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vendredi 26 avril 2019

Corps et âme, chair et esprit

Contribution à un dialogue sur le salut de l’âme et la résurrection de la chair sur le forum cahtolique.

-Je me disais en parcourant ce fil que les réflexions sur l'immortalité de l'âme sont dépendantes du rattachement du christianisme à la philosophie antique qui postulait cette immortalité. Rudolf steiner, qui n'est pas une référence chrétienne, y ajoutait le "principe d'innatalité" directement hérité (consciemment ou non chez Steiner) de l'idée d'Origènes selon laquelle Dieu avait voulu et vu chaque âme à l'instant de la Création, ce qui expliquerait que l'homme ne se souvient pas d'être né et de l'instant de sa naissance, et a davantage, par conséquent, la notion de l'éternité qu'il n'a la notion du temps, bien qu'il ne soit pas éternel et que l'âme soit sortie de l'éternité pour être temporelle, même vue et voulue à l'instant de la création, qui est une sortie de l'éternité. L'homme sait-il qu'il va mourir? L'observation de la mort et la philosophie le lui apprennent. Mais l'homme ne se souvient pas d'avoir commencé, il ne se croit pas incohatif. L'homme ne se souvient pas d'être né, c'est pourquoi il lui est si difficile de penser comment il pourrait renaître. (Cf. l'entretien avec Nicodème).

-La traduction latine du mystère de la Passion du christ ne parle-t-elle pas du don de l'âme du christ pour signifier le don de Sa vie? Il me semble que c'est le mot "anima" qui traduit le verset où Jésus dit: "Ma Vie, nul ne la prend, mais c'est Moi Qui la donne." (Traduction issue du cantique: "La nuit qu'Il fut livré".) Jésus ajoute dans l'Evangile de Jean qu'Il a le pouvoir de donner Sa Vie "et le pouvoir de la reprendre ensuite". Que signifie ce pouvoir de reprise? Je ne doute pas que la tradition spirituelle le perçoive comme le pouvoir de ressusciter (or Jésus est ressuscité par Son Père), mais la formulation semble indiquer que telle est la souveraineté du Fils que le don de Sa vie est théoriquement révocable, même s'il ne sera jamais révoqué.

-Vous avez raison de souligner que l'anthropologie chrétienne est ternaire: Corps-âme-esprit. Auprès de l'abbé Laurentin, j'avais risqué une analogie trinitaire où l'âme aurait représenté le Père, le corps le Verbe et l'Esprit l'esprit. L'abbé Laurentin récusa mon analogie, moins pour la manière dont je la conduisais terme à terme que parce que, selon lui, on ne pouvait pas faire d'analogie du Dieu un en trois à partir du "moi",la véritable analogie trinitaire étant sortie de soi, et donc relationnelle ou familiale: le père, la mère et l'enfant. Cela m'a paru (et me paraît encore) un peu étroit, sauf le respect que je dois à la mémoire de ce grand spirituel.

-Selon le Lévitique, "l'âme de la chair, c'est le sang", ce quivalide complètement l'analyse que vous faites des espèces eucharistiques.

-L'anthropologie chrétienne est ternaire, mais il me semble que sa véritable originalité est d'avoir inventé le concept de "chair" et d'avoir isolé la dualité de la chair et de l'esprit de la dualité de l'âme et du corps. Mieux, elle a placé la dyade chair-esprit à l'intérieur de la dyade corps-âme. On peut ajouter à cela l'étrange coïncidence linguistique qui fait que la chair en Hébreu se dit "bazar". La chair, c'est le bazar, ce sont toutes les passions du corps et de l'âme, telles que Saint Paul, mais aussi Jésus, les énumèrent dans deux listes de passions déréglées, dont les références m'échappent à l'instant, mais la nomenclature de Saint Paul se trouve dans l'épître aux Galates. En sorte qu'une hypothèse sur la rédemption est qu'elle ramène ces passions de la chair à l'unité de la vie divine. C'est ce qui me pousse à croire que l'énoncé en Français des paroles du centurion: "Dis seulement une parole et je ("mon serviteur" dans le contexte, ou encore mon âme si l'on traduit mot à mot d'après le latin) serai guéri" donne une bonne image de la Rédemption. Je me suis souvent demandé pourquoi les Evangiles accordaient tant d'importance aux guérisons miraculeuses, qui, si elles sont prodigieuses, ne sont que des manières de remettre à plus tard la maladie et la mort qui devront venir, comme dans la "réanimation" de Lazare. La Rédemption est guérison. Je crois qu'elle doit nous amener à mourir guéris pour être en état de ressusciter et qu'il y a une quasi synonymie entre ressusciter dans sa chair reliée à l'âme et guérir.

-Au sein de la dyade chair-esprit, l'esprit est vie comme l'âme est vie au sein de la dyade corps-âme. Le corps est mortel comme la chair mène à la mort. Quand Jésus s'incarne, Il se fait chair et donc passions de la chair, afin de mener celles-ci vers la résurrection à travers sa mort. Jésus est donc Passion(s) dès son Incarnaition. Une étrange confusion fait que le langage de la psychologie parle d'âme (la psyché) alors qu'elle étudie l'esprit. Pourquoi le choix de ce terme grec pour traduire la réalité de l'âme? Il est beaucoup plus fort que le terme "anima", qui est un principe d'animation. Il semble suggérer que l'âme est le miroir de Dieu. L'esprit qu'étudie la psychologie a quelque chose de cognitif et de mécanique. Il résout par la pensée l'énigme dans laquelle l'âme se voit dans le miroir avant de "connaître comme elle est connue". (Saint Paul). Mais si l'on fait sortir l'esprit du langage psychologique pour le ramener dans lelangage anthropologique, il est possible qu'il soit une sorte de principe de neutralité, par lequel l'homme ne se voit pas en Dieu comme il en va de l'âme, mais voit la vie en Dieu, pour ainsi dire objectivement, en s'extrayant du conflit des torts et des raisons qui viennent des passions de la chair, des points d'accord et des points aveugles, mais par une sorte de raison pure inaccessible à l'homme. L'âme voit Dieu comme un "je" et l'esprit voit la vie comme un "on".

-Reste un mystère à éclaircir. Certains ont dit ici que les corps des damnés ressusciteront pour une "résurrection de jugement" ou de "damnation". Que penser de l'hypothèse selon laquelle l'enfer serait la seconde mort et la disparition dans le néant d'une créature de dieu qui a refusé sa Grâce et ses lois de la vie? Qu'Est-ce que la damnation?

L’ensemble du dialogue est consultable depuis ce message :

https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=866308

Où en est le catholicisme?

Analyse du débat organisé par Frédéric Taddeï et réunissant Guillaume Cuchet, Yann Raison Ducleusiou, Paul Piccarreta et Véronique Margron et qu’on peut visionner ici :

https://www.youtube.com/watch?v=Pjk-wt1uRfs

L'émission de Frédéric Taddeï ne mettait pas aux prises trois chrétiens de gauche contre un seul catholique de droite, mais bien plutôt trois catholiques conservateurs et Véronique Margron. À cela près qu'il y a des nuances dans le conservatisme de Guillaume Cuchet, qui sait se garder à bonne distance de son objet d'étude, quitte à passer, en bon chercheur, pour un peu froid et cynique , de Yann Raison Ducleuziou qui dissimule mal son admiration pour les catholiques contre-révolutionnaires qu'il observe sans qu'on puisse savoir s'il est des leurs, et de Paul Piccarreta qui, en tant que directeur de la revue "Limite", passe son conservatisme au prisme de l'écologie intégrale.

On pourrait affiner le clivage entre les protagonistes de l'émission, non en reconstituant sempiternellement le clivage droite-gauche, mais en séparant les "évangélistes", Véronique Margron et Paul Piccareta, des "religieux", Guillaume Cuchet et Yann Raison Ducleuziou. Les premiers essaient de "vivre ce qu'ils célèbrent" (Véronique Margron) ou de "vivre les Actes des apôtres" (Paul Piccarreta). Ils pensent que l'Évangile est la raison d'être du catholicisme et qu'il faut être beaucoup moins fasciné par l'histoire du catholicisme qu'imprégné par les richesses insondables que nous donnent la Parole de Dieu (Paul Piccareta).Les seconds interrogent la valeur sociale du catholicisme,considéré aussi bien à titre culturel comme un facteur identitaire, que comme une doctrine et une prédication pouvant donner une colonne vertébrale à l'existence humaine.

Je me permets une incise à ce stade de l'analyse, sous la foorme de la question que m'a toujours posée le refus par les évangélistes du rôle du religieux, au profit de la nécessité d'"accepter Jésus-Christ comme seigneur et Sauveur personnel", c'est-à-dire d'avoir foi en lui. Un catholique ne renierait pas la nécessité d'avoir la foi, mais ajouterait que cette foi s'incarne dans l'Église et que la religion a pour fonction de structurer doctrinalement en même temps qu'elle nous relie, à la fois à l'Église des vivants et des morts, cultuellement à Dieu, et culturellement aux hommes, à commencer par ceux qui partagent nos croyances, permettant un brassage social, bien loin de la lutte des classes. Il y a donc un clivage entre les religieux et les antireligieux parmi les intervenants de cette émission.

Ce clivage se complique quand il s'agit d'aborder la question culturelle. Pour Paul Piccarreta se plaçant dans le sillage de Jean-Piere Denis, il est bon que le catholicisme se vive comme une contre-culture. Le cardinal Lustiger pensait déjà qu'il fallait qu'il se constitue en contre-société. Véronique Margron n'envisage pas ainsi sa vie religieuse, même si elle reconnaît vivre"un peu différemment" du reste de la société. Yann Raison Ducleuziou note que le catholicisme décline en termes de construction personnelle, mais se renforce en termes de construction collective. Il en prend à témoin la stupeur nationale qui a suivi l'incendie de Notre-Dame. Véronique Margron lui emboîte le pas en disant que le catholicisme est un des derniers remparts contre la société marchande, pour laquelle tout s'achète et tout se vend. Une vie catholique exprime qu'il y a plus que soi-même (définition que l'on donnait jadis au patriotisme et qui sert de base à toute espèce de militantisme), un certain goût du bien commun et la nécessité de vivre avec les autres.

Pourquoi le catholicisme décline-t-il en termes de construction personnelle? Dans "Comment notre monde a cessé d'être chrétien", Guillaume Cuchet a émis une hypothèse. Dès lors que la pratique devient optionnelle, l'appartenance au catholicisme n'est bientôt plus qu'un souvenir. Et la pratique devient optionnelle si l'on ne prêche plus sur les fins dernières. Il ne suffit pas de donner un "sens à la vie" comme le souhaite Véronique Margron. S'il n'y a plus rien à craindre, il n'y a plus rien à espérer. D'où ces deux questions qui me taraudent depuis longtemps presque à l'intime: comment font les prêtres pour donner leur vie en pensant qu'il n'y a rien à craindre au point qu'on ne peut qu'espérer? Et comment ne désespèrent-ils pas de la donner, voyant que les hommes sont nécessairement déviants, ne sauraient pratiquer intégralement les commandements ni la Volonté de Dieu, sont pécheurs et peu réformables?

mardi 23 avril 2019

La détestation de Sarkozy et l'amour de Macron

Commentaire au billet de Philippe Bilger intitulé « Emmanuel Macron cherche l’amour ! » et disponible ici :

https://www.philippebilger.com/blog/2019/04/emmanuel-macron-cherche-lamour-.html

Emmanuel Macron ou l'amour vache! Il cherche à être aimé en se rendant impopulaire, ou en déclarant le soir de son élection qu'il servira les Français avec amour tout en faisant la politique du citoyen-machine et en perpétuant les représentations de l'ancien monde sous prétexte d'un renouvellement de génération issue de la même classe sociale d'héritiers favorisés et de bourgeois au pouvoir.

"On pouvait détester Nicolas Sarkozy, mais son être n'empêchait pas d'appréhender sa politique." De quel droit pouvait-on détester Nicolas Sarkozy? Pourquoi tant de personnalités se sont-elles livrées sans vergogne à cette même détestation qu'elles reprochent aujourd'hui aux Gilets jaunes à l'encontre d'Emmanuel Macron? Peut-être parce que Nicolas Sarkozy incarnait dans sa personnalité cette vérité de la démocratie qu'elle est le clivage. Nicolas Sarkozy était clivant parce que si la République est indivisible, la démocratie, c'est le clivage. N'étant plus président, Sarko l'Amerlo a donné à son parti le nom de "Républicain(s)", mais il était le dernier visage d'une certaine pratique, certes beaucoup trop personnelle, du pouvoir démocratique. Première hypothèse.

