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lundi 23 janvier 2012

Du rapport initial à la vie

Mon croissant de lune,

Je réponds à ton message, qui va au fond des choses et au coeur du problème.

- pour tomber d'accord avec toi sur ce premier point : on est intéressé par
le sort collectif à proportion qu'on a moins souffert dans son individu ;
qu'on a été sensibilisé par une forme de pauvreté qui a su rester digne, à
ce que les autres, à commencer par les siens, connaissent le même bonheur de
l'amour englobant, de l'harmonie native et qui se construit...
harmonieusement . Donc, l'intérêt collectif serait l'expression d'une
moindre souffrance qui rend disponible à celle du corps ethnique ou
social, à la famille religieuse ounationale, avant de s'étendre à toute
l'humanité. Cela posé, tout est une question d'équilibre. On peut souffrir
de l'intérêt collectif jusqu'à être possédé de cette souffrance, tout comme
on peut être empressé de l'amour de son "autre" jusqu'à la passion
démentielle d'aimer son ennemi pour le faire sien ou le détruire. Toute
passion est belle ; mais la démence dont elle s'accompagne est invivable ou,
au moins, empêche de dormir, fait qu'on serait prêt à briser l'harmonie de
son couple, par confusion entre son sort individuel et celui du corps
social. J'ai déjà observé que qui s'éprenait trop du sort collectif au point
d'y lier son "moi" individuel, de l'y lier tout uniment, sans le distinguer
aucunement du sien, celui-là risquait de devenir littéralement fou parce
qu'obsessionnel. Tu souffres journellement de la lésion qui résulte de
l'impossibilité de s'affirmer de ta nation au point qu'elle passe pour
chétive alors qu'elle est pleine de force. Mais il ne faudrait pas que cette
souffrance te ronge au point de te faire des ennemis de ceux qui sont
devenus les tiens, puisque tu as contracté mariage avec eux ; au point de te
faire envisager de quitter ta femme, parce que tu la confonds
fantasmagoriquement avec la france. Je ne suis pas contre le fantasme, mais
contre le fait que celui-ci devienne un "tout à fait". En même temps, chacun
reste peut-être, jusqu'à un certain point, amoureux de son fantasme, même
s'il en distingue l'être aimé même s'il aime aussi l'être bien réel qui est
venu l'incarner, avec lequel il vit et aux intérêts de qui il entre jusqu'à
les prendre pour les siens. L'obsession résultant du transfert de la lésion
du corps collectif en une lésion personnelle fait qu'on se fait beaucoup
d'ennemis, parce que le corps collectif en a beaucoup, voire ne peut presque
s'affirmer comme tel qu'en en ayant. Et avec cela, il faut rechercher
l'harmonie.

Lundi matin, j'ai fait une expérience qui m'a donné une vraie joie, l'une de
ces espèces de joie intérieure assez indéracinable une fois qu'on y a goûté. Une sorte de découverte sur moi-même ou, plus
exactement, la confirmation de quelque chose que je savais, mais que
j'ai mis en mots.

J'ai dû jouer une messe aux petites heures, alors que je
m'étais couché la veille plus qu'engorgé d'alcool, dont j'avais consommé la
journée entière et une partie de la nuit. J'avais dormi suffisamment pour
ne pas être HS et, de toute façon, j'avais un devoir à remplir, on comptait sur moi, donc il n'était pas question que je fasse défection.

Les lendemains de cuite, quand
tu arrives à passer le cap où tu ne demandes qu'à rester dans ta planque, la
marée post-alcoolique se transforme en une lutte pour rester dans la
vie en société, avec de brusques menaces de retrait du monde et de retour en son
monde. Si l'on parvient à vaincre ces menaces, on est dans la société
jusqu'à son coeur profond, on est dans ce qui est en train de se faire avec
une lucidité et une réactivité sans pareille, on est dans son mouvement
même. J'ai joué ma messe avec cet automatisme, cette concentration et cette
pénétration. N. en était fort émue. Quand nous sommes rentrés, nous
avons pris un café ensemble et je lui ai dit :
"C'est fou, je remarque quand même que j'ai l'harmonie dans la peau."
Je parlais bien sûr de l'harmonie au sens musical. Je l'ai toujours su, mais
là, je l'éprouvais et j'en étais physiquement heureux. Je pouvais dire que
je l'avais dans la peau parce qu'elle était là, jusqu'à l'inconscience. J'ai
un ami, franck, qui me dit souvent que la consolation de sa vie, comme ce
qui aurait pu la faire émerger, c'est qu'il a la mélodie dans la peau. La
mélodie, c'est la confiance d'un destin qui marche à l'aventure.
L'harmonie, c'est le besoin de résoudre à tout prix jusqu'à vouloir donner
une conclusion à sa vie, si par hasard on se sentait avoir trouvé un instant
de solution. Avoir l'harmonie dans la peau, c'est avoir besoin de fixer une
solution. Or, moi qui ai l'harmonie dans la peau, j'ai un grand désordre
dans mes affaires, si ce n'est dans ma vie, pas du tout dans ma tête. Mais ce chaos apparent pour les
autres n'est, comme me le disait quelqu'un qui travaillait pour et chez moi,
qu'un "ordre inaperçu". Il avait éprouvé maintes fois combien j'étais
méticuleux malgré mon apparent désordre.

Avoir l'harmonie dans la peau, c'était inscrit dans mon rapport initial à la
vie. Depuis quelques jours, je suis particulièrement travaillé par cette question, à
cause de mon frère qui, justement, est passionné de psychanalyse et me remet en question, qui voudrait bien me redresser en ne voyant pas qu'il est plus profondément déprimé et traumatisé que moi.

J'écoute ses interprétations qui reviennent à accuser nos parents. Je lui ai répondu récemment que là n'était pas
la question, ni la dignité d'un homme, mais qu'il s'agissait d'interroger le
rapport initial qu'il avait à la vie et comment il s'était fait que
celui-ci s'était trouvé mystérieusement correspondre au choix métaphysique
qu'avait fait, de l'aimer ou non, mais cela va plus loin, celui des
ascendants que dieu nous avait donné auquel on s'était le plus identifié, et
comment cela entrait en outre en rapport avec l'autre de nos ascendants.
J'ajoutai que l'enjeu d'une vie n'était pas d'accuser ou de corriger ses
parents, mais de rectifier sonc choix, son rapport initial à la vie, si par
hasard on n'avait pas fait le bon.

Comment t'expliquer cette affaire ? La théologie s'est par exemple demandée
comment dieu avait pu choisir de faire exister adam tout en le laissant
libre si, dans Son Omniscience et Sa presscience, Il savait qu'il allait
faire le mauvais choix, qui serait celui de Lui désobéir. Et elle a répondu
à peu près comme ceci: que la désobéissance était la pente où inclinait
adam; que sa chute était sans doute un fait connu par la presscience de
dieu, mais que la liberté d'Adam pouvait toujours faire changer ce fait et
qu'adam n'étant pas fait pour faire ce mauvais choix, Dieu voulait tout de
même laisser vivre adam, pour lui donner une chance d'aller vers ce pour
quoi il était fait. Le livre du deutéronome a cette parole qui paraît une tautologie:

"J'ai placé devant toi la vie et la mort. Choisis la vie pour que tu vives
!"
Or cette tautologie est porteuse d'une vérité profonde. Il faut faire le
pari de la vie, s'engager dans le processus vital pour vivre, à la dignité
de ce verbe.

Mon père n'est devenu tétraplégique qu'à la fin de sa vie, à la suite d'une
erreur médicale, mais au terme d'une destinée où cette erreur médicale
venait couronner d'une lésion corporelle le choix métaphysique de ne pas
aimer la vie qu'il fit sans doute avant même de devenir orphelin de père, car il m'a dit que ce dont il souffrait le plus en l'ayant perdu, c'était de n'avoir pu se fâcher avec lui. Ce choix métaphysique était doublé chez lui du choix moral d'être en extrême empathie avec ceux qui souffraient,
au point de vouloir donner un rein à l'un de ses apprentis. L'émouvaient particulièrement ceux qui avaient ce qu'en alsacien, on appelle le Heimwee (le mal de sa maison) ou encore ceux qui avaient subi un traumatisme, du nombre desquels j'étais à l'origine, quand je n'étais à ses yeux que ma cécité. Il était aussi très important pour lui de s'être demandé vers l'âge de huit ans s'il était vraiment l'enfant de ses parents et n'avait pas été adopté, il revenait souvent au fait qu'il s'était posé cette question, enfant.

N. m'a dit ce matin qu'il lui arrivait de se demander si elle n'était
pas un monstre, pour qu'il lui soit arrivé que toute sa famille l'ait
rejetée, jusqu'à son enfant, dans la famille qu'elle commença par essayer de refonder, avec une personne impossible pour elle, mais en sortant de chez sa
mère où elle venait de vivre quatre ans de séquestration et après avoir fait
un stage de rééducation à Marly-le-roy. Elle fut jusqu'à s'entendre accusée
par sa mère d'être responsable de l'assassinat de son père, que sa mère
elle-même avait orchestré, commandité, sinon fortement suggéré à celui qui
l'avait prémédité. Or N. a toujours été la gentillesse même. Je lui ai
répondu qu'il était évident qu'elle n'était pas un monstre, puisqu'elle ne
faisait et n'avait toujours fait que répandre de l'amour autour d'elle ; qu'à moi, par exemple, elle n'avait jamais fait de mal, et que rares étaient les personnes dont on pouvait dire pareille chose après quinze années de vie commune;
mais que, si elle se posait des questions aussi douloureuses, pour autant qu'elle
jugeât qu'il lui était utile de se les poser , ou pour autant qu'elle pût s'en empêcher, ce qui était plus intéressant était qu'elle s'interroge sur son rapport initial à la vie, question où elle trouverait à répondre qu'elle avait toujours aimé
profondément la vie, ce qui était sa force et son instinct de vie, mais
qu'elle avait accepté d'être victime, ce qui était sa faiblesse et sa pulsion de mort, faiblesse et pulsion qu'elle devait combattre, à présent qu'elle avait décidé d'aller de l'avant, à présent qu'elle touchait au bonheur.

Elle m'a répondu comme une partie de ton message l'a fait que c'était
d'avoir souffert qui l'avait rendu gentille et sensible à l'extrême à ce qui
pouvait arriver aux autres et à ce qu'elle ne fût pas malade. Je lui ai
répondu que certainement, mais qu'il était palpable qu'elle était aussi
gentille de nature. Elle m'a également dit qu'elle ne parvenait plus
aujourd'hui à supporter son handicap alors que, quand elle avait perdu la
vue, elle s'était contentée de verser une larme et puis avait consolé ses
parents et surtout sa mère. Je lui ai dit qu'il n'y avait rien d'étonnant,
étant donné qu'elle vivait dans un système fondé sur la performance et la
vitesse, où ses parents, qui aimaient la vie, associaient cet amour à la
force, ce qui ne lui laissait pas le temps de s'appesantir sur ce qui était
en train de lui ariver ; que ce n'était que maintenant qu'elle avait le
temps d'y penser et de s'apercevoir qu'elle avait subi un traumatisme.

"Mais si j'ai accepté d'être une victime, qu'en est-il de toi, alors ?"
m'a-t-elle demandé.
J'ai réfléchi un moment et lui ai répondu :
"Moi, j'ai justement refusé d'être une victime, mais je n'ai pas aimé la
vie, . Nous étions donc faits pour nous rencontrer puisque nous étions, face
à la vie, dans une relation inverse. Nous étions faits pour nous rencontrer,
moi pour t'apprendre à ne plus accepter d'être une victime et toi pour
m'apprendre à aimer la vie."

Je crois que chacun, à titre individuel et collectif, devrait se poser cette
question :
"quel est mon rapport initial à la vie", écho du :
"adam, où es-tu ?" que Dieu pose au premier homme après qu'ayant péché, il a
eu honte et s'est caché de Lui, alors qu'il n'aurait pas dû.

Si je m'interroge par exemple pourquoi je n'ai pas aimé la vie, c'est sans
doute parce qu'ayant par ailleurs l'harmonie dans la peau, je me suis rendu
compte que c'était un problème sans solution que la vie ! Et si je t'interroge, toi,
assoiffé, épris de justice, sur ce qui conditionne ton rapport initial à la
vie, que me répondras-tu ? Me diras-tu que tu étais fait pour te couler dans
une relation vivante à ce qui est vivant ? Car aussi, qu'est-ce que la vie ?
J'aurais tendance à dire que la vie, c'est à la fois une force et un donné auquel consentir sans en interroger les lois. Aimer la vie, c'est aimé être soumis à cette force ou aimer
recevoir ce donné. Etre dans la vie, c'est entrer dans cette force ou dans
cette réceptivité contemplative. Vivre la vie en force, c'est accomplir son
principe mâle ; vivre la vie en réceptivité, cueillir les fruits et les
fleurs de la vie, c'est accomplir son principe femelle. Aimer recevoir la
vie, ce peut être aimer en recevoir la force et ne pas se bercer de
l'illusion que nous sommes à nous-mêmes l'origine de notre propre force.

