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mercredi 11 janvier 2012

Jeanne d'Arc par un fils de l'islam

Mon Cher Torrentiel.

Certes, Jehanne entendait les voix. Tel doit l'admettre le croyant, l'homme pieux, et celui qui, comme moi, est inondé d'amour pour elle. Si j'en crois mon coeur, Jeanne d'Arc est vraiment une sainte, un être merveilleux. Non pas absolue, Dieu seul est absolu, mais un être merveilleux, parce qu'il ressemble à l'absolu, se rapproche de l'absolu, au point que son existence ne semble pas relever de l'ordre des choses. On dit qu'elle est surnaturelle, à juste titre, puisqu'elle ne semble pas obéir aux lois et contraintes de la nature, souvent la dépasse. Mettons que c'est un être improbable, presqu'irréel. Merveilleuse plutôt qu'absolue : Jeanne n'entendait pas les voix en permanence à toute heure du jour et de la nuit. L'être divin, est seul absolu en permanence, et sa parole jamais faillible. Donc, Jeanne n'est que par instants, inspirée. Toutefois, elle devait être le récipient le mieux choisi, pour ce dépôt. Ce qui revient à dire, qu'en dehors des voix, la vie de Jeanne, bien qu'être faillible, reste une vie merveilleuse, de loin meilleure et supérieure envers nos vies ordinaires. L'inspiration, du reste, même très discontinue, embellit la vie du réceptacle, le force à cheminer vers la perfection. Donc, cela aussi, doit être pris en compte par le croyant : la vie de Jeanne, conserve, quoi qu'on fasse, un reflet de l'inspiration. Nous devons prendre en compte le peu que nous croyons savoir des voix et ce qu'elles ont transmis, et en même temps la vie et les paroles de Jeanne. Cet être inspiré ne l'est pas constamment, et il sait faire la différence entre ce qui vient de lui-même et ce qui lui est inspiré.


Certains se plaisent parfois à comparer Jeanne d'Arc au prophète Mohamed, en vertu du fait qu'il fut comme elle chef de guerre et a, comme elle, livré bataille. Si le prophète fut inspiré, il ne le fut pas sans cesse, et savait lui-même faire la part des choses. Voici une anecdote illustrative.


Il advint que les Mékois se résolurent à mettre une fin définitive, à l'expérience Médinoise, en livrant une bataille finale. Il était pour eux question d'anéantir la communauté des Croyants, ce qui faisait fi des lois de la guerre Arabique du temps, plutôt économes en fait de sang versé. Dans ce but, ils cohalisèrent des alliés, parvinrent à grouper une armée de 30000 hommes, chiffre énorme en ces temps. Quand la nouvelle de leur aproche fut connue, sur l'ordre du prophète, on creusa un grand fossé autour de la petite ville. Les Mékois étant très supérieurement montés en chevaux, en dépit de la supériorité qualitative des gens de Médine, il fallait faire ce fossé, pour couper l'élan des cavaliers, puisqu'il n'y avait pas de remparts. Ce fut un siège qu'on a nommé "la bataille du fossé". Cela fonctionnait au début, il s'agissait d'empêcher les assiégeants de franchir l'obstacle, de débarrasser et creuser à mesure que ceux-ci comblaient le fossé. Or, ils étaient plus nombreux, et vraissemblablement, ils eussent réussi à passer l'obstacle si chétif. Le siège durait depuis quinze jours, les gens de Médine s'épuisaient des travaux et alertes. Mohamed imagina de dissocier la cohalition, en négociant avec l'une des tribus assiégeantes, un accord particulier. Il voulut offrir le tiers des récoltes de dattes, en échange de son départ, ce qui, pensait-il, entraînerait une dynamique de défections, et des mésententes parmi les cohalisés. Quand il proposa son plan, les Médinois s'en émurent. Ils lui dirent :

"Envoyé de Dieu, cela vient-il de toi, ou t'est-il inspiré?" Il répondit en substance que cela venait de lui, et non pas, d'une inspiration. Alors ils lui firent la réflexion suivante :

"Envoyé de Dieu, quand nous étions ignorants, hormis l'hospitalité, on ne prenait nos dattes qu'en les payant! A présent que nous sommes devenus croyants, faut-il que nous cédions gratuitement, une part de nos récoltes?" On s'avisa de n'en rien faire, et ce fut bien. Dieu porta aux Croyants des secours inattendus, par des moyens imprévus.


Ceci montre que le prophète n'était pas inspiré et infaillible à tout instant. Pourtant, s'il a bénéficié de l'inspiration, c'est bien parce qu'en même temps, il fut un homme exemplaire en bien des choses! Voilà pourquoi, en plus du Coran, qui contient la parole inspirée, nous disposons des actes et paroles du prophète, que nous a conservé la tradition. Nous savons que ces paroles ne sont pas inspirées. Tout de même, elles n'auraient pu émaner que d'un homme qui, par ailleurs, se trouve être par moments, inspiré. Si on fait le parallèle avec Jeanne d'Arc, est-il concevable de ne s'en tenir qu'à ce que nous croyons savoir de ses voix? Ce qu'elle fit, les récits de sa vie, ce qu'elle dit sans être inspirée, compte aussi, bien qu'en second plan, on en convient. Cette fille a séduit tant de gens, parce qu'elle entendit des voix, mais aussi par elle-même, comment elle vécut, la générosité de son être. Qu'elle ait reçu la grâce et l'inspiration divine, est-ce une faveur faite à n'importe qui? Non, bien sûr, il faut un récipient digne du contenu, ou mieux, qui participe lui-même du contenu. Donc, peux-tu me reprendre ainsi, et objecter, qu'à part les voix, tout le reste n'est qu'interprétation? Bien entendu, c'est ainsi, interprétation ou réception, mais ça n'est pas moins légitime que l'écoute des voix elles-mêmes, desquelles non plus, nous ne pouvons pas davantage nous assurer.


Or, le fantôme que je me fais de Jeanne d'Arc a bien des chances de ressembler beaucoup au personnage. Je maintiens qu'elle a tenu pour le droit contre le tort, elle tint pour la Justice, donc, en effet, pour le roi légitime. Un homme juste et loyal de ce temps ne pouvait faire autrement. En vain, on évoquerait que le roi d'Angleterre était roi de France par testament. Le vol est évident. On abusa du roi fou, on lui extorqua un acte qu'il n'avait pas pouvoir de dresser, on s'assura de la connivence de la dénaturée Isabeau de Bavière, qui prétendit que le Dauphin Charles VII, n'était pas du roi. Quand bien même il en serait ainsi, quand bien même Charles VI étant fou, était également incapable de procréer, malgré tout, un fils illégitime, reste plus légitime comme roi, qu'un roi étranger! Quoi qu'on fasse, Jeanne tenait pour le droit et la Justice. Et elle tint pour l'indépendance du royaume, comme un précurseur des luttes anti-coloniales. Il faut aller même plus loin, la France était en si grande pitié, tant de ravages se commettaient, en plus des pestes et catastrophes, qu'on craignait le dépeuplement et l'exhode de ce qui restait d'hommes dans le royaume! N'eût été Jeanne d'Arc, ta France eût-elle survécu aux épreuves? Je retiens que tu supporte si mal le jugement du passé colonial Français, que tu en arriverais à ne pas mesurer la vraie profondeur et gravité de l'occupation armée étrangère. Elle est, obligatoirement, sans contredit possible, immensément destructrice! Il faut te convaincre de cette vérité et l'imprimer dans ton coeur. Tu ne veux pas qu'on ressace les plaintes envers la France, soit. Mais gardes-toi d'oublier que rien de pire n'arrive à un peuple, que l'invasion armée. Qui dit autre chose en aura menti. Pourquoi est-ce forcément ainsi? Très simple et basique. Le vainqueur n'a pas d'égards aux intérêts et à la vie, de ce qu'il regarde comme vaincu. Tout ce qui, à l'ordinaire, l'empêche de commettre trop de mal, l'ensemble des codes éthyco-juridiques, se trouvent abolis par l'étrangeté. Et le vaincu, qui se voit comme tel, est nécessairement méfiant, guette tout signe de faiblesse pour porter tort à l'envahisseur. Il est donc fatal, sans contredit et sans perte de temps ni débat, que l'invasion armée est le mal le plus grave qui peut atteindre un peuple. Et cela est tellement basique, qu'il en fut ainsi de tout temps. L'invasion consommée et victorieuse, en effet, c'est à terme, la mort. La mort physique en très grande quantité, il faut pas rire avec tes chiffres dérisoires sur l'Algérie, que tu prends, on ne sait où, mais encore la mort en tant qu'identité, inévitablement. Sinon, cites un exemple contraire.


Donc, la France pouvait disparaître, le plus simplement du monde, si Jeanne ne se fût levée. Elle vint de par Dieu, à cause de la grande pitié qui estoit au royaume de France, notes bien. Elle n'est pas venue, seulement, pour rétablir le roi en tant que roi! Le sacre du roi légitime n'était qu'un moyen de rétablir la paix et la justice, pour sauver non pas le roi, mais le royaume, ou bien le peuple du royaume. Sinon, comment entendre ce, "la grande pitié qui estoit au royaume de france"? C'était le malheur public, le malheur du peuple!


Je te soupçonnes, Torrentiel, de ne pas vouloir prendre Jeanne pour la sainte des oprimés, parce que tu te refuses obstinément, à criminaliser comme il convient d'un homme libre, ce qu'on nomme colonialisme, ce qu'on nomme occupation armée, etc. Et cela parce qu'en effet, tu soufres mal les accusations et jugements qui s'en suivent. La France, en tant que puissance, est coupable, et les effets et séquelles de ses guerres injustes, sont très loin d'être guéris. Pour t'en convaincre, écoutes nos psychologues sur l'amitié, et mesures jusqu'où ça peut aller! La France est coupable, mais Jeanne d'Arc rachète le mal de la France. Rien que pour ça, la France ne devrait pas subir tant d'accusations ressacées. Le mal de la France est racheté par Jeanne, pourvu que la France retrouve la fidélité de l'esprit de la sainte. La France fut sauvée par une femme, elle a les clefs qui lui permettraient à son tour, de sauver le monde.


Le Front récupère la sainte, en se fondant sur quoi? Tout juste parce qu'elle a chassé des envahisseurs. Quand elle enjoignait aux Anglois, de s'en retourner en dedans de leur royaume, elle s'adressait à des gens de guerre, non pas à des migrants! Ce que faisant, Jeanne te confirme cette vérité basique et profonde, que l'homme armé, en terre étrangère, qui n'obéit pas à l'autochtone, mais à sa nation à lui, ne peut être que malfaisant. Quoi qu'il fasse, par la colère de Dieu, il vole l'air qu'il respire et sa vie est trop longue! Quand bien même il voudrait se convaincre d'être le plus doux et généreux qui soit, il ajoute l'hypocrisie au crime. Tant vaut mieux subir et soufrir du blâme juste qui atteint l'homme, qui porte les armes ainsi, il persiste vil et malfaisant sur les terres d'autrui! S'il ne s'en retourne pas en son pays, il est sain et pur, qu'il ressente partout les épines et le mépris, et il sait pourquoi.


Que je voudrais te voir confirmer mon mariage avec Jeanne ? Oh, c'est que mon amour de la France et de Jeanne est si authentique, que j'aime à l'entendre confirmé par un autre, autochtone. Oui, un jour, j'ai cédé à l'insistance d'amis, et on m'a conduit chez un magnétiseur, pour soigner un mal persistant, qui me reste. On m'y mena, cela resta sans effets. Je ne sais pourquoi, mais la nuit suivante, me trouvant couché, dans un état qui n'était pas vraiment du sommeil, Jeanne d'Arc vint s'asseoir à mon chevet. Fantôme, probablement. Savoix était douce, caressante et sonore, comme j'aime dans les voix de vos femmes, de celles qui sont adonnées à chanter aux églises et à y faire des lectures, des voix qui portent. Sa voix était sonore et douce, sa main était douce quand elle prit la mienne. Je me trouvais dans un état intermédiaire, rares et merveilleux. Elle me parlait, mais ce n'était pas toujours des paroles claires et intelligibles. Ce qu'elle disait ou ce que j'en percevais, ou crut percevoir, c'est qu'elle me voulait le baptême. Je me refusais silencieusement, je n'acquiesçais pas. Je me refusais seulement par le silence, parce qu'il est indécent de contrarier une sainte. Est-ce puéril? Savoir. J'eus l'impression, que, moyennant que j'acquiesce, mon mal persistant serait guéri et non pas, au cas contraire. L'invitation était si belle et douce, mais Rodomont ne peut pas. Comment nommer cela? J'eus l'impression que ce n'était pas un pur et simple songe ou affabulation. Il se peut, tout de même, que cette espèce de marchandage soit de ma perception et faiblesse. Il y eut peut-être en cela de l'affabulation. Plus en profondeur, l'invitation au baptême était pour moi, en elle-même tentante. Oui, tu ne peux plus en douter, Rodomont est si terriblement ému par la France et l'église, qu'il ressent la puissante tentation d'en être. Qui peut comprendre ça? En effet, je ne sais pas du tout, quoi que je fasses, comment m'expliquer ce trouble si intense.