La droite pouvait secondement détester Nicolas Sarkozy parce que la singularité du personnage et ses traits de personnalité obligeait cette "famille politique", la seule du spectre partisan français à se désigner de la sorte, à opter pour l'individualisme réactionnel, alors que la droite se posait comme garante et conservatrice du minimum, si j'ose dire syndical ou vital, du bien commun cimentant une société ou une nation. La victoire de Nicolas Sarkozy signifiait la légitimation d'une ambition s'étant intériorisée, ou ayant rencontré une certaine intériorité au ministère des cultes. On entrait avecc ce personnage dans une égocratie républicaine, ou dans une dérive égotique justement dénoncée en son temps par François Bayrou. Les deux présidents suivants, successeurs de Nicolas Sarkozy n'ont fait qu'accentuer cette dérive, fût-ce en se déclarant "normal" pour le premier jusqu'à être insaisissable au "moi fuyant comme le fut François Hollande. Paradoxalement, cette normalité s'accompagna d'un néoconservatisme et d'un atlantisme tout molletistes et socialistes, doublés d'un rigorisme autoritariste contre les gens inoffensifs ou les Français moyens se disant eux-mêmes "bien élevés", les manifestants pour tous, ces prédécesseurs des Gilets jaunes, tandis que la petite délinquance, prédécesseur fonctionnel des casseurs politisés qui escortent aujourd'hui les Gilets jaunes, était libérée de prison et ne devait plus, malgré Charlie, le Bataclan et d'autres attentats islamistes venant souvent au bout d'un parcours de petite délinquance, purger sa peine à l'ère de la "contrainte pénale" de Christiane Taubira, stratégie aujourd'hhui prolongée par Nicole Belloubet ou par l'impunité des blac blocks, ces derniers casseurs qu'on n'a pas le droit d'interdire de manifester, dixit le Conseil constitutionnel présidé par Laurent Fabius.

La droite s'était autorisée à détester Nicolas Sarkozy qui fit entrer le pouvoir présidentiel dans l'ère du narcissisme. Or sa personnalité présentait des traits passionnants alors que celle d'Emmanuel Macron est simplement passionnelle, avec tout le cortège de séduction qui s'y attache et brouille les pistes, réduisant l'interprétation de ce quinquennat à dépister le président au lieu de dépister sa politique.

"Un chef d'État digne de ce nom ne devrait pas chercher à être aimé", décrète Michel Schneider. Ceci me semble un truisme psychanalytique. J'ai gardé de mon enfance, un peu enfouie en moi, l'idée que l'amour doit rester une catégorie du politique, ne serait-ce que pour entretenir le minimum d'utopie dont notre idéalisme a besoin. Il me semble que ce qu'on désigne aujourd'hui inélégamment comme le "vivre-ensemble" (autant parler de convivence !) qui doit nous faire "faire nation" (sic) ne saurait s'instaurer sans que les politiques nous fassent aimer leur politique et nous fasse aussi un peu nous aimer les uns les autres. Ségolène Royal l'avait compris et exprimé en propres termes, ce qui la fit moquer et traiter de Jeanne d'Arc, mais me fait persister à penser que cette "mère" de famille qui entendait ériger sa maternité en trait de pouvoir ou en argument électoral, quitte à devenir la chef de l'État nounou, aurait été plus "climatiquement correcte" que Nicolas Sarkozy et ses successeurs, tour à tour insaisissable et passionnel, mais toujours égotiques. À eux trois, ces présidents marquent le triomphe de l'individualisme dans cet art du bien commun que demeure la politique.

mercredi 10 avril 2019

Lettre à Véronique Lévy

Chère Véronique Lévy,

Je réagis à votre prestation dans l’émission de Bernard Antony en notant ce qui m’a marqué dans le verbatim de cette émission et en le commentant au besoin, sans préjuger si mes commentaires ont de l’intérêt ou non, mais en voulant réagir à vos propos, car je crois avoir rendez-vous avec vos livres.

(NDLR: l'émission est référencée ici et peut être écoutée moyennant un envoi de 5 euros par an à "Radio Courtoisie", la station émettrice)

https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=2323601821221437&id=1746106215637670&p=3&av=100001042556388&eav=AfZ6JAwkz2yPCbQNs8DEBpprPX6jcZlMDTvmDkpbuOErbHfUOgh-tp0xhR-iSDUS08E&refid=52&_ft_=mf_story_key.2323601821221437%3Atop_level_post_id.2323601821221437%3Atl_objid.2323601821221437%3Acontent_owner_id_new.1746106215637670%3Athrowback_story_fbid.2323601821221437%3Apage_id.1746106215637670%3Astory_location.4%3Astory_attachment_style.share%3Apage_insights.%7B%221746106215637670%22%3A%7B%22role%22%3A1%2C%22page_id%22%3A1746106215637670%2C%22post_context%22%3A%7B%22story_fbid%22%3A2323601821221437%2C%22publish_time%22%3A1554090967%2C%22story_name%22%3A%22EntStatusCreationStory%22%2C%22object_fbtype%22%3A266%7D%2C%22actor_id%22%3A1746106215637670%2C%22psn%22%3A%22EntStatusCreationStory%22%2C%22sl%22%3A4%2C%22dm%22%3A%7B%22isShare%22%3A1%2C%22originalPostOwnerID%22%3A0%7D%2C%22targets%22%3A%5B%7B%22page_id%22%3A1746106215637670%2C%22actor_id%22%3A1746106215637670%2C%22role%22%3A1%2C%22post_id%22%3A2323601821221437%2C%22share_id%22%3A0%7D%5D%7D%7D%3Athid.1746106215637670

-« Si Dieu est vivant et non pas mort, la Trinité est la vie intime de Dieu. »

« Il est préférable de parler de Verbe que de Fils, car le fils est un anthropomorphisme. De plus, les musulmans comprennent mieux le langage du Verbe.
- En effet, réagit Cécile Montmirail,lorsqu’en faisant de la catéchèse à des petits musulmans, je leur parlais de fils de dieu, ils avaient l’impression que Dieu pour avoir un fils avait dû forniquer, ce qui représentait une abomination à leurs yeux.

- Le Fils renvoie au mystère de la génération, alors que, dans la Trinité, il est Fils par engendrement éternel. »

Tarek Oubrou avait promis d’écrire un livre sur la Trinité dans l’islam. Je ne sais pas où il en est ni s’il a tenu parole. Mais, sur celle d’une infirmière qui me soignait à Lariboisière, j’ai entendu la plus belle définition de l’engendrement du Verbe-Fils par le Père dans l’éternité. C’est le Coran qui la donne en disant : « Soi et Jésus fut. » Jésus et non pas la lumière comme dans la genèse.

- « L’Esprit est l’inspire et l’expire de Dieu par lequel tantôt Il envoie son verbe créer et dans le monde, tantôt son verbe qui est de Lui revient vers Lui, et ce mouvement d’inspire et d’expire, de va-et-vient qui est amour est l’Esprit. » Cette approche me paraît beaucoup plus parlante que l’idée traditionnelle selon laquelle l’Esprit est l’Amour du Père et du Fils. Car l’Esprit permet de laisser s’exprimer cet amour en dehors de lui-même, au point de « planer sur les eaux » pour créer le monde (la Création est l’âme du monde et le monde est la chair de la Création. La Création est le fruit d’un Dieu qui est esprit.)


- Vous pensez que l’Incarnation est le plus grand mystère du christianisme. "Il est encore plus difficile d’en parler que de la Trinité." En effet, en quoi l’Incarnation ne serait-elle pas une théophanie comme les autres ?

- Le seul homme que j’aie entendu récemment oser exprimer cette évidence théologique qui tient de l’enfance et qui préserve la beauté du Mystère de Noël alors que nous ne cessons de dire que Pâques est le point culminant du christianisme est Henry de Lesquen. Ne prêtons attention qu’aux éclairs d’intelligence donnés aux hommes par l’Esprit sans faire cas de la réputation de tel ou tel. Vous avez un autre point de convergence avec lui. Vous dites en effet : « Je fais une différence entre le peuple de la première Alliance et la synagogue. » Henry de Lesquen précise qu’après l’ascention du Christ et la Pentecôte, le judaïsme s’est scindé en deux branches : le judaïsme des pharisiens qui ont composé le Talmud et le judaïsme apostolique des chrétiens, qui rendent témoignage au Christ.

- « Peuple élu ne voulait pas dire peuple privilégié, mais témoin, pour se dessaisir de ce témoignage et l’offrir au monde entier. C’est ce que fait Jésus sur la Croix et c’est ce que fait l’Église. » La Shoah dont vous parlait votre frère, le célèbre BHL, ne saurait comme vous le dites « constituer une identité religieuse « . Si elle est « scandale pour les juifs » et pour tout homme comme tout génocide et aussi à un titre spécifique, elle configure le peuple juif en dépit qu’il en ait à « Jésus-Christ-Israël » (selon l’intuition du cardinal Lustiger dans « LA PROMESSE ») et est « le Golgotha du monde ». Le peuple juif et l’Église ont vocation au martyre, c’est-à-dire au témoignage, il y a de leur faute en ce qu’ils ont mésinterprété la Parole de Dieu en injonctions génocidaires, des Amalescites pour les juifs et, en contexte chrétien, à travers l’expulsion des juifs d’Espagne ou le fait que le plus grand lieu de pèlerinage du Moyen-Age, dans l’Europe chrétienne, ait été placé sous l’égide de Santiago de compostella, de saint Jacques le matamore, celui qui matait les Maures ou les mettait à mort. Encore faut-il ajouter à cette vocation au martyre que l’Église et le judaïsme ont également vocation au dialogue. L’Église a vocation au dialogue externe, au dialogue interreligieux, au dialogue qui précède le martyre en cas de persécution, qui ne combat pas par l’épée et ne passe pas par les armes, mais ne se rend pas aux armes par lesquelles sont passés les martyrs sans avoir défendu la foi, en des termes qui lui et qui leur seront inspirés par le Défenseur en Personne, l’Esprit-Saint, le Paraclet, défenseur et consolateur. Quant au judaïsme, il a vocation au dialogue interne, à la manducation de ses textes de référence pour les lire aux éclats et faire cadeau de son exégèse à ses amis dont «l’olivier franc ». Dans cette manducation interne, je ne comprend pas que la lecture rabbinique privilégie à ce point la Thora au détriment des prophètes.

- Vous faites bien de parler de « récréation par le oui de Marie », au triple sens où la Création est un mystère féminin, mais aussi récréatif, et où Marie recréée par son retour à l’adhésion originelle, à l’amour primordial de la vie « qui était lumière des hommes », et qu’elle choisit en aimant la vie qu’elle va donner au Verbe éternel. Nous ne sommes pas tous égaux devant l’amour de la vie. Marie parce que notre mère rouvre la voie vers cette égalité.

À titre récréatif, je note qu’au moment de l’émission où vous parliez de Marie, cette « figure qui rassemble » comme le dit un de mes amis prêtres, vous disiez : « Nous reviendrons à là (sic), d’où nous n’aurions jamais dû partir. » À là, Allah. Allah est le nom sous lequel les musulmans (dont vous faites bien de rappeler qu’ils pratiquent une sorte de théologie apophatique) et les chrétiens d’Orient désignent communément Dieu. Comme si, par un jeu d’homophonies, Allah était un Nom de présence, voire de Chekina.


- « Dieu est l’être qui se dit par le Verbe. » Car si l’être ne se disait pas, il resterait une abstraction. Jésus a dit à Josépha Ménindez : « J’ai soif des âmes. » Je ne sais d’homme qui n’ait soif de son âme. J’ai ainsi connu un grand pécheur idéologique (il était nazi), en qui je sentais régulièrement remonter le souffle ontologique de Platon qu’ilaffectionnait. Mais l’être était chez lui comme du vent qui soufflait sur la pierre de son totalitarisme athée et cruel. Car l’être doit exprimer l’âme à travers un agir. Autrement, l’appel de notre âme reste purement ontologique. Il en va de même de Dieu Qui agit en parlant et dont même le silence est parole.

- « Chaque cellule du corps est un hymmne à l’amour. » Une révolution copernicienne du christianisme est d’avoir isolé la dualité de la chair et de l’Esprit et de l’avoir placée à l’intérieur de celle de l’âme et du corps. La chair n’est pas le corps et l’esprit n’est pas l’âme. La chair est le corps et l’esprit blessés. Et l’esprit est le corps et l’âme réparés, régénérés, rénovés, guéris.

- « Depuis le péché originel, il y a un retrait forcé de Dieu. » Ce retrait n’est pas le tsimtsoum. Dieu se retire parce que l’homme s’est caché de Lui.

« Le péché nous fait perdre le fil. Le Verbe s’incarne pour venir nous chercher, pour nous ouvrir le ciel, pour nous rapatrier vers son cœur. » Je préfère que le péché nous fasse perdre le fil à l’idée qu’il nous fasse rater notre cible. Le P. Michel-Marie Zanotti-Sorkine affirme que nous serons jugés sur nos intentions et Neal-Donald Walsh, cette sorte de Platon américainqui a le mercantilisme de sa nation, renchérit que « seul Dieu peut faire coïncider Ses intentions avec leur résultat. » Bref, seul Dieu échappe à la loi de l’hétérotélie.

Nous avons du mal à nous reconnaître pécheurs parce que nous avons tendance à identifier le niveau moyen de notre humeur et une certaine équanimité dans laquelle nous agissons assez bien avec l’idéal du moi. Or l’instant dans lequel nous ne sommes pas mal et que nous appelons le bonheur nous fait oublier tous les instants où nous avons fait du mal.