Recevant ta vie de ta nation, te moulant dans ce courant collectif qui fait
de toi quelqu'un de quelque part, tu avalises le fait de ne pas
t'appartenir, ce qui manque à l'individu occidental contemporain, celui qui
t'écrit compris. Ta nation, d'autre part, se réjouissant d'accomplir la loi
de Dieu, ce que d'aucuns comme Annick de souzenelle appellent la loi
ontologique sans songer à la remettre en cause, est dans la force de la loi
et dans la réceptivité à cette force. Mais ta nation aime aussi la vie, elle
aime la chanter, elle aime la cueillir, elle aime l'exprimer en contes et
poésie. Est-elle en quête d'harmonie ? Je dirais qu'elle est plutôt en quête
de justice. La justice, c'est l'harmonie vivante, l'harmonie qui sait qu'il
n'y a de solution qu'en marchant. L'harmonie, c'est la justice résorbée,
mais cette justice est morte.

Quel est le rapport initial de ta nation à la vie ? Un besoin de rendre la
justice, de réparer un tort, de soustraire Ismael à la non reconnaissance
dont il avait été entouré avant que ta nation ne naisse pour faire rentrer
Ismael dans ce qui aurait dû être les prérogatives légitimes de son droit
d'aînesse. Peut-être, à travers Ismael, ta nation a-t-elle voulu venger les
torts de l'homme arabe et rendre au bédouin le primat du nomadisme, dont les
Hébreux n'étaient qu'un sous-groupe, alors qu'il n'est que trop clair, en
revanche, que l'arabe dans lequel a été écrit le coran, est une certaine
vocalisation de l'Hébreu. Or, pour faire retrouver à Ismael ses prérogatives
de premier-né d'Abraham, le coran est obligé d'abolir le droit d'aînesse ;
et, parce qu'il respecte éminemment le père de tous les croyants, de ne pas
reconnaître le crime du parricide. Sais-tu que, par une autre voie, celle
des Lumières, la France, elle aussi, a aboli le droit d'aînesse, pour le
plus grand malheur des dynasties, voire des familles, et j'ai appris tout
récemment que le nouveau code pénal adopté en 1984 à l'instigation de Robert Badinter ne reconnaissait plus la qualification du crime de parricide. Ou
coment la charia peut arriver en france par les Lumières, mais ceci n'est
qu'un de ces inaperçus de l'histoire que j'aime bien mettre en lumière et
parallèle et qui, au passage, te conforte dans ton rêve que la France et
l'arabité épousent leurs causes, via la passion de l'égalité.

Je vais examiner la chose un peu plus loin. Mais, pour l'heure, j'ai à dire
quelque chose sur le paradoxe dont est faite toute mise en oeuvre humaine,
qui n'arrive à se réaliser qu'à ce prix, tout ainsi que l'harmonie
a des retards ou des avances, que la poésie a des enjambements ou des
rejets, qui prouvent que tout épanouissement musical se fait dans une
certaine discontinuité, qui recherche toujours, néanmoins, le retour à ses
fondamentaux. Ce qu'on appelle cadence parfaite en harmonie, c'est
l'enchaînement de trois accords pour terminer une pièce : un accord de
sous-dominante, puis un accord de dominante (dans lequel vient souvent se
glisser la note dite sensible) et enfin l'accord de tonique, qui est très
loin d'entraîner après elle la moindre tonicité, mais qui est ainsi appelée
parce que la tonique, premier degré de la gamme, est la note qui en donne le
ton. La tonique n'indique donc pas la tonicité, mais la tonalité.

La tonalité de la relation initiale à la vie de ta nation est la justice, sa
dominante est sa passion de la faire advenir. Dans cette passion, il y a une
force ; mais pour soutenir cette passion, comme dans l'accord de dominante,
il y a la note sensible, il y a la sensibilité. Il entre de la sensibilité
dans la passion de rendre justice et de faire rendre gorge à l'ordre
injuste, et c'est même de la sensibilité que naît la passion de rendre
justice.

Ta nation est donc née, habitée de la passion de l'égalité. Tu crois pouvoir
faire rentrer la france en connivence avec elle, parce qu'elle serait
vectrice de la même passion de l'égalité, qu'elle a voulu faire circuler comme un
universel dans le monde. Examinons s'il en est bien ainsi. Je ne prétends
pas me prévaloir d'une grande cuulture historique, mais ceux qui dissertent
de la généalogie de la France lui donnent deux origines : le baptême de
Clovis et la révolution française. Dans le premier cas, la france serait la
"fille aînée de l'Eglise". Or c'est un titre usurpé, parce
qu'elle a été précédée au moins par les coptes d'Egypte et par les
arméniens. Mais il est exact que la france va être la première nation qui
va avoir conscience d'être chrétienne et que c'est cette conscience qui va
lui donner l'envie d'être vectrice de valeurs, propagatrice d'une foi.

Cet héritage missionnaire et propagateur va rester présent à la révolution française. Mais l'unification de la france par
le baptême de Clovis va essentiellement permettre d'unir les tribus franques
autour d'un chef incontesté, auquel référer toutes les féodalités. Puis, la
Révolution française va prétendre exporter le modèle égalitariste de la
france dans le monde. Elle le fera au prix d'une barbarie moderne, de même
que les Francs étaient des barbares à l'antique. Il en résultera ce qu'on
appelle un régime de terreur à l'intérieur et les guerres napoléoniennes en
europe et au-delà, jusqu'en egypte avant que Napoléon ne devienne premier
consul. Les révolutionnaires égyptiens viennent d'ailleurs de détruire le
principal vestige de l'invasion napoléonienne. Or cette terreur et cette
propagation du modèle égalitaire par la guerre sont subséquentes à la
passion de l'égalité. Non, l'arabe n'est pas génétiquement guerrier comme le
communisme serait "intrinsèquement pervers". Il n'est guerrier que dans la
mesure où il n'y a pas de Justice qui n'aime à se rendre par défection
volontaire des oppresseurs. Le pouvoir ne se donne pas, il se prend, comme
le bonheur cesse peut-être après qu'on l'a conquis, et la vie après qu'on
l'a résolue, et la justice après qu'on l'a rendue ? Mais qu'advient-il
ensuite ? Savoir ainsi si cette passion exclusive pour la Justice en vaut la
peine. Ou que devient la vie après la vie, en quelque sorte ? Le salut, dit
le christianisme, j'y reviendrai. L'une des expressions du salut est
contenue dans cette béatitude où il est dit :

"Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés".

Mais le combat pour la justice vaut-il d'être livré en ce monde ?
Intuitivement, l'arabe et le français croient que c'est indiscutable. La
passion pour l'égalité est encore caressée en ce que ces Francs qui se sont
unis sous la bannière d'un seul chef lors du baptême de clovis étaient des
féodaux libres les uns par rapport aux autres. Ils ont vaincu le tribalisme
par la féodalité, la féodalité n'étant qu'une forme supérieure de
tribalisme, composant un ensemble mieux fait pour prendre de l'ampleur.
Mais on peut dire inversement que revenant à leurs racines franques par la
passion de l'égalité caressée par le rêve révolutionnaire, les Français,
s'ils ont gardé du fait que leur nation soit appelée "la fille aînée de
l'Eglise et la mère des arts, des armes et des lois", la passion d'exporter
les lois par les armes, cette passion missionnaire qu'on retrouvera jusque
dans les racines du colonialisme, ils ont rompu avec l'autre aspect de la
bannière éclésiale, qui consistait en la bonne administration souhaitée d'un
royaume dont le principe et la souveraineté s'exprimaient dans un prince.
C'est dans le lignage administratif de l'héritage de la "fille aînée de
l'Eglise" que la France pourra servir de prétexte indirect à la naissance de
l'Etat d'Israël à qui l'affaire dreyfus donnera quittus, à la suite d'un
problème administratif, de l'analyse graphologique d'un bordereau trouvé
dans une poubelle par une femme de ménage. Est-ce que les promesses
territoriales accordées par Dieu au peuple juif devaient se retrouver
politiquement dans une poubelle et se justifier d'un bordereau aux
informations insignifiantes et qui avaient valu l'accusation d'espionnage à
un juif alsacien, donc frontalier, qu'on soupçonnait, sans doute à tort, de
travailler pour l'allemagne ?
Du caractère germinatif administratif de l'administration étatique de
l'entité politique que l'on nomme Israël, germination qui a pu faire
estimer aux juifs religieux du temps de la création de cette entité
politique qu'elle n'était pas digne des promesses divines, vient aujourd'hui
le doute sur la légitimité de cette entité politique, qui n'a dû son
existence qu'à une décision administrative de l'Organisation des Nations
Unies, qui n'a pas appliqué pour en décider le droit des peuples à disposer
d'eux-mêmes. En cela, l'Organisation des Nations Unies aura sans doute
manqué à "la justice basique" ; et pourtant, elle aura voulu satisfaire à
une requête légitime. elle aura prétendu justifier administrativement des
promesses divines dont, bien que la laïcité se veuille sortie de la
théocratie, elle se sera sentie comptable, historiquement, au nom de tous
les peuples monothéistes qui sont sortis du rameau de la religion
abrahamique, historiquement encore, pour combler un passif antisémite
chrétien, mais pas seulement chrétien. Car vous autres, musulmans, avez beau dire que vous êtes
immunisés contre tout antijudaïsme, vous ne parvenez pas même à reconnaître
que le Coran ne serait pas s'il ne descendait du livre des Juifs, Abraham
n'étant pas la propriété de la bible, dites-vous, mais son existence n'ayant
été transmise par écrit que par ce document sacré, dont le Coran dépend
encore lorsqu'il réinvestit la figure de Moïse et y puise une partie de sa compréhension de celle de Jésus, autre personnages bibliques, dont le
traitement qu'il en fera viendra d'écrits apocriphes pourne pas avoir part
au "scandale" qu'aura été son crucifiement et qui pourra faire dire à une
mystique comme sainte-thérèse d'avila qu'à voir comment dieu traite ses
amis, mieux vaut, humainement, être de ses ennemis."

La France est scripturaire, tu dis vrai, mais elle est scripturaire à la
fois administrative et judiciaire. Examinons un peu quelles passions
initiales portent le peuple juif dans sa relation à la vie. Ce n'est pas la
justice: c'est de répandre un modèle théophanique à l'échelle humaine, et de
se croire élu pour cela. Elu, donc supérieur, puisque "mis à part". C'est de
se croire comptable d'exporter un messianisme humain égalitariste ; mais,
dans la mesure où on l'exporte, c'est de se croire messie soi-même. La
passion originaire qui relie le judaïsme à la vie n'est pas premièrement la
justice, mais une telle conscience d'incarner la Justice et toutes les
passions positives de l'humanité, dans la mesure où elles nous ont été
révélées théophaniquement par un Dieu qui ne saurait Se tromper ni nous
tromper, que l'on devient responsable de l'aventure de son prochain
(définition du judaïsme par le professeur armand abécassis) et que ce poids
de l'incarnation ou de l'élection communique à ceux qui le ressentent un complexe inné de supériorité. La question est de savoir ce qui va dominer,
des valeurs à véhiculer, de la responsabilité qu'on se sent envers celui à
qui on les véhicule, ou du complexe de
supériorité qu'on ressent à être l'élu, supériorité qui peut faire oublier tout le
reste, et les valeurs à véhiculer, et la responsabilité vis-à-vis du
prochain. De la certitude d'être élu sans conteste, peut naître l'oubli, si
ce n'est le mépris, qu'on a de se faire élire, d'où le fait qu'Israël,
sourcilleux devant la nécessité de l'élection, jusqu'à la promotion de la
démocratie dans le reste du monde, s'est cru pouvoir affranchir du droit des
autochtones à disposer de leur souveraineté pour disposer de leurs terres,
moyennant une élection internationale, avalisant de manière facultative,
mais donnant un gage de légitimité humaine, les Promesses dont était
assorties l'élection divine, qui n'était accordée que sous réserve que le
peuple véhicule bien les valeurs qui lui valaient cette élection et fassent
bon usage de la terre.

A ce stade, peut se poser une question : la notion de Justice peut-elle coexister avec celle de supériorité ? ce qui pose une question plus cruciale
: peut-on réputer juste un ordre mondial où le sang des uns ne vaut pas le
sang des autres ? Car la justice s'exprime, croit-on, dans l'identité de
valeur accordée à la vie de chacun. Et l'on sait par ailleurs que
l'élection, qui a tendance à faire oublier tout le reste au peuple juif,
n'est que trop enclin à lui faire confondre son destin avec celui de
l'humanité, de sorte qu'un crime commis contre le peuple juif devient
l'origine juridique du crime contre l'humanité, et c'est en vain qu'on
invoque l'adage :
"Qui tue un homme tue l'humanité",
si ce n'est qu'à reculons que le peuple juif cessera de résister pour
donner une extension à cette qualification, de même que c'est à reculons
qu'il acceptera de partager avec les arméniens, avec les rwandais, voire
avec les vendéens, la notion difficile à cerner de "génocide".

En droit, bien sûr, le sang des uns ne saurait pas ne pas valoir le sang des
autres, mais en fait ? Est-ce que le sang du chef n'a pas toujours valu
davantage que le sang du membre de son peuple ? Par une dérive médiatique
qui ne date pas des médias, est-ce que le sang de l'otage ne vaut pas
davantage que le sang de l'accidenté de la route ou de celui qui meurt de
misère ou de faim ? On a même voulu donner à ce fait une apparence de droit,
et on l'a appelé "la naissance", depuis les Grecs. On a fait de "la
naissance" une des variables de l'aristocratie. Est-ce que, si le sang d'un
juif ou d'un chrétien vaut plus que le sang d'un arabe, la
pseudo-démocratie mondiale n'est pas en train d'avaliser une espèce de
suprématisme subliminal, au terme duquel il serait convenu que, puisqu'ils
ont la supériorité des armes et, pour l'heure encore, celle de la puissance,
le juif et le chrétien seraient l'aristocratie mondiale, au grand dam de
l'arabo-musulman qui continue de porter dans ses gènes la non reconnaissance
d'Ismael et n'a ses pieds que pour trépigner, en se livrant par impuissance
à des guerres intestines, plutôt que de s'unir pour, par passion de
l'égalité, renverser cette aristocratie qui ne tire ses titres que du fait
accompli ? Car la justice est le droit, elle ne saurait être le fait. Mais
le fait a pour lui d'être réel, le droit a contre lui d'être irréalisable.
Faut-il courir après le droit ?

La méfiance du christianisme paulinien envers la loi vient de ce fait que le
droit peut tellement peu être réalisé qu'énoncer la loi pousse à la
transgresser et que les résultats se retournent la plupart du temps contre
leurs intentions (voir Saint-Paul se plaignant de son écharde dans la chair
qui le pousse à commettre bien souvent le mal qu'il ne veut pas en étant
incapable du bien qu'il s'était proposé). De là, la remise en filigranne par
le christianisme de la Justice aux calendes éternelles, parce qu'elle est
une soif impossible à étancher en ce monde, d'où la vanité d'établir un
Royaume en ce monde, Dieu Seul, qui est l'absolu, pouvant étancher la soif
de l'homme dès ici-bas ("et qui boit de cette eau n'aura plus jamais soif"),
ce qui ne dispense pourtant pas l'homme de courir après la justice, car
seuls sont promis au bonheur ceux qui auront été tourmentés de cette soif et
auront essayé de faire la vérité, pour discerner ce qui est juste. Mais la
passion originaire du rapport à la vie qui inspirera le christianisme sera
celle de l'harmonie. Le dis-je parce que je l'ai dans la peau ? Je crois, en
effet, être chrétien dans la peau. Mais, au-delà de moi, la passion de
l'harmonie se lit à travers ce besoin que manifeste le christianisme de
rétablir l'harmonie entre l'homme et Dieu, que n'ont pas réussi à obtenir
tous les sacrifices antérieurs. La logique sacrificielle est-elle juste ? Le
christianisme s'abstient de poser cette question, l'islam aussi,
d'ailleurs, qui se contente d'observer tout comme le christianisme, non
seulement des rites sacrificiels, mais que le sacrifice est la logique
religieuse naturelle, sans que l'on puisse nécessairement remonter à savoir pourquoi.
Aussi, pour obtenir l'harmonie une fois pour toutes, Jésus consent-Il à se
sacrifier au sacrifice, non pas à dieu, j'ose croire, Qui, dans le
Sacrifice de son fils, a peut-être essayé de faire sortir la religion de la
logique sacrificielle, mais ceci est une lecture religieuse. Jésus, prétend
le christianisme, paie un prix unique, et si son sacrifice est renouvelé à
travers la célébration de chaque messe, ce n'est que le même sacrifice qui
est indéfiniment renouvelé, de manière non sanglante.

A la poursuite de la passion de l'harmonie, le christianisme, se plaçant
dans la tradition des antiques épopées, dont les héros connaissaient la fin
heureuse tout en courant leurs aventures, se met dans la situation de
considérer que la pièce est écrite, que la messe est dite, qu'il y a une
"happy end", que la solution est toute trouvée dans l'au-delà, qu'il ne faut
donc pas, à l'excès, chercher des solutions humaines, car cette lutte est
sanguinaire et sans merci, et "mieux vaut compter sur Dieu que de compter
sur les hommes, mieux vaut s'appuyer sur Dieu que de compter sur les
puissants", dit le psalmiste. Non, il ne faut pas à l'excès chercher des
solutions humaines, car tout ce qui est humain est dépassé. Est dépassé, à
peine a-t-on trouvé la solution ! Il faut préférer la vie surnaturelle à la
vie naturelle, est-ce une question de survie ? La passion pour l'harmonie,
dont l'objet est la résolution, est-elle morbide, comparée au combat pour
la justice et l'harmonie ? Morbide, peut-être, mais moins mortelle. Aussi, quel parti
prendre ? Le combat spirituel dispense-t-il du combat pour la dignité
humaine ? Il semble que le christianisme laisse cette question indécise,
ouverte et disputée.

Du moins est-ce l'avis d'un de ces fils de france dont le pays est en cet
état parce qu'il ne parie pas assez sur la vie, et qui a conscience d'être,
en outre, l'un des derniers des moïcans à s'intéresser au sort de son pays. Que
Jeanne d'arc, à ta prière, lui donne ce sursaut de force qui le rappelle à
lui-même en même temps qu'il doit garder à l'esprit que tu n'obtempéreras à
te convertir, à l'appel de la sainte, que si "la nation des chrétiens
devient totalement juste". Quant à toi, continue d'"(accuser) pour rendre la
guerre impossible, en déconstruisant en profondeur,
> les ressorts de la guerre injuste." Continue de dialectiser d'une façon
> qui a jusqu'ici manqué à ta nation. Mais prends garde de ne pas
> "criminaliser ton vis-à-vis". Au cas où ce serait "un eenemi qui se
> transforme", il n'a, pour l'heure, plus les moyens de te rendre les coups
> ; et si tu le criminalises, il n'aura d'instinct de survie que pour se
> braquer contre toi.

Ton torrentiel passionné pour l'harmonie et qui essaie de mettre cette
passion en adéquation avec la reconquête de l'amour de la vie

Lésion ou traumatisme

> Mon Torrentiel.


> Non, ton invitation n'est pas offensante, elle était présente dès le début
> de nos échanges, c'est très naturel. En toute rigueur, le Musulman doit
> admettre, du Chrétien, qu'il l'invite à communier ensemble. Il doit admettre
> ce droit, qui est réciproque, s'il résulte de la foi et de l'engagement.
> Tenir contre cela, n'est pas canonique, puisqu'il est naturel que le
> Chrétien invite tout autre, à rentrer dans sa communauté. C'est un droit
> religieux, s'y opposer, revient à nier la liberté d'exercice religieux, ce
> qui est anti-canonique. Rien de surprenant. Sans cela, il faudrait ne pas
> fréquenter les Chrétiens et se lier d'amitié avec eux, il faut être
> conséquent. Je ne tiens que contre les agissements réels de certains
> missionnaires, et tolèrerait leur mission pourvu qu'elle reste dans les
> limites de la loi. Lorsque certains tiennent contre le prosélytisme Chrétien
> dans nos pays, c'est un point de vue politique, qui n'a rien de fondamental.
> Ils tiennent contre des agissements connus, et ils craignent, d'une crainte
> fondée et prouvée, que des forces étrangères, n'interagissent avec tels ou
> tels factieux. Si ces éléments cessaient
> d'exister, autrement dit, si la Nation acquérait un jour, la force
> nécessaire et suffisante, pour imposer le respect de son être et de ses
> droits, alors, cette histoire de prosélytisme Chrétien, perdrait presque
> toute son importance, serait perçue comme un fait naturel, voire
> respectable. Mais on n'en est pas là! La Nation reste chétive et sans cesse
> bafouée. Les tyrans eux-mêmes, pour perdurer, vantent et vendent aux
> puissances
> agissantes dans notre région, prétendent-ils, la sécurité du Chrétien, et
> pis encore, la
> sécurité de l'Ennemi! Cela semble fonctionner, hélas. N'eût été ce contexte,
> cet état lamentable d'abaissement et de défaite, qu'aurions-nous à craindre
> d'aucun prosélytisme? On peut même aller plus loin, et entrevoir, qu'au-delà
> des objections religieuses, tant que la Nation souffre, Rodomont ne peut
> distinguer entre ses objections fondamentales, et celles qui tiennent au
> sort présent de la Nation. C'est que Rodomont ne sait pas vraiment, à quel
> point il est religieux : il doit l'être un peu, sans doute, moins que toi,
> certainement. Au fond, si je n'étais pas citoyen de la Nation, que
> serais-je? Si la Nation se mettait d'aventure à ne plus tant soufrir,
> comment serais-je? Rodomont ne sait pas où il en est, le citoyen de la
> Nation l'emporte sur toute autre dimension, semble-t-il.


> Tu fais exister la notion de traumatisme, et dans ce sens, tu représente le
> vécu de ton père, qui croyait s'expliquer certains mécanismes de sa vie. Le
> traumatisme serait donc, le vécu après coup, d'une lésion subie un jour, qui
> laisse diverses séquelles, notamment la reproduction de certains shémas,
> voire leur contre-pied. En même temps, ton père n'était-il pas handicapé
> physique grave, sauf erreur? Je crois me souvenir, qu'il fut tétraplégique,
> ce qui est une lésion permanente de tous les jours, et non seulement un
> traumatisme vécu et revécu. Sauf erreur, il conjuguait des traumatismes
> anciens et
> une lésion permanente, qui fait le mal quotidien de la vie, et constitue un
> traumatisme par elle-même.


> Je me perds en paroles. Me concernant, il doit y avoir quelque-chose,
> évidemment, qui explique tant de projection, hors de mon quotidien et de mon
> individualité. Certainement, il y a quelque-chose. Je ne suis pas sûr du
> tout, qu'il s'agisse d'un traumatisme, ou d'un malheur quelconque. Mon
> intuition me suggère, peut-être à tort, que ceux qui ont pareille
> sensibilité aux sorts communs, ne sont pas de ceux qui soufrent ou ont le
> plus souffert, mais plutôt le contraire. Il faut avoir vécu des états
> d'équilibre, ou mieux, d'harmonie, pour ne pas supporter la dissonnance et
> l'injustice! Vois donc l'exemple de Jeanne d'Arc : c'était probablement, une
> fille heureuse, dans son enfance, aimée des siens, aimant les siens et les
> bêtes qu'elle gardait. Fut-elle pauvre? La plupart des biographies tendent
> vers une enfance certes modeste, mais digne. C'est précisément dans cette
> pauvreté digne qu'on trouvera le plus d'harmonie, d'amour des autres,
> d'amour du monde et de compassion aux malheurs du temps. Cette harmonie,
> cette bénédiction, porte aux sentiments généreux, voire aux sentiments de
> responsabilité. L'héroïsme, ou le rêve d'héroïsme, plonge là ses racines.
> La partie la plus généreuse et noble des peuples, c'est celle qui connaît
> quelque chose du malheur, et qui en même temps connaît l'harmonie, qui est
> au fond le meilleur de toute vie, le bonheur presqu'absolu. Celui qui est
> pauvre, mais encore assez riche, pour secourir plus pauvre que lui, qui peut
> recevoir un hôte sous son toit, celui-là, nourrit de bons enfants qui
> veulent le bien et haïssent le mal. Il ne faut pas chercher ni plus haut ni
> plus bas. Foin de cette légende ignoble, selon laquelle, l'Islamisme
> politique serait fils de la misère, ou encore certains ont dit, de la
> bourgeoisie. Ni l'un ni l'autre ne sont vrais. Il faut avoir vécu du bien et
> du mal, mais plus de bien, tout de même, il faut croire à la victoire du
> bien, l'avoir vu parfois triompher, ou en avoir rêvé. Il faut croire un peu,
> aux récits épiques, aux légendes et fables de bon aloi, donc ne pas être
> trop mortifié et résigné. Il faut avoir goûté aux joies de la vie, et en
> avoir beaucoup rêvé, avoir conscience que le mal des autres, nous fait
> soufrir, vouloir le bonheur public. Cela peut passer pour des sornettes, des
> fadaises, ainsi vivent pourtant les peuples, il faut qu'il s'y trouve,
> parmi eux, comme un levin, ceux qui veulent faire triompher le bien sur le
> mal.


> Enfait, je me propose, sans certitude, qu'au lieu d'un traumatisme initial
> et fondateur, il se peut qu'on ait vécu, un état d'harmonie primaire, puis
> des lésions au cours du temps. Ce shéma du traumatisme primaire, que
> certains situeraient en deçà de la naissance, voire dans les générations ou
> vies antérieures, est-ce une vérité scientifique, après tout? Pourquoi
> faut-il ainsi, sitôt qu'un homme souffre, tenter d'entrevoir un traumatisme
> lointain, géniteur de son mal présent ? Pas question de nier le rôle toxiques
> de tels traumatismes, facteurs de lésions profondes, plus ou moins
> subconscientes, mais pourquoi serait-il interdit de soufrir au présent, sans
> lésion primaire? Et pourquoi soufrir uniquement, dans son être individuel ou
> son entourage proche? Simone Weille que tu cites, mais encore Freud,
> lui-même, ont souffert du mal de leur nation. Cela existe, par la colère de
> Dieu. Il est étrange que des psychologues apportent sans cesse le déni à
> semblable affirmation. Soufrir du mal de sa nation, jusqu'à en pleurer,
> jusqu'à n'en plus pleurer, jusqu'à en perdre le sommeil, et plus encore, ça
> existe réellement! Qu'on prenne si on veut, la nation, comme un entourage
> éloigné, peu importe, dèl lors qu'on admet qu'une personne peut soufrir du
> mal des siens, il n'y a qu'un pas à faire, pour admettre qu'il puisse
> soufrir du mal de sa nation. C'est là qu'on voit, que le patriotisme ou ce
> qu'on nomme ainsi, est moins abstrait qu'on croit, qu'il a bien
> quelque-chose de charnel. Je réussis une fois, à faire admettre la réalité
> de ce mal, à un psychanalyste. J'y parvins, parce que c'est moi qui le
> soignais, le tenait sous mes mains. Il en convint, et admit aussi, hélas,
> qu'il n'y avait à cela aucun remède, tant que dure la source réelle du mal,
> à savoir, les faits qui se produisent. Je fus ainsi délivré, de la croyance
> selon laquelle, il me fallait chercher autre chose. Au lieu de me décevoir,
> cette vérité m'a libéré.