A-t-on le droit de parler ainsi, en présence d'une sainte qui se veut chaste? Je jure que c'est la vérité, la présence de l'identité ou de l'être Chrétien, je ne sais comment dire, provoques en moi, des émotions sans limites. Il n'est que jusqu'aux voix sonores des femmes qui animent vos églises, en chants et lectures, qui ne soient pour moi, un élément de séduction. Rien à faire! Je devais depuis toujours me marier à une femme catholique, c'était dans l'ordre des choses, et je me décidais : parce qu'elle était catho, mon adhésion fut emportée.


Non, ça suffit pas de dire ça, je vais aller plus loin, être plus grave. Quand je rencontrai ma femme pour la première fois, le fait de savoir qu'elle était catho et s'occupait de l'église, m'a tout simplement rempli d'émotion, et a suscité ou augmenté mon désir. Tout simplement, si j'avais le choix entre deux femmes, c'est la Chrétienne que je choisis, inmanquablement. Et la Française aussi. Qu'il soit clairement entendu, que l'émotion dont je parle, est fortement charnelle, je dirais au premier plan! Oui, je suis charnellement séduit, il faut l'entendre ainsi, par ce qui est Chrétien et Français! J'aime la France au sens propre et commun du mot!


Une chose que je n'ai jamais comprise, c'est pourquoi on prétend que le Christianisme réprime tant la chair et fait promotion de chasteté. Il le fait, c'est ainsi, c'est allé très loin. Mais ce que je perçois, peut-être à tort, du message Chrétien actuel, sonnerait presque, comme une invitation à la chair, puisqu'elle va de pair avec la promotion de l'amour. Parce qu'enfin, que signifie l'amour qui ne serait pas charnel du tout?


Donc, au fond, Jeanne d'Arc vint à mon chevet, m'inviter à prendre part, en tant que partie, moi-même, à une communauté, que j'aime véritablement, mais je n'acquiesçai pas à cette généreuse invitation. Vois à quel point, je suis le migrant absolu, qui ne veut pas être tout-à-fait des vôtres, mais qui vous aime et veut être aimé de vous. Affaire folle !


Pourquoi j'aime autant Jeanne d'Arc, parce qu'elle est vraie, saine et pure, qu'elle tient pour le droit. Elle est comme le résumé du génie de la France, nation de l'égalité. Car au fond, la France dépouillée de toute ambiguïté, la France par elle-même tient pour l'égalité. Pourquoi la France m'a-t-elle tant aimé? Dans l'amour de la France, j'en suis persuadé, il y a une part de réparation. C'est parce que l'injustice est contraire au génie Français, la France aime les fils de ceux qu'elle dominait et qu'elle domine encore, hélas ! Il n'y a pas que le gouvernement qui répare, si même il le fait. Celui qui répare vraiment, c'est le corps social par lui-même. Il fait souvent bénéficier le migrant, d'un suplément d'amour correcteur. Voilà pourquoi, nul ne peut haïr totalement la France, sauf les injustes. Si on suit cette dynamique profonde, la vocation et la fonction de la France, est bien de réparer le monde, d'établir un monde juste. Je crois qu'elle le peut, et ainsi, elle se sauverait elle-même. Quand la France aime Rodomont, il arrive parfois à se sentir bien compris, exactement. La vraie France, soufre en même temps que lui, rase les murs avec lui, tremble pour lui. Oui, quand Rodomont souffre, il veut au moins qu'on soufre un peu avec lui. Jeanne d'Arc, c'est la France vraie, dépouillée de toute ambiguïté, la France pure. Celle-là, reconnaît comme véritables tes lésions, les partage avec toi. Cette France-là, n'est pas croisériste ou suprématiste, elle n'a rien de tel, c'est la nation de l'égalité, la plus belle des nations.


Croissant de lune.

Retour sur golgotha picnic

A consulter sur le blog de mon frère:
http://toog.blogspot.com/2011/12/en-tant-quartiste-en-tant-que-chretien.html

Et si le christianisme avait engendré le talmud et non l'inverse...

Ou pour un dialogue non assymétrique entre juifs et chrétiens dans le cadre des Amitiés Judéo-chrétiennes.

Réponse à Jérôme batoula à son invitation au séminaire de dan Jaffé des amitiés Judéo-chrétiennes de Mulhouse

Cher Jérôme,

(...) Je crois que, cette année, je participerai au séminaire de dan Jaffé. Mais n'es pas sans savoir, je suppose, que j'éprouve un certain malaise vis-à-vis de ce conférencier, et ceci pour les raisons que je vais t'exposer.

Pour le peu que je l'ai écouté - est-ce le feu de sa parole qui m'a donné cette impression -, je ressens en ce chercheur, non pas à proprement parler une partialité, mais une jubilation à ne présenter qu'une face de la médaille : les chrétiens n'auraient rien inventé, tout était déjà contenu dans le talmud, ils étaient de simples héritiers qui ne voulaient pas assumer leur héritage.

Ceci est certainement incontestable dans les siècles suivants ; mais pour ce qui est des rapports entre juifs et chrétiens à l'époque où fut rédigé le talmud, ceux-ci étaient beaucoup plus intriqués qu'on ne le dit, ce qui est une part de la démonstration de dan Jaffé, d'abord parce que les dates de rédaction du talmud et de l'evangile sont probablement concommitantes, donc les uns ont nécessairement influencé les autres et travaillé en réaction les uns contre les autres. Ensuite,

le talmud insulte les judéo-chrétiens comme des idolâtres et des "fils de Pantera", le soldat romain, c'est-à-dire qu'il les traite, ni plus, ni moins, de "fils de p..." donc la violence a été des deux côtés, dans ces premiers temps du christianisme. Or je ne vois pas qu'il y ait trace d'insultes contre les Juifs dans le nouveau ou le second Testament, sauf peut-être dans l'evangile de saint-Jean qui parle indifféremment des "juifs" pour désigner ceux qui se confrontaient au christ, mais on ne sent pas qu'il parle dans un contexte extrajudaïsant, on sent au contraire qu'il se souvient d'avoir été juif et que cette confrontation a peut-être représenté un traumatisme pour sa propre personne, certes moins cuisant que ce qu'il fut pour saint-Paul, qui aurait préféré donner sa vie pour que les Juifs accèdent à la révélation dont lui-même avait été comblé, plutôt qu'ils se perdent à son avis en ne reconnaissant pas en Jésus le Messie qui leur avait été promis, nous-mêmes ne devant pas transiger à Le reconnaître et à le faire savoir de notre temps, même si nous devons respecter ceux qui ne le reconnaissent pas .

A cette période de composition du Nouveau testament, il n'y a pas haine contre les juifs, il y a simplement dissociation. La haine talmudique a l'air beaucoup plus enracinée, ce que d'ailleurs on peut comprendre, car les juifs restés fidèles à la synagogue pouvaient à bon droit se demander :

"Qu'est-ce que cette excroissance de notre Foi qui est en train de s'envoler et de trouver un débouché politique inattendu, inférieur à ce qu'offrira au genre humain la venue du Messie telle que nous la concevons et l'espérons ? qu'est-ce que cette aventure juive qui est en train de réussir alors qu'elle a toutes les apparences de l'idolâtrie ?"

Ne peut-on pas dire, de surcroît, que c'est à l'époque où furent composés les evangiles que les Juifs eurent l'idée de se donner une liturgie ?

Il y a donc, au minimum, influence réciproque, et il ne saurait y avoir tort univoque dès l'origine. Le tort s'est sans doute cristallisé par la non reconnaissance originaire des deux communautés l'une de l'autre, l'"aventure juive qui était en train de réussir" se séparant du "destin du peuple juif" du côté des judéo-chrétiens, et les Juifs synagogaux ne supportant pas ce destin qu'ils sentaient, après leur premier exil physique à babylone, leur échapper en se transformant en exil politique, pour ne pas dire se vulgariser auprès des nations d'une manière qu'ils ne jugeaient pas conforme à ce qu'ils comprenaient du Plan de Dieu.

Tandis que les chrétiens se mettaient à la rédaction des evangiles, les juifs préservèrent ce nouvel exil en pérennisant une liturgie. D'une certaine façon, la liturgie synagogale, qui a consacré la victoire des pharisiens sur les saducéens et sur les hérodiens, n'est-elle pas le contre-feu allumé par l'instinct de conservation contre les imprécations lancées par Jésus sur la manière d'opérer des sages du talmud ? Inversement, La liturgie chrétienne ne correspond-elle pas à l'importation de cet effort talmudique pour organiser des habitudes de prier en formes fixes, en partie contraires, au moins superficiellement, à l'esprit du christianisme, ou cette organisation a-t-elle été contemporaine de l'établissement de la liturgie synagogale par les sages du talmud ?

Loin de moi de nier que les chrétiens aient accompli un fratricide ou un paricide, par la suite, en ne considérant les juifs que comme les gardiens de leur bibliothèque sacrée, et à les estimer tout juste bons, quand leur sort ne confirmait pas les prophéties où ils voyaient consécration de leur triomphe annoncé, à leur apporter des explications complémentaires sur la manière d'interpréter correctement "la sainte bibliothèque hébraïque", en archivistes sous-payés, condamnés aux infamies de l'usure quiétaient contraires à leur loi, et à quantité d'autres mesures vexatoires. Mais, si disproportionnées qu'aient été ces mesures, elles ont pu être une réaction de colère contre des sages du talmud qui les avaient couvert de tomberaux d'insultes et de haine. Le recul n'était pas assez grand pour qu'un dialogue pût être entamé en ce temps-là. L'histoire a fait l'oeuvre de la décantation du facteur Temps pour rendre ce dialogue possible aujourd'hui, nous avons un arriéré à payer, mais nous n'avons pas qu'un arriéré, et il ne faudrait pas que nous ne fassions que nous excuser (les torts sont toujours réciproques même s'ils ne sont jamais proportionnels), ni que nous acceptions d'être traînés dans la boue sous un prétexte scientifique et par un professeur qui manie avec verve la rhétorique universitaire, bien qu'apparemment, il n'enseigne plus à Marseille : j'aimerais savoir si c'est pour des raisons d'agenda ou si sa manière d'enseigner a pu aussi heurter les autorités de l'université de Marseille.

Je reconnais à ma réaction et à mon malaise un caractère relativement épidermique qui pourrait me pousser à être injustement soupçonneux envers Dan Jaffé. Mais en génééral, je ne manque pas d'un certain flair !

Je te livre ces réflexions dans un esprit de franchise, tout prêt à les amender si je m'aperçois que je me suis trompé. Tu peux les communiquer à Dan Jaffé si tu le juges nécessaire.

Cordialement,

Julien


Présentation de dan Jaffé:

Né en 1970, Docteur ès Lettres en histoire des religions (spécialisation Antiquité classique), Dan Jaffé est Maître de conférence à l'Université Bar-Ilan (Israël) et a été chargé de cours à l'institut des sciences et théologie des religions de Marseille.
Il est également chercheur associé au centre Paul-Albert Février, CNRS, de l'Université de Provence.
Dan Jaffé est l'auteur de : - " Le Judaïsme et l'avènement du christianisme " 2005
- " Le Talmud et les origines juives du christianisme " 2007
- " Jésus sous la plume des historiens juifs du XXe siècle " 2009

Méditation sur l'epiphanie

6 janvier 2012





Epiphanie





L’épisode de l’Epiphanie a toujours fait écho en moi. Il m’a toujours invité à de profondes méditations. Que dire aujourd’hui de cette « fête de la Manifestation » où les orthodoxes fêtent la Nativité du Seigneur ?



