(Suite du dialogue entre lle torrentiel et un Croissant de lune, partie IV? chronique 13)
Envoyé par le Croissant de lune, le 20 février 2011 à 17h27
Bonsoir Torrentiel.
Nous sommes le dimanche 13 février.
Il m'a plu d'entendre le sheik El-Carathaoui, savant des savants, guide de la Nation, Charger les faux savants, les ignorants stipendiés, qui ont rendu par fraude et forfait, des sentences déplorables, eu égard aux jeunes égyptiens, qui se sont levés pour la justice et la liberté. Ils les ont blâmé, anathématisé et rendus hérétiques et rebels. Tels chiens lamentables, se sont fendus de considérations selon lesquelles on ne doit pas sortir contre le roi du temps, quand bien même on flagellerait ton dos et qu'on saisirait et volerait tes biens! Certains dos seraient meilleurs à flageller que d'autres. Dieu veuille qu'un jour, la justice atteigne ces imposteurs et fraudeurs!
Une chose a retenu mon attention, et m'a attristé. Le sheik répondait à maintes questions, se rapportant aux grands faits de l'égypte longue. Concernant les Coptes, il s'est réjoui d'une modeste participation, nonobstant la défense du patriarche Baba Chnouda. Ce patriarche, semble vraiment associé au régime ancien, puisqu'il avait très délibérément invité ses fidèles, à porter leurs sufrages électoraux au bénéfice de la candidature projetée de Jamel Moubarak. Pas possible! En fait, c'est même plus compliqué que ça. Le patriarche tenait pour le régime, contre tout changement. Quand survinrent les évènements, il défendit aux Coptes d'y participer. Il ne fut pas complètement suivi et, les jours passant, leur participation est devenue plus forte, au point que des prêtres saluaient les cortèges passant devant les églises. Quand il fut question, sur la Jézira, de cette défense du patriarche, il y eut des Coptes qui se livrèrent à d'obscurs et spécieux raisonnements, arguant qu'on n'aura pas bien interprété ou compris les volontés du patriarche. On en garde la désagréable impression, d'une église réellement alliée de l'ancien régime, assez habile et dissimulée, pour jouer sur tous les tableaux! La Jézira eut la courtoisie, dans un esprit de concorde, de souligner, d'exagérer les participations Chrétiennes, bon, ça laisse rêveur. Il n'y eut pas de savants Musulmans égyptiens qui s'exprima contre le mouvement. Certains l'ont aprouvé, et se sont montré, certains jours sur la grande place, d'autres ont gardé un silence prudent. Ce sont des savants hors d'égypte, qui ont lamentablement ferraillé contre le mouvement, mais sans succès! Et dans le même temps, le patriarche y était clairement hostile, avec du succès, hélas! Dans ces conditions, devant une église partisanne et partiale, pourquoi douter à priorie de la véracité des rumeurs qui courent sur l'existence de milices factieuses? Les problèmes inter-communautaires, en égypte, semblent s'être accrus, depuis la venue de ce patriarche en 2002. Si on aboutit à une démocratie authentique et multi-partiste, il va falloir, sans verser dans un régime de laïcité sèche, faire défense au patriarche comme aux savants, d'interférer et de se prononcer en matière électorale.
Tout n'est pas fini, dans l'égypte longue, la révolution n'a pas définitivement gagné la partie, étant réversible, comme toute révolution. On voit en effet que le tyran et sa femme restent magnifiquement hébergés dans la résidence présidentielle luxueuse de Charm-el-Sheik, sans être pour l'instant inquiétés outre mesure. Le plus grave est que l'ancien chef des renseignements reste et demeure au palais du Caire, et j'ignore, en fait, s'il est même démis de ses responsabilités et charges. Or, c'était l'homme le plus fort et déterminant du régime, celui qui fit, entr'autres forfaits, le ruineux contrat gazier. Ces gens et personnages, sont-ils seulement gardés à vue et surveillés? Dans l'état actuel des choses, une restauration du régime n'est pas matériellement et humainement impossible.
L'ennemi tente d'inter-agir. Il s'est dit que l'état Sioniste prétend insister, pour que le nouveau régime, quels que soient à l'avenir les choix du peuple, se contraigne à garder le traité! En fait, il s'est dit que l'ennemi souhaite que l'Armée joue en égypte un rôle équivalent à ce qu'il en est, ou ce qu'il en fut en Turquie, avec un rôle politique limitatif des choix populaires et civils. Autrement dit, pour leur plaire, si à l'avenir, un gouvernement déclarait vouloir rompre le traité, l'armée devrait interférer d'une manière ou d'une autre, pour le garantir. Or, il y a à cela, maintes objections de faisabilité. C'est que l'Armée Turque, héritière de l'ordre des Janissaires, a contracté depuis longtemps une tradition d'ingérance et intervention politique. Elle s'imposait au Sultan, elle s'est souvent imposé au pouvoir civil et à l'expression populaire, quoique de moins en moins! En égypte, il en va autrement! En 1952, la révolution de juillet fut d'abord l'oeuvre des Officiers Libres, conduit par le héros et martyr, Jamel Abd-El-Nasser. Le peuple s'y joignit, dès les débuts, la fortifia de manifestations et d'émeutes nombreuses, de mouvements sociaux et grèves serrées et profondes. Cette fois-ci, le peuple a pris l'initiative, l'Armée s'est jointe à lui. Donc, on peut parier qu'un esprit nouveau, de vertu, de patriotisme et d'Arabisme, imprègne les officiers, comme toute l'égypte. Dans ces conditions, si les plus hauts officiers, mis devant l'alternative, s'avisaient d'intervenir, pour garder le traité, contre l'aveu du peuple, ils auraient à craindre la désobéissance de tels ou tels officiers de base. Or, dans une institution militaire, une situation de rébellion a des chances de faire rapidement tâche d'huile. La seule possibilité, dans l'immédiat, ce serait la recherche d'un consensus, qui serait de garder le traité, avec une lecture minimaliste et littérale, ce qui, en soit, pourrait s'avérer suffisant! En fait, une lecture minimaliste ravalerait le traité au rang de simple cessé-le-feu. La lettre, si on le veut, peut prévaloir sur l'esprit. Ainsi, par exemple, si le traité prévoit, littéralement, une coopération économique, on peut très bien se débrouiller pour que ce ne soit que de l'encre sur du papier! Qu'à cela ne tienne, coopération possible, mais inexistante en pratique!
D'abord, j'ignore si vraiment, des clauses secrètes s'y trouvent jointes. En ce cas, étant secrètes, elles ne sont pas opposables en droit. Dans cette perspective, la lecture minimaliste permet de lever le blocus égyptien de Ghaza et de rompre le siège, de cesser, bien sûr, l'ignoble contrat gazier, et même, dit-on, rien n'oblige l'égypte à réprimer des entreprises de volontaires. En fait, stricto sensus, des structures militaires de volontaires pourraient très bien être mises sur pied, sans que le gouvernement égyptien soit en droit, selon la lettre du traité, tenu ou contraint de s'y opposer. Or, la prochaine guerre, semble-t-il, sera une guerre principalement de volontaires. Au demeurant, l'ennemi pourrait bien être tenté de rompre lui-même le traité, pendant la période fragile de transition. Beaucoup d'incertitudes. Nous aurons à revenir là-dessus.
Lundi 14 février, France-Culture n'en a que pour l'égypte, après l'avoir si bien boudée. La pouf, qui met l'héroïsme à distance, comme un objet d'étude éloigné, a développé des raisonnements laborieux et spécieux! Pour elle, les égyptiens, seraient des post-Musulmans, du fait, paradoxalement, de la vague de renouveau religieux. Autrement dit, elle reconnaît, en d'autres termes, que l'Islam est si preignant, qu'il est devenu ordinaire. Mieux encore, l'Islamisme serait "post", devenu ordinaire, et donc pour elle, ramené à la mesure de la tiédeur de sa personne. Ses tentatives sont afligeantes, les faits sont trop grands, trop élevés, pour être encore accessibles à son esprit, elle qui veut, que tout le monde soit partout pareil, post-quelque chose, et bien tiédasse. Désolé, mais ça lui échappe peut-être, l'héroïsme Musulman est plus que jamais en action et en vigueur! Son âme vile et mercenaire, cousue de Sionisme, se félicite de l'absence de slogans hostiles à l'Amérique et Israël. Elle semble méconnaître quelque chose qui s'apelle "tactique"! Ces masses de gens seraient pour elles, tous, dans un processus d'individuation. Bon. Rien que du fait, selon elle, si j'ai bien compris, de maîtriser l'outil informatique, moins répandu qu'on ne le dit, d'ailleurs. Individuation? Enfin, il me semble qu'on a vu un peuple solidaire, même quand sifflent les balles, comme cousu dans une même peau, ayant la même chair. Ces gens se sont aimés, tous, se sont serré les uns contre les autres, ont vibré, tout comme si cette foule, cette nation, n'était plus qu'un seul être, un seul individu. Au sens propre du mot, le peuple d'égypte, est ce qui répond le mieux à la notion de "corps social". Quand l'un tombait, fauché d'une balle, ses voisins ne prenaient pas la fuite, mais tentaient de lui porter secours, le transportaient vers une antenne sanitaire faite de bénévoles volontaires. Elle a décidément le parti pris de voir l'humanité entière comme un ensemble d'individus dissociés, donc c'est une partisanne du non-sens! Partisanne et promotrice du non-sens, qu'elle dit constater partout, et qui la remplit de satisfaction. C'est pas vraiement, ce qui triomphe en égypte, ne lui en déplaise.
Mardi midi, après avoir passé la matinée à produire du pain de farine, je vais déjeuner dans la cuisine. Ma France est partie promener son petit-fils, que nous avons chez nous, sa mère étant enceinte de jumelles, tout proche du terme. Ils ont déjeuné avant moi, j'ai mon assiette à réchauffer, en célibataire. Pendant que je me restaure, France-Bleu Normandie, interview d'un certain Jean-Paul Belevoye, qui est je crois, médiateur de la république et président du Conseil économique Social et Environnemental. Cet homme me plaît vraiment, il se dit lui-même Gaulliste social. Qu'en penses-tu? Aurait-il quelques chances, si d'aventure, l'idée lui venait de prendre en main les destinées de la France? C'est que vraiment, dans l'état actuel où nous sommes, la France a besoin d'un nouveau candidat, un homme de l'heure. La France a d'urgence, besoin d'un homme, qui mieux que tout autre, soit l'homme exact, l'homme attendu. Nous attendons celui qui sait comment parler et comment se taire, comment se lever et comment s'asseoir. Où est-il? Pries Dieu avec moi, Torrentiel, qu'il envoie, au secour de la France, l'homme capable de la revivifier et lui rendre les forces. Pries, et suscites-le dans ton esprit, puisqu'à force de l'espérer, je crois que nous le ferons exister. Ne te laisses pas imprégner par aucun défaitisme, fortifie ta patrie, par ta foi et ton espérance. La France est grande, elle mérite beaucoup plus que l'étalage de nains et d'incapables, à la parole creuse. Leur vide doit être rempli par celui qui ne prononcera que des paroles sensées! Veuilles-le, ne te résigne pas, de sorte que tes voeux s'accomplissent.
Mercredi. Les chiffres de l'économie égyptienne continuent de tomber. L'évasion fiscale s'élèverait à 5 milliards de dolards par an! J'ai appris, stupéfait, que lors de la vague de privatisation, les entreprises et biens publics, ont été vendus au centième de leur valeur! On dit même qu'une usine, un site industriel, vendu à ce prix dérisoire, revenait moins cher que le terrain. Ainsi, on pouvait très bien faire faillite, puis vendre le terrain, comme bien immobilier, l'opération était fructueuse! On apprend aussi que les accords de libre-échange Euro-Méditerranéens, conclu entre l'Union et chacun des pays concernés séparément, seraient frauduleusement déséquilibrés, en faveur de l'Union! J'avais déjà entendu parler de ça, il y a bien des années, ces accords, dont j'ignore le détail, ont fait l'objet de vives critiques, de la part d'O-N-G Européennes! C'est qu'en fait, la tyrannie, l'autocratie, dispose à l'incompétence, à l'incurie, mais qu'en plus, dans ces négociations, le tyran corrompu, signe ce qu'on veut, pourvu qu'il y trouve son compte! Comment fera-t-on maintenant? Il semble évident, que ces accords doivent être révisés, mais pour le passé? En toute logique, si l'Union, qui fatigue le monde, avec ses principes et valeurs, de démocratie et bonne gouvernance, s'il s'avère que l'Union a frauduleusement abusé de l'incurie politique de nos pays, en toute justice, des demandes de réparation seraient fondées en droit! Voilà le genre de choses dont nous parlons peu, tant est bafoué, notre orgueil Arabe. Convenons humblement, que le régime Arabe, n'est dans son ensemble, qu'un assortiment de maffias criminelles. Nous sommes bien fautifs de notre trop longue patience, trop longtemps nous avons oublié et refoulé comme inconcevable, le principe du combat sacré, que Dieu nous enseigne! Nous avons trop longtemps cessé de croire en nous-mêmes et renié notre grandeur. Notre abaissement est tel, que n'importe qui nous foule aux pieds, sur son passage! Vois, ami Torrentiel, l'accumulation des offenses qu'on nous fit, presque toujours sans conséquence, sans en payer le prix!
Restons encore dans la matière économique. Qu'en sera-t-il des trésors perdus? Doit-on croire les Occidentaux, quand ils parlent de rendre les biens volés? C'est que ces prédations sont immenses! La fortune de la famille présidentielle égyptienne déchue est certes considérable, mais que doit être la fortune du roi d'Arabie et de son entourage? Ces pillages et prédations sont tellement immenses, qu'ils représentent une part non négligeable des ressources Occidentales. Or, l'Occident a déjà pris le pli et l'habitude de confisquer et geler les biens d'autrui, pourvu qu'il trouve un prétexte quelconque! Ce qui fut soustrait d'égypte, s'il était rendu, suffirait à couvrir la presque totalité de sa dette. Pourtant, quoi qu'il arrive, j'entrevois qu'un mouvement puissant, dans les milieux de nos marchands et hommes d'affaires vienne favoriser l'égypte. C'est que l'égypte est notre clé, son relèvement précède le nôtre, comme son abaissement nous précipite très bas! La Nation viendra au secours de l'égypte longue, dans son propre intérêt. C'est l'égypte, qui doit nous montrer des voies et exemples, être notre moteur et locomotive. Car tous nos marchands ne sont pas voleurs, nos prêteurs ne sont pas tous usuriers! La Nation recèle encore une ressource économique et financière, encore patriotiques et Islamo-compatibles! Cette ressource, d'ailleurs, gagne du terrain et s'étend. Il ne faut pas tenir pour rien, le phénomène de grande échelle, qu'"est le renouveau, la renaissance Islamique, qui n'est pas, loin s'en faut, qu'un phénomène populaire au sens plébéien du mot! Il n'est que jusques aux gouvernants eux-mêmes, dont la sphère est gagnée par le phénomène, comme en témoigne le personnage très singulier de l'émir actuel du Cathare! Je présume qu'il n'est pas tout à fait seul, sur cette ligne, et que dans la presqu'île Arabique, d'autres sont susceptibles de le rejoindre et accompagner! Les perspectives égyptiennes sont innombrables, desquelles les solutions urgentes ne doivent pas être exclues! C'est le moment le plus opportun, semblerait-il, pour donner corps et existence, au principe de l'effort sacré, autrement dit, le travail volontaire. Rien n'empêche nos marchands et financiers vertueux, de dresser et mettre au point ce genre de projet, avec le concours de nos savants! L'égypte longue, comme tous nos pays Arabes sans exception, souffre d'insécurité alimentaire et agricole. Or, une jeunesse innombrable se trouve contrainte au désoeuvrement forcé! Non qu'elle soit par escence paresseuse, et portée par vice à l'oisiveté, mais suite à l'incurie des gouvernants vermoulus! Fondamentalement, le peuple de l'égypte longue, est le plus travailleur et le plus dur à la tâche qui soit au monde. Ce genre de perspective, d'utilisation de cette nombreuse jeunesse, sans emploi, dans des programmes de travail volontaire, est d'une urgence salutaire. Rien ne serait pire que de laisser retomber dans une morne et famélique oisiveté, ces nombreux jeunes, qui se sont levés pour notre relèvement général. Ce genre de programme doit être mis sur pied d'urgence, promu par les savants, médiatisé et relayé par tous les intervenants culturels. Que nos sheik et savants pourvoient au lancement de cette oeuvre immense et salvatrice, notament, en lançant une souscription à laquelle je me déclare personellement prêt à participer de mes deniers. Ceci n'est pas que de la charité, parce que je sais que si le peuple d'égypte travaille, mange et pense, il en sera ainsi de toute la Nation. Que le travail, l'effort sacré, soit à la mode, la chose la plus ordinaire qui soit, et que chacun partout au monde, recommence à penser que le plus court chemin vers l'abondance, c'est de creuser dans son propre terrain pour y trouver de l'eau! Travaux innombrables d'irriguation et captation des eaux souterraines, voire des travaux de désalination, irriguation et arabilisation de sols nouveaux, leur mise en culture jusqu'à leur rentabilisation et solvabilisation, puis leur vente ou cession à des fellahs de métier et condition, voilà un exemple crucial du bon emploi du principe de l'effort sacré. D'autres perspectives sont envisageables dans d'autres domaines, le principal étant le domaine hydrologique et agraire. Que le monde perde pour toujours l'image de l'Arabe paresseux, souvent véhiculée à tort, notamment concernant le peuple de l'égypte longue. Que le travail redevienne Arabe. Cette perspective, me semble tellement salutaire et urgente, que j'entrevois que d'ici peu, des nouvelles de ce genre, nous parviendrons. Heureux je serais, si on sollicite mes moyens, pour pareille chose!
Jeudi. Les jumelles sont nées! La première à 13h10, est nommée Mayane, sa soeur, à 13h20, est appelée Soléane. Leur frère, qui est encore chez nous, est impatient de découvrir ses soeurs! Ma femme le ramène sitôt que possible. Elles sont nées naturellement, les contractions étant venues, et leur poids et santé sont satisfaisants, pas besoin de couveuse. Pourtant, elles naissent à un mois du terme! Ce week-end, je serais seul et célibataire, puisque ma femme va voir sa fille et son gendre, leur ramène leur fils, Nicolas! Que Dieu bénisse et fortifie les nouveau-nées!
Vendredi. Pas croyable à quel point, Sarko, qui s'écoute trop parler, devient une charge ruineuse pour la douce France. Envers l'affaire Mexicaine, il n'est mu que par un réflexe byzare de suprématisme, manifestement surané et dépassé! Qu'un Français soit prisonnier à l'étranger, c'est forcément qu'il doit être innocent! Résignez-vous donc à l'égalité authentique, vous qui parlez tant d'égalité. Les peuples ne supportent plus, mais plus du tout, aucun suprématisme, surtout venant d'une nation, sensée être la patrie de l'égalité! Faites ce que vous dites, et dites ce que vous faites! Pareillement, la France s'émeut, particulièrement, d'un fait divers Tunisien, le meurtre d'un prêtre Polonais. La France a une sensibilité discréminative et discriminatoire. Le meurtre est tout récent, l'homme fut retrouvé mort devant son garage, égorgé. Qu'en savons-nous, sans enquête? En seriez-vous encore à tenir la vie d'un Chrétien, comme étant plus chère et précieuse que celle d'un autre? Là-dessus, Torrentiel, je veux une réponse claire et précise. Je veux pas dire, mais rien n'empêche de penser, qu'il fut victime d'une vengeance par suite de pédophilie! Saches que ce fléau n'est pas si rare dans nos pays. Souvent des religieux Chrétiens, dont les écoles, nous dit-on, sont ouvertes à tous, ce que je crois volontiers, se portent à des agissements lamentables, envers certains de nos enfants! En égypte, il y a un an environ, un prêtre Copte a été lunché et mis à mort, par suite d'avoir abusé d'enfants Musulmans, dont il avait la charge! Le mal de la pédophilie ne concerne pas que les Catholiques, les protestants, notament les évangélistes, y sont fort adonnés. Il faudra que je consacre un message aux problématiques Chrétiennes concernant les moeurs. Je l'avais promis, mais faute de temps, j'ai différé. C'est qu'aussi, je crains de te faire trop soufrir, mon Torrentiel! Je le ferai bientôt, mais saches déjà que vos problématiques, à cet égard, tiennent à diverses contradictions, dont celles qui oppose l'injonction d'amour sans limites aux contraintes folles que le Christianisme réel s'est imposé à lui-même.
Samedi. Des voix s'élèvent de plus en plus, à l'encontre du débat et projet Sarkozien, envers la laïcité, projeté vers le mois d'avril! Que nous veut-il encore? Comme entre-temps, je l'espère, son ami proche, l'Italien Berlusconi, sera tombé, force lui sera d'avaler son chapeau et son Islamo-phobie avec!
