Surtout, ne pas faire de CNews un martyr ! - Justice au Singulier
"La liberté d'expression n'a jamais fait autant parler" est le slogan de CNews. Cela se vérifie, s'agissant de la liberté d'expression d'un milliardaire dont Philippe Bilger et Marc Ghinsberg ont beau dire que la fermeture de CNews ne résoudrait rien et qu'"Il [suffirait] de rappeler à Vincent Bolloré qu’il s’est engagé sur un cahier des charges précis en échange de la fréquence qui lui a été attribuée" (Marc Ghinsberg], la "mise en demeure" de l'ARCOM ne ferait rien à l'affaire: Vincent Bolloré l'accueillerait avec une "indifférence royale" et referait le coup qu'il a fait par deux fois aux deux commissions d'enquête qui l'ont auditionné. "Vous êtes un faiseur et un défaiseur de roi et de carrières", l'accusent les députés.
-Moi, pensez-vous! Ce n'est pas à 74 ans que j'entamerai une carrière de dictateur. Je me contente d'être un retraité à qui, bien qu'éloigné de la scène et des dîners en ville, il arrive de déjeuner avec des gens qui ont du talent et, quand je repère des talents comme Éric Zemmour, Philippe de Villiers, Cyril Hanouna ou Julien Dray, je glisse un mot à l'oreille de mes anciens collaborateurs pour, sans les commander, leur conseiller de les mettre à l'antenne et ils le font car ils ont confiance en mon jugement, tellement c'est collaboratif à CNews.
-Mais Serge Nedjara des comportements dictatoriaux avec ses salariés!
-Serge Nedjar ne pratique qu'une légitime vigilance. Comment croyez-vous qu'opéraient Alain Peyrefitte ou Marcel Jullian, sans parler de Michèle Cotta? Et je vous le donne en mille: même Delphine Ernotte cherche et raccompagne ses invités les plus prestigieux du 20h, la commission sur l'audiovisuel public à qui j'ai donné des leçons d'économie l'a révélé.
Mes leçons d'économie revenaient à expliquer au commissaires parlementaires que, pour économiser 4 milliards, le service public n'avait qu'à, non seulement renoncer aux émissions d'entertainement (voilà qui embêterait "la caste!", mais à faire comme à "CNews": se passer de journalistes. Vous les remplacez par des éditorialistes avec qui vous remplissez le plateau et vous transformez le reportage en "sujets" qui reprennent des dépêches d'agences et les mettent en images, si possible avec des images que vous pillez à dautres chaînes, ça revient moins cher.
Si vous voulez faire un micro-trottoir, vous faites comme dans les débats: vous interrogez trois pelés et un tondu, deux qui vont défendre l'opinion que vous voulez mettre en valeur et un autre qui sera d'une opinion opposée. Le deux contre un que vous installez vous permet de contrôler la pensée dominante.
-Mais vos méthodes sont immorales et nuisent au pluralisme?
-Vous ne disiez pas que François Mitterrand faisait preuve d'immoralité quand il a vendu "Canal+" à André Rousselet, l'esclavagiste des taxis parisiens qui se faisait passer pour un homme de gauche et qui a arrosé la caste de strass, de paillettes et de toute sorte de produits licites et illicites. Eh bien j'ai fait la nique à "Canal+" en la rachetant et je n'ai viré personne, je me suis contenté de dégoûter tout le monde. Ou alors j'ai promis de ne virer personne et j'ai organisé des plans de départ volontaire en mettant en haut de la pile ceux dont je souhaitais qu'ils partent les premiers.
-Ce faisant, vous avez fait un mauvais coup, M. Vincent (et je ne vous appelle pas ainsi pour vous confondre avec saint Vincent de Paul). Je ne vous parle même pas des méthodes qui étaient les vôtres quand vous avez repris "Canal": vous réécriviez les sketchs dont vous vouliez que les Guignoles s'inspirent s'ils comptaient travailler pour votre empire. Ne le niez pas, la presse lavait documenté à l'époque. Vous avez certes pris votre revanche et donné sa revanche à la droite contre une gauche monopolistique qui croyait à l'univocité culturelle en guise d'"exception" éponyme et contre François Mitterrand qui avait approprié à ses idées et à ses amis des canaux télévisuels dont disposait la France bien que lui-même ait savonné la planche des socialistes en confiant la Cinq à Sylvio Berlusconi et en facilitant l'ascension du "Cavaliere" en France et en Italie. Mais vous avez confisqué un jouet sans le confier à des hommes de l'art, là où Pierre (de) Lescure, qui travaillait pour André Rousselet, avait su repérer des génies télévisuels.
-Des génies, comme vous y allez, M. le député.
-J'y vais et je vous le prouve. Par trois exemples. Les Guignoles ont su repérer les défauts de Chirac capables de le rendre sympathique et de lui faire remporter la présidentielle à son troisième essai. Vous noterez que, pour des hommes de gauche, ils n'étaient pas sectaires. Chirac a gagné grâce aux Guignoles en 1995 et grâce au rejet de Jean-Marie Le Pen en 2002. Voilà un homme qui n'a jamais gagné sur ses propres moyens.
Ces génies ont su repérer que la caricature de Sylvester Stallone parviendrait à remporter l'élection présidentielle américaine, non pas sous l'avatar d'Arnold schwarzenegger qui n'était pas né aux USA, mais déguisé en Donald Trump, lui aussi d'ascendance germano (sic)-écossaise, comme la douche qu'il a fait prendre à la grande Amérique.
Enfin, ces génies ont imaginé avec un réalisme stupéfiant ce que devait être une conversation chez Philippe de Villiers: ses enfants réunis en ronds de flan autour de la table familiale à écouter le père vitupérer contre la République. Au Puy du Fou, vous avez repéré le talent de Philippe de Villiers et vous lui avez dit: "Fais comme à la maison." Il ne s'en est pas privé. Maintenant, c'est l'ARCOM qui veut vous priver de la vôtre et vous exproprier de celle que vous avez achetée en la dénaturant. Tel est pris qui croyait prendre... et bientôt suspendu qui croyait se faire des vendus."
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire