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lundi 16 décembre 2024

Bossuet, la mort, la morale et l'Image

Une discussion sur Facebook avec Mikaël Juszczyk et Gilles Kalafate autour de Jean-Baptiste comme anti-Lénine m'a donné envie de me plonger pour la première fois dans le "Sermonsur la mort" de Bossuet.

https://fr.wikisource.org/wiki/Sermon_sur_la_mort#cite_note-1

J'en dégage quelques belles formules et questions:

« C’est une étrange faiblesse de l’esprit humain que jamais la mort ne lui soit présente, quoiqu’elle se mette en vue de tous côtés et en mille formes diverses.»
L'homme vit volontiers dans l'oublie de la pensée de l'accident. Mon propre apprendre-à-mourir m’y a fait plonger dès ma prime jeunesse par sens de l'observation, compassion et pour conjurer l'échec. Mais vivre dans la pensée de l’accident entretient la morbidité, car il fait "se complaire dans le malheur d'autrui", selon une expression chère à mon père qui en faisait un trait de personnalité d'une parente très protestante, qui appelait la mort sur elle dès qu'elle fut assez vieille pour estimer avoir passé la mesure de ses jours. Elle voulait mourir vieille et en bonne santé et ne pensait certainement pas ce qu'elle disait. Mais elle était portée à pleurer et à rire dans la même minute et croyait la peine mieuxséante, car la morbidité entraîne et désire l'inaptitude au bonheur.

L'homme entre splendeur et misère: "L’homme n’est pas les délices de la nature, puisqu’elle l’outrage en tant de manières ; l’homme ne peut non plus être son rebut, puisqu’il y a quelque chose en lui qui vaut mieux que la nature elle-même, je parle de la nature sensible.

La science et la techniqu: "La science [nous permet de] pénétrer la nature et la technique l'accommode à notre usage." Grâce à elles, "l'homme a presque changé la face du monde." On l'oublie, car l'heure est à la dépréciation de l'homme au profit de la nature, après une période inverse où l'homme était tout et la nature n'était qu'au service de l'homme. Autrefois, l'homme était le but; aujourd'hui, la peur de la fin de la planète démontre que la planète est devenue la fin de l'homme et prépare la fin de l'homme au sens de Michel Foucault. La peur de l'épuisement des ressources naturelles nous fait oublier de lutter contre la faim dans le monde.

"L'homme a presque changé la face du monde." C'est un aspect de sa grandeur. "Il a su dompter par l’esprit les animaux, qui le surmontaient par la force ; il a su discipliner leur humeur brutale et contraindre leur liberté indocile. Il a même fléchi par adresse les créatures inanimées : la terre n’a-t-elle pas été forcée par son industrie à lui donner des aliments plus convenables, les plantes à corriger en sa faveur leur aigreur sauvage, les venins même à se tourner en remèdes pour l’amour de lui ?"

"Car qu’est-ce autre chose que l’art, sinon l’embellissement de la nature ? [L’homme a] quelque portion de l’esprit ouvrier qui a fait le monde. Notre âme, supérieure au monde et à toutes les vertus qui le composent, n’a rien à craindre que de son auteur."
L'Évangile et à sa suite la théologie médiévale se réjouissaient sans orgueil dédaigneux que les anges nous soient soumiset Bossuet entre dans cette émerveillement que l'âme soit suupérieure au monde, mais plus encore aux vertus qui le composent, vertus qui, si elles témoignaient de la qualité de l'âme et devaient être cultivées comme des qualités en devenir auxquelles l'âme était destinée comme elles étaient destinées à l'âme, procédaient avant tout de la hiérarchie angélique, pour les vertus cardinales et à l'exception des vertus théologales qui procédaient directement de Dieu.

