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samedi 28 février 2026

Trump ou la folie américaine

J’aime faire mentir l’adage selon lequel les sociétés humaines comprennent rarement l’histoire qu’elles vivent. Je ne sais pas si je comprends l’horreur que nous traversons, mais j’ai envie d’essayer, et pas seulement pour prendre date.

 

Ce qui peut désespérer est que l’histoire se montre plus cyclique que capable d’un saut qualitatif. Je daterai de trente ans, c’est-à-dire de la Première guerre du golfe, contre l’Irak qui paraît aujourd’hui presque un pays inoffensif, le moment où j’ai vu le monde basculer dans cette régression historique, avec cette apogée trumpiste, d’un beauf américain parvenu à la présidence des États-Unis à la stupéfaction indignée de tous les experts de la vie politique américaine, et qui a non seulement livré l’Amérique à ses démons à partir de la prétendue destinée manifeste, mais a montré que l’Amérique n’était pas devenue folle puisqu’elle l’a toujours été.

 

L’Occident s’est transformé en se reniant à partir de la guerre en Ukraine, qui lui permettait de taper sur une Russie dont la parenthèse soviétique n’avait pas fait son ennemie héréditaire, mais son ennemie dans la guerre froide. Or la Russie refusant que l’OTAN repousse ses frontières jusqu’à l’Ukraine était fidèle à un nationalisme qui bornait ses ambitions à sa promiscuité géographique, raison pour laquelle, entre autres, Marx avait toujours considéré comme une folie que le socialisme s’étendît tel une hydre en sabordant la société via la Russie qui n’avait pas la tradition libérale de l’Angleterre, mais était par nature une société autoritaire aux ambitions limités à son aire d’influence, ce qui contrariait la vocation internationaliste que s'attribuait le marxisme et ce qui, par ricochet, crée un lien peu favorable entre le nationalisme russe et « le déraillement nazi »de l’Allemagne, le nazisme n’ayant jamais voulu conquérir le monde, mais seulement si l’on peut dire exercer son influence sur la Mitteleuropa dégénérée d’être slave, mais régénérable de son point de vue par la pénétrabilité de la mentalité slave à l’influence germanique. Dans ce nationalisme quasi classique qu’il partage avec Hitler qui l’a seulement enflammé de la puissance de la harangue et de la capacité de faire feu, Poutine a moins rattrapé la chute de l’Union soviétique dont le dernier grand homme était Gorbatchev, que la bêtise de Eltsine qui, dans la CEI (communauté des États indépendants) naissante, s’est débarrassée séance tenante, après avoir constaté cette chute dont Poutine dit que celui qui ne la regrette pas n’a pas de cœur ni de tête, de tous les États qui formaient l’Union, avec l’avantage donné à l’Ukraine par Khrouchtchev lui cédant la Crimée, le Donbas et d’autres parties de la Russie démembrée, ce qui n’était d’aucun inconvénient pour le millénarisme soviétique,  puisque toutes ces républiques n’avaient pas vocation à se désagréger.

 