1. Il y a deux cheminements que font les mages pour comprendre l’événement : l’un est extérieur et l’autre est intérieur.



De l’extérieur, les mages sont constamment conduits de la prévision à la vision et de la science à la contemplation. Ils essaient de calculer un espoir pour le genre humain et ils voient se lever l’étoile d’un « roi des juifs ». Ils suivent cette étoile et ils la perdent. Ils la suivent et elle les lâche. Ils reviennent donc à leur réflexe premier : retrouver ce qu’ils cherchent en convoquant - ou plutôt en se faisant inviter par - les autorités politiques. Ils posent au roitelet en place la question de savoir où est né son successeur dont ils ont vu se lever l’étoiles. Leur question intéresse le potentat du moment qui réunit son conseil. Il les reconvoque pour leur répondre. Ils sortent de chez lui en saisissant dès avant le songe l’incongruité de leur question posée à cette créature du pouvoir. Ils sont obligés de constater le double échec de leur prévisionnisme et de leur prospectivisme, de la magie qu’ils activent et du pouvoir avec lequel ils frayent, de la science et de la politique dépourvues de vision.



Ayant quitté le palais du roi, l’étoile les retrouve, les précède à nouveau. Pas un instant, ils ne se sont demandés pourquoi elle les avait abandonné. Cela leur paraît la trajectoire normale de la vie, quand on est en face de l’énigme : on perd et l’on retrouve ce qu’on cherche, on voit et on ne voit plus la lumière. Ses éclipses s’expliquent à la fois parce que la lumière s’éteint quand on ne sait plus la regarder et parce que la Lumière, cette « lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde », veut se faire désirer. La vie ne requiert pas notre simple participation biologique, la vie demande que notre liberté lui apporte le sceau de notre adhésion, l’assentiment de notre foi.



On peut naître en refusant de vivre. Choisir la vie, c’est apprendre à l’aimer. Subir une éclipse de lumière, c’est recevoir de la Lumière l’avertissement qu’on la désire mal. Devenir sec de l’âme, c’est recevoir, à la surface de son âme immortelle qui ne s’hydrate pas aux sources de son immortalité, que l’on n’aime pas assez la vie. Il faut désirer l’éclaircie.



Les mages savent tout cela. C’est pourquoi ils ne se révoltent pas contre l’éclipse de lumière qui les a obligé à faire un pas de côtévers leurs anciennes habitudes en allant consulter, non pas un mage (ils sontdes mages eux-mêmes), mais un faiseur de plans sur la comète politique.



Les mages n’invectivent pas l’étoile de ne pas leur être restée fidèle tout au long du chemin ; ils ne savent pas si cette infidélité de l’étoile est de son propre mouvement ou ne fait que refléter qu’ils l’ont mal cherchée. Les mages n’invectivent pas l’étoile ; mais quand ils la retrouvent et voient qu’elle se lève à nouveau, « ils éprouvent une très grande joie ». Cette joie a quelque parenté avec celle de la femme qui retrouve la drachme perdue, elle est le commencement de la joie intérieure qui prélude un itinéraire d’intériorité auquel ils ne s’attendaient pas. La joie de vivre est une condition de la joie intérieure, et La joie intérieure est le commencement de la joie parfaite.





2. Cet itinéraire intérieur, le cardinal barbarin, lors des JMJ de cologne,auxquelles le pape allemand a certainement appelé dans cette ville reliquaire des mages pour apprendre à l’eglise à respirer de son poumon orthodoxe, l’a très bien résumé en isolant les six verbes qui se succèdent à toute vitesse dans l’evangile selon Saint-Mathieu, une fois que les mages passent de la quête au but de leur voyage : ils entrent, ils voient, ils adorent (ou se prosternent), ils ouvrent, ils offrent, ils repartent.



Ces six verbes se passent de commentaires, mais ils révèlent tout de même que la première disposition est d’entrer dans la maison :
»Venez et voyez » !

Quelques trente ans plus tard, les premiers disciples de Jean-baptiste, au premier rang desquels Saint-Jean, l’évangéliste, demanderont au seigneur désigné parle baptiste, qui ne se souvenait plus de L’avoir connu d’un tressaillement de son fœtus dans le ventre de sa mère Elisabeth :

« Maître, où demeures-tu » ?

Le Maître leur répond :

« Venez et voyez » !

Saint-Jean ajoutent qu’ils virent et qu’ils demeurèrent avec Lui ce jour-là. Le premier contact avec la Maison du roi ne peut guère durer plus longtemps. C’est à peine l’affaire d’un jour. Mais, quand le Seigneur ressuscitera, Saint-Jean sera le premier des disciples (hommes) à pénétrer dans le tombeau derrière saint-Pierre, et il reprendra la même formule en la personnalisant :

« Il vit et il crut ».



L’adoration tient à la fois d’une capacité du regard à s’immobiliser et du cœur à commander aux genoux de fléchir, quand ce qu’on a vu nous dépasse tellement, que la seule attitude convenable est « la crainte révérencieuse ». Mais la crainte de dieu n’est pas destinée à durer ; ou plus exactement elle n’est pas destinée à se fermer sur elle-même, ni en tant que vertu, la crainte, ni sur son objet qui est dieu : elle est destinée A provoquer, non pas à proprement parler une dilatation (la crainte est en elle-même une dilatation par l’humiliation de l’angoisse dans la piété), mais une « ouverture de cœur » qui n’est plus simplement une disponibilité du regard, mais qui devient une offrande. Je n’offre peut-être pas immédiatement ma vie, mais j’offre quelque chose, et puis s’en va. Je suis dans la course de l’étoile, si je ne suis plus dans la course aux étoiles.



Décidément, quelque chose a changé en moi. Je ne suis plus le même. Celui qui Est le Chemin ne me dit pas par oùrevenir, mais me dit de ne pas rentrer par le même endroit. Mon regard a été transformant. Ou Plus précisément, c’est ce que j’ai vu qui m’a transformé. Celui Qui est le chemin ne me fait pas raccompagner par son Etoile. Il ne me fait pas non plus donner un plan pour retourner autrement d’où je viens. Moins encore, Il ne m’engage tout de suite à Le suivre : comment ferait-Il, Il ne sait pas marcher ! Il ne me commande pas de devenir un autre, mais il m’invite à lutter contre la force de l’habitude, qui aurait tôt fait de me figer, de m’identifier à mes réflexes ou la manière dont je crois avoir trouvé comment marcher dans la vie. Il ne me fait pas changer pour changer, c’est de le voir, de m’ouvrir, de m’offrir qui m’a changé et transformé. C’est de Le voir qui m’a ouvert.


3. Par opposition aux mages qui vivent toutes ces transformations, sont les habitants de Jérusalem qui ne vont pas à bethléem, depuis Hérode qui consulte les scribes à ceux-ci qui ne se demande pas pourquoi on lesfait venir. Aucun d’entre eux ne se déplace. Les habitants de Jérusalem ne vont pas à bethléem parce qu’ils vivent sur un capital de dons qu’ils ne veulent pas se voir spolier par des étrangers. Mais ils vivent sur un capital de dons dont ils ne font rien. Il suffirait de presque rien pour que, de simples bénéficiaires, ils deviennent des adorateurs. Mais ils ont trop peur d’adorer ce qu’ils ont reçu et de ne pas s’adorer à travers ce qu’ils croient leur appartenir. Ils savent que, dans l’état d’esprit où ils sont, s’ils adoraient maintenant, leur adoration serait dérisoire ; elle tournerait en dérision ce qui devrait ne leur inspirer que de « la crainte révérencieuse », la même qui a saisi « les mages venus d’Orient » dont ils ne font que soupçonner l’existence.



Mais, si d’aventure ils devaient constater que quelqu’un d’étranger à leur foi était saint des valeurs qu’eux-mêmes ne font que posséder, mais n’exploitent pas, vous verriez comme, non seulement ils refuseraient de le déclarer saint, mais ils le pourchasseraient. Car ce saint étranger les détrôneraient et ils n’entendent pas se laisser déchoir. C’est précisément parce qu’Hérode ne veut pas se laisser détrôner que, ne voyant pas les mages revenir et comprenant qu’ils ont été avertis sur ses intentions et que donc, il s’est passé quelque chose, il fait procéder au « massacre des innocents ». « Car je t’excommunie, toi qui viens prier sur mon Trésor sans avoir forcé mon coffre-fort et sans avoir l’intention de me dévaliser. Tu te trouves là sans que l’on sache par où tu es entré, et pourtant tu as averti de ta présence. Tu es trop pur, que ça me donne le vertige ! tu ne veux pas assez me nuire, qu’il faut que je te pourchasse avant que ton innocence me gagne ! »

Julien weinzaepflen

La Fédération des aveugles de france se sent mal à l'aise de devoir demander de l'aide

Message de vincent Michel en réponse aux critiques qui lui sont faites sur le caractère misérabiliste des appels à l'aide de la fédération des aveugles de france

Bonjour à toutes et à tous,


J’ai lu avec beaucoup d’attention et d’intérêt vos échanges sur le réseau Social E.G.D.V concernant les campagnes d’appel aux dons faites par les associations et en particulier par notre Fédération.

Au fond, je partage tout à fait l’esprit de vos réflexions.

Je suis une personne aveugle comme sans doute la plupart d’entre vous et je suis toujours gêné par les démarches qui, d’une façon ou d’une autre, font appel à un certain sentiment de pitié, de commisération pour obtenir la solidarité du public. Ces façons de faire sont loin de toujours me satisfaire et je veux bien admettre que le dernier message publié par la F.A.F ait été particulièrement maladroit.


Depuis que je milite, tant sur le plan social que politique, j’ai toujours été un grand défenseur des politiques publiques, du rôle de l’État, des collectivités territoriales. Comme vous sans doute, je souhaite que les problèmes auxquels nous sommes confrontés régulièrement soient pris en charge par la Solidarité Nationale et que l’égalité des droits et des chances ne soit pas un vain mot.

Malheureusement…

En tant que responsable associatif, je dois chaque jour venir en aide à des personnes, des familles, des associations qui ne peuvent boucler leur budget parce que le surcoût lié à la cécité ou l’amblyopie n’est pas intégralement pris en charge par les politiques publiques.

Comment faire, lorsque la famille d’un enfant aveugle scolarisé me demande 6000€ pour payer le reste à charge d’un équipement informatique après aide de la M.D.P.H ? Comment faire quand un S.A.A.A.I.S me demande une aide pour prendre en charge les regroupements d’enfants que l’autorité tarificatrice refuse de financer ? Comment faire pour soutenir ici un S.A.V.S, là une entreprise adaptée dont les dotations sont insuffisantes pour boucler les budgets ?

Comment faire pour répondre à la demande d’une Présidente, d’un Président qui souhaite organiser un colloque passionnant mais qui n’en a pas les moyens ?

L’année qui s’achève a vu notre fédération distribuer plus d’un million d’euros aux associations, familles et particuliers, sans compter l’aide apportée aux chercheurs dont les crédits publics, contrairement aux discours officiels, sont aussi touchés par les réductions drastiques de moyens.

Il faut être clair, ces aides ne sont possibles que grâce à la générosité publique. La F.A.F, en ce qui la concerne, n’a pas de trésor caché et ses moyens financiers sont bien plus limités que certains pourraient le croire.

Alors je sais, faire appel aux dons nous gêne, moi le premier mais où est la solution ? Ne plus aider, laisser les gens dans la difficulté, mettre en cause des intégrations scolaires, des possibilités d’avoir accès aux nouvelles technologies ?

Vous évoquez aussi le ton des messages.

C’est un sujet dont je débats régulièrement avec nos spécialistes de la communication. La réponse est toujours la même et j’en ai vérifié la pertinence.

Si vous proposez des messages trop positifs, vous ne récoltez aucune aide. Savez-vous que parler des chiens permet de récolter trois fois plus d’argent que parler des enfants ?