LE péché originel ne procède pas d’un interdit que Dieu aurait donné à l’homme de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal pour devenir intelligent, mais consiste presque inversement dans l’obligation qu’a faite l’homme à Dieu, en mangeant de ce fruit, de connaître le mal, Lui Qui, ayant tout créé, contenait le mal en puissance, mais ne voulait pas avoir à en connaître, et ne pouvait pas faire autrement si sa créature identifiait le mal, Lui Qui n’a rien fait qui fût mauvais. Comme vous le dites, Nietzsche voulait être "par-delà le bien et le mal". Or l’affranchissement de la loi que nous apporte le Christ nous place "au-delà du bien et du mal". Il faut toujours mettre en rapport la phrase de Dostoïevski: "Si Dieu n'existe pas, tout est permis" avec celle de Saint Paul, pour qui il ne fait pas de doute que Dieu existe et qui n’est pas loin d’avoir inventé le : « Il est interdit d’interdire » de mai 1968 : "Tout est permis, mais tout ne convient pas."

- « Comment êtes-vous arrivée au Cœur du christianisme et surtout du Christ, alors que ma mère qui s’est convertie depuis longtemps se plaint de n’avoir jamais senti ces choses ? » vous demande Cécile Montmirail. «Parce que je suis allé très loin dans l’autre sens, très loin dans la violence, « répondez-vous en substance, « moi qui étais une enfant angoissée », et vous qui n'hésitez pas aujourd’hui à dédier une lettre à Émilie König la djihadiste. Pourquoi Dieu laisse-t-il les gens s’enférer loin de Lui ? « On fait quoi quand on n’a pas la foi ? », m’interpellait un dénommé Thierry sur le blog de l’abbé de Tanoüarn. « Il ne tient qu’à vous de retrouver l’Esprit-Saint dont vous ne sentez plus la motion », m’assuraient des évangéliste comme je regrettais devant eux que l’adulte que j’étais devenu avait tué le feu de l’Esprit en lui, cet Esprit qui avait convertil’enfant que j'avais été, tombé dans l’athéisme de trop bonne heure et ayant trop tôt retrouvé la foi. S’il ne tenait qu’à moi, j’aurais retrouvé le Saint-Esprit depuis longtemps, mais je ne mène pas une vie morale adéquate qui me permettrait d’en éprouver la sensation. Or la foi est une grâce. « Je ne comprends rien à ce que tu me dis », se fâchait une tante à l’agonie auprès de la mère de cette même évangéliste qui me disait qu’il ne tenait qu’à moi de réveiller l’Esprit en moi. « Je ne sais pas pourquoi tu as la foi et pourquoi je ne l’ai pas alors que je voudrais croire », ajoutait-elle. Pourquoi la foi n’est-elle donnée qu’à « ceux à qui le Fils veut bien [la] révéler » ? La foi est un scandale si elle est affaire de prédestination comme cette évangéliste le soutenait, et si les élus peu nombreux sont, à être élus, prédestinés de naissance.

Comment atteint-on au cœur à moins d’être allé loin dans l’autre sens ? « Ce ne sont pas les bienportants qui ont besoin du médecin, mais les malades. » « Plus on est tombé bas, plus on est reconnaissant d’avoir été relevé. » (Christian Bobin) « À ceux qui ont beaucoup aimé, il sera beaucoup pardonné. »

- « L’Église doit continuer à se battre pour le salut des âmes », mais elle ne doit pas se battre dans le champ politique comme pour être une dernière fois du côté du manche et avoir un bras qui s’étend vers Dieu et l’autre vers le pouvoir et non pas vers les hommes. Car si elle se bat dela sorte, elle va faire « la guerre sans l’aimer » comme dirait encore votre frère.

- « L’abbé Pierre est une [figure de ce combat de l’Église et] une incarnation de la sainteté », non seulement parce qu’il fut la voix des sans voix (sur ce plan-là, il aurait mieux fait de leur apprendre à parler en public), mais parce qu’il n’a pas tellement transigé avec les puissants. Le jour où on lui a donné la légion d’honneur (qu’il n’avait pas demandée), il a cassé la coupe de Champagne qu’on lui tendait pour montrer que ce hochet était une honte tant qu’il y aurait autant de pauvreté. Il n’aurait pas dû laisser Martin Hirsch, l’ancien directeur de cabinet de Bernard Kouchner, devenir le responsable de sa fondation pour s’ouvrir une belle carrière de ministre et de directeur de l’APHP, mais plutôt former un « homme de la rue » à lui succéder et à représenter les siens. Mais il est surtout saint parce qu’il a avoué ses faiblesses et des « liaisons passagères » dans le livre de Frédéric Lenoir, « MON DIEU, POURQUOI ? », mettant l’Église au défi de reconnaître saint un homme qui a avoué un manquement moral au sein de sa vie consacrée, pour confesser ses péchés et signifier que la conversion n’est jamais acquise, jamais aboutie, jamais achevée. L’abbé Pierre est encore une incarnation de la sainteté parce que, dans ce même ouvrage, il révélait que, lorsqu’il adorait le Seigneur, il pensait à la relation singulière que Celui-ci nouait avec toute personne à laquelle Il pensait préférentiellement et en l’appelant par son nom : « Nathalie ! », citait-il en exemple. En prononçant ce nom, ce Dieu adorant l’homme fait le contraire de ce que fait Marie-Madeleine quand elle reconnaît le Seigneur dans le jardinier devant le tombeau vide. Le Seigneur l’appelle « Marie, mais Marie, après l’avoir appelé « Rabbouni », veut mettre la main sur l’Être qu’il est, ce qui l’oblige à se récrier : « Cesse de me tenir, noli me tangere, l’être est, Je Suis insaisissable. » Marie veut mettre la main sur l’être quand le Seigneur adorant veut toucher un cœur. L’âme adore Dieu, car Il est dans la contemplation de sa créature. Il y a peu à parier que la créature humaine puisse adorer Dieu bien au-delà de ce narcissisme dans lequel elle regarde Dieu la regarder.

- « L’Église doit combattre pour le salut des âmes. » C’est pourquoi « un chrétien ne doit pas laisser faire », or il doit aussi laisser faire. Car de même que Jésus « ne juge personne », nul n’a institué le chrétien juge de ce monde et moins encore accusateur de ses frères, surtout après que l’Église a si longtemps refusé de transiger sans miséricorde avec la médiocrité humaine, qui forme une part importante de cette nature. Le chrétien ne doit empêcher de laisser faire que ce qui est criant, que ce qui crie vers Dieu. Sous ce rapport il doit défendre l’innocent, mais il doit avant tout « vivre de telle façon qu’à sa seule façon de vivre » il donne envie de Dieu.

-« Jésus dans l’Évangile nous demande presque l’impossible ». En effet, Il nous demande d’être parfaits comme son Père céleste est parfait. Il nous demande de n’avoir jamais désiré qu’un seul être. Et le plus difficile n’est pas qu’Il nous demande d’aimer ou de « pardonner à nos ennemis », mais selon moi qu’Il nous demande de nous combattre nous-mêmes et non pas d’aimer notre ennemi intérieur, mais de le ramener à Lui. C’est en cela que l’Église doit être guerrière, pour entraîner au combat spirituel et non pas pour être le bras désarmé dubras séculier.

« Les droits de l’homme sont là pour signifier en creux les reliques d’un christianisme sans le Christ. » À cela on peut objecter que le Christ est le Fils de l’Homme, c’est-à-dire le modèle parfait d’humanité, auquel Dieu nous propose de ressembler pour retrouver Sa Ressemblance. Il y a certes une manière descendante dont Dieu S’est communiqué à l’homme pour que l’homme cherche Dieu. Mais il y a aussi une manière ascendante dont l’homme peut remonter à Dieu via l’Humanité du Christ et à travers le modèle accompli d’humanité qu’Il représente, Lui Qui est le Fils de l’Homme. L’homme qui aime Dieu pour Lui-même et non pas à partir de soi-même n’observe pas l’ordre de la nature et se met en certain danger de maladie spirituelle, même si la santé n’est pas le critère essentiel de la sainteté. Dieu peut convertir par le songe et par la rationalité de nos aspirations. Le siècle des Lumières n’est pas le siècle de la raison comme il l’a prétendu, mais le siècle de l’entendement, donc le siècle de la rationalité émotionnelle. C’est pourquoi il a tendance à instituer une dictature de la bienveillance. Cette dictature peut être à rejeter dans la disjonction des effets de la bienveillance et des intentions qu’elle se propose. La malédiction hétérotélique frappe la bienveillance. Mais ce n’est pas parce que les effets de la bienveillance ne coïncident pas avec ses intentions qu’il faut vouer les droits de l’homme aux gémonies. Ce n’est pas parce que les droits de l’homme ne se réfèrent pas à Dieu qu’ils sont des « droits de l’homme sans Dieu », même si la formule de Jean Madiran est une très belle trouvaille rhétorique.

- Il n’y a pas de « vice de la tolérance », car avant d’être « une forme de relativisme » qui conduit à « tolérer le mal », la tolérance part étymologiquement de l’idée qu’il faut se « supporter les uns les autres », comme l’énonce Saint Paul. Il faut se supporter les uns les autres comme Dieu soutient la Création. l’Église par sa tolérance doit soutenir les hommes dans leur pèlerinage sur la terre, dans leur marche vers le salut.

- C’est pourquoi la République n’a pas à redevenir chrétienne. Car tout arbre se juge à ses fruits et non à ses racines. Si un arbre qui a de mauvaises racines ne pouvait produire de bons fruits, l’homme qui a commis le péché originel ne pourrait être sauvé. Le royaume des Francs a peut-être lavé le sang de la barbarie dans l’eau du baptême, mais la personne humaine n’est pas une invention du Moyen-Age où l’on ne se souvenait jamais du prénom d’un paysan même baptisé. La personne est physique et non morale ou politique. Et si c’était le cas, la République en tant que bien commun comme le dit Jean Bodin, et en tant que régime neutre, demeurerait une chance, une planche de salut. Car elle permettrait de mesurer par la démocratie le degré d’adhésion d’un corps politique à la Volonté de Dieu. À sa manière, la République est un providentialisme démocratique. Ne vous laissez pas récupérer trop unilatéralement par les contre-révolutionnaires qui sont trop heureux de vous avoir dans leur camp et de vous séparer des vôtres.

Veuillez agréer, chère Véronique Lévy, mes respectueux et déférents hommages.

Julien WEINZAEPFLEN

samedi 6 avril 2019

Les élections isréaliennes

Depuis les « printemps arabes », on ne parle plus guère de la vie politique intérieure israélienne de peur de jeter de l’huile sur le feu. Or nous sommes à deux jours d’élections législatives en Israël. En voici un sommaire état des lieux :

Droitisation de la société israélienne :

- Les Sépharades votent Likoud depuis 1977, car ils ont été discriminés par les travaillistes. Les juifs américains votent démocrate, contrairement à la droite évangélique américaine qui vote républicains, et contrairement aux membres les plus influents de la communauté juive française. Le Likoud fait aujourd'hui alliance avec les partis populistes ou d'extrême droite européenne, les mêmes auxquels les travaillistes israéliens interdisaient hier de gouverner en Europe. Le #National-sionisme dénoncé par #AlainSoral a une réalité.

- Le « droitisme » des religieux est traditionnel.

- Netanyahou s’allie avec « Force juive », l’ancien parti du rabbin Meir Kahane. Une caricature de ce parti propose de « jeter les Palestiniens à la poubelle » selon Christine Ockrent dans « Affaires étrangères ». Les « fidèles de Kahane » sont des sortes d’Anders Breivik ou de terroriste de Nouvelle-Zélande. Ils « ne se sont pas contentés de mots haineux, ils ont également pris les armes. En 1982, un des fidèles [de Kahane] a ouvert le feu sur des musulmans priant à la mosquée Al-Aqsa, tuant quinze personnes ; en 1994, son disciple Baruch Goldstein assassine vingt-neuf personnes dans le Caveau des patriarches à Hébron. (…) Cela n’empêche pas le petit-fils du rabbin d’être aujourd’hui soupçonné de mener un groupe clandestin de colons responsables d’une vague récente d’attaques de Palestiniens en Cisjordanie, dont la lapidation d’une mère de neuf enfants. Cette dernière action, qualifiée de « terroriste » par le service secret de sécurité Shin Bet, n’a pas soulevé la moindre condamnation de la part de Force juive… ni du premier ministre. (Voir :

https://www.mediapart.fr/journal/international/210219/pour-sauver-son-poste-netanyahou-s-allie-avec-le-pire-de-l-extreme-droite-israelienne )

- Netanyahou, plombé par des affaires qui le concernent lui-même, sa femme et ses proches, affaires à peine évoquées par Christine Ockrent dans l’émission « Affaires étrangères » qu’ele consacre ce jour aux élections israéliennes, est talonné par Benny Gantz, un ancien chef d’état-major. Un autre chef d’état-major a déjà dirigé Israël en la personne d’Ehoud Barak. Rabin l’aurait été aussi. Sharon était un général victorieux et jusqu’auboutiste. L’état-major en question fait campagne contre « Bibi roi d’Israël ». Pour lire un portrait de Bibi Gantz, voir ici :

https://www.mediapart.fr/journal/international/040419/en-israel-benny-gantz-veut-convaincre-qu-il-peut-remplacer-netanyahou?onglet=full

- Netanyahou est mouillé dans trois affaires : « le dossier 1000 » (corruption par un milliardaire hollywoodien), le « dossier 2000 » (couverture favorable dans le « Yediot Aharonot contre des facilités) « et le « dossier 4000 », présumé trafic d’influence du même genre. « Faible consolation pour lui, il échappe à toute inculpation dans le « dossier 3000 » où certains de ses proches sont soupçonnés d’avoir reçu des commissions illégales dans l’achat de sous-marins allemands pour la marine israélienne. » « Tous [les « chefs de gouvernement » israéliens], depuis vingt ans, ont été poursuivis à un moment ou à un autre, et l’un d’entre eux, Ehud Olmert, [a même été] emprisonné, mais après avoir perdu son poste. » ((Thomas Cantaloub, Mediapart) Sans parler de Moshe Katsav, président israélien de 2000 à 2007, qui a dû démissionner car accusé de viol comme Jacob Zuma en Afrique du Sud, devant laisser sa place à Shimon Perez. (Voir ici :

https://www.mediapart.fr/journal/international/280219/la-justice-israelienne-annonce-la-procedure-d-inculpation-de-netanyahou-en-pleine-campagne

- Le gendre de Trump, Jared Kushner, a une fondation en Israël qui finance des colonies en Sisjordanie.