Donc le chrétien ne pouvait mépriser les vertus. Pourtant Bossuet fait une remarque très fine sur la nature de la morale: "Mais continuons, chrétiens, une méditation si utile de l’image de Dieu en nous ; et voyons par quelles maximes l’homme, cette créature chérie, destinée à se servir de toutes les autres, se prescrit à [lui]-même ce qu’[il] doit faire. Dans la corruption où nous sommes, je confesse que c’est ici notre faible ; et toutefois je ne puis considérer sans admiration ces règles immuables des mœurs, que la raison a posées."
"Ce que l'homme se prescrit à lui-même" et "les règles immuables des moeurs que la raison lui a posées" désignent à coup sûr la morale. Or Bossuet nous dit que la morale est le point faible de l'homme qui se croit fort. La morale est son point faible, mais elle fait sa force.

La "[méditation] sur l'Image de Dieu que Bossuet a bien raison de décrire comme notre méditation la plus appropriéel'entraîne à dire ceci: "Dieu se connaît et se contemple ; sa vie, c’est de se connaître : et parce que l’homme est son image, il veut aussi qu’il le connaisse."

Ici, mon esprit moderne s'insurge. Pourquoi Bossuet, qui est un esprit classique, n'a-t-il pas écrit: "Le connaisse et se connaisse"? Pourquoi a-t-il entièrement biffé la première partie de l'oracle de Delphes qui forme un tout: "Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l'univers et les dieux", pour ne retenir que la seconde: il faut méditer sur l'homme, Image de Dieu, uniquement en vue de connaître Dieu dont toute l'activité consiste à Se connaître. L'esprit moderne est un esprit psychologique et biffe la seconde partie de l'oracle. Connaître Dieu ne l'intéresse que dans la mesure où cela lui permet de se connaître. Il faut tenir les deux pour tenir l'équilibre et tirer parti du cadeau que Dieu nous fait de Le connaître en nous reflétant, mais sans nous réfléchir en Lui, nous qui avons été créés dans la limite ou sommes devenus limités par nos transgressions, notre désobéissance, rébellion ou refus de la servilité. Connaître Dieu, c'est connaître un "Être éternel, immense, infini, exempt de toute matière, libre de toutes limites, dégagé de toute imperfection." 

dimanche 15 décembre 2024

Le sous-Rocard et le sous-Giscard

Justice au Singulier: Leur dernière chance...


"Tout ce qu'on est en droit de demander, de la part de ses adversaires comme de ses alliés, est qu'on le traite (François Bayrou)  comme il le mérite : gravement, sérieusement, avec respect. Sans les moindres dérision ni abaissement." (Philippe Bilger)

Je ne suis pas sûr de pouvoir y arriver.

"Il avait un passé à faire valoir pour arracher Matignon à la force de son désir..." (PB)

Il aurait voulu gravir la marche élyséenne, mais il ne doit pas être à la hauteur.

Bayrou est-il la dernière chance de Macron ou Matignon est-il pour Bayrou le moyen de faireune fin? Bayrou dont Chirac disait qu'il finirait pétant de vanité. "Je dirai que c'est bien quand c'est bien et que c'est mauvais quand c'est mauvais", résumait-il son rôle dans le champ politique. Rôle de grand parleur plus que de beau parleur. 

On peut comprendre que Macron ait hésité à nommer Bayrou Premier ministre. Il n'oublie jamais les humiliations. IL pouvait, pour la forme, lui demander conseil, on ne sait pas au nom de quelle expertise; il ne devait pas avoir oublié que le conseilleur en chef l'avait d'abord traité d'hologramme avant de se rallier à son panache blanc.  "Un reniement vaut bien un ministère", avait-il pu espérer, avant d'être rattrapé par la patrouille et la cavalerie en voulant moraliser la vie politique  en y perdant son poste de garde des sceaux.


Ministre de l'Éducation nationale, il voulait refonder l'école sur les savoirs et n'est jamais parvenu à refermer le tournant du pédagogisme. La gifle qu'il a donnée à un enfant du Neudorf lui aurait valu un blâme s'il était resté professeur. Mais "ça se nourrit de tout, la gloire." (Serge Lama) 

Ce grand pourfendeur de la dette française voulait nommer Mario Monti président de la Commission européenne, dont même Ernest-Antoine seillère disait qu'il raisonnait comme un notaire. Mais Bayrou s'est tout à coup montré cigale quand le Covid fut venu et voulut qu'on ouvrît les vannes de la dette. On n'a compté à presque rien ses notes comme commissaire au plan, où il ne s'est montré ni Henri Guaino ni Jean Monnet.