L’Europe a perdu la tête avec la guerre en Ukraine. Elle a perdu sa raison d’être pacifique en voulant défendre ce pays qui voulait sortir des griffes russes pour s’occidentaliser, car la corruption sert d’anti-valeur qui paraît presque seule faire référence à cette Ukraine dont une partie de la résistance était nazie comme l’Europe n’a pas vu de mal à ce que la coalition grecque qui s’opposait à Alexis Tsipras soit enrichie (sic) de l’Aube dorée. L’Europe a pris à nouveau le risque d’une guerre mondiale en ne se souvenant pas que toutes les guerres mondiales ont été provoquées par l’escalade qui, à chaque fois, a été sa cause immédiate. Les dirigeants européens sont tombés dans l’escalade en refusant de condamner d’une même voix l’invasion russe de l’Ukraine et le génocide israélien de Gaza perpétré par Benyamin Netanyahou qui, depuis dix ans, cherche à trouver des alliés pour l’invasion de l’Iran, projet auquel tous les dirigeants un tant soit peu rationnels se sont toujours refusés, sachant que le monde s’embraserait si une telle combinaison devait se produire, de manière infiniment plus contagieuse que si la Russie parvenait à replacer l’Ukraine dans sa zone d’influence, fût-ce de la manière dont Hitler prétendait en user pour s’agglomérer la Mitteleuropa. Le fantôme d’Hitler est cité à comparaître comme le symbole de notre éternelle mauvaise conscience occidentale. Trump étant fou à lier comme les experts de la vie américaine l’avaient pressenti et pas moi, tout en ne croyant pas à la possibilité de sa victoire en 2016 et mois si, il a finalement consenti à épauler Netanyahou dans sa volonté de frapper l’Iran en se fichant comme d’une guigne des conséquences que cela aurait sur le Moyen-Orient et donc sur un embrasement mondial qui ne pourrait être qu’illimité. Il l’a fait en trahissant une seconde fois ses électeurs à qui il avait promis de lever le secret de l’affaire Epstein avant de se raviser parce que cette transparence levée sur l’entre-soi des milliardaires et du gotha mondain le mouillerait jusqu’au cou. Il s’est posé auprès de sa base MAGA comme un président ennemi des guerres. Il s’est cru autorisé à penser à la guerre quand il a compris que l’académie de stockholm ne lui décernerait jamais le prix Nobel de la paix. Mais sa totale absence de moralité s’est dénoncée le jour où il a osé envisager que la résolution du génocide de Gaza pourrait transformer ce site en riviera. Autant mettre Saint-Tropez à Auschwitz!

 

J’ai fait plusieurs erreurs dans ma carrière d’analyste du dimanche de la géopolitique mondiale. Me fondant sur ma lucidité immédiate à comprendre quel précédent créait la guerre du golfe, j’ai cru en la justesse de la guerre en Lybie et à l’impossibilité de la guerre en Ukraine, dont je me souviens encore que Richard Martz m’a détrompé, puisqu’il n’était pas possible selon lui qu’un tel attroupement russe n’ait pas pour horizon la volonté d’envahir l’Ukraine. Poutine a commis cet acte d’agression pour des raisons qui restaient rationnelles. Trump a envoyé « une armada » trop près de l’Iran pour qu’on ait pu imaginer qu’il ne voulait pas agresser cette Perse qui reste l’un des plus vieux pays du monde, gangrené par un islamisme qui n’aurait jamais dû remplacer son zoroastrisme originel. Dès lors que cette armada était déployée, je n’ai pas cru qu’elle le fût en vain ou sans que les États-Unis aient l’intention d’envahir l’Iran. Je me suis simplement formulé cette réflexion déjà ancienne chez moi : pourquoi mettre tous ses œufs dans le même panier et toute sa flotte sur un porte-avion, surtout après l'attaque de Pearl Harbor, d’autant plus que l’Iran a craché le morceau en menaçant de détruire cette flotte concentrée en un même point.  

 

Il est affligeant de constater que Dieudonné, l’humoriste controversé, avait raison : la guerre, non des Alliés contre l’Irak, mais d’Israël et des États-Unis contre l’Iran démontre qu’il existe un axe américano-sioniste" qui embrase le monde. Saddam Hussein s’était imaginé pouvoir envahir impunément un État croupion, le Koweit, qui n’existait que par et pour l’argent du pétrole. La riposte iranienne se déploie contre Dubai et le Qataar, le pays rusé de l’islamo-frérisme jouant à avoir une diplomatiee pacifique bien en cour avec tous ses voisins. Cette riposte démontre que le nationalisme panislamiste est une chimère qui n’existe pas ou pas encore.