- L’espoir ouvert par les accords d’Oslo « s’est fracassé » (Christine Ockrent) « et le nombre de colons a quadruplé depuis cette époque. » Tous ces journalistes nous expliquaient que le processus d’Oslo serait irréversibles comme l’appartenance à l’Union européenne (rien n’est plus dangereux que l’irréversibilité en politique), et que Trump ne serait jamais élu.

- Christine Ockrent déplore qu’"aujourd’hui, il n'y a toujours pas de mariage civil en Israël, Israël n'est pas un Etat laïque". Les mêmes nous assuraient qu'Israël était le seul Etat laïque et la seule démocratie dans la région. Qui sont les auteurs de #Fakenews ? Les journalistes français, mais certainement pas Denis Charbit, qui a toujours rendu compte honnêtement de la réalité israélienne dans des livres pourtant lus et promotionnés par ces mêmes journalistes.

Éric Schol : « Aujourd'hui, Bibi est "le dernier homme politique israélien de stature internationale." Hier les mêmes prétendaient que c'était un jeune loup américain sans beaucoup d’envergure ni d'avenir.

lundi 18 mars 2019

Un contrepoint radical à l'opinion commune sur la crise sexuelle dans l'Église catholique

Sur le blog de l'abbé Philippe Laguérie: https://blog.institutdubonpasteur.org/Ordinations-d-hommes-maries Que je commente ainsi: Article décisif et beaucoup plus enrichissant que bien des échanges que j'ai eus à ce sujet sur Le forum catholique avec des traditionalistes de stricte obédience comme vous l'êtes. Il critique bien moins mgr Wintzer lui-même que, en pratique, la formation des hommes mariés ordonnés diacres qui sont dans le même cas de figure que les hommes mariés dont l'archevêque de Poitiers envisage l'ordination. Mais surtout il va, à l'aide d'arguments frappants, aux antipodes de cet os à ronger que donne Rome aux chrétiens déboussolés avec ce nouveau péché de "cléricalisme" qui serait, sinon la cause du vice des prêtres abuseurs, mais celle de l'omerta. Selon vous, c'est au contraire parce qu'on a volé le sacré à tous les étages aux ministres sacrés qu'ils en arrivent au viol, notamment de l'enfance, c'est-à-dire à la désacralisation par excellence, au scandale innomable pour lequel il faudrait qu'une meule fût attachée au cou de qui le commet et qu'on le noyât, dit le Seigneur, qui lève ainsi toute ambiguïté sur le "Laissez venir à Moi les petits enfants." Sur le ton laconique et viril qui vous caractérise, vous faites pièces au fait que les apôtres furent mariés en disant (et c'est certainement votre argument le plus intéressant) que c'est Jésus et Sa mère qui ont inventé le célibat et la virginité en les proposant sous la forme du "comprenne qui pourra" et pas explicitement d'abord à ses ministres. Quatre observations pour finir, d'inégale importance et qualité: 1. Michel Onfray (recopiant certes Celse) ne soupçonnne pas saint Paul d'homosexualité, mais d'impuissance. L'hypothèse ne prend pas concernant l'apôtre, du moins ne prend-elle pas chez moi. 2. Le terme "dégradation" est bien plus propre que celui de "réduction à l'état laïque". L'Église n'a pas ou ne devrait pas plus avoir le pouvoir de désordonner que celui de débaptiser (ce qui n'est pas sans poser de problèmes au civil, au passage, car cela l'assimile à une secte au regard de l'État). La vogue de "débaptisations" actuelles a pour vrai nom apostasie. 3. Si mgr Wintzer tient à relever cette qualité des prêtres de "justiciables comme les autres", il y a comme une sécularisation de leur espérance de justification. 4. Vous faites bien de noter cette différence essentielle entre les prêtres et les pasteurs, qu'on oublie généralement de remarquer, que les pasteurs sont avant tout des prédicateurs, alors que les prêtres doivent surtout pratiquer la cure d'âme, même s'ils ont oublié le langage "animiste". 5. En se plaçant dans l'optique de sacralisation que vous leur proposez ou rappelez, les évêques seraient, comme vous le notez, beaucoup plus armés pour punnir des prêtres se rendant coupables de manquement graves à la sacralité de leurs ouailles qu'ils ne le sont dès lors qu'ils envoient des hommes ayant reçu une vocation exceptionnelle pour vivre comme tout le monde au milieu de tous.

samedi 9 mars 2019

LE PARADIS PERVERS OU LA MORALITÉ BLESSÉE

En commentaire de cet article : http://ab2t.blogspot.com/2019/03/un-entretien-paru-dans-present.html J'avais ce soir une discussion avec une amie. Je lui disais: "Quel malheur que l'éducation d'un enfant commence par le valoriser, par lui faire croire que c'est super qu'il ait gagné la course, avant de le civiliser par les valeurs de l'Évangile, qui a donné la civilisation chrétienne par une ruse de l'histoire, et de le persuader que les premiers sont les derniers, donc qu'il ne doit plus avoir l'esprit de compétition. L'enfant tombe de haut. Ses parents qu'il va décevoir ont commencé de perdre toute crédibilité. Il tombe de son piédestal égocentrique et se sent floué comme après le mensonge du Père Noël duquel il devrait découler pour lui qu'il ne doit pas non plus croire en dieu, que c'est la même supercherie, si l'enfant ne savait distinguer d'instinct qu'un conte et légende n'est pas de même nature qu'un symbole de foi. "D'autant que le narcissisme est le paradis perdu de l'innocence de l'âme", concluai-je. "Oui, mais un paradis pervert, le paradis d'après la chute", me répondit mon amie. Je l'applaudis pour cette réponse. Enivré de pouvoir m'aimer moi-même en toute bonne conscience, je n'y avais jamais réfléchi. L'homme est un être à la moralité blessée. La "morale sans le péché originel" qui sait ce qu'est "une sexualité bien comprise" est présomptueuse et croit que l'homme maîtrise. Mais l'homme ne maîtrise rien. Si la maîtrise de soi existe, elle est comme la patience, non pas ma qualité principale, mais un fruit de l'Esprit-Saint.

LES NUANCES

En commentaire de ce billet : https://www.philippebilger.com/blog/2019/03/la-perversion-de-la-globalit%C3%A9-la-facilit%C3%A9-de-la-fuite.html Cher Philippe, Je ne parlerai pas de ceux qui quittent les plateaux, sinon pour mettre mon grain de sel dans votre galerie de portraits: - Depuis la dernière élection présidentielle, Nicolas Dupont-Aignan essaie de compenser son crypto-lepénisme amidonné ou son lepénisme bourgeois par des traits de langage un peu crapuleux. - Il n'y a qu'un intellectuel juif avec lequel tout le monde semble se donner carrière d'être antisémite: c'est BHL. BHL est beaucoup moins omniprésent et beaucoup plus intelligent qu'Alain Finkielkraut ou a fortiori Eric Zemmour. Il a certes tendance à clouer le bec de tous ceux qui ne partagent pas sa vision européiste et d’ingérence mondialiste en les accusant d'antisémitisme. Du moins sa conception du monde a-t-elle du poids, du fond, de la pertinence, de la cohérence et de la conséquence, quand Zemmour n'est qu'un petit garçon agité et Finkielkraut un brillant commentateur torturé par l'histoire. Mais passons. Il y a peut-être une "volupté des considérations totalitaires", mais le risque inverse n'est pas négligeable, de se "perdre dans ses nuances". Il me semble, pour tout vous dire, que vous le courez assez souvent, notamment dans votre précédent billet. Parce que je me pique de nuances,je vous soumets l'anecdote que voici. Un jour, je demande à mon meilleur ami: "Qu'est-ce que tu penses de moi ?" Il me répond: "Veux-tu vraiment entendre ma réponse ou est-ce que tu me poses la question pour le plaisir de la question ?" "Non non, j'aimerais vraiment le savoir." "Je pense que tu es perdu dans un labyrinthe et que tu te complais dans ce labyrinthe où tu es perdu. Autrement dit, tu ne cherches pas l'issue". C'est la rançon du labyrinthe et des nuances qui ont pour elles, puisqu'il faut être nuancé, de nous éviter d'être binaires. Mais chaque fois que je pense au risque de s'égarer dans ses nuances sous prétexte qu'"en philosophie, comme le dit Karl Jaspers, les questions sont plus essentielles que les réponses", me revient cet incipit de la chanson de Bruel "Alors regarde !": "Perdu dans tes nuances, ta conscience au repos." Celui qui ne s'abandonne pas à "la volupté des considérations totalitaires" donne du repos à sa conscience parce qu'il est intellectuellement scrupuleux, ne veut pas être manichéen et oublie que la "complexité" a pour corollaire que les systèmes complexes sont indémontables. Ceci dit, moi aussi, je préfère les issues tâtonnantes aux dogmes opposables. Je crois même que, pour notre démocratie et notre France à la croisée des héritages, l'issue est sur la ligne de crête où ceux-ci s'affrontent, et doit synthétiser le meilleur de nos matrices.

L’INVENTION DU SURNATUREL

Dans une joute sur « le forum catholique » avec un certain Luc de Montalte avec qui j’ai déjà ferraillé, celui-ci m’accuse de témérité en m’envoyant cette citation remarquable : « L'éclaircissement de cette différence doit nous faire plaindre l'aveuglement de ceux qui apportent la seule autorité pour preuve dans les matières physiques, au lieu du raisonnement ou des expériences, et nous donner de l'horreur pour la malice des autres, qui emploient le raisonnement seul dans la théologie au lieu de l'autorité de l'Écriture et des Pères. Il faut relever le courage de ces timides qui n'osent rien inventer en physique, et confondre l'insolence de ces téméraires qui produisent des nouveautés en théologie. Cependant le malheur du siècle est tel, qu'on voit beaucoup d'opinions nouvelles en théologie, inconnues à toute l'antiquité, soutenues avec obstination et reçues avec applaudissement ; au lieu que celles qu'on produit dans la physique, quoique en petit nombre, semblent devoir être convaincues de fausseté dès qu'elles choquent tant soit peu les opinions reçues : comme si le respect qu'on a pour les anciens philosophes était de devoir, et que celui que l'on porte aux plus anciens des Pères était seulement de bienséance ! Je laisse aux personnes judicieuses à remarquer l'importance de cet abus qui pervertit l'ordre des sciences avec tant d'injustice ; et je crois qu'il y en aura peu qui ne souhaitent que cette [liberté] s'applique à d'autres matières, puisque les inventions nouvelles sont infailliblement des erreurs dans les matières que l'on profane impunément ; et qu'elles sont absolument nécessaires pour la perfection de tant d'autres sujets incomparablement plus bas, que toutefois on n'oserait toucher. De la Préface au traité du vide, d’un certain Pascal. Vous êtes de ces téméraires qui préférez les lumières de votre raison en des sujets où elle ne suffit Pas. » Son message est consultable ici : https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=863358 Je lui réponds ceci ici : https://www.leforumcatholique.org/message.php?num=863359 Cher Luc, Étant donné le nombre d'occurrences du mot "insulte" ou de l'adjectif "insultant" dans les messages de vous que je lis par hasard, je vais commencer par vous "insulter": vous êtes un perroquet intelligent. Le choix de votre citation est remarquable. Donc, "autorité" dans les choses morales ou théologiques et "invention" dans la physique. Soyons honnêtes, invention non de la nature, mais dans la description de la nature. On peut présumer que l'attitude de votre auteur de prédilection, philosophe d'avant le siècle des Lumières mais d'après le scepticisme d'un Montaigne et le "doute méthodique" d'un Descartes que Pascal a pratiqués l'un et l'autre, peut s'expliquer par différents motifs: -Un désintérêt pour la grâce qui fait qu'on convient de n'en parler qu'à l'aide d'arguments d'autorité. -Mais non, cette hypothèse est ridicule étant donné celui dont nous parlons, l'apologète ou le pamphlétaire de la grâce, qui se trouve être aussi le petit télégraphiste de la probabilité... Reprenons notre sérieux, car Blaise le parieur ne mettait pas les rieurs de son côté... Il faut envisager une autre hypothèse: -Il se pourrait que Pascal, dont la constitution n'était pas robuste et qui était assez migraineux comme votre cher Lesquen (nous retombons dans nos classiques et cela vous manquait!) ait été un physicien génial (il était remonté enfant et tout seul aux raisons de la géométrie euclidienne), mais un théologien un peu couard (pardonnez ma témérité, mais Pascal n'était pas un "esprit fort"!), qui avait besoin du recours à l'argument d'autorité, car il manquait de finesse ou n'était pas assez poétique dans les choses spirituelles. -Je ne peux jamais longtemps garder mon sérieux avec vous.- J'y reviens. La citation que vous m'opposez se réfugie dans l'autorité de l'Écriture et des Pères, comme si la foi s'imposait et come si l'Église faisait autre chose que de "proposer à croire". La foi est un don de dieu et un don ne s'impose jamais. Par conséquent la foi est un pari existentiel et ne relève pas de la certitude physique, bien qu'elle relève du besoin vital. La foi ne relève pas du même genre de certitude que la science. C'est pourquoi Pascal évite d'en parler scientifiquement. Mais plus encore, le Pascal qui a de la chair prouve par ses écrits que la foi est pour lui un pari existentiel. Come lui, vous et beaucoup de liseurs (intervenants sur ce forum) cherchez à vous rassurer en étant des encyclopédies vivantes du magistère de l'Église, comme si la foi était la loi. Vous n'entendez pas Saint Paul qui vous dit qu'elle est le contraire. La loi convient à la foi pourvu que cela lui convienne (car "tout est permis, mais tout ne convient pas"), et parce qu'il convient d'être sérieux et conséquent avec Dieu, de ne pas se moquer de Lui, de ne pas Le mettre à l'épreuve, de ne pas invoquer Son Nom en vain. Mais par la foi, même la loi, "tout est grâce". Cela, Pascal devrait vous l'avoir appris.