Dimanche 20 février. J'aprenais tout à l'heure, par la bouche de Max Gallo, dans l'Esprit Public, que le Canal de Suez est à nouveau ouvert aux vaisseaux de guerre Iraniens! En fait, les Iraniens ne pouvaient, depuis 79, se rendre en Méditerrannée, qu'en faisant un très long périple. C'était faisable, néanmoins malaisé! La nouveauté est de taille, elle semble signer une restauration graduelle de la souveraineté égyptienne. L'ennemi proteste en vain! La marine Iranienne pourra le prendre en joug sur les deux mers, et fortifier plus qu'auparavant, la Syrie et le Liban, voire y débarquer. C'est que l'ennemi a pu, dans le passé, intercepter des envois Iraniens vers la Syrie, généralement dissimulés sous l'apparence d'envois marchands! Désormais, ils se feront sous la forme directe de convois militaire, qu'il lui faudra oser affronter. Pas certain qu'il le fasse. Cette nouvelle me remplit de joie, c'est une décision d'importance, quasi-irréversible, qui, en soit, est un accroissement de la force militaire de la Nation! Rien qu'une semaine s'est à peine écoulée, depuis le vendredi qui a sonné le départ du Sultan, et voilà que l'égypte longue est sur la même longueur d'onde que la Turquie! Ah, que vienne vite la levée du siège sur Ghaza et d'autres bonnes nouvelles! Les révoltes se poursuivent partout, au demeurant, nous pouvons dire, que la Nation a fait le clair de lune, et même l'aurore. L'issue des mouvements, selon moi, n'est pas douteuse. Là où des mouvements pacifiques suffisent, comme je le croirais, au Maroc, qu'à cela ne tienne. En revanche, là où la répression militaire est violente, si les mouvements pacifiques sont trop réprimés, il est du devoir des peuples libres, de pourvoir d'armes et de moyens les peuples insurgés. Peu de volontaires armés, s'ils se déploient bien, s'ils agissent à bon escient, selon des plans bien conçus, obéissant à un commandement hors d'atteinte des gouvernants, peu de volontaires suffiraient à déconcerter des armées indécises, que les tyrans, à force d'incurie, ont transformées en corps de fonctionaires lâches et peu mordants! Je ne donne pas très cher de la survie des gouvernements Lybiens et Algériens, puisque déjà, on parle de retournements militaires. Je croirais volontiers d'abord à la chute Lybienne, après quoi, l'Algérie, ne saurait résister. J'ignore ce qui va se produire dans les pays de la presqu'île, je suppose qu'à l'insurrection populaire doit succéder une insurrection armée! Faudra sans doute que des gifles Iraniennes retentissent sur leurs visages. Même le gouvernement d'Arabie, ne saurait lutter efficacement, contre l'insurrections de volontaires résolus et disséminés, quand bien même il solliciterait ses alliés étrangers! Ces pays aux dynasties stupides, se sont rendus coupables d'un anti-sheiisme effréné, au point qu'on a parlé d'apartheid religieux! Si Dieu veut, le prochain pèlerinage ne verra affluer sur nos terres saintes, que des pèlerins arrivant de pays libres et fiers! Fin des tyrannies, et relèvement envers l'ennemi, contraint de composer, voilà ce que je crois raisonnable d'espérer pour cette année! Dieu semble répondre à mes voeux, qu'il en soit loué et remercié. Un sang nouveau coule dans mes veines, je reviens à moi-même, je suis libre et justifié!
Croissant de lune.
lundi 28 février 2011
Le Comité de surveillance de la Révolution
C'est à son initiative que le premier ministre Mohamed Ghanouchi, qui fut onze années durant le collaborateur de Ben ali, vient d'être renversé pour être remplacé par Béji Caïd Essebsi, ancien compagnon d'Abib Bourguiba, âgé de 84 ans, qui s'était retiré de la vie politique cinq ans après l'entrée en fonction de ben ali, c'est-à-dire quand il en était encore temps, car dans les années où l'on pouvait encore tenir pour honorable de servir ce régime. Qu'existe un comité de surveillance de la révolution ainsi nommé confirme mon intuition qu'il faut des "gardiens de la Révolution" à cet inédit soulèvement du peuple arabe, dans la pluralité de ses Etats, mais surtout que ces révolutionnaires tunisiens, qui, quoiqu'accusés d'être phlegmatiques, ont les premiers allumé la flamme de l'idée que la résignation n'était pas une fatalité, ont de la suite dans les idées et n'entendent pas se laisser confisquer leur révolution.
On peut être surpris qu'il soit fait appel à un homme âgé de 84 ans, ce qui nous rappelle de tristes souvenirs, mais ne cherchons pas des concordances où il n'y a pas lieu d'en trouver. L'aspect positif de l'appel adressé à cette personnalité est qu'il vaut mieux faire confiance à des politiciens chevronnés, surtout s'ils sont réputés libéraux et qu'ils aient su se retirer à temps, plutôt qu'à des politiciens improvisés, qui ne sauront pas quoi faire du pouvoir, une fois qu'il leur aura été donné (cf. le chanteur malgache qui sert de Président à ce malheureux pays). L'algérie a perdu près de quarante-cinq ans pour avoir renversé ben bellah et ses "pieds rouges", ces français qui voulaient aider la nouvelle société algérienne à s'organiser une administration, au profit de "têtes brûlées" comme boumediene qui, aventuriers massacreurs de harkis, épurateurs, régleurs de compte, se rallièrent naturellement à l'Union soviétique, au point d'effacer le Parti communiste Algérien dans le Komintern, et se comportèrent comme des "commissaires politiques", qui dépouillèrent leur pays sans jamais l'organiser d'aucune sorte.
Ironie de l'histoire, à l'heure où intervient cette nomination de Béji Caïd Essebsi, la tunisie fait face à des "flux migratoires" en provenance de la Libye, en minorité constitués de Tunisiens de retour dans leur pays, mais aussi d'egyptiens qui veulent fuir les violences. Ces flux menacent de l'étouffer, et il lui faut trouver une solution pour les endiguer, ou au moins ne pas permettre que l'afflux des réfugiés arrive sans que des infrastructures d'urgence aient été mises en place pour les bien accueillir, au risque de provoquer une "catastrophe humanitaire", s'il ne devait pas en aller ainsi.
Le risque de "flux migratoires", c'est tout ce que retient d'essentiel le Président Nicolas sarkozy des événements en cours. Il a beau clamer qu'il se réjouit de ce "printemps des peuples arabes" en regrettant en pointillé que tous les gouvernements occidentaux aient collaboré activement au maintien des régimes contre lesquels ces peuples sont en train de se soulever "au nom des valeurs qui sont les nôtres". Il justifie cette collaboration au nom de ce que l'on considérait ces régimes comme des remparts contre l'extrémisme religieux et surtout ce marronnier qu'est le terrorisme, fléau de tous les ennemis de la résistance des peuples, cette façon de faire la guerre par des coups spectaculaires qui n'est qu'un effet de la médiatisation de masse de la société, où la représentation a gagné jusqu'au terrain militaire, où l'impact d'un "coup" artificiellement monté en épingle n'est plus considéré eu égard à sa réalité, mais à sa valeur de représentation, le terrorisme désignant encore l'ennemi invisible, indéterminé, donc infini, vague et qu'on peut voir partoutet combattre où qu'on le voie. L'invention de la "guerre contre le terrorisme" par george w. Bush, dont il était de bon ton de dire que ce n'était pas un foudre de guerre, est l'invention de la forme la plus perverse de guerre totale qui ait eu cours dans tous les siècles, car même les nazis désignaient leurs ennemis.
C'est pour pouvoir perpétuer cette "guerre contre le terrorisme", la pérenniser et surtout la perpétrer que les gouvernements occidentaux soutenaient ces régimes en lesquels ils voyaient des "remparts contre cet ennemi invisible", s'excuse en pointillé Sarkozy, sans dire que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase a été le voyage touristique dans un pays en révolution par une ministre des affaires étrangères en fonction. Cela, même les Français, peuple doux et pacifique, ne pouvaient plus le souffrir , d'autant que la ministre en question aimait à se présenter comme la dernière des gaullistes que comptât la "droite républicaine". Gaulliste godiche, "edemie sotte", comme l'appelait Jean-françois Propst, qui n'a jamais été très tendre pour ceux dont il a été le conseiller. Mais tout ce que trouve à dire le Président sarkozy est qu'il veut "protéger les français" et de quoi, s'il vous plaît? Des flux migratoires qui pourraient être la conséquence de ces révolutions, flux migratoires qui sont la conséquence, dans un premier temps, des violences faites en Libye. Qu'il faille inciter la population, si elle n'est pas d'origine étrangère à la Libye, à ne pas émigrer quand le pays connaîtra une phase de reconstruction, soit: c'est ce qu'exige le patriotisme. Mais, pour l'heure, tous les pays pétris d'humanisme ont le devoir d'accorder l'"asile" politique, même temporaire, à ceux qui fuient des violences qui les font craindre pour la vie de leurs personnes. Le climat en Libye est tellement délétère qu'un amalgame est fait entre les mercenaires originaires d'afrique noire que recrutait Kadhafi et les travailleurs immigrés de la même origine, qui n'ont d'autre solution dans l'immédiat que de se terrer, parce qu'un mot d'ordre circule parmi les insurgés, d'abattre tous les noirs. Sarkozy, en feignant de se réjouir de la révolution arabe, n'y a rien compris, puisque tout ce qu'il voit est le risque immédiat des flux migratoires, risque qui n'est jamais traité par une politique de longue haleine, vision qui, exprimée à ce moment de l'histoire, en même temps que le rejet du multiculturalisme, par lui et deux autres dirigeants de grands pays européens, l'Allemagne et l'Italie, rejet qui était jusqu'à présent le monopole des partis nationalistes qui ont au moins le mérite d'être conséquents avec eux-mêmes, envoie un message désastreux d'hostilité latente et de méfiance non démentie envers les populations arabes qui n'en ont que trop souffert, méfiance qui a pris le nom de "racisme ordinaire". Sarkozy n'a rien compris à la révolution arabe. Il a des excuses: sous bien des aspects, elle présente un caractère inédit.
On peut être surpris qu'il soit fait appel à un homme âgé de 84 ans, ce qui nous rappelle de tristes souvenirs, mais ne cherchons pas des concordances où il n'y a pas lieu d'en trouver. L'aspect positif de l'appel adressé à cette personnalité est qu'il vaut mieux faire confiance à des politiciens chevronnés, surtout s'ils sont réputés libéraux et qu'ils aient su se retirer à temps, plutôt qu'à des politiciens improvisés, qui ne sauront pas quoi faire du pouvoir, une fois qu'il leur aura été donné (cf. le chanteur malgache qui sert de Président à ce malheureux pays). L'algérie a perdu près de quarante-cinq ans pour avoir renversé ben bellah et ses "pieds rouges", ces français qui voulaient aider la nouvelle société algérienne à s'organiser une administration, au profit de "têtes brûlées" comme boumediene qui, aventuriers massacreurs de harkis, épurateurs, régleurs de compte, se rallièrent naturellement à l'Union soviétique, au point d'effacer le Parti communiste Algérien dans le Komintern, et se comportèrent comme des "commissaires politiques", qui dépouillèrent leur pays sans jamais l'organiser d'aucune sorte.
Ironie de l'histoire, à l'heure où intervient cette nomination de Béji Caïd Essebsi, la tunisie fait face à des "flux migratoires" en provenance de la Libye, en minorité constitués de Tunisiens de retour dans leur pays, mais aussi d'egyptiens qui veulent fuir les violences. Ces flux menacent de l'étouffer, et il lui faut trouver une solution pour les endiguer, ou au moins ne pas permettre que l'afflux des réfugiés arrive sans que des infrastructures d'urgence aient été mises en place pour les bien accueillir, au risque de provoquer une "catastrophe humanitaire", s'il ne devait pas en aller ainsi.
Le risque de "flux migratoires", c'est tout ce que retient d'essentiel le Président Nicolas sarkozy des événements en cours. Il a beau clamer qu'il se réjouit de ce "printemps des peuples arabes" en regrettant en pointillé que tous les gouvernements occidentaux aient collaboré activement au maintien des régimes contre lesquels ces peuples sont en train de se soulever "au nom des valeurs qui sont les nôtres". Il justifie cette collaboration au nom de ce que l'on considérait ces régimes comme des remparts contre l'extrémisme religieux et surtout ce marronnier qu'est le terrorisme, fléau de tous les ennemis de la résistance des peuples, cette façon de faire la guerre par des coups spectaculaires qui n'est qu'un effet de la médiatisation de masse de la société, où la représentation a gagné jusqu'au terrain militaire, où l'impact d'un "coup" artificiellement monté en épingle n'est plus considéré eu égard à sa réalité, mais à sa valeur de représentation, le terrorisme désignant encore l'ennemi invisible, indéterminé, donc infini, vague et qu'on peut voir partoutet combattre où qu'on le voie. L'invention de la "guerre contre le terrorisme" par george w. Bush, dont il était de bon ton de dire que ce n'était pas un foudre de guerre, est l'invention de la forme la plus perverse de guerre totale qui ait eu cours dans tous les siècles, car même les nazis désignaient leurs ennemis.
C'est pour pouvoir perpétuer cette "guerre contre le terrorisme", la pérenniser et surtout la perpétrer que les gouvernements occidentaux soutenaient ces régimes en lesquels ils voyaient des "remparts contre cet ennemi invisible", s'excuse en pointillé Sarkozy, sans dire que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase a été le voyage touristique dans un pays en révolution par une ministre des affaires étrangères en fonction. Cela, même les Français, peuple doux et pacifique, ne pouvaient plus le souffrir , d'autant que la ministre en question aimait à se présenter comme la dernière des gaullistes que comptât la "droite républicaine". Gaulliste godiche, "edemie sotte", comme l'appelait Jean-françois Propst, qui n'a jamais été très tendre pour ceux dont il a été le conseiller. Mais tout ce que trouve à dire le Président sarkozy est qu'il veut "protéger les français" et de quoi, s'il vous plaît? Des flux migratoires qui pourraient être la conséquence de ces révolutions, flux migratoires qui sont la conséquence, dans un premier temps, des violences faites en Libye. Qu'il faille inciter la population, si elle n'est pas d'origine étrangère à la Libye, à ne pas émigrer quand le pays connaîtra une phase de reconstruction, soit: c'est ce qu'exige le patriotisme. Mais, pour l'heure, tous les pays pétris d'humanisme ont le devoir d'accorder l'"asile" politique, même temporaire, à ceux qui fuient des violences qui les font craindre pour la vie de leurs personnes. Le climat en Libye est tellement délétère qu'un amalgame est fait entre les mercenaires originaires d'afrique noire que recrutait Kadhafi et les travailleurs immigrés de la même origine, qui n'ont d'autre solution dans l'immédiat que de se terrer, parce qu'un mot d'ordre circule parmi les insurgés, d'abattre tous les noirs. Sarkozy, en feignant de se réjouir de la révolution arabe, n'y a rien compris, puisque tout ce qu'il voit est le risque immédiat des flux migratoires, risque qui n'est jamais traité par une politique de longue haleine, vision qui, exprimée à ce moment de l'histoire, en même temps que le rejet du multiculturalisme, par lui et deux autres dirigeants de grands pays européens, l'Allemagne et l'Italie, rejet qui était jusqu'à présent le monopole des partis nationalistes qui ont au moins le mérite d'être conséquents avec eux-mêmes, envoie un message désastreux d'hostilité latente et de méfiance non démentie envers les populations arabes qui n'en ont que trop souffert, méfiance qui a pris le nom de "racisme ordinaire". Sarkozy n'a rien compris à la révolution arabe. Il a des excuses: sous bien des aspects, elle présente un caractère inédit.
mardi 15 février 2011
Les gardiens de la révolution
(Suite du dialogue entre le Torrentiel et le croissant de lune, partie IV, herméneutique 8)
Envoyé par le Torrentiel, le 16 février à 17h54
Mon cher Croissant de lune,
Si tu invoques le salut sur "ceux qui soupirent pour un monde nouveau, exempt de toute servitude, et pour un homme nouveau, franc de toute aliénation", alors, que le salut soit sur moi, car je suis de ceux qui soupirent pour ce monde, si je n'ai l'âme assez combattante. J'ai aussi aimé que tu applaudisses à la victoire du "sultan" comme à celle du peuple, que Rousseau après le marquis d'argençon et quelques autres, désignait comme "le souverain", en qui, pour qui et au nom de qui était concentrées la légitimité et la force du gouvernement. Souverain-sultan référé en egypte au "Souverain des sultans, qui a été "la cause du peuple" comme "le peuple a été la cause (du tout-Puissant)". ". Que dieu n'ait pas été "la "cause du peuple", voilà ce qui aura manqué à la révolution française, qui aura voulu substituer "une religion civile" instrumentale à une foi active et vivifiante. Que "le peuple (soit la cause de dieu", c'est ce que le concile vatican II, fort malmené depuis que ses déclarations ont été promulguées, a lui aussi découvert, ouvrant la voie par cette expression, je le comprends en te lisant, à la "téhologie de la libération", et pour cette raison critiqué par ceux qui n'avaient nulle envie que l'homme se libérât un jour.
Lorsqu'a retenti la nouvelle de la démission de Moubarak, mon sang n'a fait qu'un tour, et j'ai immédiatement téléphoné à mes amis coptes, perdus de vue depuis si longtemps et dont la femme était gravement malade. Je redoutais toujours, si je leur passais un coup de fil, d'apprendre une mauvaise nouvelle. Je n'ai pas plus tôt retrouvé et composé le numéro de téléphone de leur nouvelle brasserie que je tombe sur mon amie fadia, dont la voix est rassérénée comme aux premiers jours où je l'ai connue, après des années de longue maladie et des passages par des états commateux. Notre joie éclate de nous réentendre, j'y sens comme le signe d'une double résurrection, celle de l'egypte se confondant avec celle de mon amie fadia, et puis... J'évoque inévitablement les événements d'Egypte, je sens que ça ne mord pas à l'autre bout du fil, mon interlocutrice est méfiante, j'ai mal pour elle, mais j'épouse sa crainte.
Le lendemain, samedi 12 février, vient sonner à ma porte un chrétien irakien rencontré à la messe du dimanche précédent et que, comme il se proposait de me raccompagner, j'avais. invité à boire un verre. Ces chrétiens d'Orient sont sobres comme vous autres, chameaux, mais d'une honnêteté, d'un dévouement sans faille envers la veuve, l'orphelin, l'aveugle, comme peuvent l'être des citoyens de ta nation, j'en ai eu maints exemples : les seuls chauffeurs de taxi qui ont refusé mon défraiement au nom de la religion étaient de tes correligionnaires. Devant mon visiteur, j'évoque, à la fois la coïncidence qui me fait le retrouver le lendemain du jour où j'ai renoué avec mon amie copte, depuis si longtemps perdue de vue et que je craignais d'avoir perdu tout court ; j'oublie de lui faire part de ses réticences implicites devant la révolution d'egypte que je salue ensuite devant lui. Lui n'a pas la même réaction que Fadia, il s'en félicite aussitôt, ajoutant que nous autres, chrétiens, nous sommes trop habitués à offrir aux dictateurs un visage résigné qui peut vite devenir complice. Or, me rappelle-t-il, Jésus devant Pilate, mais plus encore devant les représentants des autorités d'Hérode, n'a fait preuve d'aucune faiblesse. Il n'a jamais déclaré bon un régime qui était mauvais, ni roi qui n'était que pantin. Seulement, il a laissé pilate répondre à la propre question qu'il posait devant le Dieu de Vérité et qui soulevait en lui un abîme de perplexité :
"qu'est-ce que la vérité ?"
Pilate, c'est ma foi, avait en face de lui la vérité même, et la vérité lui laisse faire son chemin, cette Vérité qui, ailleurs, se dit le chemin, chemin de silence dans le doute sublimé, chemin, moins de pesée des événements, moins de discernement que de réceptivité contemplative et de réponse du coeur.
Comment mon coeur ne vibrerait-il pas à l'unisson de l'Egypte longue et libre ! Et pourtant, comment me défendre d'éprouver la surprise que cette leçon de liberté me soit donnée par deux sociétés islamiques, qui incarnent le moins cette valeur dans l'esprit plein d'a prioris de l'occidental que je suis ! Comment être sûr que je dois tout à fait me réjouir de cette victoire, si d'abord, cette société islamique me somme de reconnaître la supériorité de son modèle social et religieux, qui a certes permis cette révolution, mais qui a aussi couvert et couvé, plus d'un demi-siècle durant, les régimes despotiques dont elle se libère aujourd'hui, dans ce "printemps des peuples". De plus, suis-je bien sûr que j'assiste à un "printemps des peuples" ? La chose ne me paraît pas aussi évidente qu'en roumanie ou qu'en russie, lesquels pays m'ont cruellement détrompé après que j'ai accueilli d'une joie sans mélange la révolution de velours qu'ils offraient au téléspectateur que j'étais : à peine chassées, les olygarchies sont renées de leurs cendres ; la roumanie s'est rapidement montrée un régime autoritaire ; quant à la Russie, les dirigeants qui ont succédés à gorbatchev ne se sont pas montrés à la hauteur de ce grand homme d'etat, dont je me suis toujours demandé à part moi s'il n'était pas un agent de la cia. Chaque fois que je la posais autour de moi, la question faisait rire ; aujourd'hui encore, je ne suis pas sûr que je n'avais pas vu juste. Come quoi tu vois que, moi aussi, je sais quelquefois déceler du "complot dans l'histoire" bien avant qu'on m'ait appris à me méfier de toute "téhorie du complot", et que ce n'est pas toujours ni unilatéralement celui qu'on croit.