 

Quant aux universités, elles deviennent tellement téléévangélistes qu’il suffit du meurtre d’un Quentin Deranque ou d’un Charlie Kirk par lequel je me suis trop facilement laissé émouvoir, gagné par la rhétorique de Philippe de Villiers, pour que tout un pays porte un deuil pleurnichard et bruillant et verse des larmes de crocodile  qui cachent une intention haineuse. Ce meurtre est la réplique dramatique de ce que j’ai connu quand j’étais étudiant à la Sorbonne, dont richard Haddad rappelait avec raison, en qualité de fondateur du Cercle national des étudiants de paris, qu’on la fermait tous les jeudis entre 12h30 et 13h30 pour la livrer aux échaufourées de l’extrême gauche et de l’extrême droite se bastonnant rigoureusement: les appariteurs me faisaient toujours passer par un autre chemin pour gagner le cours de mon maître et ami René Pommier, de regrettée mémoire.

 

Israël qui participe à la culpabilisation du monde pour un antisémitisme qui en voudrait aux juifs parce que juifs, lui donne malheureusement des raisons d'en vouloir à cette confession en généralisant mal à propos un jugement porté sur un mauvais comportement politique en passant subrepticement de l’antisionisme à l’antisémitisme. J'ai toujours voulu  me garder de cette tentation et ne pas tomber dans ce travers,, mais j’ai la tristesse de devoir confesser qu’elle commence à me chatouiller et que je n’en suis pas fier.

 

Après avoir ergoté, car le Pacte germano-soviétique le liait à Hitler, Staline a été notre allié quand Hitler envahit la Russie. Puis nous avons trouvé cet allié encombrant à cause de son communisme. Les Américains voulurent longtemps rester neutres, mais leurs yeux se dessillèrent après l’attaque de Pearl Harbor. Il leur était arrivé la même chose avec les Japonais que pour Staline avec les Allemands. Leur entrée en guerre nous libéra et nous vassalisa avec le plan Marshal qui aida notre reconstruction. Nous leur sûmes gré de nous avoir libérés sans nous rendre compte que l’impérialisme  américain était sans limite et avait toujours ressemblé à l’ambition de la République de Rome devenue l’Empire romain auquel Trump ne connaît pas grand-chose, mais il sait qu’il a voulu conquérir le monde et Trump se voit en roi du monde. Un roi du monde qui s’est fait connaître en prétendant qu’Obama n’était pas né à HawaÏ, donc aux États-Unis, ce qui, quand bien même cela serait vrai et rien n’est impossible, démontre avant tout que le racisme de Trump est un ressort intime qui ne s’embarrasse d’aucun prétexte.

 

Face à la folie américaine, Macron passe pour un désescaladeur. C’est un comble, mais on n’est pas mécontent que la France retrouve un peu de son prestige ancestral, fût-ce dans la médiocrité du moins-offrant politique, qui n’a décidément plus rien à proposer.

 

  

mercredi 11 février 2026

"Touche pas à mon Jack Lang"!

Je me souviens d’avoir appris que François Mitterrand était gravement malade par mademoiselle Marguerite, une éducatrice qui ne payait pas de mine et surtout n’avait pas celle d’être une lectrice du Crapouillot. Et je me souviens comment, n’ayant pourtant jamais été prévenu contre les rumeurs, je me suis récrié intérieurement, tout en ne croyant pas à la malhonnêteté de mademoiselle Marguerite qui ne pouvait qu’avoir été bernée par ses bonnes fréquentations qui avaient de mauvaises lectures.

 

Je me souviens comment j’ai appris l’existence de Mazarine Pingeot par une étudiante de la Sorbonne qui avait été en classe avec elle devant un amphithéâtre bondé dans lequel nous ne parvenions pas à entrer, et je me souviens de ma sidération qui doutait davantage de l’honnêteté de l’étudiante que de celle de mademoiselle Marguerite, et qui mettait cette révélation sur le compte du besoin de tromper notre attente.