vendredi 8 mars 2019

La crise sexuelle de l'Église n'est pas un complot divin

Réponse au billet de l'abbé de Tanoüarn intitulé "Un complot contre l'Église?" et consultable ici: http://ab2t.blogspot.com/2019/03/un-complot-contre-leglise_7.html Cher abbé, Heureux de vous retrouver sur ce blog même si vous y écrivez parce que l’heure est grave. Quelques réflexions poil à gratter comme au bel autrefois : « La mauvaise conscience est aussi dangereuse que la bonne », je crois en savoir quelque chose, mais il n’est pas vrai que la repentance de l’ »Église du jubilé » « n’a convaincu personne » ni que « ce repentir [d’aujourd’hui] doit concerner ceux qui ont péché, en tant qu'ils ont péché. » Car individualiser le repentir dans l’Église, c’est nier le péché originel. Ne nous en déplaise, nous sommes autant solidaires des « bourreaux » s’ils sont des nôtres que des victimes à qui doit aller premièrement l’élan de notre cœur, mais notre prière doit se répartir équitablement entre les uns et les autres, d’autant que, s’il faut absolument individualiser notreréaction, nous sommes tous des bourreaux et des victimes en puissance. La crise qui secoue l’Église n’a rien d’un « complot de Dieu ». Il y a quelques années, j’avais dénoncé vigoureusement que Benoît XVI mette tellement l’accent sur la pédophilie dans l’Église qu’on finissait par croire qu’il n’y avait plus que de la pédophilie dans l’Église. L’énergie que le précédent pape a mise à s’emparer de cette question et à essayer de nettoyer les écuries d’Augias n’est certainement pas étrangères aux raisons qui ont provoqué son départ ou sa démissiion. Le moins qu’on puisse dire est que l’attitude de son successeur est ambiguë. Elle oscille entre indignations vertueuses qui pleurent avec les victimes, convocation d’un sommet sur les abus sexuels sur les mineurs et, dans le discours de conclusion de celui-ci, banalisation de la pédophilie dans l’Église qui, loin d’être envisagée dans ce qu’elle a de spécifique, est ramenée à la « banalité » de la pédophilie familiale et mondiale, elle-même insérée à son tour dans l’ensemble des abus qu’on inflige à l’enfance, comme celui des enfants soldats. L’Église s’engage, entre autres, par la voix du pape, à lutter contre le tourisme sexuel, dont on ne voit pas en quoi ça la concerne. Ces attermoiements pontificaux sont très conformes à l’ »en même tempsisme » des gouvernantsactuels, de Trump à Macron. Ou, pour parler comme François, ces réactions qui jouent de l’effet de balancier sont contaminées par la maladie atrocement mondaine du gouvernement de l’injonction paradoxale. Or l’injonction paradoxale est le mode dont se fait tantôt plaindre et tantôt craindre le pervers narcissique. Lorsque j’ai compris l’affaire Barbarin que je soutenais d’abord, je me suis acharné à flétrir son inaction, non pour ne pas avoir dénoncé des faits dont il a eu connaissance beaucoup plus tôt qu’il l’a prétendu comme en atteste, par exemple, Isabelle de Gaulmin (que vaut un État où il existe des crimes de non dénonciation ?), mais pour ne pas avoir mis ce prêtre hors d’état de nuire et pour avoir continué à lui confier une charge pastorale jusqu’en2015. Quelle volée de bois vert n’ai-je pas essuyé, en particulier de la part des « liseurs » du forum catholique ! N’importe. Aujourd’hui, le cardinal Barbarin démissionne et ne doit pas démissionner. Sinon, pourquoi ne pas exiger la démission du pape comme le fait mgr Carlo Maria Vigano en faisant assaut d’accusations outrancières ? Faut-il que le Père Pierre Bignon ait raison du cardinal Barbarin ? Non. Le cardinal Barbarin doit affronter la tempête aux côtés de ses diocésains et non pas quitter le navire que ses défauts de gouvernance ont fait tanguer. Car l’enjeu est de se demander ce qu’a de spécifique la pédophilie dans l’Église et quel en est le terrain favorable. Trois caractéristiques résument à mon sens la question : - Les prêtres n’ont droit à aucune sexualité active, ce qui est invivable quand on vit dans le siècle. L’Église peut-elle se satisfaire d’imposer une discipline qui fait qu’on ne puisse s’en sortir que par l’hypocrisie ? - Le célibat des prêtres n’est qu’un aspect de ce défaut d’activité sexuel. Il faut sans doute y mettre un terme. Mais il faut avant tout remédier au « trouble dans le genre » par lequel un prêtre, individu de sexe masculin, est configuré à un Corps, l’Église, entité de sexe symboliquement féminin car épouse du Christ. Ce « trouble dans le genre » fait que la véritable origine de la pédophilie dans l’Église est l’homosexualité de beaucoup de prêtres,comme le disent les non conformistes, homosexualité latente à laquelle le cléricalisme qui devrait être l’ennemi selon François (Gambetta ?) fait honteusement diversion dans ces relations abusives où « l’abus de position dominante » ne joue qu’un rôle mineur... Il faut affronter ce « trouble dans le genre » et mettre de l’ordre à la conception sexuée que l’Église se fait d’elle-même, ce qui exige des débats de qualité entre les catholiques.

jeudi 7 mars 2019

Pensées suscitées

Par: http://blocnotesdepatricecharoulet.blogspot.com/ et les "varia" du 6 mars 2019: -« La vie me sied mal. » (Chateaubriand) À moi aussi, François-René. Dans le Deutéronome, notre Dieu me demande de la choisir pour que je vive et parce qu'il me l'a donnée. Je consens à la recevoir, mais j'ai du mal à la choisir, car je sais mal l'aimer. J'aime mieux vivre que je n'aime la vie. Tout le monde n'est pas à égalité devant l'amour de la vie. Pourquoi Dieu nous demande-t-Il à tous de la choisir pour être bénis, sans considérer quel capital d'amour de la vie nous avons reçu à la naissance? -Je pourrais facilement être "platiste", car pou rmoi, la vérité est esthétique. La vérité doit être en rapport avec le beau, donc avec l'idée que je me fais du beau. Si rien n'est absolu, la vérité ne saurait être quantitative, car l'absolu est une quantité infinie. Si la vérité n'est pas absolue, elle doit être relative. La vérité est relative, car c'est une question de relation. La vérité est relative, raison de plus pour qu'elle soit qualitative. Et si la vérité est qualitative, elle est d'autant plus esthétique. Car le beau est une certaine qualité du réel. -La démocratie tocquevillienne, qui a fait primer l'égalité des conditions sur la décision quantitative "Un homme, une voix" (je n'aime la quantité que dans la décision), était destinée à favoriser successivement la lutte des classes et la lutte des minorités. -Je suis en train de lire "Voyage au centre du système" d'Alain Minc, où cet énarque qui a "défroqué" de l'inspection des finances pour travailler d'abord dans le privé, puis influencer les acteurs économiques et politiques, décrit admirablement "le système" dans lequel il a évolué. Il ne parvient pas à me le faire aimer, mais en montre la cohérence -en quoi c'est un bon portraitiste-, et en cultive la nostalgie. Il déteste le populisme, ce qui n'est pas mon cas, mais je comprends qu'il ne parvienne pas à concevoir qu'un patch-work idéologique théoriquement beaucoup plus indigent que n'était le marxisme tellement dialectique et tellement construit, ne soit un ennemi aussi redoutable du système politique dans lequel il dominait et voulait faire dominer "le cercle de la raison". La quatrième de ses zones de confluence est le monde intellectuel. -"L'Arabie saoudite est un Daech qui a réussi." Pour une fois je suis d'accord avec Zemmour. -L'exemple d'Onfray pour improuver l'égalité est stupide. Un chaudronnier n'est pas un chirurgien. -Le même auteur affirme qu'"Hulot est un rigolo". Il faudrait le faire confirmer par tous ceux qui ont signé son pacte écologique en 2007 en leur demandant pourquoi ils ne l'ont pas appliqué. Dans ce pacte, figurait le développement du ferroutage. Macron a démantelé la SNCF en sous-traitant les petites lignes ferroviaires aux "cars Macron" dont toutes les compagnies ont fait faillite. Hulot a oublié son propre pacte écolo, puisqu'il est devenu le ministre de Macron, le contre-ferrouteur. Ses états d'âme ultérieurs doivent être appréciés à l'aune de ce premier reniement. -"L'en-même-tempsisme" est le gouvernement de l'injonction paradoxale, donc du pervers narcissique. -"La crainte de l'adjectif est le commencement du style." (Claudel) Alain Breton, directeur de la librairie Racine, m'avait recommandé de me méfier de l'adverbe. Un roccoco ne se méfie d'aucune forme verbale et cautionne formellement toutes les idées que ces formes peuvent véhiculer. Le mal est dans l'intention, mais les mots n'en sont que le premier dévoiement. Autre est la trace, autre l'âme. -"Le président du CRIF est un Kalifat judaïque". (Henry de Lesquen) - "La religion catholique est le poème qui me satisfait le plus." (Barrès). "L'Eglise catholique, c'est la fabrique à névroses, elle est là pour ça!" (Sollers, qui est devenu catophile avec l'âge, comme pas mal de maoïstes...) -"Je ne puis que vous parler en mon nom et ce nom n'est rien." (Bernanos, 1941) Le passage du judaïsme au christianisme est celui de la religion de la loi (nomos) à celle du Nom: "Quiconque invoquera le Nom du Seigneur sera sauvé": les Actes des apôtres citant le prophète Joël pour parler du Nom de Jésus, substitut exotérique du tétragramme).