Bref, j'ai été largement déçu par le "vent de liberté" qui venait des pays de l'est. Peut-être celui qui vient d'Egypte ne porte-t-il pas exclusivement la liberté sur les fanions que l'histoire emportera, sitôt qu'on aura cessé de les regarder s'agiter ; et, si l'on est optimiste, il est possible qu'on doive gager que ce mélange de liberté avec autre chose, qui la rend plus complexe et moins pure qu'un absolu , est ce qui l'enracinera dans le merveilleux. Dieu réponde à cette espérance optimiste qui, je le sais, rencontre ton assentiment de croyant dans une nature humaine qui n'est, ni totalement à proscrire, ni davantage à idéaliser !
Qu'est-ce qui me fait penser que cette liberté venue d'egypte est moins pure que le vent trompeur qui était venue m'en visiter depuis Bucarest, berlin et Moscou ? C'est que, de ces trois pays, je croyais connaître un peu la dissidence ; pour autant, les dissidents y ont-ils exercé le pouvoir ? Ensuite, dans ces trois villes, il y avait des syndicats qui pouvaient se substituer en se renouvelant à une société en voie de désintégration, comme est toute société qui vit une révolution, laquelle est toujours une histoire longue où les masses se soulèvent et, si elles ne sont pas portées, retombent. En Egypte, j'interprète positivement que la révolte des assaillants de la place de la libération se transforme en "révolte des bassalaires", avec grèves et débrayages sociaux pour remédier à cet état d'injustice flagrante. Autant je m'étais impatienté de mon fauteuil ou de mon lit que ces assaillants campent sur cette place et ne prennent pas d'assaut le palais présidentiel, autant je me disais que la meilleure manière de "garder leur révolution" était de ne pas accepter d'en être chassés, comme l'exigea l'armée, à peine le pouvoir lui fut-il remis et qui eut pour premier réflexe d'évacuer un grand nombre de barricades, pour faire cesser la liesse. Le pays devait se remettre en ordre de marche, l'économie le réclamait ; le peuple ne l'entendit pas de cette oreille, il fut conséquent avec sa révolte, ne se contenta pas que le dictateur eût été renversé, mais réclama du pain. Comment va-t-il s'organiser pour être entendu ? C'est toute la question. Quelques jours avant que Moubarak ne soit démis, ton cheik tarik Ramadan laissa percer la même inquiétude que la mienne : cette révolution n'a pas de leadership. En l'absence de syndicats capables de suppléer à la vacance organique du prolétariat en associations revendicatrices, en l'absence de l'émergence d'un leader en lequel le peuple puisse se reconnaître comme on a cru un temps que pourrait être Amr Moussa, en l'absence plus étonnante d'une saisie plus significative d'une partie du pouvoir par les "frères musulmans" qui, bien qu'ils reconnaissent avec panache qu'ils n'ont pas été les instigateurs de cette révolution, pourraient lui donner une ossature sociale, d'autant que l'"aide sociale" a toujours été leur fort, cette révolution serait-elle en train de se donner "spontanément" la suite et l'organisation qui découlent logiquement du renversement du dictateur qui passe pour un des plus corrompus du monde, sinon pour une des plus grandes fortunes de celui-ci ? Evidemment, le "spontanéisme révolutionnaire" fait généralement long feu, il est à espérer que l'egypte soit en voie de trouver la parade à l'anarchie qui pourrait être un des premiers éléments de la confiscation de la démission qu'elle a su faire d'un dictateur dont ne supportait plus le joug tortionnaire.
La seconde raison qui renvoie de ce vent de liberté un souffle mêlé à nos narines occidentales tient à ce qu'il paraît évident qu'un dictateur a été démis, mais qu'il ne s'ensuit pas nécessairement qu'on ait changé de régime. Et c'est ici que je risque à nouveau de poser une question qui fâche : comment expliquer qu'autant l'absence de syndicats fait défaut à cette révolution jusqu'à ce qu'elle ait trouvé comment la remplacer, autant le Président s'est démis au profit de ceux-là mêmes qui l'avaient installé, c'est-à-dire d'une armée à qui on peut certes accorder le crédit de n'avoir pas tiré sur son peuple, mais qui, avec les biens dont elle dispose, est chargée d'organiser une "transition démocratique" dont on doute qu'elle ait très envie. C'en est au point que des malveillants ont pu dire que le renversement de Moubarak s'était fait, par le principal intéressé, au profit d'un coup d'etat militaire. C'aurait été vrai s'il n'y avait pas eu de révolution civile. Mais tout de même, alors que tu te gargarises que "le printemps des peuples" nous soit apporté par des sociétés islamiques, il demeure un fait constant que pas une de ces sociétés ne réussisse pour lors à tolérer un gouvernement purement civil. En tunisie, le général ben ali cède la place à un gouvernement étroitement surveillé par l'armée dont était issu Ben ali. En algérie, la peur d'une recrudescence de la guerre civile fait que se cumule au despotisme du Président le fait que cet homme ne soit que le représentant de son parti et soit entièrement ligoté par une armée, dont chaque général détient le monopole des pots de vin sur une denrée : il y aurait le général du sucre, celui du logement, sans parler de ceux du pétrole. En Turquie même, Erdogan est étroitement surveillé par une armée qui menace à tout instant de le démettre, s'il pousse un pas trop loin de ce qu'on peut tolérer de sa dissidence vis-à-vis du kémalisme, dont ils restent les stricts observants. En matière d'observance, il faut dire un mot des "gardiens de la révolution" de la République islamique d'Iran qui, en les instaurant, a, comme je te l'ai déjà fait observer, repris l'un des points de l'organisation de la république platonicienne. Mais ce corps prouve au-delà qu'en complément de ce que tu m'as laissé entendre lors d'une de nos deux longues nuits téléphoniques, certes, un parti islamiste à la mode turque pourrait être indéfiniment réélu parce que satisfaisant à la manière dont le peuple souhaite être gouverné ; mais aussi, une révolution islamiste à la mode iranienne n'entend tellement pas se laisser renverser qu'elle établit des gardiens pour éviter cela. De même, le "guide lybien est lui aussi un colonel, pas exactement, je te le concède, comme les grecs ont eu leurs colonels, d'autant que je crois que Khadafi a été l'un des plus grands et des plus constants serviteurs de la cause arabe, ce qui n'empêche pas que ses concitoyens ne veuillent le chasser au plus vite, bien qu'on ait dit sa société réglée d'une façon pyramidale exemplaire, malgré des avoirs en suisse du guide, et des troubles de moeurs à la berlusconi. D'où vient, en résumé (et voici la question qui fâche et que tu voyais poindre), ce quasi unanimisme des sociétés islamiques à manifester une propension certaine à s'appuyer sur des armées puissantes, et qui restent le premier pouvoir dont il faut s'assurer de la neutralité bienveillante, une fois que les tyrans ont été chassés ? Tu me répondras sans doute que, presque toujours, les premiers ministres israéliens sont eux aussi des généraux, parfois même d'anciens chefs terroristes, comme Menahem begin ou ou Yitzhak Shamir, ce qui est encore plus grave, assurément. Mais ce n'est pas parce qu'un mauvais pli a été pris dans un etat que tu considères comme ton ennemi, qu'il faut le perpétuer chez toi. Si j'adresse une prière pour la réussite de la révolution égyptienne, c'est pour que les gardiens n'en soient pas un corps érigé à l'exemple de celui de la république islamique d'Iran, mais pour que les gardiens de cette révolution soit les civils de la place Tahrir ou mieux, les civils organisés en syndicats.
Voilà deux questions laissées en suspens et que je te pose : pourquoi des régimes paramilitaires en terre d'Islam et quel est le différend islamomarxiste ? Je n'oublie pas, qu'en termes très autoritaires et véhéments, tu m'as sommé de retirer que je pouvais penser qu'il y avait un atavisme islamique de l'immolation et de l'égorgement, je m'en expliquerai, faits à l'appui, dans ma missive. Mais je ne crois pas qu'un homme libre pisse sommer un autre homme libre de retirer une de ses questions. Surtout pas dans un pays libre dont l'homme libre qui les pose est l'autochtone. Jouirais-je de la même liberté de parole si j'étais un étranger chez toi, liberté qui te permet, en terre ayant été chrétienne, d'accabler le christianisme de reproches qui sont rien moins que des questions ? Ceci valait d'être noté, à la suite de ton injonction pour ma chute dans l'article traitant de l'analyse de la "révolution de jasmin" par abdelwahab Médeb à qui je précise, si jamais il tombait par hasard ou parce que quelqu'un les lui aurait signalées, sur l'une de nos analyses de son article sur "etudestorrentielles" que, bien évidemment, lui est d'avance accordé tout droit de réponse qu'il pourrait réclamer, d'autant que tu le traites de "musulman renié", ce qui n'est pas aller avec le dos de la cuillère, dans une société où la renégation est souvent poursuivie, et sinon interdite, du moins très mal vue. De plus et pour clore cet incident, je crois légitime de te poser une question, même violemment formulée, sur l'islam, tandis que je m'interroge publiquement et en tant que chrétien, sur le caractère non temporellement opératoire du sacrifice christique. Ne serais-tu pas capable de faire la même critique de ta religion que je fais de la mienne ? Trouves-tu la mienne l'oeuvre de "l'esprit qui nie", c'est-à-dire du diable en christianisme ? Es-tu le seul fondé à t'interroger sur ta religion ? Je soutiens que toute question est légitime et vaut d'être posée, y compris celle, présentement, du rapport de la société islamique et du corps d'armée qui semble la placer sous surveillance et dont je souhaite vraiment qu'elle ne phagocyte pas le nouveau régime, qui succédera à Moubarak. Je reconnais que cette question ne brille pas par son originalité dans les consciences et dans la presse occidentale. Pourtant, à supposer que nous ne fassions pas la même analyse du rôle de l'armée dans la sphère musulmane et dans la chrétienté qui a tort de se croire enterrée, de l'armée, ici gardienne et là confiscatrice des révolutions, le malentendu vaut d'être dissipé.
N'omettons pas de dire un mot, d'abord des menées que font les ennemis de ce "printemps des peuples" arabes, ennemis dont je ne suis pas, si croisériste qu'il t'arrive de me croire ; car, si je n'en fais pas une conséquence inéluctable du sionisme, j'ai toujours prévu , qu'il se passerait une libération de cet ordre dès lors que nous avons imposé la guerre du golfe persique au monde arabe. Ce "printemps des peuples" est même la meilleure chose qui pouvait nous arriver, y compris à nous, occidentaux. Car s'il se fût fait à travers la guérilla dans des pays à forte minorité musulmane, comme y poussait George Bush à travers sa stigmatisation du terrorisme, ce monstre tentaculaire insaisissable, et non par le soulèvement d'une nation constituée, on ne peut présager des dommages que nous aurions subis en europe. Tandis que, même si un relèvement des minorités musulmanes est consécutif à ce soulèvement de l'egypte et de la tunisie, d'abord ce relèvement sera un relèvement de dignité et non pas une multiplication d'agressions sporadiques ; et puis ces minorités ne seront pas seules. Or rien n'est plus terrible qu'un guerrier qui se croit seul pour faire oeuvre de justicier.
Ces menées de vos ennemis sont doubles : d'abord, à l'intérieur de la Tunisie, de fortes vagues migratoires conduites par des passeurs voguent vers Lampedousa, emmenant des jeunes qu'on dit pauvres et sans travail, mais dont le caractère de pariats a l'air de tenir essentiellement à ce que ces migrants étaient d'anciens miliciens de Ben ali. Encore que, rien n'étant simple, il se puisse que s'y mêlent d'authentiques fuyards d'un pays en train de se reconstruire, qui ne veulent pas participer à cet effort de reconstruction parce qu'ils ne croient pas qu'ils pourront y trouver leur place, ni que leur avenir changera le moins du monde, que Ben ali soit déchu ou soit resté en place. Ces sortes de déserteurs font malheureusement équipe avec les anciens miliciens. Toujours est-il que ceux qui ont intérêt à dire que rien n'a bougé en Tunisie peuvent dauber sur cet exode massif. Enfin, se réactivent (ou sont rréactivés) les manifestations opposées au régime iranien. Là encore, il y a fort à parier qu'elles sont largement télécommandées, même si la pression étrangère ne doit pas être le seul facteur explicatif de ces manifestations. Si d'autres l'étaient davantage, cela voudrait dire que la composante islamiste, dont on ne peut pas dire qu'elle récupère dans la précipitation les révolutions qui se produisent dans le monde arabe, dont on ne peut même pas dire qu'elle joue un rôle essentiel en Algérie par exemple, aurait du plomb dans l'aile. Pour autant, la réactivation de ces manifestations contre le régime iranien intervenant tout juste après que la révolution égyptienne a réussi à atteindre son objectif immédiat et de plus haute portée symbolique, le renversement de Moubarak, me paraît tout de même un peu trop cousue de fil blanc.
Enfin, dans quelle mesure ce qui a réussi en egypte a-t-il un caractère exportable dans le monde arabe et dans le monde ? ON sait ce qu'il en est dans les différents pays arabes, où la situation est variable, mais où la révolte gronde au Yémen, où la coordination Nationale pour la Démocratie et le Changement a l'air décidée en algérie qui pourrait bien être le prochain pays sur la liste, même si la révolution y est presque plus difficile à mener qu'en egypte, où les soulèvements populaires n'épargnent pas les monarchies marocaines ou jordaniennes, où l'"autorité palestinienne" de Gaza joue à faire comme si le mandat de Mahmoud abas n'était pas indûment prolongé par la puissance occupante, à travers ce premier ministre qui s'autodémissionne... Mais dans le monde, où le Forum social altermondialiste vient de finir son show en réplique à davos ? Mais ne parlé-je pas un peu légèrement de mouvements qui réfléchissent de façon trop déconnectée des peuples ? En Italie, là même où les migrants tunisiens se rendent avant de trouver à se disperser dans le pays de leur choix, des "ligues de vertu" en ont assez de berlusconi, en raison de sa lubricité jointe à une corruption ou à une possession monopolistique de l'appareil d'etat. En France, on commence à se rendre compte que la politique paye un peu trop bien, si bien que le directeur du FMI que, soidisant, les sondages appellent, nous est soudain présenté comme un multimilliardaire possédant villas et hôtels particuliers place des Vosges à Paris, au Maroc et à washington. Cependant qu'après l'affaire des vacances de Fillion et de Michèle alliot-Marie, l'on découvre que le Président sarkozy qui leur a gentiment tapé sur les doigts a été lui-même avec sa femme l'invité du roi du Maroc dans un de ses palais. La diplomatie française ne cesse de se ridiculiser en exigeant la plus rigoureuse indépendance de la Justice dans une France de magistrats frondeurs et en s'ingérant contre l'indépendance de la Justice mexicaine, parce qu'elle s'est exercée à l'encontre d'une de nos compatriotes, envers qui elle a rendu des conclusions défavorables, ce que contestent le Président de la république et sa ministre des affaires étrangères avec un tel aplomb, que les autorités mexicaines, non seulement seront les premières à boycotter "l'année du Mexique en france", manifestation bien coûteuse en cette période de vaches maigres, mais seront d'autant plus braquées à s'opposer au transfèrement de leur prisonnière qu'on prétend leur Justice sommaire, à peines, il est vrai, bien longues. Or tout cela n'est qu'une chronique des petits faits du jour. Il y a des faits qui peuvent beaucoup plus fondamentalement unir le "printemps des peuples" inauguré par le monde arabe avec un sentiment tout à fait similaire, dont pourrait naître une réaction européenne sinon occidentale.
Les citoyens américains ne se sont guère opposés aux prêts bancaires frauduleux qui ont privé bon nombre d'entre eux de leurs maisons et combien plus de leur emploi ! En l'absence d'une révolte populaire, s'en est suivie une crise financière internationale, devant laquelle le monde entier est resté relativement passif, avant que cette révolte, conduite par le monde arabe, pour des raisons qui pourraient bien ne pas lui être qu'intérieures, ne vienne remplacer la crise dans les esprits. De beaucoup plus grande portée est cette crise politique en réponse à une crise de l'impéritie politique et du cynisme des gouvernants du monde qui laissent jusqu'à leurs classes moyennes être traitées comme elles n'ont eu cure de ménager le prolétariat, depuis longtemps désorganisé par la social-traîtrise des syndicats européens. Seulement, là où emmanuel todd a raison, c'est que d'une toute autre ampleur pourrait être la réaction d'une classe moyenne abandonnée, et que le gouvernement croit endormir en l'exaspérant au jour le jour, comme s'il avait oublié la théorie de la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Dans les pays prétendus nantis, il s'en faut qu'un quart de la population ne vive pas dans des conditions décentes aussi bien matériellement que moralement : au deux millions et demie de chômeurs officiellement recensés desquels ont été retranchés ceux qu'on a radiés arbitrairement, il faut ajouter (ce que j'ai appris tout récemment) quatre millions d'inactifs qu'on n'avait pas particulièrement repérés parce qu'ils ne s'étaient enregistrés nulle part. A quoi il faut ajouter les 7 millions de "travailleurs pauvres" ou "précaires", dont on peut bien supposer que ne dépende plus tout à fait une personne par tête, étant donné la désagrégation de la famille et le fait qu'un peu plus d'une personne sur deux est célibataire, soit non mariage, soit divorce. Mais même si l'on supposait le chiffre raisonnable de 0,5 (en arrondissant) personne dépendant d'un chômeur, d'un inactif ou d'un travailleur précaire, cela amènerait le nombre des précaires au tiers de la population française. Une telle proportion peut-elle longtemps rester invisible ? D'autant qu'une des causes premières de l'écrabouillement dont sont victimes les classes moyennes est le mal-logement, c'est-à-dire exactement le même problème qu'en Algérie. Que des inactifs soient mal logés, on ne peut que le trouver dur pour eux ; mais si en plus des travailleurs précaires gagnant le SMIC n'arrivent pas à trouver logement parce que les loyers ne sont pas plafonnés, c'est le fondement d'une exaspération qui couve, dont le deuxième étage est l'exaspération par la bureaucratie, dont le troisième étage est constitué par l'ensemble des mesures vexatoires qui sont prises au jour le jour contre ces travailleurs et dont l'étage ultime peut fort bien être la corruption des élites, si l'étalage continue de s'en accumuler, comme c'est la pente très naturelle d'une "société de l'image" qui, loin de cacher ses turpitudes de "petits marquis", a l'air fière de les montrer au grand jour.
J'ai longtemps cru que la corruption était un mal mineur, je commence à revenir de cette croyance. La corruption est un mal mineur aussi longtemps qu'elle reste marginale et secrète, et que le pays n'en est pas moins bien gouverné. Mais que ces conditions disparaissent une à une, et la corruption pourrait bien devenir, sinon un mal, mais une cause de déflagration majeure. L'Occident se sent encore enlisé d'avoir connu, l'une après l'autre, les années fastes d'une liberté déchaînée, et et, par un retour du refoulé, un reflux de la liberté, cette "guele de bois" économique, écologique et morale. Mais on se réveille des enlisements les plus longs, surtout si ce réveil obéit à ce que ses ennemis appellent un "effet de contagion". Sans un réveil progressif d'ampleur mondiale, l'interdépendance du monde ne pourra pas évoluer vers plus de justice. Autant Emmanuel todd se montre un fin analyste quand il diagnostique qu'on ne peutpas impunément maltraiter les classes moyennes, autant il lui est un peu facile de se rire de nos maux avec une faconde d'intellectuel plein de lui-même, qui se rend bien compte qu'il porte assez d'idées pour se présenter à l'élection présidentielle, mais qui veut n'en rien faire et laisser les autres mettre la main dans le cambouis. Mais plus encore se montre-t-il utopiste quand il affirme de moins en moins prêcher dans le désert en prônant le protectionnisme européen dont un autre mot est "la préférence communautaire", qui a été défendue, ne lui en déplaise, par Nicolas sarkozy, qui l'est aussi par "ce bouffon de Mélanchon", comme il l'appelle ! Et puis après de toute façon ? Si les dirigeants européens font chorus pour n'en pas vouloir et si les peuples ne se soulèvent pas pour ne pas la réclamer ? Comment l'Europe l'obtiendra-t-elle, sa protection, après que les gouvernements français successifs se sont par exemple assis sur le "non" de leur peuple au traité constitutionnel européen pour fomenter, malgré lui, à l'ombre de leur peuple, le traité de Lisbonne ? C'est dans la participation commune à une saine et juste régulation du monde que nous devons nous allier aux mouvements révolutionnaires qui libèrent lentement, mais sûrement le monde arabe. Nous leur devons encore notre soutien parce que les régimes qui prétendaient nous représenter leur ont fait des "coups pendables" en leur confisquant leur pétrole, en les bombardant, en ne défendant pas leur liberté, en ne leur souhaitant pas une démocratie pour laquelle ils n'auraient pas été mûrs, en traînant sans tâcher de la comprendre leur culture et leur religion dans la boue. Nous avons à nous repentir du mal que notre génération a laissé ses dirigeants leur faire. Nous n'avons pas à les considérer, eux qui nous ont montré le chemin, comme des partenaires mineurs dans la discussion sur la réorganisation, sur le réordonnancement d'un monde par une finance juste et une économie humaine. Nous avons à les laisser s'affirmer tout en ne nous reniant pas en face d'eux. En un mot, nous avons à agir en partenaires avec eux. Nous avons progressivement enfin et surtou à apprendre à les aimer ; mais, pour cela, il ne faudrait pas qu'une xénophobie se répande de part et d'autre. Il faudrait surtout que nous parvenions à chasser la peur que nous fait leur force vitale, mais aussi, parfois leurs élans répressifs, leurs critiques brutales ou leur religion qui sécrète des sociétés organiques, mais que nous trouvons par trop englobante et qui fait à notre idée trop peu de cas de l'individu. Il faut chasser la peur que nous fait le vitalisme arabe. Car notre peur leur fait peur, les fait nous haïr. On sait ce qu'il en coûte parfois d'un regard de travers. La peur est la pire ennemie de la paix.