 

Je me souviens qu’en déjeunant dans un couvent de Dominicains, le fils d’un des compagnons de captivité de François Mitterrand prétendit qu’il avait dû son évasion à la connivence qu’il établissait non avec les capos, mais avec les gardiens allemands du camp et je me souviens de m’être interdit de contester l’avis de ce fils de déporté tout en éprouvant le sentiment étrange de percevoir comme un honneur de recevoir une telle confidence, que le fils du témoin transmettait à la volée sans interdire à ses récipiendaires de divulguer son témoignage.

 

Je me souviens qu’étudiant esseulé qui passait des nuits entières à « faire du réseau » téléphonique sans jamais rencontrer la moindre femme depuis mon studio de Colombes où mon assuétude à ces réseaux me faisait payer des factures astronomiques qui me plaçaient sous la dépendance de mes propriétaires qui ne me voulaient pas que du bien, j’avais ouï dire que Jack Lang était impliqué dans des affaires sordides de pédophilie où on parlait de la mort d’un enfant, mais mon interlocuteur m’assurait que l’État s’interdisait de soulever ce couvercle, devant la puissance de Jack Lang et je me souviens d’avoir mis un mouchoir sur cette révélation que j’étais hors d’état de  vérifier.

 

Je me souviens de la chute de François Mitterrand, qui  ne pouvait opposer à la pugnacité d’un Jean-Pierre Elkabbach particulièrement efficace et pertinent, que l’agressivité en mettant en avant le contexte de la France occupée, qui ne devait pourtant pas bénéficier au maréchal Pétain « faisant don de sa personne à la France » et je me souviens de m’être demandé confusément pourquoi les socialistes n’en voulaient pas à leur héros d’être passé, au nom de la raison d’État, de médaillé de la francisque à médaillé de la Résistance et de la Cagoule au parti socialiste.

 

Je me souviens de m’être vu modérer un commentaire sur le blog de Philippe Bilger où j’avais table ouverte pour avoir fait écho à ces rumeurs sur Jack Lang qu’on n’avait apparemment pas le droit de diffamer à la différence de nombre de vraies ou de fausses valeurs de ce monde sur qui c’était open bar pour en dire n’importe quoi.

 

Je me souviens que François Mitterrand était marqué à la culotte par Catherine Nay parce qu’il arrivait en retard à tous ses rendez-vous pour manifester son irrespect de ses hôtes quand la ponctualité est la politesse des rois et pour n’avoir jamais d’argent dans sa poche, histoire de se faire payer ses menues consommations et ses ortolans adorés, oiseaux interdits de chasse dont le régalaient ses obligés.

 

Je me souviens que la même accusation avait été lancée par Marie Delarue dans les Aventures de Lang de Blois contre Jack Lang et surtout contre sa femme Monique Buczynski qui n’avait pas assez de petite mesquinerie pour ne jamais payer ses dîners fins et y faire inviter ses filles afin qu’elles deviennent aussi influentes que leurs parents, soit qu’elle fît passer ces dîners en notes de frais, soit qu’elle se fît inviter à tour de bras par ceux dont le ministère de la Culture servait de mécène.

 

J’ouïs dire depuis quelques jours que Jack Lang et sa fille Caroline qu’on dit frustrée d’avoir vécu dans l’ombre de sa sœur Valérie qu’elle adorait pourtant, ont copiné avec Jeffrey Epstein, que Jack Lang trouvait un homme charmant, passionné d’art, de culture et  d’expositions ; que Jack lui a demandé de lui prêter sa voiture pour se rendre en banlieue parisienne ; que Caroline lui a demandé de lui prêter sa maison pour se reposer de ses fatigues ; qu’elle a monté avec lui une société off shore où elle n’a pas investi le premier liard et que, bien qu’elle prétende ne l’avoir vu qu’une quinzaine de fois, elle s’est vu coucher sur le testament d’Epstein à hauteur de 1 % de sa fortune, 5 millions de dollars sur 500 millions, Jeffrey ayant de l’affection pour elle parce que c’était une maman solo.

