilité en politique), et que Trump ne serait jamais élu.

- Christine Ockrent déplore qu’"aujourd’hui, il n'y a toujours pas de mariage civil en Israël, Israël n'est pas un Etat laïque". Les mêmes nous assuraient qu'Israël était le seul Etat laïque et la seule démocratie dans la région. Qui sont les auteurs de #Fakenews ? Les journalistes français, mais certainement pas Denis Charbit, qui a toujours rendu compte honnêtement de la réalité israélienne dans des livres pourtant lus et promotionnés par ces mêmes journalistes.

Éric Schol : « Aujourd'hui, Bibi est "le dernier homme politique israélien de stature internationale." Hier les mêmes prétendaient que c'était un jeune loup américain sans beaucoup d’envergure ni d'avenir.