Ton torrentiel conjuré... de la peur et autres sortilèges immobilisateurs
Envoyé par le Torrentiel, le 16 février à 17h54
Mon cher Croissant de lune,
Si tu invoques le salut sur "ceux qui soupirent pour un monde nouveau, exempt de toute servitude, et pour un homme nouveau, franc de toute aliénation", alors, que le salut soit sur moi, car je suis de ceux qui soupirent pour ce monde, si je n'ai l'âme assez combattante. J'ai aussi aimé que tu applaudisses à la victoire du "sultan" comme à celle du peuple, que Rousseau après le marquis d'argençon et quelques autres, désignait comme "le souverain", en qui, pour qui et au nom de qui était concentrées la légitimité et la force du gouvernement. Souverain-sultan référé en egypte au "Souverain des sultans, qui a été "la cause du peuple" comme "le peuple a été la cause (du tout-Puissant)". ". Que dieu n'ait pas été "la "cause du peuple", voilà ce qui aura manqué à la révolution française, qui aura voulu substituer "une religion civile" instrumentale à une foi active et vivifiante. Que "le peuple (soit la cause de dieu", c'est ce que le concile vatican II, fort malmené depuis que ses déclarations ont été promulguées, a lui aussi découvert, ouvrant la voie par cette expression, je le comprends en te lisant, à la "téhologie de la libération", et pour cette raison critiqué par ceux qui n'avaient nulle envie que l'homme se libérât un jour.
Lorsqu'a retenti la nouvelle de la démission de Moubarak, mon sang n'a fait qu'un tour, et j'ai immédiatement téléphoné à mes amis coptes, perdus de vue depuis si longtemps et dont la femme était gravement malade. Je redoutais toujours, si je leur passais un coup de fil, d'apprendre une mauvaise nouvelle. Je n'ai pas plus tôt retrouvé et composé le numéro de téléphone de leur nouvelle brasserie que je tombe sur mon amie fadia, dont la voix est rassérénée comme aux premiers jours où je l'ai connue, après des années de longue maladie et des passages par des états commateux. Notre joie éclate de nous réentendre, j'y sens comme le signe d'une double résurrection, celle de l'egypte se confondant avec celle de mon amie fadia, et puis... J'évoque inévitablement les événements d'Egypte, je sens que ça ne mord pas à l'autre bout du fil, mon interlocutrice est méfiante, j'ai mal pour elle, mais j'épouse sa crainte.
Le lendemain, samedi 12 février, vient sonner à ma porte un chrétien irakien rencontré à la messe du dimanche précédent et que, comme il se proposait de me raccompagner, j'avais. invité à boire un verre. Ces chrétiens d'Orient sont sobres comme vous autres, chameaux, mais d'une honnêteté, d'un dévouement sans faille envers la veuve, l'orphelin, l'aveugle, comme peuvent l'être des citoyens de ta nation, j'en ai eu maints exemples : les seuls chauffeurs de taxi qui ont refusé mon défraiement au nom de la religion étaient de tes correligionnaires. Devant mon visiteur, j'évoque, à la fois la coïncidence qui me fait le retrouver le lendemain du jour où j'ai renoué avec mon amie copte, depuis si longtemps perdue de vue et que je craignais d'avoir perdu tout court ; j'oublie de lui faire part de ses réticences implicites devant la révolution d'egypte que je salue ensuite devant lui. Lui n'a pas la même réaction que Fadia, il s'en félicite aussitôt, ajoutant que nous autres, chrétiens, nous sommes trop habitués à offrir aux dictateurs un visage résigné qui peut vite devenir complice. Or, me rappelle-t-il, Jésus devant Pilate, mais plus encore devant les représentants des autorités d'Hérode, n'a fait preuve d'aucune faiblesse. Il n'a jamais déclaré bon un régime qui était mauvais, ni roi qui n'était que pantin. Seulement, il a laissé pilate répondre à la propre question qu'il posait devant le Dieu de Vérité et qui soulevait en lui un abîme de perplexité :
"qu'est-ce que la vérité ?"
Pilate, c'est ma foi, avait en face de lui la vérité même, et la vérité lui laisse faire son chemin, cette Vérité qui, ailleurs, se dit le chemin, chemin de silence dans le doute sublimé, chemin, moins de pesée des événements, moins de discernement que de réceptivité contemplative et de réponse du coeur.
Comment mon coeur ne vibrerait-il pas à l'unisson de l'Egypte longue et libre ! Et pourtant, comment me défendre d'éprouver la surprise que cette leçon de liberté me soit donnée par deux sociétés islamiques, qui incarnent le moins cette valeur dans l'esprit plein d'a prioris de l'occidental que je suis ! Comment être sûr que je dois tout à fait me réjouir de cette victoire, si d'abord, cette société islamique me somme de reconnaître la supériorité de son modèle social et religieux, qui a certes permis cette révolution, mais qui a aussi couvert et couvé, plus d'un demi-siècle durant, les régimes despotiques dont elle se libère aujourd'hui, dans ce "printemps des peuples". De plus, suis-je bien sûr que j'assiste à un "printemps des peuples" ? La chose ne me paraît pas aussi évidente qu'en roumanie ou qu'en russie, lesquels pays m'ont cruellement détrompé après que j'ai accueilli d'une joie sans mélange la révolution de velours qu'ils offraient au téléspectateur que j'étais : à peine chassées, les olygarchies sont renées de leurs cendres ; la roumanie s'est rapidement montrée un régime autoritaire ; quant à la Russie, les dirigeants qui ont succédés à gorbatchev ne se sont pas montrés à la hauteur de ce grand homme d'etat, dont je me suis toujours demandé à part moi s'il n'était pas un agent de la cia. Chaque fois que je la posais autour de moi, la question faisait rire ; aujourd'hui encore, je ne suis pas sûr que je n'avais pas vu juste. Come quoi tu vois que, moi aussi, je sais quelquefois déceler du "complot dans l'histoire" bien avant qu'on m'ait appris à me méfier de toute "téhorie du complot", et que ce n'est pas toujours ni unilatéralement celui qu'on croit.
Bref, j'ai été largement déçu par le "vent de liberté" qui venait des pays de l'est. Peut-être celui qui vient d'Egypte ne porte-t-il pas exclusivement la liberté sur les fanions que l'histoire emportera, sitôt qu'on aura cessé de les regarder s'agiter ; et, si l'on est optimiste, il est possible qu'on doive gager que ce mélange de liberté avec autre chose, qui la rend plus complexe et moins pure qu'un absolu , est ce qui l'enracinera dans le merveilleux. Dieu réponde à cette espérance optimiste qui, je le sais, rencontre ton assentiment de croyant dans une nature humaine qui n'est, ni totalement à proscrire, ni davantage à idéaliser !
Qu'est-ce qui me fait penser que cette liberté venue d'egypte est moins pure que le vent trompeur qui était venue m'en visiter depuis Bucarest, berlin et Moscou ? C'est que, de ces trois pays, je croyais connaître un peu la dissidence ; pour autant, les dissidents y ont-ils exercé le pouvoir ? Ensuite, dans ces trois villes, il y avait des syndicats qui pouvaient se substituer en se renouvelant à une société en voie de désintégration, comme est toute société qui vit une révolution, laquelle est toujours une histoire longue où les masses se soulèvent et, si elles ne sont pas portées, retombent. En Egypte, j'interprète positivement que la révolte des assaillants de la place de la libération se transforme en "révolte des bassalaires", avec grèves et débrayages sociaux pour remédier à cet état d'injustice flagrante. Autant je m'étais impatienté de mon fauteuil ou de mon lit que ces assaillants campent sur cette place et ne prennent pas d'assaut le palais présidentiel, autant je me disais que la meilleure manière de "garder leur révolution" était de ne pas accepter d'en être chassés, comme l'exigea l'armée, à peine le pouvoir lui fut-il remis et qui eut pour premier réflexe d'évacuer un grand nombre de barricades, pour faire cesser la liesse. Le pays devait se remettre en ordre de marche, l'économie le réclamait ; le peuple ne l'entendit pas de cette oreille, il fut conséquent avec sa révolte, ne se contenta pas que le dictateur eût été renversé, mais réclama du pain. Comment va-t-il s'organiser pour être entendu ? C'est toute la question. Quelques jours avant que Moubarak ne soit démis, ton cheik tarik Ramadan laissa percer la même inquiétude que la mienne : cette révolution n'a pas de leadership. En l'absence de syndicats capables de suppléer à la vacance organique du prolétariat en associations revendicatrices, en l'absence de l'émergence d'un leader en lequel le peuple puisse se reconnaître comme on a cru un temps que pourrait être Amr Moussa, en l'absence plus étonnante d'une saisie plus significative d'une partie du pouvoir par les "frères musulmans" qui, bien qu'ils reconnaissent avec panache qu'ils n'ont pas été les instigateurs de cette révolution, pourraient lui donner une ossature sociale, d'autant que l'"aide sociale" a toujours été leur fort, cette révolution serait-elle en train de se donner "spontanément" la suite et l'organisation qui découlent logiquement du renversement du dictateur qui passe pour un des plus corrompus du monde, sinon pour une des plus grandes fortunes de celui-ci ? Evidemment, le "spontanéisme révolutionnaire" fait généralement long feu, il est à espérer que l'egypte soit en voie de trouver la parade à l'anarchie qui pourrait être un des premiers éléments de la confiscation de la démission qu'elle a su faire d'un dictateur dont ne supportait plus le joug tortionnaire.
La seconde raison qui renvoie de ce vent de liberté un souffle mêlé à nos narines occidentales tient à ce qu'il paraît évident qu'un dictateur a été démis, mais qu'il ne s'ensuit pas nécessairement qu'on ait changé de régime. Et c'est ici que je risque à nouveau de poser une question qui fâche : comment expliquer qu'autant l'absence de syndicats fait défaut à cette révolution jusqu'à ce qu'elle ait trouvé comment la remplacer, autant le Président s'est démis au profit de ceux-là mêmes qui l'avaient installé, c'est-à-dire d'une armée à qui on peut certes accorder le crédit de n'avoir pas tiré sur son peuple, mais qui, avec les biens dont elle dispose, est chargée d'organiser une "transition démocratique" dont on doute qu'elle ait très envie. C'en est au point que des malveillants ont pu dire que le renversement de Moubarak s'était fait, par le principal intéressé, au profit d'un coup d'etat militaire. C'aurait été vrai s'il n'y avait pas eu de révolution civile. Mais tout de même, alors que tu te gargarises que "le printemps des peuples" nous soit apporté par des sociétés islamiques, il demeure un fait constant que pas une de ces sociétés ne réussisse pour lors à tolérer un gouvernement purement civil. En tunisie, le général ben ali cède la place à un gouvernement étroitement surveillé par l'armée dont était issu Ben ali. En algérie, la peur d'une recrudescence de la guerre civile fait que se cumule au despotisme du Président le fait que cet homme ne soit que le représentant de son parti et soit entièrement ligoté par une armée, dont chaque général détient le monopole des pots de vin sur une denrée : il y aurait le général du sucre, celui du logement, sans parler de ceux du pétrole. En Turquie même, Erdogan est étroitement surveillé par une armée qui menace à tout instant de le démettre, s'il pousse un pas trop loin de ce qu'on peut tolérer de sa dissidence vis-à-vis du kémalisme, dont ils restent les stricts observants. En matière d'observance, il faut dire un mot des "gardiens de la révolution" de la République islamique d'Iran qui, en les instaurant, a, comme je te l'ai déjà fait observer, repris l'un des points de l'organisation de la république platonicienne. Mais ce corps prouve au-delà qu'en complément de ce que tu m'as laissé entendre lors d'une de nos deux longues nuits téléphoniques, certes, un parti islamiste à la mode turque pourrait être indéfiniment réélu parce que satisfaisant à la manière dont le peuple souhaite être gouverné ; mais aussi, une révolution islamiste à la mode iranienne n'entend tellement pas se laisser renverser qu'elle établit des gardiens pour éviter cela. De même, le "guide lybien est lui aussi un colonel, pas exactement, je te le concède, comme les grecs ont eu leurs colonels, d'autant que je crois que Khadafi a été l'un des plus grands et des plus constants serviteurs de la cause arabe, ce qui n'empêche pas que ses concitoyens ne veuillent le chasser au plus vite, bien qu'on ait dit sa société réglée d'une façon pyramidale exemplaire, malgré des avoirs en suisse du guide, et des troubles de moeurs à la berlusconi. D'où vient, en résumé (et voici la question qui fâche et que tu voyais poindre), ce quasi unanimisme des sociétés islamiques à manifester une propension certaine à s'appuyer sur des armées puissantes, et qui restent le premier pouvoir dont il faut s'assurer de la neutralité bienveillante, une fois que les tyrans ont été chassés ? Tu me répondras sans doute que, presque toujours, les premiers ministres israéliens sont eux aussi des généraux, parfois même d'anciens chefs terroristes, comme Menahem begin ou ou Yitzhak Shamir, ce qui est encore plus grave, assurément. Mais ce n'est pas parce qu'un mauvais pli a été pris dans un etat que tu considères comme ton ennemi, qu'il faut le perpétuer chez toi. Si j'adresse une prière pour la réussite de la révolution égyptienne, c'est pour que les gardiens n'en soient pas un corps érigé à l'exemple de celui de la république islamique d'Iran, mais pour que les gardiens de cette révolution soit les civils de la place Tahrir ou mieux, les civils organisés en syndicats.
Voilà deux questions laissées en suspens et que je te pose : pourquoi des régimes paramilitaires en terre d'Islam et quel est le différend islamomarxiste ? Je n'oublie pas, qu'en termes très autoritaires et véhéments, tu m'as sommé de retirer que je pouvais penser qu'il y avait un atavisme islamique de l'immolation et de l'égorgement, je m'en expliquerai, faits à l'appui, dans ma missive. Mais je ne crois pas qu'un homme libre pisse sommer un autre homme libre de retirer une de ses questions. Surtout pas dans un pays libre dont l'homme libre qui les pose est l'autochtone. Jouirais-je de la même liberté de parole si j'étais un étranger chez toi, liberté qui te permet, en terre ayant été chrétienne, d'accabler le christianisme de reproches qui sont rien moins que des questions ? Ceci valait d'être noté, à la suite de ton injonction pour ma chute dans l'article traitant de l'analyse de la "révolution de jasmin" par abdelwahab Médeb à qui je précise, si jamais il tombait par hasard ou parce que quelqu'un les lui aurait signalées, sur l'une de nos analyses de son article sur "etudestorrentielles" que, bien évidemment, lui est d'avance accordé tout droit de réponse qu'il pourrait réclamer, d'autant que tu le traites de "musulman renié", ce qui n'est pas aller avec le dos de la cuillère, dans une société où la renégation est souvent poursuivie, et sinon interdite, du moins très mal vue. De plus et pour clore cet incident, je crois légitime de te poser une question, même violemment formulée, sur l'islam, tandis que je m'interroge publiquement et en tant que chrétien, sur le caractère non temporellement opératoire du sacrifice christique. Ne serais-tu pas capable de faire la même critique de ta religion que je fais de la mienne ? Trouves-tu la mienne l'oeuvre de "l'esprit qui nie", c'est-à-dire du diable en christianisme ? Es-tu le seul fondé à t'interroger sur ta religion ? Je soutiens que toute question est légitime et vaut d'être posée, y compris celle, présentement, du rapport de la société islamique et du corps d'armée qui semble la placer sous surveillance et dont je souhaite vraiment qu'elle ne phagocyte pas le nouveau régime, qui succédera à Moubarak. Je reconnais que cette question ne brille pas par son originalité dans les consciences et dans la presse occidentale. Pourtant, à supposer que nous ne fassions pas la même analyse du rôle de l'armée dans la sphère musulmane et dans la chrétienté qui a tort de se croire enterrée, de l'armée, ici gardienne et là confiscatrice des révolutions, le malentendu vaut d'être dissipé.
N'omettons pas de dire un mot, d'abord des menées que font les ennemis de ce "printemps des peuples" arabes, ennemis dont je ne suis pas, si croisériste qu'il t'arrive de me croire ; car, si je n'en fais pas une conséquence inéluctable du sionisme, j'ai toujours prévu , qu'il se passerait une libération de cet ordre dès lors que nous avons imposé la guerre du golfe persique au monde arabe. Ce "printemps des peuples" est même la meilleure chose qui pouvait nous arriver, y compris à nous, occidentaux. Car s'il se fût fait à travers la guérilla dans des pays à forte minorité musulmane, comme y poussait George Bush à travers sa stigmatisation du terrorisme, ce monstre tentaculaire insaisissable, et non par le soulèvement d'une nation constituée, on ne peut présager des dommages que nous aurions subis en europe. Tandis que, même si un relèvement des minorités musulmanes est consécutif à ce soulèvement de l'egypte et de la tunisie, d'abord ce relèvement sera un relèvement de dignité et non pas une multiplication d'agressions sporadiques ; et puis ces minorités ne seront pas seules. Or rien n'est plus terrible qu'un guerrier qui se croit seul pour faire oeuvre de justicier.
Ces menées de vos ennemis sont doubles : d'abord, à l'intérieur de la Tunisie, de fortes vagues migratoires conduites par des passeurs voguent vers Lampedousa, emmenant des jeunes qu'on dit pauvres et sans travail, mais dont le caractère de pariats a l'air de tenir essentiellement à ce que ces migrants étaient d'anciens miliciens de Ben ali. Encore que, rien n'étant simple, il se puisse que s'y mêlent d'authentiques fuyards d'un pays en train de se reconstruire, qui ne veulent pas participer à cet effort de reconstruction parce qu'ils ne croient pas qu'ils pourront y trouver leur place, ni que leur avenir changera le moins du monde, que Ben ali soit déchu ou soit resté en place. Ces sortes de déserteurs font malheureusement équipe avec les anciens miliciens. Toujours est-il que ceux qui ont intérêt à dire que rien n'a bougé en Tunisie peuvent dauber sur cet exode massif. Enfin, se réactivent (ou sont rréactivés) les manifestations opposées au régime iranien. Là encore, il y a fort à parier qu'elles sont largement télécommandées, même si la pression étrangère ne doit pas être le seul facteur explicatif de ces manifestations. Si d'autres l'étaient davantage, cela voudrait dire que la composante islamiste, dont on ne peut pas dire qu'elle récupère dans la précipitation les révolutions qui se produisent dans le monde arabe, dont on ne peut même pas dire qu'elle joue un rôle essentiel en Algérie par exemple, aurait du plomb dans l'aile. Pour autant, la réactivation de ces manifestations contre le régime iranien intervenant tout juste après que la révolution égyptienne a réussi à atteindre son objectif immédiat et de plus haute portée symbolique, le renversement de Moubarak, me paraît tout de même un peu trop cousue de fil blanc.
Enfin, dans quelle mesure ce qui a réussi en egypte a-t-il un caractère exportable dans le monde arabe et dans le monde ? ON sait ce qu'il en est dans les différents pays arabes, où la situation est variable, mais où la révolte gronde au Yémen, où la coordination Nationale pour la Démocratie et le Changement a l'air décidée en algérie qui pourrait bien être le prochain pays sur la liste, même si la révolution y est presque plus difficile à mener qu'en egypte, où les soulèvements populaires n'épargnent pas les monarchies marocaines ou jordaniennes, où l'"autorité palestinienne" de Gaza joue à faire comme si le mandat de Mahmoud abas n'était pas indûment prolongé par la puissance occupante, à travers ce premier ministre qui s'autodémissionne... Mais dans le monde, où le Forum social altermondialiste vient de finir son show en réplique à davos ? Mais ne parlé-je pas un peu légèrement de mouvements qui réfléchissent de façon trop déconnectée des peuples ? En Italie, là même où les migrants tunisiens se rendent avant de trouver à se disperser dans le pays de leur choix, des "ligues de vertu" en ont assez de berlusconi, en raison de sa lubricité jointe à une corruption ou à une possession monopolistique de l'appareil d'etat. En France, on commence à se rendre compte que la politique paye un peu trop bien, si bien que le directeur du FMI que, soidisant, les sondages appellent, nous est soudain présenté comme un multimilliardaire possédant villas et hôtels particuliers place des Vosges à Paris, au Maroc et à washington. Cependant qu'après l'affaire des vacances de Fillion et de Michèle alliot-Marie, l'on découvre que le Président sarkozy qui leur a gentiment tapé sur les doigts a été lui-même avec sa femme l'invité du roi du Maroc dans un de ses palais. La diplomatie française ne cesse de se ridiculiser en exigeant la plus rigoureuse indépendance de la Justice dans une France de magistrats frondeurs et en s'ingérant contre l'indépendance de la Justice mexicaine, parce qu'elle s'est exercée à l'encontre d'une de nos compatriotes, envers qui elle a rendu des conclusions défavorables, ce que contestent le Président de la république et sa ministre des affaires étrangères avec un tel aplomb, que les autorités mexicaines, non seulement seront les premières à boycotter "l'année du Mexique en france", manifestation bien coûteuse en cette période de vaches maigres, mais seront d'autant plus braquées à s'opposer au transfèrement de leur prisonnière qu'on prétend leur Justice sommaire, à peines, il est vrai, bien longues. Or tout cela n'est qu'une chronique des petits faits du jour. Il y a des faits qui peuvent beaucoup plus fondamentalement unir le "printemps des peuples" inauguré par le monde arabe avec un sentiment tout à fait similaire, dont pourrait naître une réaction européenne sinon occidentale.