 

Je me souviens que Luc Ferry fit allusion à Jack Lang se faisant exfiltrer du Maroc après une affaire de pédophilie, allusion pour laquelle il se fit brocarder, car il la disait connue du tout-Paris et qu’on s’ingénia à faire passer pour mettre en cause Philippe douste-Blazy pour être l’auteur de l’infraction.

 

Je remarque que commencent à émerger deux affaires qui mettent un nom sur les allégations que ma naïveté d’étudiant m’interdisait ne fût-ce que de considérer si elles pouvaient être vraies : l’affaire du Coral et l’affaire dite de la table de verre, soulevées avec beaucoup de circonspection par Florence Beneux, qui fait état des pressions incroyables subies par le juge Salzmann pour étouffer cette affaire,

 

Tout ce qu'il faut savoir sur les affaires de Jack Lang - Beneux/Castelnau/Langlois

 

pressions qui ne doivent pas être imputables au seul Jack Lang quand le département de la justice américaine se voit contraint de « retirer un document de 52 pages reliant Jack Lang à Jeffrey Epstein », car ce document « n’est pas le seul à avoir disparu. Pam Bondi, procureur général des États-Unis, et Todd Blanche, son adjoint, ont fait savoir le 5 février dans un courrier adressé à des juges fédéraux de New-York avoir «temporairement retiré des milliers de documents de la bibliothèque Epstein du ministère de la Justice pour un examen plus approfondi». »

 

Un document de 52 pages reliant Jack Lang à Jeffrey Epstein a été dépublié par la justice américaine

 

Ce retrait se fait « En dépit de la loi qui  imposait [au département de la justice américaine] la publication de tous les documents en sa possession avant le 19 décembre », loi votée à l’unanimité moins une voix par le Congrès américain au grand dam de Donald Trump qui a vu une de ses promesses électorales faites au camp MAGA se retourner contre lui.

 

Je remarque que, dans les milieux bien informés, pour ne pas diffamer Jack Lang, on di qu’» il a la malchance » que son nom soit cité dans pas mal d’affaires de pédophilie ou de pédopornographie impliquant des artistes, des intellectuels et des hommes politiques sans jamais que le ministre ne soit cité à comparaître, jugé ou condamné.  Dans la sphère intellectuelle, cela va de la pétition pour une sexualité libre entre enfants et adultes, à la reconnaissance et à l’exploration de la sexualité infantile ou au développement du « petit prince » qui sommeille en chaque enfant prôné par l’ancien ministre de la Culture et de l’éducation nationale. Malchance qui va de pair avec une capacité tout aussi systématique à passer à travers les mailles du filet des scandales : les affaires où le nom de Jack Lang fait l’objet de possibles incriminations disparaissent mystérieusement les unes après les autres.

 

Ce n’est pas que les complotistes aient toujours raison, mais je remarque qu’un certain nombre de leurs allégations sont confirmées. Les #EptsteinFiles n’ont longtemps été remontés que par la sphère Maga ou par Alain Soral. La chute de Jack Lang a été souvent annoncée et ceux-là même qui l’annonçaient n’étaient pas certains de la voir arriver. On a cru un instant qu’une justice immanente nous la ferait voir avant sa mort ou si ce n’était pas sa chute, obligerait Jack Lang à « s’expliquer point par point », comme il assurait vouloir le faire et puis finalement non : une fois de plus, le dossier est dépublié, même si le Parquet national financier (mais seulement celui-ci) a ouvert une enquête préliminaire. Encore, l’enrichissement personnel dont la famille Lang pourrait avoir été bénéficiaire ferait-il pâlir d’envie Marine Le Pen à qui l’on promet l’inégibilité pour avoir abusé du Parlement européen pour un peu plus qu’une différence de vue concernant le point de savoir si un assistant parlementaire devait pouvoir faire de la politique au service du parti politique de  son député ou travailler uniquement pour le Parlement européen. Mais il ne s’agit pas de réhabiliter Marine Le Pen contre Jack Lang.