vendredi 1 mars 2019

Algérie, toute révolution est un risque, mais le statu quo est indigne

Croissant de lune, Nous devrions faire le point sur la situation algérienne. J'aimerais partir du fait que Boualem Sansal n'offre aux Algériens que la solution d'avoir un grabataire pour président pour lutter contre le retour des islamistes et de la décennie sanglante. Me revient quand je lis sa position la chanson de Renaud "Balle sur l'ambassade ! Quelques vieux malades, Imbéciles et grabataires Se partagent l'univers." Boualem Sansal oublie que, si on n'avait pas dénié la victoire du FIS aux élections municipales de 1992, la décennie sanglante n'aurait probablement pas eu lieu et le GIA ne serait pas devenu le bras armée du FIS. La démocratie est presque toujours la solution et la révolution présente toujours un risque. Sansal prend à longueur d'écrits son peuple pour un enfant immature. L'algérie mérite mieux que ce qu'est devenu Bouteflika, eût-on peur de ce que sont devenus les "printemps arabes", qui désespèrent de la capacité des sociétés islamiques à se démilitariser. À cet égard, l'indépendance de l'Algérie n'a pas tenu ses promesses pour le peuple algérien. Mais il ne faut jamais désespérer de l'avenir, il n'y a pas de fatalité. La France s'est fendue hier soir d'un communiqué qui attend de prendre date. On se serait cru en plein exercice du pouvoir de Michèle Alliot-Marie. Je ne crois pas que Bouteflika se maintiendra au pouvoir. Si mon hypothèse se vérifie, sa carrière sera en deux cycles de grandeur et de décadence : grandeur du plus jeune ministre des affaires étrangères qui avait la particularité de disparaître des mois durant en France où Giscard qui s'y connaissait supposait qu'il se livrait à des parties fines, puis décadence de Bouteflika devant s'exiler d'Algérie à cause de ses malversations et de son détournement, entre autres, de l'argent de l'OLP ; puis à nouveau grandeur du Bouteflika de la "concorde civile", puis décadence d'un président qui se fait soigner en France et en Suisse et qui, victime d'un AVC, ne sait pas se retirer, parce qu'il veut mourir président et incarner l'Algérie jusque dans sa mort, ou plus modestement assurer une stabilité à son pays, à son clan et de l'Algérie pour le reste du monde ? J'appréhende la situation de trop loin et c'est une énigme pour moi. Je ne me souviens pas non plus pourqoi l'on disait au moment des printemps arabes que la déstabilisation de l'Algérie aurait des conséquences trop dangereuses pour que quiconque puisse en prendre le risque. Les Algériens de France que je co nnais oscillent entre l'enthousiasme de voir tomber leur président momie et la peur de l'aventurisme politique. Le successeur de Bouteflika ne semble que pouvoir émerger spontanément de la séquence qui va suivre ou appartenir à son clan, sinon avoir déjà exercé le pouvoir sous ce président. Que t'en semble ? Veux-tu que nous chroniquions les événements d'Algérie ? Nous entendons-nous assezz bien pour recommencer cete ancienne entreprise de longue haleine ? Fraternité du torrentiel

Le pape et le Vénézuela

Par le Croissant de lune qui écrit en chapeau de ce billet qu'il me transmet : Mon Torrentiel, voici qui fait suite à tes condamnations un peu expéditives de Nicolas Maduro qui reste le seul raïs légal. Pourvu que la posture du pape ne soit pas fatale à une église catholique très souffrante. Assalamou 'alaïkoum. Voici un article sous la forme d'une lettre adressée au pape François touchant à son affligeant allignement et son soutien à Jouan Gaido, raïs auto-proclamé. En fait, ce député pourrait selon la constitution s'élever au poste de président intérimaire en cas de défaillance du président en titre, maintenant j'ignore si la constitution du pays détaille les cas précis ouvrant droit à cette substitution. Enfin, je doute qu'on soit dans l'un de ces cas, et il m'a suffi d'entendre que Gaido sustente l'ingérance Américaine pour le considérer à jamais illégal et illégitime dans le pays, sustenter l'ingérance le rend indéfendable voire rend légitime toute action contre lui. Avant cela, je ne comprenais pas le débat politique au Vénuzuéla, affaire intérieure, mais je ne voyais pas comment il n'y aurait pas moyen de débattre à l'intérieur et de conclure à la poursuite de l'actuelle présidence et autres mandats électifs jusqu'à leur terme. Qu'il y ait incurie de gestion, c'est probable, hélas, par exemple, je déplore que pendant sa longue gouvernance, Hugo Chavez n'ait pas résolument crevé l'abcès des maffias destructrices du pays, mais ça doit pas être aussi simple qu'on se l'imagine. Le pays est en état de siège depuis longtemps avec des sanctions Américaines déclarées et non déclarées, rendues plus efficaces du fait des nombreux sabotteurs qui sans pudeur tésaurisent les biens de consommation et les médicaments pour les raréfier et en augmenter les prix. La tgouvernance au Vénuzuéla n'est pas de référence Marxiste, elle est de référence Chrétienne, c'est un peu la théologie de la Libération au gouvernement, d'où une certaine amitié que cultivent à son égard des orateurs Musulmans de sensibilité Frériste, enfin pendant les présidences Chavez. Mais ça n'a que peu d'importance, le pays est peuplé de chrétiens catholiques en grande partie, l'église a une influence politique significative. On eut aimé, enfin j'eusse aimé que les évêques du pays restent au minimum neutres, je ne peux pas du tout comprendre qu'ils se taisent devant les sanctions Américaines étranglantes planifiées dans le but objectif de contrôler le pays qu'on veut réalligner et dont on veut exploiter les immenses richesses. Et au moment où on entend parler d'ingérance militaire Américaine, la neutralité n'est plus soutenable, le pape de Rome ne saurait sans forfait rester neutre devant cette perspective. Partout l'église catholique souffre en ce moment, et voilà que dans un pays où il lui reste de l'influence politique, elle en fait usage dans le sens de l'allignement, contre l'indépendance et l'avenir du pays. L'église catholique aujourd'hui souffrante peut-elle se permettre ces menées qui achèvent sa ruine dans les esprits? C'est un peu ça qui est suggéré dans l'article et les commentaires, on a l'impression d'une action néfaste et peut-être suicidaire de l'église catholique, une crise terminale. Or, la déchristianisation ainsi accrue ajoute au non-sens et au déséquilibre dans le monde. Honnorons-nous du fait que certains pays de Musulmans restent solidaires du Vénuzuéla assiégé, la Turquie est co-agissante, les pays restés alliés achètent le pétrole du pays et le ravitaillent par mer. Tout se tient dans ce monde, si le monstre Américain contrôlait le pays et ses réserves au moment où les pétroles dits de schistes s'épuisent ou croissent en coût de production, ce ne sera pas pour notre bien mais pour notre perte, parce que l'Amérique est axiomatiquement ennemie des Musulmans. Je vous invite à lire l'article du Québécois Oscar Fortin, mais lisez aussi les commentaires. Certains sont anti-chrétiens, désagréables comme souvent sur ces forums, mais il y a beaucoup d'information dans les commentaires. https://mobile.agoravox.fr/tribune-libre/article/lettre-ouverte-au-pape-francois-212772 Croissant de lune.

Le pape François veut-il banaliser la pédophilie dans l',glise?

http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2019/february/documents/papa-francesco_20190224_incontro-protezioneminori-chiusura.html Un discours confondant de banalisation: - "La pédophilie est "un problème universel et transversal". C'est pas nous, c'est les autres, ou c'est tellement marginalement nous par rapport aux autres. -La pornographie est un fléau supérieur ou égal à la pédophilie. -C'est une monstruosité à l'intérieure de l'Eglise, mais l'autorité religieuse coupable "se laisse asservir par sa propre maladie" et et "[devient] un instrument de Satan." C'est pas les prêtres, c'est Satan. -Il y a une kyrielle d'autres abus sur les mineurs, des "enfants soldats" aux "enfants avortés". -Les personnes abusées sont rancunières. Les personnes traumatisées ont "des blessures indélébiles, de l'amertume, des rancœurs et des tendances à l’autodestruction", voire à la "[vengeance] en faisant la même chose", en abusant à leur tour. -Il faut "perdre du temps dans l'écoute" pour guérir les victimes et se guérir soi-même. -Les abus de pouvoir sont la conséquences du pouvoir. C'est pourquoi je propose la diversion du cléricalisme pour ne plus tolérer les abus d'autorité. -Quelle [est] donc la “signification” existentielle de ce phénomène criminel? -Il faut "chercher à enrayer les abus très graves par des mesures disciplinaires et des procédures civiles et canoniques". Seulement les abus très graves et seulement "chercher à enrayer"? -Il faut agir à équidistance du "justicialisme" et de l'autodéfense." Cela dit, en positif: -Le pape donne une belle définition du mystère d'iniquité: le mal "s’acharne contre les plus fragiles parce qu’ils sont images de Jésus." -Rappel opportun de la condamnation par Jésus de la pédophilie (Mt 18, 6-7). -Il énonce un principe (sachant que Tartufe aussi avait des principes, et le pape François est vraiment mal entouré): "La configuration des pasteurs au Christ bon pasteur est un droit imprescriptible du peuple de Dieu." -Une belle motion: "Le courant vivifiant de la vie mystique demeure invisible. Il est certain que les événements décisifs de l’histoire du monde ont été essentiellement influencés par des âmes dont rien n’est dit dans les livres d’histoire. Et quelles sont les âmes que nous devrons remercier pour les événements décisifs de notre vie personnelle, c’est une chose que nous saurons seulement le jour où tout ce qui est caché sera manifesté »."

Henri Hude, le visionnaire des Gilets jaunes

J'écris ceci à Henri Hude en réponse à un commentaire qu'il veut bien poster sur mon mur Facebook suite au partage d'un de ses articles. Cher Monsieur, Vous ne pouvez pas vous en souvenir, mais à ma stupéfaction, c'est vous qui m'avez demandé en ami il y a quelques mois, sans doute parce que vous aviez repéré que je parlais de vous sur la toile. Je suis donc d'autant plus honoré et heureux de pouvoir vous dire en direct le bien que j'en disais de manière impersonnelle. Surtout que ce bien prend une résonnance particulière dans les circonstances actuelles que traverse notre pays. Je ne connaissais pas votre œuvre. Je savais que vous étiez bergsonien, tout au plus. (Un bergsonien peut-il être conservateur? Je vous pose cette question incidente sans croire que vous le soyez). Vous m'avez furieusement intéressé le jour où je vous ai entendu conseiller aux bourgeois sociétaux de "La manif pour tous" de faire la jonction avec les mélenchoniistes et les petits entrepreneurs. C'était beaucoup plus intelligent que le "front des populismes" que Jacques sapir ou moi-même conseillions à Jean-Luc Mélenchon en prêchant dans le désert, car l'antifascisme d'avant-guerre du tribun de la gauche était allergique à une telle jonction et préféra d'ailleurs faire élire un libéral en la personne d'Emmanuel Macron, que de s'allier avec une présumée fasciste qui avait le même programme que lui, excepté sur son impensé à lui, l'immigration, qui était son abcès de fixation à elle. Votre conseil était également beaucoup plus intelligent que le front des religions qu'a voulu réaliser "La manifpour tous" au nom de l'anthropologie. Le front des religions a fait long feu, et je suis encore horrifié de la manière dont a été utilisée puis jetée une femme à la croisée de son histoire comme était Farida Belghoul. Votre convergence à vous a aujourd'hui un nom: les Gilets jaunes. C'est parce que personne n'a voulu la faire qu'elle a débouché motu populare sur ce mouvement qui, faute de leader ou par excès de spontanéisme, risque d'accoucher d'une souris politique, c'est bien dommage.