Bayrou a fustigé l'égocratie de Nicolas Sarkozy et accepte d'être le Premier ministre du plus égocrate des présidents, auprès duquel Nicolas Sarkozy fait figure de paltoquet. 

Bayrou avancevolontiers un point comun avec François Hollande: le fait de refuser que le pays se fracture. Hollande a prospéré sur le refus du clivage  que Nicolas Sarkozy aurait provoqué. Je crains que le refus de la fracturation française qu'oppose François Bayrou n'accouche d'une souris   qui nous fera ronger notre frein "du pareil au Modem", comme le titrait plaisamment "Libération". 

L'argument de Marine Le Pen selon lequel on n'avait jamais essayé le Rassemblement national commence à faire pschit. Elle a suggéré  la dissolution au président de la République et censurée sans raison Michel Barnier qui avait une autre stature que Bayrou.

Le Béarnais se donnait pour un rénovateur qui voulait chasser Chirac et Giscard. Il a accepté d'être le ministre du premier et a dilapidé l'héritage du second en volant son parti sans le faire fructifier intellectuellement ni électoralement. En 2007, il s'exclamait: "La politique de la France ne sera plus jamais comme avant" parce qu'il avait enregistré 18% des électeurs et été enfin devenu le troisième homme, là où VGE a été élu président dès sa première candidature et   a fait de ses Républicains indépendants un parti présidentiel qui gouvernait la France au centre ès étiquette et qualité. 

Bayrou est un sous-Giscard. Le sous-Rocard qu'est Macron l'a nommé Premier ministre, car qui se ressemble s'assemble. Macron aura usé les fonds de culotte des culotés de l'ancien monde en n'arrivant pas à accoucher du nouveau monde qu'il promettait. 

Mais Macron a quelque chose pour lui qui l'identifie à la France: il est fantasque. Il parvient envers et contre tout à cohabiter avec lui-même en faisant croire, par exemple, qu'il est le vrai restaurateur en chef de Notre-Dame. "Puisque non pas "Madame Bovary", mais Notre-Dame, c'est moi, vous voyez bien que le pays ne peut pas s'écrouler sous mon autorité." Et Macron continue de cohabiter avec lui-même en nommant avec François Bayrou après Michel Barnier, un autre Européen. Ils agiron "en Européens", comme il dit dans un nouveau tic de langage. Les "frexiteurs cachés" du RN en seront pour leurs frais si Bayrou dure plus que Barnier.  

mercredi 11 décembre 2024

Le peuple sous la pluie comme un déchu de Notre-Dame

Écrit à mon ami Alain Heim:


"J'ai écouté la bénédiction de l'orgue de Notre-Dame (et accessoirement le résumé de sa réouverture mis en ligne par l'Élysée) pour pouvoir répondre à ta demande. Un chroniqueur de "Radio courtoisie", Arthur de Watrigan, l'a trouvé très "criard" et la seule fausse note de la cérémonie... Un autre religieux facebookien relayé par  Charles-Éric Hauguel a trouvé que la cérémonie a davantage été tournée vers les froufrous de Jean-Charles de castelbaja et vers l'orgue que vers Jésus et Marie. L'appréciation me semble un peu dure, surtout que mgr Laurent Ulrich a remisouvertement Jésus,  Marie et les pauvres, qui n'avaient guère droit aux entrées de la cathédrale, au centre de la cérémonie. Je l'ai entendu réactiver à Lourdes, lors du Pèlerinage national auquel j'ai participé avec le colonel il y a deux ans, le concept d'"amitié sociale" et sa prédication a démontré qu'il est resté fidèle à cette belle idée. De même, il a chanté la partie qu'il devait dialoguer avec l'orgue et j'ai aimé le timbre de sa voix. Mais je n'ai pratiquement rien aimé des improvisations des organistes, sans discuter de la réussite de la rénovation de l'orgue, je n'en ai pas la compétence. Sans doute, cette restauration est-elle très réussie, le Cavaillé-coll a été rendu à son degré d'agressivitémaximale, sous la maîtrise d'oeuvre de Christian Lutz que nous avons connu à ste-Marie et qu'un documentaire a montré se comportant en inspecteur des travaux en train de se faire, qui n'avait pas la responsabilité de mettre la main à la pâte. Très bien. Mais faire chanter Dieu le Père en un crescendo qui le montrait d'une toute-puissance tonitruante tel un Jupiter tonnant 