 

Bilans comparés de François Mitterrand et de Jack Lang. Pour le premier, promesses de changement, abolition de la peine de mort, puis politique de rigueur, sujétion à la politique américaine de Reagan, opposition à la réunification allemande, Première guerre du golfe, allégeance aux putschistes ayant formé le projet de renverser Mikahil Gorbatchev, puis adoption du traité de Maastricht sous la promesse d’une Europe puissance intégrant la Russie désoviétisée pour faire contrepoids à la puissance américaine avec un euro qui aurait fait concurrence au dollar. Pour Jack Lang, radios libres presque toutes rachetées par de grands groupes audiovisuels, don d’un canal disponible à un ami de François Mitterrand, esclavagiste réputé des taxis parisiens ; acceptation sous la contrainte de TV Berlusconi, instauration de la fête de la musique passant de chacun sortant avec son instrument à une institutionnalisation équivalente à celle des radios libres, où il faut se faire enregistrer par les municipalités pour sortir son violon, fête du cinéma, acquiescement à tous les grands travaux du pharaon Mitterrand, courtisanerie effrénée, soutien démagogique à tous les mouvements montants, institutionnalisation du RAP et de toutes les expressions de la révolte surtoutquand elles émanent de la jeunesse, mise en coupe réglée de la culture subventionnée à grands frais, officialisation d’un art ayant vocation à faire disparaître toutes les expressions archaïques et travaillées des disciplines artistiques ancestrales réputées patrimoniales et désormais réservées aux artistes amateurs.

 

Julien Dray devenu chroniqueur à CNews après avoir dénoncé la dérive de TF1 en TFHaine ayant favorisé l’avènement de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2002 avait inventé la main jaune et le slogan : « Touche pas à mon pote » en fondant « SOS racisme ». Pour services rendus à la cause de François Mitterrand qui nous avait fait passer de l’ombre à la lumière, ses réseaux ou des réseaux adjacents semblent avoir imprimé dans le marbre judiciaire l’injonction : « Touche pas à mon Jack Lang! », encore plus inviolable que Pierre Berger ou que l’abbé Pierre.  Mais au moins ces personnages et même Jeffrey Epstein étaient-ils généreux. Jack Lang se montra généreux en devenant un mécène avec l’argent du contribuable. 

lundi 2 février 2026

Réflexions sur la justice

Dans mon ondoyance et diversité pour parler comme Montaigne sans en avoir le talent sinon celui de flâner en moi-même, j’ai esquissé hier pour le même ipse quelques réflexions sur la justice que j’aimerais coucher sur le papier sans estimer qu’elles ont une valeur exagérément originale ou novatrice.

 

Nietzche identifiait le besoin de vengeance de la personne lésée comme origine de la justice. En lui faisant écho – et Nietzsche semblait plutôt le déplorer –, la société aurait armé les plus faibles tout en déplaçant l’acte judiciaire qui partait d’un besoin de réparer un préjudice personnel vers la réparation d’un préjudice social.

 

Cela posé et faisant à peu près consensus, la justice prétend contribuer à la manifestation de la vérité. Mais elle le fait en mettant en place tout un cérémonial

Plein d’une théâtralité qui la fait participer au genre de la comédie. La comédie de la justice ne la fait-eelle pas dévier vers la parodie de justice ?Comme la littérature, le théâtre et ses transpositions est-il plutôt vecteur de la manifestation de la vérité ou nous en éloigne-t-il par la distance qu’il prend avec elle, ma question principale se ramenant à me demander dans quelle mesure la justice contribue réellement à la manifestation de la vérité.  

