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vendredi 11 septembre 2026

Le 11 septembre et moi

"Où étiez-vous le 11 septembre?" Cette question résonne depuis ce traumatisme dans tous les médias, et elle pourrait s'étendre à tous les attentats.

Le soir de l'attentat du Bataclan, je m'apprêtais à déménager de Lille à Mulhouse; je n'avais presque rien préparé et je me trouvais avachi sur mon lit de la résidence universitaire Georges Lefebvre à Lille-Grand Palais à peu près dans l'état d'un comateux sur une civière. Ces attentats m'ont réveillé par leur horreur. Mon frère habitait près de la Bastille et j'ai craint pour sa vie et celle de ma belle-soeur, car les balles sifflaient non loin de là où ils habitaient.

Je ne me souviens pas de ce que je faisais le jour de l'attentat de "Charlie hebdo", mai je me souviens de ma réprobation lorsque l'abbé Guillaume de Tanouarn, du blog de qui j'étais un des principaux commentateurs, lui-même réagissant à chaud, se trouva tout à coup des connivences inattendues avec ces dessinateurs morts en martyrs, à laquelle je mempressai de protester en disant qu'ils étaient morts en responsabilité, c'est-à-dire en véritables martyrs, donc en témoins, mais en témoins responsables, non en martyrs d'une violence aveugle, ce que sont par comparaison des professeurs comme Samuel Pati ou Dominique Bernard.

Je n'ai pas apprécié le semblant d'union nationale fabriquée le dimanche suivant, où Renaud embrassa un flic et où BenyaminNetanyahou nous expliquait la main sur le coeur qu'il réprouvait tellement ces attentats qu'il n'avait pu se retenir de se déplacer dans cette démonstration d'union sacrée mondiale, avant qu'on ne découvre que, mis au courant des massacres du 7 octobre, il se préparait à mettre en oeuvre moins de dix ans plus tard la théorie officieuse du 11 septembre, selon laquelle un gouvernant pourrait laisser se perpétrer un "massacre préventif" pour se donner le loisir d'intervenir et selon quel calendrier de l'horreur! La riposte onze-septembriste de Netanayahou à Gaza détruirait des hôpitaux, couperait l'eau pour déshydrater une population entière et donnerait prétexte à Donald Trump, le mythomane du 11 septembre, qu'il avait vu de son appartement, à moins qu'il n'ait prêté main forte aux secours ou assisté à la chute du second avion, pour proposer qu'on fasse une Riviera de Gaza, comme si on pouvait mettre Auschwitz à Saint-Tropez!

Je me souviens de la sidération de Paris au lendemain des attentats de "Charlie". On se taisait dans le métro comme dans une tombe. Je ne comprenais pas ce silence sépulcral.

Je me souviens de même de n'avoir pas approuvé ni participé à la désappropriation identitaire du "Je suis Charlie" où des Français sans référence essayaient de faire comme s'ils avaient été Berlinois ou comme s'ils avaient tous été des juifs allemands à l'exemple de "Dany le rouge". et ils reniaient fallacieusement leur ipséité pour pleurer à raison la mort de journalistes qui avaient été à tort non pas même des anarchistes ou des anticléricaux, mais des précurseurs du "nihilisme européen" pleurés par d'autres nihilistes, les laïcistes, ou par des identitaires qui récupéraient leur mémoire et les uns et les autres ne s'en trouvaient pas mal. Il était loin, le temps où l'extrême droite française disait de "Charlie hebdo" que c'était un torche-cul.

Mais quant au 11 septembre, Où étais-je donc? Sur mon balcon de l'hôtel Terrasse à Lisieux où j'écrivais un commentaire improvisé du cantique de Zacharie, lisais "le Partage de midi" et achevais mon approfondissement toponymique des "Manuscrits autobiographiques" de sainte Thérèse de Lisieux. J'allais descendre pour emprunter le taxi qui me mènerait aux Buissonnets, la maison de son enfance, quand j'entends parler de cette déflagration. Et soudain me saisit une joie mauvaise: "ah ça! Ces Américains qui se croyaient invincibles et qui voient tomber sous leurs yeux le Temple du Capital! La preuve qu'on ne peut décidément pas aimer en même temps Dieu et Mammon!" Ma joie mauvaise fut tempérée par le souvenir que mon frère, lui encore, devait se produire le lendemain à proximité des Tween towers et l'espérance qu'il ne fût pas arrivé en avance ni tombé dans un mauvais pas. Où l'on voit qu'en dehors de ce détour familial, j'étais loin du deuil international qui faisait de la chute des Tween towers un scandale absolu comme de l'esprit d'enfance qui fit la gloire de sainte Thérèse dans la ville de qui je pérégrinais pour mieux comprendre celle qui, selon Bernanos qui n'en était qu'à demi-fan, fut la meilleure des "marraines de guerre" fût-ce à titre postume, institution consolatrice instaurées par le maréchal Pétain du temps où il était le "héros de Verdun".

Les attentats du 11septembre ont prétendu servir de matrice à une reconfiguration du monde dont les États-Unis profitèrent pour étendre la logique qui les avait soi-disant entraînés dans la première guerre du golfe jusqu'à l'Afghanistan et à une seconde attaque en Irak qui alla jusqu'à la capture et à la pendaison de Saddam Hussein, qui avait été leur allié contre le régime des mollahs. Je me doutais de l'extension du domaine de la lutte des impériaux, fus absolument imperméable à toutes les théories du complot qui prétendaient que l'état-major américain avai organisé ce sursaut de conscience nationale pour massacrer les terres de l'obscurantisme islamiste. Je le demeure à l'égard de cet événement historique, sans prétendre que ma réaction spontanée, mon aversion pour ces théories qui me semblent oiseuses ou pour tout dire mon opinion ait le moindre fondement scientifique qui puisse les avérer. Mon anticomplotisme spontané au regard du 11 septembre ressemble à mon aversion esthétique pour la théorie de l'évolution.

La riposte américaine fut une exacerbation de la théorie de REné Girard, la ligue du monde entier contre un tiers exclu, la "Guerre contre le terrorisme". elle a fait long feu et la preuve qu'il n'y a jamais eu de cessez-le-feu, cest qu'aujourd'hui, Trump et Netanyahou s'entendent comme larrons délirants en foire d'empoigne pour livrer des guerres aveugles contre des régimes qui valent encore moins que les leurs, mais qui ne méritent pas l'opprobre à laquelle sont vouées les populations civiles des pays agressés.

Qu'ai-je fait en ce vingt-cinquième anniversaire du 11 septembre? J'ai accompagné deux enterrements d'honnêtes gens et j'aime mieux ça que d'avoir perdu mon esprit d'enfance dans un hôtel de Lisieux pour fêter la chute des Tween towers. 

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