comme on la redoutait au XIXème siècle et comme on l'a trop déconstruite au XXème ne me paraissait pas donner très envie de se tourner vers Lui. Ensuite, chanter Jésus en le rendant nasillard ne me paraissait pas non plus en donner une image très avenante. Je ne parle même pas de la vie dans l'Esprit-Saint dont l'organiste a donné l'idée la plus foudroyante et la moins rassérénante. La prière des chrétiens était incarnée par deux voix là où une seule m'aurait paru plus convenir à son unité et à une communion qui se reconstitue du fait de Jésus Lui-même "quand deux ou trois sont réunis en Son Nom". La sortie de la messe était brillantissime et avait de quoi donner des complexes à des organistes dans mon genre, mais qu'apportait-elle en dehors du sentiment de virtuosité de celui qui la jouait, s'adonnant à l'exercice académique et jubilatoire du lâcher des organistes à l'issue desmesses dominicales pour qu'ils s'éclatent à bride abattue? Je n'ai vraiment aimé que l'hommage rendu à Marie et la très brève pièce jouée à l'issue de la courte homélie qui redonnait le sens de la cérémonie. 


Cérémonie dévoyée parce que, quand on récupère Marie pour la discipliner sous les voûtes d'une cathédrale, on la reconduit au désert au lieu de s'ouvrir au merveilleux dont toute sa vie témoigne, même dans ses apparitions les plus catastrophistes et les plus controversées. J'ai le même sentiment de préfabriqué à Lourdes où la lecture conjointe des livres d'Emile Zola et d'Anne Bernet m'a donné l'impression que, pour bien cloisonner la piété populaire, on avait choisi une apparition où la Vierge en demandait le moins possible et dégageait une source dans ce qui n'était que de la boue sans produire un phénomène exagérément surnaturel, mais auquel les évêques continueraient de se montrer tellement attachés qu'ils ne se verraient pas se réunir dans une autre ville après que l'Eglise a commencé par y organiser le pèlerinage national, pour entre autres y former les beaux mariages de la bourgeoisie catholique et contrebalancer les fraternelles par  la mise en réseaux et en faisceaux du botin mondain caritatif. DostoÏevski a toujours mis en garde contre cette logique réticulaire, quand même elle se serait contentée de réunir la Russie par voie de chemins de fer, et Léon Bloy n'a cessé d'affirmer une préférence qu'il ne savait guère fonder en raison pour la Salette et contre Lourdes. L'Eglise institutionnelle s'est toujours méfiée des révélations privées, mais la Conférence des évêques de France seréunit dans une ville d'apparitions pour ne pas avoir à parler de celles dont ils ne savent ou ne veulent rien dire.


Deux questions très intéressantes ont été posées par une amie de M... La première: "Je croyais que l'Eglise était d'abord destinée au peuple. Alors comment expliquer que le peuple était sous la pluie et les chefs d'Etat dans l'église? Sans compter que je croyais aussi qu'il y avait séparation entre les Eglises et l'Etat." 


Pour notre part, l'idée qui a germé en Clément d'organiser la commémoration de la naissance de Claude Balbastre le 8 décembre 1724 en ce 8 décembre 2024 a été un magnifique clin d'oeil à ce premier compositeur de l'"orgue spectacle", qui n'en a pas moins sauvé sa peau et l'orgue de Notre-Dame  en y jouant la Marseillaise pendant la Révolution.


Ne m'en veux pas si je publie la dernière partie de cette réponse, je me suis senti emporté par ma veine pamphlétaire et comme il fauttoujours que je donne mon avis sur tout...


Amitié,


Julien"


 

Le chant de l'irresponsabilité

Justice au Singulier: Marine Le Pen, les citoyens et les analystes...