 

Une autre manière de se rapprocher de la question peut être de se demander quel genre de vérité touche la justice à travers le fait incriminé selon qu’on considère celui-ci comme un maillon ou le bout d’une chaîne, le point saillant ou le plus significatif. Mais la justice emploie-t-elle les bons moyens pour remonter la chaîne ? Et l’indéniable significativité du fait incriminé quand il devient une pâture médiatique n’empêche-t-elle pas le citoyen qui s’intéresse aux faits divers de se livrer à une introspection qui pourrait être salutaire ? C’est pourquoi j’ai toujours pensé que les faits divers corrompent énormément, car ils font croire à ceux qui sont enclin au mal que le mal est banal et gagne à le rester ou à rester perçu comme tel. Donc si tout le monde commet le mal, pourquoi pas moi ?

 

Pour juger en toute objectivité, il faut aller des divers points de vue subjectifs vers le point de vue objectif. La première objectivité consiste à reconnaître que le crime ou le délit a beau être le moment d’une chaîne, il en accuse le caractère malsain, pervers et mortifère. Mais ne s’impose pas moins la nécessité de remonter la chaîne et de ressaisir le cours des événements. Pour ce faire, les points de vue subjectifs sont essentiels à prendre en compte. Au stade de l’instruction et du débat contradictoire qui permettent la ressaisie des événements, un principe me semble essentiel à poser comme préalable et qui ne vaudra pas dans le rendu du jugement : le refus du manichéisme par lequel la victime et le coupable le seraient intrinsèquement et de manière non pas définitive, mais figée. Je crois à la réciprocité des relations humaines et au fait qu’il n’y a pas de bon, pas de méchant, pas de victime, pas de coupable absolu et pas d’êtres parfaits, la responsabilité de l’homme visant à le faire avancer vers la perfection et la prise de conscience au moyen, pour la perfection,  d’une éthique qu’il apprend peu à peu à respecter de plus en plus avec les valeurs qui sont les siennes et, pour l’introspection, avec éventuellement le soutien spirituel que lui a fait trouver son « besoin de croire » (Julia Kristeva).

 

Le jugement judiciaire n’est pas la somme des points de vue subjectifs qu’épousent tous les protagonistes d’une affaire, ne serait-ce que parce qu’au bout de la chaîne, il n’y a pas un crime relatif, mais un crime bien réel commis par une personnalité qui reste problématique si elle n’est pas intrinsèquement perverse et aussi parce que les points de vue des protagonistes sont nécessairement antagonistes. Mais ce qui me gêne est que les rôles que la justice a découpés dans le déroulé du procès partent de l’hypothèse que chacun des protagonistes et au dernier degré le criminel va prendre parti pour lui-même. Cette considération des choses est le premier stade de l’introspection, mais ensuite apparaissent les nuances et remonte à la surface des parties intéressées le processus qui a conduit au crime qui nous amène au procès.  Le bon avocat serait celui qui pourrait aider le criminel à prendre conscience de sa culpabilité dans le crime. À l’inverse, le procureur ne devrait pas systématiquement requérir pour protéger la société d’un criminel qui ne saurait s’amender. De même on pare souvent le procès de vertus curatives qui permettrait à la partie civile et/ou à la partie blessée ou affligée dans son intégrité, ou à qui le crime a fait perdre quelqu’un de très cher, de guérir par la punition du criminel. Mais la punition du criminel n’est pas le seul critère de résilience de la victime, si toutefois le procès, par lequel la société prend le relais de la victime pour qualifier et réparer le préjudice qui lui a été causé comme une offense contre la société elle-même, a la capacité ou doit s’assigner pour but de mener la victime à la résilience.

 

La justice vise à la manifestation de la vérité, mais le biais théâtral, avec son protocole procédural et la stéréotypie non pas de son rôle, mais de ses rôles, agit comme une mise à distance et comme si les personnages du procès n’étaient pas les protagonistes de l’affaire. Elle a un biais plus nuisible à la manifestation de la vérité quand elle pose implicitement que tous les protagonistes d’une affaire prennent parti pour eux-mêmes, parti pris qui est pour beaucoup dans le peu de criminels qui acceptent de reconnaître leur culpabilité et de ne pas transiger avec elle dans leur défense, indépendamment du rôle du déni chez l’être humain.