C’est terrible, affligeant mais c’est la réalité. Alors, si vous avez très concrètement des solutions pratiques à me proposer, je suis sincèrement à votre écoute. Les associations membres de la F.A.F sont des associations démocratiques au sein desquelles chacun peut venir, prendre la parole, prendre des responsabilités et agir. Chez nous, il y a des cotisations, des votes, une liberté de candidature… Et la F.A.F, en tant qu’organisme fédéral, procède de cet esprit démocratique. Ne vous privez surtout pas de cette possibilité, vous y serez très bien accueillis et vos suggestions y seront examinées avec soin.

Pour l’instant, il me faut faire face, face à la demande, aux attentes parfois urgentes, et que dire de la demande de nos amis africains dont le dénuement est mille fois plus grand.

Je forme le vœu que les élections du printemps permettent d’évoluer dans le domaine des politiques de solidarité. C’est le sens du nouveau combat que la F.A.F va lancer dans quelques jours, mais puis-je y croire dans le contexte qui est celui que nous savons ?


Encore une fois, merci pour vos suggestions, croyez bien que j’en tiendrai le plus grand compte et puis, si vous ne souhaitez plus lire nos messages, je vous rappelle que vous avez tout simplement la possibilité de vous désabonner par un simple clic.


Associativement vôtre.





Le Président de la F.A.F

Bonjour à toutes et à tous,



J’ai lu avec beaucoup d’attention et d’intérêt vos échanges sur le réseau Social E.G.D.V concernant les campagnes d’appel aux dons faites par les associations et en particulier par notre Fédération.

Au fond, je partage tout à fait l’esprit de vos réflexions.

Je suis une personne aveugle comme sans doute la plupart d’entre vous et je suis toujours gêné par les démarches qui, d’une façon ou d’une autre, font appel à un certain sentiment de pitié, de commisération pour obtenir la solidarité du public. Ces façons de faire sont loin de toujours me satisfaire et je veux bien admettre que le dernier message publié par la F.A.F ait été particulièrement maladroit.


Depuis que je milite, tant sur le plan social que politique, j’ai toujours été un grand défenseur des politiques publiques, du rôle de l’État, des collectivités territoriales. Comme vous sans doute, je souhaite que les problèmes auxquels nous sommes confrontés régulièrement soient pris en charge par la Solidarité Nationale et que l’égalité des droits et des chances ne soit pas un vain mot.

Malheureusement…

En tant que responsable associatif, je dois chaque jour venir en aide à des personnes, des familles, des associations qui ne peuvent boucler leur budget parce que le surcoût lié à la cécité ou l’amblyopie n’est pas intégralement pris en charge par les politiques publiques.

Comment faire, lorsque la famille d’un enfant aveugle scolarisé me demande 6000€ pour payer le reste à charge d’un équipement informatique après aide de la M.D.P.H ? Comment faire quand un S.A.A.A.I.S me demande une aide pour prendre en charge les regroupements d’enfants que l’autorité tarificatrice refuse de financer ? Comment faire pour soutenir ici un S.A.V.S, là une entreprise adaptée dont les dotations sont insuffisantes pour boucler les budgets ?

Comment faire pour répondre à la demande d’une Présidente, d’un Président qui souhaite organiser un colloque passionnant mais qui n’en a pas les moyens ?

L’année qui s’achève a vu notre fédération distribuer plus d’un million d’euros aux associations, familles et particuliers, sans compter l’aide apportée aux chercheurs dont les crédits publics, contrairement aux discours officiels, sont aussi touchés par les réductions drastiques de moyens.

Il faut être clair, ces aides ne sont possibles que grâce à la générosité publique. La F.A.F, en ce qui la concerne, n’a pas de trésor caché et ses moyens financiers sont bien plus limités que certains pourraient le croire.

Alors je sais, faire appel aux dons nous gêne, moi le premier mais où est la solution ? Ne plus aider, laisser les gens dans la difficulté, mettre en cause des intégrations scolaires, des possibilités d’avoir accès aux nouvelles technologies ?

Vous évoquez aussi le ton des messages.

C’est un sujet dont je débats régulièrement avec nos spécialistes de la communication. La réponse est toujours la même et j’en ai vérifié la pertinence.

Si vous proposez des messages trop positifs, vous ne récoltez aucune aide. Savez-vous que parler des chiens permet de récolter trois fois plus d’argent que parler des enfants ?



C’est terrible, affligeant mais c’est la réalité. Alors, si vous avez très concrètement des solutions pratiques à me proposer, je suis sincèrement à votre écoute. Les associations membres de la F.A.F sont des associations démocratiques au sein desquelles chacun peut venir, prendre la parole, prendre des responsabilités et agir. Chez nous, il y a des cotisations, des votes, une liberté de candidature… Et la F.A.F, en tant qu’organisme fédéral, procède de cet esprit démocratique. Ne vous privez surtout pas de cette possibilité, vous y serez très bien accueillis et vos suggestions y seront examinées avec soin.

Pour l’instant, il me faut faire face, face à la demande, aux attentes parfois urgentes, et que dire de la demande de nos amis africains dont le dénuement est mille fois plus grand.

Je forme le vœu que les élections du printemps permettent d’évoluer dans le domaine des politiques de solidarité. C’est le sens du nouveau combat que la F.A.F va lancer dans quelques jours, mais puis-je y croire dans le contexte qui est celui que nous savons ?


Encore une fois, merci pour vos suggestions, croyez bien que j’en tiendrai le plus grand compte et puis, si vous ne souhaitez plus lire nos messages, je vous rappelle que vous avez tout simplement la possibilité de vous désabonner par un simple clic.


Associativement vôtre.

Vincent MICHEL
Le Président de la F.A.F

Opposition des aveugles de base aux appels au don misérabilistes, ou de la schizophrénie au pouvoir, de l'autonomie quémandeuse

Ce message faisait suite à la réponse qu'a apportée vincent Michel, Président de la fédération des aveugles de france, à diverses critiques qui lui furent adressées au sujet du caractère agressif et misérabiliste des appels au don qu'il diffusait pour que son associations soit alimentée en fonds privés et puise fonctionner. La substance du message de vincent Michel consistait à dire qu'il regrettait ces procédés, mais qu'il ne voyait pas comment faire autrement. Dans l'article, ci-dessus, l'intégralité de son message.

Le message de vincent Michel dévoile la schizophrénie du système, schizophrénie que je n'aurai de cesse de dénoncer, dans son ampleur.

D'un premier point de vue, on doit, à sa gauche, du côté de l'individu handicapé, gommer les déficiences, faire comme si elles n'existaient pas, comme si toutes étaient susceptibles d'être "autonomisées" par des "stratégies de compensation adéquates. Et, à sa droite, on doit faire appel au don, faire pitié. Par chance, les donateurs n'ont pas assez d'esprit de suite pour se dire immédiatement :
"Mais comment se fait-il que je doive aider ces associations d'aveugles si les aveugles sont à ce point opérationnels qu'ils n'ont presque plus besoin d'associations!"

Mais il y a une autre schizophrénie dont la dénonciation va valoir suggestion de ma part auprès de Vincent Michel : c'est celle qui consiste à faire financer la recherche contre les maladies cécitantes par ceux-là mêmes qui sont censés avoir vaincu la cécité et ne plus voir dans les maladies qui rendent aveugles leurs plus cruelles ennemies puisqu'ils s'acceptent en tant qu'aveugles. Or je ne connais pas d'association un peu importante, qui n'investisse des fonds dans cette recherche, pourquoi ? Que les parents d'enfants aveugles prennent le relais, si les chercheurs en sont réduits à tendre la sébille ! Ou bien que les laboratoires pharmaceutiques soient fermement incités par l'Etat à prendreleurs responsabilités et à investir dans la recherche les juteux bénéfices qu'ils font sur des médicaments qui peuvent avoir des effets nocifs ou être remplacés sans dommage par des médicaments génériques.

Le troisième fait que je voudrais dénoncer relève moins de la schizophrénie que de la déperdition d'énergie. Pourquoi les associations refusent-elles absolument de mutualiser leurs efforts ? Il m'est arrivé, pas plus tard qu'hier, une expérience assez symptomatique. Depuis deux ans que j'habite à mulhouse, je n'avais jamais pensé à m'inscrire à la bibliothèque municipale. J'y vais hier et, comme cette bibliothèque municipale a un coin réservé à la bibliothèque sonore, j'en profite pour faire d'une pierre, deux coups. Là, je tombe sur une vieille dame charmante qui m'explique le fonctionnement de la bibliothèque sonore et stupeur ! Ce ne sont presque jamais les "audiolecteurs" qui présentent à enregistrer des livres qui les intéressent. Non, ce sont les bénévoles qui, dans la majorité des cas, enregistrent les livres qu'ils ont aimé, ou bien ce sont les responsables de la bibliothèque sonore qui traquent l'actualité littéraire pour enregistrer les livres dont on parle ! Les bibliothèques sonores commencent à faire un maillage national de leurs enregistrements. Mais elles n'en sont pas à se prévenir quand une bibliothèque, dans une ville de province, est déjà en train d'enregistrer un livre qu'elle pourra passer aux autres. En toute perte de temps, deux bibliothèques de province, susceptibles de partager le même livre, l'enregistrent deux fois et quelquefois cinq ou six fois à travers la france, quand d'autres livres à lire restent en soufrrance. Mais le meilleur ou le pire de cette anecdote est pour la fin. Voici que les bibliothèques sonores sont toutes fières d'annoncer à leurs audiolecteurs qu'elles vont se mettre à enregistrer "le point", "historia", "le monde des religions". Mais le GIAA le fait déjà.
"Le GIAA, c'est quoi donc ?"
En essayant d'observer la même politesse que la gentillesse avec laquelle j'étais reçu, j'ai indiqué à cette dame, qui ne le savait pas, les coordonnées que j'avais en mémoire des associations qui faisaient de l'enregistrement à la demande. Je lui ai aussi conseillé d'essayer de ne pas faire de doublons. Elle a eu l'air ébranlée, mais pas autrement convaincue.

Déperdition d'énergie=gaspillage de temps et d'argent et limitation de l'offre culturelle, au grand dam de ceux qui en sont réduits, dans le cas présent du livre, à lire par hasard ce que contiennent les rayons des bibliothèques sonores, qui sont enragées à détruire leurs stocks de cassettes pour les remplacer par du format daisy, mais pas à mutualiser les efforts associatifs à travers la france. Où l'on retombe dans la schizophrénie ou au moins dans une espèce de schizophrénie ! Mais ce n'est pas fini. Vincent Michel partage avec nous le souci que les pouvoirs publics prennent en charge l'aspect financier et humain de la compensation du handicap. C'est très bien et très novateur de la part d'un Président d'association, qui est forcément un peu schizophrène lorsqu'il défend une telle position puisque, si l'Etat cesse de se défausser sur les associations, celles-ci peuvent craindre qu'à terme, leur existence soit menacée. Soit menacée, ou bien réduite à leur expression minimale qui est aussi leur objet véritable : être des lieux familiaux ou corporatifs d'activité, d'échanges et de partages d'expériences, voire des lieux où émerge une revendication sociale et collective. De son côté, l'etat se garde bien de ne plus se défausser sur les associations dont il fait des partenaires privilégiés de la compensation du handicap, et à qui il en confie, en réalité, une part importante de la gestion.

Pourquoi l'Etat fait-il ainsi ? je file ma métaphore : pour entretenir la schizophrénie, selon l'adage qu'il faut "diviser pour régner", diviser les causes en une multitudes de relais défensifs qui ont d'autant moins de poids qu'ils sont de petite taille. Il n'y a pas que dans notre milieu que ça sepasse ainsi : c'est le principe de la "république associative", de la démocratie participative préférée à la démocratie directe et qui est certes déjà mieux que pas de démocratie du tout, de la "démocratie participative" ou de ce que J.P. raffarin appelait "la république de proximité" qui, à force de décentralisation et de "principe de subsidiarité", subsidiarise tellement que l'énergie et l'argent sont gaspillés au profit de questions subsidiaires, quand les questions principales restent inabordées.