Les citoyens américains ne se sont guère opposés aux prêts bancaires frauduleux qui ont privé bon nombre d'entre eux de leurs maisons et combien plus de leur emploi ! En l'absence d'une révolte populaire, s'en est suivie une crise financière internationale, devant laquelle le monde entier est resté relativement passif, avant que cette révolte, conduite par le monde arabe, pour des raisons qui pourraient bien ne pas lui être qu'intérieures, ne vienne remplacer la crise dans les esprits. De beaucoup plus grande portée est cette crise politique en réponse à une crise de l'impéritie politique et du cynisme des gouvernants du monde qui laissent jusqu'à leurs classes moyennes être traitées comme elles n'ont eu cure de ménager le prolétariat, depuis longtemps désorganisé par la social-traîtrise des syndicats européens. Seulement, là où emmanuel todd a raison, c'est que d'une toute autre ampleur pourrait être la réaction d'une classe moyenne abandonnée, et que le gouvernement croit endormir en l'exaspérant au jour le jour, comme s'il avait oublié la théorie de la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Dans les pays prétendus nantis, il s'en faut qu'un quart de la population ne vive pas dans des conditions décentes aussi bien matériellement que moralement : au deux millions et demie de chômeurs officiellement recensés desquels ont été retranchés ceux qu'on a radiés arbitrairement, il faut ajouter (ce que j'ai appris tout récemment) quatre millions d'inactifs qu'on n'avait pas particulièrement repérés parce qu'ils ne s'étaient enregistrés nulle part. A quoi il faut ajouter les 7 millions de "travailleurs pauvres" ou "précaires", dont on peut bien supposer que ne dépende plus tout à fait une personne par tête, étant donné la désagrégation de la famille et le fait qu'un peu plus d'une personne sur deux est célibataire, soit non mariage, soit divorce. Mais même si l'on supposait le chiffre raisonnable de 0,5 (en arrondissant) personne dépendant d'un chômeur, d'un inactif ou d'un travailleur précaire, cela amènerait le nombre des précaires au tiers de la population française. Une telle proportion peut-elle longtemps rester invisible ? D'autant qu'une des causes premières de l'écrabouillement dont sont victimes les classes moyennes est le mal-logement, c'est-à-dire exactement le même problème qu'en Algérie. Que des inactifs soient mal logés, on ne peut que le trouver dur pour eux ; mais si en plus des travailleurs précaires gagnant le SMIC n'arrivent pas à trouver logement parce que les loyers ne sont pas plafonnés, c'est le fondement d'une exaspération qui couve, dont le deuxième étage est l'exaspération par la bureaucratie, dont le troisième étage est constitué par l'ensemble des mesures vexatoires qui sont prises au jour le jour contre ces travailleurs et dont l'étage ultime peut fort bien être la corruption des élites, si l'étalage continue de s'en accumuler, comme c'est la pente très naturelle d'une "société de l'image" qui, loin de cacher ses turpitudes de "petits marquis", a l'air fière de les montrer au grand jour.
J'ai longtemps cru que la corruption était un mal mineur, je commence à revenir de cette croyance. La corruption est un mal mineur aussi longtemps qu'elle reste marginale et secrète, et que le pays n'en est pas moins bien gouverné. Mais que ces conditions disparaissent une à une, et la corruption pourrait bien devenir, sinon un mal, mais une cause de déflagration majeure. L'Occident se sent encore enlisé d'avoir connu, l'une après l'autre, les années fastes d'une liberté déchaînée, et et, par un retour du refoulé, un reflux de la liberté, cette "guele de bois" économique, écologique et morale. Mais on se réveille des enlisements les plus longs, surtout si ce réveil obéit à ce que ses ennemis appellent un "effet de contagion". Sans un réveil progressif d'ampleur mondiale, l'interdépendance du monde ne pourra pas évoluer vers plus de justice. Autant Emmanuel todd se montre un fin analyste quand il diagnostique qu'on ne peutpas impunément maltraiter les classes moyennes, autant il lui est un peu facile de se rire de nos maux avec une faconde d'intellectuel plein de lui-même, qui se rend bien compte qu'il porte assez d'idées pour se présenter à l'élection présidentielle, mais qui veut n'en rien faire et laisser les autres mettre la main dans le cambouis. Mais plus encore se montre-t-il utopiste quand il affirme de moins en moins prêcher dans le désert en prônant le protectionnisme européen dont un autre mot est "la préférence communautaire", qui a été défendue, ne lui en déplaise, par Nicolas sarkozy, qui l'est aussi par "ce bouffon de Mélanchon", comme il l'appelle ! Et puis après de toute façon ? Si les dirigeants européens font chorus pour n'en pas vouloir et si les peuples ne se soulèvent pas pour ne pas la réclamer ? Comment l'Europe l'obtiendra-t-elle, sa protection, après que les gouvernements français successifs se sont par exemple assis sur le "non" de leur peuple au traité constitutionnel européen pour fomenter, malgré lui, à l'ombre de leur peuple, le traité de Lisbonne ? C'est dans la participation commune à une saine et juste régulation du monde que nous devons nous allier aux mouvements révolutionnaires qui libèrent lentement, mais sûrement le monde arabe. Nous leur devons encore notre soutien parce que les régimes qui prétendaient nous représenter leur ont fait des "coups pendables" en leur confisquant leur pétrole, en les bombardant, en ne défendant pas leur liberté, en ne leur souhaitant pas une démocratie pour laquelle ils n'auraient pas été mûrs, en traînant sans tâcher de la comprendre leur culture et leur religion dans la boue. Nous avons à nous repentir du mal que notre génération a laissé ses dirigeants leur faire. Nous n'avons pas à les considérer, eux qui nous ont montré le chemin, comme des partenaires mineurs dans la discussion sur la réorganisation, sur le réordonnancement d'un monde par une finance juste et une économie humaine. Nous avons à les laisser s'affirmer tout en ne nous reniant pas en face d'eux. En un mot, nous avons à agir en partenaires avec eux. Nous avons progressivement enfin et surtou à apprendre à les aimer ; mais, pour cela, il ne faudrait pas qu'une xénophobie se répande de part et d'autre. Il faudrait surtout que nous parvenions à chasser la peur que nous fait leur force vitale, mais aussi, parfois leurs élans répressifs, leurs critiques brutales ou leur religion qui sécrète des sociétés organiques, mais que nous trouvons par trop englobante et qui fait à notre idée trop peu de cas de l'individu. Il faut chasser la peur que nous fait le vitalisme arabe. Car notre peur leur fait peur, les fait nous haïr. On sait ce qu'il en coûte parfois d'un regard de travers. La peur est la pire ennemie de la paix.
Ton torrentiel conjuré... de la peur et autres sortilèges immobilisateurs
samedi 12 février 2011
La victoire du sultan
(extrait du dialogue entre le Torrentiel et un croissant de lune, partie IV, chronique 12)
Envoyé par Croissant de lune, le 12 février à 0h14
Mon torrentiel!
Au nom de Dieu l'Unique, Juste et Tout-Puissant.
Gloire et vie, à tous ceux qui combattent dans la voie de la liberté. Salut à tous ceux qui soupirent pour un monde nouveau, exempt de toute servitude, pour un homme nouveau, franc de toute alliénation. Gloire et hauteur, au grand peuple Arabe et libre de l'égypte longue, clé du monde, aînée de toutes les patries et leur première mère, Gloire et hauteur à ce grand peuple et sa révolution vivante et créatrice, qui repousse très loin les bornes du possible, transforme l'illusion en prodige avéré, la chimère en miracle authentique et prouvé. Que la bonne nouvelle de cette victoire immense emplisse d'une saine joie, les coeurs des justes, et d'affliction leurs ennemis!
Ce fut l'oeuvre magnifique du peuple, sa volonté prévalut! Tel un Sultan, confiant dans sa droiture, sûr de sa justice, le peuple voulut la déchéance du tyran et ses aides, son voeu rencontra acquiescement et obéissance. Le peuple Sultan, donna un ordre, et il lui fut dit, selon la formule, "Entendre c'est obéir"! Il en fut ainsi, parce que le peuple est la Cause de Dieu, et que Dieu est la cause du peuple!
Décisive est cette victoire. Le régime gouvernait la terre et les hommes d'une poigne de fer policière, qu'on pouvait tenir pour invaincible. La main de fer fut brisée! Qui, après cela, pourra croire aucun gouvernement plus fort que les voeux de son peuple? Partout les tyrans tremblent, les puissances hypocrites se confondent en bénédictions, l'ennemi s'afflige. On peut croire qu'un point de non-retour, un niveau de masse critique, est atteint désormais, dans la voie du relèvement de la Nation. On peut entrevoir des conséquences lointaines, à la dimension de l'humanité entière. Désormais, seulement, la Tunisie verte, récemment libre, peut respirer, protégée par la puissante égypte. Sans cela, les scénarios réactionnaires étaient envisageables, voire probables.
Quel poète serait assez sagace et inspiré, pour trouver un chant digne de cette victoire? Tous les hommes, les plus oprimés, les plus errants, aprennent qu'on peut agir son destin, et que la volonté n'est qu'un instrument, dont on peut se saisir à chaque instant. L'homme est plus grand et libre, plus apte à changer son sort. Dieu est grand qui permet ces choses, et nous fait voire ces merveilles.
Croissant de lune.
Envoyé par Croissant de lune, le 12 février à 0h14
Mon torrentiel!
Au nom de Dieu l'Unique, Juste et Tout-Puissant.
Gloire et vie, à tous ceux qui combattent dans la voie de la liberté. Salut à tous ceux qui soupirent pour un monde nouveau, exempt de toute servitude, pour un homme nouveau, franc de toute alliénation. Gloire et hauteur, au grand peuple Arabe et libre de l'égypte longue, clé du monde, aînée de toutes les patries et leur première mère, Gloire et hauteur à ce grand peuple et sa révolution vivante et créatrice, qui repousse très loin les bornes du possible, transforme l'illusion en prodige avéré, la chimère en miracle authentique et prouvé. Que la bonne nouvelle de cette victoire immense emplisse d'une saine joie, les coeurs des justes, et d'affliction leurs ennemis!
Ce fut l'oeuvre magnifique du peuple, sa volonté prévalut! Tel un Sultan, confiant dans sa droiture, sûr de sa justice, le peuple voulut la déchéance du tyran et ses aides, son voeu rencontra acquiescement et obéissance. Le peuple Sultan, donna un ordre, et il lui fut dit, selon la formule, "Entendre c'est obéir"! Il en fut ainsi, parce que le peuple est la Cause de Dieu, et que Dieu est la cause du peuple!
Décisive est cette victoire. Le régime gouvernait la terre et les hommes d'une poigne de fer policière, qu'on pouvait tenir pour invaincible. La main de fer fut brisée! Qui, après cela, pourra croire aucun gouvernement plus fort que les voeux de son peuple? Partout les tyrans tremblent, les puissances hypocrites se confondent en bénédictions, l'ennemi s'afflige. On peut croire qu'un point de non-retour, un niveau de masse critique, est atteint désormais, dans la voie du relèvement de la Nation. On peut entrevoir des conséquences lointaines, à la dimension de l'humanité entière. Désormais, seulement, la Tunisie verte, récemment libre, peut respirer, protégée par la puissante égypte. Sans cela, les scénarios réactionnaires étaient envisageables, voire probables.
Quel poète serait assez sagace et inspiré, pour trouver un chant digne de cette victoire? Tous les hommes, les plus oprimés, les plus errants, aprennent qu'on peut agir son destin, et que la volonté n'est qu'un instrument, dont on peut se saisir à chaque instant. L'homme est plus grand et libre, plus apte à changer son sort. Dieu est grand qui permet ces choses, et nous fait voire ces merveilles.
Croissant de lune.
jeudi 10 février 2011
Le discours du tyran
(suite du dialogue entre le Torrentiel et un croissant de lune, chronique 11)
Envoyé par Croissant de lune, le 11 février 2011 à 0h9
Bonsoir mon Torrentiel!
Je trouve passionnants vos échanges autour d'Abdel-Wahab Médeb, j'y participerai pllus tard, ce week-end. C'est que j'ai longtemps attendu, devant la Jézira combattante, le discour du tyran! Prévu à 22 heures, du Caire, 21 h, de Paris, il prit trois quart d'heures de retard, au bas mot. Il fut précédé, dans la journée, par un communiquée de la Haute Assemblée de l'Armée Nationale, l'état-major, donc, qui fut diversement commenté. On y voyait des encouragements plus ou moins manifestes au peuple, presqu'un parti-pris pour ses aspirations légitimes. Le communiqué était le communiqué numéro 1, ce qui laisserait supposer qu'il y en aura d'autres. A la lumière de ce communiqué, on a cru prévoir, comme possible ou probable, l'annonce du départ du tyran. Il n'en fut rien, hélas! Tu trouveras sans doute ces deux enregistrements, comme tu l'as fait l'autrefois, sur un site télévisuel, où on accède à des vidéos.
Le tyran, s'est présenté comme affligé du sang des martyres, et promet de châtier les coupables, des plus lourdes peines prévues dans la loi. Balivernes, puisqu'il maintient le vis-président, auquel il transfère ses pouvoirs, lequel est criminel et torturant, à n'en pas douter. On peut même dire que le régime s'aggrave, en faisant la promotion du chef des renseignements, déjà vis-président, jusqu'à l'exercice effectif des prérogatives du président. Son discours aurait pu passer pour sincère, si du moins, il avait démis Souleiman de la vis-présidence, et des renseignements même! Il n'en fut rien.
Il invoqua, comme prétexte à son maintien et ses décisions, le fait qu'il aurait subi des interventions et diktats étrangers, supposément dans un autre sens! Cet argument pourrait marcher, mais, si je mesure sur moi, le grand peuple Arabe et libre de l'égypte longue, aura saisi, que ce régime défaitiste a néanmoins une souveraineté relativement marquée: le plus souverain des régimes Arabes, probablement. D'autre part, l'influence étrangère doit probablement fortifier le régime, ou au moins le chef des renseignements, puisqu'assurément, une victoire délibérée du peuple doit en faire trembler plus d'un, que ce soit les dites dictatures, ou régimes autoritaires, y compris les prétendues démocraties. Si je mesure sur moi, non seulement l'Arabie, mais encore la Chine, la Russie et même Washington, doivent craindre la contamination et les effets révolutionnaires.
On invoque, en revanche, la pression qu'exercent les forces de renseignements et la Garde Républicaine, en faveur du maintien du régime, ou son agravation par la confiscation du pouvoir, par ces deux institutions, combinées l'une à l'autre. C'est que la garde ou les renseignements craignent, en cas de renversement, d'avoir maints comptes à rendre, les mains liées, au banc des accusés!
Ce fut un jour millionnien, comme hier, sensé pourtant être jour de repos. L'extension du mouvement s'est poursuivi. Demain, vendredi du sultan, où il était prévu de se livrer à une marche sur le palais du Caire et d'en tenter l'assaut, pourrait bien être dix-millionnien! On prévoit deux millions seulement sur la grande place. J'apréhendes les effets de piétinements comme ça arrive souvent à la Mecque. Du reste, je serais pour reporter l'assaut sur le palais, puisqu'il semblerait que le tyran ait choisi la voie de porter le peuple à une attitude plus violente, pour mieux en justifier la répression sanglante. Le régime, très capable de complot, pourrait bien faire exister des armes à feu, par des éléments dissimulés dans la foule, autour du palais, que protègera sans doute la garde et non pas l'armée.
Demain, la révolution risque fort, de basculer vers plus de sang. Sauf si Dieu permet que l'Armée Nationale n'agisse dès cette nuit, quitte à se confronter à la garde. Quel sera le communiqué 2 de l'état-major?
Sitôt après le discours trompeur, la foule, massive, même de nuit, sur la place, s'est récrié, en réclamations de la chute totale du régime. Que Dieu puissant donne au grand peuple Arabe et libre de l'égypte longue, mère des patries, une victoire éclatante, en exemple à l'humanité, et en confusion des tyrans.
Rodomont, perplexe et déçu.
Envoyé par Croissant de lune, le 11 février 2011 à 0h9
Bonsoir mon Torrentiel!
Je trouve passionnants vos échanges autour d'Abdel-Wahab Médeb, j'y participerai pllus tard, ce week-end. C'est que j'ai longtemps attendu, devant la Jézira combattante, le discour du tyran! Prévu à 22 heures, du Caire, 21 h, de Paris, il prit trois quart d'heures de retard, au bas mot. Il fut précédé, dans la journée, par un communiquée de la Haute Assemblée de l'Armée Nationale, l'état-major, donc, qui fut diversement commenté. On y voyait des encouragements plus ou moins manifestes au peuple, presqu'un parti-pris pour ses aspirations légitimes. Le communiqué était le communiqué numéro 1, ce qui laisserait supposer qu'il y en aura d'autres. A la lumière de ce communiqué, on a cru prévoir, comme possible ou probable, l'annonce du départ du tyran. Il n'en fut rien, hélas! Tu trouveras sans doute ces deux enregistrements, comme tu l'as fait l'autrefois, sur un site télévisuel, où on accède à des vidéos.
Le tyran, s'est présenté comme affligé du sang des martyres, et promet de châtier les coupables, des plus lourdes peines prévues dans la loi. Balivernes, puisqu'il maintient le vis-président, auquel il transfère ses pouvoirs, lequel est criminel et torturant, à n'en pas douter. On peut même dire que le régime s'aggrave, en faisant la promotion du chef des renseignements, déjà vis-président, jusqu'à l'exercice effectif des prérogatives du président. Son discours aurait pu passer pour sincère, si du moins, il avait démis Souleiman de la vis-présidence, et des renseignements même! Il n'en fut rien.
Il invoqua, comme prétexte à son maintien et ses décisions, le fait qu'il aurait subi des interventions et diktats étrangers, supposément dans un autre sens! Cet argument pourrait marcher, mais, si je mesure sur moi, le grand peuple Arabe et libre de l'égypte longue, aura saisi, que ce régime défaitiste a néanmoins une souveraineté relativement marquée: le plus souverain des régimes Arabes, probablement. D'autre part, l'influence étrangère doit probablement fortifier le régime, ou au moins le chef des renseignements, puisqu'assurément, une victoire délibérée du peuple doit en faire trembler plus d'un, que ce soit les dites dictatures, ou régimes autoritaires, y compris les prétendues démocraties. Si je mesure sur moi, non seulement l'Arabie, mais encore la Chine, la Russie et même Washington, doivent craindre la contamination et les effets révolutionnaires.
On invoque, en revanche, la pression qu'exercent les forces de renseignements et la Garde Républicaine, en faveur du maintien du régime, ou son agravation par la confiscation du pouvoir, par ces deux institutions, combinées l'une à l'autre. C'est que la garde ou les renseignements craignent, en cas de renversement, d'avoir maints comptes à rendre, les mains liées, au banc des accusés!
Ce fut un jour millionnien, comme hier, sensé pourtant être jour de repos. L'extension du mouvement s'est poursuivi. Demain, vendredi du sultan, où il était prévu de se livrer à une marche sur le palais du Caire et d'en tenter l'assaut, pourrait bien être dix-millionnien! On prévoit deux millions seulement sur la grande place. J'apréhendes les effets de piétinements comme ça arrive souvent à la Mecque. Du reste, je serais pour reporter l'assaut sur le palais, puisqu'il semblerait que le tyran ait choisi la voie de porter le peuple à une attitude plus violente, pour mieux en justifier la répression sanglante. Le régime, très capable de complot, pourrait bien faire exister des armes à feu, par des éléments dissimulés dans la foule, autour du palais, que protègera sans doute la garde et non pas l'armée.
Demain, la révolution risque fort, de basculer vers plus de sang. Sauf si Dieu permet que l'Armée Nationale n'agisse dès cette nuit, quitte à se confronter à la garde. Quel sera le communiqué 2 de l'état-major?
Sitôt après le discours trompeur, la foule, massive, même de nuit, sur la place, s'est récrié, en réclamations de la chute totale du régime. Que Dieu puissant donne au grand peuple Arabe et libre de l'égypte longue, mère des patries, une victoire éclatante, en exemple à l'humanité, et en confusion des tyrans.
Rodomont, perplexe et déçu.
Un point de vue techniciste, symbolique et islamocentrique
Voici ma réponse à ce point de vue:
1. Abdelwahab Médeb est considéré comme un traître par beaucoup de musulmans, parce qu'il a affirmé ne pas "vouloir faire un pas avec les Palestiniens".
