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samedi 28 février 2026

Trump ou la folie américaine

J’aime faire mentir l’adage selon lequel les sociétés humaines comprennent rarement l’histoire qu’elles vivent. Je ne sais pas si je comprends l’horreur que nous traversons, mais j’ai envie d’essayer, et pas seulement pour prendre date.

 

Ce qui peut désespérer est que l’histoire se montre plus cyclique que capable d’un saut qualitatif. Je daterai de trente ans, c’est-à-dire de la Première guerre du golfe, contre l’Irak qui paraît aujourd’hui presque un pays inoffensif, le moment où j’ai vu le monde basculer dans cette régression historique, avec cette apogée trumpiste, d’un beauf américain parvenu à la présidence des États-Unis à la stupéfaction indignée de tous les experts de la vie politique américaine, et qui a non seulement livré l’Amérique à ses démons à partir de la prétendue destinée manifeste, mais a montré que l’Amérique n’était pas devenue folle puisqu’elle l’a toujours été.

 

L’Occident s’est transformé en se reniant à partir de la guerre en Ukraine, qui lui permettait de taper sur une Russie dont la parenthèse soviétique n’avait pas fait son ennemie héréditaire, mais son ennemie dans la guerre froide. Or la Russie refusant que l’OTAN repousse ses frontières jusqu’à l’Ukraine était fidèle à un nationalisme qui bornait ses ambitions à sa promiscuité géographique, raison pour laquelle, entre autres, Marx avait toujours considéré comme une folie que le socialisme s’étendît tel une hydre en sabordant la société via la Russie qui n’avait pas la tradition libérale de l’Angleterre, mais était par nature une société autoritaire aux ambitions limités à son aire d’influence, ce qui contrariait la vocation internationaliste que s'attribuait le marxisme et ce qui, par ricochet, crée un lien peu favorable entre le nationalisme russe et « le déraillement nazi »de l’Allemagne, le nazisme n’ayant jamais voulu conquérir le monde, mais seulement si l’on peut dire exercer son influence sur la Mitteleuropa dégénérée d’être slave, mais régénérable de son point de vue par la pénétrabilité de la mentalité slave à l’influence germanique. Dans ce nationalisme quasi classique qu’il partage avec Hitler qui l’a seulement enflammé de la puissance de la harangue et de la capacité de faire feu, Poutine a moins rattrapé la chute de l’Union soviétique dont le dernier grand homme était Gorbatchev, que la bêtise de Eltsine qui, dans la CEI (communauté des États indépendants) naissante, s’est débarrassée séance tenante, après avoir constaté cette chute dont Poutine dit que celui qui ne la regrette pas n’a pas de cœur ni de tête, de tous les États qui formaient l’Union, avec l’avantage donné à l’Ukraine par Khrouchtchev lui cédant la Crimée, le Donbas et d’autres parties de la Russie démembrée, ce qui n’était d’aucun inconvénient pour le millénarisme soviétique,  puisque toutes ces républiques n’avaient pas vocation à se désagréger.

 

L’Europe a perdu la tête avec la guerre en Ukraine. Elle a perdu sa raison d’être pacifique en voulant défendre ce pays qui voulait sortir des griffes russes pour s’occidentaliser, car la corruption sert d’anti-valeur qui paraît presque seule faire référence à cette Ukraine dont une partie de la résistance était nazie comme l’Europe n’a pas vu de mal à ce que la coalition grecque qui s’opposait à Alexis Tsipras soit enrichie (sic) de l’Aube dorée. L’Europe a pris à nouveau le risque d’une guerre mondiale en ne se souvenant pas que toutes les guerres mondiales ont été provoquées par l’escalade qui, à chaque fois, a été sa cause immédiate. Les dirigeants européens sont tombés dans l’escalade en refusant de condamner d’une même voix l’invasion russe de l’Ukraine et le génocide israélien de Gaza perpétré par Benyamin Netanyahou qui, depuis dix ans, cherche à trouver des alliés pour l’invasion de l’Iran, projet auquel tous les dirigeants un tant soit peu rationnels se sont toujours refusés, sachant que le monde s’embraserait si une telle combinaison devait se produire, de manière infiniment plus contagieuse que si la Russie parvenait à replacer l’Ukraine dans sa zone d’influence, fût-ce de la manière dont Hitler prétendait en user pour s’agglomérer la Mitteleuropa. Le fantôme d’Hitler est cité à comparaître comme le symbole de notre éternelle mauvaise conscience occidentale. Trump étant fou à lier comme les experts de la vie américaine l’avaient pressenti et pas moi, tout en ne croyant pas à la possibilité de sa victoire en 2016 et mois si, il a finalement consenti à épauler Netanyahou dans sa volonté de frapper l’Iran en se fichant comme d’une guigne des conséquences que cela aurait sur le Moyen-Orient et donc sur un embrasement mondial qui ne pourrait être qu’illimité. Il l’a fait en trahissant une seconde fois ses électeurs à qui il avait promis de lever le secret de l’affaire Epstein avant de se raviser parce que cette transparence levée sur l’entre-soi des milliardaires et du gotha mondain le mouillerait jusqu’au cou. Il s’est posé auprès de sa base MAGA comme un président ennemi des guerres. Il s’est cru autorisé à penser à la guerre quand il a compris que l’académie de stockholm ne lui décernerait jamais le prix Nobel de la paix. Mais sa totale absence de moralité s’est dénoncée le jour où il a osé envisager que la résolution du génocide de Gaza pourrait transformer ce site en riviera. Autant mettre Saint-Tropez à Auschwitz!

