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dimanche 29 septembre 2024

La France et l'ONU

Je suis en train d'écouter (mes nuits sont aux écoutes!)"Affaires étrangères" sur "France culture", émission produite par Christine Ockrent. 

Une chercheuse invitée de l'émission, Chloé Morel, dit que l'ONU est l'institution la plus démocratique du monde. En principe elle a raison et ce serait vrai si l'Assemblée générale de l'oNU avait unquelconque pouvoir discrétionnaire. Mais on sait bien que c'est le Conceil de sécurité qui est le véritable organe décisionnaire, lequel  compte quinze membres dont cinq membres permanents, les "puissants du monde", matériels ou symboliques dont la France et son délire d'universalisme. 

Il est question de réformer le Conseil de sécurité pour réduire l'usage du droit de veto qui ne pourra être invoqué en cas de "crimes de masse". Les Etats-Unis, la Russie et la Chine en ont fait usage autour d'une centaine de fois. La France ne l'a utilisé quehuit fois, dont la dernière en 1976 à propos de Mayote. Selon moi, l'architecture actuelle du Conseil de sécurité de l'ONU ne tient qu'en raison du droit de veto et la France aurait dû en faire usage en 2003 après le morceau de lyrisme et de (feinte) bravoure qui a fait la réputation de Dominique de Villepin. Elle pourrait en faire usage à présent pour s'opposer aux actions révoltantes d'Israël et peser en faveur de la reconnaissance qui s'impose désormais de l'État de Palestine

mercredi 25 septembre 2024

Épilogue gouvernemental

On peut épiloguer 107 ans sur la formation du présent gouvernement issu du foutoir dissolutoire organisé par Macron qui devrait être destitué, selon la France insoumise, parce qu'il n'a pas nommé un premier ministre inféodé à celle-ci ou à son NFP qu'elle a monté de bric et de broc pour continuer d'assurer le leadership de la Nouvelle gauche plurielle. C'est sans doute une application du mandat impératif et révocatoire qu'elle a préconisé pendant la crise des Gilets jaunes et qui reviendrait à dire qu'un gouvernement ne devrait pouvoir exercer son mandat exécutif qu'un couteau sur la gorge ou être comme celui-ci "sous surveillance démocratique". Ce terrorisme politique ne désigne et ne disqualifie que ceux qui le soutiennent. La destitution de Macron n'était pas hors de saison quand les Gilets jaunes faisaient entendre une grogne sociale qui aurait dû susciter la pitié d'un État normalement bienveillant et pouvait mal finir pour le roi nu de l'Élysée compte tenu de la tradition révolutionnaire à l'oeuvre dans notre pays. Cette destitution n'est plus de saison quand la recomposition (ou la retriangulation) concerne la tactique politique et que Macron n'est pas plus irresponsable de ne pas avoir nommé la coalition arrivée en tête des élections législatives (et pourquoi pas le groupe arrivé en tête?) que LFI ne l'est d'avoir préféré, par atavisme anti-fasciste, le néo-libéralismeaux reliquats du fascisme. Entre deux maux, LFI a-t-ellle vraiment choisi le moindre? Si Macron devait être destitué pour une raison constitutionnelle, c'est qu'en prenant un temps interminable pour choisir un premier ministre, lequel à son tour a pris un temps interminable pour former son gouvernement, il n'a pas assuré la continuité de l'État.

Je tire personnellement deux autres leçons de la "séquence" tant qu'à épiloguer sur elle. La première est qu'on gagne tellement peu à "faire barrage" ou à gouverner contre que, dans le cas d'espèce, Olivier Faure a eu raison de dire que "le gouvernement Barnier est sous la tutelle du Rassemblement national" qu'un front républicain a voulu évincer a priori de l'exercice du pouvoir. C'est-à-dire qu'il est à la merci de celui à qui il a voulu barrer la route. Encore ne la lui a-t-il barrée que parce qu'il ne supportait pas l'incarnation de ses idées. La France, fille aînée de la représentante de la religion du Verbe incarné qui a coupé des têtes le jour où elle a tourné le dos à cette religion et qui a constitutionalisé l'infanticide in utero, cette aspiratrice d'âmes se spécialise à présent dans l'érection d'épouvantails, en contradiction totale avec l'esprit de la religion de l'Incarnation dont le Verbe a préféré être crucifié plutôt que de diaboliser des personnes. En France, on peut désormais gouverner sous la tutelle du Rassemblement national, avec l'assentiment et les idées de celui-ci pourvu qu'on gouverne sans lui. Par exemple, on peut menacer de faire un moratoire sur l'immigration sans même proposer de convoquer un référendum sur l'immigration, on peut envisager de supprimer l'aide médicale d'État ce qui est ignominie, pourvu que ce soit sans le concours actif du Rassemblement national qui aplaudit à cette forfaiture, sa xénophobie l'emportant sur son europhobie et sa fibre sociale, en quoi LFI, qui s'illustre de son côté par la violence politique qui ne saurait se limiter à la violence verbale, ne s'est pourtant pas trompée, il faut le reconnaître.

