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mardi 28 janvier 2025

BHL et son grain de folie

Je me dissocie de Genau, mon intuitivement vénéré confrère organiste bien que je ne l'aie jamais entendu ni lui moi, il vaut mieux pour lui, quand il dit (sur le blog de Philippe Bilger, tremplin de mon exploration et de mon approfondissement du "nouveau philosophe") que cet entretien ne donne pas envie de lire BHL. À moi si et c'est sans doute le plus beau compliment que je puis faire à Philippe, car rares sont les émissions qui m'ont donné envie d'acheter des livres, surtout à moi qui dois me les faire adapter pour me les rendre acessibles, de sorte que je vais au bout de la logique improvisatoire et afirme contre BHL que l'oralité d'un auteur contient au moins autant que ce qu'il a écrit, et ne le contient pas en sous-entendus ou en voix intérieure qu'une exposition du Centre Pompidou datant de 1986 avait entrepris de restituer, mais contient l'oeuvre en parorles, en prolongements, en rythme spontané, au point que l'université devrait consacrer des thèses à étudier comment s'articulent l'oral et l'écrit chez tous les auteurs qui ont parlé après avoir écrit, répondu à des interviews et greffé sur leur livre originel des paroles palimpsestes. 

J'ai entrepris de lire BHL. J'en suis à la seconde moitié de "Ce Grand cadavre à la renverse". Écriture nerveuse, parfois somptueuse, entraînante, qui est loin de montrer que bHL "est une boussole qui indique le Sud", comme le dit bêtement Florian Philippot, mais n'en accuse pas moins ce qui n'est pas un moindre défaut: très jeune, BHL a eu des idées justes, mais une pensée de vieux. Les Nouveaux philosophes ont antéposé cet adjectif oxymorique pour cacher leur vétusté juvénile. L'énergie que BHL investit dans son style transmue en or romantique un fond tristement réaliste. BHL héroïsait et romantisait son père pour ne pas entrer dans l'aventure. Quand on n'a pas voulu faire la révolution à quinze ans, on a plus sûrement manqué sa vie que si on n'a pas de Rolex à 50 ans. BHL est un Séguéla, un publiciste de la philosophie réaliste. Son style fait rêver, sa personne fait parler, mais ses idées ramènent sur le plancher des vaches. Que tant d'énergie soit mise au service de tant de réalisme est pardonnable à l'âge qu'il a. Mais ce n'était pas un laisser-passer pour entrer dans la carrière. Puisqu'on n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans et qu'on ne peut laisser dire à personne que vingt ans est le plus bel âge de la vie, vingt-huit ans, l'âge où BHL a publié "la Barbarie à visage humain", n'est pas l'âge d'être réformiste en chantant "On the road again" pour se donner des airs de Jack Kerouac à qui il a consacré un de ses blocs-notes du "Point" comme s'il en avait été le compagnon fidèle."

"La Femme de trente ans" dépeinte par Balzac en aurait cinquante aujourd'hui. Quand il commença sa vie publique, Jésus n'était plus un jeune homme. BHL a fait le jeune homme en se disant déjà désenchanté d'un mai 68 dont il fut un des premiers à faire retomber le souffle libertaire avant que beaucoup trop d'épigones ne lui emboîtent le pas jusqu'à former une galaxie de nouveaux réacs. Hier, BHl était un jeune vieux qui tintinabulait de par le monde, comme le jeune reporter de guerre, en disant: "Calmez-vous, les gars" et en se revendiquant de la tradition des Comités de vigilance;  aujourd'hui, il a plus de souffle, mais il n'a pas changé. Il n'a pas basculé comme un vieux pêt de la gauche vers la droite. C'est un vieux jeune qui exprime avec juvénilité de vieilles idées qui n'ont pas l'intrépidité de l'avenir. La forme enjouée de ses textes écrits au cordeau, c'est sa folie qui remonte à la surface, mais elle est un peu seule. 

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