2. Son interprétation des événements reste relativement occidentale, en ce sens que l'Occident méprise le géographique au profit du sans frontiérisme et du technicisme. Il satisferait nos catégories occidentales de supposer que cette révolution s'est propagée par la toile. Or la toile n'a été qu'un des vecteurs, l'effort humain de contestation au risque de brimades physiques, donc l'héroïsme a fait le reste. Globalement, nous avons importé, dès que nous avons commencé de la connaître, dans notre interprétation de ces événements, nos catégories de lutte habituels : cette révolution aurait été faite par la toile, par les femmes, bref accomplie par ce qu'on appelle communément "l'idéologie du progrès". Il est faux, d'autre part, de dire qu'Internet et ses sous-ensembles, ses applications, ses hébergeurs, sont sans dessein : quelqu'un a inventé le world wide web, l'armée américaine ; quelques-uns en ont repris le contrôle : google, facebook, twiter. Les etats-Unis n'ont que lâché la bride de l'aspect opérationnel du contrôle exercé sur Internet. Ils n'ont délégué ce contrôle qu'en raison de leur préférence pour les entreprises privées sur la gestion étatique. Lorsqu'Internet a été inventé, on a dit qu'on tenait enfin le moyen infaillible de l'information transparente. L'information y est relativement transparente en effet, mais le moyen n'est pas infaillible : on peut couper Internet et fermer dans des pays entiers l'accès à certains sites. Il était évident qu'on évoluerait de la sorte. Tout système d'information, tout "forum démocratique", sécrète malheureusement ses systèmes de censure.
3. Abdelwahab Médeb a tort de dire qu'en ce début de troisième millénaire, le meilleur et le pire sont venus de terres d'Islam. Pour le pire, on n'est pas sûr. Non que je dénie la version officielle des attentats du 11 septembre : je ne vois pas quel aurait été l'intérêt des américains de les provoquer eux-mêmes au risque d'être blessés dans leur réputation d'invincibilité, bien qu'ils en aient fait ensuite l'usage politique et belliqueux que l'on sait. Mais les etats-Unis ont-ils vécu le pire ? Parce qu'un symbole s'effondre ? C'est bien le propre d'une société médiatique que de le penser, parce qu'une société médiatique repose sur du symbolique. On ne peut pas à la fois vouloir délocaliser un événement et, dans le même temps, prétendre islamo-centrer le meilleur et le pire. Car prétendre que le meilleur et le pire sont venus d'ère d'influence islamique, c'est recouvrer à son insu une interprétation géographique des événements. On ne peut s'empêcher de la recouvrer, puisqu'elle répond à la réalité de l'expérience et du vécu.
4. La société médiatique est une société symbolique. C'est le vice de cette société, en un sens humaine parce que l'homme est symbolique. Mais l'homme est symbolique au seul plan spirituel ou religieux. Quand on passe du religieux à la politique, quand on rentre dans l'histoire, on devrait sortir de l'ordre symbolique, car ce qui arrive à l'homme n'a rien de symbolique, ce qui arrive à l'homme est bien réel. Le vice d'une société médiatique est d'avoir cru qu'on pouvait faire avec l'histoire une société mythique. D'où des focales aveugles, dont, non seulement les intellectuels, mais les informateurs ne parlent pas. C'est en partie contribuer à la persistance de cet ordre symbolique que de dire que le pire est le pire parce qu'il est arrivé dans la focale à laquelle le monde est le moins aveugle. C'est procéder au contraire à la dénonciation nécessaire du mal que de disqualifier le silence des intellectuels, à la faveur d'une gradation étrange, néanmoins, qui désigne d'abord ce silence comme "compréhensible" parce que référé à des événements inouï,, puis comme "impardonnable", enfin comme seulement "coupable".
5. Il ne me paraît pas sain de confondre "le corps sacrificiel" de Mohamed bouazizi avec la Figure christique, d'abord parce que Mohamed Bouazizi a lancé un message politique et non pas spirituel ; ensuite parce que c'est conforter l'idée que le sacrifice est nécessairement le prix de la liberté. Pour autant, on peut reconnaître à Mohamed Bouazizi de s'être désigné lui-même comme le "bouc émissaire" dont la vie réclamait vengeance, ce qui amène la société à faire autre chose que de se désigner un ennemi imaginaire. Comment a pu réagir René girard face à la persistance du geste sacrificiel au principe d'un acte politique ? C'est que le christianisme a échoué à enlever au sacrifice sa valeur réelle, s'il a permis de sortir de la Logique Sacrificielle au plan symbolique. De cela même, on peut douter ; car si la rédemption est acquise au prix du sacrifice du christ, c'est qu'on en est pas sorti, d'autant qu'il faut joindre le sacrifice de son coeur, repentant et brisé, au sacrifice du Corps du christ. C'est toute la logique de la "représentation de l'humanité par un seul homme" qui est interrogée par cet échec apparent de la sortie de la logique sacrificielle au plan temporel. Quant à cette barbarie qu'est l'immolation par le feu, il est vrai qu'on a vu des gens vouloir mourir en "torches vivantes" il est exact aussi qu'il y a le précédent du printemps de Prague ; mais le courage et l'honnêteté intellectuelle commandent d'interroger l'Islam sur son atavisme inflamatoire et de l'égorgement. On ne peut tout à fait se sentir rasséréné de voir une révolution s'inaugurer par un acte qui, même infligé à soi-même, rappelle les pires tortures du Moyen age.
1. Abdelwahab Médeb est considéré comme un traître par beaucoup de musulmans, parce qu'il a affirmé ne pas "vouloir faire un pas avec les Palestiniens".
2. Son interprétation des événements reste relativement occidentale, en ce sens que l'Occident méprise le géographique au profit du sans frontiérisme et du technicisme. Il satisferait nos catégories occidentales de supposer que cette révolution s'est propagée par la toile. Or la toile n'a été qu'un des vecteurs, l'effort humain de contestation au risque de brimades physiques, donc l'héroïsme a fait le reste. Globalement, nous avons importé, dès que nous avons commencé de la connaître, dans notre interprétation de ces événements, nos catégories de lutte habituels : cette révolution aurait été faite par la toile, par les femmes, bref accomplie par ce qu'on appelle communément "l'idéologie du progrès". Il est faux, d'autre part, de dire qu'Internet et ses sous-ensembles, ses applications, ses hébergeurs, sont sans dessein : quelqu'un a inventé le world wide web, l'armée américaine ; quelques-uns en ont repris le contrôle : google, facebook, twiter. Les etats-Unis n'ont que lâché la bride de l'aspect opérationnel du contrôle exercé sur Internet. Ils n'ont délégué ce contrôle qu'en raison de leur préférence pour les entreprises privées sur la gestion étatique. Lorsqu'Internet a été inventé, on a dit qu'on tenait enfin le moyen infaillible de l'information transparente. L'information y est relativement transparente en effet, mais le moyen n'est pas infaillible : on peut couper Internet et fermer dans des pays entiers l'accès à certains sites. Il était évident qu'on évoluerait de la sorte. Tout système d'information, tout "forum démocratique", sécrète malheureusement ses systèmes de censure.
3. Abdelwahab Médeb a tort de dire qu'en ce début de troisième millénaire, le meilleur et le pire sont venus de terres d'Islam. Pour le pire, on n'est pas sûr. Non que je dénie la version officielle des attentats du 11 septembre : je ne vois pas quel aurait été l'intérêt des américains de les provoquer eux-mêmes au risque d'être blessés dans leur réputation d'invincibilité, bien qu'ils en aient fait ensuite l'usage politique et belliqueux que l'on sait. Mais les etats-Unis ont-ils vécu le pire ? Parce qu'un symbole s'effondre ? C'est bien le propre d'une société médiatique que de le penser, parce qu'une société médiatique repose sur du symbolique. On ne peut pas à la fois vouloir délocaliser un événement et, dans le même temps, prétendre islamo-centrer le meilleur et le pire. Car prétendre que le meilleur et le pire sont venus d'ère d'influence islamique, c'est recouvrer à son insu une interprétation géographique des événements. On ne peut s'empêcher de la recouvrer, puisqu'elle répond à la réalité de l'expérience et du vécu.
4. La société médiatique est une société symbolique. C'est le vice de cette société, en un sens humaine parce que l'homme est symbolique. Mais l'homme est symbolique au seul plan spirituel ou religieux. Quand on passe du religieux à la politique, quand on rentre dans l'histoire, on devrait sortir de l'ordre symbolique, car ce qui arrive à l'homme n'a rien de symbolique, ce qui arrive à l'homme est bien réel. Le vice d'une société médiatique est d'avoir cru qu'on pouvait faire avec l'histoire une société mythique. D'où des focales aveugles, dont, non seulement les intellectuels, mais les informateurs ne parlent pas. C'est en partie contribuer à la persistance de cet ordre symbolique que de dire que le pire est le pire parce qu'il est arrivé dans la focale à laquelle le monde est le moins aveugle. C'est procéder au contraire à la dénonciation nécessaire du mal que de disqualifier le silence des intellectuels, à la faveur d'une gradation étrange, néanmoins, qui désigne d'abord ce silence comme "compréhensible" parce que référé à des événements inouï,, puis comme "impardonnable", enfin comme seulement "coupable".
5. Il ne me paraît pas sain de confondre "le corps sacrificiel" de Mohamed bouazizi avec la Figure christique, d'abord parce que Mohamed Bouazizi a lancé un message politique et non pas spirituel ; ensuite parce que c'est conforter l'idée que le sacrifice est nécessairement le prix de la liberté. Pour autant, on peut reconnaître à Mohamed Bouazizi de s'être désigné lui-même comme le "bouc émissaire" dont la vie réclamait vengeance, ce qui amène la société à faire autre chose que de se désigner un ennemi imaginaire. Comment a pu réagir René girard face à la persistance du geste sacrificiel au principe d'un acte politique ? C'est que le christianisme a échoué à enlever au sacrifice sa valeur réelle, s'il a permis de sortir de la Logique Sacrificielle au plan symbolique. De cela même, on peut douter ; car si la rédemption est acquise au prix du sacrifice du christ, c'est qu'on en est pas sorti, d'autant qu'il faut joindre le sacrifice de son coeur, repentant et brisé, au sacrifice du Corps du christ. C'est toute la logique de la "représentation de l'humanité par un seul homme" qui est interrogée par cet échec apparent de la sortie de la logique sacrificielle au plan temporel. Quant à cette barbarie qu'est l'immolation par le feu, il est vrai qu'on a vu des gens vouloir mourir en "torches vivantes" il est exact aussi qu'il y a le précédent du printemps de Prague ; mais le courage et l'honnêteté intellectuelle commandent d'interroger l'Islam sur son atavisme inflamatoire et de l'égorgement. On ne peut tout à fait se sentir rasséréné de voir une révolution s'inaugurer par un acte qui, même infligé à soi-même, rappelle les pires tortures du Moyen age.
La révolution de jasmin vue par abdelwahab Médeb
Source : Le Monde
Point de vue
La "révolution du jasmin", signe de la métamorphose de l'histoire
Abdelwahab Meddeb, écrivain et poète
Article paru dans l'édition du 18.01.11
Quelle accélération de l'histoire ! De l'immolation par le feu de Mohamed Bouazizi le 17 décembre à la fuite de Ben Ali le 14 janvier, pas même un mois
ne s'était écoulé. Cet événement inouï nous fit voir, comme par surprise, la réalisation du désir de tout un peuple sur la scène de l'histoire, laquelle
s'est avérée belle parce que juste, et juste parce que belle.
Cette séquence exceptionnelle a été animée par une dramaturgie strictement locale et juvénile. C'est une révolution qui s'est faite essentiellement sur
le médium Internet par la génération du digital et de la blogosphère. Et la fulgurance de sa durée est en correspondance avec la vitesse et l'instantanéité
que procure l'instrument.
Désormais, nous avons avec cette "révolution du jasmin" une nouvelle expression du temps dans l'histoire. Celle-ci sera soumise à une condensation produite
par la mutation des coordonnées de l'espace et du temps. Nous avons vécu une séquence historique qui rabat à la seconde l'inconnu sur le connu et raccourcit
le lointain pour le rendre proche.
C'est désormais par la technique que l'humanité adaptera à l'horizon de son destin le concept théologique de l'omniscience qu'elle vivra au quotidien et
pour son propre compte.
Ce redoutable médium est neutre, il n'a pas de dessein en soi. De lui peut venir le meilleur et le pire. Il ne fait que se plier à la volonté de son utilisateur.
Et c'est de la territorialité islamique que nous sont venus, au début de ce XXIe siècle, les deux événements qui illustrent au mieux le meilleur et le
pire, la civilisation et la barbarie.
Le pire est venu à nous un certain 11 septembre 2001, où la nouvelle technique qui nous accompagne comme notre respiration a accouché du crime terroriste
le plus abominable exécuté par les agents de l'insaisissable Al-Qaida. Et le meilleur s'est concrétisé il y a quelques jours sous nos yeux ébahis qui virent
la chute d'un dictateur et l'avènement d'un peuple à la liberté, allant vers la concrétisation de la démocratie dans une zone décrétée rétive à cette forme
politique. Forme que je ne fabule pas, que je ne sublime pas, que je ne maquille pas, que je ne vois pas pour plus que ce qu'elle est.
Mais, malgré ses défauts, ses carences, ses manques et ses manquements, ses perversions et son inachèvement, il n'en demeure pas moins qu'elle reste la
seule forme à agréer pour un vivre-ensemble qui aménage place à la polyphonie, au débat, à la controverse, à la confrontation de l'ami et de l'ennemi dans
la civilité, dans les limites de la raison, par le recours au discours, à la rhétorique de la persuasion, à l'argumentation, entretenant le différend par
les mots et non par les armes, veillant à maintenir ouvert l'espace où se déploie le choix de l'individu, dans la préservation par le droit de l'intégrité
de son corps et de sa conscience et de la liberté d'en jouir comme le dictent son désir, sa volonté, sa vérité.
C'est ainsi qu'il convient de lire ce qui se passe en Tunisie. Cet événement est à situer à la hauteur du temps du monde. Il ne faut pas le ramener à nos
vieilles et tenaces catégories qui séparent notre planète en zones où s'identifient les différences inconciliables et irréconciliables.
Le silence des intellectuels et des politiques peut se comprendre en raison de l'aspect inouï et inaugural de cet événement. C'est un silence qui peut s'expliquer
et être justifié pendant les deux premières semaines. Car le drame qui a commencé en ce lieu perdu qu'est Sidi Bouzid pouvait être assimilé à l'une de
ces révoltes du pain qui surgissent et s'éteignent dans des dictatures appartenant à un autre monde, lointain, étranger et étrange, différent, situé dans
une autre structure économique (celle du sous-développement) et dans une autre culture spécifique, inassimilable (l'islam ou l'Afrique). Il pouvait encore
être perçu dans la perspective paternaliste, condescendante, d'une ancienne colonie qui a déjà réussi à assurer la décence matérielle à ses sujets, ce
qui constitue une performance louable qui mérite satisfecit de la part de l'ancienne métropole.
Mais ce silence est devenu impardonnable avec la persistance du mouvement. Après avoir reçu la rumeur de ses slogans (de "Liberté, travail, dignité" à "Ben
Ali, dégage !"), après avoir plongé dans les archives écrites, visuelles et sonores accumulées par les cybertémoins, l'on est en droit d'estimer que ce
silence devient coupable. Comment interpréter ce silence ? Est-il dû à l'indifférence ? Est-il encore le signe de la division du monde en centre qui commande
et qui décide de la hiérarchie des événements et en périphérie destinée à se soumettre et à obéir aux ordres et aux classifications établies par le centre
?
Il semble que les événements de Tunisie devraient nous éviter un double tropisme : celui du paternalisme de la décolonisation et celui de la pensée différentialiste
et hégémonique qui divise le monde en centre et en périphérie. La révolution qui eut pour théâtre ce que les Romains appelaient l'Africa a été déclenchée
par un corps sacrificiel qui s'est consumé à Sidi Bouzid, c'est-à-dire dans la périphérie de la périphérie, dans un décentrement au carré. Il a été ensuite
relayé urbi et orbi à partir de l'espace déterritorialisé de la blogosphère, qui est capable de faire de toute périphérie un centre.
Ce qui nous vient de Tunisie bouscule toutes nos catégories. Si l'on veut comprendre le monde tel qu'il devient, si nous tenons à nous y situer de la manière
la plus pertinente, il convient de tenir compte de ce décentrement et de cette déterritorialisation. Il nous faut admettre que de la petite Tunisie négligée
et non inscrite au premier rang de nos priorités il peut venir un événement qui signale la métamorphose qualitative de l'histoire.
Pour en être pleinement conscient, il nous faut sortir de la fatalité qui situe l'altérité dans une différence radicale. Dans le différent, je cherche à
saisir le ressemblant sans escamoter le dissemblable. Un regard ainsi averti aurait déjà perçu dans Mohamed Bouazizi, en son islam même, l'actualisation
d'une figure christique rédemptrice, à inscrire dans notre imaginaire profane à côté de Ian Palach, l'immolé du "printemps de Prague". Et au-delà de la
situation de ces événements dans leur horizontalité arabe et leur profondeur africaine, il nous faut aussi les considérer dans leur dimension mondiale
et universelle.
Certes, envisagée dans son contexte géographique et culturel, cette révolution digne, tranquille, sûre d'elle-même, pacifique, responsable, empreinte de
maturité, va constituer la promesse des peuples et le cauchemar des dictateurs. Mais, soumise à la scansion de la mondialité, elle confirme à sa manière
l'universalité du désir démocratique et du droit naturel à la liberté.
C'est pour cette raison que ce qui se passe en Tunisie exige notre solidarité et notre soutien actif, surtout dans le débat à venir, où forcément les thèses
islamistes vont vouloir s'exprimer. Mais nous aurons les moyens intellectuels et politiques pour les affronter, les contrer et les contenir.
--------------------------------------------------------------------------------
Abdelwahab Meddeb est l'auteur de Pari de civilisation (Seuil, 2009).
Point de vue
La "révolution du jasmin", signe de la métamorphose de l'histoire
Abdelwahab Meddeb, écrivain et poète
Article paru dans l'édition du 18.01.11
Quelle accélération de l'histoire ! De l'immolation par le feu de Mohamed Bouazizi le 17 décembre à la fuite de Ben Ali le 14 janvier, pas même un mois
ne s'était écoulé. Cet événement inouï nous fit voir, comme par surprise, la réalisation du désir de tout un peuple sur la scène de l'histoire, laquelle
s'est avérée belle parce que juste, et juste parce que belle.
Cette séquence exceptionnelle a été animée par une dramaturgie strictement locale et juvénile. C'est une révolution qui s'est faite essentiellement sur
le médium Internet par la génération du digital et de la blogosphère. Et la fulgurance de sa durée est en correspondance avec la vitesse et l'instantanéité
que procure l'instrument.
Désormais, nous avons avec cette "révolution du jasmin" une nouvelle expression du temps dans l'histoire. Celle-ci sera soumise à une condensation produite
par la mutation des coordonnées de l'espace et du temps. Nous avons vécu une séquence historique qui rabat à la seconde l'inconnu sur le connu et raccourcit
le lointain pour le rendre proche.
C'est désormais par la technique que l'humanité adaptera à l'horizon de son destin le concept théologique de l'omniscience qu'elle vivra au quotidien et
pour son propre compte.
Ce redoutable médium est neutre, il n'a pas de dessein en soi. De lui peut venir le meilleur et le pire. Il ne fait que se plier à la volonté de son utilisateur.
Et c'est de la territorialité islamique que nous sont venus, au début de ce XXIe siècle, les deux événements qui illustrent au mieux le meilleur et le
pire, la civilisation et la barbarie.
Le pire est venu à nous un certain 11 septembre 2001, où la nouvelle technique qui nous accompagne comme notre respiration a accouché du crime terroriste
le plus abominable exécuté par les agents de l'insaisissable Al-Qaida. Et le meilleur s'est concrétisé il y a quelques jours sous nos yeux ébahis qui virent
la chute d'un dictateur et l'avènement d'un peuple à la liberté, allant vers la concrétisation de la démocratie dans une zone décrétée rétive à cette forme
politique. Forme que je ne fabule pas, que je ne sublime pas, que je ne maquille pas, que je ne vois pas pour plus que ce qu'elle est.
Mais, malgré ses défauts, ses carences, ses manques et ses manquements, ses perversions et son inachèvement, il n'en demeure pas moins qu'elle reste la
seule forme à agréer pour un vivre-ensemble qui aménage place à la polyphonie, au débat, à la controverse, à la confrontation de l'ami et de l'ennemi dans
la civilité, dans les limites de la raison, par le recours au discours, à la rhétorique de la persuasion, à l'argumentation, entretenant le différend par
les mots et non par les armes, veillant à maintenir ouvert l'espace où se déploie le choix de l'individu, dans la préservation par le droit de l'intégrité
de son corps et de sa conscience et de la liberté d'en jouir comme le dictent son désir, sa volonté, sa vérité.
C'est ainsi qu'il convient de lire ce qui se passe en Tunisie. Cet événement est à situer à la hauteur du temps du monde. Il ne faut pas le ramener à nos
vieilles et tenaces catégories qui séparent notre planète en zones où s'identifient les différences inconciliables et irréconciliables.
Le silence des intellectuels et des politiques peut se comprendre en raison de l'aspect inouï et inaugural de cet événement. C'est un silence qui peut s'expliquer
et être justifié pendant les deux premières semaines. Car le drame qui a commencé en ce lieu perdu qu'est Sidi Bouzid pouvait être assimilé à l'une de
ces révoltes du pain qui surgissent et s'éteignent dans des dictatures appartenant à un autre monde, lointain, étranger et étrange, différent, situé dans
une autre structure économique (celle du sous-développement) et dans une autre culture spécifique, inassimilable (l'islam ou l'Afrique). Il pouvait encore
être perçu dans la perspective paternaliste, condescendante, d'une ancienne colonie qui a déjà réussi à assurer la décence matérielle à ses sujets, ce
qui constitue une performance louable qui mérite satisfecit de la part de l'ancienne métropole.