L'Etat a garde de cesser de se défausser sur les associations dans la gestion de la compensation du handicap, sauf sur un point : quand il s'agit d'argent. Il arrive en effet que, tout à coup et sans aucune raison, notre Etat impécunieux et endetté se montre très généreux. C'est ce qui est arrivé par exemple dans le cas emblématique et déjà évoqué par moi de l'affectation de postes budgétaires, dans le cadre de la loi de 2005, au financement des "aides animalières" pour lesquelles, Vincent Michel le montre avec insistance dans son message, le mécénat des donateurs était tout à fait prêt à continuer de le suppléer, car la relation entre l'animal et la personne handicapée était sensible aux donateurs. Pourquoi, dans ces conditions, nos associations ne se sont-elles pas battues pour que les aides animalières ne fassent pas partie des manque à gagner financés par la PCH et que l'affectation de ces ressources disponibles, soit contribue à augmenter le forfait de base cécité, soit, plus directement dans les objets de la PCH, serve à financer davantage d'aide humaine ou de déplacement des personnes à autonomie ou à mobilité réduite que nous sommes ? Cette question reste un mystère pour moi, sauf à l'aborder sous l'angle de la schizophrénie, qui sert de fil conducteur à ce message.

Vincent Michel nous propose d'adhérer à la Fédération des aveugles de france, qui a un fonctionnement démocratique. Pourquoi pas ? Mais avant d'adhérer, j'aimerais savoir exactement de quoi précisément s'occupe cette association, quels sont ses objets, quel pourrait y être le poids de notre parole et de notre militantisme. Je voudrais m'assurer que le poids démocratique soit bien ce qu'il en dit. Je répète que j'ai trouvé assez grossière la manière dont il s'est contenté de démentir sans argumenter l'opinion exprimée par le Président de l'association des aveugles d'alsace Lorraine, la fédération dont je dépends, que des personnes qualifiées pourraient diversifier l'activité des ESAT. Vincent Michel affirme enfin que la FAF n'a pas de "trésor caché". Pour être tout à fait honnête, il faudrait préciser l'allusion ("n'a pas comme qui ?"), et plutôt dire "n'a plus" que "n'a pas". Toujours pour rester dans mon Alsace natale que j'ai réintégrée, je me souviens que feu Marcel Herbe a, il y a vingt-cinq ou trente ans (c'est loin, c'est vrai), défrayé la chronique dans des affaires assez troubles où la presse locale parlait de détournement de fonds, ce qui ne l'a pas empêché, de mémoire de devenir par la suite Président de la FAF. Alors ! que ces pratiques aient cessé, je m'en réjouis et, si j'offense à tort la mémoire de Marcel Herbe, j'en demande pardon à ses ayant-droit. Mais encore une fois, adhérer à quel titre, pour s'occuper de quoi et dans quel espoir d'être entendu à quel sujet?

Malgré mon déconstructionnisme accoutumé, je souhaite à tous et à chacun une bonne année 2012. tiens, par exemple, une année de "printemps français" qui n'ait rien de xénophobe !

Julien weinzaepflen

vendredi 16 décembre 2011

Y a-t-il un risque d'analphabétisation des non-voyants du fait de la désaffection du braille?

Petit mémorendum fait pour un designer infographiste



La voici.

L'oralité gagne du terrain au détriment de l'écrit. Disons, de l'écrit normatif. On écrit beaucoup, mais des SMS. La syntaxe en souffre un peu, l'orthographe beaucoup. Mais l'orthographe est un encodage relativement récent. Donc y perd-on tant que ça? L'image gagne du terrain, le "smile", la photo, le mail est une lettre qui n'a pas encore trouvé sa forme juridique.

L'image est toute-puissante, les aveugles n'ont pas l'image, mais la voix fait écran au braille. L'attrait de l'informatique opérant toujours, la séduction de la voix opère pour l'aveugle en substitution de la séduction de l'image. On ne peut pas, pour un aveugle, pratiquer un substitut de la méthode globale ou semi-globale, avec les exercices permettant de faire correspondre les mots aux choses, pour le plus grand dérèglement du cerveau, nous dit-on, mais pour la plus grande vivacité de l'intelligence infantile, éduquée à être primesautière. L'enfant aveugle, quant à lui, peut prendre conscience de la langue par le traitement de la voix, l'intonation, les syllabes et les retrouvailles de l'écriture syllabique et du béaba grâce à la décomposition des mots pouvant être opérée par les synthèses vocales, ceci pouvant jouer en faveur de la synthèse vocale contre le braille que l'apprentissage de l'orthographe en est plus ludique et peut mieux correspondre à des personnes dont la sensibilité tactile n'est pas assez développée, voire est incompatible avec le braille, car il faut savoir que l'on n'est pas à égalité devant la sensibilité au braille, même aveugle de naissance).

Y a-t-il perte d'autonomie intellectuelle par la synthèse vocale? Cela peut arriver si une synthèse vocale, après avoir initié à la lecture, raconte trop vite, tel un parent virtuel, une histoire à un enfant qui n'a pas appris à se la raconter lui-même en lisant à haute voix, puis à voix basse. C'est encore évident lorsqu'une synthèse vocale est atone, ce qui est très souvent le cas (voir la synthèse vocale "éloquence" dont se sert la majorité des non-voyants comme support vocal du lecteur d'écran Jaws. L'atonie de cette synthèse vocale a un effet d'autant plus pernicieux pour la prononciation du Français inaccentué de france, qu'elle a un accent québécois très prononcé. Par contre, l'atonie peut rendre de très grands services si elle est non accentuelle et par la suite, non dans l'apprentissage de la lecture, mais dans celui de l'écriture, et plus exactement, pour l'écrivain, dans celui de se donner un style. Une synthèse vocale atone et non accentuelle peut servir de "gueuloir monotone". c'était le cas de "sonolect", synthèse vocale déjà ancienne qui permettait de lire sous le système d'exploitation MSdos. Inversement, quand on est bien initié à la lecture, une synthèse vocale tonale (beaucoup d'efforts sont faits en ce sens aujourd'hui) permettent vraiment de s'approprier un livre presque comme s'il était lu "en voix naturelle" (voir par exemple l'expérience d'une bibliothèque numérique comme "le sésame" qui pratique parfois, pour un seul et même livre, un support d'adaptation numérique lisible par synthèse vocale et une autre adaptation lue "en voix naturelle".

Importance de la langue écrite.

L'importance qu'on lui accorde est certes fonction de la valeur que l'on donne au support écrit, de la manière dont on accepte la dysorthographie dans toutes les classes de la population, de la manière dont on se projette aussi par rapport à la transformation de l'écrit. Le braille est un système normatif, mais cérébral, accessible à une classe de tactiles intellectuels, qui préfèrent explorer un texte de façon rêche plutôt que d'explorer une maquette de façon panoramique. Le braille a remplacé le système anciennement inventé par Valentin Haüy, qui était plus difficile à écrire, mais offrait plus d'intérêt figuratif, dans la mesure où il était la transposition pure et simple en cire des lettres ordinaires (voir à cet égard le musée valentin Haüy rue duroc à Paris).

Dans les années 1970, l'optacon, l'ancêtre de toutes les machines à lire, reproduisait le système de valentin Haüy en mettant directement le doigt en contact avec la forme des lettres du "livre en noir" que l'aveugle rencontrait en promenant une caméra d'une main sur la feuille, tandis que l'autre en recevait la forme qui lui était transmise par pizzoélectricité, d'où un contact direct de l'aveugle avec la forme de la lettre "en noir", mais un contact plus désagréable encore que ne peuvent l'être les picots du braille pour des personnes au toucher peu sensible.
En quoi le Braille demeure-t-il l'appropriation de l'écriture par les aveugles ?

Etrangement, beaucoup de voyants qui le voient pour la première fois l'identifient au morse et à un code secret relativement rébarbatif, ce qu'il est en réalité en grande partie, dans la mesure où il est totalement déconnecté de toute espèce d'imagerie. Il suppose et développe une grande capacité d'abstraction qui est utile à l'intériorisation d'un texte. Il est même une sorte de double abstraction puisqu'intrinsèquement fermé à l'image dans la mesure où il ne saurait reproduire la forme des lettres ordinaires sans créer de dichotomie entre la facilité de sa lecture et la difficulté de son écriture, il ne saurait, même de manière lointaine, évoquer un pictogramme, comme les lettres de notre alphabet en ont gardé une trace inconsciente, et rend donc impossible toute visualisation. Double abstraction interdisant la moindre visualisation, le Braille accentue le cloisonnement de l'aveugle dans son aperception visuelle, en même temps qu'il enracine l'aveugle dans l'appropriation maximale de l'écriture, en tant que l'écriture, si elle est trace du pictogramme, est constituée par la différenciation par excellence du signifié avec toute image à laquelle puisse renvoyer le signifiant. Le braille est donc particulièrement propice au symbolisme et, après le passage inévitable par les tâtonnements de l'ânonnement, à l'appropriation de la lecture à voix basse, de "la lecture silencieuse" (cf Roger Chartier). Mais il est permis de se demander si le braille ne favorise pas par trop l'esprit symbolique, voire l'onirisme de l'aveugle qui n'est que trop porté à vivre dans son monde, à travers l'appropriation d'une écriture rêvée à outrance.

Le braille et le vocal sont donc loin de se faire concurrence. D'autant que l'excès de cérébralité, de désincarnation visuelle et de symbolisme que véhicule le braille, le rend souvent répulsif aux aveugles tardifs, qui ont gardé un souvenir visuel ou qui seraient restés, envers et contre tout, des esprits visuels.

Si de nouvelles classes sociales apparaissent du fait de la concurrence des apprentissage au sein des déficients visuels, cela ne tient pas, cette fois, à à l'acquisition ou non du Braille, mais au fait que le braille avait l'énorme avantage de représenter un système normatif simple et peu onéreux alors qu'aujourd'hui, existent de grandes disparités au sein des déficients visuels, selon leur appareillage ou la manière dont ils sont équipés, la disparité de ces équipements, leurs possibilités d'accès à ceux-ci, qui rend très difficile d'évaluer à quel niveau de savoir et d'accès au savoir en est arrivé chacun, et qui rend également très délicat d'échafauder des modules de formation homogènes et progressifs pour tous.

le livre numérique est un avantage par le gain énorme de volume que cela représente et par le fait que le braille papier semble malgré tout relever d'un combat d'arrière-garde, mais si et seulement si l'on arrive à endiguer la disparité des classes sociales émergentes entre une élite de déficients visuels très équipés et de quasi analphabètes sous-informés, disparité induite par l'inégalité des aveugles devant le traitement numérique, qu'avait favorablement corrigée antérieurement l'égalité des aveugles devant le braille, non égalité de sensibilité, mais d'accessibilité à ce support écrit.

"- Quelles autres formes tactiles seraient-elles envisageables pour un contact haptique?"

1. La forme du Braille étant destinée à rester statique, ou plutôt le braille étant relativement aformel, l'appropriation de l'écriture de l'aveugle sera difficilement formelle, et pourtant il faut réconcilier l'aveugle avec la forme.

2. Ce qui peut se faire de deux manières : soit la maquette, soit des livres qui oublient le braille et apprennent ou réapprennent, d'abord en grand, puis en petit, d'abord en majuscules, puis en minuscules, d'abord en lié, puis en détaché, la forme des lettres "standard" en relief à l'usage des aveugles ; peut-être même la forme des images, dans des livres d'images, mais avec des reliefs plus différenciés, avec en bas l'explication du dessin, l'explication valant ici mieux qu'une légende. Comme éléments de relief, des matière, du bois pour un arbre ou pour un pont ; des tissus, des différences de textures, même des textures plus basiques, comme des lignes ou des points environnés de matières premières, synthétiques ou naturelles. Les vagues de la mer en torsades... graines, sable, tissu, feutrine, voire éléments de la nature... Pour un infographiste, il est nécessaire de Se poser la question de savoir si on peut inventer des composés infographiques ou des imitations de ces matières que l'on puisse aisément encoder, puis reproduire par l'impression...