    "Un sondage (Fiducial-Sud Radio) fait après la motion de censure, place Marine Le Pen au premier tour de la future élection présidentielle, avec 36 % face à Édouard Philippe qui serait à 25 % ; et à 38 % devant un Gabriel Attal à 20 %." (Philippe Bilger)

Peut-être cet écart entre Édouard Philippe et Gabriel Attal est-il le principal enseignement de ce sondage. Édouard Philippe s'est montré un vrai Premier ministre de proximité après avoir été un élu de terrain, certes un peu propulsé par l'appareil de son parti à la mairie du Havre.  Gabriel Attal a été un homme politique en toc qui a gravi trop vite le cursus honorum selon le bon plaisir du prince qui ne l'a engagé que pour des CDD et en a fait le plus brillant des intérimaires. À force d'être rétrogradé sans plus de raison que celles qui l'avaient fait monter avant qu'il ait fait ses preuves, Gabriel Attal   a développé "un sentiment de frustration" assez légitime, qui l'a fait revenir à son tempérament atrabilaire originel et s'enférer dans de la "politicailleri" en démontrant que l'"histoire" qu'il "[avait] à vivre avec les Français" ne le transcenderait pas plus longtemps que les intrigues et les postures qu'il devrait prendre au lieu du recul nécessaire, pour exister à court terme sans avoir d'autre vocation que celle de monter toujours plus haut et plus vite sans voir plus loin que le bout de son nez et au risque de dégringoler avec le macronisme quand cette parenthèse sera refermée et signera ce qu'elle a toujours été: la dévaluation d'une bourgeoisie décadente jouant les transformistes à force de perdre ses valeurs. 


"Même si [le président] a totalement exclu récemment [de démissionner], cela n'avait pas toujours été sa position." (PB) 

Donc il peut se démettre comme il a dissout l'Assemblée. Il peut tout, car son essence est de se transformer toujours et son intelligence ne va pas jusqu'à résoudre les casse-têtes en dehors du tourbillon de mondanité dont témoigne la composition de ses gouvernements successifs, tourbillon qui s'accélère depuis l'impasse de la dissolution et qui fait d'Emmanuel Macron le plus grand pourvoyeur de ministres et de ministricules que la Vème République ait portés. J'aimerais connaître le nombre de ministres et de sous-ministres à qui il a donné un marocain avant de les faire changer de place ou de les jeter aux oubliettes de la politique, mais qui nous coûtent un "pognon de dingue" pour le restant de leurs jours, car il faut bien les dédommager d'avoir servi la République.


"Ce sondage semble démontrer qu'il faut davantage faire confiance aux personnalités publiques en lice pour demain qu'aux analystes et aux politologues." (PB) Il faudrait surtout en trouver de nouvelles. 


"Il est clair qu'avec son intuition, MLP a mieux perçu les humeurs et les désirs de son électorat que tous ceux qui, en chambre, bâtissaient des théories et concluaient péremptoirement que le vote de la motion de censure par le Rassemblement national allait lui faire perdre sa respectabilité durement conquise et décourager une part de ses militants." (PB)

Un sondage est un instantané.  Certes, la dérive de la démocratie française en pouvoir personnel donne des chances à l'opinion de ne pas se déterminer le jour J avec plus de conséquence qu'elle n'a répondu aux questions de ses sondeurs. On peut néanmoins parier que l'électorat lepéniste, qui avait longtemps nié que Marine Le Pen avait été défaite par ses deux débats un peu moins calamiteux l'un que l'autre avec Emmanuel Macron qui n'avait qu'à ramasser les morceaux de ses brisées, ne saura pas longtemps gré à sa cheffe de file, si le gouvernement des juges ne la cornérise pas, d'avoir censuré l'exécutif en toute irresponsabilité. 