> Ma passion du métissage, pourquoi aurait-elle quelque-chose de patologique?
> Mon Dieu, c'est trop beau, trop merveilleux, pour que ça vienne d'un mal
> premier. Que je sois amoureux de mon double ou mon contraire, n'est-ce pas
> juste un peu plus intensément, ce que tout le monde fait? On aime une
> personne pour deux raisons conjuguées en proportion différente selon sa
> propre complexion. Il faut que l'être aimé nous soit un peu semblable et
> reconnaissable, et en même temps différent. Aimer l'identique est
> probablement difficile, hormis le cas particulier des jumeaux. Aimer le
> dissemblable en toute chose, est probablement impossible, puisque nous
> n'aurions pas en nous, si peu que ce soit, quelque-chose qui vibre avec lui.
> Le contraire de nous, ne doit pas être confondu avec le dissemblable. Le
> contraire, s'il est contraire, c'est qu'il a quelque-chose de nous-mêmes. Il
> y a là toute une gamme, entre ceux qui préfèrent des êtres plus ou moins
> semblables ou plus ou moins contraires. Aimer l'ennemi, si tel était
> vraiment mon cas, ce serait mazochiste, en effet. Je n'aime pas la France
> parce qu'elle est ennemie, elle ne l'est pas essentiellement, par vocation.
> Je crois plutôt qu'elle a une vocation toute contraire, non accomplie, mais
> en perspective et sur la voie de se réaliser. Voici une preuve que je
> n'aime pas l'ennemi. En 2003, j'avais prévenu ma femme, qu'au cas où la
> France participerait à certains crimes, je ne pourrais plus continuer la vie
> commune. Elle l'avait bien compris, c'était un constat sérieux, je ne
> pouvais pas faire autrement. En ce cas, et bien qu'ell n'y fût pour rien,
> j'eusse perdu le désir de la rendre heureuse et d'être heureux par elle. Ma
> vie en France eût été trop mauvaise, le tissu social se fût déchiré avec
> douleur. Cette perspective a du peser, dans les choix et décisions. Donc, je
> n'aime pas un ennemi qui est en train de me porter tort. J'aime un être qui
> m'aime et ne veut pas que je soufre. Mettons que ce soit un chemin, une
> dynamique, mettons que ce soit un ancien ennemi, qui se transforme. Il reste
> des imperfections, toute la profondeur des ambiguïtés, des arrières-pensées.
> En effet, il y a un travail salvateur, de chasse et d'éviction de ces
> imperfections, surtout dans un couple. L'invitation Chrétienne à aimer les
> ennemis, doit se comprendre, me semble-t-il, comme un chemin, quand l'ancien
> ennemi se transforme. Autrement, c'est chose impensable, tu n'aimeras pas
> celui qui veut te faire soufrir, au moment où il te porte tort, à toi-même
> ou à tes proches et ta nation. Récompenses plutôt, celui qui cesse de te
> haïr, et portes-le à t'aimer davantage. Donc, je ne suis pas amoureux d'un
> ennemi, mais d'un ami non déclaré, ou grand maximum, un ancien ennemi qui se
> corrige et se transforme. Effectivement, s'il en était autrement, on serait
> fondé à imaginer un traumatisme quelconque. Puis, l'intensité que je mets
> dans l'expression littérale de l'amour et encore de l'éhérautisme,
> relèverait plutôt de ma complexion, sans rien de traumatique. Au contraire,
> ça tend à manifester que je peux aimer, et que j'aime l'amour. L'intensité
> n'est pas vécue tous les jours, c'est impossible, personne ne peut. Sur ces
> choses, nous sommes divers et variés. Certains sont plus heureux, avec moins
> d'intensité apparente, une tendresse plus sereine, Dieu nous a fait
> différents, comme il lui a plu.


> Donc, j'ai tendance à croire, sauf erreur, que je ne porte pas en moi, un
> traumatisme particulièrement conséquent, pour autant que je puisse dire,
> mais qui sait, en ces choses. Observes autour de toi : ceux qui te semblent
> nourrir le plus d'engagements, sont-ils tant que ça malheureux, plus
> malheureux que ceux, qui semblent ne tenir que pour leur quotidien, voire
> leur individu? Tu conviendras que non, parce qu'au moins, ils ont la force
> de rêver, et leur rêve leur fait du bien. Revois donc, cette image des gens
> de ma Tunisie Verte, qui chargent les boeufs de tracer des sillons droits,
> et l'enfant des lignes droites sur son cahier, ces gens ne sont-ils pas dans
> l'harmonie? Harmonie progressiste, qui plus est. Le bonheur est à conquérir,
> ils sont heureux mais doivent gagner du bonheur, et que l'avenir soit sans
> cesse meilleur que le passé. Le bonheur, c'est la conquête du bonheur,
> possible qu'il cesse lorsque cette quête devient moins nécessaire, lorsqu'on
> est, nanti. Cet enfant, qui trace des lignes droites, entre des parents qui
> l'aiment, des frères, des soeurs, un père qui écoute ses récitations, une
> mère tendre mais ferme, qui exige sa propreté, qui recout ses vêtements pour
> leur éviter la honte à tous deux, l'enfant qui s'élève dans cette maisonnée
> qui lutte pour la dignité, la maintient rigoureusement, c'est celui-là, qui
> en grandissant et en voyant le mal, est travaillé de compassion et
> d'indignation, en voyant que la misère et l'humiliation atteignent à des gens
> comme les siens. Il prend conscience du malheur de la Nation, soufre-douleur
> du monde, il serre les poings et ne veut plus se contenter d'un bonheur
> quotidien, quand celui-ci se propose à lui. Non, c'est pas la petite maison
> dans la prairie, c'est plus que ça. Les enfants de cette maison, celle de la
> prairie du Far West, n'avaient
> qu'à se dresser contre la pauvreté et l'injustice de leur entourage, mais
> cet homme grandissant, se dresse contre le sort que le monde fait à la
> Nation. Il connaît le peu de prix du sang Arabe, le haut prix de certains
> autres sangs, il ne peut pas vivre avec ça, et le mal serait de vivre sans
> égard à ces choses. Son traumatisme, non, c'est plutôt sa lésion, c'est
> l'état général d'indignité de la Nation. Est-ce que je me trompe, est-ce que
> je trompe quelqu'un en faisant ce conte?


> Ai-je des traumatismes? Je croirai que non, mais comment savoir. Des heurts,
> des chocs, oui, sûrement. Mais la lésion dont je parle, ne dépend pas que de
> ma perception, de mon vécu. Alors, comment faire? Ne mets pas, mon amour
> passionné de ce qui est Français, et toutes ces choses, sur le compte d'une
> quelconque séquelle. C'est trop beau, pour résulter d'un mal! Il y a que ma
> sensibilité est grande, au point que je trouve plus de merveilleux, que
> d'autres, dans la vie. Mon sentiment à cet égard, est assez commun et
> répandu, pas toujours conscient, et ne s'exprime pas toujours de la sorte,
> avec pareille intensité. Mais il existe. Ce n'est pas non plus mon ennemi
> que j'aime, puisque je crois, que la France n'est pas ennemie et malfaisante
> par nature. Je crois entrevoir, de par mon intuition, qu'il y a beaucoup de
> sens dans le phénomène de migration et de métissage. Mieux, je crois même,
> que l'avenir de la Nation et de la France, tient beaucoup au phénomène des
> migrants. C'est une prémonition que rien ne semble démontrer, il ne faut pas
> d'emblée la rejeter comme vaine. Je suis presque sûr, que de grandes choses
> doivent se produire en France, grande nation qui n'a pas du tout fini sa
> carrière. Plus exactement, de grandes choses devraient se produire, entre la
> France et la Nation, dans lesquelles, le migrant ne sera pas pour rien.
> Allez, si je n'abuses pas trop de mon intuition, je dis ceci, que la France
> ne pourra pas indéfiniment ignorer ma demande, parce qu'il n'est pas dans sa
> nature de ne pas percevoir une demande, fût-elle silencieuse. Oui, le seul
> fait d'articuler ses demandes, ses invitations, c'est contribuer à rendre
> plus probable leur réalisation concrète. Ce que je demande, je crois, que
> c'est ce que veut la France, à un certain niveau de conscience.


> Alors, une fois cela posé, qu'il y ait hélas, des lésions bien réelles et
> présentes, comment faire, à moins de les occulter, comment faire pour que le
> Français n'en soufre pas? Voilà apparemment, une situation impossible. Je
> crois que toi et moi nous sommes écharpé assez violemment, lorsqu'il s'est produit ces ingérances Françaises, dans la
> campagne Tunisienne, puis encore après!

(NDLR : en fait d'écharpage, il s'agit plutôt d'une prise à témoin qui a semblé injuste à l'auteur de ce blog, d'autant qu'il n'a jamais approuvé ces ingérances).

Mettons qu'il s'agisse de la France
> officielle, l'offense était évidente. Qu'eût-il fallu dire? Je crois, malgré
> tout, qu'il faut dire la vérité. Après tout, les vérités douloureuses
> changent ceux qui les entendent, bien qu'ils s'en défient de prime abord. Il
> se peut, que la France m'ait beaucoup transformé, moi et les miens, très
> certainement et dans de grandes proportions. Si les faits sont douloureux, à
> chaque fois qu'on les énonce, on abolit davantage l'inimitié, on la réduit,
> on l'anéantit, puisque le mal fait une fois, est difficilement
> reproductible, quand on en a subi le reproche, quoi qu'on en ait. Que cela
> procède ainsi, y compris au moyen de reproches échangés, il est prévisible
> que bientôt, l'Arabe et l'autochtone de France, penseront à l'unisson, ou au
> moins dans l'harmonie. N'oublies pas non plus, les éloges que je peux faire
> de la France, si inspirés, si vrais! C'est du lyrisme, certes, mais
> précisément il sonne juste. Les meilleurs compliments, ceux qui réjouissent
> le plus, c'est lorsqu'on souligne le bien d'un être, qui le pressentait
> lui-même, et qui s'y trouve conforté. Hélas, pareillement, les reproches les
> plus douloureux, sont ceux qui tombent juste. Que tu n'entendes ces choses
> que de moi, ne prouve pas qu'elles me soient propres, elles sont plus
> générales et réciproques, opèrent dans les deux sens. Ma Tunisie Verte est
> une fille ou une élève de la France, elle en a reçu les compliments et les
> blâmes, puis elle a grandi. De la France, sa préceptrice, elle connaît le
> bien et le mal. Vois comme elle rédige sa constitution, vois comme elle
> s'est si vite approchée, sans le vouloir, de la parité en politique. Reste à
> trouver le moyen d'adresser les reproches justes, sans criminaliser son
> vis-à-vis, sans prononcer son indignité ou condamnation définitive. Ainsi
> font, hélas, les faussaires de France, qui diabolisent, couvrent de boue et
> d'ordure, beaucoup plus que je ne saurais le faire, avec des résultats
> sanglants, au bout des mots. Que je sois malhabile, probable. Mon but à moi,
> n'est pas la condamnation permanente, ou l'apologie d'une guerre. Ce que je
> veux, c'est que le souci de la justice soit majeur et permanent, puisque
> l'injustice commence sitôt qu'on relâche le soin rigoureux de la justice.
> J'accuse pour rendre la guerre impossible, en déconstruisant en profondeur,
> les ressorts de la guerre injuste. En effet, il me plaît de croire, que la
> Nation a beaucoup manqué, en ne dialectisant pas de la sorte. Apparemment,
> c'était dans ses cordes, elle ne l'a pas fait. Je forme le voeu, qu'à
> l'avenir, la parole étant plus libre désormais, le champ de la bataille du
> verbe ne verra pas les mêmes triomphateurs.


> Que demanderais-je à Jeanne d'Arc, si elle revenait me visiter et m'invitait à
> communier? Rodomont n'opposerait pas le même refus, mais une objection. Il
> demanderait un miracle, que la nation des Chrétiens, devienne totalement
> juste. Ce que faisant, l'humanité entière serait gagnée par la justice, et
> par conséquent, les convertions seraient de peu d'importance. Voilà ce que
> Rodomont ne sut pas répondre à la Sainte. Que le grand pays Chrétien de
> France, soit, sur l'inspiration de Jeanne, l'artisan de la justice.


> Croissant de lune.

Y a-t-il un traumatisme arabe?

>> Mon croissant de lune,

>> je ne sais pas si tes accusations sont ou non excessives. Tout dépend sans
>> doute du point de vue d'où l'on regarde. Mais ce que je pense, c'est que
>> tu fais mal à qui tu aimes, à moi aussi, bien souvent. Il faut même un
>> certain masochisme pour consentir à tes mises en demeure. Je te le dis
>> sans ambages et avec la franchise d'un ami. etant souffrant pour ainsi
>> dire de naissance, j'accepte de me faire mal avec ton mal, bien
>> que je l'accepte de plus en plus difficilement. Mais tout le monde ne peut
>> pas en faire autant, ne serait-ce que pour se préserver soi-même. Mes
>> propos sont durs, sans doute, mais je les dois à ton désir de vérité.