La désaffection du braille est liée à son volume dans un système d'économie de papier, à son caractère peu attrayant pour qui n'en est pas connaisseur et au fait qu'il demande une grande conversion cérébrale. Le braille est informel, mais aformel. Or il peut être ludique pour qui sait l'apprendre en s'amusant, en comprenant que sa table d'alphabet est fondée sur des séries de dix combinaisons de points auxquels s'ajoutent, à chaque fois, dans la série suivante, un ou deux points supplémentaires. Que l'apprentissage du braille parvienne ou non à trouver les voies du jeu de pistes, son appropriation reste irremplaçable pour la lecture silencieuse, intérieure, introspective, c'est-à-dire pour la lecture non superficielle et, si j'ose dire, non cinématographique.

L'appropriation de l'information hypertexte a été résolue depuis longtemps, sur les seules "plages braille", ou lecteurs d'écran en braille, dont disposent très peu de non-voyants, car elles sont beaucoup plus coûteuses que les synthèses vocales, par l'adjonction de deux points au début du lien. C'est la seule adjonction de caractères avant un mot qui ne soit pas de nature à compliquer la lecture du Braille, car elle n'apporte pas une information typographique, mais seulement une information utile et "magnétique" (j'entends par là attractive), en indiquant où l'on peut opérer l'acte magique du "clic". Peut-on dire que l'invitation à cliquer est plus séduisante quand elle est lancée par une synthèse vocale ou quand elle est précédée de deux points braille ? Cela dépend vraiment du support que l'on s'est accoutumé à utiliser pour la lecture. Le "clic" séduit toujours, est toujours une invitation à l'information et au "changement de discipline". Ce qui rend ou non séduisante une voix de synthèse, outre son prix, est vraiment le cas qu'elle fait de l'intonation. Le braille est certes un support atone ; mais pour qui a choisit de l'utiliser en informatique, l'intonation est une "musique intérieure" qu'il se donne à lui-même.

L'analphabétisation qui menace les aveugles ne tient pas au danger que disparaisse l'alphabet braille, ne serait-ce que parce qu'au pire, il sera toujours utilisé peu ou prou en informatique. Le danger d'analphabétisation vient d'une trop grande méfiance vis-à-vis de la capacité d'abstraction que représente le Braille, tout comme le danger d'analphabétisation de la population des gens qui voient clair vient de la trop grande prégnance de l'image, à cette différence près que, comme nous l'avons noté plus haut, la capacité d'abstraction est double chez un aveugle, le braille développe en lui une propension à la concentration qui peut le surintérioriser et surtout attirer la méfiance cognitive des pédagogues envers cet outil d'écriture irremplaçable, dans la mesure où il pousse l'écriture à son paroxysme, dans le différenciel avisuel qu'il établit entre le signifiant et le signifié. Donc l'aveugle qui maîtrise le braille peut être le plus lettré des lettrés, comme le voyant qui ne maîtrise pas son écriture peut être le plus analphabète des analphabètes. L'aveugle ayant très tôt été initié au braille et s'y étant montré insensible, voire incompatible, ne sera jamais tout à fait analphabète, mais pourra être illettré.

Le Braille, trop rêche, linéaire, insensible et cérébral

Un extrait de ma réponse à un graphiste designer qui déplorait que, depuis 1830, aucune recherche de plaisir n'ait été faite dans le domaine du Braille.

"Ce que vous dites de l'absence de recherche de plaisir lié au braille est particulièrement vrai appliqué à la musique. Le "brailliste" musicien ne peut se figurer comment la musique est écriture, et je pense que cela le handicape dans sa manière de restituer une partition ou tout simplement de prendre plaisir à la jouer. Il agit par effet mécanique, et cela peut confiner à un certain autisme de son oreille ou de son apprentissage par coeur.

L'apprentissage du braille est, non seulement moins facile que celui des lettres ordinaires, mais, pour certains doigts qui n'y sont pas sensibles, un redoutable pensum intimidant. Donc il y a risque d'analphabétisme, oui, et probablement risque d'analphabétisme par ajout de points aux caractères existants, pour autant qu'on accepte la prémisse de Louis braille, que les six points auxquels il a réduit le système antérieur de Charles barbier, appelé "écriture nocturne", étaient la quantité tout juste nécessaire pour épouser la sensibilité des coussinets des doigts. Comment remédier à cette insensibilité relative ? Les moyens actuels d'embossage ou d'impression du braille devraient constituer une réponse relativement adaptée, dans la mesure où ce traitement informatique produit des points qui s'effacent moins. Du moins peut-on le supposer, mais il faut voir ce que deviendront ces ouvrages à long terme ! Je ne sais pas si on a le recul nécessaire. Je suis d'accord avec le fait que la reliure des ouvrages récents est particulièrement peu attrayante.

Il y a un troisième point, toujours dans le désordre, à considérer : c'est que la plupart des personnes qui ont perdu la vue tardivement ont toujours une image mentale tout à fait adéquate de ce qu'ils ne perçoivent plus par les yeux. Cela leur rend l'accès au braille d'autant plus difficile. A ce stade, on peut dire que les difficultés d'accès au braille varient selon deux séries de facteurs :

1. le fait de savoir si une personne a vu ou non, avant de perdre la vue et quelle image mentale elle a conservé de la vue dans l'affirmative. (Par exemple, est-ce que ses souvenirs visuels l'impressionnent à longueur de journée ? C'est le cas de ma compagne !)

2. le fait de savoir si un aveugle ayant vu ou n'ayant jamais vu serait plutôt à ranger dans la catégorie des auditifs ou des visuels. C'est une distinction par moi forgée, mais je crois qu'elle est assez productive. Pour farie simple, un aveugle auditif compensera assez peu par le toucher. Il visualisera peu et le braille est fait pour lui ! Un aveugle visuel recourera beaucoup au toucher et le braille lui sera d'un usage plus difficile.

Autre manière d'approfondir le même problème : un aveugle n'ayant jamais vu et à tendance auditive n'a aucune notion de perspective. Préalablement à toute cartographie, il y a donc un apprentissage à lui faire faire dans ce sens. Je suis tout à fait dans le cas d'avoir à faire cet apprentissage. Inversement, un aveugle, soit qui a perdu la vue, soit qui est de tendance visuelle, a, de façon presque innée, le sens de la perspective.

Pour en revenir à mon obsession musicale, j'avais acquis il y a quelques années (et mal rangé, selon mon habitude) un ouvrage qui expliquait la musicographie ordinaire aux aveugles. faute de l'avoir travaillé avec un voyant, je n'y ai rien compris et en ai beaucoup de regret, la matière étant difficile d'appréhension pour mon esprit abstrait et aussi peu visuel que possible.

Encore une digression : quand j'étais gamin, je rêvais d'imaginer un système qui m'aurait permis de voir un film en relief, en 2D. J'en rêve encore et crois possible de voir le jour où l'on touchera des images en relief. Je me demande si ce procédé, dans lequel personne n'a à ma connaissance fait de recherches, n'a pas plus d'avenir que l'adaptation de "bandes dessinés" ou d'ouvrages de bibliophilie en braille, car il faut bien se rendre compte que le braille est dans une situation de survie. La numérisation via la synthèse vocale le menace très sérieusement, en dépit des dysorthographies que cela va provoquer. Le braille a été très longtemps une écriture normative. C'est même en cela qu'il a été le plus original. Cette normativité est en train de perdre du terrain.

Peut-être faudrait-il inventer une table générique et normative des objets dans la fabrication d'équivalents "bandes dessinées" en braille. Mais du coup, les objets perdant toute forme et devenant de purs symboles de légende, demeureraient-ils encore des objets? Mais surtout, comment inculquer la notion de perspective à quelqu'un qui n'a jamais vu la verticale de ses yeux?"

Peut-on être rétrospectivement contre la loi de 2005?

Dans un précédent message, j'avai déjà critiqué ma question en disant que, certes, les questions rétrospectives n'ont pas de sens et qu'il en va de celles-ci comme de ces sujets de dissertation historique où l'on se demande si tel événement aurait pu être évité. Pour avoir été un jour pris au piège d'un tel sujet, je me souviens que celui qui l'avait posé, en marge de sa correction, avait regretté qu'aucun de nous, qui nous étions donnés du mal à le traiter, n'avait remarqué qu'il était absurde, puisque l'événement, sur lequel nous avions à disserter, avait eu lieu. Or je n'ai jamais été convaincu par cette prétendue absurdité d'un sujet rétrospectif, étant entendu que ce n'est pas parce qu'un événement a eu lieu qu'il était inévitable.

Ici, la pertinence de la question me paraît justifiée par le préalable qui a raisonné comme une antienne avant toutes les interventions des militants associatifs aussi bien que politiques :

"Certes, il est incontestable que la loi de 2005 a été un très grand progrès, mais, dans le domaine qui m'occupe", et suivait une litanie de complaintes qui expliquait qu'elle avait été une catastrophe dans ce domaine. Or, comme cette antienne a été répétée à peu près dans tous les domaines, j'en suis arrivé à la conclusion très logique que cette loi a été une catastrophe dans tous les domaines, mais qu'oser le dire relève du tabou et que, pour éviter de transgresser un tabou, on prend la précaution oratoire d'excepter la catastrophe qu'a été l'application de la loi de 2005 dans son seul domaine particulier d'intervention, lequel s'ajoutant à tous les autres, la catastrophe est générale.

On pourrait m'objecter que ma conclusion n'est pas objective, je confirme. J'ai un très mauvais souvenir de la manière dont nous a été présentée la loi de 2005. Non qu'elle n'ait fait l'objet de comptes rendus très circonstanciés et fréquemment mis à jour par Philippe chazal, le Président de notre confédération, notamment dans "le Louis braille". La discussion de cette loi nous était également expliquée dans ses soubassements sociologiques, à travers l'explication qui nous fut donnée par Michel gouban, de l'évolution de la perception de la notion de "handicap" en termes de "situations incapacitantes" susceptibles de "stratégies de compensation". Dans un numéro antérieur, nous étaient donnés quelques extraits du rapport qu'avait publiée la commission parlementaire présidée par vincent Peillon qui dressait un état des lieux des problématiques posées par la déficience visuelle et ses diverses formes de compensation. Auparavant, du sein de nos milieux, via la fréquence FM parisienne que le CSA avait allouée pour six mois sous la responsabilité d'Hamou bouakkaz, s'exprimaient des revendications dont on se demandait où elles finiraient. Signe de l'absurdité qui rôdait et de l'incompréhension majeure des pouvoirs publics, cette antenne avait été théoriquement consentie par l'autorité octroyant les fréquences de la bande FM pour permettre, par l'intermédiaire de la radio, aux aveugles de se familiariser à l'euro, ce qu'on ne peut faire que sur pièces.

En un mot, nous professions un discours où émergeait une conscience syndicale, corporative, revendicative, que la léthargie qui avait couvé cette conscience comme une belle aux bois dormant excusait sans doute de vouloir tout dans le désordre, sans distinction ni priorité ; mais cette boulimie revendicative apparaissait dans un contexte, aidée par lui ou le servant, où l'Etat voulait faire des économies en réduisant la compensation personnelle du handicapsous couvert de se montrer plus incitatif ou exigeant quant à l'accessibilité de la société aux personnes handicapées, de l'emploi au bâti. La perspective a bien évidemment enivré ceux qui étaient associés aux discussions et ont cru aux intentions de l'Etat en oubliant de consulter leur base. Ils ne manquaient pourtant pas de l'informer, mais ne lui donnaient que des mots d'ordre pour les soutenir, sans jamais lui demander son avis.
Or cette base était plus circonspecte et moins enthousiaste, si je mesure sur moi. Elle sentait confusément que l'adéquation entre des revendications qui enflaient toujours, et un désir d'économies de l'Etat qui se masquait sous des intentions d'accessibilité irréalisables, ne pouvait que lui être défavorable en créant des relations incestueuses entre l'Etat, qui n'avait pas renoncé à se défausser sur des associations, "gestionnaires du handicap", et la confédération des principales de ces associations, dont le Président se voyait en rougissant donner le titre de "monarque incontesté" ayant toujours son "rond de serviette, veuillez noter, grégoire", à la table des négociations, sans que lui ne proteste ni que la base ne conteste, se demandant, dans une consternation gênée :

"Philippe, qui t'a fait roi ?" (NDLR: Cette remarque fait référence au fait qu'inaugurant les Etats généraux de la déficience visuelle, la ministre roseline Bachelot-Narquin prétendit que Philippe chasal, Président de la CNPSAA (confédération Française pour la Promotion sociale des aveugles et amblyopes, était considéré comme un "monarque incontesté" et qu'il aurait toujours son "rond de serviette" dans les négociations à venir, priant son chef de cabinet, grégoire-François daindy, de bien noter ceci. La ministre concluait en faisant allusion à l'amitié dont elle croyait pouvoir dire que Philippe chazal en avait pour elle, ce que celui-ci confirma d'une approbation discrète.)