Car Emmanuel Macron a beau jeu de la coiffer au poteau, avec les autres censeurs, sur l'air de "j'assume toutes mes responsabilités" (on se demande comment il concrétise cette nouvelle déclaration d'intention), "mais je refuse d'assumer l'irresponsabilité des autres." Après tout, s'il a dissout, c'est à la demande du rN et si Michel Barnier est tombé sans espoir qu'un Premier ministre à l'ancrage plus solide ne le remplace, ce sera encore parce que le RN jouera l'arbitre des élégances en le soutenant d'abord pour le précipiter ensuite du haut de la roche tarpéienne où il se fracassera le crâne après avoir consacré beaucoup de jus de crâne à contenter l'héritière de Montretout et ses affidés qui, le doigt sur la couture du pantalon, sont suspendus aux humeurs de la duègne comme "l'intuition" de celle-ci devrait la faire gouverner au gré des "humeurs" de son électorat qu'elle a respectées en censurant sans lendemain le gouvernement Barnier, de quoi nous inspirer confiance pour la suite. 

Et l'on aura beau protester que, si Marine Le Pen veut jouer les arbitres des élégances, Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise sont eux toujours inélégants  et ne veulent qu'abroger, empêcher, forcer la main et destituer à grand renfort de hurlements. Jean-Luc Mélenchon a prétendu voler la victoire du "front républicain" qu'il n'a jamais lésiné d'animer quand il s'agissait de faire barrage ou faire tomber des têtes, mais il n'a jamais prodigué un vrai discours de la méthode, contrairement aux autres partis de gauche, qui se sont certes laissés emporter dans son application de "tout le programe du NFP et rien que le programme" et dans son exigence absurde qu'Emmanuel Macron ne nomme un Premier ministre de gauche (à quel titre puisque la gauche est minoritaire), mais ils se sont néanmoins tous mis d'accord pour sortir de cet imbroglio parlementaire en décidant, comme Marine Tondelier ou Lucie Castets l'ont toujours dit,  qu'il fallait gouverner texte par texte, laisser le Parlement avoir le dernier mot et ne jamais s'imposer à coups de 49.3, au risque que la politique dont on accouche soit frappée d'incohérence, la faute à celui qui a fait couler sur son pays les eaux du déluge et qui continue de ne pas trouver où amerrir parce qu'il prétend exclure de son gouvernement des composantes du Parlement qui a de son fait adopté cette forme cahotique, comme si les uns n'avaient qu'à se contenter d'un soutien sans participation en remerciant de leur relégation quand les autres auraient si peu démérité qu'ils seraient de plein droit estampillés partis de gouvernement. 

La République inclusive s'emploie à exclure ceux qui pourraient y prendre des responsabilités sous prétexte qu'ils seraient plus irresponsables que les autres, mais la France insoumise et le Rassemblement national  n'ont pas grand-chose à envier en la matière au président de la République, qui préfère le soutien sans participation de quelques-uns à un gouvernement d'union nationale, la seule issue de ce casse-tête qui ne porte pas tant sur le nom du Premier ministre que sur la manière de faire coexister toutes les forces politiques dans son gouvernement en remettant les compteurs à zéro. 

jeudi 5 décembre 2024

Macron au cerceau

Au lendemain du #Barnierxit, Macron a certes parlé pour ne rien dire, mais surtout pour se soulager (il ne sait pas se retenir, ni garder ses matières comme un polisson*, sinon ses urines se dissoudraient) :

 

« - D’accord, j’aurais pas dû dissoudre, mais c’est vous qui avez voté de la merde. Cacapoum, cacapoum, cacaboomers, cacaboomers !

 

Je vous ai nommé un type oldscool qui n’était pas un cacamou et pouvait cohabiter avec moi, car il portait la cravate pour qu’on ne me taille pas un costar et voulait faire de l’Ancien Monde, « notre Europe », un Nouveau Monde comme un homard à l’armoricaine,  et vous l’avez laissé tomber comme un mauvais négociateur ! Pourtant, c’était pas un cacaboudin comme Élisabeth Borne, la vapoteuse. Je pardonne à Gabriel Attal, car c’est mon petit frère et il a de l’avenir.