Mais ce silence est devenu impardonnable avec la persistance du mouvement. Après avoir reçu la rumeur de ses slogans (de "Liberté, travail, dignité" à "Ben
Ali, dégage !"), après avoir plongé dans les archives écrites, visuelles et sonores accumulées par les cybertémoins, l'on est en droit d'estimer que ce
silence devient coupable. Comment interpréter ce silence ? Est-il dû à l'indifférence ? Est-il encore le signe de la division du monde en centre qui commande
et qui décide de la hiérarchie des événements et en périphérie destinée à se soumettre et à obéir aux ordres et aux classifications établies par le centre
?
Il semble que les événements de Tunisie devraient nous éviter un double tropisme : celui du paternalisme de la décolonisation et celui de la pensée différentialiste
et hégémonique qui divise le monde en centre et en périphérie. La révolution qui eut pour théâtre ce que les Romains appelaient l'Africa a été déclenchée
par un corps sacrificiel qui s'est consumé à Sidi Bouzid, c'est-à-dire dans la périphérie de la périphérie, dans un décentrement au carré. Il a été ensuite
relayé urbi et orbi à partir de l'espace déterritorialisé de la blogosphère, qui est capable de faire de toute périphérie un centre.
Ce qui nous vient de Tunisie bouscule toutes nos catégories. Si l'on veut comprendre le monde tel qu'il devient, si nous tenons à nous y situer de la manière
la plus pertinente, il convient de tenir compte de ce décentrement et de cette déterritorialisation. Il nous faut admettre que de la petite Tunisie négligée
et non inscrite au premier rang de nos priorités il peut venir un événement qui signale la métamorphose qualitative de l'histoire.
Pour en être pleinement conscient, il nous faut sortir de la fatalité qui situe l'altérité dans une différence radicale. Dans le différent, je cherche à
saisir le ressemblant sans escamoter le dissemblable. Un regard ainsi averti aurait déjà perçu dans Mohamed Bouazizi, en son islam même, l'actualisation
d'une figure christique rédemptrice, à inscrire dans notre imaginaire profane à côté de Ian Palach, l'immolé du "printemps de Prague". Et au-delà de la
situation de ces événements dans leur horizontalité arabe et leur profondeur africaine, il nous faut aussi les considérer dans leur dimension mondiale
et universelle.
Certes, envisagée dans son contexte géographique et culturel, cette révolution digne, tranquille, sûre d'elle-même, pacifique, responsable, empreinte de
maturité, va constituer la promesse des peuples et le cauchemar des dictateurs. Mais, soumise à la scansion de la mondialité, elle confirme à sa manière
l'universalité du désir démocratique et du droit naturel à la liberté.
C'est pour cette raison que ce qui se passe en Tunisie exige notre solidarité et notre soutien actif, surtout dans le débat à venir, où forcément les thèses
islamistes vont vouloir s'exprimer. Mais nous aurons les moyens intellectuels et politiques pour les affronter, les contrer et les contenir.
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Abdelwahab Meddeb est l'auteur de Pari de civilisation (Seuil, 2009).
mercredi 9 février 2011
Une journée prometteuse
(Suite du dialogue entre le Torrentiel et un croissant de lune, partie IV, chronique 10)
Envoyé par croissant de lune, le 10 février 2011 à 0h13
Mon Torrentiel!
Ce jour devait être un répit, temps que le grand peuple Arabe et libre de l'égypte longue, mère des patries, n'aurait consacré qu'au repos, au travail nourricier, aux diverses occupations auxquelles on doit vacquer pour ses affaires. Il n'en fut rien! Sans qu'il y ait invitation à une journée millionnienne, un million d'égyptiens, estime-t-on, s'est rassemblé, sur la seule grande place de la Libération. Le mouvement et la presse fut notable autour d'immeubles officiels, qui se sont trouvés, pour ainsi dire, assiégés. Un conseil ministériel ne put se tenir dans les locaux du gouvernement, les prétendus députés ne purent accéder au siège du Parlement, du reste fort inutile. Au Caire et dans les provinces, les grèves s'intensifient. Les usines cessent leur activité, le personnel des Chemins de Fer, dorment sur les voies et dans les gares, indélogeables, et mieux encore, il y a une grève serrée dans la ville de Suez, notamment du personel qui fait fonctionner le Canal! C'est surtout Suez, ville de tradition syndicale et résistante, qu'on tente de soumettre, en organisant la pénurie, c'est la ville qui vécut, aux premières heures, les répressions les plus meurtrières. Rien qu'au mois de janvier, alors qu'il n'y eut que six jours d'émeute, les chiffres feraient état d'un ralentissement du trafic, et de moindres rentrées des droits de passage. Grèves et mouvements sociaux divers s'approfondissent et s'amplifient, s'étendent géographiquement, et fortifient la jeunesse manifestante, d'une dimension économique, d'une résolution suplémentaire. Ce ne sont pas des grèves habituelles de revendication catégorielle, elles ont un caractère national et combattant, qui est dans les traditions mêmes de l'égypte. Les yeus se tournent vers le canal, lieu de résistance et d'arabité.
C'était inattendu, sans qu'un appel particulier soit lancé, au contraire: une invitation au repos. Le caractère spontané est authentique, les peuples ont des ressorts inconnus. Sans doute, les signes d'essouflement du mouvement, ont-ils créé un sursaut salvateur! Le peuple déléguait sans doute trop à sa jeunesse seule, la tâche de le représenter dans les rues. La voyant piétiner, il n'aura pas voulu se laisser accabler par l'échec, et les vengeances probables du régime. Les immeubles publics d'importance comme le palais présidentiel du Caire, sont protégés par l'armée, on n'a pas, hier, tenté d'y rentrer. On prévoit pour vendredi prochain, d'en tenter l'invasion, et de mettre l'armée à l'épreuve. Ne dis pas trop vite que si le peuple n'a pas encore tenté l'assaut du palais, c'est que sa détermination héroïque serait faible, et qu'il n'espérerait rien d'autres que maintes améliorations de son existence matérielle et quotidienne. Hazmi Bchara t'apprendras, qu'il est juste de revendiquer le pain et la dignité en même temps. Je crois moi, ce peuple, capable de subir une salve meurtrière ou même deux, et d'y revenir encore. Cette résolution semble sérieuse, assez, pour que l'Armée soit mise au pied du mur! Dans ces conditions, les militaires et officiers pourraient bien faire différents calculs, et si le peuple s'opiniâtre, il n'est pas dit qu'ils n'en sois pas ébranlés! Ce n'est pas écrit d'avance. On note que c'est le ministre des affaires étrangères et le vis-président, qui n'est pas militaire, mais chef des renseignements, ce sont eux qui brandissent la menace militaire, non pas le chef d'état-major, Mohamed Tantaoui. On croit percevoir du flottement, de l'indécisions dans les arcanes du régime. Devant cette résolution accrue, l'Amérique a encore varié, désireuse de sauvegarder ses intérêts dans le pays, quel que soit le futur gouvernement.
Vendredi, ce sera le vendredi du sultan, un grand jour. Le sultan, c'est le peuple, le souverain, au sens strict du mot, celui qui administre. Pourquoi ai-je un peu faibli? Le grand peuple Arabe et libre de l'égypte longue, mère des patries, est capables du miracle. Si Dieu permet que le peuple triomphe de ce régime honni, tous les tyrans de la terre s'en trouveraient affaiblis et exposés, quelle que soit leur puissance. Il se pourrait, si Dieu veut, que le grand soir des Marxistes ne s'incarne d'abord, dans notre Grande Aurore. Je reparlerai une autre fois de la problématique Islamo-Marxiste. Pour l'heure,, les bras de Morphée me réclament, mais que je m'ennorgueillisse encore que ce soit ma Nation, et nulle autre, qui remet l'héroïsme populaire dans le champ du concevable, de l'accessible, voire de l'ordinaire. Ma Nation bouscule les incertitudes et les scepticismes. Ainsi, ce qui arrive de plus grand n'est pas ce qui a, en apparence, le plus de chance de se produire, c'est ce qui a le moins de chance de se produire, mais qui est appelé par le plus d'intensité et de soupirs.
Moi, Rodomont, fier de ma grande Nation.
Envoyé par croissant de lune, le 10 février 2011 à 0h13
Mon Torrentiel!
Ce jour devait être un répit, temps que le grand peuple Arabe et libre de l'égypte longue, mère des patries, n'aurait consacré qu'au repos, au travail nourricier, aux diverses occupations auxquelles on doit vacquer pour ses affaires. Il n'en fut rien! Sans qu'il y ait invitation à une journée millionnienne, un million d'égyptiens, estime-t-on, s'est rassemblé, sur la seule grande place de la Libération. Le mouvement et la presse fut notable autour d'immeubles officiels, qui se sont trouvés, pour ainsi dire, assiégés. Un conseil ministériel ne put se tenir dans les locaux du gouvernement, les prétendus députés ne purent accéder au siège du Parlement, du reste fort inutile. Au Caire et dans les provinces, les grèves s'intensifient. Les usines cessent leur activité, le personnel des Chemins de Fer, dorment sur les voies et dans les gares, indélogeables, et mieux encore, il y a une grève serrée dans la ville de Suez, notamment du personel qui fait fonctionner le Canal! C'est surtout Suez, ville de tradition syndicale et résistante, qu'on tente de soumettre, en organisant la pénurie, c'est la ville qui vécut, aux premières heures, les répressions les plus meurtrières. Rien qu'au mois de janvier, alors qu'il n'y eut que six jours d'émeute, les chiffres feraient état d'un ralentissement du trafic, et de moindres rentrées des droits de passage. Grèves et mouvements sociaux divers s'approfondissent et s'amplifient, s'étendent géographiquement, et fortifient la jeunesse manifestante, d'une dimension économique, d'une résolution suplémentaire. Ce ne sont pas des grèves habituelles de revendication catégorielle, elles ont un caractère national et combattant, qui est dans les traditions mêmes de l'égypte. Les yeus se tournent vers le canal, lieu de résistance et d'arabité.
C'était inattendu, sans qu'un appel particulier soit lancé, au contraire: une invitation au repos. Le caractère spontané est authentique, les peuples ont des ressorts inconnus. Sans doute, les signes d'essouflement du mouvement, ont-ils créé un sursaut salvateur! Le peuple déléguait sans doute trop à sa jeunesse seule, la tâche de le représenter dans les rues. La voyant piétiner, il n'aura pas voulu se laisser accabler par l'échec, et les vengeances probables du régime. Les immeubles publics d'importance comme le palais présidentiel du Caire, sont protégés par l'armée, on n'a pas, hier, tenté d'y rentrer. On prévoit pour vendredi prochain, d'en tenter l'invasion, et de mettre l'armée à l'épreuve. Ne dis pas trop vite que si le peuple n'a pas encore tenté l'assaut du palais, c'est que sa détermination héroïque serait faible, et qu'il n'espérerait rien d'autres que maintes améliorations de son existence matérielle et quotidienne. Hazmi Bchara t'apprendras, qu'il est juste de revendiquer le pain et la dignité en même temps. Je crois moi, ce peuple, capable de subir une salve meurtrière ou même deux, et d'y revenir encore. Cette résolution semble sérieuse, assez, pour que l'Armée soit mise au pied du mur! Dans ces conditions, les militaires et officiers pourraient bien faire différents calculs, et si le peuple s'opiniâtre, il n'est pas dit qu'ils n'en sois pas ébranlés! Ce n'est pas écrit d'avance. On note que c'est le ministre des affaires étrangères et le vis-président, qui n'est pas militaire, mais chef des renseignements, ce sont eux qui brandissent la menace militaire, non pas le chef d'état-major, Mohamed Tantaoui. On croit percevoir du flottement, de l'indécisions dans les arcanes du régime. Devant cette résolution accrue, l'Amérique a encore varié, désireuse de sauvegarder ses intérêts dans le pays, quel que soit le futur gouvernement.
Vendredi, ce sera le vendredi du sultan, un grand jour. Le sultan, c'est le peuple, le souverain, au sens strict du mot, celui qui administre. Pourquoi ai-je un peu faibli? Le grand peuple Arabe et libre de l'égypte longue, mère des patries, est capables du miracle. Si Dieu permet que le peuple triomphe de ce régime honni, tous les tyrans de la terre s'en trouveraient affaiblis et exposés, quelle que soit leur puissance. Il se pourrait, si Dieu veut, que le grand soir des Marxistes ne s'incarne d'abord, dans notre Grande Aurore. Je reparlerai une autre fois de la problématique Islamo-Marxiste. Pour l'heure,, les bras de Morphée me réclament, mais que je m'ennorgueillisse encore que ce soit ma Nation, et nulle autre, qui remet l'héroïsme populaire dans le champ du concevable, de l'accessible, voire de l'ordinaire. Ma Nation bouscule les incertitudes et les scepticismes. Ainsi, ce qui arrive de plus grand n'est pas ce qui a, en apparence, le plus de chance de se produire, c'est ce qui a le moins de chance de se produire, mais qui est appelé par le plus d'intensité et de soupirs.
Moi, Rodomont, fier de ma grande Nation.
De l'esprit de sacrifice et du prix de la liberté
(suite du dialogue entre le torrentiel et un croissant de lune, partie IV, herméneutique 7 et chronique 9)
(Envoyé par le torrentiel, le 9 février 2011 à 4h48
Mon cher croissant de lune,
Si je ne laisse pas à Nicolas dupont-aignan le bénéfice du doute ou de la repentance, c'est, pour le doute, que sa voix sonne faux, or je suis voconomiste, ce qui répond en même temps à la question de l'envergure, car si on entend que sa voix sonne faux, c'est que l'home a peu d'envergure ; et, quant à la repentance, que je ne crois pas à la maximalisation de cette vertu. Je n'y crois pas en politique, où cela signifierait qu'on peut avoir été n'importe quoi ; il suffirait qu'on s'en repente pour obtenir de continuer d'être quelque chose, quand même ce qu'on aura été auparavant aura fait beaucoup de mal à ceux que l'on gouvernait. C'est ainsi que les olygarques se sont maintenus dans les pays de l'Est après avoir été commissaires politiques. Mais je n'y crois pas non plus en morale, quel que soit l'accent excessif que met la religion sur les repentants qui seraient des convertis de meilleure farine, que ne seraient des croyants d'un zèle sans tiédeur, ceux qui seront contentés d'êtrerestés fidèles depuis toujours, comme le fils aîné de la parabole de l'enfant prodigue. Non qu'il faille être jaloux de la prédilection divine, qui est la même dans l'evangile que dans le coran, à l'endroit de ces "recommençants" ou "revenants" ; mais il ne faudrait pas que l'on aboutisse à ce que tout se passe comme si mieux valait avoir été préalablement pécheur, pour être jugé plus digne des faveurs de dieu, au risque que tombe en désuétude la vertu de fidélité. En bonne logique humaine, il y a là une situation d'injustice patante. D'autant que le repentir et l'habileté ne font pas bon ménage. Ou bien l'on se repent et l'on cesse d'être habile, ou bien l'on n'est qu'habile et l'on passe d'un errement dans un autre, sans repentir.
J'en dirai de même de l'esprit de sacrifice et du prix de la liberté. Certes, l'homme n'a jamais su jusqu'à ce jour dénouer le fil qui relie sacrifice et religion ou sacrifice et liberté, et à travers lui révolution et violence. On peut estimer que ce fil est indénouable. Mais on peut aussi croire au progrès de la conscience humaine et appeler de ses voeux que ce fil se dénoue. La violence n'est pas forcément un déterminisme si puissant que la civilisation ne puisse la faire baisser, si elle ne peut la faire disparaître. L'atrocité n'est pas une fatalité. Lorsque je parle d'atrocité, je me réfère à cette citation qui décrit les "temps révolutionnaires" comme voulant "des moeurs atroces". Se méfier de la révolution, ou désirer au moins qu'elle ne soit pas d'emblée répressive, vindicative, terroriste, et qu'elle reste constituante, constructive et, le plus possible, non violente. L'absence de pacifisme des révolutions est ce qui les a presque toujours conduites à ne faire que remplacer une olygarchie (ou une aristocratie) par une autre. Ce refus de l'atrocité comme prix de la liberté est-il un refus de l'héroïsme contradictoire avec ce que je t'écrivais hier de la même vertu, savoir qu'on ne saurait jamais cesser d'en avoir besoin ? Contradiction apparente seulement. Car ce qui reste vrai à mon sens et ce qu'il faut toujours "mesurer sur soi", come tu dis si bellement, c'est qu'à défaut de souhaiter que l'atrocité ne soit à toujours une fatalité, l'on doit se travailler à être prêt, le cas échéant, à payer le prix de la liberté, si les ennemis de la liberté en demandent quittus. Il faut être prêt à payer ce prix personnellement. Pour mon compte, je dois dire que c'est une perspective qui n'est pas dans ma ligne de mire mentale au quotidien, mais à laquelle je réfléchis malgré tout. Je croirais presque impie une prière qui demanderait à dieu de me préserver du martyre comme de telle opération dont je craindrais les conséquences douloureuses. En résumé, je crois qu'il faut prier pour avoir la force physique et morale d'être près de payer le prix de la liberté, mais que seuls, les ennemis de la liberté s'imaginent qu'elle a un prix intrinsèquement.
Pour l'heure, il faut bien reconnaître que l'homme, qui peut changer, mais qu'on ne peut changer, n'est pas arriver à dénouer la liberté ni la religion de son prix sacrificiel, bien que le christianisme ait prétendu en accomplir le dénouement définitif, l'inefficience actuelle de ce dénouement restant un mystère pour le chrétien à la foi inébranlable que j'espère être. Mais ma foi peut s'épanouir dans le sein du Mystère. Au passage, que la liberté et la religion soient actuellement liées par le sacrifice prouve que l'une et l'autre ont un lien très étroit. L'étroitesse de ce lien est la négation des efforts des laïcistes qui voudraient avoir endigué la religion. La chose est plus difficile à faire que ne s'y attendaient ces sectateurs du sentiment religieux ou de la théocratie dans le meilleur des cas. Les laïcistes sont des rêveurs, d'avoir cru possible cet endiguement, comme je le suis peut-être de vouloir que la liberté n'ait pas de prix ou que la religion puisse se passer du sacrifice ; mais comme tu l'es aussi de croire que le peuple d'Egypte cultive d'emblée "un goût rêvé" pour le martyre et pour le sacrifice. Si tel avait été son goût, plus vite il se serait mis en marche à l'assaut du palais présidentiel, fût-il réputé imprenable. Mais nous reviendrons tout à l'heure à l'egypte. Car je voudrais, une fois n'est pas coutume, te répondre dans l'ordre.
Ne crois pas que j'aie jamais esquivé ta question sur un candidat beur. Pourquoi devrait-il représenter les idées d'emmanuel Todd ou de tout autre économiste sortant des sentiers battus ? Un candidat à l'élection présidentielle ne serait-il que le porte-voix de ses conseillers ? J'estime qu'on a trop joué avec la présidentielle. Tu ne peux pas dire d'un côté qu'il ne serait pas sain que le Président de la République ne soit pas un autochtone et vouloir d'un autre côté qu'un candidat beur prenne le risque d'être élu, car la présidentielle est une chose sérieuse. Celui qui s'y présente, si peu de chances ait-il d'accéder réellement à la fonction, doit se mettre dans l'état de faire comme s'il concourait pour gagner, d'autant qu'un retournement de l'opinion n'est jamais impossible. Pour un candidat beur, je ne serais pas contre, même qu'il devienne Président, contrairement à toi, mais je crois que l'heure n'est pas encore venue. On assiste en France à l'émergence d'une beurgeoeisie réellement vertueuse. Il me semble qu'elle agit plus intelligemment en commençant par émerger sur un plan local, municipal, régional ; en essayant d'accéder jusquà la députation, avant qu'étant bien implantée moins dans les apareils des partis que dans les coeurs, elle puisse prétendre à exercer la magistrature suprême et non pas y prétendre à la coluche, mais y prétendre en vue d'une élection.