Mais ne sombrons pas dans la démagogie de ne pas dire son fait à la base et de ne pas regretter que, tandis que les organisateurs de ces Etats généraux lui ont demandé de bien vouloir leur en faire un "retour", elle ne se sent pas un devoir de leur en donner un "ressenti", pas même un devoir dicté par la politesse et le savoir-vivre. A ce jour, nous ne sommes que trois, sur cette liste (NDLR: la liste préparatoire à la discussion sur les affaires sociales), qui a pourtant ardemment agité des idées fortes, à leur avoir donné satisfaction.


Bon, mettons que ma question rétrospective sur le bien-fondé de la loi de 2005 ne soit que l'effet de ma frustration de ne pas avoir été consulté lors de son élaboration. Mettons encore que, si nous, déficients visuels, y avons perdu des billes, cette loi a été positive pour d'autres catégories de handicapés dont les malades psychiques, désormais éligibles à l'AAH. Comment mesurer l'impact de la maladie psychique, à l'analyser du simple point de vue de la déficience ? On peut discuter de cela ; est-ce à dire que les parents d'enfants autistes ont vu la situation de leurs enfants s'améliorer notablement, tant aussi longtemps qu'ils sont en âge scolaire ou vivent sous leur toit que par la suite ? Est-ce que les places dans des établissements spécialisés ne sont pas comptées pour des parents en ayant fait la demande et souhaitant qu'avoir un enfant autiste ne les empêche pas d'avoir une vie après cette épreuve, si ce n'est simplement de ne pas envisager de disparaître sans que leur enfant soit pris en charge ? Est-ce qu'en dépit de l'audience inespérée du film "Intouchables" , qui abonde dans le cliché du handicapé forcément issu d'un milieu favorisé, les tétraplégiques bénéficient de ressources suffisantes pour accéder à l'aide humaine dont ils ont besoin ? Le simple côtoiement dans la manifestation du collectif "ni pauvres, ni soumis", ou la simple connaissance de personnes ayant à faire face à de telles situations nous permet de répondre par la négative. La loi de 2005 n'a pas non plus résolu leurs difficultés.

Mais, pour sortir d'une évaluation subjective, je voudrais m'en rapporter à l'exposé que nous a fait, à la fin de notre dernière table ronde, notre "grand témoin", M. Patrick GOHET, Inspecteur Général des Affaires Sociales, Président du Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées et ancien Président de l'UNAPEI. Cet exposé, qui était beaucoup plus préparé que la simple réaction spontanée qu'il nous promettait, nous fournit des outils d'analyse précieux, à l'aune desquels on peut se permettre une évaluation assez précise de la manière dont la loi de 2005 a ou non atteint ses objectifs, mais encore de la pertinence de ceux-ci.


M. gohet, au-delà des trois grandes aspirations majeures qu'il a énumérées comme étant celles de tout citoyen, "la sécurité, la liberté et la dignité", a identifiétrois objectifs que la loi s'était fixée, dont c'est trop peu de dire qu'elle ne les a que partiellement atteints.

1. Le premier d'entre eux était la simplification. S'il faut confirmer régulièrement à la MDPH qu'un enfant est toujours trisomique ou toujours tétraplégique, cela n'a pas changé non plus pour les aveugles, et nous l'avons relevé dans ces travaux préparatoires. De plus, "les équipes pluridisciplinaires", dont on nous promettait qu'elles seraient plus compétentes et moins administratives que celles de la COTOREP, ne font en réalité que compliquer l'instruction individuelle des dossiers des personnes handicapées en général. Sans compter qu'au-delà de ces "équipes", nous apprenons que les conseils d'administration des MDPH seront bientôt presque exclusivement composés de leurs financeurs.

2. La Maison départementale des Personnes Handicapées (MDPH) devait être garante du deuxième objectif qui était celui de la proximité.

a) Sa première mission est d'accueillir. Or certaines ne sont même pas accessibles.

Pour lancer une pierre dans notre jardin, nos associations sont elles aussi de moins en moins accueillantes et accessibles. Pour preuve, la médiathèque de l'AVH (Association valentin Haüy) est quasiment inutilisable sans l'aide de tierces personnes accompagnatrices, ou sans monopoliser les bibliotécaires, qui ne sont souvent pas formés aux machinnes dont ils sont censés apprendre à se servir ceux qui voudraient bien les utiliser. Le hall d'accueil de l'AVH est large et rectangulaire, entouré d'un grand nombre de portes vers lesquelles le personnel d'accueil nous dirige à la voix, sans que, si nous ne savons pas précisément où se trouve le lieu de notre rendez-vous et pour peu que celui-ci se situe dans les étages, nous puissions nous y rendre, sauf à rencontrer une bonne âme qui nous y conduise. Le "self" qui sert de cantine au siège parisien de la rue Duroc est certes accueillant et se veut peut-être une préparation à ce que les étudiants du CFRP (Centre de formation et de reclassement Professionnel) rencontreront dans l'entreprise, mais il n'a d'un "self" que l'aspect formel, heureusement que des serveurs ont l'habitude de placer ceux qui y viennent pour la première fois, et un "self" doté de tout petits plateaux n'est pas nécessairement ce qu'il y a de mieux adapté pour une clientèle aveugle. Au magasin de l'AVH, le temps des vendeurs est compté et les queues sont interminables. Pour avoir fait récemment l'acquisition d'un Milestone 386, j'ai bénéficié de la démonstration très compétente d'un vendeur de qui, quand je lui ai dit que nous pourrions nous isoler pour nous asseoir, ne pas parler derrière un guichet de manière à en faire profiter tout le monde, je me suis entendu répondre qu'il n'en avait pas le droit, la procédure ne le permettait plus. Les parents ou les accompagnateurs de personnes venant de perdre la vue qui prennent contact avec le service du matériel spécialisé ne bénéficient pas d'un acueil particulièrement chaleureux, les agents commerciaux ne les distinguent pas de leurs autres clients et leur prodiguent des explications à peine plus élaborées.

b) La seconde mission des MDPH est d'informer. M. gohet nous rappelle que les MDPH devraient être en mesure de nous dire quels sont nos droits, quelles sont les adresses utiles, les procédures qu'il faut suivre, etc. Or on est loin, en entrant dans une MDPH, d'avoir l'impression de se trouver dans un centre de ressources où l'on puisse espérer avoir affaire à un guichet unique. Dans le meilleur des cas comme à Paris, les MDPH sont dotées de plateformes d'accueil. A ce stade, on ne voit pas très bien ce qui distingue une MDPH d'une COTOREP. D'autant qu'il n'est pas du tout certain que la proximité soit un facteur de simplification, un objectif prioritaire de la loi de 2005 peut donc en desservir un autre. Car enfin, la décentralisation, non seulement du lieu d'instruction des dossiers, mais du lieu de détention des budgets, peut rendre l'instruction des dossiers fonction des budgets départementaux, et l'application de la loi variable d'un département l'autre, non seulement pour peu qu'un département invoque qu'il n'a pas reçu la péréquation des financements qui lui sont nécessaires à la satisfaction de ses obligations légales, mais, plus arbitrairement, pour peu qu'il conteste lesdites obligations au gré des baronies locales, attitudes contre lesquelles on peut certes opposer un recours, mais avec l'espoir d'obtenir réparation dans quel délai ? Pourquoi les départements se gêneraient-ils pour ne pas appliquer la loi, du moment que l'exemple vient d'en haut et qu'il nous a été répondu le plus tranquillement du monde au cours de nos assises par la ministre en personne que l'abolition des "barrières d'âge", qui est certes inscrite dans la loi, n'était plus qu'une priorité, dont elle nous donnait à entendre qu'étant donné le caractère "impécunieux" de notre etat surendetté, elle serait ajournée sine die ?

Mais rétropédalons de l'application de nos droits à l'information que nous avons sur eux et faisons un nouvel aller-retour de la MDPH à nos associations pour, en balayant devant notre porte, voir dans quelle mesure elles nous informent. Je dois dire qu'il aura fallu que je sois venu (presque par hasard) aux Etats généraux de la déficience visuelle pour que j'apprenne qu'en dépit de la non rétroactivité de l'ACTP pour ceux qui en ont obtenu le droit avant que la PCH ne devienne la nouvelle norme, il faut que je certifie par une lettre séparée, dans le dossier de renouvellement de mes droits, que je souhaite continuer à bénéficier de l'ACTP. Encore ne sais-je exactement comment formuler cette lettre ni à qui l'adresser, ni quel article invoquer, ni dans quelle case du formulaire spécifier de rechef le souhait de mon maintien à mon affiliation d'origine, ni si le certificat médical qui y est attaché doit toujours être rempli par un oftalmologue ou peut l'être par mon médecin traitant, ni comment le médecin doit répondre aux questions, dès lors que les critères d'évaluation se sont étendus. Nous nous plaignons assez souvent de ne pas avoir accès aux informations culturelles sur la vie dans nos villes ou régions, mais nous pourrions en dire autant de nos droits sociaux, qui engagent davantage notre vie quotidienne.

c) Puisque le pli est pris de faire des allers-retours, nous entendons maintenant dire par M. gohet que la MDPH où nous retournons a aussi pour vocation de prendre connaissance et d'évaluer avec nous notre "projet de vie". Je dois dire que cette notion de "projet de vie" est de toutes celle que j'ai le plus de mal à souffrir.
D'abord, c'est souvent une ineptie pratique. Pour m'être maintes fois entretenu avec des éducateurs spécialisés travaillant dans le secteur du handicap mental, cette évaluation permanente leur fait perdre un temps fou, les oblige à tout justifier, y compris les actes les plus simples de la vie d'un jeune, fait qu'ils doivent se placer dans une dynamique de progrès lors même qu'ils savent que le progrès n'est possible qu'à dose infinitésimale ou que la pathologie est dégénérative, et que tout ce travail de synthèse qu'ils fournissent afin qu'il puisse être analysé au cas par cas par les "équipes pluridisciplinaires" qui ne voient jamais les jeunes, non plus qu'elles ne nous voient jamais, en fait de mieux prendre en compte des besoins personnels, réduit les personnes à un ensemble de "savoir-faire" et de "savoir-être", ne veut absolument plus en faire des élèves, des résidents, encore moins des usagers ou des patients, mais des clients, ce qui a pour corrolaire que, de même que les jeunes sont évalués par un questionnaire qui confine au "contrôle qualité", à plus forte raison, les établissements où ils sont "pris en charge" font-ils, eux, l'objet, de "démarches qualité" qui ne se cachent pas de l'être.

Mais, au-delà de l'ineptie pratique qu'il y a, pour des publics particulièrement en difficulté, à construire des "projets de vie", un "projet de vie", s'il n'est pas une ineptie théorique, du moins relève-t-il d'un préjugé existentialiste selon lequel il ne saurait y avoir de vie qui ne se justifie par un projet. Si l'on pousse la logique jusqu'à son terme, dans nos sociétés qui ont aboli la peine de mort, une vie sans projet est une excroissance injustifiable et susceptible de mort civile. Pour un peu, on ne rétablirait pas la peine de mort pour ceux qui n'ont pas de "projet de vie". du moins pourrait-on impunément les frapper de "mort civile" et d'ailleurs, c'est ce qu'on fait : il y a un million de majeurs protégés en france, ce qui, en forçant à peine le trait, est dire qu'il y a un million de plus ou moins "morts civils" ou de prisonniers sans condamnation pénale qui ne remplissent pas les prisons françaises dont on se refuse à augmenter les places, en dépit de l'inhumanité du système pénitentiaire français, inhumanité dont il n'est jamais dans les prérogatives du secrétariat d'état aux droits de l'homme, quand il y en a un, de la mesurer : ce secrétariat d'état facultatif est toujours rattaché au quai d'Orsay et mesure les manquements aux droits de l'homme dont se rendent coupable les pays étrangers, cependant que la france est régulièrement condamnée par l'ONU, le conseil de l'europe et même les observatoires des droits de l'homme américains qui n'ont certes rien à lui envier, pour ses atteintes aux droits humains de ses détenus : on n'a pas encore avisé, manifestement, ces organisations des atteintes aux droits de nos "majeurs protégés".