 

J’assume toutes mes responsabilités, mais je n’assume pas l’irresponsabilité des autres et je n’ai que des irresponsables autour de moi. »

« En fait, lui glisse son surmoi, quelle est la responsabilité que tu assumes ? D’avoir creusé une dette inédite alors que tu te présentais comme le Mozart de la finance ? D’avoir détruit les institutions ou d’avoir toujours tardé à assurer la continuité de l’État en nommant tes gouvernements le plus tard possible alors que tu es institutionnellement le garant de cette continuté ? D’avoir maté les Gilets jaunes et d’entraîner l’Europe vers la guerre ?»

« Les partis que les Français ont précipités à la tête de la vulgaire Assemblée nationale ont censuré le Premier ministre que j’avais nommé comme garant de la stabilité. Moi, j’ai rebâti Notre-Dame en cinq ans. »

« Tu l’as rebâtie de tes propres mains ? »

« Ne sois pas, tel un oiseau moqueur,  mesquin avec moi, surmoi persifleur. Trump a dit que j’avait réussi l’impossible, je suis le plus franc des maçons et l’architecte de l’univers. Je partage ce succès avec les Français, mes compagnons. Je le partage et je recevrai en leur nom tous les responsables de l’univers, comme au grand jour de « Charlie hebdo » où il y avait Netanyahou que j’aurais bien invité, mais il a un mandat d’arrêt international aux trousses.   Je recevrai les maîtres du monde au nom des Français, mais eux ne seront pas là, moi j’y s’rai, nananère.

 

Et j’ai parlé dans la nef de Notre-Dame qui sera rendue « aux Parisiens, aux Français, aux catholiques du monde entier et au culte » à ma personne. J’ai parlé dans la nef, car je suis le capitaine. J’assume toutes mes responsabilités et je n’ai que des irresponsables autour de moi.»

 

Le surmoi macronien sussurre à Macron qui ne l’entendplus :  »Tu es responsable d’avoir transformé la Vème en IVème République en la livrant à l’arbitrage du Rassemblement national que tu bêtifies en l’excluant de l’arc républicain et de l’arbre décisionnel ? Il n’y a pas de soutien sans participation. »

Pendant ce temps-là, Macron joue au cerceau et à : « Ma grand-mère Manette a dit que dans le gouvernement, tu ne seras pas. »

 

LFI voit rouge de s’être désistée pour les lieutenants du macronisme et de se faire accuser de faire parti du « front anti-républicain » après s’être posée en représentants de Robespierre malgré la corruption de Sophia Chikirou.

 

Les socialistes sont élastiques comme le plastique est fantastique. Ils ont proposé un « pacte de non censure » conforme à la logorrhéemacronienne sur le « gouvrnement d’intérêt général » (on aurait cru Jean-Pierre Raffarin parlant de « gouvernement civique » en 2002 en commentant sa nominationcomme Premier ministre) : « Pourront participer au prochain gouvernement ceux qui s’engageront à ne pas le censurer », dit Macron. Hier soir, Olivier Faure parlait de pacte de non censure, mais ce n’est pas arrivé jusqu’aux oreilles du président de la République. Pourtant le PS est le seul qui fait une proposition tactique : gouverner texte par texte en n’utilisant jamais le 49-3 pour prouver qu’à défaut de pratiquer le respect des personnes, la démocratie peut être consensuelle et ne pas légiférer à gogo sous peine que la classe politique se voie bridée par un gouvernement technique.

 

Mais Macron ne se tournera pas vers le parti socialiste. Il préfère Lecornu ou Bayrou.Bayrou, le roi nu qui a traité son futur cornard d’hologramme avant de se déclarer son plus fidèle soutien. Quant à Lecornichon, il a dîné avec le diable avec une très grande fourchette chez  le Solère questeur Thierry Honnête… Aussi honnête que son colicier qui a prôné une loi sur la moralisation de la vie politique avant de devoir démissionner de son poste d’éphémère garde des sceaux pour une affaire similaire à celle qui menace Marine Le Pen d’inéligibilité pour détournement de fonds publics européens au profit de son parti nationaliste.

 

*L’enfant qui garde ses matières fécales en se retenant au risque de se constiper est un polisson, a dit en substance (sic) Sigmund Freud dans « les Trois essais sur la théorie de la sexualité ».