 

J’ai fait plusieurs erreurs dans ma carrière d’analyste du dimanche de la géopolitique mondiale. Me fondant sur ma lucidité immédiate à comprendre quel précédent créait la guerre du golfe, j’ai cru en la justesse de la guerre en Lybie et à l’impossibilité de la guerre en Ukraine, dont je me souviens encore que Richard Martz m’a détrompé, puisqu’il n’était pas possible selon lui qu’un tel attroupement russe n’ait pas pour horizon la volonté d’envahir l’Ukraine. Poutine a commis cet acte d’agression pour des raisons qui restaient rationnelles. Trump a envoyé « une armada » trop près de l’Iran pour qu’on ait pu imaginer qu’il ne voulait pas agresser cette Perse qui reste l’un des plus vieux pays du monde, gangrené par un islamisme qui n’aurait jamais dû remplacer son zoroastrisme originel. Dès lors que cette armada était déployée, je n’ai pas cru qu’elle le fût en vain ou sans que les États-Unis aient l’intention d’envahir l’Iran. Je me suis simplement formulé cette réflexion déjà ancienne chez moi : pourquoi mettre tous ses œufs dans le même panier et toute sa flotte sur un porte-avion, surtout après l'attaque de Pearl Harbor, d’autant plus que l’Iran a craché le morceau en menaçant de détruire cette flotte concentrée en un même point.  

 

Il est affligeant de constater que Dieudonné, l’humoriste controversé, avait raison : la guerre, non des Alliés contre l’Irak, mais d’Israël et des États-Unis contre l’Iran démontre qu’il existe un axe américano-sioniste" qui embrase le monde. Saddam Hussein s’était imaginé pouvoir envahir impunément un État croupion, le Koweit, qui n’existait que par et pour l’argent du pétrole. La riposte iranienne se déploie contre Dubai et le Qataar, le pays rusé de l’islamo-frérisme jouant à avoir une diplomatiee pacifique bien en cour avec tous ses voisins. Cette riposte démontre que le nationalisme panislamiste est une chimère qui n’existe pas ou pas encore.

 

Quant aux universités, elles deviennent tellement téléévangélistes qu’il suffit du meurtre d’un Quentin Deranque ou d’un Charlie Kirk par lequel je me suis trop facilement laissé émouvoir, gagné par la rhétorique de Philippe de Villiers, pour que tout un pays porte un deuil pleurnichard et bruillant et verse des larmes de crocodile  qui cachent une intention haineuse. Ce meurtre est la réplique dramatique de ce que j’ai connu quand j’étais étudiant à la Sorbonne, dont richard Haddad rappelait avec raison, en qualité de fondateur du Cercle national des étudiants de paris, qu’on la fermait tous les jeudis entre 12h30 et 13h30 pour la livrer aux échaufourées de l’extrême gauche et de l’extrême droite se bastonnant rigoureusement: les appariteurs me faisaient toujours passer par un autre chemin pour gagner le cours de mon maître et ami René Pommier, de regrettée mémoire.

 

Israël qui participe à la culpabilisation du monde pour un antisémitisme qui en voudrait aux juifs parce que juifs, lui donne malheureusement des raisons d'en vouloir à cette confession en généralisant mal à propos un jugement porté sur un mauvais comportement politique en passant subrepticement de l’antisionisme à l’antisémitisme. J'ai toujours voulu  me garder de cette tentation et ne pas tomber dans ce travers,, mais j’ai la tristesse de devoir confesser qu’elle commence à me chatouiller et que je n’en suis pas fier.

 

Après avoir ergoté, car le Pacte germano-soviétique le liait à Hitler, Staline a été notre allié quand Hitler envahit la Russie. Puis nous avons trouvé cet allié encombrant à cause de son communisme. Les Américains voulurent longtemps rester neutres, mais leurs yeux se dessillèrent après l’attaque de Pearl Harbor. Il leur était arrivé la même chose avec les Japonais que pour Staline avec les Allemands. Leur entrée en guerre nous libéra et nous vassalisa avec le plan Marshal qui aida notre reconstruction. Nous leur sûmes gré de nous avoir libérés sans nous rendre compte que l’impérialisme  américain était sans limite et avait toujours ressemblé à l’ambition de la République de Rome devenue l’Empire romain auquel Trump ne connaît pas grand-chose, mais il sait qu’il a voulu conquérir le monde et Trump se voit en roi du monde. Un roi du monde qui s’est fait connaître en prétendant qu’Obama n’était pas né à HawaÏ, donc aux États-Unis, ce qui, quand bien même cela serait vrai et rien n’est impossible, démontre avant tout que le racisme de Trump est un ressort intime qui ne s’embarrasse d’aucun prétexte.

 

Face à la folie américaine, Macron passe pour un désescaladeur. C’est un comble, mais on n’est pas mécontent que la France retrouve un peu de son prestige ancestral, fût-ce dans la médiocrité du moins-offrant politique, qui n’a décidément plus rien à proposer.

 

  

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