(NDLR: évoquer le régime des tutelles comme une mesure pénitentiaire et comme une "peine de mort civile" ne signifie en rien que l'on soit partisan du rétablissement de la peine de mort, comme un de nos lecteurs a cru voir dans cette manière de poser le problème de la protection des majeurs et de la valeur absolue de la vie indépendamment de tout projet s'y rattachant, un "sous-entendu politique malveillant".

Je ne peux pas souffrir la notion de "projet de vie" parce que, bien qu'elle se place dans une "logique d'inclusion" qui se voudrait apparemment généreuse, la sémantique attirant tout dans le giron de ce qu'elle signifie, le contraire de l'inclusion, c'est l'exclusion ; tout comme le contraire d'une personne pitoyable, qui a pitié, c'est une personne impitoyable. Notre loi de 2005 est une loi d'inclusion ; or elle a probablement favorisé l'exclusion, et personne ne s'insurge que notre société se reconnaisse des "exclus", comme si ce n'était pas une deuxième façon pour elle de les mettre à la poubelle, parmi ces "déchets" (elle n'oserait plus appeler des hommes ainsi) dont elle fait le "tri sélectif" avec l'aide de sa "machine à papier", de sa machine à compresser les personnes en savoir-faire et savoir-être, de sa machine à recycler ou à réinsérer, qu'est l'administration, du jeu de laquelle est loin d'être sortie l'approche pratiquée par les MDPH et ses "équipes pluridisciplinaires" qui, ne voyant jamais ceux dont elles instruisent les dossiers, ne sauraient les connaître et entretenir avec eux des rapports de proxmité ; et qui, si, par extraordinaire elles les voyaient, seraient bien en peine d'échafauder avec eux des "projets de vie", pour autant que l'on ôte à cette expression sa charge dangereuse pour la valeur absolue de la vie, parce que ces "équipes pluridisciplinaires" sont avant tout, sont plus que jamais, au service d'une administration qui a eu beau créer, à travers la CNSA (caisse Nationale de Solidarité et de l'autonomie), une cinquième branche de la caisse Primaire d'assurance Maladie dont pas même la moitié n'a été dédiée aux personnes handicapées : cette caisse représente, de mémoire, à peine le triple de l'aide Médicale d'etat, donc est fort peu dotée, et satisfait désormais des besoins que le mécénat était prêt à continuer de combler, comme le financement des "aides animalières" ; l'etat se disant quant à lui hors d'état de tenir ses promesses, non seulement de supprimer les "barrières d'âge" pour l'attribution de la PCH, mais, ce qui est impossible dans les coupes drastiques que l'on pratique dans la fonction publique, de doter les MDPH d'un nombre d'employés suffisant pour qu'elles puissent véritablement être en lien avec les personnes handicapées ressortissant de leur juridiction départementale.
(NDLR

1. Faire une allusion sémantique à l'ancienne expression injurieuse de "déchets de la société" n'est certainement pas regretter sa disparition, ce qui se tire en toute logique du fait que l'auteur de ces lignes abhore le terme d'"exclusion" et croit voir sous "le tri sélectif des déchets" une apologie de "la sélection naturelle" et, à travers la poursuite des citoyens dans leurs moeurs les plus intimes et domestiques, les germes totalitaire d'une intimidation de l'homme sous couvert de sauver la planète.

2. Evoquer le fait que la CNSA soit dotée d'à peine le triple de l'aide Médicale d'etat, ce n'est pas se prononcer contre l'aide Médicale d'etat, cet exemple n'ayant été choisi que parce qu'au cours de notre table ronde, Marie-christine arnotu l'avait bien sûr évoquée en chiffrant elle-même son coût à 600 millions d'euros, chiffre qu'elle voulait faire claquer comme exorbitant auprès de son auditoire, alors qu'il est naturellement dérisoire en matière de dépense sociale ou comparé au "trou" de la sécurité sociale et au non recouvrement par l'etat des créances sociales dont sont redevables envers lui beaucoup de grandes entreprises.
Nous croyons avoir dissipé deux autres "sous-entendus politiques malveillants" dictés par la "haine" et dénoncés par notre lecteur, qui nous aura manifestement mal compris).

On peut donc oublier "la proximité" promise par la loi de 2005, et cet objectif ne pourra pas aller en progressant, comme s'en berçait encore d'illusions M. gohet au début de son intervention, en regrettant que tous les objectifs assignés par la loi, notamment aux MDPH, n'aient pas été atteints.

3. Nous avons déjà relevé que l'objectif d'équité, qui s'associait à celui de la simplification et de la proximité, et qui voulait éviter les inégalités de traitement entre les départements, a été entravé par la décentralisation, les dépenses de la PCH (Prestation de compensation du Handicap) en termes de ressources allouées aux personnes ne relevant apparemment pas de la CNSA, mais restant à la charge des Conseils généraux.


Aux trois aspirations dominantes à l'origine de la loi que sont la sécurité, la liberté et la dignité (nous noterons au passage que la sécurité devient le premier des droits de la personne handicapée, en quoi celle-ci se distingue encore des autres citoyens pour des raisons qui ne se justifient que par la pathologie, l'incapacité ou la déficience, mais différence qui nuit en tout cas à la citoyenneté à part entière revendiquée par ailleurs par la personne handicapée), la loi a voulu répondre par une simplification qui complique, une proximité qui favorise l'inégalité de traitement, contrairement au troisième objectif d'équité qu'elle s'est fixée.

Par ces trois "aspirations"-horizons et ces trois "conditions"-"objectifs" cette "loi de société" a voulu apporter trois réponses :

1. Le handicap ne devait plus être traité comme une "question à part", mais être envisagé "a priori", avant qu'il ne concerne tout ou partie de la société qui, à travers le cours de la vie des individus qui la composent, passerait par des phases de "handicap", de maladie, de dépendance. Or, là encore, sous l'intention généreuse, une idée souvent vraie, souvent, mais pas toujours ("répondre à la question du handicap, c'est faire progresser les conditions d'existence de l'ensemble du corps social, cf l'exemple des plateformes du bus emprntées par les personnes handicapées comme par les personnes âgées ou les femmes avec une poussette"), se mêle à deux aberrations :

a) Il faut traiter un problème quand il se pose. A le traiter a priori, on dépense des sommes faramineuses pour une "guerre à l'autonomie" qui ne sera jamais gagnée. Qui ne sera jamais gagnée, parce qu'on ne pourra jamais rendre tout accessible à tout le monde. Il faut donc prioriser les accessibilités aux besoins de ceux pour qui elles sont les plus urgentes. Mais qui ne sera jamais gagnée non plus, parce que telle solution qu'on mettra en oeuvre pour l'autonomie du plus grand nombre ne saurait convenir à toutes les "personnes à mobilité réduite", souffriraient-elles du même handicap. De là, le désarroi du "contribuable municipal" devant le fait que celui-là même pour l'autonomie de qui on a dépensé tant d'argent, a encore besoin de son aide ! De là, le gain en isolement de celui que les "balises d'autonomie" ne rendront jamais tout à fait autonome. Et que dire de la personne handicapée qui, cette guerre de l'autonomie, choisit de ne pas la livrer ? Ne devrait-on pas, en bonne équité, la sanctionner ? A partir de quand l'etat déclarera-t-il la chasse ouverte contre cette personne accusée de faire preuve de mauvaise volonté, comme il a déjà commencé de faire la chasse au pseudo ou au vrai faux chômeur ?

(NDLR: dire que cette chasse à ceux qui déclarent forfait au combat du "handicap" est au bout de la logique de l'autonomie et de l'accessibilité tous azimuts, ce n'est pas la souhaiter, surtout quand on remet en cause le lien soi-disant intrinsèque entre "handicap" et combattivité, avis pour rappel à ceux qui, comme l'ANPEA (Association Nationale des Parents d'enfants aveugles), militaient il y a une trentaine d'années pour que le mot de "handicapés" soit remplacé par celui de "différents", tout en éditant une revue intitulée "Comme les autres", cherchez l'erreur!)

b) Et puis, ne pas traiter le handicap comme une "question à part", c'est, au nom du droit, et même de l'amour de la différence, c'est philosophiquement n'aimer la différence que si elle est invisible. C'est une sorte de tartuferie qui consiste à "cacher cette différence que je ne saurais voir" sans souffrir, moi qui ne me prévaus du droit à la différence que s'il me devient indifférent, puisque j'ai cessé de le voir, puisqu'il a cessé de me heurter le regard et de me toucher les yeux.

2. On est parti du principe que "la première cause du handicap, c'était l'inadaptation... de la cité"." A quoi bon culpabiliser la société ? la première cause du handicap, c'est une déficience fonctionnelle à laquelle il faut s'adapter de son mieux. Mais la société, se sentant coupable, se disant qu'elle était la cause, elle et non le corps qui peut tomber malade, déchoir, a fait le pari généreux qu'"il faut rendre la société accessible", "toutes les activités de la société à toutes les formes de handicap". C'et folie ! Dès lors, on est passé du pari généreux au pari impossible comme nous croyons l'avoir démontré.

3. "Une fois qu'on aura rendu la cité accessible, il faut la rendre praticable par ces citoyens-là ; et, pour la rendre praticable, il faut leur permettre d'accéder à la compensation personnelle dont elles ont besoin". Qu'y aurait-il à redire à ce qui n'est, au fond, qu'une déclaration d'intention qui n'a pas varié entre la loi de 1975 et celle de 2005, la première répondant mieux, me semble-t-il, à toutes ces intentions sans prendre tant de soin de bien les exprimer ? Oh, presque rien, sinon qu'il n'est aucune catégorie de citoyens qui ne saurait réclamer tout sans contrepartie. La contrepartie, c'est la précarisation des personnes au profit d'une meilleure reconnaissance sociale, hypothétique. La contrepartie, c'est qu'il n'y a pas de droits sans devoirs. La société nous caresse de nos droits sans nous dire nos devoirs, nous devrions nous méfier. Car enfin, sommes-nous prêts à reconnaître que nous avons des devoirs ? Sommes-nous prêts à les accomplir ? Et auparavant, sommes-nous à égalité pour les accomplir ? Si nous reconnaissons notre inégalité, les mieux lotis d'entre nous sont-ils prêts à se sacrifier pour ceux qui vivent dans des conditions beaucoup moins décentes que les autres ? Sommes-nous prêts à envisager les conséquences de nos demandes exorbitantes ? Les avons-nous mesurées pour les différentes catégories de population qui composent le kaléidoscope sociologique hétéroclite de la déficience visuelle ? Y sommes-nous prêts avant que le marché du travail ne s'ouvre effectivement à nous ? Sommes-nous prêts, nous-mêmes, à évaluer, avec ou sans l'aide d'"équipes pluridisciplinaires", mais surtout avec des sociologues à qui nous passerions commande d'une enquête et qui nous réuniraient autant qu'ils auraient avec un échantillon représentatif d'entre nous, des entretiens individuels, sommes-nous prêts à évaluer le "handicap social" que représente la cécité ou la déficience visuel ? Sommes-nous prêts à nous engager à ne faire aucune demande dont nous n'ayons mesuré les conséquences ? Sommes-nous prêts à nous concerter, du haut vers le bas et du bas vers le haut, avant toute prochaine discussion avec les pouvoirs publics ?

"Nous sommes venus pour nous organiser pour résister, disait Vincent Michel au début de nos etats généraux: nous voyons bien en gros à quoi nous devons résister, mais nous sommes sortis de notre réunion aussi désorganisés que devant. N'y aura-t-il encore que des "associations gestionnaires du handicap" ou prenons-nous la main ? comment notre confédération compte-t-elle nous la donner ? C'est peut-être à ces questions qu'il nous faut désormais répondre.

bien cordialement

Julien weinzaepflen