Pour le silence assourdissant qu'ont exercé les médias relativement aux événements d'Egypte, il y a la conjonction des phénomènes que l'on connaît bien : l'actualité aime le temps court, ce qui va de paire avec le fait que les peuples ont la mémoire courte ; donc il faut qu'une révolution parvienne vite à son terme. C'a été la réussite de la révolution roumaine, de la destruction du mur de Berlin et du coup d'etat des opposants à gorbatchev qui ont été les meilleurs agents de sa perestroïka et du fait qu'elle devait se terminer en abdication du régime, fût-ce pour donner place à un régime qui s'est révélé pire que le précédent. Tu fais état d'une dissymétrie entre l'attention qu'on a accordée à la tunisie et à l'egypte. Selon toi, ce week-end aurait donc été celui d'un "retour en tunisie". Je ne trouve pas que ce retour ait été éclatant. A part une chronique de Catherine Nay racontant son déjeuner avec le ministre des affaires étrangères tunisien en visite au quai d'Orsay, je ne trouve pas que les médias exercent beaucoup le droit de suite que devraient revendiquer les citoyens d'être informés de ce qui se passe, une fois que le spectacle est terminé. Une vraie démocratie ne peut se passer d'une information sérieuse et continue, on est loin du compte. Il est vrai par ailleurs qu'après que la classe médiatique eut cédé à son premier penchant, qui est de se réjouir de toute révolution ou contestation où qu'elle se produise, soudain, une méfiance lui est revenue, de se dire qu'il se pourrait bien que les islamistes ne récoltent ce que ce mouvement aurait semé. Horreur pour les médias que cette conséquence toujours inopinée d'après eux qu'est l'arrivée au pouvoir de ceux qu'ils n'avaient pas prévu et qu'ils croient à tous les coups les ennemis de la liberté, alors que les mouvements radicaux ne sont, quand ils sont démocrates, que les ennemis de leur façon de l'exercer. Mais surtout, on a vu les raisons profondes du recul qu'a pris la presse généraliste à évoquer les événements d'egypte, sachant que le soutien policier promis d'abord au régime tunisien,puis le voyage en Tunisie de Michèle alliot-Marie, suivis des attermoiements de ce ministre, s'envolant dans le jet privé d'un affairiste ben alyen et se permettant de dire, elle qu'on laisse après cela se réclamer du gaullisme, qu'elle n'était pas ministre des affaires étrangères de la France quand elle était en vacances, que tout cela n'était rien, auprès du prochain scandale qui allait éclabousser le gouvernement et qui concernait le premier ministre en personne, qui s'est bien gardé de dire, non seulement qu'il s'est rendu en Egypte durant la même période des vacances d'hiver, mais qu'il a emprunté un avion appartenant à la flotte personnelle du Président Moubarak. Selon moi, la conjonction de ces deux scandales devrait entraîner la démission immédiate du gouvernement fillon. Certes, les voyages au Maroc, en egypte ou en tunisie des politiciens français aux périodes hivernales ne sont pas nouveaux. Moins connues du grand public et, je dois dire, de moi-même, étaient en revanche leurs escapades dans des avions privés des dirigeants arabes. Après ça, on dit que la politique ne rapporte pas... d'"enrichissement personnel", tu parles, sans compter les à côtés... Pas de quoi certes, quand on est un politicien français, devenir la plus grande fortune du monde. Encore que rien ne le prouve, j'exagère sans doute, mais la chose serait à vérifier...
Car mesure sur toi, croissant de lune : tu m'accuses d'avoir trouvé de la grandeur au discours de Moubarak. Si tu lis bien le fil de nos chroniques, j'ai plutôt relativisé la grandeur que toi, tu lui trouvais, au point d'en ressentir un ébranlement physique. De même, tu pensais que Moubarak n'avait pas "touché" autant que Ben ali avant de découvrir qu'il détenait, répartie entre sa femme suzanne (qui n'a reçu qu'un petit milliard et qui est copte) et ses deux fils, dont le cadet Gamal a été beaucoup plus gâté que son aîné, une fortune supérieure à celle de Bil Gates, soit la première fortune du monde. Tu croyais encore que le régime était plus fragile que tu le vois, et sous totale dépendance américaine, dont tu dis que la diplomatie n'a fait que du verbalisme. Si le régime égyptien se découvre plus souverain que tu le croyais, cela prouve au moins qu'une alliance avec le sionisme ne coupe pas l'herbe sous les pieds d'une malesouveraineté certes, mais qui n'en reste pas moins un commencement de souveraineté. Je ne crois pas, à ta différence, que la diplomatie américaine n'ait fait que des gesticulations. Que fais-tu de ceci, si c'est vrai, que ce soit précisément l'émissaire américain qui ait imposé au vice-président Souleiman, pourtant du dernier bien avec Israël, de prendre langue avec les "frères musulmans" ? Considères-tu que le fait qu'ils l'acceptent si facilement signifie qu'ils sont par avance des traîtres à cette révolution ? Enfin, tu reproches aux cassiques du régime de ne se reconnaître aucune responsabilité dans l'offensive des bastonneurs. Mais toi-même n'imaginais pas que ce fût Moubarak lui-même qui les ait envoyés, mais plutôt ceux qui avaient intérêt au maintien et à la pérennité de son régime. Tu en viens à croire, semble-t-il, que l'armée a choisi son camp et que c'est bel et bien celui du soutien du maintien de l'un de ses séides. Tu penses encore que la répression obéit à une logique de chasser dans le peuple révolté "le goût rêvé du martyre". Il faut dire que ce peuple se montre lui-même passablement attentiste en continuant de palabrer et camper sur cette place. On peut supposer, plus simplement que tu le fais, que ce relatif adoucissement de la répression, obéit à des principes de neutralisation d'un mouvement social à la manière occidentale. Quand on veut que reflue la vague, on oppose moins de contrecourant. La stratégie de l'alternance des jours de marche et des jours de repos (se traduisant en regain de l'activité économique) a l'air en revanche d'être celle que tu décris. En réalité, il est très difficile de déchiffrer au jour le jour l'évolution d'un mouvement en train de se faire. Il est normal que toi ou moi, ou tout autre observateur beaucoup plus avisé, émette çà et là des appréciations qui se révéleront erronnées avec le temps. Plaise à dieu que ce qui a lieu aboutisse à l'émergence d'un "peuple libre" qui ne cède pas à la vengeance et ne connaisse pas la fatalité de l'atrocité.
Mais j'aimerais avoir tes lumières sur un dernier point que tu soulèves. Je trouve très intéressant le front que tu établis dans la "révolution mondiale", que je trouvais naguère incarnée dans le non alignement dont Khadafi avait pris la tête, que je vois aujourd'hui réfléchissant plus informellement dans des forums sociaux annuels altermondialistes, entre le front révolutionnaire marxiste antireligieux et plutôt latinoaméricain d'une part, et d'autre part le front révolutionnaire et conservateur islamiste, qui connaît la même avidité de justice, mais sur une base religieuse et traditionnelle. Pourrais-tu développer ce point ? Est-ce que, tout simplement, le front marxiste ou altermondialiste, s'il y est fait plus de publicité qu'aux révolutions islamistes, ne se trouve pas plus en phase avec toute une partie du monde qui trouve, en dehors de tout matérialisme, qu'on en a séculairement soupé des violences religieuses, toutes religions confondues? Les violences marxistes se sont révélées impitoyables sur la courte durée où le marxisme a exercé un pouvoir politique réel. Mais les violences religieuses ont été constantes, toute religion en faisant feu. N'est-ce pas ce parti que l'on craint en essayant de ne pas favoriser l'émergence islamiste, quoique tu en fasses le rempart contre le non sens, alors que ce rempart pourrait puiser, outre dans la ressaisie du Logos chrétien, dans le désir de justice associé aux fondements anthropologiques, qui peuvent être sous-jacents à une société, mais qui ne doivent pas nécessairement être haussés jusqu'à l'exercice du pouvoir ? En quoi considères-tu qu'ont consisté les trahisons respectives des islamistes envers les marxistes et des marxistes envers les islamistes ?
Ton torrentiel qui demande une leçon de ces choses en priant pour la libération des peuples dans la maturité du pardon et de l'absence de vengeance
(Envoyé par le torrentiel, le 9 février 2011 à 4h48
Mon cher croissant de lune,
Si je ne laisse pas à Nicolas dupont-aignan le bénéfice du doute ou de la repentance, c'est, pour le doute, que sa voix sonne faux, or je suis voconomiste, ce qui répond en même temps à la question de l'envergure, car si on entend que sa voix sonne faux, c'est que l'home a peu d'envergure ; et, quant à la repentance, que je ne crois pas à la maximalisation de cette vertu. Je n'y crois pas en politique, où cela signifierait qu'on peut avoir été n'importe quoi ; il suffirait qu'on s'en repente pour obtenir de continuer d'être quelque chose, quand même ce qu'on aura été auparavant aura fait beaucoup de mal à ceux que l'on gouvernait. C'est ainsi que les olygarques se sont maintenus dans les pays de l'Est après avoir été commissaires politiques. Mais je n'y crois pas non plus en morale, quel que soit l'accent excessif que met la religion sur les repentants qui seraient des convertis de meilleure farine, que ne seraient des croyants d'un zèle sans tiédeur, ceux qui seront contentés d'êtrerestés fidèles depuis toujours, comme le fils aîné de la parabole de l'enfant prodigue. Non qu'il faille être jaloux de la prédilection divine, qui est la même dans l'evangile que dans le coran, à l'endroit de ces "recommençants" ou "revenants" ; mais il ne faudrait pas que l'on aboutisse à ce que tout se passe comme si mieux valait avoir été préalablement pécheur, pour être jugé plus digne des faveurs de dieu, au risque que tombe en désuétude la vertu de fidélité. En bonne logique humaine, il y a là une situation d'injustice patante. D'autant que le repentir et l'habileté ne font pas bon ménage. Ou bien l'on se repent et l'on cesse d'être habile, ou bien l'on n'est qu'habile et l'on passe d'un errement dans un autre, sans repentir.
J'en dirai de même de l'esprit de sacrifice et du prix de la liberté. Certes, l'homme n'a jamais su jusqu'à ce jour dénouer le fil qui relie sacrifice et religion ou sacrifice et liberté, et à travers lui révolution et violence. On peut estimer que ce fil est indénouable. Mais on peut aussi croire au progrès de la conscience humaine et appeler de ses voeux que ce fil se dénoue. La violence n'est pas forcément un déterminisme si puissant que la civilisation ne puisse la faire baisser, si elle ne peut la faire disparaître. L'atrocité n'est pas une fatalité. Lorsque je parle d'atrocité, je me réfère à cette citation qui décrit les "temps révolutionnaires" comme voulant "des moeurs atroces". Se méfier de la révolution, ou désirer au moins qu'elle ne soit pas d'emblée répressive, vindicative, terroriste, et qu'elle reste constituante, constructive et, le plus possible, non violente. L'absence de pacifisme des révolutions est ce qui les a presque toujours conduites à ne faire que remplacer une olygarchie (ou une aristocratie) par une autre. Ce refus de l'atrocité comme prix de la liberté est-il un refus de l'héroïsme contradictoire avec ce que je t'écrivais hier de la même vertu, savoir qu'on ne saurait jamais cesser d'en avoir besoin ? Contradiction apparente seulement. Car ce qui reste vrai à mon sens et ce qu'il faut toujours "mesurer sur soi", come tu dis si bellement, c'est qu'à défaut de souhaiter que l'atrocité ne soit à toujours une fatalité, l'on doit se travailler à être prêt, le cas échéant, à payer le prix de la liberté, si les ennemis de la liberté en demandent quittus. Il faut être prêt à payer ce prix personnellement. Pour mon compte, je dois dire que c'est une perspective qui n'est pas dans ma ligne de mire mentale au quotidien, mais à laquelle je réfléchis malgré tout. Je croirais presque impie une prière qui demanderait à dieu de me préserver du martyre comme de telle opération dont je craindrais les conséquences douloureuses. En résumé, je crois qu'il faut prier pour avoir la force physique et morale d'être près de payer le prix de la liberté, mais que seuls, les ennemis de la liberté s'imaginent qu'elle a un prix intrinsèquement.
Pour l'heure, il faut bien reconnaître que l'homme, qui peut changer, mais qu'on ne peut changer, n'est pas arriver à dénouer la liberté ni la religion de son prix sacrificiel, bien que le christianisme ait prétendu en accomplir le dénouement définitif, l'inefficience actuelle de ce dénouement restant un mystère pour le chrétien à la foi inébranlable que j'espère être. Mais ma foi peut s'épanouir dans le sein du Mystère. Au passage, que la liberté et la religion soient actuellement liées par le sacrifice prouve que l'une et l'autre ont un lien très étroit. L'étroitesse de ce lien est la négation des efforts des laïcistes qui voudraient avoir endigué la religion. La chose est plus difficile à faire que ne s'y attendaient ces sectateurs du sentiment religieux ou de la théocratie dans le meilleur des cas. Les laïcistes sont des rêveurs, d'avoir cru possible cet endiguement, comme je le suis peut-être de vouloir que la liberté n'ait pas de prix ou que la religion puisse se passer du sacrifice ; mais comme tu l'es aussi de croire que le peuple d'Egypte cultive d'emblée "un goût rêvé" pour le martyre et pour le sacrifice. Si tel avait été son goût, plus vite il se serait mis en marche à l'assaut du palais présidentiel, fût-il réputé imprenable. Mais nous reviendrons tout à l'heure à l'egypte. Car je voudrais, une fois n'est pas coutume, te répondre dans l'ordre.
Ne crois pas que j'aie jamais esquivé ta question sur un candidat beur. Pourquoi devrait-il représenter les idées d'emmanuel Todd ou de tout autre économiste sortant des sentiers battus ? Un candidat à l'élection présidentielle ne serait-il que le porte-voix de ses conseillers ? J'estime qu'on a trop joué avec la présidentielle. Tu ne peux pas dire d'un côté qu'il ne serait pas sain que le Président de la République ne soit pas un autochtone et vouloir d'un autre côté qu'un candidat beur prenne le risque d'être élu, car la présidentielle est une chose sérieuse. Celui qui s'y présente, si peu de chances ait-il d'accéder réellement à la fonction, doit se mettre dans l'état de faire comme s'il concourait pour gagner, d'autant qu'un retournement de l'opinion n'est jamais impossible. Pour un candidat beur, je ne serais pas contre, même qu'il devienne Président, contrairement à toi, mais je crois que l'heure n'est pas encore venue. On assiste en France à l'émergence d'une beurgeoeisie réellement vertueuse. Il me semble qu'elle agit plus intelligemment en commençant par émerger sur un plan local, municipal, régional ; en essayant d'accéder jusquà la députation, avant qu'étant bien implantée moins dans les apareils des partis que dans les coeurs, elle puisse prétendre à exercer la magistrature suprême et non pas y prétendre à la coluche, mais y prétendre en vue d'une élection.
Pour le silence assourdissant qu'ont exercé les médias relativement aux événements d'Egypte, il y a la conjonction des phénomènes que l'on connaît bien : l'actualité aime le temps court, ce qui va de paire avec le fait que les peuples ont la mémoire courte ; donc il faut qu'une révolution parvienne vite à son terme. C'a été la réussite de la révolution roumaine, de la destruction du mur de Berlin et du coup d'etat des opposants à gorbatchev qui ont été les meilleurs agents de sa perestroïka et du fait qu'elle devait se terminer en abdication du régime, fût-ce pour donner place à un régime qui s'est révélé pire que le précédent. Tu fais état d'une dissymétrie entre l'attention qu'on a accordée à la tunisie et à l'egypte. Selon toi, ce week-end aurait donc été celui d'un "retour en tunisie". Je ne trouve pas que ce retour ait été éclatant. A part une chronique de Catherine Nay racontant son déjeuner avec le ministre des affaires étrangères tunisien en visite au quai d'Orsay, je ne trouve pas que les médias exercent beaucoup le droit de suite que devraient revendiquer les citoyens d'être informés de ce qui se passe, une fois que le spectacle est terminé. Une vraie démocratie ne peut se passer d'une information sérieuse et continue, on est loin du compte. Il est vrai par ailleurs qu'après que la classe médiatique eut cédé à son premier penchant, qui est de se réjouir de toute révolution ou contestation où qu'elle se produise, soudain, une méfiance lui est revenue, de se dire qu'il se pourrait bien que les islamistes ne récoltent ce que ce mouvement aurait semé. Horreur pour les médias que cette conséquence toujours inopinée d'après eux qu'est l'arrivée au pouvoir de ceux qu'ils n'avaient pas prévu et qu'ils croient à tous les coups les ennemis de la liberté, alors que les mouvements radicaux ne sont, quand ils sont démocrates, que les ennemis de leur façon de l'exercer. Mais surtout, on a vu les raisons profondes du recul qu'a pris la presse généraliste à évoquer les événements d'egypte, sachant que le soutien policier promis d'abord au régime tunisien,puis le voyage en Tunisie de Michèle alliot-Marie, suivis des attermoiements de ce ministre, s'envolant dans le jet privé d'un affairiste ben alyen et se permettant de dire, elle qu'on laisse après cela se réclamer du gaullisme, qu'elle n'était pas ministre des affaires étrangères de la France quand elle était en vacances, que tout cela n'était rien, auprès du prochain scandale qui allait éclabousser le gouvernement et qui concernait le premier ministre en personne, qui s'est bien gardé de dire, non seulement qu'il s'est rendu en Egypte durant la même période des vacances d'hiver, mais qu'il a emprunté un avion appartenant à la flotte personnelle du Président Moubarak. Selon moi, la conjonction de ces deux scandales devrait entraîner la démission immédiate du gouvernement fillon. Certes, les voyages au Maroc, en egypte ou en tunisie des politiciens français aux périodes hivernales ne sont pas nouveaux. Moins connues du grand public et, je dois dire, de moi-même, étaient en revanche leurs escapades dans des avions privés des dirigeants arabes. Après ça, on dit que la politique ne rapporte pas... d'"enrichissement personnel", tu parles, sans compter les à côtés... Pas de quoi certes, quand on est un politicien français, devenir la plus grande fortune du monde. Encore que rien ne le prouve, j'exagère sans doute, mais la chose serait à vérifier...
Car mesure sur toi, croissant de lune : tu m'accuses d'avoir trouvé de la grandeur au discours de Moubarak. Si tu lis bien le fil de nos chroniques, j'ai plutôt relativisé la grandeur que toi, tu lui trouvais, au point d'en ressentir un ébranlement physique. De même, tu pensais que Moubarak n'avait pas "touché" autant que Ben ali avant de découvrir qu'il détenait, répartie entre sa femme suzanne (qui n'a reçu qu'un petit milliard et qui est copte) et ses deux fils, dont le cadet Gamal a été beaucoup plus gâté que son aîné, une fortune supérieure à celle de Bil Gates, soit la première fortune du monde. Tu croyais encore que le régime était plus fragile que tu le vois, et sous totale dépendance américaine, dont tu dis que la diplomatie n'a fait que du verbalisme. Si le régime égyptien se découvre plus souverain que tu le croyais, cela prouve au moins qu'une alliance avec le sionisme ne coupe pas l'herbe sous les pieds d'une malesouveraineté certes, mais qui n'en reste pas moins un commencement de souveraineté. Je ne crois pas, à ta différence, que la diplomatie américaine n'ait fait que des gesticulations. Que fais-tu de ceci, si c'est vrai, que ce soit précisément l'émissaire américain qui ait imposé au vice-président Souleiman, pourtant du dernier bien avec Israël, de prendre langue avec les "frères musulmans" ? Considères-tu que le fait qu'ils l'acceptent si facilement signifie qu'ils sont par avance des traîtres à cette révolution ? Enfin, tu reproches aux cassiques du régime de ne se reconnaître aucune responsabilité dans l'offensive des bastonneurs. Mais toi-même n'imaginais pas que ce fût Moubarak lui-même qui les ait envoyés, mais plutôt ceux qui avaient intérêt au maintien et à la pérennité de son régime. Tu en viens à croire, semble-t-il, que l'armée a choisi son camp et que c'est bel et bien celui du soutien du maintien de l'un de ses séides. Tu penses encore que la répression obéit à une logique de chasser dans le peuple révolté "le goût rêvé du martyre". Il faut dire que ce peuple se montre lui-même passablement attentiste en continuant de palabrer et camper sur cette place. On peut supposer, plus simplement que tu le fais, que ce relatif adoucissement de la répression, obéit à des principes de neutralisation d'un mouvement social à la manière occidentale. Quand on veut que reflue la vague, on oppose moins de contrecourant. La stratégie de l'alternance des jours de marche et des jours de repos (se traduisant en regain de l'activité économique) a l'air en revanche d'être celle que tu décris. En réalité, il est très difficile de déchiffrer au jour le jour l'évolution d'un mouvement en train de se faire. Il est normal que toi ou moi, ou tout autre observateur beaucoup plus avisé, émette çà et là des appréciations qui se révéleront erronnées avec le temps. Plaise à dieu que ce qui a lieu aboutisse à l'émergence d'un "peuple libre" qui ne cède pas à la vengeance et ne connaisse pas la fatalité de l'atrocité.
Mais j'aimerais avoir tes lumières sur un dernier point que tu soulèves. Je trouve très intéressant le front que tu établis dans la "révolution mondiale", que je trouvais naguère incarnée dans le non alignement dont Khadafi avait pris la tête, que je vois aujourd'hui réfléchissant plus informellement dans des forums sociaux annuels altermondialistes, entre le front révolutionnaire marxiste antireligieux et plutôt latinoaméricain d'une part, et d'autre part le front révolutionnaire et conservateur islamiste, qui connaît la même avidité de justice, mais sur une base religieuse et traditionnelle. Pourrais-tu développer ce point ? Est-ce que, tout simplement, le front marxiste ou altermondialiste, s'il y est fait plus de publicité qu'aux révolutions islamistes, ne se trouve pas plus en phase avec toute une partie du monde qui trouve, en dehors de tout matérialisme, qu'on en a séculairement soupé des violences religieuses, toutes religions confondues? Les violences marxistes se sont révélées impitoyables sur la courte durée où le marxisme a exercé un pouvoir politique réel. Mais les violences religieuses ont été constantes, toute religion en faisant feu. N'est-ce pas ce parti que l'on craint en essayant de ne pas favoriser l'émergence islamiste, quoique tu en fasses le rempart contre le non sens, alors que ce rempart pourrait puiser, outre dans la ressaisie du Logos chrétien, dans le désir de justice associé aux fondements anthropologiques, qui peuvent être sous-jacents à une société, mais qui ne doivent pas nécessairement être haussés jusqu'à l'exercice du pouvoir ? En quoi considères-tu qu'ont consisté les trahisons respectives des islamistes envers les marxistes et des marxistes envers les islamistes ?
Ton torrentiel qui demande une leçon de ces choses en priant pour la libération des peuples dans la maturité du pardon et de l'absence de vengeance
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