Tu as besoin de faire mal à qui tu aimes. Mon père aussi se savait comme ça
>> et, la seule fois qu'il en parla, il déclara que c'était par besoin de se
>> faire du mal à lui-même, parce qu'il avait perdu son père trop jeune et était
>> devenu un homme trop tôt. Est-ce que, toi aussi, d'être loin de tes
>> racines que tu chéris depuis ton exil te donne l'impression d'avoir perdu
>> ta patrie et d'être de ce fait un orphelin de patrie, plus qu'un déraciné ? Peut-être est-ce un début d'explication.

MaintenantIl y a aussi un traumatisme arabe. Regarde X. Sans pouvoir l'accepter,
>> il est dans le même état que toi. sa forme de violence est seulement
>> différente, plus physique, moins rentrée, alors que l'on peut dire qu'il
>> s'est volontairement et à peu près laissé assimiler par la france. Je suis
>> contre le modèle assimilateur.


Maintenant, que tu aimes la france, c'est sans contredit. Mais tu l'aimes comme tu aimes ton ennemie. En toi, la
>> puissance du paradoxe est très grande, et c'est peut-être pourquoi,
>> paradoxalement, tu recherches la simplicité, l'évidence islamique, pour
>> tourner à ton avantage le titre d'un livre de l'abbé de tanoüarn que je
>> viens d'achever, "l'évidence chrétienne". Peut-être ce que je vais te dire
>> abuse-t-il de ta confidence à propos de Jeanne d'arc te proposant de
>> guérir de ton mal dont tu souffres encore, mais tu devais t'y attendre, et
>> je devais t'en faire la proposition quelque jour. Peut-être te manque-t-il de
>> te faire chrétien, non pas pour renier ton arabité, mais pour la
>> transposer, de la manière inverse dont Michel aflag, le fondateur du parti
>> baas, a fini par se faire musulman.

>> ton torrentiel qui espère que tu ne prendras pas ce qu'il vient de
>> t'écrire en mauvaise part

mercredi 11 janvier 2012

Jeanne d'Arc par un fils de l'islam

Mon Cher Torrentiel.

Certes, Jehanne entendait les voix. Tel doit l'admettre le croyant, l'homme pieux, et celui qui, comme moi, est inondé d'amour pour elle. Si j'en crois mon coeur, Jeanne d'Arc est vraiment une sainte, un être merveilleux. Non pas absolue, Dieu seul est absolu, mais un être merveilleux, parce qu'il ressemble à l'absolu, se rapproche de l'absolu, au point que son existence ne semble pas relever de l'ordre des choses. On dit qu'elle est surnaturelle, à juste titre, puisqu'elle ne semble pas obéir aux lois et contraintes de la nature, souvent la dépasse. Mettons que c'est un être improbable, presqu'irréel. Merveilleuse plutôt qu'absolue : Jeanne n'entendait pas les voix en permanence à toute heure du jour et de la nuit. L'être divin, est seul absolu en permanence, et sa parole jamais faillible. Donc, Jeanne n'est que par instants, inspirée. Toutefois, elle devait être le récipient le mieux choisi, pour ce dépôt. Ce qui revient à dire, qu'en dehors des voix, la vie de Jeanne, bien qu'être faillible, reste une vie merveilleuse, de loin meilleure et supérieure envers nos vies ordinaires. L'inspiration, du reste, même très discontinue, embellit la vie du réceptacle, le force à cheminer vers la perfection. Donc, cela aussi, doit être pris en compte par le croyant : la vie de Jeanne, conserve, quoi qu'on fasse, un reflet de l'inspiration. Nous devons prendre en compte le peu que nous croyons savoir des voix et ce qu'elles ont transmis, et en même temps la vie et les paroles de Jeanne. Cet être inspiré ne l'est pas constamment, et il sait faire la différence entre ce qui vient de lui-même et ce qui lui est inspiré.


Certains se plaisent parfois à comparer Jeanne d'Arc au prophète Mohamed, en vertu du fait qu'il fut comme elle chef de guerre et a, comme elle, livré bataille. Si le prophète fut inspiré, il ne le fut pas sans cesse, et savait lui-même faire la part des choses. Voici une anecdote illustrative.


Il advint que les Mékois se résolurent à mettre une fin définitive, à l'expérience Médinoise, en livrant une bataille finale. Il était pour eux question d'anéantir la communauté des Croyants, ce qui faisait fi des lois de la guerre Arabique du temps, plutôt économes en fait de sang versé. Dans ce but, ils cohalisèrent des alliés, parvinrent à grouper une armée de 30000 hommes, chiffre énorme en ces temps. Quand la nouvelle de leur aproche fut connue, sur l'ordre du prophète, on creusa un grand fossé autour de la petite ville. Les Mékois étant très supérieurement montés en chevaux, en dépit de la supériorité qualitative des gens de Médine, il fallait faire ce fossé, pour couper l'élan des cavaliers, puisqu'il n'y avait pas de remparts. Ce fut un siège qu'on a nommé "la bataille du fossé". Cela fonctionnait au début, il s'agissait d'empêcher les assiégeants de franchir l'obstacle, de débarrasser et creuser à mesure que ceux-ci comblaient le fossé. Or, ils étaient plus nombreux, et vraissemblablement, ils eussent réussi à passer l'obstacle si chétif. Le siège durait depuis quinze jours, les gens de Médine s'épuisaient des travaux et alertes. Mohamed imagina de dissocier la cohalition, en négociant avec l'une des tribus assiégeantes, un accord particulier. Il voulut offrir le tiers des récoltes de dattes, en échange de son départ, ce qui, pensait-il, entraînerait une dynamique de défections, et des mésententes parmi les cohalisés. Quand il proposa son plan, les Médinois s'en émurent. Ils lui dirent :

"Envoyé de Dieu, cela vient-il de toi, ou t'est-il inspiré?" Il répondit en substance que cela venait de lui, et non pas, d'une inspiration. Alors ils lui firent la réflexion suivante :

"Envoyé de Dieu, quand nous étions ignorants, hormis l'hospitalité, on ne prenait nos dattes qu'en les payant! A présent que nous sommes devenus croyants, faut-il que nous cédions gratuitement, une part de nos récoltes?" On s'avisa de n'en rien faire, et ce fut bien. Dieu porta aux Croyants des secours inattendus, par des moyens imprévus.


Ceci montre que le prophète n'était pas inspiré et infaillible à tout instant. Pourtant, s'il a bénéficié de l'inspiration, c'est bien parce qu'en même temps, il fut un homme exemplaire en bien des choses! Voilà pourquoi, en plus du Coran, qui contient la parole inspirée, nous disposons des actes et paroles du prophète, que nous a conservé la tradition. Nous savons que ces paroles ne sont pas inspirées. Tout de même, elles n'auraient pu émaner que d'un homme qui, par ailleurs, se trouve être par moments, inspiré. Si on fait le parallèle avec Jeanne d'Arc, est-il concevable de ne s'en tenir qu'à ce que nous croyons savoir de ses voix? Ce qu'elle fit, les récits de sa vie, ce qu'elle dit sans être inspirée, compte aussi, bien qu'en second plan, on en convient. Cette fille a séduit tant de gens, parce qu'elle entendit des voix, mais aussi par elle-même, comment elle vécut, la générosité de son être. Qu'elle ait reçu la grâce et l'inspiration divine, est-ce une faveur faite à n'importe qui? Non, bien sûr, il faut un récipient digne du contenu, ou mieux, qui participe lui-même du contenu. Donc, peux-tu me reprendre ainsi, et objecter, qu'à part les voix, tout le reste n'est qu'interprétation? Bien entendu, c'est ainsi, interprétation ou réception, mais ça n'est pas moins légitime que l'écoute des voix elles-mêmes, desquelles non plus, nous ne pouvons pas davantage nous assurer.


Or, le fantôme que je me fais de Jeanne d'Arc a bien des chances de ressembler beaucoup au personnage. Je maintiens qu'elle a tenu pour le droit contre le tort, elle tint pour la Justice, donc, en effet, pour le roi légitime. Un homme juste et loyal de ce temps ne pouvait faire autrement. En vain, on évoquerait que le roi d'Angleterre était roi de France par testament. Le vol est évident. On abusa du roi fou, on lui extorqua un acte qu'il n'avait pas pouvoir de dresser, on s'assura de la connivence de la dénaturée Isabeau de Bavière, qui prétendit que le Dauphin Charles VII, n'était pas du roi. Quand bien même il en serait ainsi, quand bien même Charles VI étant fou, était également incapable de procréer, malgré tout, un fils illégitime, reste plus légitime comme roi, qu'un roi étranger! Quoi qu'on fasse, Jeanne tenait pour le droit et la Justice. Et elle tint pour l'indépendance du royaume, comme un précurseur des luttes anti-coloniales. Il faut aller même plus loin, la France était en si grande pitié, tant de ravages se commettaient, en plus des pestes et catastrophes, qu'on craignait le dépeuplement et l'exhode de ce qui restait d'hommes dans le royaume! N'eût été Jeanne d'Arc, ta France eût-elle survécu aux épreuves? Je retiens que tu supporte si mal le jugement du passé colonial Français, que tu en arriverais à ne pas mesurer la vraie profondeur et gravité de l'occupation armée étrangère. Elle est, obligatoirement, sans contredit possible, immensément destructrice! Il faut te convaincre de cette vérité et l'imprimer dans ton coeur. Tu ne veux pas qu'on ressace les plaintes envers la France, soit. Mais gardes-toi d'oublier que rien de pire n'arrive à un peuple, que l'invasion armée. Qui dit autre chose en aura menti. Pourquoi est-ce forcément ainsi? Très simple et basique. Le vainqueur n'a pas d'égards aux intérêts et à la vie, de ce qu'il regarde comme vaincu. Tout ce qui, à l'ordinaire, l'empêche de commettre trop de mal, l'ensemble des codes éthyco-juridiques, se trouvent abolis par l'étrangeté. Et le vaincu, qui se voit comme tel, est nécessairement méfiant, guette tout signe de faiblesse pour porter tort à l'envahisseur. Il est donc fatal, sans contredit et sans perte de temps ni débat, que l'invasion armée est le mal le plus grave qui peut atteindre un peuple. Et cela est tellement basique, qu'il en fut ainsi de tout temps. L'invasion consommée et victorieuse, en effet, c'est à terme, la mort. La mort physique en très grande quantité, il faut pas rire avec tes chiffres dérisoires sur l'Algérie, que tu prends, on ne sait où, mais encore la mort en tant qu'identité, inévitablement. Sinon, cites un exemple contraire.


Donc, la France pouvait disparaître, le plus simplement du monde, si Jeanne ne se fût levée. Elle vint de par Dieu, à cause de la grande pitié qui estoit au royaume de France, notes bien. Elle n'est pas venue, seulement, pour rétablir le roi en tant que roi! Le sacre du roi légitime n'était qu'un moyen de rétablir la paix et la justice, pour sauver non pas le roi, mais le royaume, ou bien le peuple du royaume. Sinon, comment entendre ce, "la grande pitié qui estoit au royaume de france"? C'était le malheur public, le malheur du peuple!


Je te soupçonnes, Torrentiel, de ne pas vouloir prendre Jeanne pour la sainte des oprimés, parce que tu te refuses obstinément, à criminaliser comme il convient d'un homme libre, ce qu'on nomme colonialisme, ce qu'on nomme occupation armée, etc. Et cela parce qu'en effet, tu soufres mal les accusations et jugements qui s'en suivent. La France, en tant que puissance, est coupable, et les effets et séquelles de ses guerres injustes, sont très loin d'être guéris. Pour t'en convaincre, écoutes nos psychologues sur l'amitié, et mesures jusqu'où ça peut aller! La France est coupable, mais Jeanne d'Arc rachète le mal de la France. Rien que pour ça, la France ne devrait pas subir tant d'accusations ressacées. Le mal de la France est racheté par Jeanne, pourvu que la France retrouve la fidélité de l'esprit de la sainte. La France fut sauvée par une femme, elle a les clefs qui lui permettraient à son tour, de sauver le monde.


Le Front récupère la sainte, en se fondant sur quoi? Tout juste parce qu'elle a chassé des envahisseurs. Quand elle enjoignait aux Anglois, de s'en retourner en dedans de leur royaume, elle s'adressait à des gens de guerre, non pas à des migrants! Ce que faisant, Jeanne te confirme cette vérité basique et profonde, que l'homme armé, en terre étrangère, qui n'obéit pas à l'autochtone, mais à sa nation à lui, ne peut être que malfaisant. Quoi qu'il fasse, par la colère de Dieu, il vole l'air qu'il respire et sa vie est trop longue! Quand bien même il voudrait se convaincre d'être le plus doux et généreux qui soit, il ajoute l'hypocrisie au crime. Tant vaut mieux subir et soufrir du blâme juste qui atteint l'homme, qui porte les armes ainsi, il persiste vil et malfaisant sur les terres d'autrui! S'il ne s'en retourne pas en son pays, il est sain et pur, qu'il ressente partout les épines et le mépris, et il sait pourquoi.