lundi 25 février 2019

Alain Finkielkraut comme alibi

Absent de moi-même pendant près d'une semaine même si j'ai réussi à faire deux ou trois choses qui constituaient mon devoir d'état, je reviens à moi et je reviens chez moi parmi les miens. Devrais-je avouer mon absence à moi-même? Oui, car je crois qu'il faut vivre à nu à la face du monde pour retrouver le paradis perdu de l'innocence de l'âme qui se doit d'être narcissique. Or donc, reprenons la part qui nous incombe du déchiffrement de ce moment où la vie, notre vie semble individuellement et collectivement indissolublement vaciller sous nous et sous notre matière grise, sous notre intelligence qui ne doit pas se complaire de se détraquer, en ce moment où tout paraît se dérober à notre compréhension et où, après nous être méfiés des Gilets jaunes (je décris ici ma propre trajectoire), nous les avons trop adorés et menaçons à présent de les brûler pour crime d'antisémitisme, cette maladie infectieuse inflammatoire qui a mis le feu au monde il y a 70 ans. Qu'est-il arrivé à Alain Finkielkraut? Rien de plus, en définitive, que la seconde agression dont il a été victime après celle de "Nuit debout", avant-hier par des gauchistes un peu bobos qui n'aimaient pas le trait de cette plume qui ne les faisait pas reluire, hier par des vociférations de Gilets jaunes musulmans qui apportaient un peu violemment à la défensive très civilisée de son identité juive voulant mouler le destin d'Israël dans l'identité française, "identité malheureuse" écrivait-il d'une "France suicidée" disait Zemmour, que sont nos intellectuels devenus? La réponse, comment dire, du berger à la bergère. Alain Finkielkraut a réagi dignement, c'est-à-dire qu'il est resté stoïque sous les lazzi et n'a pas surjoué l'indignation. Il n'a pas crié comme certains jours mémorables à la télévision ou sur "France culture" sur le plateau de son émission envahi, il est resté silencieux comme un arbre qui a mieux pris racine dans sa matière humaine, peut-être parce que le cas était plus grave. Il n'a pas porté plainte. L'Etat s'est indigné pour lui. Le parquet a diligenté une enquête. Comme le souhaitait naguère BHL, toute une frange de France s'est levée pour lui, a marché pour lui, est descendue dans la rue pour protester contre l'antisémitisme. Indignation vertueuse contre un fléau qui a fait des ravages, mais indignation de nulle utilité, qui convaincra les convaincus que l'antisémitisme est un délit et les autres que c'est une opinion inhumaine quoiqu'humaine, car faisant partie de l'esprit humain qui produit des merveilles et des monstruosités. L'antisémitisme est une espèce de chancre venimeux et reptilien, souvenir de l'antique serpent. Je ne crois pas avec Baudelaire que la pire ruse du diable soit de nous faire croire qu'il n'existe pas. Je crois au contraire que, pour ruser avec lui et conjurer sa hantise, il ne faut pas l'invoquer, il ne faut pas incanter son nom, il faut faire comme s'il n'existait pas, non pour effacer le réel, mais pour échapper à l'emprise de notre ennemi, qui n'est celui-ci qu'à raison d'icelle. Contre l'antisémitisme, nous faisons tout le contraire et ce n'est pas d'aujourd'hui. Reste la question: pourquoi l'Etat s'est-il indigné à ce point pour Alain Finkielkraut? N'y voyons pas un hommage d'Emmanuel Macron à ce philosophe qu'il traitait il y a peu de commentateur, c'était pendant la campagne présidentielle. Alain Finkielkraut avait fini par démoder à son propre esprit le réflexe de penser contre soi-même. Donc la défense de Finkielkraut n'était pas en cause dans la marche qu'il ne fallait pas faire pour élever une protestation intérieure contre l'antisémitisme. Il s'agissait pour l'Etat de faire une vulgaire diversion: inspirer pour cause d'antisémitisme la haine des Gilets jaunes, c'était faire capoter leur révolution. C'était bien joué, on verra si le stratagème paiera. Pendant ce temps, les Gilets jaunes ne sombrent pas dans "la haine du désespoir" qui ne serait rien d'autre que l'espérance, mais sont renvoyés à leur désespoir, ce qui est le pire cul-de-sac où l'Etat pouvait cyniquement pousser cette jacquerie après l'avoir matée en l'énucléant. "Vous n'avez rien vu, vous n'avez rien senti, taisez-vous, recommencez à vous taire, reprenez vos bonnes habitudes, reprenons le cours de nos vies et de nos réformes et payons notre dette aux marchés. Gilets jaunes, retombez dans le désespoir d'où vous n'auriez jamais dû sortir. Vous avez eu tort de croire qu'on vous prenait au sérieux quand on s'amusait de votre langage de mal appris et de votre instruction civique biberonnant en une nuit tout Pierre-Yves Rougeyron, Etienne Chouard et François Asselineau. " Pas sûr que le corps social puisse supporter une Nième et si poignante piqûre de mépris! Notre vie individuelle et collective a tendance à vaciller sous nous. Mais nous avons une chance, c'est que le ressort qui menace de casser ne veut pas. Profitons-en, ça ne durera peut-être pas toujours.

jeudi 14 février 2019

Crever l'abcès de l'antisémitisme

IIl est difficile d’aborder sereinement le problème de l’antisémitisme, surtout si l’on s’efforce de dépassioner le sujet. Car l’antisémitisme, après avoir provoqué un traumatisme historique de portée métaphysique, la Shoah, relève tout à la fois du tabou social devenu infraction pénale et délit d’opinion, et de la névrose spirituelle. Commençons par elle. L’antisémitisme est la névrose spirituelle de celui, chrétien ou musulman, qui s’englue dans l’ingratitude vis-à-vis de son père dans la foi, et qui détourne contre celui-ci le commandement visant à honorer son père et sa mère pour avoir longue vie sur la terre, autrement dit pour que la religion qu’il a héritée ou fabriquée à partir de son héritage ait une longue renommée basée sur des racines sainement assumées. Ni les chrétiens ni les musulmans n’auraient jamais dûêtre antisémites, car le christianisme et l’islam sont deux histoires juives qui ont réussi sous des modalités auxquelles les juifs ne pensaient pas, ce qui a provoqué l’ire des pharisiens, car l’antichristianisme talmudique a précédé l’antisémitisme chrétien, c’est un fait historique avéré. Mais il faut aller plus loin : ou bien la Shoah est le golgotha du monde, ou bien elle est un génocide comme les autres, si l’on peut dire, en banalisant les génocides. Pour moi, elle est le Golgotha du monde, c’est-à-dire qu’elle souligne l’élection du peuple juif en général et de chaque juif en particulier, élection qui lui vaut des envieux, mais qu’elle configure aussi le peuple juif à l’histoire du Messie qu’il n’a pas reconnu, tant son messianisme de la défaite était étranger à l’idée qu’il se faisait d’un Messie sauvant temporellement le peuple et même le genre humain. Le messianisme du Christ sert de baseaux deux histoires juives qui ont réussi et que sont le christianisme et l’islam, qui dominent le monde d’aujourd’hui, la civilisation du premier semblant doucement sortir de l’histoire (mais le christianisme est anhistorique et acivilisationnel), et la civilisation islamique tendant à remplacer cette ruse de l’histoire qu’est la civilisation chrétienne, perspective terrifiante à bien des égards. Cela posé, la Shoah était-elle une catastrophe européenne ? Indéniablement oui. L’Europe a tué ses juifs dans un paroxysme d’antisémitisme dont on pourrait dire que les deux faces sont Hitler et Bernanos. Bernanos concédait bien que l’antisémitisme ne menait à rien en politique, mais ne pouvait s’en départir. Il concluait qu’Hitler avait déshonoré l’antisémitisme sans sauter le pas que l’antisémitisme avait déshonoré la politique européenne. Car les juifs participaient du même ethos et du même « monde d’hier » à l’effondrement duquel stefan Zweig refusa de survivre, et au redressement duquel les élites juives – hier un Emmanuel Levinas, aujourd’hui un Jacques Attali, un Alain Finkielkraut, un Alain Minc, un BHL (malgré ses excès de parti pris et même ses crimes de guerre), ont largement contribué. je n’ajoute pas un zemmour ou un Goldnadel à ma liste de redresseurs et je préfère ignorer Élisabeth Lévy. Non, Garry Gaspary, les membres de ces élites juives ne sont pas des idiots utiles du christianisme. Ou alors il faudrait nous dire (et votre réponse m’intéresse d’avance) comment se caractériserait l’être juif qui ne serait assujetti qu’à la spécificité de son apport dans le monde. Car il va sans dire que chacun ne vaut, outre sa dignité intrinsèque qui est l’affaire de sa conscience et doit lui attirer de bons traitements de la part de ses semblables, que par ce qu’il apporte à l’humanité, d’où l’insondable nécessité d’être utile, dont l’apparent défaut fait le vrai malheur des chômeurs et des dépressifs. Mais une question reste à élucider : quel est le caractère spécifiquement européen qui a permis la Shoah ? Le messianisme chrétien est un messianisme de la crucifixion du Messie, l’islam n’y croit pas. Le messianisme chrétien a donc sciemment, même sous une figure païenne, voulu crucifier le peuple qui lui a donné son Messie en n’étant pas insatisfait de se venger contre l’insulte que l’antichristianisme juif avait adressé à ce Messie et à la Vierge dans le Talmud, quand il accusait l’Immaculée d’avoir été engrossée par le soldat romain Pantera et traitait le Christ littéralement de « fils de pute ». La violence est réciproque : la jalousie face à l’usurpateur dans l’antichristianisme juif, l’ingratitude dans l’antisémitisme chrétien, qui a relégué les juifs dans les métiers usuraires avant de les envier quand ils gagnaient de l’argent. Pourquoi ne traite-t-on pas correctement de l’antisémitisme ? Parce que le tabou social nous fait soupçonner d’insincérité quand on en traite, mais surtout parce qu’on part d’un postulat faux : le juif n’est pas plus nécessairement innocent qu’il n’est nécessairement coupable. C’est un des aspects défectueux de la théorie de René Girard : le bouc émissaire est innocent en tant que victime, mais il peut avoir sa propre histoire ccoupable. L’affaire Dreyfus est emblématique de ce présupposé : on peut douter de l’innocence de dreyfus sans être antisémite. Et de même aujourd’hui, on peut trouver que le Likoud israélien fait de la mauvaise politique sans être antisémite. On peut même être antisioniste avec les juifs religieux de la première partie du XXème siècle et penser qu’Israël ne devait pas être arraché parle laïcisme juif aux promesses divines. On peut continuer de penser que l’existence d’Israël risque de rester pour de longs siècles un point névralgique dans ce coin du monde et ne pas voir comment la paix pourrait se faire du fait de son existence, qui réveille les vieilles guerres bibliques pour la possession de la terre. On peut craindre, en se référant aux temps bibliques, une guerre de huit cents ans. On peut, dans le même temps, accepter le fait accompli de l’existence d’Israël, non par pragmatisme, mais comme un fait providentiel, la Providence ayant permis que Ses promessent lui soient arrachées par les laïques, en signe de la responsabilité humaine dans la politique. Réfléchissant à la paix, on peut prendre acte du fait que la solution à deux États est une impasse et penser qu’un État binational, confié à deux autorités pour l’administration de leurs citoyens respectifs, reconnaissant l’une et l’autre la nécessité de la paix civile, est la solution d’avenir, ne serait-ce que parce que le cœur battant de Jérusalem est un quartier arabe, sur lequel Israël n’a pas de souveraineté, mais la Jordanie. Vous dites, cher Philippe, qu’il ne faut pas médiatiser les actes antisémites. Achille a raison : « Réduire l’information sur les comportements outranciers de certains individus qui n’hésitent plus désormais à afficher leur haine envers ceux qui ne partagent pas leurs délires, ce serait un peu comme regarder ailleurs lorsque la maison brûle. » BHL a eu le premier l’idée ahurissante et loufoque de ne pas publier le nom des terroristes sous prétexte qu’on leur donnerait « le quart d’heure de célébrité » en vue duquel ils agissaient, s’ils ne le faisaient pas pour entrer dans le paradis d’Allah avec ses houris à la virginité toujours renaissante. C’est un peu comme si l’on disait qu’il faudrait faire oublier le nom d’Hitler alors qu’on ne cesse de le faire remonter à la surface de la mémoire collective. Pourquoi trois fois par semaine à la télévision française, des programmes continuent-ils de nous entretenir de ce sinistre personnage alors qu’on fait obstinément l’impasse sur Polpot, Staline ou Paul Kagamé ? Il faut médiatiser le présent, mais il ne faut pas surmédiatiser le passé. Il est ignoble qu’on ait orné d’une croix gammée le portrait de Simone Veil et il faut médiatiser cette ignominie, car c’est assimiler la vie de celle qui fut déporté à ceux qui ont causé sa déportation. Dussé-je paraître me fendre de ma petite indignation vertueuse, c’est aussiimmonde que le fait, pour l’abbé Xavier Beauvais, curé de l’époque de Saint-Nicolas du chardonnet, de s’être entremis sur le trajet qui conduisait Simone Veil à l’Académie française en lui criant : « Repens-toi, Simone. Ton fauteuil sera entaché du sang des enfants qui n’ont pas vu le jour à cause de ta loi. » On ne devait pas faire porter le crime d’enfants non nés, un crime commis de tout temps, à une femme qui s’était contentée de le dépénaliser parce que la pénalisation n’y changeait rien et ne faisait qu’ajouter du mal au mal. En oubliant qu’elle n’était pas la seule signataire de la loi qui portait son nom même si Jacques chirac y était plutôt défavorable, on établissait le même parallèle douteux en suggérant que celle qui avait subi la déportation ne pouvait pas prendre sur elle de couvrir de son nom des avortements qui ne seraient plus pénalisés. On ne devait pas faire ce parallèle, mais on ne devait pas non plus faire de Simone Veil une icone de l’avortement en surmédiatisant l’héroïsme qui aurait été le sien de porter cette loi. Il n’y a pas d’héroïsme à légiférer sur le malheur et l’avortement n’aurait jamais dû devenir de confort. C’est pourquoi faire de Simone Veil notre nouvelle Marianne est une mauvaise idée. Simone Veil n’est pas une icone. Mon indignation n’est assortie d’aucune remarque de ce genre s’agissant du découpage de l’arbre planté en l’honneur d’Ilan Halimi. Cette recrudescence d’antisémitisme en pleine crise des Gilets jaunes est à me dégoûter, non de leurs revendications, mais de ne pas avoir fait suffisamment crédit à ma première idée lorsqu’est apparu ce mouvement, que la force dont ils étaient détenteurs à travers l’automobile qui les forçait symboliquement à posséder un gilet jaune, était potentiellement vecteur d’une violence qui devait inciter à la prudence face à ce nouveau poujadisme des classes moyennes prolétarisées. Publié sur le blog de Philippe Bilger au pied de l'article: "Marianne, Simone Veil et les antisémites": https://www.philippebilger.com/blog/2019/02/marianne-simone-veil-et-les-antis%C3%A9mites.html