Mais encore? La tradition évangélique à laquelle s'est longtemps référé notre pays au cours de son histoire nous apprenait que ni le "oui" ni le "non" n'était d'essence diabolique et que seule la tergiversation et partant le compromis portait à compromission avec cette détestable instance. Michel Barnier est un représentant du compromis permanent. C'est pourquoi Macron l'a choisi en s'imaginant qu'il pourrait résoudre avec lui le chaos qu'il avait lui-même provoqué. Or la pratique du compromis sacrifie l'humanisme européen plutôt doux aux étrangers sur l'autel de la tactique qui oblige à ne pas s'aliéner les suffrages du parti xénophobe pour durer un peu à la barre de l'État français (sic). L'alignement des planètes fait que Barnier n'aura aucun mal, en se référant à ce que fait la sociale-démocratie allemande, à nous offrir le pire de l'Europe: une europe unilatéralement anti-migrante, mais aussi soutien inconditionnel de l'Ukraine dans une escalade vers une guerre nucléaire dont le risque n'est pas chimérique. L'"Europe pour la paix" a tourné belliqueuse, mais elle cherche querelle à géométrie variable. La nouvelle commission européenne a nommé un commissaire dédié au soutien à l'Ukraine, elle n'en fait pas autant pour protéger le droit des Palestiniens ou des Libanais. Car enfin Netanyahou ne vaut pas mieux que Poutine, s'il ne vaut pas moins bien et si son pays n'a pas révélé au bout de soixante-quinze ans d'existence qu'il n'a jamais été qu'un obstacle à la paix au Moyen-Orient depuis qu'il a été porté dans la douleur sur les fonds baptismaux onusiens, quand la Russie se contente de refuser que son ère de civilisation soit rognée.

On peut épiloguer à l'infini sur la formation du nouveau gouvernement, mais le plus grand danger réside dans la situation internationale et dans la position qu'a prise ce gouvernement du compromis et de la compromission et l'Union européenne avec lui face à cette situation internationale. Tout comme on peut regretter qu'à front renversé, la gauche radicale française s'abstienne quand il s'agit de voter l'envoi de misciles à longue portée en Ukraine pour mieux faire valoir une position unilatéralement pro-palestinienne. Et que le pire de feu le parti antisémite à l'actif duquel on doit porter qu'il a voté contre cet envoi de misciles à longue portée, se tourne vers le pire du philosionisme en ne dénonçant jamais ce qui se passe à Gaza ou au Liban et larguant au passage la seule once de bien qui fût dans la tradition d'extrême droite, y compris dans la tradition collaborationniste: un certain pacifisme qui nous serait précieux dans cette montée des périls. 

lundi 2 septembre 2024

Mon nom est Personne

    Quand le cyclope demande à Ulisse: "Qui es-tu?" et qu'il lui répond: "Mon nom est persone",  il y a tout un chemin métaphysique là derrière et il faut avoir le courage intellectuel ou existentiel de le parcourir. Il faut être quelqu'un, mais il faut n'être personne. Il faut être quelqu'un, mais il ne faut tellement pas se prendre au sérieux qu'il faut croire qu'on ne s'appelle pas, qu'on s'apelle Personne. Ca tombe bien, parce que ce n'est pas nous qui nous sommes appelés:  quand on dit "Je m'appelle", c'est quelqu'un d'autre qui nous a appelés d'un nom qui, si ça se trouve, n'est pas le nôtre, et ne nous correspond pas, ne correspond pas  à qui nous sommes. (C'est assez rare, mais ça peut arriver. En général, un prénom est le message de notre conscience) Mais même si notre prénom ne porte pas le message de notre conscience parce que nos parents ne nous ont pas assez désirés pour ça, nous devons nous dire "Mon nom estPersonne". Un peu comme Socrate a fini par dire "Je sais que je ne sais rien", ou comme, malgré notre foi trinitaire hypostatique et non pas personnelle, nous devrions accepter que Dieu soit un esprit, que Dieu soit quelque chose et non pas quelqu'un, ce qui est un non sens, et je dirais même un non sens idolâtrique. Dieu est une idée, Dieu est un ami, mais une idée peut être une amie, elle n'a pas besoin d'être personnel. Si je voulais forcer le trait, je dirais que moins Dieu est personnel et plus Il correspond à l'idée de Dieu, parce que, de même qu'étymologiquement, la personne est le masque, de même, théologiquement, l'hypostase des trois "personnes" de Dieu dans la Trinité est ce qu'il y a sous la personne, donc sous le masque. Donc foin d'une religion personnaliste! En revanche, à fond pour une religionincarnationniste (je n'ai pas dit réincarnationniste encore que je ne sais pas), mais il faut que la religion incarnationniste aille au bout de l'incarnation, c'est-à-dire au bout des potentialités de la personne humaine. Et pourtant je ne veux plus d'une religion personnaliste, mais je crois que je suis cohérent malgré les apparences.