Que je voudrais te voir confirmer mon mariage avec Jeanne ? Oh, c'est que mon amour de la France et de Jeanne est si authentique, que j'aime à l'entendre confirmé par un autre, autochtone. Oui, un jour, j'ai cédé à l'insistance d'amis, et on m'a conduit chez un magnétiseur, pour soigner un mal persistant, qui me reste. On m'y mena, cela resta sans effets. Je ne sais pourquoi, mais la nuit suivante, me trouvant couché, dans un état qui n'était pas vraiment du sommeil, Jeanne d'Arc vint s'asseoir à mon chevet. Fantôme, probablement. Savoix était douce, caressante et sonore, comme j'aime dans les voix de vos femmes, de celles qui sont adonnées à chanter aux églises et à y faire des lectures, des voix qui portent. Sa voix était sonore et douce, sa main était douce quand elle prit la mienne. Je me trouvais dans un état intermédiaire, rares et merveilleux. Elle me parlait, mais ce n'était pas toujours des paroles claires et intelligibles. Ce qu'elle disait ou ce que j'en percevais, ou crut percevoir, c'est qu'elle me voulait le baptême. Je me refusais silencieusement, je n'acquiesçais pas. Je me refusais seulement par le silence, parce qu'il est indécent de contrarier une sainte. Est-ce puéril? Savoir. J'eus l'impression, que, moyennant que j'acquiesce, mon mal persistant serait guéri et non pas, au cas contraire. L'invitation était si belle et douce, mais Rodomont ne peut pas. Comment nommer cela? J'eus l'impression que ce n'était pas un pur et simple songe ou affabulation. Il se peut, tout de même, que cette espèce de marchandage soit de ma perception et faiblesse. Il y eut peut-être en cela de l'affabulation. Plus en profondeur, l'invitation au baptême était pour moi, en elle-même tentante. Oui, tu ne peux plus en douter, Rodomont est si terriblement ému par la France et l'église, qu'il ressent la puissante tentation d'en être. Qui peut comprendre ça? En effet, je ne sais pas du tout, quoi que je fasses, comment m'expliquer ce trouble si intense.


A-t-on le droit de parler ainsi, en présence d'une sainte qui se veut chaste? Je jure que c'est la vérité, la présence de l'identité ou de l'être Chrétien, je ne sais comment dire, provoques en moi, des émotions sans limites. Il n'est que jusqu'aux voix sonores des femmes qui animent vos églises, en chants et lectures, qui ne soient pour moi, un élément de séduction. Rien à faire! Je devais depuis toujours me marier à une femme catholique, c'était dans l'ordre des choses, et je me décidais : parce qu'elle était catho, mon adhésion fut emportée.


Non, ça suffit pas de dire ça, je vais aller plus loin, être plus grave. Quand je rencontrai ma femme pour la première fois, le fait de savoir qu'elle était catho et s'occupait de l'église, m'a tout simplement rempli d'émotion, et a suscité ou augmenté mon désir. Tout simplement, si j'avais le choix entre deux femmes, c'est la Chrétienne que je choisis, inmanquablement. Et la Française aussi. Qu'il soit clairement entendu, que l'émotion dont je parle, est fortement charnelle, je dirais au premier plan! Oui, je suis charnellement séduit, il faut l'entendre ainsi, par ce qui est Chrétien et Français! J'aime la France au sens propre et commun du mot!


Une chose que je n'ai jamais comprise, c'est pourquoi on prétend que le Christianisme réprime tant la chair et fait promotion de chasteté. Il le fait, c'est ainsi, c'est allé très loin. Mais ce que je perçois, peut-être à tort, du message Chrétien actuel, sonnerait presque, comme une invitation à la chair, puisqu'elle va de pair avec la promotion de l'amour. Parce qu'enfin, que signifie l'amour qui ne serait pas charnel du tout?


Donc, au fond, Jeanne d'Arc vint à mon chevet, m'inviter à prendre part, en tant que partie, moi-même, à une communauté, que j'aime véritablement, mais je n'acquiesçai pas à cette généreuse invitation. Vois à quel point, je suis le migrant absolu, qui ne veut pas être tout-à-fait des vôtres, mais qui vous aime et veut être aimé de vous. Affaire folle !


Pourquoi j'aime autant Jeanne d'Arc, parce qu'elle est vraie, saine et pure, qu'elle tient pour le droit. Elle est comme le résumé du génie de la France, nation de l'égalité. Car au fond, la France dépouillée de toute ambiguïté, la France par elle-même tient pour l'égalité. Pourquoi la France m'a-t-elle tant aimé? Dans l'amour de la France, j'en suis persuadé, il y a une part de réparation. C'est parce que l'injustice est contraire au génie Français, la France aime les fils de ceux qu'elle dominait et qu'elle domine encore, hélas ! Il n'y a pas que le gouvernement qui répare, si même il le fait. Celui qui répare vraiment, c'est le corps social par lui-même. Il fait souvent bénéficier le migrant, d'un suplément d'amour correcteur. Voilà pourquoi, nul ne peut haïr totalement la France, sauf les injustes. Si on suit cette dynamique profonde, la vocation et la fonction de la France, est bien de réparer le monde, d'établir un monde juste. Je crois qu'elle le peut, et ainsi, elle se sauverait elle-même. Quand la France aime Rodomont, il arrive parfois à se sentir bien compris, exactement. La vraie France, soufre en même temps que lui, rase les murs avec lui, tremble pour lui. Oui, quand Rodomont souffre, il veut au moins qu'on soufre un peu avec lui. Jeanne d'Arc, c'est la France vraie, dépouillée de toute ambiguïté, la France pure. Celle-là, reconnaît comme véritables tes lésions, les partage avec toi. Cette France-là, n'est pas croisériste ou suprématiste, elle n'a rien de tel, c'est la nation de l'égalité, la plus belle des nations.


Croissant de lune.

Retour sur golgotha picnic

A consulter sur le blog de mon frère:
http://toog.blogspot.com/2011/12/en-tant-quartiste-en-tant-que-chretien.html

Et si le christianisme avait engendré le talmud et non l'inverse...

Ou pour un dialogue non assymétrique entre juifs et chrétiens dans le cadre des Amitiés Judéo-chrétiennes.

Réponse à Jérôme batoula à son invitation au séminaire de dan Jaffé des amitiés Judéo-chrétiennes de Mulhouse

Cher Jérôme,

(...) Je crois que, cette année, je participerai au séminaire de dan Jaffé. Mais n'es pas sans savoir, je suppose, que j'éprouve un certain malaise vis-à-vis de ce conférencier, et ceci pour les raisons que je vais t'exposer.

Pour le peu que je l'ai écouté - est-ce le feu de sa parole qui m'a donné cette impression -, je ressens en ce chercheur, non pas à proprement parler une partialité, mais une jubilation à ne présenter qu'une face de la médaille : les chrétiens n'auraient rien inventé, tout était déjà contenu dans le talmud, ils étaient de simples héritiers qui ne voulaient pas assumer leur héritage.

Ceci est certainement incontestable dans les siècles suivants ; mais pour ce qui est des rapports entre juifs et chrétiens à l'époque où fut rédigé le talmud, ceux-ci étaient beaucoup plus intriqués qu'on ne le dit, ce qui est une part de la démonstration de dan Jaffé, d'abord parce que les dates de rédaction du talmud et de l'evangile sont probablement concommitantes, donc les uns ont nécessairement influencé les autres et travaillé en réaction les uns contre les autres. Ensuite,

le talmud insulte les judéo-chrétiens comme des idolâtres et des "fils de Pantera", le soldat romain, c'est-à-dire qu'il les traite, ni plus, ni moins, de "fils de p..." donc la violence a été des deux côtés, dans ces premiers temps du christianisme. Or je ne vois pas qu'il y ait trace d'insultes contre les Juifs dans le nouveau ou le second Testament, sauf peut-être dans l'evangile de saint-Jean qui parle indifféremment des "juifs" pour désigner ceux qui se confrontaient au christ, mais on ne sent pas qu'il parle dans un contexte extrajudaïsant, on sent au contraire qu'il se souvient d'avoir été juif et que cette confrontation a peut-être représenté un traumatisme pour sa propre personne, certes moins cuisant que ce qu'il fut pour saint-Paul, qui aurait préféré donner sa vie pour que les Juifs accèdent à la révélation dont lui-même avait été comblé, plutôt qu'ils se perdent à son avis en ne reconnaissant pas en Jésus le Messie qui leur avait été promis, nous-mêmes ne devant pas transiger à Le reconnaître et à le faire savoir de notre temps, même si nous devons respecter ceux qui ne le reconnaissent pas .

A cette période de composition du Nouveau testament, il n'y a pas haine contre les juifs, il y a simplement dissociation. La haine talmudique a l'air beaucoup plus enracinée, ce que d'ailleurs on peut comprendre, car les juifs restés fidèles à la synagogue pouvaient à bon droit se demander :

"Qu'est-ce que cette excroissance de notre Foi qui est en train de s'envoler et de trouver un débouché politique inattendu, inférieur à ce qu'offrira au genre humain la venue du Messie telle que nous la concevons et l'espérons ? qu'est-ce que cette aventure juive qui est en train de réussir alors qu'elle a toutes les apparences de l'idolâtrie ?"

Ne peut-on pas dire, de surcroît, que c'est à l'époque où furent composés les evangiles que les Juifs eurent l'idée de se donner une liturgie ?

Il y a donc, au minimum, influence réciproque, et il ne saurait y avoir tort univoque dès l'origine. Le tort s'est sans doute cristallisé par la non reconnaissance originaire des deux communautés l'une de l'autre, l'"aventure juive qui était en train de réussir" se séparant du "destin du peuple juif" du côté des judéo-chrétiens, et les Juifs synagogaux ne supportant pas ce destin qu'ils sentaient, après leur premier exil physique à babylone, leur échapper en se transformant en exil politique, pour ne pas dire se vulgariser auprès des nations d'une manière qu'ils ne jugeaient pas conforme à ce qu'ils comprenaient du Plan de Dieu.

Tandis que les chrétiens se mettaient à la rédaction des evangiles, les juifs préservèrent ce nouvel exil en pérennisant une liturgie. D'une certaine façon, la liturgie synagogale, qui a consacré la victoire des pharisiens sur les saducéens et sur les hérodiens, n'est-elle pas le contre-feu allumé par l'instinct de conservation contre les imprécations lancées par Jésus sur la manière d'opérer des sages du talmud ? Inversement, La liturgie chrétienne ne correspond-elle pas à l'importation de cet effort talmudique pour organiser des habitudes de prier en formes fixes, en partie contraires, au moins superficiellement, à l'esprit du christianisme, ou cette organisation a-t-elle été contemporaine de l'établissement de la liturgie synagogale par les sages du talmud ?

Loin de moi de nier que les chrétiens aient accompli un fratricide ou un paricide, par la suite, en ne considérant les juifs que comme les gardiens de leur bibliothèque sacrée, et à les estimer tout juste bons, quand leur sort ne confirmait pas les prophéties où ils voyaient consécration de leur triomphe annoncé, à leur apporter des explications complémentaires sur la manière d'interpréter correctement "la sainte bibliothèque hébraïque", en archivistes sous-payés, condamnés aux infamies de l'usure quiétaient contraires à leur loi, et à quantité d'autres mesures vexatoires. Mais, si disproportionnées qu'aient été ces mesures, elles ont pu être une réaction de colère contre des sages du talmud qui les avaient couvert de tomberaux d'insultes et de haine. Le recul n'était pas assez grand pour qu'un dialogue pût être entamé en ce temps-là. L'histoire a fait l'oeuvre de la décantation du facteur Temps pour rendre ce dialogue possible aujourd'hui, nous avons un arriéré à payer, mais nous n'avons pas qu'un arriéré, et il ne faudrait pas que nous ne fassions que nous excuser (les torts sont toujours réciproques même s'ils ne sont jamais proportionnels), ni que nous acceptions d'être traînés dans la boue sous un prétexte scientifique et par un professeur qui manie avec verve la rhétorique universitaire, bien qu'apparemment, il n'enseigne plus à Marseille : j'aimerais savoir si c'est pour des raisons d'agenda ou si sa manière d'enseigner a pu aussi heurter les autorités de l'université de Marseille.

Je reconnais à ma réaction et à mon malaise un caractère relativement épidermique qui pourrait me pousser à être injustement soupçonneux envers Dan Jaffé. Mais en génééral, je ne manque pas d'un certain flair !

Je te livre ces réflexions dans un esprit de franchise, tout prêt à les amender si je m'aperçois que je me suis trompé. Tu peux les communiquer à Dan Jaffé si tu le juges nécessaire.

Cordialement,

Julien


Présentation de dan Jaffé:

Né en 1970, Docteur ès Lettres en histoire des religions (spécialisation Antiquité classique), Dan Jaffé est Maître de conférence à l'Université Bar-Ilan (Israël) et a été chargé de cours à l'institut des sciences et théologie des religions de Marseille.
Il est également chercheur associé au centre Paul-Albert Février, CNRS, de l'Université de Provence.
Dan Jaffé est l'auteur de : - " Le Judaïsme et l'avènement du christianisme " 2005
- " Le Talmud et les origines juives du christianisme " 2007
- " Jésus sous la plume des historiens juifs du XXe siècle " 2009

Méditation sur l'epiphanie

6 janvier 2012





Epiphanie





L’épisode de l’Epiphanie a toujours fait écho en moi. Il m’a toujours invité à de profondes méditations. Que dire aujourd’hui de cette « fête de la Manifestation » où les orthodoxes fêtent la Nativité du Seigneur ?