lundi 11 février 2019

L'endocausalité

Je dois à Agnès Robert la découverte d’Emmanuel Ransford, à l’écoute duquel je rédige les quelques remarques qui suivent : https://www.youtube.com/watch?v=kS5SNQQ6V-8&feature=youtu.be&fbclid=IwAR1THQ_VovYZSStcC6VhPEEmWVJK8D-Mu0e-WMBMSN5VsjuLdfv5SHb8dTY 1. "Einstein avait une sensibilité relativiste." Il disait: "Dites -moi en quel Dieu vous croyez et je vous dirai si j'y crois." 2. Emmanuel Ransford oppose la recherche idéologique, qui évalue les hypothèses émises à propos de la vérité selon des critères esthétiques (elles me plaisent ou elles ne me plaisent pas), et la recherche scientifique, qui dissocient l'analyse des hypothèses du plaisir qu'elles me font. C'est bien une idée de quantiste, pour qui la vérité est quantitative et non qualitative, n'est donc pas relative au beau, comme elle est considérée par la philosophie classique, qui conditionne mutuellement le bien, le beau et le vrai aux deux autres valeurs et qui en cela est relativiste sans le savoir, puisque la vérité est en relation avec la beauté et la bonté. 3. L'holomatière: le P. Gustave Martelet faisait une hypothèse qui ne s'éloignait pas beaucoup de celle d'Emmanuel Ransford. Son hypothèse était que l'esprit ne faisait pas l'objet d'une localisation cérébrale et que son contraire était la mort. Gustave Martelet ne parlait pas d'immortalité de l'âme, mais d'amortalité de l'esprit. La formule est de moi, mais résume assez bien sa pensée, me semble-t-il. Or pour Martelet, l'esprit l'emporte sur la mort, parce que ou bien qu'il ne soit pas de la même nature. 4. Lesprit dans la pensée du P. Martelet me paraît jouer le rôle de l'andocausalité dans la pensée d'Emmanuel Ransford. L'andocausalité, c'est l'esprit ou l'autocréation. Un corps est soumis au déterminisme exocausal et à une andocausalité qui le rend capable de faire des choix et de provoquer de l'aléatoire. L'exocausalité déterministe pourrait être assimilée aux lois de la nature. L'andocausalité aléatoire pourrait être assimilée à la réponse psychique de tout corps aux lois de la nature, l'holomatière étant l'ensemble formé par l'exocausalité (le déterminisme extérieur) et l'andocausalité (l'esprit, ou l'indéterminé intérieur). Par conséquent, il peut y avoir une andocausalité miraculeuse même si celle-ci ne peut pas jouer à tous les coups. Or le miracle est l'exception qui confirme la règle à laquelle la science se rend aveugle parce que sa cause fait partie de l'invisible et que la règle est inconnue. Même s'il ne vise pas à proprement parler le miracle, Emmanuel Ransford dit que l'essentiel de l'observable étant invisible pour la science, la science doit s'ouvrir à l'invisible. 5. Une idée que j'aime beaucoup dans la pensée de Teilhard dont Gustave Martelet était un disciple est que Dieu a tellement aimé la nature qu'Il a créée qu'Il a laissé la liberté aux lois de la nature. C'est pourquoi la grâce ne contrarie pas ou ne supplante pas la nature, mais lui sous-intervient ou lui sous-vient quand elle doit soustraire un autre élément qu'elle aime à l'irrévocabilité de ses lois. Mais la grâce agit aussi de manière andocausale à celui qui en bénéficie, qui doit appeler cet amour pour que cet amour s'impose à lui comme sa voie de guérison. 6. Paradoxe: le déterminisme exocausale se pare des apprêts de l'immanence, il est transcendant au corps qu'il détermine, mais est ondulatoire, tandis que le psychisme andocausal aléatoire est corpusculaire. Or dans leur être-perçu, le déterminisme nous paraît transcendant et le psychisme nous paraît immanent et loin du corps, car il a un goût de liberté. Le psychisme est du libre arbitre andocausal, qui peut être inconscient, car l'esprit ne se confond pas avec la conscience.

EUX ET NOUS

Analyse de l’incendie de l’immeuble parisien par une malade psychique, analyse motivée par un billet de Philippe Bilger sur le sujet. ô fou, mon semblable, ô pariat, mon frère! "Dans notre existence sociale, [...] des SDF parfois agressifs, des solitaires parlant très fort tout seuls, criant des propos incohérents pour nous..." Et pourtant c'est pour nous qu'ils parlent, dans l'espoir d'une écoute, où quelqu'un dise: "Ton délire n'est qu'une autre logique, rejetée parce que moins sociale, moins partagée, mais la société qui rejette ton déléire ne se montre pas sociable envers toi." D'ailleurs, faut-il établir un fossé entre Eux et Nous? Je me connais trop bien pour savoir que je suis aussi un des leurs et qu'entre la case liberté et la case prison, il n'y a que le passage à l'acte, mais qu'"on tue toujours ce que l'on aime" (Oscar Wilde), au quotidien, dans le combat dégénéré entre ero et Thanatos où nos amours sont inscrits contre notre gré, l'homme sublimant la femme puis la baffouant, la conquérant par galanterie, aimant qu'elle domine dans son lit, avant de trouver tout naturel que le couple soit plus centré sur lui que sur elle, que la femme soit sa compagne plus qu'il n'est son compagnon et de perpétuer le modèle patriarcal. Eux et nous. René Girard disait de la schizophrénie qu'elle était un jeu de rôles où l'accompagnant soi-disant saint d'un soi-disant patient peut rendre l'autre malade, par le jeu de leur rivalité mimétique, l'un et l'autre étant enfermés dans leurs rôles respectifs. Georges Canghilem se demandait quel était le seuil du normal et du pathologique. J'ai essayé delire ce livre sans être convaincu que le médecin ait répondu à sa propre question. On a souvent retenu la définition de la santé qu'il citait pour la critiquer, et quqi est de René Leriche: "La santé, c'est le silence des organes" dans une sorrte de paix du corps. Eux et nous. Notre "rationalité" trop "hératique"trace cette frontière qui ne résiste pas à l'analyse, même si le relativisme qui consiste à dire que nous sommes "tous malades" se trompe d'une autre manière. La psychiatrie est-elle en déshérence? On l'entend dire. Mes observations ne le vérifient pas quant au manque de moyens. J'ai vu des hôpitaux servir de sas de vacances pour des malades qui avaient besoin de reprendre haleine. La psychiatrie souffre d'être sectorielle et de mélanger tes pathologies parfois incompatibles dans une "nef des fous" ou une "cour des miracles". Le cas le plus incroyable que j'aie vu, dans un hôpital parisien, faisait des handicapés mentaux travaillant dans un ESAT servir le café aux malades psychiques internés là et qui pouvaient être violents. Faute de place comme vous le dites, les autistes trouvent souvent refuge dans les hôpitaux psychiatriques. Autre malaise de la psychiatrie: les psychiatres donnent des solutions chimiques immédiates aux symptômes actuels de malades dont ils ne cherchent pas les origines du mal-être.Souvent parce que, la psychanalyse s'étant plantée, on la récuse en bloc et les psychiatres veulent être des comportementalistes. Les psychiatres apposent une étiquette sur un malade et le condamnent à vie à être soulagés pour telle maladie réputée incurable. Il est pourtant vrai qu'"on ne guérit pas les malades mentaux", comme l'affirmait une aide soignante prénommée Virginie aux "Grandes gueulles" scandalisées de RMC. Quelle est la responsabilité d'Essia b? Avoir mélangé l'alcool et les médicaments en se sachant dangereuse et pyromane. Mais sans doute appartenait-elle au grand nombre des malades qui nient leur maladie pour ne pas basculer du côté du "eux" et rester dans un "nous" acceptable, avec ses disputes et ses querelles de voisinage qui dans son cas dégénéraient et cette fois tragiquement. Essia B est responsable de sa désinvolture. La psychiatrie est une médecine balbutiante. Le temps n'est pas loin où l'alcoologie disait aux alcooliques:"Arrête de boire et ton problème d'alcool sera réglé." Il y avait quelque chose d'inhumain dans cette prescription abrupte, même si le pari de l'ascèse et de la privation pouvait se révéler métaphysiquement intéressant, car il faisait entrer les abstèmes dans une communauté d'amputés ou de privés de quelque chose, qui devaient marcher sans pansement avec leur gouffre intérieur à vif; et il y a une très grande solidarité entre ceux qui souffrent d'une fragilité psychique, beaucoup plus qu'entre les handicapés souffrant d'une déficience physique. Il y a une très grande solidarité entre les schizophrènes tandis que les aveugles se tirent dans les pattes. En outre, on s'aperçoit souvent qu'on n'avait pas besoin de ce à quoi on a fait des mains et des pieds pour ne pas renoncer, comme Swann s'aperçut qu'il s'était amouraché en Odette de quelqu'un qui n'était pas son genre. L'abandon est de tous les temps. "Au nom de ceux qu'on abandonne, il est temps de vivre d'amour", ai-je écrit il y a vingt ans dans un cantique que je n'arrive pas à rendre populaire. Le récit typique de l'abandon me semble être celui de l'infirme de Bethesda que Jésus plonge dans une piscine où il se rend journellement depuis trente-huit ans sans que personne l'aide à y entrer. Nous avons compassion des malheureux, mais nous leur tendons rarement la main. Nous nous justifions de notre inaction par notre compassion qui n'est pas morte en nous. Nous croyons aimer parce que nous aimons aimer.

Les xénophobes ou le moment populiste

J’écoute « radio courtoisie » en coupant ma barbe. Alain de Benoist est l’invité de l’émission. Il est visiblement tombé malade. Je ne sais plus qui parlait du « vieillissement d’Alain de Benoist » dont profiterait François Bousquet, ce doit être Soral. Je ne sais plus non plus quelle vieille dame disait dans un reportage de Vincent Lapierre disponible sur son site ou sur une vidéo youtube où je l’ai écoutée (car j’écoute ce genre de vidéos quand je n’arrive pas à dormir ou quand je m’ennuie) : « Jean-Marie Le Pen est à l’article de la mort, car il a une mauvaise grippe à 90 ans. » C’est bien possible. Tout un pan de la pensée nationaliste française est en train de passer l’arme à gauche, pendant que Marine Le Pen et les néofascistes italiens veulent faire ami-ami avec Netanyahou. Mais qu’ai-je affaire avec les néofascistes italiens ? Pourquoi ai-je toujours frayé avec les intellectuels infréquentables, au moins intellectuellement ? Parce que, comme moi, ce sont des pariats. « Honneur aux pariats » disait Baudelaire. Des pariats et des tueurs. M’intéresser aux intellectuels infréquentables m’a peut-être permis de canaliser ma force meurtrière, celle-là même que mon frère Gile a mise en évidence en moi, un de ses producteurs lui ayant dit que j’avais la même puissance que Depardieu, raison pour laquelle, ayant tourné avec ledit Gérard, il avait refusé dem’adresser la parole aumariage demon frère, car il avait senti cette puissance,en appréciait la densité, mais la trouvait trop épuisante pour conférer avec deux personnes qui en étaient dotées. Depardieu au moins savait quoi faire de son talent,pas moi. Pourquoi les types d’extrême droite détestent-ils tout le monde ? Ils détestent les juifs, les musulmans, et ce n’est pas seulement parce qu’ils désignent leur ennemi politique, il y a une détestation physique, affective, un racisme plus fort que la simple xénophobie politique, la xénophobie ayant été durant des siècles le paradigme ordinaire de la politique. Bernanos était antisémite, mais islamophile, dans la ligne de Soral et même du vrai Le Pen, du Le Pen le plus profond à moins qu’il ait torturé comme on l’en a accusé. Je n’aime pas le nazisme de Soral que je crois n’être pas fantasmé. Mais je trouve son islamophilie antisémite plus honnête que l’antisémitisme islamophobe ou national-sioniste dans lequel la parricide fille de Le Pen s’engage par opportunisme. L’idée schmittienne selon laquelle il faut désigner son ennemi peut-elle être mise en œuvre sans l’aspect affectif qu’est la haine politique ? « Il y a un temps pour tuer et un temps pour guérir », dit l’Ecclésiaste. Le monde de l’Après-guerre correspondait au temps de la réparation. Pourquoi le moment populiste nous refait-il entrer dans le « temps pour tuer » ? Peut-être parce que le « temps pour guérir » du monde d’Après-guerre a eu trop peur du peuple pour ne pas éviter le seul aspect positif du moment populiste qu’est la démocratie directe. Le moment populiste est potentiellement meurtrier sous couvert de démocratie directe. Pouvons-nousencore imposer la démocratie directe en préservant le monde de l’hostilité politique contenue dans le populisme meurtrier ? L’autre erreur du « temps pour guérir » qu’était le monde d’après-guerre consistait dans la volonté de la société ouverte de guérir en polarisant. Il y aurait moins de racisme s’il n’y avait pas d’antiracisme, si le racisme était considéré comme un délit d’opinion et non comme une opinion inhumaine quoiqu’humaine. Polariser, c’est diviser pour régner et désigner les pôles, c’est désigner les futurs adversaires. Les tenants de la société ouverte n’auraient jamais dû transformer la démocratie, régime de la majorité, en lutte des minorités, substitut de la lutte des classes, lutte économique naturelle qui n’avait pas non plus vocation àêtre transférée en politique pour perdre lematérialisme marxiste athée, l’autre élément destinéà faire une impasse de son application politique étant que cette philosophie de l’histoire était sans âme.