1. Il y a deux cheminements que font les mages pour comprendre l’événement : l’un est extérieur et l’autre est intérieur.



De l’extérieur, les mages sont constamment conduits de la prévision à la vision et de la science à la contemplation. Ils essaient de calculer un espoir pour le genre humain et ils voient se lever l’étoile d’un « roi des juifs ». Ils suivent cette étoile et ils la perdent. Ils la suivent et elle les lâche. Ils reviennent donc à leur réflexe premier : retrouver ce qu’ils cherchent en convoquant - ou plutôt en se faisant inviter par - les autorités politiques. Ils posent au roitelet en place la question de savoir où est né son successeur dont ils ont vu se lever l’étoiles. Leur question intéresse le potentat du moment qui réunit son conseil. Il les reconvoque pour leur répondre. Ils sortent de chez lui en saisissant dès avant le songe l’incongruité de leur question posée à cette créature du pouvoir. Ils sont obligés de constater le double échec de leur prévisionnisme et de leur prospectivisme, de la magie qu’ils activent et du pouvoir avec lequel ils frayent, de la science et de la politique dépourvues de vision.



Ayant quitté le palais du roi, l’étoile les retrouve, les précède à nouveau. Pas un instant, ils ne se sont demandés pourquoi elle les avait abandonné. Cela leur paraît la trajectoire normale de la vie, quand on est en face de l’énigme : on perd et l’on retrouve ce qu’on cherche, on voit et on ne voit plus la lumière. Ses éclipses s’expliquent à la fois parce que la lumière s’éteint quand on ne sait plus la regarder et parce que la Lumière, cette « lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde », veut se faire désirer. La vie ne requiert pas notre simple participation biologique, la vie demande que notre liberté lui apporte le sceau de notre adhésion, l’assentiment de notre foi.



On peut naître en refusant de vivre. Choisir la vie, c’est apprendre à l’aimer. Subir une éclipse de lumière, c’est recevoir de la Lumière l’avertissement qu’on la désire mal. Devenir sec de l’âme, c’est recevoir, à la surface de son âme immortelle qui ne s’hydrate pas aux sources de son immortalité, que l’on n’aime pas assez la vie. Il faut désirer l’éclaircie.



Les mages savent tout cela. C’est pourquoi ils ne se révoltent pas contre l’éclipse de lumière qui les a obligé à faire un pas de côtévers leurs anciennes habitudes en allant consulter, non pas un mage (ils sontdes mages eux-mêmes), mais un faiseur de plans sur la comète politique.



Les mages n’invectivent pas l’étoile de ne pas leur être restée fidèle tout au long du chemin ; ils ne savent pas si cette infidélité de l’étoile est de son propre mouvement ou ne fait que refléter qu’ils l’ont mal cherchée. Les mages n’invectivent pas l’étoile ; mais quand ils la retrouvent et voient qu’elle se lève à nouveau, « ils éprouvent une très grande joie ». Cette joie a quelque parenté avec celle de la femme qui retrouve la drachme perdue, elle est le commencement de la joie intérieure qui prélude un itinéraire d’intériorité auquel ils ne s’attendaient pas. La joie de vivre est une condition de la joie intérieure, et La joie intérieure est le commencement de la joie parfaite.





2. Cet itinéraire intérieur, le cardinal barbarin, lors des JMJ de cologne,auxquelles le pape allemand a certainement appelé dans cette ville reliquaire des mages pour apprendre à l’eglise à respirer de son poumon orthodoxe, l’a très bien résumé en isolant les six verbes qui se succèdent à toute vitesse dans l’evangile selon Saint-Mathieu, une fois que les mages passent de la quête au but de leur voyage : ils entrent, ils voient, ils adorent (ou se prosternent), ils ouvrent, ils offrent, ils repartent.



Ces six verbes se passent de commentaires, mais ils révèlent tout de même que la première disposition est d’entrer dans la maison :
»Venez et voyez » !

Quelques trente ans plus tard, les premiers disciples de Jean-baptiste, au premier rang desquels Saint-Jean, l’évangéliste, demanderont au seigneur désigné parle baptiste, qui ne se souvenait plus de L’avoir connu d’un tressaillement de son fœtus dans le ventre de sa mère Elisabeth :

« Maître, où demeures-tu » ?

Le Maître leur répond :

« Venez et voyez » !

Saint-Jean ajoutent qu’ils virent et qu’ils demeurèrent avec Lui ce jour-là. Le premier contact avec la Maison du roi ne peut guère durer plus longtemps. C’est à peine l’affaire d’un jour. Mais, quand le Seigneur ressuscitera, Saint-Jean sera le premier des disciples (hommes) à pénétrer dans le tombeau derrière saint-Pierre, et il reprendra la même formule en la personnalisant :

« Il vit et il crut ».



L’adoration tient à la fois d’une capacité du regard à s’immobiliser et du cœur à commander aux genoux de fléchir, quand ce qu’on a vu nous dépasse tellement, que la seule attitude convenable est « la crainte révérencieuse ». Mais la crainte de dieu n’est pas destinée à durer ; ou plus exactement elle n’est pas destinée à se fermer sur elle-même, ni en tant que vertu, la crainte, ni sur son objet qui est dieu : elle est destinée A provoquer, non pas à proprement parler une dilatation (la crainte est en elle-même une dilatation par l’humiliation de l’angoisse dans la piété), mais une « ouverture de cœur » qui n’est plus simplement une disponibilité du regard, mais qui devient une offrande. Je n’offre peut-être pas immédiatement ma vie, mais j’offre quelque chose, et puis s’en va. Je suis dans la course de l’étoile, si je ne suis plus dans la course aux étoiles.



Décidément, quelque chose a changé en moi. Je ne suis plus le même. Celui qui Est le Chemin ne me dit pas par oùrevenir, mais me dit de ne pas rentrer par le même endroit. Mon regard a été transformant. Ou Plus précisément, c’est ce que j’ai vu qui m’a transformé. Celui Qui est le chemin ne me fait pas raccompagner par son Etoile. Il ne me fait pas non plus donner un plan pour retourner autrement d’où je viens. Moins encore, Il ne m’engage tout de suite à Le suivre : comment ferait-Il, Il ne sait pas marcher ! Il ne me commande pas de devenir un autre, mais il m’invite à lutter contre la force de l’habitude, qui aurait tôt fait de me figer, de m’identifier à mes réflexes ou la manière dont je crois avoir trouvé comment marcher dans la vie. Il ne me fait pas changer pour changer, c’est de le voir, de m’ouvrir, de m’offrir qui m’a changé et transformé. C’est de Le voir qui m’a ouvert.


3. Par opposition aux mages qui vivent toutes ces transformations, sont les habitants de Jérusalem qui ne vont pas à bethléem, depuis Hérode qui consulte les scribes à ceux-ci qui ne se demande pas pourquoi on lesfait venir. Aucun d’entre eux ne se déplace. Les habitants de Jérusalem ne vont pas à bethléem parce qu’ils vivent sur un capital de dons qu’ils ne veulent pas se voir spolier par des étrangers. Mais ils vivent sur un capital de dons dont ils ne font rien. Il suffirait de presque rien pour que, de simples bénéficiaires, ils deviennent des adorateurs. Mais ils ont trop peur d’adorer ce qu’ils ont reçu et de ne pas s’adorer à travers ce qu’ils croient leur appartenir. Ils savent que, dans l’état d’esprit où ils sont, s’ils adoraient maintenant, leur adoration serait dérisoire ; elle tournerait en dérision ce qui devrait ne leur inspirer que de « la crainte révérencieuse », la même qui a saisi « les mages venus d’Orient » dont ils ne font que soupçonner l’existence.



Mais, si d’aventure ils devaient constater que quelqu’un d’étranger à leur foi était saint des valeurs qu’eux-mêmes ne font que posséder, mais n’exploitent pas, vous verriez comme, non seulement ils refuseraient de le déclarer saint, mais ils le pourchasseraient. Car ce saint étranger les détrôneraient et ils n’entendent pas se laisser déchoir. C’est précisément parce qu’Hérode ne veut pas se laisser détrôner que, ne voyant pas les mages revenir et comprenant qu’ils ont été avertis sur ses intentions et que donc, il s’est passé quelque chose, il fait procéder au « massacre des innocents ». « Car je t’excommunie, toi qui viens prier sur mon Trésor sans avoir forcé mon coffre-fort et sans avoir l’intention de me dévaliser. Tu te trouves là sans que l’on sache par où tu es entré, et pourtant tu as averti de ta présence. Tu es trop pur, que ça me donne le vertige ! tu ne veux pas assez me nuire, qu’il faut que je te pourchasse avant que ton innocence me gagne ! »

Julien weinzaepflen

La Fédération des aveugles de france se sent mal à l'aise de devoir demander de l'aide

Message de vincent Michel en réponse aux critiques qui lui sont faites sur le caractère misérabiliste des appels à l'aide de la fédération des aveugles de france

Bonjour à toutes et à tous,


J’ai lu avec beaucoup d’attention et d’intérêt vos échanges sur le réseau Social E.G.D.V concernant les campagnes d’appel aux dons faites par les associations et en particulier par notre Fédération.

Au fond, je partage tout à fait l’esprit de vos réflexions.

Je suis une personne aveugle comme sans doute la plupart d’entre vous et je suis toujours gêné par les démarches qui, d’une façon ou d’une autre, font appel à un certain sentiment de pitié, de commisération pour obtenir la solidarité du public. Ces façons de faire sont loin de toujours me satisfaire et je veux bien admettre que le dernier message publié par la F.A.F ait été particulièrement maladroit.


Depuis que je milite, tant sur le plan social que politique, j’ai toujours été un grand défenseur des politiques publiques, du rôle de l’État, des collectivités territoriales. Comme vous sans doute, je souhaite que les problèmes auxquels nous sommes confrontés régulièrement soient pris en charge par la Solidarité Nationale et que l’égalité des droits et des chances ne soit pas un vain mot.

Malheureusement…

En tant que responsable associatif, je dois chaque jour venir en aide à des personnes, des familles, des associations qui ne peuvent boucler leur budget parce que le surcoût lié à la cécité ou l’amblyopie n’est pas intégralement pris en charge par les politiques publiques.

Comment faire, lorsque la famille d’un enfant aveugle scolarisé me demande 6000€ pour payer le reste à charge d’un équipement informatique après aide de la M.D.P.H ? Comment faire quand un S.A.A.A.I.S me demande une aide pour prendre en charge les regroupements d’enfants que l’autorité tarificatrice refuse de financer ? Comment faire pour soutenir ici un S.A.V.S, là une entreprise adaptée dont les dotations sont insuffisantes pour boucler les budgets ?

Comment faire pour répondre à la demande d’une Présidente, d’un Président qui souhaite organiser un colloque passionnant mais qui n’en a pas les moyens ?

L’année qui s’achève a vu notre fédération distribuer plus d’un million d’euros aux associations, familles et particuliers, sans compter l’aide apportée aux chercheurs dont les crédits publics, contrairement aux discours officiels, sont aussi touchés par les réductions drastiques de moyens.

Il faut être clair, ces aides ne sont possibles que grâce à la générosité publique. La F.A.F, en ce qui la concerne, n’a pas de trésor caché et ses moyens financiers sont bien plus limités que certains pourraient le croire.

Alors je sais, faire appel aux dons nous gêne, moi le premier mais où est la solution ? Ne plus aider, laisser les gens dans la difficulté, mettre en cause des intégrations scolaires, des possibilités d’avoir accès aux nouvelles technologies ?

Vous évoquez aussi le ton des messages.

C’est un sujet dont je débats régulièrement avec nos spécialistes de la communication. La réponse est toujours la même et j’en ai vérifié la pertinence.

Si vous proposez des messages trop positifs, vous ne récoltez aucune aide. Savez-vous que parler des chiens permet de récolter trois fois plus d’argent que parler des enfants ?



C’est terrible, affligeant mais c’est la réalité. Alors, si vous avez très concrètement des solutions pratiques à me proposer, je suis sincèrement à votre écoute. Les associations membres de la F.A.F sont des associations démocratiques au sein desquelles chacun peut venir, prendre la parole, prendre des responsabilités et agir. Chez nous, il y a des cotisations, des votes, une liberté de candidature… Et la F.A.F, en tant qu’organisme fédéral, procède de cet esprit démocratique. Ne vous privez surtout pas de cette possibilité, vous y serez très bien accueillis et vos suggestions y seront examinées avec soin.

Pour l’instant, il me faut faire face, face à la demande, aux attentes parfois urgentes, et que dire de la demande de nos amis africains dont le dénuement est mille fois plus grand.

Je forme le vœu que les élections du printemps permettent d’évoluer dans le domaine des politiques de solidarité. C’est le sens du nouveau combat que la F.A.F va lancer dans quelques jours, mais puis-je y croire dans le contexte qui est celui que nous savons ?


Encore une fois, merci pour vos suggestions, croyez bien que j’en tiendrai le plus grand compte et puis, si vous ne souhaitez plus lire nos messages, je vous rappelle que vous avez tout simplement la possibilité de vous désabonner par un simple clic.


Associativement vôtre.





Le Président de la F.A.F

Bonjour à toutes et à tous,



J’ai lu avec beaucoup d’attention et d’intérêt vos échanges sur le réseau Social E.G.D.V concernant les campagnes d’appel aux dons faites par les associations et en particulier par notre Fédération.

Au fond, je partage tout à fait l’esprit de vos réflexions.

Je suis une personne aveugle comme sans doute la plupart d’entre vous et je suis toujours gêné par les démarches qui, d’une façon ou d’une autre, font appel à un certain sentiment de pitié, de commisération pour obtenir la solidarité du public. Ces façons de faire sont loin de toujours me satisfaire et je veux bien admettre que le dernier message publié par la F.A.F ait été particulièrement maladroit.


Depuis que je milite, tant sur le plan social que politique, j’ai toujours été un grand défenseur des politiques publiques, du rôle de l’État, des collectivités territoriales. Comme vous sans doute, je souhaite que les problèmes auxquels nous sommes confrontés régulièrement soient pris en charge par la Solidarité Nationale et que l’égalité des droits et des chances ne soit pas un vain mot.

Malheureusement…

En tant que responsable associatif, je dois chaque jour venir en aide à des personnes, des familles, des associations qui ne peuvent boucler leur budget parce que le surcoût lié à la cécité ou l’amblyopie n’est pas intégralement pris en charge par les politiques publiques.

Comment faire, lorsque la famille d’un enfant aveugle scolarisé me demande 6000€ pour payer le reste à charge d’un équipement informatique après aide de la M.D.P.H ? Comment faire quand un S.A.A.A.I.S me demande une aide pour prendre en charge les regroupements d’enfants que l’autorité tarificatrice refuse de financer ? Comment faire pour soutenir ici un S.A.V.S, là une entreprise adaptée dont les dotations sont insuffisantes pour boucler les budgets ?

Comment faire pour répondre à la demande d’une Présidente, d’un Président qui souhaite organiser un colloque passionnant mais qui n’en a pas les moyens ?

L’année qui s’achève a vu notre fédération distribuer plus d’un million d’euros aux associations, familles et particuliers, sans compter l’aide apportée aux chercheurs dont les crédits publics, contrairement aux discours officiels, sont aussi touchés par les réductions drastiques de moyens.

Il faut être clair, ces aides ne sont possibles que grâce à la générosité publique. La F.A.F, en ce qui la concerne, n’a pas de trésor caché et ses moyens financiers sont bien plus limités que certains pourraient le croire.

Alors je sais, faire appel aux dons nous gêne, moi le premier mais où est la solution ? Ne plus aider, laisser les gens dans la difficulté, mettre en cause des intégrations scolaires, des possibilités d’avoir accès aux nouvelles technologies ?

Vous évoquez aussi le ton des messages.

C’est un sujet dont je débats régulièrement avec nos spécialistes de la communication. La réponse est toujours la même et j’en ai vérifié la pertinence.

Si vous proposez des messages trop positifs, vous ne récoltez aucune aide. Savez-vous que parler des chiens permet de récolter trois fois plus d’argent que parler des enfants ?



C’est terrible, affligeant mais c’est la réalité. Alors, si vous avez très concrètement des solutions pratiques à me proposer, je suis sincèrement à votre écoute. Les associations membres de la F.A.F sont des associations démocratiques au sein desquelles chacun peut venir, prendre la parole, prendre des responsabilités et agir. Chez nous, il y a des cotisations, des votes, une liberté de candidature… Et la F.A.F, en tant qu’organisme fédéral, procède de cet esprit démocratique. Ne vous privez surtout pas de cette possibilité, vous y serez très bien accueillis et vos suggestions y seront examinées avec soin.

Pour l’instant, il me faut faire face, face à la demande, aux attentes parfois urgentes, et que dire de la demande de nos amis africains dont le dénuement est mille fois plus grand.

Je forme le vœu que les élections du printemps permettent d’évoluer dans le domaine des politiques de solidarité. C’est le sens du nouveau combat que la F.A.F va lancer dans quelques jours, mais puis-je y croire dans le contexte qui est celui que nous savons ?


Encore une fois, merci pour vos suggestions, croyez bien que j’en tiendrai le plus grand compte et puis, si vous ne souhaitez plus lire nos messages, je vous rappelle que vous avez tout simplement la possibilité de vous désabonner par un simple clic.


Associativement vôtre.

Vincent MICHEL
Le Président de la F.A.F

Opposition des aveugles de base aux appels au don misérabilistes, ou de la schizophrénie au pouvoir, de l'autonomie quémandeuse

Ce message faisait suite à la réponse qu'a apportée vincent Michel, Président de la fédération des aveugles de france, à diverses critiques qui lui furent adressées au sujet du caractère agressif et misérabiliste des appels au don qu'il diffusait pour que son associations soit alimentée en fonds privés et puise fonctionner. La substance du message de vincent Michel consistait à dire qu'il regrettait ces procédés, mais qu'il ne voyait pas comment faire autrement. Dans l'article, ci-dessus, l'intégralité de son message.

Le message de vincent Michel dévoile la schizophrénie du système, schizophrénie que je n'aurai de cesse de dénoncer, dans son ampleur.

D'un premier point de vue, on doit, à sa gauche, du côté de l'individu handicapé, gommer les déficiences, faire comme si elles n'existaient pas, comme si toutes étaient susceptibles d'être "autonomisées" par des "stratégies de compensation adéquates. Et, à sa droite, on doit faire appel au don, faire pitié. Par chance, les donateurs n'ont pas assez d'esprit de suite pour se dire immédiatement :
"Mais comment se fait-il que je doive aider ces associations d'aveugles si les aveugles sont à ce point opérationnels qu'ils n'ont presque plus besoin d'associations!"

Mais il y a une autre schizophrénie dont la dénonciation va valoir suggestion de ma part auprès de Vincent Michel : c'est celle qui consiste à faire financer la recherche contre les maladies cécitantes par ceux-là mêmes qui sont censés avoir vaincu la cécité et ne plus voir dans les maladies qui rendent aveugles leurs plus cruelles ennemies puisqu'ils s'acceptent en tant qu'aveugles. Or je ne connais pas d'association un peu importante, qui n'investisse des fonds dans cette recherche, pourquoi ? Que les parents d'enfants aveugles prennent le relais, si les chercheurs en sont réduits à tendre la sébille ! Ou bien que les laboratoires pharmaceutiques soient fermement incités par l'Etat à prendreleurs responsabilités et à investir dans la recherche les juteux bénéfices qu'ils font sur des médicaments qui peuvent avoir des effets nocifs ou être remplacés sans dommage par des médicaments génériques.

Le troisième fait que je voudrais dénoncer relève moins de la schizophrénie que de la déperdition d'énergie. Pourquoi les associations refusent-elles absolument de mutualiser leurs efforts ? Il m'est arrivé, pas plus tard qu'hier, une expérience assez symptomatique. Depuis deux ans que j'habite à mulhouse, je n'avais jamais pensé à m'inscrire à la bibliothèque municipale. J'y vais hier et, comme cette bibliothèque municipale a un coin réservé à la bibliothèque sonore, j'en profite pour faire d'une pierre, deux coups. Là, je tombe sur une vieille dame charmante qui m'explique le fonctionnement de la bibliothèque sonore et stupeur ! Ce ne sont presque jamais les "audiolecteurs" qui présentent à enregistrer des livres qui les intéressent. Non, ce sont les bénévoles qui, dans la majorité des cas, enregistrent les livres qu'ils ont aimé, ou bien ce sont les responsables de la bibliothèque sonore qui traquent l'actualité littéraire pour enregistrer les livres dont on parle ! Les bibliothèques sonores commencent à faire un maillage national de leurs enregistrements. Mais elles n'en sont pas à se prévenir quand une bibliothèque, dans une ville de province, est déjà en train d'enregistrer un livre qu'elle pourra passer aux autres. En toute perte de temps, deux bibliothèques de province, susceptibles de partager le même livre, l'enregistrent deux fois et quelquefois cinq ou six fois à travers la france, quand d'autres livres à lire restent en soufrrance. Mais le meilleur ou le pire de cette anecdote est pour la fin. Voici que les bibliothèques sonores sont toutes fières d'annoncer à leurs audiolecteurs qu'elles vont se mettre à enregistrer "le point", "historia", "le monde des religions". Mais le GIAA le fait déjà.
"Le GIAA, c'est quoi donc ?"
En essayant d'observer la même politesse que la gentillesse avec laquelle j'étais reçu, j'ai indiqué à cette dame, qui ne le savait pas, les coordonnées que j'avais en mémoire des associations qui faisaient de l'enregistrement à la demande. Je lui ai aussi conseillé d'essayer de ne pas faire de doublons. Elle a eu l'air ébranlée, mais pas autrement convaincue.

Déperdition d'énergie=gaspillage de temps et d'argent et limitation de l'offre culturelle, au grand dam de ceux qui en sont réduits, dans le cas présent du livre, à lire par hasard ce que contiennent les rayons des bibliothèques sonores, qui sont enragées à détruire leurs stocks de cassettes pour les remplacer par du format daisy, mais pas à mutualiser les efforts associatifs à travers la france. Où l'on retombe dans la schizophrénie ou au moins dans une espèce de schizophrénie ! Mais ce n'est pas fini. Vincent Michel partage avec nous le souci que les pouvoirs publics prennent en charge l'aspect financier et humain de la compensation du handicap. C'est très bien et très novateur de la part d'un Président d'association, qui est forcément un peu schizophrène lorsqu'il défend une telle position puisque, si l'Etat cesse de se défausser sur les associations, celles-ci peuvent craindre qu'à terme, leur existence soit menacée. Soit menacée, ou bien réduite à leur expression minimale qui est aussi leur objet véritable : être des lieux familiaux ou corporatifs d'activité, d'échanges et de partages d'expériences, voire des lieux où émerge une revendication sociale et collective. De son côté, l'etat se garde bien de ne plus se défausser sur les associations dont il fait des partenaires privilégiés de la compensation du handicap, et à qui il en confie, en réalité, une part importante de la gestion.

Pourquoi l'Etat fait-il ainsi ? je file ma métaphore : pour entretenir la schizophrénie, selon l'adage qu'il faut "diviser pour régner", diviser les causes en une multitudes de relais défensifs qui ont d'autant moins de poids qu'ils sont de petite taille. Il n'y a pas que dans notre milieu que ça sepasse ainsi : c'est le principe de la "république associative", de la démocratie participative préférée à la démocratie directe et qui est certes déjà mieux que pas de démocratie du tout, de la "démocratie participative" ou de ce que J.P. raffarin appelait "la république de proximité" qui, à force de décentralisation et de "principe de subsidiarité", subsidiarise tellement que l'énergie et l'argent sont gaspillés au profit de questions subsidiaires, quand les questions principales restent inabordées.

L'Etat a garde de cesser de se défausser sur les associations dans la gestion de la compensation du handicap, sauf sur un point : quand il s'agit d'argent. Il arrive en effet que, tout à coup et sans aucune raison, notre Etat impécunieux et endetté se montre très généreux. C'est ce qui est arrivé par exemple dans le cas emblématique et déjà évoqué par moi de l'affectation de postes budgétaires, dans le cadre de la loi de 2005, au financement des "aides animalières" pour lesquelles, Vincent Michel le montre avec insistance dans son message, le mécénat des donateurs était tout à fait prêt à continuer de le suppléer, car la relation entre l'animal et la personne handicapée était sensible aux donateurs. Pourquoi, dans ces conditions, nos associations ne se sont-elles pas battues pour que les aides animalières ne fassent pas partie des manque à gagner financés par la PCH et que l'affectation de ces ressources disponibles, soit contribue à augmenter le forfait de base cécité, soit, plus directement dans les objets de la PCH, serve à financer davantage d'aide humaine ou de déplacement des personnes à autonomie ou à mobilité réduite que nous sommes ? Cette question reste un mystère pour moi, sauf à l'aborder sous l'angle de la schizophrénie, qui sert de fil conducteur à ce message.

Vincent Michel nous propose d'adhérer à la Fédération des aveugles de france, qui a un fonctionnement démocratique. Pourquoi pas ? Mais avant d'adhérer, j'aimerais savoir exactement de quoi précisément s'occupe cette association, quels sont ses objets, quel pourrait y être le poids de notre parole et de notre militantisme. Je voudrais m'assurer que le poids démocratique soit bien ce qu'il en dit. Je répète que j'ai trouvé assez grossière la manière dont il s'est contenté de démentir sans argumenter l'opinion exprimée par le Président de l'association des aveugles d'alsace Lorraine, la fédération dont je dépends, que des personnes qualifiées pourraient diversifier l'activité des ESAT. Vincent Michel affirme enfin que la FAF n'a pas de "trésor caché". Pour être tout à fait honnête, il faudrait préciser l'allusion ("n'a pas comme qui ?"), et plutôt dire "n'a plus" que "n'a pas". Toujours pour rester dans mon Alsace natale que j'ai réintégrée, je me souviens que feu Marcel Herbe a, il y a vingt-cinq ou trente ans (c'est loin, c'est vrai), défrayé la chronique dans des affaires assez troubles où la presse locale parlait de détournement de fonds, ce qui ne l'a pas empêché, de mémoire de devenir par la suite Président de la FAF. Alors ! que ces pratiques aient cessé, je m'en réjouis et, si j'offense à tort la mémoire de Marcel Herbe, j'en demande pardon à ses ayant-droit. Mais encore une fois, adhérer à quel titre, pour s'occuper de quoi et dans quel espoir d'être entendu à quel sujet?

Malgré mon déconstructionnisme accoutumé, je souhaite à tous et à chacun une bonne année 2012. tiens, par exemple, une année de "printemps français" qui n'ait rien de xénophobe !

Julien weinzaepflen